‹ L'art de verifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments, depuis la naissance de Notre-Seigneur (volume 5)Chapitre 3 sur 296 · BOUCHARD I · texte numérisé non relu

BOUCHARD I

Bouchard Ier est le plus ancien propriétaire de la baronnie de Montmorenci que l’on connaisse avec certitude. Ce n’c'tait rien moins qu’un homme nouveau. Il e'tait chevalier ( miles), fils du duc Albe'ric , et frère de Thibaut , seigneur d’un lieu nomme' en latin Cenlttmliœ ( peut-être Colombe ). Sa mère e'tait sœur d’Edred , roi d’Angleterre; et sa femme Hildegarde e'tait, suivant du Chesne, fille de Thibaut le Tricheur, comte de Blois : ce dernier point n’est pas neanmoins prouve’. Ayant fait un voyage en Angleterre, il en rapporta le corps de saint Pavace , confesseur, et fut accompagne, à son retour, d’un certain nombre de moines de Pcrsora , dans le Worchcslershire. , que le roi, son oncle, avunculus ejus , lui avait permis d'emmener avec lui. Arrive en France, il obtint du roi Lothaire , l’an g58 , à la demande d’Hildeman , archevêque de Sens, la permission de construire un monastère dans sa terre de Brai-sur Seine ,

Four y placer la relique qu’il avait apporle'e et les moines qui avaient suivi. Le lieu de lirai , villa Brajacus , et dcyx moulins

}>rès de Montmorenci , avec plusieurs familles de serfs, furent es premiers fonds dont il dotale nouveau monastère. Tout cela est clairement e'nonce' dans le diplôme que Lothaire accorda pour cet établissement. On voit par cet acte (1), auquel on n’a

» observait alors sur les fiefs» : Les Fiez de la chastellenie de Montmorency ne (ont fias de la condition des fiez de la vicomte de Paris , comment que ladicte chastellenie soit enclose en ladictc vicomté ; et sé gouvernent les fiez de ladicte chastellenie par telle constumt que t'aisnc garantit le puisné , se il retient en domaine de son fié jusqu’à soixante soudées de terre. ( Jlist . Kccl. de Pans , T. Ht, p. 388.)

(i) Ce diplôme roéri le d’être mis sous les veux de nos lecteurs Lotharius D- G. l'rancorum ici. Nolura ficri volomus fidelibus nostris quod Burchardus miles, filius Alberici Ducis , adiit sercnilatcm nosiram obsecrans ut qunddam monasteriuui quod ipse constituerai, de consensu Hildcgardis uxoris cjus et de cousilio Tneobnldi dotuini de Ccnliiniliis fratris cjus, super Soquanain iluvium propc Braiacum in honore doniini Salvatoris , ad rollocamiuiu , servandutu et colenduui corpora Sanclorum Paierni Martyris et Pavatii confessons, quod ulliaium corpus ex Anglia ailulit cuai aliquibu. religions quos avunculus cjus rex Ædieilus ei délierai de Ca-nobio de- Pcrsora lit slabilfretilar et servirent Dco iu dicio monaslcrio sub professione rcguJæ S. Benedicli, et nos in perpetuum subite et firuium lore eonccdcrctnus, et uosuæ majesiatis

-point fait jusqu’à présent l’attention qu’il me'rite , que dès le milieu du dixième siècle, et même auparavant, la maison de * Montmorenci jouissait d’une illustration qui l’e'levait au-dessus de presque toutes les plus nobles du royaume. Faut-il donc s’étonner du titre héréditaire de premier baron de France (c’està-dire de Pile de France) que l’antiquité a décerné à l’aîné de cette maison? Nous ne célébrerons point, avec des modernes'* les vertus politiques et guerrières de Bouchard Ier , parce qu’il u’est fait mention ni des unes ni des autres dans les anciens monuments. Nous voyons, au contraire, qu’un brigand, nommé Boson , lui ayant enlevé par surprise le château de Brai, il n’eut pas la force de le recouvrer , et que ce fut Renaud , comte de Sens, qui délogea Boson de ce poste , d’où il faisait le ravage dans tout le pays , et l’emmena prisonnier après avoir livré la place aux flammes , qui se communiquèrent à l’église , et la réduisirent en cendres. ( Clarius, Chron . Senon. ad an . 958.)

Bouchard, outre la baronnie de Montmorenci, possédait, suivant du Chesne, les terres de Marti, d’Ecouen, de Feuillarde , près de Melun, et de Brai-sur-Scinc. L’année de sa mort est incertaine. J 1 vivait enfcore, si l’on en croit cet écrivain, lorsque l’empereur Otton II emporta d’assaut ou d’emblée le château de Montmorenci dans une irruption qu’il fit en France, l’an 978, pour se venger de l’invasion subite que le roi Lothaire avait

