BOUCHARD VL
i5i5 au plus tôt. Bouchard VI, successeur de Jean , sort père, au comte' deVendôme, et d’Elc'onore, sa mcrc, dans la seigneurie de Castres, eut pour femme" Alix, fille puînée d’Artus TI, duc de Bretagne. Pierre, son frère, étant tombé eu démence, le roi Phi-
500 ‘ CHF.ONOLOGTE HISTOKIQEE
lippe de Valois le nomma pour son curateur avec le chevalier Briant de Montjean. Mais quelque tcms apres , Bouchard se démit de cet emploi , pour les désordonnées paroles desquelles Pierre usoit .souvent contre ledit comte son frère , à cause de sa curation et gouvernement . Le vrai motif qui animait Bouchard contre son frère, e'tait le partage que lui demandait celui-ci dans la succession de leurs père et mère. Le roi , par ses lettres du 3o juillet i544 , ayant nomme' pour nouveaux curateurs de Pierre , à la place du comte Bouchard , les chevaliers Barthèlemi de Montbason, Philippe et Thibaut de Lévis , les chargea de travailler avec le sire de Montjean à terminer à l’amiable la querelle des deux frères, leurs cousins, ou, s’ils ne pouvaient y réussir , de lui en faire le rapport. Six anne'es s’écouleront sans qu’on pût les amener i un accommodement. Enfin , l’an i352 ( V. S. ), deux des curateurs , Barthèlemi de Montbason , et Briant de IVioptjean , les engagèrent à signer, au mois de janvier , un jugement arbitral , par lequel ils assignaient à Pierre , pour lui et ses hoirs et successeurs, la ville et châtellenie de Ljrsignlian , avccques les villes de Thorozele , Couillac et Château-Neuf , et toutes les rentes . chas teaux et forteresses , maisons , édifices , fiefs , hommages , et quelconques autres droits et appartenances et appendances à ladicte châtellenie , estant en Narbonnois , en la sénéchaussée de Carcassonne. Mais comme le roi Philippe de Valois avait excepté les forteresses du partage qui serait fait à Pierre , les arbitres , après avoir déclaré qu’ils n’auraient pu le priver sans un préjudice notable de celles qui se trouvaient dans son lot , ajoutent : Desquelles forteresses ledict comte ou ses gens de par lui auront la garde , selon ce que le roy notredict seigneur Va voulu par sesdictes lettres. Le comte, en souscrivant ce partage , se réserva la foi et hommage pour les domaines qui avaient été assignés à son frère. C’était alors le roi Jean qui occupait le trône. Ce prince confirma ce jugement par ses lettres du mois d’avril suivant. ( Regist . du Trésor des Chartes , coté 82 , acte 160.) Le comte Bouchard ne vécut pas long-tems depuis , étant mort le 26 février i354 (N. S.) Son corps fut enterré dans l’église de Saint-Georges de Vendôme. Dç son mariage sortirent Jean , qui suit; trois autres fils , Pierre et Simon, dont on ne sait que les noms; Bouchard, qui forma la branche de Vendôme-Segré , dont le dernier mâle fut Pierre II , arrière-petit-fils de Bouchard VI ; et deux filles, dont l’aînée , Eléonore, épousa Roger- Bernard , comte de Périgord.
! ‘ , ‘ JEAN VI
1 35 4- Jïan VI , fis aîné de Bouchard VI, devint comte de
DES COMTES, PUIS DUCS, DE VENDOME# 5d
-Vendôme et seigneur de Castres après la mort de son père. Il avait , dès Tan i543 , fait preuve de valeur dans la guerre contre les Anglais, à la suite de Jean , duc de Normandie, et depuis roi de France. L’an i345 , il avait donné et transporté , du consentement de sa femme, la garenne et chasse qu’ils avaient des cerfs et sangliers dans leur forêt d’Ivcline , à ce même Jean, duc :de Normandie , en échangé de quoi Philippe de Valois , par ses lettres du mois de juin de la même année, s’élait engage' de lui fournir annuellement dix cerfs et douze sangliers pris dans la forêt de Loches. {Rec. deColbertyv 01.17, p.347.)ll fut député, rani353, par ce prince avec le cardinal Gui de Boulogne et Pierre , duc de -Bourbon , pour traiter avec Charles le Mauvais , roi de Navarre. Le roi Jean e'rigea , l’an i356, en sa faveur, le 25 août , la seigneurie de Castres et ses dépendances en comte' , de'clarant que cette seigneurie , qui avait été' régie jusqu’alors suivant les us et coutumes de Paris , le serait à l’avenir suivant les coutumes de l’Anjou. ( Vaissète. ) Le comte Jean 3 la même année , fut fait prisonnier, le 19 septembre, à la bataille de Poitiers. II mourut à Montpellier dans le mois de février i566, et non i368, comme le marque le père Anselme. Son corps fut porté aux Jacobins de Castres, où il fut inhumé le 25 du même mois. Jeanne-Marie (1), son épouse , fille de Jean II de Castille , ou de Ponthieu , comte d’Aumale , et de son chef dame d’Epernon , de Vernon , et d’autres lieux ( morte le 3o mai 1576 ), lui donna Bouchard , qui suit ; * et Catherine , femme de Jean de Bourbon , comte de la Marche.
