MATHIEU II , BERNABO ET G A LÉ AS II
i354- M vrai eu II , Bernabo et Galbas II , tous trois Gis d'Etienne Visconti , fiire de Jean , succédèrent a leur oncle , dans l'état de Milan , qu'ils partagèrent par égales' portions , à l'exception de Milan et de Gênes , qu'ils possédèrent par indivis. Mathieu, ami de l'oisiveté, quoique sensible aux offenses, ne ressemblait a Mathieu le Grand, son aïeul , que de nom. Né avec un esprit et des goûts peu militaires, adonné aux femmes , il perdit avec elles les forces de son corps et de son ejprit. Il usait alors , dit Paolo Giovio ( vite de Daderi Visconti, liv. 7, pag. ii7), de remèdes étranges , pour s'exciter à de nouvelles débauches. Une fièvre lente , occasionéc par ses excès , le conduisit au tombeau , le 36 septembre i355- Valentine , sa mère , accusa Galéas et Bernabo , ses frères , de l'avoir empoisonné dans du porc frais , qu'il aimait beaucoup. Il avait époujé EcmiOLB DE GottZAGUE , soeur d'Isabelle , mariée à Rodolfe de Habsbourg , comte d'inspruck , et d'Eléonore , marie* à Guido l Toreîli , descendant des anciens souverains de Ferme. Mathieu, de ce mariage, eut deux filles, Orsina, mariée a Hugolin de Gonzague , et Catherine , alliée à Baldazar * 1 , seigneur fort riche pour ce tems-là. Il fut inhumé à
Saint-Eustorge de Milan ; et comme il ne laissait aucun enfant mile , ses deux frères héritèrent de sa part , a l'exception tle Bologne, qu'il s'était laissé enlever par Visconti d'Olégio. Ils obtinrent, la même année , de l'empereur Charles IV , le vicariat de l-omhanlie. Leur union les défendit contre une ligue puissante fonnée par les Florentins et 1rs marquis d'Est , de Mantoue et de Montferrat. Mais elle ne put les maintenir dans la possession de l'état de Gênes. Os G énois , las d'une domination étrangère, se soulevèrent , en i356, contre les officiers milanais qui commandaient à Gênes, les chassèrent, et rétablirent ledogat.
Bernabo Visconti , l'an »35y , voulant occuper ses troupes, les fil passer, au commencement de juin, sous le commandement de Galasso Pio , dans le Modénois , où elles firent de grands dégau. De ta , étant entrées , au mois de juillet , dans le Bolonais , elles furent rencontrées par les milices des Gon zagues, des marquis d'Est, el îles Olégio , qui. les poussèrent si vigoureusement , qu'elles furent contraintes de reprendre , en diligence, la roule de leur pays. ( Johan. de Bazano CAon. apud Munit. Rer. iial. , loin. XV. ) Les Visconti se dédommagèrent de ce revers au mois d'août, par la prise de Borgofortc ; après quoi , étant passés dans le Mantouan , ils en assiégèrent la capitale. Hugolin de Gonzague, et le comte de Lindo, capitaine allemand, pour faire diversion, se jetèrent dans le Milanez, où ils mirent tout i feu et a sang; ce qui obligea Jean Bizozero, général de Bernabo, de lever le siège de Mantoue pour marcher contre eux. Les deux armées s'étant rencontrées au passage de l'Oglio , celle de Bernabo fut mise en déroute , et son général , avec beaucoup d'autres , fait prisonnier.(Villani, 1. 8 , c. 18). Mais telle était son habileté , qu'A savait toujours se relever de ses pertes , de manière a se rendre plus redoutable qu'auparavant. Les Gonzagues, les marquis d'Est , et leurs alliés , las d'une guerre ruineuse , commencèrent les premiers à demander la paix. Ours plénipotentiaires s'étant rendus à Milan , elle fut conclue , le 8 juin i358, en présence des ambassadeurs de l'empereur Charles IV. Mais, en la signaut , les Visconli n'avaient point renoncé a leurs vues de conquêtes. Contents d'avoir rompu la ligua formée contre eux , Bernabo et Galéas, son frère , reprirent , en i3Sf), le siège de Pavie , qu'ils avaient commencé des l'an i356, et forcèrent la place à se rendre, après lui avoir fait éprouver les horreurs de la famine et de la peste. Pour la tenir en bride, Galca*, a qui elle demeura, y fit construire un château , parce qu'il connaissait la haine des Pavesaus contre les Milanais. Mais , pour repeupler cette ville , et lui rendre son premier lustre , il y fonda une université.
