‹ L'art de verifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments, depuis la naissance de Notre-Seigneur (volume 5)Chapitre 271 sur 296 · RICHARD · texte numérisé non relu

RICHARD

1037. Richaro, fils aîné de l’archerêque-comtc Robert el d’Harléve, et successeur de son père au comté d’Evreux , fonda , vclrs l’an 1060, l’abbaye de Saint-Sauveur, pour des filles, à Evrcux. Il accompagna, l’an 1066, le chic Guillaume le Bâtard à la conquête de l’Angleterre , et combattit sous ses drapeaux à la bataille d’Hastings. 11 mourut le i3 décembre 1067, et fut enterré à l’abbaye de Fontcnclle, dite de Saint-Vandrille, Adèle, sa première femme, veuve de Roger, seigneur de Toèni et de Couches, lui donna Guillaume, qui suit; et Agnès, troisième femme de Simon Ier, seigneur de Montfort-i’Amauri. G00Écmi.DE, sa seconde femme, le fit père de Godéchilde, abbesse du monastère de Saint-Sauveur, qu’il avait fondé, comme on l’a dit , à Evrcux. Guillaume de Jumiége dit du comte Richard qu’il était également bon chrétien et bon homme de guerre. ^

GUILLAUME

1067. Guillaume, fils de Richard, lui succéda au comté d’Evreux. 11 avait combattu à côté de son père à la bataille de Hastings. Il eut part, l’an 1070, à la distribution des terres d’Angleterre que le roi Guillaume fit aux Normands qui l’avaient accompagné dans son expédition. Il revint en Normandie l’an 1 073 (et non pas 1075, comme le marque un moderne), et fut un des médiateurs de la paix qui se fit entre le roi Guillaume etFoulqueâ le Rechin à Blanclielande , touchant la propriété du comté du Maine. Peu de tems après, le monarque anglais, comme pour se dédommager du bien qu’il lui avait fait en Angleterre , lui retira le château d’Evreux, et y mit une garnison avec un commandant à ses ordres. L’an 1084, au mois de janvier, il fut pris au siège du château de Sainte-Suzanne, défendu, contre ce mom arque, par Hubert, vicomte du Maine. ( Ordér. Vit., p. 649.) Il paraît que sa captivité fut de courte durée. L’an 1 087 , aprèà la mort de Guillaume le Conquérant, il se remit en possession du château d’Evreux , dont il chassa la garnison, ainsi que do

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la petite ville de Dangu, au Vcxin normand. Il parait que Robert, duc de Normandie , souffrit tranquillement que Guillaume se tït ainsi justice à ses dépens par la voie des armes, et qu’il ne lui en sut point mauvais gre'. Nous voyons en effet que ce comte fut un des chefs de l’arme'e qu’il mena cette même anne'e dans le Maine , pour réduire celte province sous scs lois. ( Ord. Vit., p. 674.) Guillaume, n’ayant point d’enfants, e'ievait chez lui uue nièce nommc'e Bertrade , fille de son irère Simon de Montfort. Foulques le Rcchin , comte d’Anjou, épris de la beauté' de cette fille, re'solut, l’an 1089, de rc'pudier la femme qu’il avait alors, pour l’èpouser. Dans ce meme tems , les Manceaux ayant de nouveau tente' de secouer le joug des Normands, le duc Robert, malade pour lors, pria le comte d’Anjou de s’entremettre pour contenir les Manceaux dans le devoir. Foulques le promit au cas que Robert lui fit avoir la jeune Bertrade. Le duc en ayant fait la demande au comte d’Evreux, celui-ci répondit: « Je n’en ferai rien, à moins que vous 11e me rendiez Noyon- » sur-Audclle, Gassai, Cravant , Ecouchi , et les autres terres » de Raoul , mon oncle paternel , qu’on surnommoit par raillerie » Tète d’âne, à cause de sa chevelure, et à mon neveu , Guil- » laume de Breleuil , le Pont-Saint-Pierre ; car Robert de Gassai , » mou cousin, fils de Raoul, m’a fait son he'ritier universel. » Le duc accepta la condition , et fit rendre au comte d’Evreux les terres qu’il répétait, à l’exception d’Ecouclii que posse'dait Girard de Gommai , qui e'Iait de la même famille ; au moyen de quoi Guillaume livra sa nièce au comte d’Anjou. (Ord. Vit. , p. 681.) Le comte Guillaume eut, l’an 1090, avec Raoul de Toeni, seigneur de Conciles , son frère ute'rin , une guerre longue et cruelle, qui fut occasione'e par des paroles offensantes que leurs femmes s’ôtaient dites. Elle dura trois ans avec tout l’acharnement que des frères ennemis et des femmes vindicatives peuvent mettre dans leurs hostilités. Ce fut le comte d’Evreux qui l’entama. Raoul eut long-tems le dessous; mais ayant enfin obtenu des secours du roi d’Angleterre , après avoir inutilement demande' justice au duc de Normandie, il se vit en état de faire face à l’ennemi. L’an iog5, au mois de novembre, le comte d’Evreux fut oblige' de lever le sie'ge qu’il avait mis devant Conciles ; et, quelque tems après, e'tant revenu faire le de'gât autour de cette place , il fut mis en fuite par les troupes de Raoul avec une perte conside'rable des siens. Alors la paix se fit entre les deux frères par la nie'diation des amis communs. Le P. Anselme se trompe, lorsqu’il dit que le comte d’Evreux fut fait prisonnier au sie'ge de Conciles. Il ne le fut point du tout dans cette guerre, comme on peut s’en convaincre par le rc'cit qu’en fait Ordéric Vital (p. 688.). Le ge'uc'alogistc a confondu avec le comte d’£-