BOUCHARD VII et JEANNE , sa fille.
i566. Bouchard VII , fils de Jean VI , lui succéda en bas âge , sous la garde-noble de Jeanne sa mère. La preuve de sa minorité à son avènement aux comtés de Vendôme et de Castres , se tire d’un acte de l’an i365 (V. S. ), par lequel Jeanne , sa mère, tran-
• (1) Nous lui donnons ces deux noms de baptême quoique les modernes ne
lui donnent que le second , et nous sommes fondés en preuves. Nous voyons en effet qu’en 1^71 , celle comtesse, en nommant son lieutenant au comté de Castres , Philippe de Bruyères, dit aussi de Poniniers, par lettres datées de Vendôme 1371 , prend le nom de Jeanne de Ponthieu , et que Philippe, le a3 mars de l’année suivante (N. S. ) , donnant pour elle au roi et à scs officiers de Carcassonne le dénombrement des terres qui composent le comté de Carcassonne , elle est appelée Marie de Ponthieu : Venen en la presentia de vous Monsieur
le Sénéchal de Carcassonne J'ou Philippe de Poumiers , Chevalier Sen-
hor de hevel , Gouvirnador del Contât de (asti es per et en nom de M adonna Marie de Ponthieu , Ccmtessc de V endosme et de Castres , etc. ( Galiaud , Tr, du Franc aleu , p. 1 68. )
5o3 CHftONÔLOGlE HlSTORttJtlÉ
sige sur un procès avec l'abbaye de Vendôme t comme ayait bail de son fils Bouchard , comte de Vendosme et de Castres. L’an 1.367 àu plus tôt 'et hon i564, côiiime l’avancent des modernes) , sa mère lui fit épouser Isabelle , tille de Jacques de Bourbon, comte de la Marche, et veuve de Louis, vicomte de Beaumont au Maine. L’année suivante , étant majeur , il se rendit en Languedoc , où , le 20 avril , il rendit hommage ah roi dn comté de Castres entre les mains du duc d’Anjou , lieutenant-général en cette province. ( Vaissète, T. IV , p. 34 1 •) Ce prince, l’année suivaute, établit, au mois de mai, les comtes ue Vendôme et de rile-Jourdaiu capitaines-généraux des présentes guerres ( celles qu’on avait alors avec l’Angleterre ) , à raison de trois cénls francs par mois. Lés deux comtes firent cette campagne et les deux suivantes avec le connétable du Gtiesclin» ( Ibidem , p. 40. ) Bouchard , l’an 1*71 , fit son testament , dont un des articles porte que les joyaux et les habits d' Isabelle , ou d’Ysabeau , soient remis à Jeanne , trière du comte , jusqu’à ce que Jeanne, sa fille unique, soit en état de s’en servir. Ou voit par là que Bouchard était veuf alors. Il mourut peu dé jours après cet acte. La mère de Bouchard prit alors le bail ét la garde des» pctiterfille qui était encore au berceau , et nomma pour gouverneur et lieutenant au comté de Castres, par lettres do 3.5 novembre 1371 , un gentilhomme nommé Philippe de Bruyères. (Galtand, du B’ranc-aleu , p. 172. ) La jeune comtesse Jëannb survécut peu de tems à sou père , et mourut au plus tard vers le milieu de l’au i374-
CATHERINE et JEAN DE BOURBON.
