‹ L'art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques, et autres anciens monumens depuis la naissance de NotreSeigneur, par le moyen d'une table chronologiqueChapitre 334 sur 582 · DES SEIGNEURS DE MILAN · texte numérisé non relu

DES SEIGNEURS DE MILAN

pagne a ] Mathieu

qui obligea Mathieu de se retirer a Plaisance. (CWi. tom. IX, lier. ital. Corio , * AMino.)

L'empereur Henri VU etaol arrivé, l'an i3io, en Lombardie, Mathieu vient se présenter a lui au mois de novembre, dans la ville d'Asti. Il en est favorablement reçu, et l'accom- Milan, où ce prince fait son entrée , le ai décembre, se. réconcilie en apparence avec les Toriiaoi , et leur dresse en secret des embûches. Ils deviennent suspects aux Allemands par ses artifices; et le 10 février, ceux-ci ayant fait irruption dans leurs hôtels , pillent leurs meubles et les chassent de la ville. Mathieu , néanmoins , est exilé lui-même a la prière de quelques nobles qui craignaient de le revoir à leur tête ; mais, le 7 avril suivant, il obtient son rappel, et se fait confirmer le titre de vicaire de l'empire. H se rend maître par force, ou par adresse, l'an i3i5, de Pavie, de Plaisance, et de quelques autres villes. L'an i3t7, le pape Jean XXII ayant (ait défense que personne prit le titre de vicaire de l'empire , et en exerçât les fonctions sans la permission du saint siège , Mathieu quitte ce titre, qu'il avait porté jusqu'alors, et se Tait proclamer seigneur général de Milan, î»n attachement à l'empereur Louis de Bavière, irrita contre lui Jean XXII, qui le frappa , l'an i3i8, d'excommunication. Le pape, l'an liai , voyant que depuis trois ans Mathieu ne tenait compte de ses censures, et faisait toujours de nouveaux progrès , le tait citer à son tribunal pour répondre sur les crimes d'hérésie et de magie dont il est accusé. (C'était Jean XXII lui-même qui était 1 accusateur.) Sur son refus de comparaître , il le déclare convaincu, confisque ses biens , et le prive de ses dignités. L'interdit est en mé'me tenu jeté sur Milan rl sur les autres villes soumises a Mathieu. L'an i3aa, voyant la plupart des nobles milanais disposes par les semonces et les promesses du légal 1 se retirer de son obéissance , il abdique en faveur de son fils aîné, va se confiner au monastère de Cresconzago , y tombe malade de chagrin, et y meurt , le 37 juin de la même année, dans sa soixantedouzième année, étant né le 1 3 décembre ia5o. Il était seigneur, non-seulement de Milan , mais de Pavie , de Plaisance , de No-

varre, de Corne, de Tortone, d'autres villes. Sa valeur et la force de son génie lui ont mérite le surnom de Grand. Mais on ne voit pas, dit Muratori, que personne l'ait regretté, parce qu'il avait fort grevé le peuple , et qu'il n'était pas exempt de vices. Sa mort fut tenue secrète pendant quatorze jours, et on l'inhuma dans un lieu inconnu , parce qu'il était mort dans 1 interdit et sous I excommunication, il laissa cinq fils: Galéas, Marc, Luchin, Etienne et Jean ( Murât. , Aunali d'ital. , tome VII , pp. 491 , 499 , 5o4 , 537, tome VIII, pp. i3, 43, 74, 9«>» »*7 )

GALÉAS V1SCONTL

i3aa. Galéas Vjscowti, célèbre par divers exploits, du vivant de Mathieu, son père, éprouva de grandes difficultés 'ui succéder. Il eut des adversaires , non-seulement parmi les Guelfes, mais aussi parmi les Gibelins, dont son père avait été comme le chef en Italie, et jusques dans sa propre famille. Après avoir soutenu les efforts de ses ennemis avec beaucoup de valeur, en diverses batailles , il fut obligé de sortir de Milan au mois de novembre i3aa, et se retira a Lodi : mais la confusion qui s'éleva dans Milan après son départ , engagea la garnison allemande, qui avait elle-même contribué à son expulsion, a demander son rappel. Le 9 décembre , il rentra dans Milan . où il fut proclame capitaine et seigneur de la ville : mais il avait au-dehors un ennemi redoutable dans la personne du lésât Bertrand du Pouget , qui, pendant les derniers troubles, lui avait enlevé Plai aoce , le 9 octobre , en persuadant aux princi

siège à son tour Monta, dont il se rend maître, le 10 dé. ceiiibrc.

