DES COMTES ET DES PRINCES DE CAPOUË
C APOTTK est le nom qu'on applique à deux villes de la Campauie, en Italie, distantes, l'une de l'autre, d'environ deux milles. La première, suivant le calcul de Velleius Paterculus (1. i),
l'un de ses citoyens, précède de quarante-sept ans la fondation de Rome. Sa position est entre le Volturne et le Liteine , ou le Clanius. Ce furent les Etrusques ou les Toscans, et non les Grecs, qui la bâtirent. La bonté de son territoire et la salubrité de l'air qu'on y respirait augmentèrent sa population, au point qu'après Rome et Carlhage , elle passait , environ quatre ou cinq siècles après sa fondation, pour la plus grande ville de l'univers. Capoue, si l'on s'en rapporte a Camille Pellegrini ( Dissert. 4, art. n ), fut d'abord partagée, comme Athènes, en douze bourgs, qui ne furent réunis en une seule ville que l'an a8a de la fondation de Rome. Les Toscans, avant celle de Capoue, étaient ennemis des Cumains et déterminés i leur ruine. Ces dispositions passèrent aux Capouans, qui, se trouvant en forces , vinrent les attaquer sur leur territoire , et leur livrèrent une bataille où ils en taillèrent en pièces la plus grande partie et contraignirent le reste a se retirer dans leurs murs. Les vainqueurs ne tardèrent pas a venir assiéger la ville de Cumes. L'ayant serrée de toute part , ils lui donnèrent de si violents assauts, qu'ils vinrent a bout, malgré sa brave défense , de s'en rendre maîtres. L'animosité des Capouans ne se termina point la ; ils ruinèrent tous ses édifices , dépouillèrent ses habitants, s'adjugèrent leurs biens, mirent les uns en prison, réduisirent les autres en servitude, et exercèrent toute la barbarie que la fureur peut inspirer. Telle fut, l'an 426 avant l'ère chrétienne , la ruine totale de la célèbre ville de Cumes , fondée i3i ans après la destruction de Troie, to53 ans avant Jésus-Christ.
Denys, tyran de Syracuse , ayant besoin de troupes pour une expédition qu'il méditait, invite les Capouans à venir se ranger sous ses drapeaux ; se défiant ensuite , comme ils étaient en marche , de leur inconstante , il les congédia , après leur avoir fait des largesses propres à les dédommager amplement des frais de leur voyage ; mais eu s'en retournant , arrivés a Entella , *ille de Sicile, ils demandèrent aux habitants d'y <?tre admis comme étrangers et locataires qui voulaient s'y établir. Leur demande accordée , ils surprennent , durant la nuit , le peuple qui n'était point sur ses gardes , massacrent tous les mâles .
t les femmes , qu'ils épousent ensuite, et prennent ainsi possession de la place.
Les Sidicins , ou habitants de Teanum (aujourd'hui, 1785, Tiano), peuple autrefois considérable en Campanie , ayant été attaqués par les Samnilcs , sans autre motif, que parce que ceux-ci étaient les plus forts , furent poussés au point , que, se voyant hors d élai de ce défendre par eiu-iotaes , ils eurent
recours aux Capouans. Le secours qu'ils demandaient leur fut accordé : mais les Capouans , amollis par une longue paix , vivaient dans l'opulence , le plaisir et l'oisiveté et avaient oublié leur ancienne valeur. Les troupes qu'ils fournirent aux Sidicins, mal disciplinées, ne purent tenir contre les Samnites, beaucoup plus aguerris : battus par eux en différentes rencontres, les Sidicins transportèrent, en fuyant, le théâtre de la guerre dans le territoire de Capoue. Les vainqueurs, les ayant poursuivis, obligèrent les Capouans a se renfermer dans leurs murs. Privée de la fleur de sa jeunesse qu'elle avait perdue en divers combats, cette ville ne trouva de ressource que dans l'assistance des Romains , dont jusqu'alors elle avait été la rivale. Mais les Samnites étant alliés des Romains , ceux-ci ne pouvaient, sans violer la foi qu'ils leur avait jurée , se déclarer pour leurs ennemis. Tout ce qu'ils crurent pouvoir faire en faveur des Capouans , ce fut d'employer leurs Dons offices pour les réconcilier avec les Samnites. Telle est la substance en précis de la réponse que. le consul fit de la part du sénat aux députés de Capoue. Alora ceux-ci , voyant qu'on ne leur promettait que des bons office» envers leurs ennemis, commencèrent a déclarer les ordres secrets qu'ils avaient reçus de leurs commettants. « Puisque voua » ne croyez pas , pères conscripts , devoir vous armer pour
• notre défense , vous serez du moins obligés de prendre en » main vos propres intérêts; or, dès à présent, suivant les
• pouvoirs dont nous sommes munis, nous mettons en voire ■ pouvoir nos personnes, la ville de Capoue, ses campagnes, » ses temples, et toutes les choses divines et humaines » qui lui appartiennent, en sorte que désormais tout ce
