PUIS MARQUIS. ET ENSUITE DUCS DE MANTOUE
Mantoue, dont la fondation précède de près de trois siècles celles de Home , est la capitale d'un élat qoi s'étend sur une longueur d'environ soixante-dix milles d Italie, depuis les froutières du Cremonais jusqu'à Stellala, terre du pape, et sur une largeur d'environ quarante milles, mais Quelquefois moindre , depuis Vidiano , jusqu'à la frontière du Vvronais. Tout le circuit du Mantouan peut être évalué à deux cents milles. Sous le règne de ses souverains, Mantoue renfermait cinquante mille âmes, et quarante monastères , dont les églises étaient ornées des tableaux des plus grands maîtres. Le palais du prince renfermait cinq cents chambres ou l'on voyait briller h magnificence et la richesse. Les principales rivières qui arrosent le Mantouan , sont le Pô, qui le traverse presque d'un bout à l'autre, le Mincio, l'Ogli» et la Secchia , qui vont toutes se perdre dans ce roi des fleuves de l'Italie.
Depuis environ un siècle, Mantoue se gouvernait en forme de republique , sous la protection des empereurs , lorsque Olton 11 la donna au marquis Thedalde, aïeul de la comtesse Maihilde, qui s'en mit en possession l'an 11 14. Après la mort de celle princesse, il parait que Manloue fut du nombre des villes qui profilèrent des divisions du sacerdoce el de l'empire pour se mettre en liberté; mais elle ne fit que changer de maîtres. I*es querelles que fit nailre l'ambition entre les principales familles de Manloue , donnèrent occasion aux plus forts de la subjuguer. Le fameux Sordello Vis conli . troubadour, chevalier errant , grand capitaine et grand politique, en fut podestat vers isao (1). (* oy. Maria Lqui
(1) Sordrllu. nalit «le Manloue, descendait des \ i.couti «rigueur» it l.oilo. t tant allé dan» ta |eune»»c à la tour «lu mai qui* IWbard de San-Bonifacio, seigntur de Wrone, il wcluitit ta femme Cunitu, tilt du tamcu» fcrcclun, dit le Moine. huY quitta, dit-on, son iii.irt pour le suivie, et di-pui>se remaria qmtre foi». Les hUlorien» du 1 an représentent „uirdeilo comme le plus bel homnie , le plus adroit , le plu* vab-urtui, le plu»sa»aul el le meilleur pofte de ton teins. Outre ses poc»ie* dont on trouve cjuclqacs-iuic» avec celle de* auteurs Irou-
cola, storia di Mantua, 1. 1, pag. 86.) Mantoue jouit de quelque tranquillité sous sa magistrature ; il défendit cette ville contre hccellin t et y fit la fortiGralion qui porte encore aujourd'hui le nom de Sdraglio. Ludovic, fils de Richard , comte de San - Bonifàcio , domina a son tour, a Mantoue, pendant plusieurs années; mais Pinnamonte Bonacolsi et Otlonello Zenecatli , se firent élire capitaines en ia-4- Un mois après, Pinnamonte fait tuer, par trahison, pendant la nuit, Oltonello, el convient avec les familles d«î hiva , Mercaria et Casaloldi, de chasser tous les autres nobles; tardello Visconli fut compris dans ce bamiusemeiil ; Pinnamonte vint à bout de chasser ensuite ces méines familles, les unes par les autres, et resta seul maître de Manloue. La mort le surprit en septembre ta8y. Pinnamonte ayant, par testament , nommé Carpio , son fils , pour lui succéder, Bardelon , son autre bis, jaloux de celte préférence, le chassa en iau,i , et s'empara du gouvernement. Il réunissait tous les vices ; sa tyrannie le rendit odieux. Bollicclla-tkioa-
badours, il composa un livre intitulé : Trésor des Trésors, où il traitait dei hommes célèbre» dan* le gouvernement ei de» prinepe» de la pol tiqur. Il voyagea dans presque touie l'Europe , et fit tant de choses mémorable» , que riiistoiien de* Troubadours (tulf II, pa«Y oo) a cru devoir les atlribu.r à deux personnages. Sordcllo vivait encore en liSoa. et mourut vers la lin du troisième sirrle. l-e Uan:e l'a cél. '.ri; ( Voyei. so* Purgatoire . lib. 1 th b cl 7. *•/ de f'ulgari etoeoio, lib i , cap. 1S ; ttoaesmondi , part. 1 , lib 4, p. a3? : le cardinal Bemio nette /traie, liv. 1 ; Giust t'oit a ni ni dell cl 00. Itoliana, lib. 1,5 ■ 3 rl ao , et liv. a, .4°; laite (Jttadrio , star, el rag d <f*i poisia tome II , page Storia de/ Ectcllini de Verci , l.nnr I , Mb. 5, pape lia ) le
docte abbé 1 Tiabosctu: Sior'd delta leliervlura ilaliaaa. Lutin , fi rluserlatioii in:éri» ant« »ur y.rd.llo qu'a doniic>,en 17S3, M. le comte Jean-itapti»l>- d' Arro, inleudapi p<->li:iquc du Mantuuan, si connu par le» wrvi< a rendu» aux ai l , el nm gitul pour le» science».