DES COMTES d’ÊVRECX. 4^9

vreux, Guillaume de Breteuil , son allie , qui fut re'ellement fait prisonnier dans la dernière expédition. Le comte d’Evreux servit utilement le duc Robert contre le roi Guillaume, son frère , qui voulait lui enlever la ville de Rouen. S’étant réconcilié avec le monarque anglais, il fut un des chefs de l’armée que ce prince', devenu régent de Normandie pendant le voyage de son frère à la Terre-Sainte , envoya, l’an 1097, pour retirer le Vexin des mains du roi de France. L’année suivante, le roi Guillaume, après avoir fait la paix avec le comte d’Anjou, confia la garde de la ville du Mans à celui d’Evreux et au seigneur de l’Aigle. Il paraît néanmoins que , quelque tems avant la mort de ce prince, Robert, comte de Meulent, fit perdre ses bonnes grâces au comte d’Evreux, ainsi qu’à Raoul de Conciles, par les mauvais offices qu’il leur rendit auprès de lui. Ils n’en demeurèrent pas toutefois moins fidèles à son service. Mais , l’an 1100, après sa fin tragique , ils se jetèrent sur la terre de Beaumont, appartenante au comte de Meulent, et y commirent tous les dégâts que l’esprit de vengeance leur suggéra.

Le roi d’Angleterre Henri étant venu, l’an 1104, en Normandie pour faire d,roit sur les plaintes que la plupart des seigueurs et des prélats du pays lui avaient portées contre le duc son frère, celui-ci, pour l’apaiser, lui céda le comte et le comté d’Evreux. Guillaume , apprenant qu’on disposait de lui à son insu, comme d’un bœuf où d’un cheval, vint trouver les deux princes , pour leur en marquer son étonnement. Ilavi néanmoins de sortir de la mouvance du duc Robert , il fit joyeusement hommage au monarque anglais, déclarant qu’il ne reconnaîtrait plus désormais d’aqtre suzerain que lui. ( Ordér. Vit., pp. 782-8 140 L’an 1106, il se distingua dans l’armée royale a la bataille de Tinchebrai, où l’infortuné duc Robert perdit ses états avec la liberté. D’autres services que le comte d’Evreux rendit au roi d’Angleterre , lui acquirent dans l’esprit de ce prince un haut degré de faveur. Mais l’imprudence de sa femme, aux conseils de laquelle il déférait trop aveuglément, le fit déchoir de cet état de prospérité. Superbe et envieuse , dit Ordéric Vital , elle excita son mari contre les courtisans les plus accrédités, et lui en fit autant d’ennemis. Elle fit plus, elle le poussa jusqu’à détruire le donjon que Henri avait fait élever dans Evreux. Cet attentat ne resta point impuni. Il fut banni, l’an u 12, avec confiscation de ses biens, et se retira auprès du comte d’Anjou , lils de Ecrira de de Montfort, sa . nièce. Rappelé et rétabli dans ses biens, l’an iii5, après quatorze mois d’exil, il essuya , quelques années depuis, un second bannissement. Il rentra encore en grâce, et mourut dans scs terres, le 18 avril 1118, sans laisser d’enfan U «THel-

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vise, son épouse, fille de Guillaume Ier, comte de NeverSj morte l’an 1114. Ordéric Vital fait ainsi le portrait de cette comtesse et celui d’Isabelle, sa belle-sœur, femme de Raoul de Couches. « Ces deux femmes, dit-il, avoient cela de commun, » outre la beaute' dont elles e'toient presque également pourvues, » qu’elles e'toient l’une et l’autre fort babillardes et vindicatives, » qu’elles maitrisoient leurs maris, fouloient leurs vassaux et » les tenoient toujours dans la crainte. Mais il y avoit celte ■ différence entre elles, qu’Hclvise, adroite et diserte , e'toiteu » même tems avare et cruelle; au lieu qu’Isabelle , hardie, » enjouée , dépensière , se faisoit des partisans par ses manières >» agréables et sa générosité'. Elle servit beaucoup son époux » dans scs expéditions militaires , et paroissoit à la tête de ses » troupes comme une autre Camille. » La comtesse Helvise, de concert avec son époux, avait commencé un monastère à iSoyon-sur-Andelle , où elle fut enterrée. Le comte Guillaume choisit sa sépulture à Saint-Vandrille , auprès de son père. Après sa mort, Henri Ier^ roi d’Angleterre, sc saisit du comte' d’Evreux, au préjudice d’Amauri de Montfort , héritier de Guillaume.

