‹ L'art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques, et autres anciens monumens depuis la naissance de NotreSeigneur, par le moyen d'une table chronologiqueChapitre 395 sur 582 · PUIS DUCS DE FERRARE, DE MODÈNE ET DE REGGIO · texte numérisé non relu

PUIS DUCS DE FERRARE, DE MODÈNE ET DE REGGIO

ville» de Ferrare , de M odène et de Reggio , après avoir «té possédées par les marquis de Toscane, se trouvant disputées entre les papes et les empereurs , depuis la mort de la grande comtesse Malhilde , s'étaient mises en liberté , comme la plupart des autres villes d'Italie, a la faveur des troubles que les démêlés de ces deux puissances excitèrent. Ferrare fut ceinte de murs, vers l'an 604, lorsqu'elle se réunit aux habitants de B.nenne, pour se défendre contre les Lombards; son église rrlevâil déjà du siège des archevêques de Ravenne avant b5ô. (Voy. Hiranym Rub. Hist. Raoenn , lib. I, pag. iq8 et ao6). Devenue libre, elle fut gouvernée par un podestat, qu'elle choisissait entre les principaux nobles , et a qui elle conférait l'autorité , presque souveraine , pour une ou plusieurs années. Des seigneurs de la maison Torelli y dominèrent d'abord , puis ceux de la maison d'Est . qui y devinrent perpétuels ; ensuite elle eut, l'an 1471 , ses ducs, tous de cette dernière maison, qui règne encore de nos jours (1787) à Modène , à Rcggio et • la Mirandole.

FRÉDÉRIC

1067. Frédéric , dit il Taurello (i) , ou lb petit TaulEAU . Bis de Ludolphe de Saxe , surnommé il Tauro , et d'Hingilda Traoersaria des seigneurs de Ravenne, est regardé comme arrière -petit-Gls de Henri le Querelleur, duc de Bavière en 9S5. ( Voyez aux ducs de Baoiere. ) Il exerça le premier une grande autorité dans Kcrrare, où il paraît qu'il possédait des biens ronsidérables en 1 080. ( Voyez Ludovico l illorio Saeioli Amali Bohgwsi, tom. I, part. I , et lom. 11 , psg. a43; htoria MS. di Vernira ; Archù. Régit Lepidi, sub pag. M libri rubei. )

Sa mort arriva vers l'an 1117. Il avait épousé N , fille de

Pietro d'Ermengarda, descendant de Pietro, dit l'ietrona, doc delà Romaçne et marquis d'Italie, et par Guadrad», mère d'Ermengarda , sa bisaïeule, issue du sang de Cbailemagne.

(i) Il e»t ainsi appelé suivant l'usage du tenu, où le plu* jeune d'une famille portait *on nom en diminutif, pour *e distinguer de ton pere et Je «on oncle. C'est ainsi <jue nous voyons le fils de Fulro s'appeler Folculino; relui d'Alto, Astolino j «VObiuo, Obîiiloo ; d'Ecelo, Krclino. Négligeant les noms réels, les surnoms deviorent quelquefois . par la suite, noms de famille; te i|ui arriva au» F.nlini, »« Male.pina. aux Torelli, aus Pallavicini, aux Rossi, aux Savioli *t a tant d au Ires.

( Voyet Savioli Annah' Bolognesi , tom. I, part. I , pag. tas et i43 , et Us pièces justificatives qui suivent.) Frédéric. fut enterré a San-Salvator di Ferrara. Il fut père de Gui i , dit Sahnguerra , qui suit, et de Pierre d'Ermengarda, qui vivait encore en 1 104 , et avait gouverné Ferrare, par concession de la comtesse Mathilde de ioqa. Ce même Pietro d'Ermengarda est la souche des Torelli de Bologne , éteints depuis long-tcms. ( Savioli Annal. Bolognesi, tom. 11, pag. a43; Guarini , Istoria délie Chiese di Ferrara. )

GUI I, dit SALINGUERRA, seigneur de Ferrare.