• qui nous arrivera, nous le souffrirons comme nous étant « commun avec vous. « En disant cela , les députés , fondant en larmes, étendirent les mains vers le consul et se jetèrent devant la porte du sénat. Sensible à la situation des Capouans, et réllechissant sur les vicissitudes des choses humaines, considérant d'ailleurs le grand accroissement de territoire et de puissance qui reviendrait a Rome, de la soumission volontaire d'un peuple nombreux, riche et nageant dans le luxe et le» plaisir», le sénat hésita entre la fidélité qu'il devait a se» alliés et la crainte de se manquer à lui-même ainsi qu'à ceux qui avaient recours a lui , s'il n'employait pas tous ses soins pour empêcher la ruine d'une ville qui s'était donnée volontairement à la république romaine : mais lorsque les Capouans, par la bouche de leurs ambassadeurs , curent solennellement prononcé l'acte par lequel ils se livraient sans réserve au peuple romain, alors là sainteté de l'alliance contractée avec les Samnites fut comptée pour rien en comparaison des grands avantages qui résultaient pour Rome de l'acquisition d'une ville la plus grande et la plus riche de l'Italie , d'un territoire le plus fertile , voisin
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CHRONOLOGIE HISTORIQUE
de la mer, et propre à devenir le grenier de Rome. Etsi magnat parti urls maitma, dit Florus, 1. 7, c. 21, opulcntitsimaque IlaJiœ, uherrimus ager manque prupinquus ad oaruiates annonce horreum
pôpuli romani fort oùUbantur. La guerre fut en conséquence
déclarée aux Samnites, après que les ambassadeurs romains, qui leur furent envoyés, les eurent en vain exhortés à mettre tin aux hostilités qu ils exerçaient sur le territoire de Capoue. Les deux consuls, M. Valérius Corvinus et A. Cornélius Cossus Arvina , s'élant mis en campagne , chacun a la tête d'une arxnce , le premier entra dans la Campanie , et vint asseoir son camp sur le mont Gaurus, aujourd'hui (178s) nomme Monte-Barbaro , près du lac Lucrin ; le second passa dans le Samnium , et alla camper à Saticola près du Volturne. Les Samnites, furieux de voir les Romains faisant, contre leurs intérêts cl au mépris de l'ancienne alliance conclue avec eux, cause commune avec les Capouans, rassemblèrent toutes leurs forces pour faire face au consul Valérius. Les deux armée», étant en présence, en vinrent, après différentes escarmouches, à une grande bataille où l'on combattit de part et d'autre avec le plus grand acharnement- Le jour allait disparaître lorsque les Samnites , épuisés de lassitude , commencèrent a prendre la fuite , laissant sur le champ de bataille le plus grand nombre des leurs. Plusieurs des fuyards furent atteints par les vainqueurs , et les autres , ne voyant plus de sûreté pour eux dans la Campanie , abandonnèrent les logements qu ils y avaient aux Romains , qui s'en emparèrent. Cornélius , l'autre consul , n'eut pas un moindre succès contre l'autre corps d'armée que les Samnites lui opposèrent avec la même valeur. Le bruit de cette double victoire vola bien au-delà de I Italie , et mérita aux deux consuls les honneurs du triomphe qu'ils obtinrent l'an 411 de la fondation de Rome. ( T. Liv. , Decad. , 1,1.7, c. a3. )
Ces revers n'abattirent pas néanmoins le courage des Samnites, au point de faire cesser leurs hostilités contre les Capouans. Les courses fréquentes qu'ils continuèrent de faire sur leur territoire , obligèrent ceux-ci d'envoyer i Rome une dépulation pour solliciter de nouveaux secours. On leur envoya, comme ils le désiraient , une garnison pour hiverner chez eux ; mais ce fut à leur détriment. Les soldats romains, voyant la ville de Capoue incomparablement plus belle et plus spacieuse que Rome , pensèrent a s'en rendre les maîtres après en avoir chassé les propriétaires. Pourquoi, disaient - ils, bisseronsnous jouir de la plus belle ville et du territoire le plus fertile de l'Italie , des hommes qui ne savent défendre ni leurs personnes ni leurs possessions ? Resterons-nous sans récompense, après avoir répandu tant de sang pour chasser les Samnites qui s'obstinaient a les subjuguer ? Est-il raisonnable que ces gens, ui se sont donnés a nous , jouissent de toutes les commodités la vie , tandis qu'on nous force d'hiverner tous tes ans dans des terres incultes et mal-saines aux environs de Rome ? Ces murmures, et autres semblables, avant qu'ils fussent rendus publics, étant parvenu» aux oreilles du consul C Marlius Rutilios, il laissa son collègue (V Servilius , à Rome, et se rendit en diligence à Capoue , où, d'après une information faite, il reconnut que la discipline militaire était entièrement corrompue dans la garnison ; mais pour ne pas effaroucher les conjurés , il les leurra de l'espérance de revenir l'année suivante dans les mêmes quartiers d'hiver. Les ayant calmes par là, il les fit entrer en campagne dès que la belle saison fut ouverte; et alors il exécuta le dessein qu'il avait formé de purger l'armée de ces hommes turbulents, en congédiant les uns sous différents prétextes, chargeant les autres de divers emplois militaires pour des pays éloignés , et les dupant tous par l'espoir d'un meilleur sort.
