‹ L'art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques, et autres anciens monumens depuis la naissance de NotreSeigneur, par le moyen d'une table chronologiqueChapitre 528 sur 582 · ROGER I · texte numérisé non relu

ROGER I

»enu en

Roger I, dernier fils de Tancrède, né l'an io3i , éuil Italie au plus tard en 1048. Maître de la Sicile , avec U- secourt de Robert , son frère , par la prise de Païenne et la conquête des autres places de cette fie , qu'il fil dans les années suivantes, il y rétablit la religion chrétienne, et gouverna cet état avec beaucoup de sagesse. Mon content du titre que Robert , son frère , lui avait cédé , il prend , Tan 1096 , celui de grandcomte de Calabre et de Sicile. Tout étant paisible dans son lie , il marche, l'an 1098, au secours de Richard II, son cousin, prince de Capoue , contre lequel cette ville s'était révoltée , et force les rebelles a rentrer dans le devoir : nuis il oblige , en me'rne, teins, Richard, pour prix de ce service, 4 se reconnaître son vassal. La même année , le pape Urbain II se rend a Saterne, pour avoir une entrevue avec le comte Roger et le duc Roger, son neveu. Le comte était mécontent de ce que le pape, sans l'avoir consulté, avait nommé l'évéque Traira légat apostolique en Sicile. Pour l'apaiser, Urbain déclare légats apostoliques, en cette lie, a perpétuité, le comte et ses successeurs , par une bulle donnée a Salerne le 3 de* noues de juillet , indktiun *7/.(iI faut VI) , la IX* année du pontificat du seigneur Urbain, « C'est de la , dit Muratori , que tire son origine le ■ tribunal de la monarchie de Sicile, nom véritablement ex- > traordinaire; tribunal que le cardinal Raronius a si vigou-

• reusement attaqué dans le XI*. tome de son Histoire ecclé*

• si asti que. » Mais il est à remarquer que Raronius ne traite pas de supposée la bulle d'Urbain II ; u prétend seulement qu'elle n'est pas sortie des mains de ce pape telle qu'on la voit a la fin de l'histoire de Geoffroi Malaterra ; mais c'est ce qu'il ne prouve pas. Par cette bulle , Urbain accorde trois choses a Roger et à «es successeurs : 1*. qu'il n'enverra point de légats en Sicile contre leur gré ; a°. qu'ils exerceront eux-mêmes I autorité de légat a latere , dont il leur donne la mission ; 3*. qu'ils n enverront aux conciles convoqués par le pape, que les évoques et les abbés qu'il leur plaira de choisir. Roger était en possession de ces droits depuis qu'il avait fait U conquête de la Sicile, et le pape ne fit que les lui confirmer par sa bulle , afin de 1 engager , par la , à soumettre au saint siège les églises de cette île, oui dépendaient, auparavant, du patriarche de Constantinople. Ceci demande une explication. Originairement, la Sicile faisait partie des provinces suburbicaires , c'est-à-dire de celles qui étaient soumises au préfet de Rome et sur lesquelles les papes exerçaient la juridiction métropolitaine. Mais lorsque Grégoire 111, au huitième siècle, eut soustrait Rome a l'obéissance des empereurs grecs , le clergé de la Sicile , qui leur était demeuré fidèle , se mit sous la juridiction du patriarche de Conslantinople , et y persista, malgré la réclamation de plusieurs papes. Ce fut dans cet état que Roger trouva l'église de Sicile, lorsqu'il prit possession de cette île. Mais comme il était de son intérêt de détacher entièrement les Siciliens des Grecs , il rompit la communication entre cette église et celle de Constantinople , sans néanmoins soumettre la Sicile a celle de Rome. Celle-ci ne recouvra sa juridiction que par le traité dont on vient de rendre compte et aux conditions qu il exprime. L'an 1 lot , le comte Roger finit ses jours au mois de juillet , âgé de soixante ans. Il avait épousé , i°. DlMBBi , comme la nomme Geoffroi Malaterra (Ordéric l'appelle Judith); a°. ërembuhgb; 3*. l'an leqo, Adélaïde ou Adeucie, dite aussi Adèle , fille de Bonifare I , marquis de Mont ferrai , qu'il répudia après en avoir eu plusieurs enfants. (Elle épousa, dans la suite, Baudouin I , roi de Jérusalem). Du second lit, il eut deux fils , Geoffroi et Jourdain (morts en 109a) , avec quatre filles, dont l'aînée, Mathilde, épousa, l'an 1080 , Raymond

comte de Toulouse ; la seconde , nommée Julitte ou Emme, fut demandée par Philippe I , roi de France ; mais le mariage ayant été rompu , F. m me épousa Guillaume VI, comte d'Auvergne ; la troisième, nommée aussi MathilJe, et par d'autres Yolande , épousa Conrad , fils aîné de l'empereur Henri IV ; la quatrième, dont on ignore le nom , devint , en ioo5, femme de Coioman, roi de Hongrie. Du troisième lit, vinrent Simon; Roger, qui suit; Mathilde, femme de Rainulfe, comte d'Alile ; et Emme , mariée a Rodolfe Macchabée, comte de Montes caglioso. Robert 1 égala son frère Robert par sa valeur et par la gloire de ses exploits; mais il le surpassa par sa religion , sa clémence et sa libéralité. 11 fonda plusieurs églises et plusieurs hôpitaux en Sicile. Simon, l'atné des deux fils qui lui restaient , était destiné pour lui succéder ; mais il mourut avant que les seigneurs normands eussent le tems de s'assembler et Je le déclarer comte.