vigore corroboraremus quæcumque eidem loco largiebatnr de bonis suis sine ad vocatione. Cnjus petiuoui annuciulo , praefatum monaslerium in posterum siabite fore siatuimus firmando quæcunrique concessirnus, idipsum postnlanie Doruino Hildemanno Senonensi archiepiscopo ut locus ipse deinetps solo tus sit et quietus. Quæcumque vero à prafato Burchatdo cidern loco donata sunt , villam videlicet Brajacus, et duos tnolendiuos apud villam qnæ diciiur Monsniorencios, et servos etancillas, et cetera oinnia , Monachi quietc possideant sine advocatione. ( Mabtllon, sfcla SS. Ben. sœc. F, p. 2 45, ex autogra pho ; et Bouquet, T. IX, p. (ic/j.) Si l’on nous demande quel était ce duc Albéric, voici ce que nous avons pu découvrir. Dans une notice tirée du cartuiaircde S. Aubin d’Angers, et publiée par du Chesne, parmi les preuves de l’Histoire de Montmorenci ( p. 12 ), on voit un Albéric de Paris, parent de Geoffrni Griscgonelle , comte d’Anjou, qui l’avait attiré auprès au lui. Foulques, fils de Geoffroi , donna à cet Albéric la terre de Champigné, entre la Mayenne et la Sarte. Celte terre avait été cédée en échange à Geoffroi, par un autre Albéric d’Orléans, qui l’avait long-tems possédée, et b qui on donna en conlr’échange une terre, qui n’est point dénommée, eu France, in Francia. II se peut que l'un des deux Albéric ait été le père de Bauchard et ait été duc. U n’y a pas trop d’apparence que ce soit Albéric de Paris, parce qu’on voit à-peu-près ce que devinrent ses biens, qui ne passèrent pas à Bouchard*, mais ce peut être Albéric d’Orléans, qui probablement eut le titre de duc. Quelques historiens , en effet, font mention d’un duc d’Orléans, qui vivait peu de tems après la mort de Robert le Fort. Ne serait-ce pas

Y Albcrkus Aureiianensis de la charte?

faite , Tannée précédente, dans la haute Lorraine. D’Hildegàrde*; sa femme, morte avant lui, suivant le même historien, il laissa Bouchard , qui suit ; Thibaut , seigneur de Brai et de Montlhéri *7 et Albéric , seigneur de Vilier en Anjou. Cette terre lui fut donnée , avec d’autres domaines, par Geoffroi , comte d’Anjou, son parent , qui l’avait emmené avec lui dans un voyage qu’il fit à Paris. ( CarluL S. ALbini Andegav. )

BOUCHARD II , dit LE BARBU.

Bouchard II, fils aine' de Bouchard Lr, et son successeur en la baronnie de Montmorenci , ne commence à paraître dans l’histoire qu’au commencement du règne du roi Robert. II avait' alors épousé la veuve de Hugues Basseth , dame d’une forteresse nommée Château-Basset , située dans une île de la Seine, près de l’abbaye de Saint-Denis dont elle relevait. ( Du Chesne, ffist . de Montmorenci , p. 66. ) L’abbé Vivien ayant sommé Bouchard de lui rendre hommage de ce fief, non- seulement il refusa des’acquitter de ce devoir, mais il s’appliqua à molester les autres vassaux de l’abbaye. Il arriva de la que plusieurs de ceux-ci , pour se soustraire à ses vexations, abandonnèrent les terres de Saint-Denis et passèrent dans celle de Montmorenci. Le roi Robert, sur les plaintes que l’abbé lui porta des procédés de Bouchard, fit citer les parties à son conseil. Le jugement qu’il y rendit, le 25 janvier 997 , dans une assemblée nombreuse des grands du palais (1) , portait en substance , suivant les grandes chroniques de Saint-Denis , que icelujr et ceux qui aprez luy seroieni seigneurs de celle forteresse (de Château-Basset) /èroient hommage à Ceglise du fief que il tenait à cause de sa femme en la devant-dite isle et au chastel de l'église et ez autres lieux . El avec ce fut ordenè et adjouté , que tous les fiefs qui demouroient à Montmorenci , se meslroient en ostages en la cour l'abbé deux fois en l'an , à Pasques et à la fes le S. Denys : ne en nulle maniéré ne requerraient congié d'issir hors de leans jusques à tant qu'ils eussent respondu raison des choses de l'église qui auroient esté sou traitesy ou amenuisiéesf ou prinses par Bouchard ou par ses hommes ... Et quiconques seroil trouvé en mefj'aict envers V église , et il s'enfnyoit aprez pour garan lise à Montmorenci , dedans les quarante jours que

Bouchard ou ceulx qui après luy seront , seroit admonesté de

(1) La diplôme où ce jugement est énoncé, porte en date le vitï des calendes de février, indiction xi , la première année du règne de Robert, commencée au 24 octobre 996 , époque de la mort de Hugues Capct.

par Pabbé pour la justice de ce meffaict , il amènera le malfaiteur pardevanl l’abbé en sa cour , pour justicier pardevant luj. Et si le malfaiteur ne se veut ottroyer aux conditions nom » niées , Bouchard , ou ses successeurs , les boulera hors de toute sa seigneurie. Ceci serait le précis exact du diplôme de Robert , si l’on n’y avait pas omis deux choses que cet acte énonce formellement , i * que le roi avait ordonne' la démolition du Château - Basseth , Nostro regai i décréta eversum iri ipsam

mitniiionem per fideles nostros mandavimus ; 2° que , pour dédommager Bouchard, ce monarque lui avait permis, de construire une forteresse à Montmorenci , Munitionem ei fîrmaii concedentes t/uàm Mommaurenciacum dicunt. ( Du Chesne , ibid. , pr. , p. io.) On lie sait rien de plus sur la vie de Bouchard 11, dont la mort est placée, par du Chesne, vers l’an 1020. Le seul fils qu’on lui connaisse avec certitude, est Bouchard, qui soit. Du Chesne y en ajoute trois autres , savoir : Eudes , dont le nom se tro.uvc placé au bas d’une charte sans date de Tlicduin , vicomte de Mèulent; Albéric , connétable de France sous le roi Henri Ier; et Foucaud , qu’il qualifie chevalier; lequel a fondé la branche de Bantcrlu. Mais on n’a aucune preuve certaine de la descendance de ces trois derniers , quoique le sentiment de du Chesne soit très-vraisemblable pour le second de ceux-ci.

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