Les Capouans persévérèrent long -tenu dans l'association qu'ils avaient contractée avec Rome. L'an 433 de la fondation de cette ville , après l'ignominieuse défaite que les Samnites firent essujer à son ar mée aux Fourchcs-Cauduics , ils ouvri-
rent chez eux une retraite aux vaincus , et n'omirent aucun soin pour les consoler dans leur malheur. Mais l'an 538 de Rome, l'arrivée d'Annibal en Campanie, après avoir vaincu les Romains i la bataille de Cannes, changea les dispositions des Capouans a leur égard : ce général étant venu établir ses quartiers d'hiver a Capoue et dans son territoire, y trouva les esprits préparés a subir la loi qu'il voudrait leur imposer. Les Romains ne leur pardonnèrent pas cette défection. Ceux-ci, l'an 540 de Rome , épouvantés des grands préparatifs de guerre que les Romains faisaient contre eux, députèrent vers Annibal, qui campait alors dans la Pouille , pour l'engager à se rapprocher de leur ville menacée d'un siège par les Romains. Ce général accélère aussitôt sa marche , retourne à Tifate où il avait auparavant prit des logemeos avec son armée ; ayant placé la une garnison de Numides et d'Espagnols, une autre dans Capoue, il descendit vers le lac d'Averne , d'où # sous préteite de sacrifier aux dieux, il se proposait de déloger la garnison nombreuse que Fabius , peu de tenu auparavant, y avait mite par ordre du sénat. ( T. Liv. Dicad. 3, 1. 4, c. 3.) La, vint se joindre a lui, suivant Silius Italicus ( 1. 3), une troupe considérable des plus distingués de Capoue, en la compagnie desquels il parcourut ces lieux que la nature offre .a 1 ceil étonné du spectateur, le lac Lucrin, le lac d'Averne, les collines de Baie, et ces merveilleuses et profondes cavernes par où les poè'tcs ont imaginé uns route pour arriver aux eaux du Slyi.
Fabius , dès qu'il eut appris qu Annibal était repassé d Arpi dans la Campanie, partit incontinent de Rome, et, marchant nuit et jour, parvint dans un court espace de lems, a son camp. Le carthaginois, au lieu du sacrifice qu'il avait annoncé sur le lac d'Averne, s'occupait à dévaster le territoire de Cumes jusqu'au promontoire de Misé ne; de là il envoya promptement ses troupes contre Pouzzolc, dans le dessein de surprendre otite place : elle était garnie de six mille hommes, et , par son assiette, il était difficile de la forcer. Après avoir essayé, niais en vain, de corrompre la garnison, il alla faire le dégât dans le territoire de Naples. Comme il s'approchait de Noie, la populace, ennemie des Romains, lui fil tumultuairemenl une dépuution pour l'inviier à venir prendre possession de la ville : mais le consul Marcellus, averti par la noblesse de Noie, le prévint; et dans un seul jour étant arrivé à Calvi et à Suessula, il J fit entrer de nuit six mille hommes d'infanterie et trois cents de cavalerie pour la défense du sénat. Etonné de cette diligence . Annibal commença à se repentir de son entreprise ; mais il n'en fut pas quitte pour avoir manqué son coup ; il fallut en venir, près de Noie, a une bataille où le consul lui fit perdre plus de deux mille hommes et n'en perdit que quatre cents des siens. '
Fabius, de son cAté, ne restait pas dans l'inaction. Ayant établi son camp dans la plaine de Casilin, il projetait de se rendre maître de la place , défendue par deux mille capooai et sept cents carthaginois, a la tête desquels était Statius Mimti envoyé par Cn. Maggius Atella , gouverneur de Capoue. Mi tandis qu'il en formait le siège, Minius armait le bas peuple rt les esclaves pour donner l'assaut au camp des Romains. F»l>ius, instruit de cette manœuvre, avertit Marcellus, qui était a Noie,
1 avait besoin d'une seconde armée pour s'opposer aux etlorts ic» Capouans, tandis qu'il serrait la forteresse de Casilin. Sur cet avis, Marcellus, laissant deux mille hommes à Noie, vient ..,.>, l. ~>.>o A* ... imnnn i/iin<W i/m rnlléjriie. Les Capouan»)
au I es
avec le reste de ses troupes joindre son collègue. Les Cap lorsqu'ils le virent approcher, cessèrent de remuer, et resimn spectateurs des attaques que les deux armées consulaires livrèrent au château de Casilin. Les Romains ne trouvèrent pas les lialilés dont ils s'étaient flattés pour emporter la place. Ils éprouvèrent tant de pertes et reçurent tant de blessures dans celle entreprise, que Fabius jugea qu'il valait mieux l'abandonner , attendu la modicité de l'objet comparé avec les difuculies et les dangers auxquels il s'exposait, et se tourner vers d autre» moins périlleux et d'une utilité plus -
