BERTHOLD V
1 187. Bebthold V n'attendit pas la mort de son père , auquel il succéda, pour faire preuve de son attachement à l'empereur Frédéric. Dès qu'il fut en âge uV porter les armes , il se dévoua à son service , et se signala pour lui dans toutes les occasions. Ce prinre , après avoir dépouillé avec son aide, le duc Henri ie Liun, lui marqua sa reconnaissance , en le créant duc de Méranic, dont le chef-lieu, Méran, est situé près du château de Tyrol. C'est en 1180, qu'il paraît pour la première fois, revêtu de ce duché , composé de plusieurs terres dans le Tyrol, possédées jusqu'alors, sous la raou\auce du duché de Bavière, par la maison d'Audechs. Frédéric, en créant ce litre, rendit immédiates les terres qui y participaient , et étendit la juridiction qu'il donnait , sur uue partie considérable du Tyrol, mais non pas sur la province entière , comme quelques-uns le prétendent. D'autres pensent, avec plu i de vraisemblance, qu'avant l érection de ce duché, les empereurs avaient établi les
comtes d'Andechs, gouverneurs du Tyrol, sous le titre d'à* voués ; emploi qui leur donna occasion de s y rendre maîtres de plusieurs villes, châteaux et domaines. Ils prirent tant de goût et d'affection pour ce pays, qu'ils y menèrent comme une nouvelle colonie de leurs sujets, et y bâtirent une nouvelle ville, sous le nom de Méran ie , avec un château qui subsiste encore. Le duc Berthold ayant perdu son père, l'an 1188 , lui succéda au comté d'Andechs , au marquisat d'Istrie et au duché de Dalmatie. Il partit, Tannée suivante, après Pâques , avec l'empereur , a la téte de l'une des divisions de son armée , pour la Terre-Sainte. Un accident funeste ayant emporté ce prince avant d'arriver au terme, Berthold eut encore la douleur de voir, six mois après , Frédéric, son fils, périr au siège d'Acre. De retour en Allemagne, il obtint du nouvel empereur, Henri VI, l'avouerie du monastère de Tégernsée. Dans les troubles qui suivirent la mort de Henri, Berthold demeura fidèle au parti du jeune Frédéric, son fils, et de Philippe de Suabe, tuteur de ce jeune prince. H mourut l'an 1304 , suivant la chronique d'Augsbourg , laissant d' Agnès, son épouse, 611e de Dédon , comte, à ce que l'on croit , de Rochliti, en Misnie, nualre Gis et autant de tilles. Egbert, ou Erkemperl, l'ainé îles fils , ayant embrassé l'état ecclésiastique , fut élu pour évéque , avant l'âge compétent, le i3 janvier iao3, par le chapitre de Bamberg. Cette élection prématurée fut rejetée par le pape Innocent 111 , qui refusa ses bulles de confirmation. Mais Egbert , ayant été trouver le pontife à Rome , sut si bien le gagner par ses caresses, qu'il s en revint pleinement satisfait. Innocent eut beaucoup mieux fait de persister dans son refus; car Egbert avait plus les qualités d'un guerrier que les vertus d'un évéque. Le roi Philippe de Suabe ayant été mis à mort , l'an iao8, par Otton de VVillelsbach , l'cvéque de Bamberg fut violemment soupçonné d'avoir été prévenu sur cet assassinat. L'empereur Otton, en conséquence , quoique rival de Philippe , prononça contre Egl>ert la peine du bannissement, et 1* pape Innocent y ajouta celle de la déposition. Mais Egbert, dans un nouveau voyage qu'il Gt à Rome , drsirma le saint père et obtint son absolution. ( Alberici Chron. ) Il fit également s»
Paix, quelque tems après, avec l'empereur Frédéric H, qui, ayant rappelé , lui donna le gouvernement de l'Autriche, en considération de ses talents militaires, la mort de ce prélat est marquée à l'an , dans les chroniques de Salibourg et de Diessen. Berthold , le second fils de Berthold V , étant entré pareillement dans le clergé , fut promu a l'archevêché de Colocza, par la faveur d'André 11, roi de Hongrie, dont il était parent ou allié. Mais le pape Innocent 111 lui refusa sa confirmation, sur son dévouement connu pour l'empereur Frédéric II. Elle lui fut enfin accordée par Honorius 11 1 , successeur d'Innocent , qui confirma mfme , en iai8 , sa promotion faite au patriarcat d'Aquilée. Berthold transféra son siège à Udine. Ce fut un grand avantage pour cette ville, dont H releva les ruines , et quïl décora d'aqueducs, de temples et d'autres édifices publics. Nous parlerons ci-apiès d'Ol ton, troisième dis du duc Berthold. Henri , le quatrième, eut le