Nousavnu» cm drvoir -ortie de notrr rc^le ordinaire, en indiquant ici le» »our«es ou l'on prul puiser des détails sur SorJcIl i, vu sa célébrité eu Italie, el le jpeu de lumière* que nous avons sur lui est 1-uuce.
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colsi, ion petit-fils, l'expulsa a son lour, en retiré à Padoue, y mourut malheureusement après trois ans d'exil. Bolicella secourut François d'Est, contre le marquis Azzon, son frère, et fil la guerre aux Crcmonais. Pendant ce tems , Azzon , pour se venger , lui enleva le château de Saravalle, où était la plus grande partie de ses richesses. Boticvlla mourut presque en mî'me tems que son rival. (Equicola, ibid. % l.i, p. 48, et teqif.) A Bolicella succédèrent, l'an i3ort dans la seigneurie de Manloue, ses deux fils, Passerin et BlTiao* BoMacolsi. U deuxième est peu connu ; mais Passerin se rendit célèbre par diverses actions d'éclat. L'an i3ia, ayant marché au secours des Modénais attaques par les Bolonais , il enea-ca les premiers à l'élire pour leur seigneur. Franceschin , ou François 1 de la Mirandole , lui enleva a ville de Modène, à la faveur d'une sédition qu'il excita le 18 janvier «3i8 , et s'en fit proclamer seigneur : mais , presse par divers ennemis auxquels se joignit Passerin, il la lui rendit, par traité du 3o novembre i3ig. S'étant ligué , 1 aji t3a5 , avec divers seigneurs contre les Bolonais , Passerin remporta sur eux une grande vicloire , le i5 novembre. Ce seigneur était un des grands partisans de l'empereur Louis de Bavière) et par la , ifse rendit odieux au pape Jean XXII , qui le comprit parmi ceux contre lesquels il fit publier la croisade. Les efforts de ce pontife, pour lui nuire, furent vains , et ne l'empêchèrent pas de gouverner tranquillement son état; mais il eut le malheur d'avoir un fils imprudent dans la personne de Franceseo , qui , à la suite d'un commerce suspect avec la femme de Philippin de Gonzague , offensa grièvement l'epoux. Les Gonzagues jurèrent de s'en venger : assurés du secours de Cane de l'Escale et de Guillaume de Castelbarco, le 16 août, Philippin de Gonzague , Guido et Feltrino , ses frères, et Albert Savioli, soulèvent le peuple. Passerin Bonacolsi accourt au bruit pour apaiser l émeute ; étant blessé violemment à la tête , son cheval l'emporte , et le peuple le massacre. L'imprudent François, fils de Passerin , et cause de ces malheurs, fut arrêté sortant de son lit, et conduit avec ses cousins, les fils de Kuliron, à Castellaro, où Nicolas de la Mirandole les fit périr au milieu des tourments les plus cruels, pour se venger de la perle de François de la Mirandole, son père , que Passerin avait fait mettre à mort sans motif. Ainsi finit la puissance des Bonacolsi, après avoir duré un demisiècle. Ce fut alors que la seigneurie de Mantoue passa dans la maison de Gonzague , où elle a'est conservée l'espace de quatre cents ans.