I DES COMTES ET DES
contraire , plus sage que n'avait été Annibal dans les expéditions de Cujztes, de Pounole, de Naples et de Noie, soutenait que les grands capitaines ne devaient , ni se charger de plusieurs entreprises a la fois , ni abandonner celles qu'ils avaient entamées, pour ne point nuire à leur réputation , et relever, en se désistant , le courage de l'ennemi. On poursuivit donc le siège; et les Capouans alors étant venus trouver Fabius, lui demandèrent la permission de retourner sains et saufs dans leur patrie. Mais, tandis qu'on parlementait, le consul s'élant adroitement rendu maître de la porte par où ils étaient sortis, le massacre commença au dehors et au dedans. Les prisonniers capouans et carthaginois que l'on fit, ayant été envoyés i Home, y furent renfermés dans des cachots et le reste des habitants distribués dans 1rs villes du voisinage. Fabius étant passé de la dans le Samnium , en dévasta la campagne, et prit de force les villes de Compultrria, doTelesa, de Costa, de Mêla, de Ficsoli et d'Orbitanio, de Blanda dans la Basilicate et d'Anca dans la Pouilie. On fait état de vingt -cinq mille hommes que les vainqueurs mirent à mort ou firent prisonniers dans ce pays, outre trois cent soixante et dix fuyards, qui, ayant été pris et envoyés à Rome, y furent précipités de la Roche Tarpéienne , après avoir été battus de verges. (T. Liv. , Decud. 3, I. 4* <-■ ><>•) L'an 54a de Rome, tandis qu'Annibal est occupé à faire le siège de Tare nie, les deux consuls, Appius Claudius Pulcher, et Q. Fulvius Place us , forment le dessein d'assiéger Capoue. Etant arrivés , chacun avec deux légions , dans le Samnium , ils jettent la terreur parmi les Capouans, qui, se trouvant dépourvus de vivres, députent au général africain pour le prier de leur procurer les moyens de subsister, attendu que tous les chemins qui altoul iraient a leur ville étaient fermés par les Romains. Annibal ayant aussitôt fait ramasser tous les grains
3 ni étaient dans la Calabre, chargea son lieutenant Hannon e les faire transporter à Capoue. Celui-ci s'acquitta fidèlement de cet ordre. Mais son convoi ayant été rencontré par le consul . Fabius, il y eut un si terrible combat entre les troupes qui ' escortaient cl les Romains, que ces derniers eurent besoin de toute l'ardeur et la fermeté de leur courage pour obtenir la victoire; Vieil omnia fxrtinax virlus, dit Tite Live. Le camp des Carthaginois fut emporté par les Romains, au milieu d'un combat où ils mirent à mort plus de six mille hommes , outre sept mille prisonniers qu'ils firent. On recouvra aussi tout le butin qu'Hannon avait fait sur les amis du peuple romain. Les t jpouans ne tardèrent pas a faire part de ce revers au général africain, qui s'obstinait au siège de Tarenle, lui mandant en même tems que les deux consuls étant retournés a Bénévent, qui n'est qu'à une journée démarche de leur ville, ils étaient près de voir l'armée romaine sous leurs murs, et que, sans un prompt secours, Capoue tomberait au pouvoir de l'ennemi , en moins de tems qu il n'en avait mis a se rendre maître d'Arpi. Ce qu'ils avaient lieu de craindre ne tarda pas d'arriver. Les deux consuls , après avoir fait de grands magasins a Casilio et à l'embouchure du Volt urne, commencèrent à s'approcher de Capoue pour en faire le siège. Annibal, cependant , avait a coeur de ne pas abandonner cette ville ni ses alliés. Mais , dans le même tems , il apprit que le préteur C Fulvius , qui commandait une armée dans la Pouilie , devenu insolent pour quelques petits avantages qu'il avait remporté* sur les terres qui obéissaient aux Carthaginois , ne gardait plus aucune discipline militaire. Sur celle nouvelle, il jugea a propos de marcher , sans délai , contre une armée tumultueuse et vagabonde , et parut subitement dans la Pouilie. Le préteur , à son arrivée, plein de confiance , marche a sa rencontre, et l'attaque avec tant Je désordre , que toute son année fut mise en Déroute et taillée en pièces jusqu'au nombre de dix- sept mille hommes, deux mille ayant eu peine 4 s'échapper après que le général eut pris la fuite avec deux cents chevaux.
