DE LA MAISON DE HABSBOURG
ALBERT I
128a. Albert I (Ul«. du nom dan» la généalogie de sa maison) , fil» afné de l'empereur Rodolphe, fut investi , avec Rodolphe, son frère, des duchés d'Autriche, de Styrie, de Cari ni 11 ie et de la Carniole, le 27 décembre 1282, a la diète d'Augsbourg ; après quoi.il se rendit, au commencement de l'année suivante , en Autriche , où il fut reçu avec de grandes acclamations. L'un de ses premiers soins fut de recouvrer les portions de l'Autriche qui en avaient été distraites. Albert, duc de Sa*e , avait obtenu , par engagement , la haute Autriche, et Otlon, son fils, avait reçu quelques villes situées sur les Lords de l'inn , pour la dot de Catherine , sa femme , stpur d'Albert d'Autriche. Mais l'empereur Rodolphe, pour punir le duc de Saxe d'avoir eu part au* troubles excites parOllocare, l'avait condamné à rendre les terres de son engagement , avec perte de la somme qui en était le prix; et Catherine étant morte, l'an xa85 ou 1286 (n. st.), sans enfants, sa dot, suivant son contrat de mariage , devait retourner a sa maison. \x duc d'Autriche somme vainement le père et le (ils de lui faire droit sur ces deux objets. La guerre, en conséquence , leur fut déclarée. L'archevêque de Salzbourg et le duc d'Autriche •'étant confédérés, rassemblèrent leurs troupes auprès de Wels en haute Autriche. Le duc de Saxe, de son côté, divisa les siennes en deux corps, dont il donna l'un a son fils Otton, pour entrer dans l'Autriche, et conduisit l'autre a la rencontre de l'ennemi. Mais ce grand appareil du saxon ne fut qu'une bravade, que la vue du danger auquel il s'exposait ne tarda pas a réprimer. Ce fut Mainart, comte de Tyrol, qui le lui lit apercevoir , et par sa médiation , Albert de Saxe consentit à rendre la dot de sa bru avec cent marcs d'argent pour les frais de la guerre, en attendant que l'électeur palatin , choisi pour arbitre de la question de droit sur la restitution de la haute Autriche , eût rendu son jugement. L'électeur prononça en faveur d'Albert d'Autriche , qui par la devint pleinement possesseur de son duché. L'an 1389, il entra dans la Hongrie , a main armée, pour se venger des incursions qu'un comte, nommé Ivan , avait faites dans l'Autriche. H y prit quelques places, et échoua devant d'autres qu'il assiégea. De retour de celte expédition la même année, il fut attaque par Rodolphe , archevêque de SaUbourg , qui revendiquait, comme appartenantes à son église, quelques terres de l'Autriche, qu Albert s'était appropriées a litre de 6efs vacants. La mort du prélat, arrivée l'année suivante , mit fin aux hostilités. ( Fast. Campilienses , pag. 1180-1183.)
L'an 1291 , après la mort de l'empereur Rodolphe , la ville de Vienne se révolte contre Albert et lui ferme ses portes. Le duc la réduit, au bout de quelques mois, en lui coupant les vivres. Albert , l'an 1 292 , concourt , avec Adolphe de Nassau , pour l'empire, et n'épargne ni sollicitations ni argent pour acquérir les suffrages des électeurs. Mais sa hauteur, sa puissance qui donnait de l'ombrage aux électeurs , et sou empressement , trop marqué, de mouler sur le trône, l'en firent exclure. Peu de tems après, il reçoit d'Adolphe, à Oppeuheim, une nouvelle investiture de l'Autriche, avec la confirmation de tous les privilèges que les empereurs précédents avaient accumulés sur ce duché. Albert , la même année , conduit une armée contre l'évêque de Constance, qui avait fait , de concert avec les Zuricois, des usurpations dans les terres d'Alsace et de