L'au i3aj, Galéas reçoit, le 16 mai, l'empereur Louis de Bavière & Milan. Malgré les déclamations que firent devant ce prince, contre la conduite de Galéas, Marc, son frère, et Lo— drisio, son oncle, l'empereur lui confirma le vicariat ou la seigneurie de Milan , de Lodi , de Pavie et de Verceil. Louis ayant indiqué le jour de la Pentecôte pour son couronnement à Milan, Cane de l' Escale s'y rendit a la tête de cinq cents cavaliers pour honorer la cérémonie, dans l'espérance, dit-on, d'en obtenir la seigneurie de cette ville ; mais le coup , si telle était son intention, fut manqué. Le couronnement de tauis et de son épouse se fit dans l'église de Saint -Ambroise, hors des murs ; et comme l'archevêque Ricard était du nombre des bannis , trois évoques excommuniés par le pape, Prédéric de B rescia , Gui d'Areuo et Henri de Trente, le remplacèrent dans cette fonction. Mais bientôt, par la jalousie de Marc, son frère, Galéas se brouille avec l'empereur, qui le fait arrêter, le ao juillet, avec deux autres de ses frères, Luchin et Jean, qui étaient clercs, et les envoie prisonniers a Monza- Le même jour, Etienne, leui frère, et son fils, Azzon, moururent subitement, empoisonnés, suivant le bruit public. Louis fait signer ensuite a Galéas que si, dans trois jours, il ne lui remet pas le château qu'il avait fait bâtir sur la terre de Monza, sa tête en répondra. tValéas envoie l'ordre qu'on lui demande ; mais il n'est point obéi , parce que le châtelain avait auparavant reçu défense de livrer a qui que ce fût la place , sans un commandement personnel de Galéas lui-même, l-a femme de ce seigneur, Béatriz d'Est, et Richarde, sa filb», viennent supplier, les mains jointes, le châtelain de céder à la volonté de l'empereur. N'ayant pu rien obtenir, elles s'en retournent accablées d'affliction a Milan. Mais enfin , le châtelain , bien assuré que la vie de son seigneur était en péril, remit aux gens de l'évêque d'Arezzo la place où Galéas fut renfermé avec ses deux frères et son fils. Lès nobles de Milao, et les villes du parti guelfe, témoignèrent une grande joie de cet événement, qui couvrit d'infamie l'empereur, pour avoir montré tant d'ingratitude envers les Visconti. On pourvut, après cela, au gouvernement de Milan, où l'on établit quatre nobles pour régir la commune ; et i leur tête, l'empereur nomma un vicaire, qui fut Guillaume de Montfort. Ce prince étant parti de Milan, le 12 août, a la sourdine, dit Muratori, s'achemine vers Kome, où il n'arriva néanmoins que le 7 janvier i3a8. I^e fameux Castruccio Çastracani, qui l'accompagna depuis son entrée dans la Toscane jusqu'en celte ville, ne cessait de lui demander la liberté de Galéas, de ses deux frères et de son fils. Marc, frère de Galéas, et le principal auteur de leur mine , se joignit à Castruccio pour solliciter la même grâce. I,es seigneurs gibelins firent de même ; et aux prières ayant ajouté les menaces d'abandonner l'empereur, ils triomphèrent enfin de sa résistance, et obtinrent un ordre de relâcher les Visconti. Délivres le aS mars, ils vinrent trouver Castruccio, qui faisait alors le siège de PUtoicDès qu'il aperçut Galéas, il l'embrassa tendrement, et lui donna le commandement de l'expédition qu'il avait entreprise. Mais les fatigues que Galéas y essuya , jointes aux chagrins qu'il avait éprouvés dans sa prison , lui causèrent une maladie qui engagea Castruccio, avant que la place se rendît, à le faire porter a Brcscia. Il y mourut, dans le mois d'août i3a3, à l'âge de cinquante-un ans, laissant un grand exemple, dit Muratori, de l'inconstance des fortunes de ce monde. Son généreux ami le suivit au tombeau , le 3 septembre suivant, a l'âge de quarante-sept ans. De BÉATRix , son épouse, fille d'Obizon II, marquis d'Est , veuve de Reneo de Galluve, en Sardaignc

Scotlo, juge ou seigneur de Uailuve, en SaMaignc, qu'il avait psui de cette ville de se donner au pape/Fier de cet ava'utagc, I épousée le a4 juin i3oo, Galéas ne laissa qu'un fils qui suit, ce prélat envoya, l'an i3a3, une année formidable dans le \ ( Mur. , Annaii d'ital., tome V 111, pag. i5o, i5a, elseqq.) Milanez, sous la conduite de Raymond de Cardo.mc, qui, le AZZON , OU ATTON VISCONTI.

li juin, mit le siège devant Milan : mais, sur la fin du mois]