ROGER II, dit LE JEUNE.

1101. Rogee II, né l'an 1097 , de Roger I et d'Adélaïde,

qui joignait à beaucoup de haut eu d'autrui. Le gouvernement d'AdéL

r une grande soif du bien aide excita des séditions.

Pour contenir les factieux, elle fait venir, l'ao no3, le prince Robert , second fils de Robert 1, duc de Bourgogne , lui donne une de ses nièces ( Ordéric Vital dit une de ses filles ) en mariage , et l'associe au gouvernement. Robert exerça son emploi pendant dix ans avec beaucoup de prudence, de valeur et de capacité. Mais lorsqu' Adélaïde vit son fils en état de prendre en main le timon de l'état , craignant que Robert ne refusât de s'en dessaisir, elle le fit empoisonner. (Ordéric Vital , p. 898.) L'an iti3, elle part de Sicile avec des richesses immenses, pour aller épouser Baudouin , roi de Jérusalem , qui avait ré-

Iiudié sa première femme pour faire ce nouveau mariage, dont 'intérêt était l'unique mobile. Baudouin , s'élant depuis repenti d'avoir fait divorce avec sa première femme , fit vœu de la reprendre , répudia Adélaïde a son tour , et la renvoya en Sicile , sans lui rendre néanmoins les trésors qu'elle avait apportés. Le chagrin emporta, l'an 11 18, cette princesse. Roger établit, la même année, à Païenne, une chapelle royale, ou il déclare que nul autre que lui-même, ou ceux qui lui succéderont, ne pourrout taire aucun acte de juridiction (soit civile , soit ecclésiastique ) , et prononça anathème contre ceux qui oseraient le tenter. L'an 1 iai , il profite d'un voyage que Guillaume, duc delà Pouille, son cousin, fait a Conslantinople, pour entreprendre de le dépouiller. H assiège le château de Nicephore , dans ce dessein ; sur quoi le cardinal Hugues vient , de la part du pape Calliste U , lui faire des remontrances touchant l'injustice de son procédé; mais il n'est point écouté. Le pape se rend lui-même en Pouille, avec sa cour, et se trouve mal de ce voyage. Une maladie épidémique lui enlève les meilleurs de ses cardinaux, et entr'aulres, le cardinal Hugues. Lui-même est attaqué de celte maladie. Roger

duire Jourdain , comte d'Ariano , qui s'était révolté , lui cède , pour obtenir ce service , la moitié du duché de Calabre , avec la moitié de la ville de Palerme qui lui appartenait. Le duc Guillaume étant mort, l'an 11x7, Roger passe a Salerne, avec sept galères, et vient a bout, après dix jours de pour— parler, d'engager l'archevêque et les habitants a le reconnaître, sous certaines conditions, pour duc de Pouille et de Calabre. L'exemple des Salernitains fut suivi par ceux d'Amalfi , de Troja, de Melie, et des autres contrées de la Pouille. Mais la nouvelle des succès de Roger étant parvenue a Rome, le pape

II et toute m cour én lurent vivement alarmes , tant ! qu'ils prétendaient que la Pouille était un fief dévolu au îainl siège, que par la crainte de l'agrandissement d'un prince

3ui, joignant a la Sicile la Pouille et la Calabre, serait en eut e faire la loi a Rome. Pour arrêter ses progrès, Honoré passe à Beiiévent,et de la à Troja, dont les habitants lui font serment d'obéissance. Le comte Roger l'avait prévenu par une ambassade chargée de riches présents , pour lui demander l'investiture du duché de Pouille et de Calabre. Mais le pontife la refusa , comptant mettre tout le duché sous le domaine immédiat du saint siège, ou plutôt en investir Boémond 11, prince de Tarente et d'Antioche, qui, comme neveu de Robert Guiscard , y avait plus de droit que Roger. Celui-ci , voyant qu'il ne pouvait rien gagner sur l'esprit d'Honoré, donne ordre a ses officiers de commencer les hostilités contre Bénevent. Le pape s'y étant transporté, fulmine une excommunication contre le comte ; ce qui détache de son parti Rainulfe , comte d'Alife , qui se jette dans celui du pape. Une seconde ambassade, envoyée par Roger au pape, pour l'engager à lui accorder le duché , ayant été anssi inutile que la première , il passe de Salerne en Sicile, pour y rassembler une armée capable de lui faire avoir, par la force, ce qu'il ne pouvait obtenir par les prières. Au commencement de l'année suivante. Honoré, ce trouvant a Capoue, engage plusieurs seigneurs qui s'y étaient rendus , a se liguer contre le comte Roger en faveur dé l'église romaine. Ce prince, au mnis de mars, repasse le détroit avec une puissante armée, prend Tarente , Otrante , Brindes, et

vient se poster sur les bords du fleuve Brcndano, en présence de l'armée pontificale , qui , n'osant l'attaquer , se dissipe peu a