Suabe. l>s premières hostilités furent suivies d'un traité de paix, qui fit rentrer dans la main d'Albert re qui lui avait été enlevé. L'an 1 294 , des salines qu'il avait établies dans la vallce de Rucheln , près de celles de l'archevêque de Salibourg , occasionent des plaintes et des menaces de la part de eu prélat. Albert n'en lient compte. L'empereur Adolphe, prenant le parti de l'archevêque , ordonne au duc de détruire ses salines, et n'est pas plus écouté. Albert, pour se maintenir dans son refus , fait alliance avec Philippe le Bel , roi de France , ennemi déclaré d'Adolphe. L'archevêque , de son côté, travaille à soulever lis Autrichiens et les Slyriens contre leur duc. lin iai>5, au commencement de novembre, Albert, au retour des nu'ces d'Anne , sa fille, avec Hcrman le Lan?, marquis de Brandebourg , est empoisonné dans un repas a
marq Vienne
nuire , est empoi:
s'en tire avec la perte d'un oeil. ( ependant, au bruit qui se répandit de sa mort, l'archevêque de Salzbourg, ayant assemblé des troupes , détruit les salines d'Albert avec la petite ville de Tronau , qui rendait à ce duc trois mille marcs parao. Albert , après le rétablissement de sa santé, ne tarda pas à se venger de cette levée de bouclier. La paix se fit enfin, l'an 1297, entre 'ui et le prélat. Albert revenait alors de Prague, où il avait assisté le jour de la Pentecôte, avec les électeurs de Saxe et de Brandebourg, au couronnement de Gutte , ou Judith, sa sn-ur, et de "Wencrslas IV, roi de Bohême, son époux. Ce fut, comme on l'a déjà dit ailleurs, aux fêtes qui suivirent celte cérémonie , dont (iérard d'Eppenslein , archevêque de Mayence, avait été le ministre, que fut concertée la déposition de l'empereur Adolphe entre ces princes et le prélat. Le roi de Bohême se déclara chef de ce noir complot, et l'on y mit la dernière main dans une assemblée secrète des ligués , qui se tint à Chadam. L'an 1298, nouvelle assemblée à Vienne des électeurs et des princes ligués contre Adolphe. Ils arrêtent définitivement le projet de déposer ce prince et de porter le duc d'Autriche sur le trône. Ce dernier leur assure d'avance le prix de la liche complaisance qu'il attendait d'eux. La révolte éclate. Les électeurs de Mayence, de Saxe et de Brandebourg, avec les ambassadeurs du roi de Bohême et de l'électeur ue Cologne , s'assemblent à Mayence. Adolphe y est solennellement déposé le a3 juin , et le duc d'Autriche élu en sa place. Bataille entre ces deux rivaux, donnée, le a juillet suivant, à Gelheim, près de Worms. Adolphe y perd la vie , et laisse Albert en pleine jouissance du trône impérial. Albert , durant son règne, ne fut occupé que de projets d'agrandissement pour sa maison. Il voulut, mais en vain , réunir la Hollande, fan 1299 , à ses états patrimoniaux , après la mort du comte Jean I , décédé sans laisser de lignée. Lan i3o8, il échoua pareillement dans le dessein qu il avait d'envahir la Thuringe et la Misnie. Le projet qu'il se mit en tête d'asservir une partie des Helvetiens lui fut encore plus funeste. H trouva la mort dans cette expédition, ayant été assassiné le 1". mai i3o8, i l'âge de soixante ans, en passant la Reuss dans un bateau près Je Windisch, par Jean d'Autriche, son neveu, Gis de Rodolphe, son frère, landgrave d'Alsace, et quelques gentilshommes qui s'étaient joints à lui. Ce fut l'avarice d'Albert <
joints A lui. Ue tut l'avance u Albert qui cet attentat. Jean, son neveu, dont il était devenu tutenr après la mort de Rodolphe, son frère , arrivée le 27 avril 1290, étant parvenu à l'âge de majorité, ne cessait de lui redemaader son patrimoine. Ne pouvant obtenir cette justice , le désespoir où le jeta ce refus persévérant , en fit un parricide. Jean d'Autriche et ses complices (à l'exception d un seul qui fut roue vif) échappèrent, par la fuite, a la vengeance d'Agnès, fille d'Albert et reine de Hongrie, qui se dédommagea cruellement sur les familles innocentes de ces assassins. (Jean d'Autriche finit ses jours à Pise , le i3 avril i3i3 , dans on monastère où l'empereur Henri Vil l'avait fait enfermer; et Walter d'Eschenbach , l'un de ses complices , passa trente-cinq ans a garder les boeuf» pour n'être point reconnu. ) Albert avait épousé , l'an 1283, Elisabeth, fille de Mainart, duc de Carinthie et r -
DES DUCS D'AUTRICHE