j 374 au plus tard. Catherine , Sœur de BotiChârd Vil , succéda au plus tard , l’an 1574 , avec JèaR de Bouéboi*, comte de la Marche , son époux , à Jeanne , sa nièce, dans les comtés de Veadôme et de Castres. Eu effet on trouve dans les archives de l’abbaye de Vendôme une transaction que l’abbé Guillaume du Plessis fit, le 4 aoftt 1^74, avec Jean de Boufbon, comte de Vendôme, et la comtesse Catherine, son épouse, touchant la justice. {Tabul. P'inducin. ) Ce comle mourut le 11 juin i5g3, laissant de son mariage Jacques de Bourbon , comte de fa Marche et de Castres ; Louis , qui suit ; Jean, tige des seigneurs de Carenci ; Anne, mariée, i° à Jean de Bcrri, sciguenr de Montpensier , a° à Louis de Bavière, dit le Barbu, seigneur d’Ingolstadt ; Marie, femme deJeau, seigneur des Croix j et Charlotte, mariée à Jean II , roi de Chypre. La comtesse Catherine survécut dix -sept ans i son époux, et, mourut Iç i«‘‘ avril 1412. (N.£>.) Tous deux ont
Ï>ES COMTES, PC 15 DUCS, DE VENDOME. 5o5
leur sépulture dans la collegiale de Vendôme. (Vo y. les comtes ide la Marche. )
LOUIS DE BOURBON
1 4 11. Louis de Bovrbon , second fils de Jean de Bourbon et de Catherine de Vendôme , seigneur de Montdoubleau , terre qu’il acquit, en t4°6, de Charles de la Rivière et de Blanche de Trie sa fçinme , grand-chambellan depuis 1 408 , succéda , l’an 1412» à sa mère dan» le. comte de Vendôme. Depuis environ dix ans . il le régissait avec elle , et il en avait fait hommage , dès l’an i4n3 , à Louis II , comte d’Anjou et roi de Sicile. Jacques , son frère aîné, ^omte delà Marche, e'tait alors retenu dans les liens par la faction çlcs Bourguignons. A peine fut-il délivré par la paix d’Auxerre , conclue au mois de juillet 141 3, que, jaloux de voir son cadet partage' si richement, il chercha les moyens de le dépouiller. Dans çe dessein il lève des troupes à la hâte, fond tout-a-coup sur le Yendômois, surprend son frère ctle jette dans une affreuse prison. Louis e'tait si généralement aimé et estimé, que les deux factions des Orléanais et des Bourguignons $c réunirent pour travailler à $a délivrance. Le comte de la Marche, pendant huit mois , méprisa leç prières et brava les menaces qu’on lui fit à ce sujet. A la lin cédant aux remords de sa conscience, il alla lui-même tirer (qn frère de prison.
Louis , pendant sa captivité, avait fait vœu de visiter èn qualité' de pèlerin les églis.es de N. D. de Chartres et de Saint-Denis en France , s’il recouvrait la liberté. Fidèle à cet engagement , il 66 fendit à l’une et l’autre églises, nu-pieds, en chemise, portant un cierge de cinquante livres , et suivi de cent domestiques dans le naênae état de pénitence et d'humiliation. De retour à la cour, il, fat mis à la tête de l’ambassade que Charles VI envoya , dans le nuçis de septembre ou d’octobre s 4 1 ^ » en Aragon pour soutenir les droits d’Yolande d’Aragon , femme de Louis II, duc d’Anjou et roi de Sicile , s^r la couronne d’Aragon. Mais tout ce que les ambassadeurs purent obtenir de Ferdinand de Castille, à qui elle venait d’être adjugée , ce fut une promesse d’argent pourYolande avec le renouvellement des anciens traités d’alliance entre la France et l’Aragon. L’année suivante, Louis, par lettres du i5 novembre , fut pourvu de la charge de graud-maîlre (1) de l’hôtel , ou de la surintendance générale des maisons du roi , de la reine et du dauphin. Depuis, il eut les gouvernements de Champagne , de Br\e et de Picardie. Son zèle pour le bien de l’état lui
{p) On dinit alors Souverain-Mait»
5o4 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
fit entreprendre divers voyages à Londres pour de'toumer Henri V , roi d’Angleterre , de porter la guerre en France. Croyant avoir fait quelques progrès sur l’esprit de ce prince , il *e rendit ensuite auprès de lui à la tête d’une brillante ambassade, et lui offrit la princesse Catherine, fi|le de Charles VI, qu’il désirait passionnc'ment d’e'pouser , avec un certain nombre de provinces. Mais ces offres ne satisfirent point l’ambitieux monarque, qui se flattait , disait-il, d’avoir la fille et le.roynurne de France tout entier. L’ambassade fut donc sans effet , et la guerre inévitable. Le comte de Vendôme fut aussi malheureux les armes à la main qu’il l’avait été dans les négociations. Il (ut pris à la bataille d'Azincourt, l’an i4*5, etcooduitàla lourde Londres. Après quelques anne'es de captivité', il traita de sa rançon avec le roi Henri V. Elle fut fixe'e à trois cent mille livres (2); somme exorbitante alors , qui prouvait que Henri n’avait nulle envie de relâcher ce prisonnier. Le comte , avec l’aide de ses parents et de ses amis, 