HENRI DANDOLO
1 19a. Henbi Dandolo est élevé , dans un âge avancé, sur le tronc ducal, le 1". janvier. Il était à Constantinople en ou*, lité d'ambassadeur, l'an 1171, lorsque l'empereur Manuel fit arrêter tous les Vénitiens qui étaient dans ses états, et hit du nombre des prisonniers. On prétend même que Manuel lui fit alors passer un fer chaud sur les yeux ; ce qui le prin presque entièrement de la vue. Ce qui est certain , c'est qu'il s'en revint avec cet organe très-affaibli. Malgré cette infirmité, jointe au poids des années, sa régence fut des plus glorieuses et des plus utiles à la république. La première occasion qu'il eut de se signaler, fut contre une entreprise des Pisans qui, avant pénétré jusuu'au fond du golfe , s'étaient rendus maîtres de la ville de Pôle, en Istrie. Une (lotie qu'il fil partir, sous le commandement de Jean Bascio et de Thomas Faliéri , remit la seigneurie en possession de celle place. Les Pisans n'en furent pas quilles pour l'avoir rendue. Poursuivis par les vainqueurs jusqu'à la hauteur de Modon , en Morée , ils couraient nsque d'essuyer de plus grands revers , si le pape Célestin III n'eût interposé ses bons offices pour prévenir toute autre guerre entre les deux peuples; en quoi il réussit par un traité de paix qu'il les engagea de conclure. L'an iaoa (Muratori) , les députés des chefs de la nouvelle croisade étant venus demander du secours aux Vénitiens, la seigneurie fait avec eux un traité par lequel elle s'engage à fournir une Houe pour quatre mille cinq cents cavaliers , neuf mille écuyers et vingt mille fantassins, avec des vivres pour neuf mois , moyennant une somme de quatre - vingt - quinze mille marcs d'argent. Les croisés, s'étant rendus à Venise , trouvèrent la flotte prête ; mais la difficulté était de trouver l'argent promis aux Vénitiens. Les croisés n'étant pas en état de fournir cette somme, on imagina un expédient ; ce fut que les Français et les Flamands , pour indemniser les Vénitiens , les aideraient à recouvrer la ville de Zara , que le roi de Hongrie avait reprise sur eux depuis quelques années. En conséquence, le doge, quoique vieux et presque aveugle , s'embarque a la téte de l'armée navale , et , ayant mis à la voile le 8 octobre, arrive devant Zara le 10 novembre suivant. Les habitants étaient disposés à se rendre; mais faute de s'entendre, la ville fut prise de force, le 24 novembre, et saccagée ; après quoi , l'on en détruisit les murs , pour prévenir une nouvelle révolte. La saison étant trop avancée pour entreprendre le voyage du Levant , l'armée prit le parti de passer l'hiver en Dalmatie. Le pape Innocent III fut très-mécontent de celte première expédition des croisés , parce qu'elle était faile contre Eméric , roi de Hongrie, qui avait lui-même pn» la croix , et que les Zarélins s'en étaient rapportés à la décision du saint siège. Il écrivit à l'armée des croisés une lettre pleine de reproches , dans laquelle il les traitait d'excommuniés , «t leur ordonnait de restituer Zara au roi de Hongrie. Les plainte et les ordres du pontife furent sans effet.
L'an iao3, Alexis, fils de l'empereur grec Isaac l'Ange, étant venu trouver les croisés en Dalmatie, les engage à se rendre à Constantinople , pour rétablir son père , qu Alexis Comnène avait détrôné. Les croisés arrivent devant cette vil e le a3 juin, l'ai laquent aussitôt, et l'emportent d'assaut le 18 juillet suivant. Isaac est replacé sur le tronc, el son (ils Alexis lui est donné pour collègue. La flotte des croisés rate
DES DOGES
au port de Constantinople, en attendant le salaire qu'Alexis leur avait promis. Tandis que ce prince est occupé à le lever , les Grecs , irrités des contraintes qu'il employait a cet effet et delà licence des Latins, se soulèvent contre lui, le déposent et élisent à sa place Murlzuphle , qui le fait étrangler le b* février 1304. Ces événements firent alors prendre aux croises la résolution , si même ils ne l'avaient pas conçue dès leur arrivée, de s'emparer de Constantinople, et d'y établir leur domination. Ce qui ayant été exécute au mois de mars, les Vénitiens , dans le partage qu'on fit de l'empire grec, en eurent , pour leur part , la quatrième partie, consistant en diverses provinces, îles et cités, et rapportées dans la chronique d'André Dandolo, avec la faculté d'élire le patriarche latin de Constantinople. Le doge Henri Dandolo mourut au mois de juin iao5, en cette ville où il tenait le premier rang après l'em pereur Baudouin. (Voyez les empereurs d'Orient.) Il était âgé de quatre-vingt-dix ans. C'était la plus grand homme que la république eut eu jusqu'alors , et peu de ses successeurs l'ont égalé.