AMAURI IV DE MONTFOPiT, premier du nom, comte d’Evreux de la Maison de Montfort.

1118. àmauri IV df. Montfort, fils de Simon et d’Agnès, sœur du comte Guillaume, ne souffrit pas que le roi Henri loi enlevât impunément le comté d’Evreux, qui lui revenait, à titre d’héritage , par la mort-de son oncle. Ayant rais dans ses intérêts presque toute la France, dit Orde'ric Vital, il assiégea la ville d’Evreux, et la prit au mois d’octobre 1118. Guillaume Pointeau lui livra ensuite la citadelle dont il avait le commandement; après quoi il se mit à piller les terres de l’église d’Evreux , pour se venger de l’évêque Audoin , qui avait dissuadé Henri de lai rendre ce comté. Le prélat, obligé de preudre la fuite , jeta un interdit sur la ville d’Evreux ^ et mena une vie errante l’espace d’un an, durant lequel il laissa croître sa barbe. Henri, voyant se multiplier le nombre des partisans d’Amauri , lui fait offrir de lui rendre le comté, à l’exception du cliâteau d’Evreux. Celui-ci ayant fièrement rejeté cette offre, le monarque revint, au mois d’aoitt de l’année suivante, devant Evreux, dont il se rendit m litre , après y avoir fait jeter, avec la permission de l’évêque, des feux d’artifice qui en consumèrent la plus grande partie, et surtout la cathédrale, que Henri fit depuis rebâtir; mais le château , défendu par les neveux d’ Amauri, Philippe et Fleuri , tous

DF.S COMTES d’ÉVREIîX. 47 1

ÜeMï fils du roi Philippe et de Bertrade, et par Richard , fils du prévôt Foulques, fit une vigoureuse résistance. Comme le roi désespérait de le forcer, le comte de Blois, son neveo, le tira d’embarras en lui amenant Amauri , qui lui remit le château de bonne grâce, au moyen de quoi la paix se fit. (Ordéric Vital.) Quelque tems après, le monarque rendit la place au comte. Mais, l’an 1123, s’e'tant aperçu qu’il formait une ligue avec le roi de France, et plusieurs seigneurs normands, pour rétablir Guillaume Cliton dans le duché de Normandie , il surprit, durant l’hiver, la ville et le château d’Evreux , dont il donna le commandement à Ranulfe de Bayeux , capitaine trèsexpérimenté. L’an 1124* Amauri s’c'tant mis à la tête de trois ceuts chevaliers pour aller délivrer le château de Vateville , assiégé par les troupes de Henri , tomba , le 26 mars, dans uue embuscade avec sa troupe, dont une partie fut tuée et l’autre mise en fuite. Amauri fut du nombre des derniers ; mais il fut pris, à quelque distance du champ de bataille, par Guillaume de Grand-Cour, fils du comte d’Eu, qui lui rendit généreusement la liberté au péril de sa propre fortune , et se relira avec lui sur les terres de France, pour éviter le ressentiment du roi d’Angleterre. Amauri , l’an 1126, fut de l’expédition du roi Louis le Gros contre le comte d’Auvergne.

L’an 1128, nouvelle réconciliation d’ Amauri avec le roi d’Angleterre , qui lui rendit toutes ses terres et ses premiers honneurs. Amauri, l’an 1129, se brouilla avec le roi de France, au sujet d’Etienne de Garlande , sénéchal de France , oncle de sa femme, que le monarque avait disgracié; il osa même se mettre en campagne pour lui faire la guerre. Le P. Anselme dit qu’il ne prit si chaudement le parti de son oncle que pour se maintenir dans la charge de sénéchal, que celui-ci lui avait résignée contre a volonté du roi , qui avait exigé d’Etienne une démission pure ;t simple. Mais tout cela est avancé sans preuves. Quoi qu’il :n s*it, Amauri voyant que le roi d’Angleterre et Thibaut, :omte de Champagne, avec lesquels il s’était ligué contre la France, ne lui donnaient que de faibles secours , abandonna la >artie, et se retira dans son comté d’Evreux , où il passa le reste le ses jours dans la retraite. Amauri les termina, suivant le ïrasseur, l’an 1137. Outre les exploits que nôus venous de rap- »orter de lui , Suger, dans le livre de la dédicace de sou église page 553), nous apprend que, de concert avec le roi de ■"rance, il fit long-tems la guerre à Milon, châtelain de Che- ■ reuse , terre mouvante , dit-il , de notre église 11 avait épousé, 0 Richil.de, fille de Baudouin II, comte de Hainaut, dont il Lit se'paré, sous prétexte de parenté, après en avoir eu Luienne , mariée à Hugues de Montlhéri , sire de Créci, et séué-

cbal de France, fils de Gui le Piouge, comte de Rochefort j a® Agnes, fille d’Anceau de Garlande, sénéchal de France, dont i! eut Àmauri et Simon, qui suivent, avec d'autres enfants.

( Voyez Amauri IV", sire de Montfort .)

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