11 18. Gui , surnommé Salingpebra, né vers la fin du onzième siècle, et dit fils de Frédéric Taurello, dans un instrument de 1 1 17, où il est désigné comme possesseur des terres situées entre le Ferrarais et le Bolonais (1) , augmenta en richesses et en crédit dans Ferrare , qu'il gouverna presqu'en maître (a). Il construisit plusieurs édifices magnifiques, étendit considérablement la ville (3) , la fortifia et la munit de trentedeux tours. La grande puissant» qu'il y avait peut le faire regarder comme le premier seigneur de Ferrare. Son nom était Gui , et sa vaillance le fit surnommer Saliens in everra, ou Saillant en guerre. Le détail de ses exploits militaires n'a point passé a ta postérité. Il vivait encore en 1149: on ignore l'année de sa mort. Il avait épousé Ayuxia,, ou Adélaïde, qu'on dit, sans preuve , fille d Engelbert 1 , comte de Goritx. Gui fut inhumé dans l'église de tous les Saints, qu'il avait bâtie. ( Voy. Guaritù, ibid. Claud. Rondoni Istor. di Ferrara MS ; Garol. Sigonius de rtgno Ilaliix; Hieronym. Rubei Storia Ravenn- , p. 333.)

(1) Voy. Sarioli Amm. Bolagaesi, tom. 1, part. I , pp. i;3 et 181 ; et dans un autre inlrumenl du même leros. mette Scrittmre Harem. Sga Guidas tmoadàm Frtderici itlmstrù TauretU riri filin. CAromic. Rmremm. MS,

(a) Dominai Sali'mguerra eut sali Fetrariemset emitem Beiamtlicar earam guAermamdaat mtamdareranl. ( Voy. Vgkelli Italia Sacra , tom V j Muratari Dissertât, ici priariai e Ti ramai d'Jtatta. ) C'est dans celle savante dissertation que Muratori distingue clairement les deux premiers Salinguerra, que tous les auteurs avaient sans cesse confondus ; ce qui jetait de l'invraisemblance et de l'obscurité sur leur histoire.

(3) Amgeti Istor di Parât* , lib. IV, pag. 4<o; Caria de LeMs , Fa" mift. maiili. , tom. I , pag. ai^ ; I mardi istoria) MS. di Ferrara.

CHRONOLOGIE HISTORIQUE

TAURELLO.

1 1 5o. Taitubllo est nommé , dans une charte de S. Nicolo di Lido , de Tan 1187, Ego Taurello* epioiutàtn SaUngurrras irtri elarissimi filins (Antichità Estestsi, part. 1, pag. 386.) 11 succéda à son père Gui Salinguerra 1 , dans ses biens comme dans sa puissance et son crédit sur les Ferrarais. Muralori nous apprend oue , dans un diplôme de 1164 , conservé dans les archives de la maison d'Est , il y est désigné l'un des premiers vassaux de l'église de Ravenne, probablement à cause des terres dont Ludolphe , son bisaïeul , avait été investi par Arnould le Taureau, son père, depuis la mort de N.... , sa femme, élu soixante-cinquième archevêque de Ravenne, en 1014. Torello fut arbitre, en 1178, des différents qui s'étaient élevés entre Aldobrandin et Bon i face , marquis d Est t Antichità Estensi, part. I* pag. 348), et 6t le traité de la ville de Ferrare avec l'empereur Henri VI. Adélasie et Oreroplasie d'Est le prirent pour juger leurs différents en ng3. (Antichità Estensi , cap. xxxvii , pag. 364- ) On le voit protecteur de l'abbaye de la Pomposa, en uufi. (Antichità Estensi, cap. xxxvm, p. 36q.) Il paraît qu'il mourut l'année suivante. Les deux seigneurs les plus puissants de Ferrare étaient alors Adelard et Taurello. AJelard, chef du parti guelfe, approchant du tombeau, pour éteindre les anciennes haines et laisser en mourant la paix a sa pairie, voulut marier sa fille unique , Marchesella, à l'un des fils de Taurello , et la lui confia, a l'Age de sept ans , pour la faire élever dans sa maison , comme l'épouse d'Arriverio , son fils. La Marche d'Ancône et les biens considérables qu'elle portait en dol , donnaient une trop grande prépondérance au parti des Gibelins, pour que leurs adversaires n'en fussent pas jaloux. Vers l'an 1 184, Pierre Traversaria, seigneur de Ravenne, g'irlfe zélé, se joignit, quoique parent de Taurello, aux marquis Alton, Boni lare Folco et Obiuon d'Est , pour enlever , pendant la nuit , de la maison des Torelli , la jeune Marchesella , et la faire épouser au marquis Obixzon (1). Ce fut ce rapt qui fut la source de l'affaiblissement de la puissance des Torelli , et de l'accroissement de celle des marquis d'Est dans Ferrare. Car, quoique rich^-s par les grands biens qu'ils avaient ailleurs, jusqu'alors ils ne possédaient presque rien dans celte ville (a) Cet événement fut aussi l'origine des haines invétérées qui éclatèrent entre les Torelli et les marquis d'Est , et qui , prolongées , entre ces deux maisons illustres , firent , par la suite , verser tant de sang dans Ferrare et dans toute la Lombardie (3). D'Aiciia , sa femme , que les uns croient de la maison des Polenta , les autres des Trave rsaria , Taurello laissa trois enfants :