marquisat d'Istrie et de Carniole, avec l'avouerie de Tégernsée, qu'il défendit contre les entreprises injustes d'Otton , comte de Valcs. Henri n'hérita point de l'attachement deson père à la maison de Suabe. Au lieu de se déclarer , à son exemple, pdnr Philipp*i roi des Romains, il se tourna , de même que l'evéque Kgbeit, son frère, du côté d'Otton de Brunswick, son antagoniste. Philippe, étant devenu le maître de l'empire , le punit en le privjnl du marquisat d'Istrie. Henri , pour se venger, cul la lâcheté d'engager Otton de Wiitelsbach a se défaire de Philippe par un assassinat. ( Otlo à S. Blasio. , c. 5o. ) Ce crime tout favorable qu'il était à Otton de Brunswick , auquel il pr<»'»3it l'empire, excita son indignation. 11 en poursuivit la vengeance avec vigueur, et fit mettre au ban de l'empire , l'assassin avec ses romplires. Le château d'Andechs, où rrsidïit Henri, 'ut meme rasé, suivant Aycnlin, et Henri n'évita le supplice
DES COMTES D'ANDECHS qu'il méritait que par U fuile. Il passa en Palestine, d'où il ne revint qu'au bout de vingt ans, après avoir obtenu sa grâce de l'empereur Frédéric II. Mais l'année même de son retour, iaa», il mourut à Gralz , sans laisser d'enfants de Sophie, sa femme, qui lui survécut. Des quatre filles du duc Berthold, Hedwige , l'aînée, épousa, l'an n8*j, Henri le Burin , duc de Pologne, de Wratislaw et de Silésie, après la mort duquel , arrivée l'an ia38, elle vécut dans le» exercices de la plus haute pieté, jusqu'au i5 octobre ia43, qui fut le terme de ses jours. Gcrtrudc, seconde fille de Berthold, épousa André U , roi de Hongrie , et périt, en 121 3, de la manière que nous le disons à l'article de son époux; Agnès, sœur de Gertrude , devint fameuse par son mariage avec Philippe Auguste, roi de France ; Mathilde , quatrième fille de Berthold , (ut abbesse de Lulziugen , eu Franconie, pendant vingt-trois ans.
OTTON , oit LE GRAND.
1304. Ottoi», dit LE Grand, troisième fils du duc Berthold V , lui succéda au comté d'Anderhs et au duché de Méranie. Non moins attaché que son père a la maison de Suabe, il signala sa valeur pour la défense de Philippe, roi des Romains, contre Otlon de Brunswick, son cumpélileur. Philippe récompensa son zèle en lui faisant épouser , le aa juin iao6, Beatbixde Suabe, sa nièce, héritière du comte de Bourgogne , dont il joignit le titre à ceux de duc de Méranie, de Oalmatie et de prince de Voigtland. Mais la possession de ce comté lui fut disputée par Etienne de Bourgogne, vicomte d Auxonne qui s'en prétendait le légitime héritier, comme le plus proche en ligne masculine. J-a querelle ne fut entièrement terminée qu'en ia3o, par le mariage d'Adélaïde, fille d'Otlon, avec Hugues , petit-fils d'Etienne. ( Voy. les comtes de Bour-
L'an ia34, Otlon tinta Inspruck, qu'il avait érigé en ville de simple marché qu'il était , les états de Tyrol , auxquels assistèrent les évêques de Brixen et de Trente et toute la noblesse du pays. (Hundt, tom. 1, p. 447-) Mais ce fut au nom de l'empereur qu'il présida à celle assemblée, dont tous les membres ne relevaient pas de lui. Hoffman , dans ses annales de Bamberg (liv. 4» §• 3o), met en la même année la mort du duc Olton. De son mariage, il laissa deux fils et quatre filles. Les fils sont Otton , qui suit ; et Poppon , qui fut, en ia38, le quatrième de sa maison, évêque de Bamberg; mais, dépourvu des vertus épiscopales, sa mauvaise administration le fit chasser la même année qu'il fut élu. Etant venu à bout de remonter sur son siège , après le court épiscopat de Sigefroi d'Oèttiiigen, son successeur , il mérita , par ses déportements , une seconde expulsion , qui fut suivie de l'exil , où il finit ses jours en ia45. Béatrix, l'aînée des quatre filles d'Otton, et non la troisième, comme on le suppose communément, fut alliée avec Otlon, comte d'Orlamunuc, en Thuringc ; Alix, la seconde , donna sa main à Hugues, fils de Jean le Sage , comte de Châlons , qui , par elle , fit rentrer, comme on le verra plus bas, le comté de Bourgogne dans sa maison ; Agnès qui suivait Alix, épousa, f. fan ia3o, Frédéric le Belliqueux , duc d'Autriche; a*, l'an ia44 , Llric, duc de Carinthie. Elisabeth, la dernière des filles d'Otton , fut mariée, l'an 1246, a Fréduic III , burgrave de Nuremberg.
ET DUCS DE MÉRANIE. ia5