Ce succès releva les espérances des Capouans et ranima leur courage: mais, d'un autre cpté, le consul Appius Claudius,
PRINCES DE CAPOUE. 3o3
étant retourné au camp de Capoue, après avoir donné ses ordres pour l'approvisionnement, y retrouva Q. Fulvius, son collègue, qui rassemblait toutes les machines nécessaires pour battre la place. Us rappelèrent alors de Suessula, le préteur Claudius Néron, qui vint promptrment les joindre après avoir 'laissé une petite garnison dans la place. Capoue se vit donc environnée de trois camps et de trois armées. Réduits a sa renfermer dans leurs murs, après avoir fait de vains efforts pour rompre les travaux des assiégeants , les Capouans députèrent une seconde fois au général africain , pour le conjurer de venir incessamment a leur secours , dans une conjoncture où ils se voyaient, non-seulement bloqués, mais étroitement resserré» par les assiégeants. Dans le même tems, arrivèrent de Roms des lettres du préteur Publius Cornélius aux consuls, par lesquelles il les chargeait d'avertir les Capouans qu'avant les ides (ou le i5J de mars, il serait libre a chacun d'entrer ou de sortir de la ville avec les effets qu'il jugerait i propos d'emporter ; mais que, passé ce terme, quiconque resterait à Capoue ou tenterait de s'échapper, serait également traité comme ennemi. Tite Live dit (Décati. 3, 1. i3, c 18) que les porteurs de cette déclaration furent reçus à Capoue , non-seulement avec mépris, mais avec des injures et des menaces. De nouveaux députés, envoyés de Capoue au général africain , le trouvèrent en marche vers Brindes. Sa réponse a l'exposé qu'ils tirent de l'état de leur ville, fut qu'auparavant U les avait délivres d'un siège; mais que pour le présent, les ennemis ayant prévenu son arrivée, il n était pas en son pouvoir de les secourir. Réfléchissant toutefois, après les avoir congédiés, sur la honte qui rejaillirait pour lui d'avoir abandonné une ville dont l'alliance lui avait procuré celles de toutes les villes de la Campanie , il se détermina à faire de nouveaux efforts en faveur de Capoue: ayant donc laissé la plus grande partie de ses bagages en Calabre , il choisit ce qu'il y avait de plu» leste dans sa cavalerie et son infanterie , et , s'étant mis en campagne, il dirigea sa route vers la Campanie. Arrivé au chlteau de Galatia, il s'en rendit le matlre après en avoir chassé la garnison ; de la étant allé camper dans une vallée profonde, derrière les monts Tifata, il fit donner avis aux Capouans du tems où il attaquerait les Romains, afin qu'aussitôt , dans une sortie générale , ils vinssent fondre sur eux de toutes parts ; ce qui fut exécuté. Tite l.ive dit que ce fut une surprise, les Romains n'ayant point été prévenus de l'arrivée d'Annibal. Quoi qu'il en soit , on combattit de part et d'autre avec un grand acharnement. On fait état de huit mille carthaginois et de trois mille campaniens qui périrent dans la mêlée; mais peu s'en fallut qu'Annibal ne se rendît maître du camp des Romains , dont il avait déjà emporté un quartier. Nullement abattu par la perte qu'il avait faite, il s avisa, puisqu'il ne pouvait sauver Capoue par la force, de transporter, pour faire diversion , son armée dans le voisinage de Rome : c était ce qu'il aurait dû faire après la bataille de Cannes , et qu'il se repentait de n'avoir pas fait ; mais il pensait qu'en s'approchant subitement de Rome , la terreur qn il inspirerait par U y répandrait le trouble , ce qui lui faciliterait le moyen d'enlever au moins quelques-uns de ses quartiers; qu'alors ou les deux consuls , ou tout au moins l'un d'eux ne manqueraient pas d'accourir au secours de Rome; que leurs forces étant ainsi divisées, il serait facile à lui-même ou aux Capouans de battre les Romains. D'après ce plan , il s'avance vers Rome, et ayant assis son camp sur les bords de l'Anio (aujourd'hui le Teverone), il fait hardiment le tour de la ville pour observer sa situation , et s'avance jusqu'au temple d'Hercule; mais bientôt, repoussé par les Romains, il fut obligé de s'éloigner après deux orages, qui d'un jour à l'autre, empêchèrent les deux armées d'en venir aux mains. Le siège de Capoue, cependant, continuait toujours. Annibal, au lieu de s'acheminer dans sa retraite pour le faire lever, dirige sa route vers la Calabre. Hannon et Boslas, qui commandaient la garnison carthaginoise a Capoue , plu»