- , il fut oblige de se retirer. L'année d'après , Galéas as- i3a8. Azzon Viscohti, fils de Galéas, reçut de l'empereur,

CHRONOLOGIE HISTORIQUE

au mois de janvier i3an,, à Pise, moyennant one somme de a5,ooo florins d'or, le liire <le vicaire de l'empire, a Milan. Au moi* d'août suivant, Marc Visconli, son oncle, étant venu a Milan, y fut honorablement rrçu par Azzon et ses deux oncles, Luchin et Jean , frères de Marc; mais ceux-ci s'etant aperçus qu'il voulait se rendre maître de la ville, ils le firent étrangler secrètement, le 8 septembre de la même année, et non l'àài , comme le marque Chazol. Celte dernière année, Azzon reçoit des ambassadeurs de Pavie , de Verceil et de Novarre , qui lui défèrent la seigneurie de ces villes. S'élant rendu, le a mars sui vant , à Parme, il y est de même proclamé seigneur , trois jours après, dans un conseil public ; ce qui procura le rappel de» Corrèges et des autres exilés qu'il rétablit. I>e là il arriva le iS avril à Reggio, dont le peuple lui fit le mime honneur, avec des transports extraordinaires de joie, demandant en même tems qu'il déposât les Manfredi et les Fogliari, qui en avaient usurpe 1rs domaines. D'autres villes, où il vint ensuite, l'acceptèrent de même pour seigneur en des assemblées générales. C'était une espèce d'enchantement , dit Paul Jove , que ce changement; ce qui ne doit pas néanmoins, ajoute-l-il , paraîlre étrange, parce que, dans louie l'Italie, on ne cherchait, sans autre exa-

men « qu un maître étranger, c

leurs de Mantoue, contre Jean, roi de Bohême, qui clan if avec une puissante armée en Italie. Il perd, l'an i335 , rîx , sa mère, décédée le premier septembre. L'année suip, désirant ajoutera ses étals la ville de Plaisance, possédée

•Yanrnic Srnllr. il i-n forma le siece . OUI dura huit mois.

apable d'éteindre l'esprit de faction, elde faire jouir les peuples des doureuis de la paix. Azzon se ligue, le 8 août de la même année, avec les marquis d'Est , Mastin de l'Escale, seigneur de Vérone, et le» Gonzagues, seigneurs de Mantoue, contre Jean, roi de Bohême, qui elaii entre a- ' 1

Béatrix ▼anle

par François Scotlo, il en forma le siège, qui dura huit »..«.», et finit le i5 décembre par la reddition de fa place, où il rétablit la paix en rappelant les exilés. Jaloux de ses succès , Ivodrisio \ isconti, son parent, lève une armée qui lui est fournie par les seigneurs de Vérone , et passe dans le Milanez pour le dépouiller. Luchin Visconti marche a la rencontre de Lodrisio , et le ai février i3H<), lui livre une sanglante bataille, dans laquelle il le fait prisonnier, avec un grand nombre des siens.

On fil courir le bruit nue saint Ambroise avait apparu dans cette bataille, un fouet a la main, dont il frappait les ennemis, et on ne se contenta pas de peindre ce conte sur la loile, on le fit graver sur les monnaies. Mais le peuple, dans ta suite, expliqua cela faussement d'une victoire remportée sur les Français. Azzon ne survécut pas long-lems a cet événement. La mort le ravit à ses peuples, qui le chérissaient, le 14 ou le 16 mai suivant, à l'âge de trente-sept ans. Muralori le représente comme un héros accompli ; piété, valeur, prudence, générosité, douceur, affabilité, toutes les vertus semblaient se réunir en lui. Exempt de partialité, il traitait avec la même équité les Guelfes et les Gibelins. Il avait épouse, l'an i333, Catherine, fille de Louis II de Savoie , seigneur du Bugey, dont il ne laissa point de postérité. Sa veuve se remaria a Haoul III , comte de Guinrs, puis à Guillaume I de Flandre, comte de Namur.

LUCHIN VISCONTI.

i3.1i). T.l'cnix Viscown , oncle d'Azznn, lui succéda dans la seigneurie de Milan. La dureté d* son gouvernement fut le contraste de celui de son neveu. File excita, Tan i34o, une conjiuation tramée par François de Postcria , qui , ayant été découverte , avant qu'elle éclatât, n'eut que le teins de s'enfuir avec sa famille à Avignon. Mais Luchin ayant réussi a le tirer de là au moyen d'une lettre supposée de Mastin de l'Escale, qui l'invitait , sous les plus belles promesses , à venir le trouver à Vérone, il le fil arrêter sur la route et amener à Milan , où il eut la tête tranchée avec ses fils et d'autres complices. Cet acte de sévérité répandit , parmi les Milanais , une si grande terreur, qu'ils n'osèrent nlus désormais se révolter. Luchin , depuis ce tems, faisait garder la porte de la chambre où il couchait , |»ar