Bernabo avait toujours en tête le recouvrement de Bologne, nui , ayant été vendue , comme on l'a dit , l'an i3.îo , par Jean de Pépoli, à Jean Visconti, archevêque de Milan, avait été ensuite usurpée , l'an i355, par Jean d'Olégio. L'armée qu'il envoya , l'an i35o,, contre cette ville, dont le territoire, par son étendue, valait une province, ne remporta pas les avantages qu'il en espérait. Jean d'Olégio prévoyant néanmoins qu'il succomberait lût ou tard aux efforts de Bernabo , cède Bologne, l'an i36o , au cardinal Gille Albornoz, qui lui donne en échange la ville de Fermo. ( Chnn. Bonon. Rer. ital. , tom. XVIII. ) Le rardinal , avec le secours des troupes qu'il obtint du roi de Hongrie , força celles de Bernabo d'évacuer le Bolonais. La ligue s'étant renouvelée contre ce dernier, en i36a , mit dam ses intérêts le pape Urbain V, qui , l'année suivante , au
de mars, fulmina une sentence d'excommunication contre lui. Bernabo n'en tint compte , et n'en poursuivit pas avec moins d'ardeur l'exécution de ses pro|Cts. Une grande victoire que remporta sur lui , la même année, Feltrin de Gonzague, ne le déconcerta pas. (Corio islor di Milano). L'empereur Charles IV éunt arrivé, Van i3b8, en Italie, pour appuyer le pape et les confédérés, Bernabo s'allia avec Cane de l'Escale, seigneur de Vérone , pour lui résister. Voyant l'inutilité de ses efforts contre les Viscouii , l'empereur convient avec eux d'une irève qui ,
CHRONOLOGIE HISTORIQUE
l'année suivante ~, au mois de février t est convertie en un traité de paix où sont compris d'une part , les Visconli et le seigneur de Vérone; de l'autre , le pape, l'empereur, la reine
de flapies, le marquis d'Est, les Gonzagues, les Malatesla, et les Commaces de Sienne et de Perouze. (Muratori. ) L'an
ferrât. Le pape Grégoire XI , le comte de Savoie , le marouis d'Est, François Carrare et les Florentins, envoient des troupes au secours de la place assiégée par Galéas , qui , a la fin, est obligé de se retirer les mains vides D'un autre coté, Bernabo, son frère, étant eutré dans le Modénois, où il faisait le dtgal , est attaqué le a juin par l'armée des confédérés, qu'il met en déroute après un sanglant combat. Le gain de celle bataille lui facélite la conquête de Corrégio. 1-es confédérés envoient des nouvelles forces contre les deux frères. Ou se harcèle de part el d'autre , et la campagne se termine par une trêve que le roi de France , Charles V , avait ménagée. La guerre recominerce le 5 janvier de l'année suivante. Les troupes de Bernabo sont battues sur le Panaro , dans le Bolonois , par Jean AucuJ , fameux partisan anglais, qui , s'étanl donne d'abord aux Visennti, les avait ensuite abandonnés pour passer au servir*- de la ligue. Le 8 mai de la même année , AucuJ remporte une seconde victoire au pont de Cbiesi sur les Visconli. Le marquis de Mont ferrât , Hugolin et Galeas , sont du nombre des prisonniers faits à cette journée. 1-e Bergamasc s étant révolte peu île tems après, Bernabo envoie son bâtard Ainbroise pour réduire ce pays. Ambroise est pris dans une ambuscade el mis à mort parles paysans, le 17 août.
