ALFONSE
i5o5. Alfonse d'Est !, fils aîné d'Hercule, né le ai juillet 1476 y succède a son père dans ses duchés. Il élait marié en secondes noces, depuis i5oa,avcc la fameuse Lccrèce Borgia, Glle du pape Alexandre VI. Lucrèce était alors a son quatrième mari. Ses deux premiers mariages avaient été cassés par son père; et Alfonse d'Aragon, son troisième époux, avait été étranglé, le 18 août i5oo, par ordre de César Borgia, frère de Lucrèce. L'an i5o€, le duc Alfonse fait condamner à mort Ferdinand, son frère légitime, et Jules, son frère naturel, pour avoir conspiré contre lui ; mais , à l'instant de l'exécutioo , il leur lait grâce et commue la peine en une prison perpétuelle. Le premier y demeura jusqu en i54o, et l'autre jusqu'en i559, qu'il obtint sa liberté. Alfonse, élant entré dans la ligue de Cambrai, fut créé, le 19 avril i5oi), gonfalonier de l'église, par le pape Jules II; mais ce pontife, l'année suivante, s'eiant retire de la ligue, veut en détacher aussi le duc de Ferrare ; et ne pouvant y réussir, il publie contre lui , le 9 août , une bulle par laquelle il l'excommunie , et le prive de Ferrare, ainsi que de toutes les terres qu'il a dans la mouvance du saint siège. Dix jours après , 1rs troupes du pane s'emparent de Modène a la faveur des intelligences que Jules avait pratiquées dans la ville. Elles font ensuite diverses conquîtes dans le Fcrrarais , tandis que les Vénitiens , de leur coté, se rendent maîtres de Polésin, qu' Alfonse avait recouvré. La valeur d'Alfonse sauva la ville de Ferrare , dont les troupes du pape, commandées par le duc d'Urbin,$on neveu, s'étaient approchées. Ce général enlève , dans la même année , au duc Alfonse, Reggio et Brecello. Alfonse fut plus heureux, l'an lôia, a la bataille de Bavcnne, donnée, à trois milles de celle place, le jour de Pâques, 11 avril. Ce fut par l'effet de son artillerie, qu'il rendit les Français victorieux cette journée. Comptant, après un succès si éclatant, trouver le pape plus traitablc, il lui fait demander un sauf-conduit, qui lui est accordé pour se rendre à Rome. Y étant arrivé dans le mois de juin , il est absous des censures par le pape , et admis a lut baiser les pieds. Mais tandis qu'il est dans cette ville, le duc d'Urbin lui enlève, plusieurs places dans la Romagne, et force
Reggio même , ou'Àlfonse avait repris , a se rendre. Le pape voulut encore obliger Alfonse a lui céder le duché de Ferrare; et, ne pouvant obtenir de lui ce sacrifice , il se dispose a le retenir prisonnier. Mais le duc ayant pénétré son dessein , s'échappe, avec le secours des Colonnes , et retourne à Ferrare , où il apprit, sans regret, la mort de Jules, arrivée le ai février de l année suivante. L'an i5i4> le pape Léop X achète de l'cm-
pereur, pour quarante mille ducats d'or, la ville de Modène, que le pape Jules II avait mise en dépôt entre les mains de ce prince. Léon avait promis au duc Alfonse , en présence du roi François I, Je lui rendre cette ville, ainsi que celle de Reggio; mais, loin de tenir sa parole, il charge, Tan i5tg, l'évoque de Vintimiglia, qui se trouvait à Bologne, de s'emparer, p;>r surprise, de Ferrare , pendant une grande maladie qui tenait le duc dans l'inaction. Heureusement le marquis de Manloue, neveu d' Alfonse, ayant aperçu les troupes du pape qui s'approchaient de Ferrare, les oblige a se n-lirer. Léon, qui avait conclu une ligue secrète , le 8 mai i5ai , avec l'empereur et les Florentins , fait une nouvelle tentative sur Ferrare et y échoue comme la première fois. Alors, furieux de se voir frustré de son espérance, il ne rougit point de fulminer un moniloire contre le duc Alfonse , et de mettre sa ville de Ferrare en interdit, pour s'être emparé, disait-il, des terres de Final et de Saint-Félix, appartenantes au saint siège. Mais, le premier décembre suivant , Léon alla rendre compte a Dieu de ses actions, et délivra, par sa mort, le duc Alfonse d'un redoutable ennemi. Ce prince, ne pouvant contenir la joie que lui causait cet événement , fil frapper une monnaie , sur le revers de laquelle on voyait un homme qui tirait un agneau de la griffe d'un lion, avec ces mots au-dessous : De manu leonis. Il recouvre une partie de ses terres en i. r >22; et l'année suivante, après avoir fait une tentative sur la ville de Modène , défendue par Guichardin , gouverneur pour le pape, qu'il somme inutilement de rentrer sous son obéissance, il va se présenter, le ag septembre, devant Reggio, qui lui ouvre ses portes sans faire de résistance. L'an i5a7, il oblige les Rangoni, qui commandaient alors a Modène, de lui rendre la place, et Y fait son entrée, le lendemain 6 juin, aux acclamations de tout le peuple. Le iS novembre suivant , il entre, malgré lui, dans la ligue formée par le sacré collège, les rois de France et d'Angleterre, le duc de Milan, les républiques de Venise et de Florence, contre l'empereur Charles-Quint, pour la délivrance du pape Clément VII. Ce pontife fut si peu reconnaissant de ce service, que, l'année d'après, il tendit au duc diverses embûches pour lui enlever ses étals , et même le priver de la vie. L'empereur étant à Bologne, en i53o, avec le pape, l'engage a permettre au duc de Ferrare de s'y rendre pour les réconcilier. Le duc, arrivé , signe , le ai mars, avec le pape, un compromis, entre les mains de l'empereur, pour juger leurs différents. Charles , après un mûr examen de la contestation , décide que Reggio et Modène appartiennent de droit au duc Alfonse, et que, moyennant une somme de cent mille ducats, le pape lui donnera une nouvelle investiture de Ferrare. Ce laud ou jugement (ut rendu , le ai décembre i53o, à Cologne; mais il ne fut publié que le ai avril suivant. Clément VU refusa de s'y soumettre et attendait l'occasion de se venger et de l'empereur et du duc ; mais avant que d'avoir pu la rencontrer, il mourut le a5 septembre 1S34. Alfonse le suivit de près au tombeau, étant décédé le 3i octobre de la même année, à l'âge de cinquante-neuf ans : prince , dit Muralori, qui, en bon sens et en valeur , eut peu d 'égaux de son tems ; et il eut grand besoin , ajoute-t- il , de ces qualités pour se soutenir contre trois papes trèspuissants , qui , pleins de passions mondaines , désiraient ardemment de dépouiller de ses domaines la très-noble maison d'Est. Alfonse, dans l'entrevue qu'il eut, en i53o, avec l'empereur à Bologne, avait obtenu de lui, à force de prières et moyennant
CHRONOLOGIE HISTORIQUE
jours, Alfonse épousa Lattre Eustociiie des Dianti , fille de basse naissance, après en avoir eu deux Gis, Alfonse et Alfonsin, qu'il fit légitimer par l'empereur , mais que la cour de Home ne voulut point reconnaître. Leur mère termina ses jours le 37 juin ibj'i. (Murât. Antieh. Est.)