touchés do danger qu'ils courraient que Je celui de leur» allié», écrivirent à leur général pour lui témoigner leur indignation dt- voir qu'il les abandonnait dan* la conjoncture terrible ou ils se trouvaient - Ce n'est pas seulement , lui mandaient -ils, a la ville de Capoue que vous abandonnes aux ennemis , mais
• nous-mêmes et nos soldats , qui s'attendent a éprouver l* lus cruelle vengeance. Vous fuyez en C. labre , pour éviter
honte de voir perdre, sous vos yeux , notre ville; mais les m Romains n'en ont pas usé de la sorte; ils n'ont pas aban-
• donné le siège de Capoue lorsqu'ils ont vu leur propre ville
a> la
a en danger. Que si vous fussiez retourné à Capoue et y eussiez m porté le nerf de la guerre , les Capouans et nous-mêmes • étions préparés a faire une vigoureuse sortie. Aviez -vous » donc franchi les Alpes pour faire b guerre a ceux de Tarenle
» donc franchi les Alpes pour taire ta guerre a ceux ue larcuic
• et de Reggio? Ne deviez-vous pas vous présenter avec votre » année partout où te rencontreraient les légions romaines f ■ Avez -vous doue oublié que c'est ainsi que nous filmes vain- » queurs au lac de Trasimène et a Cannes i ■ Ces lettres furent conliecs, avec promesse d'une grande récompense, a des Numides qui étaient exercés dans ce genre de métier : s étant transportés, sous prétexte de désertion, dans le camp des Romains , ils y attendirent l'occasion de s'échapper, lorsque la maîtresse de l'un d'entre eux trahit leur secret. Arrêtes aussitôt et mis k la question , ils furent contraints d'avouer la fraude , et , en conséquence , ils eurent , au nombre de soixante et dix , lea mains coupées, après avoir été battus de verges. A la vue de cet affreux spectacle, les Capouans perdirent entièrement courage. Le peuple s'étant soulevé, contraignit Lesius, chef du sénat , a rassembler sa compagnie pour aviser au moyen d'obteuir quelque composition des Romains, en se rendant a eux. Les avis des sénateurs furent partagés : celui de Vibius "V irius, l'un des plus distingués d'entre eux, fut de se soustraire par une mort volontaire, à la honte d'être obligé de se remettre a la discrétion des Romains. « Nous avons assez vécu, dit-il, il » ne nous reste plus que la liberté , qu'on ne peut encore nous
* ravir , de passer les eaux de l'Acheron. (Quiconque d'entre a vous voudra prendre ce parti, je lui offre cette nuit des > tables bien fournies de mets cl de vins. Après s'être pleinea ment rassasié, que dans l'engourdissement de ses sens il avale a du poison , comme l'unique et souverain remède à son mala heur. ■ (Silius Italicus, 1. i3. ) Ce discours fut approuvé de plusieurs , et mis le même nuit à exécution ; nuis le plus
grand nombre, comptant sur la clémence des Romains, dont ils avaient donné des preuves en tant d'occasions , jugea qu'il était plus a propos de nommer des députés pour leur porter
les clefs de la ville. Dès le lendemain , la porte de Capoue qui était vis-à-vis du camp des Romains , ayant été ouverte par ordre du proconsul, le lieutenant C. Fulvius y entre à la tête d'une légion et de deux escadrons, et commence par se faire apporter toutes les armes qui étaient dans la place. Il fit ensuite poster des gardes a toutes les portes, afin que personne ne pût entrer ni sortir ; après quoi il fit prisonnière la garnison carthjginoUe, avec ordre au général de transporter au camp le sénat, qui, à son arrivée, nat aussitôt chargé de chaînes, et obligé de remettre, entre les mains des trésoriers, tout l'or et l'argent dont il était pourvu. Vingt des sénateurs furent envoyés tous bonne garde a Calvi . et dix huit autres à Teano. C'étaient ceux qu'on savait être ou tes auteurs ou les instigateurs de la révolte des Capouans. Les proconsuls les ayant suivis de près,