L'an |3 7 S , les affaires d'Italie changent de face. Ce n est
S lus la Lornbardie qui est le théâtre de la guerre, ni l'ami) itiou es Visconti , qu'il s'agit de reprimer. La tyrannie des officier» du pape Grégoire XI attire toute l'attention des puissances italiennes, en même tems qu'elle fait soulever les villes de l'elat ecclésiastique. Il se forme, pour appuyer ces villes, une confédération dans laquelle entrent la reine de Manies, Bernabo, les Florentins , les Pisans et les Siennois. Plus de quatre-vingts places secouent le joug du pape, et se maintiennent dans leur révolte, malgré les efforts du partisan Aucud et de ses Anglais, pour les faire rentrer dans le devoir. ( Muratori. ) Galéas mourut, le 4 août 1378, a l'âge de cinquante-neuf ans. Dans ses dernières années , il avait pris peu de part aux affaires oui ne concernaient pas ses états. C'était dans la compagnie des gens de lettres, dont Pétrarque était le plus distingué, qu'il passait une partie de son tems. Ce fut , a la persuasion de cet homme célèbre qu'il fonda une grande bibliothèque, et établit l'université de Pavie. Son goilt pour l'architecture se manifesta par plusieurs beaux édifices qu'il fil construire. Ce fut lui qui bâtit fa superbe citadelle de Milan. Le pont qu'il éleva sur le Tesin , est regardé comme un chef-d'œuvre de l'art. Pétrarque, si avare de louanges , même pour les grands hommes de son siècle , ne peut contenir son admiration , ni supprimer ses «loges eu parlant du palais que ce prince avait construit daus la partie septentrionale de la ville de Pavie. G aléas , s'érrie-l-il , a surpassé, dans ses autres ouvrages , les princes tes plus puiaunts de l'Europe ; mais ici il s'ist surpassé lui-même. A ce palais, ou il avait rassemblé les plus belles peintures, était joint un parc qui avait quinze milles de circonférence. Pour lui donner cette étendue , il fallut empiéter sur les propriétés de plusieurs familles , qui furent très- peu satisfaites des indemnités qu'on leur accorda. Un particulier nommé Bariole Sisla , qu'on força de renoncer aux champs qu'il tenait de ses pères, fut si désespéré de cette violence, qu'il frappa Galeas d'un coup de poignard qui ne fit que l'effleurer', parce qu'il avait , ce jour-là , sous ses babil» une partie de son armure. Galéas , dit Muratori , fut peu regretté , parce qu'il avait foulé ses peuples pour subrenir aux dépenses que ses guerres el son luxe -
Il avait de plus, dans ses dernières années, ajoute- l-îl , la maladie des vieillards , qui est l'avarice ; et comme il ne payait pas ses soldats , il s'ensuivit de là des vols et des brigandages continuels. Bief, ce fut un méchant homme, qu'on doit regarder plutôt comme un tyran que comme un bon seigneur. Galéas avait épousé, l'an 1 îào , Blanche , fille d'Aimon , comte de Savoie, dout il eut Jean Galeas, qui lui succéda, et Yolande, mariée, i°. l'an i3n8, à l.vonnel d'Angleterre, duc de Clareuce , à oui elle apporta en dm deux cent mille livres sterling», somme exhorbilante pour ce lems-là; a", à Ol Ion, marquis de Motitferrat ; 3". à Louis Vuconli , seigneur de Lodi.
JEAN - GALÉAS , phemilh nue de Milan.
i3 7 8. Jean -Galévs, fils et successeur de Galeas Visconli , était marié, depuis i3Ho , avec Isabelle , fille de Jean 11, roi de France, qu'il avait achetée , disent les historiens du tems , moyennant six cent mille florins, dont le monarque françai* avait besoin pour payer sa rançon. Du vivant de son père , il s'appelait comte de Vertus, comte de Champagne qu'Isabelle, sa femme, lui avait apporté en dot. Ayant perdu cette princesse , le 1 1 septembre 1373 , il se remaria , le iS novembre tJ8o , à t ATHEHINE Visconti , sa cousine, fille de Bernabo, son oncle.
L'intérêt attacha Jean- Galéas à l'empereur Weuceslas, qui le déclara, l'an iA8a, vicaire général de l'empire en Lornbardie. L'an i38<tt Bernabo et ses fils, à qui il avait partagé les villes de son obéissance en 1379, voyant Jean- Galéassans enfants miles, forment le dessein de le faire périr, pour avoir ses états ; mais celui-ci , qui vivait dans la défiance , et sous les dehors d'une piété stupide, les prévint. Bernabo étant venu le saluer avec deux de ses (ils, le ri mai |385, il passait près de Milan, Jean-Galéas le fil arrêter cl conduire dans un chateai* , où Bernabo mourut le 18 décembre de la même année. Jean-Galéas , après s'être rendu maître de la personne de son oncle et de celles de ses deux cousins, n'eut pas de peine à s'emparer de leurs terres. Charles Visconti , seigneur de Parme el de Crème, trois.éme fils de Bernabo, lorsqu'il eut appris la détention de son père , se sauva en Bavière : Mastin, sou frère,