de Tjrrol , dëeédée le a8 octobre i3i3, dont il eut vingt et un enfants , parmi lesquels on distingue six fils et cinq filles. Ceux- 1 là sont , i*. Rodolfè, né l'an ia84, roi de Bohême en i3o6, " mort de la dysenterie le 4 juillet i3o7 , sans laisser de postérité ' de ses deux femmes . Blanche , fille de Philippe le Hardi , roi de France, mariée l'an i3oo, morte en i3ob , et Elisabeth de Pologne, veuve de Wenceslas IV, roi de Bohème; a". Frédéric I , qui suit ; 3°. Léopold , dit le Glorieux , mort à Stras-
bourg le a8 février i3afi, a trente-oeuf ans, laissant de sa femme Catherine, fille d'Aroédce V, comte de Savoie, qu'il avait épousée en i3o5 , deux filles , Catherine , femme d'Enguerrand de Couci , puis de Conrad de Magdebourg, en Autri- ' cbe, et Agnès, mariée, en i338 , a Boleslas IV, duc de Schweidnitz, en Silésie , morte le i". février i3ija ; 4"- Albert , qui viendra ci-après ; 5*. Henri , dit le Paisible , mort , le 3 février i3a7 , sans lignée de sa femme Elisabeth , fille de Rupcrt, comte de Wurtzoourg , morte en i343; 6*. Otton, ait le • Hardi, ou U Joyeux, mort le 17 février i33q, ayant épousé, iv l'an i3i2 , Elisabeth, fille d'Etienne duc delà basse Bavière, morte le 3i mars i33i ; a», en i335, Anne , fille de Jean , roi de Bohême , morte le 3 septembre »338. 11 eut deux Gis de sa première femme (1) : Léopold , mort en «344, e * Frédéric, mort la même année. Les filles d'Albert sont, î". Agnes, ma riée , en 1396 , avec André III , roi de Hongrie ; a*. Elisabeth , traime de Ferri IV, duc de Lorraine; i". Anne, mariée, i*. i Herman , margrave de Brandebourg , mort en i3o8 , a*, en i3i8, a Henri IV, duc de Breslaw, mort en i335 ; 4*. Gutta , ou Judith, mariée, en i3i5, a Louis, comte d'Oettingen, morte le 10 mars i33g; 5". Catherine, laquelle épousa, l'an i3i3, Charles, duc de Calabre, fils de Robert, roideNaples, décédée le i5 janvier i3a3. (Voy. l'empereur Albert I. )
FREDERIC I, oit LE BEAU.
i3o8. Frédéric, second fils d'Albert I, né l'an iaçjo, lui succéda au duché d'Autriche, ainsi qu'au comté de Habsbourg et au duché de Styrie. Il se mil aussi sur les rangs pour lui succéder a l'empire; mais le souvenir des mauvaises qualités du père , et le ressentiment des maux que son avarice avait causés à l'Allemagne, l'emportèrent, dans 1 esprit des électeurs, sur les espérances que donnait le caractère aimable et généreux du fils, et Henri de Luxembourg lui fut préféré. Ce même Henri , ayant investi, l'an i3io, Jean, son fils, du royaume de Bohême, fait sommer le duc d'Autriche de restituer son duché à ce nouveau roi , qui le réclamait en vertu de l'investiture que le roi Richard en avait donnée au roi Ollocare , aïeul de sa Mais Fré-
déric répond fièrement que le duché d'Autriche avait coûté, depuis cinquante ans, la vie à cinq princes souverains qui l'avaient attaqué, et que Henri pourrait bien être le sixième, s'il osait l'inquiéter. Une transaction termina ce différent. Frédéric et ses frères promirent au roi des Romains , de l'assister dans ses entreprises, contre le duc de Carinthiect contre le margrave de Misnie, comme aussi de le suivre dans l'expédition d'Italie Qu'il méditait. A ces conditions , Frédéric et ses frères reçurent , du consentement de la diète , où cet acte fut passé , l'investiture de leurs biens patrimoniaux. (Pfeffel.) L'an i3i3, après la mort de l'empereur Henri , Frédéric brigua de nouveau l'empire , et eut pour concurrent Louis , duc de Bavière. Rodotfe , électeur palatin , frère de Louis, et son ennemi déclaré, se mil a la tête de la faction autrichienne ; et , ayant assemblé a Sach-
, duc de iBran-
senhausen , près de Francfort, l'électeur de Saxe, Henri , < Carinthie , ancien roi de Bohême , et Henri , margrave de
(1) L'ancienne édition porte au' il ne laissa point d'enfants. Mais on tni voir, pour cette erreur, l' Histoire de la maison «T Autriche , par William Coxe , tome I , pp. aoi , 307, et "' [>>kd,IBdiUur.)