11e put jamais en faire que la moitié, parce que les Anglais étaient maîtres de la plupart de scs terres , ainsi que de celles des personnes qui s’intéressaient pour lui. Henri mourut, l'an 1À22, avec la satisfaclion de laisser dans les liens le comte de Vendôme ainsi que beaucoup d’autres seigneurs français. Louis obtint cependant des tuteurs du jeune Henri VI la permission de venir saluer son nouveau maître le roi Charles VII; après quoi il revint , selon sa promesse , en Angleterre. La régence de ce royaume montra la même inflexibilité que Henri V pour le payement de la rançon des prisonniers. Louis se voyait condamne" à finir ses jours dans la captivité , lorsqu’en 1426 (et non pas 1423 ), étant tombé dangereusement malade, et désespéré des médecins, comme il le dit lui-même , il s’adressa à J. C. , lui promit et voua que , s'il lui plaisait avoir pitié de luj et de la prinson où il étoit , il peust être délivré sans mort , sans désonheur de sa personne et sans perdition de sa seigneurie et héritage , en l’honneur et révérance de luy et de sa glorieuse Sainte Larme , qui en l’église de la Sainte Trinité de Vendrsme repouse , ilferoit et accomplirait , devant la présence d’icelle Sainte Larme , le vœu qui s'ensuit. Voici le précis de ce vœu, qu’il serait trop long de transcrire sur la charte où il est rapporté : 1 * le comte s’engage à venir, la première année après sa délivrance , présenter , le jour du vendredi du Lazarre (c’est celui qui précède le dimanche des Rameaux ) dans l’église de la Trinitéde Vendôme , son corps tout nud avec un cierge du poids de trente-deux livres de cire, en mémoire et remembrance que quand notre Seigneur souffrit
(3) Cette somme reviendrait aujourd'hui à celle de 3,00» , 68; liv. tepxu
DES COMTES, PUIS DüCS, DE VENDOME. 5o5
mort et passion , il avoit régné en son humanité en cest monda par l'espace de trente-deux ans : a0 il promit qu’à pareil jour y. tous les ans à perpétuité, il sera fait dans la même église une procession solemnelle dans laquelle on délivrera de ses prisons de ladicte ville de V indôme le malfaiteur que les gens de son conseil gouverneur et officiers de sa justice , et aucuns des notables religieux de l'abbaye delà Trinité , le chevecier, chantre , et autres du chapitre de son église collégiale de monsieur Saint- George de Tendcrsme, diront en leur conscience avoir fait et commis le plus piteux cas rémissible ; et que, dans le cas qu il té y en aura pas de cette espèce dans les prisons de Vendôme , ou soudoiera un pauvre homme pour le représenter , lequel , nudpieds et en petits draps (en chemise ) , portera à la procession uu cierge de trente-deux livres , qui brûlera ensuite devant la Sainte Larme jusqu’au jour de Pâques. Le comte Louis, après avoir fait ce vœu, recouvra la santé , et sortit de prison sur la fin de 142!» d’une manière qu’il regarda comme miraculeuse. Ce miracle consistait en ce que les Anglais le voyant dangereusement malade , et craignant de perdre la moitié de sa rançon , l'élargirent en se faisant donner caution de la somme dont il était encore redevable (1). De retour en France, les affaires de l’état, où il fut employé , ne lui permirent d’accomplir son vœu qu’en 1428. Ce fut cette année qu’il fit expédier , le 21 avril, la charte qui contient tout ce que nous venons de rapporter. ( Marteune , Anecd. , T. I, col. 1774- ) Depuis ce teins la fondation qui en est l'objet a toujours été fidèlement exécutée au jour et en la manière qu’elle prescrit.
Louis fut, en 142g, un des seigneurs français qui contribuèrent avec la Pucelle à la levée du siège d’Orléans. Il fit, la même année, sous le duc d’Alençon, celui de Gergeau , qui fut emporté d’assaut. L’an i43o, il contraignit les Bourguignons et les Anglais, le premier novembre, à se retirer de devant Compiègne, qu’ils assiégeaient depuis six mois. On le voit, en 1435, nu nombre des négociateurs du fameux traité d’Arras. L’au 14^8 , Louis fut chargé , avec les archevêques de Reims et de Narbonne, de conduire à la cour de Bourgogne Catherine de France, des* tine'e pour femme à Charles, comte de Charolais. Ces seigneurs reçurent à Saint-Omer les instructions du roi Charles Vil , pour traiter de la paix avec l’Angleterre. Les conférences se tinrent avec beaucoup d’appareil à Gravelines , dans le cours de l’an
(1) Villaret qui n’avait pas connaissance <le cette charte, s’inscrit en faux fffist. de France , in 4° , T. VII , p. 35i ) contre le récit qu’elle contient , énoncé dans l’histoire moderne de Charles Vil. Mais les raisons qu’il apporta pour l« combattre sont détruites par le précis fidèle qu’on en vient de Cite,