deux énorme* chiens qui l'accompagnaient aussi partout où II allait ; et malheur a celui , dit Muralori , qui , le rencontrant , laissait échapper quelque geste indiscret : les chiens se lançaient aussitôt sur lui , el I étendaient par terre. J.a maison des Visconli et les Milanais étaient toujours brouillée avec le saiot siège. l-uchin vint a bout, l'an 1.141, de faire sa paix avec le pape Benoit XII, qui, regardant l'empire comme vacant, lui accorda l'investilure du vicariat impérial de Milan , et des autres villes dont il avait la possession , sous la promesse que fit Luchin , de lui payer cinquante mille florins d'or. Tranquille alors, et voulant maintenir la |ttix dans ses états, il publia des lois fort sages, pour abolir quantité d'abus qui s'y étaient introduits a la faveur des troubles.

L'an i&+t>, Obizon III, marquis d'Est, voyant La ville de Carme , dont il était seigneur , menacée par lés Gonzagues et d autres seigneurs puissants qui l'environnaient, se détermina d'autant plus volontiers à la céder à Luchin, qu'elle était séparée de ses autres états. Luchin , qui jalousait fort celte place, et s'était uni pour la conquérir aux ennemis d Obizon , acerptj l'offre du marquis, en s obligeant de lui rembourser ce qu'il avait payé a Azzon de Corrégio , pour l'acquérir. Le traité qu'ib firent entre eux fut passé dans le mois de novembre 1.346. (Villani, Lhron. I. îa, ch. fi.) Luchin fit, vers le même tems,

I acquisition de la ville d'Asti, dans le territoire de laquelle les Solari , famille puissante , possédaient vingt -quatre châteaux auxquels ils auraient bien voulu joindre celte place. Luchin, instruit de leurs vues, s'appliqua à détruire cette famille, et rcussii a ne lui laisser pas un seul pied de terrain dans l'AsIesan. l-a fortune et l'industrie de Luchin ne se bornèrent point là.

II acquit encore les villes de Bobbio, Torlone et Alexandrie; il enleva , l'an i3 4 « , à Jeanne , reiue de Naples , les villes d'Albe, de Quiers, et d'autres terres, jusqu'à Vinaglio et aux Alpe». Son ambition , excitée par les troubles qui régnaient dans la ville de Gènes, lui inspira le désir d'en profiter, pour joindre cette ville à ses domaines. S'élant concerté avec ceux qu'elle avait bannis, c'est-à-dire, les Doria , les Spinola , les Fiejques, la Urimaldi , il leva une grosse armée qu'il fit partir sous la conduite u'e Bruzio, son fils naturel , pour en faire le siège. Il fut long ; mais la vie de Luchin ne le fut assez pour lui en faire voir l'issue, qui eût tourné vraisemblablement à son avantage.

Dans toutes les ligues où Luchin entrait , son intention était de foire servir ses confédérés à son propre agrandissement. S'élant brouillé (on ne sait pour quel sujet) avec les Goo» zagues qui lui avaient procuré l'acquisition de Parme , il se joignit aux communes de Brescia et de Crémone , pour leur demander plusieurs places et châteaux qui leur appartenaient auparavant. Sur le refus qu'ils firent de les rendre , il prit les armes , et leur enleva Casai maegior , Sabionete , Piadone, Azoio , Montechiaro , et d'autres forteresses.

Luchin . qui jusqu'alors avait été vaillamment secouru par

Guido I Torelli , parent de sa femme , perdit cet excellent ui ; Guido ayant passé, en i348, dans le parti de Philippe Gonzague, qui, pour l'y attirer, lui avait promis sa fille

appui ; Guido ayant passé, en i348, dans de Gonzague, qui, pour l'y attirer, lui 1 tléonore en mariage. Philippe de Gonzague et Guido Torelli défirent , le 3o septembre de la même année , l'armée de Luchin sous les murs de Rorgoforle. Ce prince ne survécut pas long-lems à ce revers. Il mourut , le a4 janvier 1 349 • em P°'~ sonné, suivant quelques-uns, par sa propre femme Isabelle de FiesqI'E. Elle était bien capable d'un pareil forfait. D'une même couhc, elle eut deux fils qu'elle déclara n'être point de son époux , mais de Galéas , son neveu ; ce qui fit qu'ils ue lui succédèrent pas. L'un d'eux mourut en prison , et l'autre en exil. Elle fut aussi mère de Catherine , femme de François d'Kst. Luchin était d'une humeur si sombre qu'on ne le vit jamais rire.

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