s. Claudius inclinait ai
ent a instruire leur procès, pardon, et Fulvius a la rigueur. Ce dernier avis prévalut . et les prisonniers, après avoir été battus de verges, eurent la téle tranchée. Pendant celle exécution, un capouan, nommé Ju- Lcllius Taurea, qui n'était pas du nombre des condamnés, s/avance vers le tribunal de hulvius, et lui adressant la parole: « Commande , dit-il , que je sois aussi mis à mort, r ulvius refuse. Taurea* reprend : Aptes que j'ai perdu ma patrie et mes amis , et lui de ma propre main met enfants et ma femme, pour Us pré-
niSTORIQUE
server de quelque traitement ignominieux de «ohe pari ; pvisçu 'il ne m 'est pas permit de finir par le mime genre de mari que mes concitoyens , je «ais ehert her dans mon courage la liberté de me lUlhter de cette odieuse oie » ; et aussitôt , tirant un poignard qu'il avait sous sa robe , il se l'enfonce dans le sein , et tombe tout ensanglante devant le cruel général. Tite » ivc dit que Taurea ne vint pas de son propre mouvement à Calvi , et qu tl ne périt pas de sa propre main , mais que , tandis qu'il Était attaché au pieu avec les autres condamnés , Fulvius , entendant rrrtaines paroles qu'il proférait, ordonna qu'il fût le premier happé de verges , et ensuite mis i mort. Mais Valerius Maxim« ( L, 3 , de Fortitud. ) et Silius Italicus , ( 1. 3 ) , attestent sa mort comme nous venons de le rapporter. Voici lea vers du second :
Hic mtrot écries ( oee enim oc calais se pnietmm Spectatum tel in teste decas ) clamore feroci , Taarta tuac , inouï t ,/ecco spoliatit tau lins Te majoetm aaimam ? Et jussû lieiore rteisa Ignacos cadet otite pedes feriissima cerri* ? Uaud unyuam éoe aobis dedecii Deas ; iode OU a ta tenant contra et fariate rnideas.
Atella et Calai ia, deux tilles de Campante dépendantes de Capoue, s'étatit rendues ensuite aux Romains, les principaux de leuis citoyens furent également punis du dernier supplice , de même que soixante-dix des premiers sénateurs de Capoue , outre trois cents autres nobles qui restèrent en prison. D autre» furent dispersés en différentes villes alliées des Romains , et une grande multitude des t.apouans fut vendue a l'encan.
Après cela, il fut question de savoir ce qu'on ferait de Capoue et de son territoire. L'avis de quelques-*ins était de la détruire de fond en comble ; mais celui des amateurs du bien public prévalut, et, sur leurs remontrances, il fut décidé que celle ville serait conservée en son entier , pour être habitée par de* agriculteurs, attendu la fertilité et la beauté du territoire. D'après cette délibération, pour repeupler Capoue, on y^ fit passer une grande multitude d'affranchis , de laboureurs, d artisans; mais tous ses champs et ses maisons furent confisquer au pro6t du peuple romain ; de plus, en conservant la villa de Capoue, il ne fut point permis d'habiter hors de
établir aucune corporation , aucun sénat , ni aucune autre' magistrature, dans la crainte qu'avant un gouvernement qui lui fût propre , elle n'en prît occasion de se porter à de nouvelles conspirations et de nouvelles révoltes. Pour y rendre la justice entre les habitants, il fut réglé que chaque année on y enverrait de Rome un préfet : Pnefectum ad jura reddenda, dit Tite-Live , ab Homa quatannis missvras. Telle fut donc la fin du siège de Capoue, qui avait commencé l'an 54a de Rome, et fini au bout de six mois, c'est-à-dire au mois de septembre de l'année suivante : Mttatis ejus eiiremo quo Lapua copia est , dit Tite-Live.