(1) Sut an no malt» 'lalis Cirisli MCXL, Guilielmas Marthe sel la aie familid Adelardornm unius partit primerai crut Ferrari* , aliénas reri Taurcttn Salinguerra .... Adelardus , eolcnt tatali ReipuUicaf Ferrariar prveidere amaaler , ne ciei tas Ferrariar discordas laeeraretur, ai hettis , eam saasa haredtm aoadèm seplennem Taurello adversat partis Principi Iradidil , e/'as fil il spousam faluram. Dtfaaclo Guilielmo, Noiiles Fcrrarim. fui in ciriliias disseasiouiias ipsi Guilielmo f aérant o&te— a mentes , Tanrtili félicitaient mgrt fertntes . afflietahanfar infidid. lia f ne s'a odiam Tanrtili eonsilio inifa stalncrnnt atifuem ex Marckioniêus s\rhnsiias hatere Principe m , eis infestaturi Tanrellnm et homines sua partis Ferraria: Marthesellam faofae ex damo Tanrelli , farto tel fraude eiduterunt . et uni ex Marckioaiius nomiae Uiitzoni Iradiderual jpoasam faluram. ( Lhnnica par.a Ferraritms. Script. Rtr. Italie, t. VIII, page 481.)

(a) Salinguerra sieuidem erat p radines et loeuples. Marchioniius erant iiiaon megai reditus. ( Chroaic. parva Fcrrarim, ; ibid. , page 48a. ) Ce qui n»u» e*l confirme par uoe chronique rtitUnte à la bibliothèque du Vatican, ou l'un Iroure ce» parole» : Suliag.erra poteas honto fuit cl famosns et ma/oriins magnus . et sapienlid repnlaius, Dominium Ferrari* Aatuit sicul Guiltclmns de Mareheselld fuondàm haiuerat , et Marckioni Estensi dcderal , fui priés in Ferrarid n'Ait . fuod suam essel , haieêal,

(3) Muralori Antichità Eihasi. part, t, rap. xxxvi, pag. 334, cl Chsvaica parva Fcnaricasis inter Scrip.JUr. liai., t. VIII, pp. 481-483.

Arriverio; Salinguerra , qui suit , et Pielro di Remengarda , ~ desquels il institua, par son t~~

en faveur tution.