LOUIS I DE GONZAGUE, capitaine de Maxtoce, GUI, FELTRINO, et PHILIPPIN, ses enpants.
CHRONOLOGIE HISTORIQUE 1399. Bardellon, allé venger la mort du roi André
L'an i3a8 , Louis de Gonzague , d'une maison trèsancienne, fut reconnu seigneur de Mantoue, sous le titre de capitaine , après la mort de Passerin Bonacolsi. Son premier soin fut de rétablir l'ordre dans la ville, d'affermir sa puissauce au-dehors par des alliances et des traités avec ses voisins, et de la cimenter au-dedans par sa douceur et sa libéralité. Il avait alors de Riciiii.de Kaimbbivti , sa femme, trois fils déjà majeurs, Gui, Philippin, et Feltrin , auteurs de la révolution , qu'il associa au gouvernement. S'étant alliés aux Scaligers , ou délia Scala , seigneurs de Vérone , ils oLtinrcnt d'eux, le 11 juillet i335, la ville de Reggio, que ceux-ci s'étaient fait céder par les Fogliani , le 3 du même mois , et dont Philippin prit possession. La raison d'état fit, dans la suite, oublier ce bienfait aux Gonzagues. L'an i348, ils se liguèrent avec les Vénitiens, pour abaisser la puissance des Scaligers, qui semblait menacer la liberté de l'Italie. Ceuxci, de leur côté, s'étant unis avec Luchin Visconti, seigneur de Milan, et Obizon, marquis de Fcrrare, contre les Gonzagues. entrèrent dans le Mantouan , où ils firent le dégât; puis Philippin de Gonzague, de retour de Naples, où il était
que Jeanne sa femme;
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avait fait étrangler, vint se joindre a Guido 1 Torelli , et , le 3o septembre i348, ils tombèrent si vigoureusement sur le» troupes milanaises campées sous Borgoforte, qu'ils les mirent
en déroute , et dissipèrent la ligue. (Mutât. , tom. XVIII.) L'an i i$4» Louis de Gonzag
qu ils
Rer. liai, script., gue reçoit à Mantoue, l'empereur Charles IV, qui lui confirme, pour lui et ses descendants, la souveraineté de Manloue, avec celle de Reggio et des autres acquisitions qu'il avait faites.
Ën i3S€, Philippin meurt avec une grande réputation de valeur, laissant d'ANWA Dovara , sa seconde femme, Irois filles, Egidiola, mariée a Mathieu 11 Visconti; Eléonore, alliée à Guido 1 Torelli , et Isabelle , femme de Rodolfe d'Habsbourg.
Bernabo Visconti, seigneur de Milan , déclara la guerre, en 135;, a Louis de Gonzague, qui soutenait Olegio Visconti dans Bologne , et vint mettre le siège devant Mantoue. Il se rendit maître de quelques places aux environs , en quoi il fut secondé par Guido Torelli , qui venait de se brouiller avec et Gonzagues, pour une légère offense, {l'oyei Platina, liiit. Mantuana , lib. 3 ; et Muratori , Rer. Italie. , tom. XX.) Mais Hugolin de Gonzague, petit-fils de Louis, pour éloigner le théâtre de la guerre, alla prendre Novarre, assiéger Verçeil , et mettre le Milanez à feu et a sang. Cette diversion fut utile, et la paix se < onti , par la médiation
l<ouis meurt le 18 janvier, dans sa quatre-vingt-treizième année. 11 avait épousé, i°. N. de Raimberti; a°. N. Malatesta; 3°. N. Malespina. De la première, il laissa deux fils , dont l'aîné , qui suit ; Fcltrin , souche de la branche des Gonzagues de Novellare , éteinte ; et une fille , T humas i ne , mariée a Guillaume , comte de Castelbarco.