Anuibal s'était, à la fin , rendu maître de Tarente; mais la nouvelle qu'il reçut en même tems de la prise de Capoue, diminua beaucoup la joie que sa conquête devait lui causer, roor se venger , il forma la resolution de saccager tout le territoire qu'il n avait pu défendre. Mais le ciel réservait aux Capouans d'autres malheurs. Le cruel Fulvius Flaccus, tout occupe a leur faire ressentir les effels de sa haine , commença a mettre en vente les biens des principaux d'entre leurs citoyens, quelesrnal avait confisqués. Dans la crainte que son armée ne s'amollit et ne s'efTeminât a (apoue, romme avait fait celle d'Annibal, il ordonna à ses soldais de bâtir, de leurs propres mains , les logements qu'ils devaient habiter, et de construire leurs cabanes sur les portes et les murs de la ville : ces cabanes furent couvertes les unes de planches et de claies, d'autres de joncs et de paille. I ite-Live dit que cent soixante-dix capouans conspirèrent de mettre, en une nuit , le feu à ces ouvrages ; mais il fait entendre , en même tems, que c'était une imposture ima-
DES COMTES ET DES
ginée par Fulviu», pour avoir occasion d'< les ( apouans : Aie detsset materia in Capuanos in occultas gliscens ptr indicium prutractum est f ad nus. ( Dec.ad. 'A, liv. 7 , c a. ) Sur celle prétendue découverte t on ferma les portes de la ville ■: les milices se mirent sous les armes ; on arrêta ceux qu'on soupçonnait être les coupables ; et après avoir été sévèrement examines, ils furent condamnes au dernier supplice , avec une récompense de dix mille sous pour leurs accu sateurs. Fulvius comptait ne point borner la les effets de sa baine contre la ville de Capoue ; mais , Tan S44 de Rome , le consul M. Gaudius, étant a Rome, le nomma dictateur dans on besoin pressant de la république. Alors , s'étant transporté à Rome, il chargea C. Calpurnius, qui commandait en Toscane , d'aller le remplacer a Capoue.
Lan 55 1 de Rome, Annibal , après avoir fait la guerre pendant seize ans en Italie, est obligé de repasser en Afrique , poor défendre sa patrie contre les armes victorieuses de Se 1 pion. En partant, il emporta le regret d'avoir préféré, à la stérile conquête de Tarente , le secours que son propre honneur et l'intérêt de Carthage l'obligeaient de porter à la ville de Capoue. Les Romains continuèrent de la traiter avec la même rigueur qu'ils avaient fait, après l'avoir réduite. L'an 5bt de Rome, sous le consulat de Q. Locius Corn. Merula et de Q. Miuutiifi Thermus , la Campanie, ainsi que le territoire de Rome, fut agitée par de grands tremblements de terres, dont Capoue se ressentit plus que les autres villes de celle contrée. Un gran J nombre de personnes ayant péri dans ce désastre , on envoya de Rome une colonie pour le réparer, ce qui fut répété plusieurs fois dans la suite. Le sort de Capoue commença dès-lors a s'adoucir; mais elle resta toujours dans l'état de préfecture, entièrement soumise aux lois romaines , et obligée de te conformer aux ordres qui lui venaient du sénat Nous ne suivrons pas les petites vicissitudes que cette ville éprouva dans la suite des tenu, sous l'empire romain.
L'Italie étant tombée, dans le cinquième siècle, sous la puissance des Ostrogolhs, et au suivant, sous celle des Lombards, Capoue fut attribuée, par ses derniers , au duché de Bénévent , et y resta soumise jusqu'à la mort du duc Sicard, arrivée l'an 6*o de Jésus-Christ. Alors, un seigneur, nommé Landulfe, voulant se soustraire à l'obéissance des du
ducs de Bénévent, se retrancha avec sa famille dans sa forteresse de Sicopoli , où numbre de capouans s'étaient déjà réfugiés, pour n'être point enveloppés dans les ravages et les incendies que les Sarrasins exerçaient dans leur patrie. Le duc Radelgise, occupé alors à faire la guerre a Siconulfe , prince de Salerne , chargea ses Çiitaldea ou préfets, Ratelgaire et Agenard , d'aller assiéger la forteresse de Sicopoli, a u tête des Sarrasins qui étaient a son service. Le gouvernement de Capoue devait être la récompense de ces gastaldes, s'ils réussissaient dans leur expédition. Nais Landulfe , supérieur aux efforts de ses ennemis , vint a bout de battre les gastaldes et leurs troupes , et non-seulement de les chasser des environs de Sicopoli , mais de l'ancienne Capoue, que Giannone , d'après l'Amroirale, par une erreur manifeste, confond avec Sicopoli. (Oltavio Rinaldo, Mém. istoriche délia ciltà de Capua , tom. I, liv. 5, c i3). Landulfe termina ses jours l'an 843, laissant de N...., son épouse, fille de Rofïirit , l'un des premiers nobles de Bénévent , quatre fils , Landon , Pandon , Landenulfe et Landulfe.
Lançon , surnommé li Vieux , prit, après la mort de Landulfe, son père, les rênes du gouvernement de Capoue et de toutes les terres qui en dépendaient. Ses frères etlui , fidèles aux derniers avis que leur avait donné Landulfe en mourant, mirent leur application a fomenter la discorde entre les princes de Bénévent , persuadés qu'il n'y avait pas d'autre moyen de se maintenir dans l'indépendance. Mais les Sarrasins de Bari, profitant de U désunion qui régnait entre les princes chrétiens, ne