SALINGUERRA IL

1195. Saungcebra Torelu, né vers 1160, fut éla podestat de Ferrare. Il s'était fait une réputation brillante dans les armes, et les historiens le remarquent comme un des grands hommes que son siècle ait produits. Le premier essai de ses forres est de tenter d'anéantir le parti des Guelfes, a la tête desquels était Azzon d'Est , qu'il chasse de Ferrare ; mais il éprouve bientôt leur vengeance , et Azzon VI, par le secours d Adélard , rentre dans celte ville , et s'en fait élire podestat en 1196. Alors, Salinguerra passe en Sicile pour demander des secours a l'empereur Henri VI , qui les lui promet , et recommande au fameux Exzetin IV, dit le Moitié, de l'appuyer de toutes ses forces. (Voy. Rossi , lib. VI ; Sigonius , de rtgno JteA'«, lib. XV.) Rentré vainqueur dans Ferrare, il en est nommé podestat en no/). (Voy. Tiroboschi stor. di Nonantola , ton». Il, pag. 33o. ) Il le devient aussi de Vérone en 1 aoo , et de Modène en iao5. Mais il eut bientôt la douleur de voir Azzolino , élu nouvellement à sa place, reprendre son crédit dans Ferrare. Lan 1308, chassé de cette ville, Torelli prend les Bolonais a sa solde , et y rentre la même année. Gérard Maurice , auteur contemporain et témoin oculaire, rapporte qu'au passage d'Otlon , roi d'Allemagne en Lombardie , il vit Salinguerra , qu'il appelle ikt prudens, noLUis ac èelltcosus, arriver a la lente de ce prince, suivi d'un cortège brillant et de cent chevaliers , dont on portail les bannières déployées ; qu'ayant rais pied a terre auprès du roi, ce seigneur porta ses plaintes au monarque des irabisom dont le marquis Azzon avait usé a son égard ; ajoutant qu'il était prêt , en sa présence, de justifier son accusation par Ici armes ; qu'un grand tumulte s'étant élevé à ce sujet entre Salinguerra , Azzon d'Est et leur suite , Henri Calent! ri n , a la têt* d'une troupe de chevaliers allemands , se jeta l'épéc a la main entre eux pour les séparer ; et que le roi intervint pour rapprocher ces deux rivaux. (Voy. Scriptor. rtr. Italie, tom. VIII, pag. 19 et ao. )

En lai 1 , l'empereur Otton réunit de nouveau Azzon d'Est et Salinguerra Torelli ; mais le marquis, derechef, chasse bien* tôt ce. dernier de Ferrare. La mort même d'Azzon ne mit point

de bornes à ces haines implacables. Aldovrandin d'Est, «on fils, en hérita; et les rux-raes dissensions continuèrent pendant sa vie. Cependant l'empereur Otton IV , par reconnaissance du zèle et de l'attachement que Salinguerra témoignait pour son parti, le créa prince de l'empire en lato, et l'investit de vingtouatre grands fiefs dans la Romagne, provenant de la succession

de la comtesse Mathilde, parmi lesquels se trouve la ville de Carpi. (Voy. Torteltino tndic. deg. imiieratori CalJeeuri» ; storia diNapoa , fol. 90 ; Calch. I storia di Milano , lib. vu , fol. i3G. )

Salinguerra fut eicommunie a ce sujet, en 1211 , avec l'empereur; mais le pape Innocent 111 lui donna depuis , en iai5(i), l'investiture des mêmes fiefs. (Voyez Tiraboschi storia deli iMaéia di Nonantola , tom. I , pag. 469 et 47° )• Soti successeur, Honoré III, eu la reuouvelant deux ans après, par on bref du 17 avril, en excepta les villes de Carpi et de Monie- Baranzone, dont il accorda la garde aux Modénois, d'après leur* pressantes sollicitai ions ; et le 21 f vrier i2ao , Salinguerra j'orelli renonça a toutes ses prétentions sur ces deux places. (Voy. Tiraboschi, ibid. elMuiatori Antitj. liai., vol. IV , p. 4i5 et 4aj).

(1) /» nnrto MCCXV, Peregriaas Capellanus Papa- fuit apnd cas- Irum Carpi eam pluritai Fpiscopis, occasiene in*eslieadi Salirfg.iermm de Ferrarid de Duealu Comitiss* Matkilda . et tune oecuparertal i arpuxi occasioae prmdicld. ( Voy. Anaali Modeotsi Script, /ter. liai. , vol. XI , P a 8 5;. )

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