Eeu par les désertions. Le pape alors , cherchant à mettre son onoeur a couvert , lait proposer secrètement au comte de lui donner l'investiture qu'il désirait : mais il exige qu'il vienne la recevoir à Bénéveut. Roger , qui était dans la défiance , veut qu'elle lui soit donnée hors de la ville, dont il s'approche, pour cet efiêl , avec un bon corps de troupe». Le pape veut bien user de condescendance, et, étant sorti de Renévent le ai août, il a, sur le pont, avec Roger une entrevue, dans laquelle il lui donne l'investiture du duché de Pouille et de Calabre et de celui de Naples.

Roger, l'an 1139, oblige Robert II, prince de Capoue, a se reconnaître son vassal. L'année suivante , il embrasse le parti de l'antipape Anaclet, son beau-frère. Celui-ci, par une bulle du 37 septembre , lui donne le titre de roi de Sicile , avec la suzeraineté sur la principauté de Capoue et le duché de Naples. A Noël de la même année , Roger se fait couronner dans Païenne , qu'il avait choisie pour capitale de ses étal*. Ce prince, non content du titre de roi de Sicile , prit encore celui de roi d'Italie , comme on le voit par des chartes datées de 1 t33 et de 1 137, qui commencent ainsi : Ego Rogerùu D. G. Skiliae et llatia rtx. Sergius, duc de Naples, l'an n3i, informé du don qu' Anaclet avait fait a Roger de la souveraineté de son duché , vient , de lui-même , lui faire hommage a Salerne , dans la crainte d'y être forcé par la voie des armes. Roger, là même année, établit dans ses états la dignité d'archimandrite, c est-à-dire d'abbé général , et réserve à lui seul et à ses successeurs le droit de confirmer l'élection que les moines en feraient avec sa permission. L'an n3a, il fait la conquête de Bari , dont il envoie le prince Grimoald prisonnier en Sicile. 11 va faire ensuite le siège de Nocéra : mais le prince de Capoue , avec lequel il s'était brouillé , étant venu au secours de ta place, lui livre bataille et le met en déroute le 9.4 juillet, sur les bords du Sarno. Cet échec ranime le courage de ses ennemis qui reprenoent les armes contre lui. Mais, sans se déconcerter, il va faire le dégât sur le territoire de Bénévent; après quoi, il passe le détroit au mois de décembre , pour rawr-mbler Je nouvelles forces capables de réduire les rebelles. Revenu de Sicile en Italie, l'an 11 33, le roi Roger soumet plusieurs barons et plusieurs villes de la Pouille , que le pape Innocent l\ et l'eai-

CHRONOLOGIE HISTORIQUE

pereur Lothaire avaient engagés à se révolter. Après «voir forcé Rainulfe, comte d'Alife , à venir lui demander la paix , il entre, l'an n34, dans la principauté de Capoue. Les habitants de la capitale , voyant qu'il s'approchait de leurs murs , sortent en procession au-devant de lui , le conduisent a la cathédrale, en chantant des hymnes et des cantiques, et lui jurent fidélité.

Roger, l'an 11 34, est attaqué en Sicile d'une maladie dangereuse qui fit craindre pour ses jours. Elle durait encore I année suivante, lorsque la reine Alberie, sa femme, princesse pieuse et charitable , tomba malade elle-même et fut emportée en peu de jours. Le chagrin que causa cette perte a son époux fut tel, qo il s'enferma pendant assez long-tenu , sans se laisser voir qu'a ses plus intimes amis : te bruit courut qu'il n'existait plus, et que , par politique , on cachait sa mort. Dès que la nouvelle en arrive à Pise, le prince de Capoue obtient de cette republique huit mille hommes et vingt navires, avec lesquels il arrive a Naples au mois d'avril. Le doc Sergius et les Napolitains arborent aussitôt l'étendard de la révolte. Le comte Rainulfe en fait de même , et son exemple entraîne la ville d'Averse, qui rappelle aussitôt son ancien comte, le prince de Capoue, quoique plusieurs assurassent que Roger était en vie. Les Pisans étaient disposés a marcher tout de suite a Capoue , dans l'espérance d'en faire aisément la conquête, s'ils n eussent appris que Warin , chancelier du roi , commandait une forte garnison dans celte voie. Warin , lui-même , après avoir envoyé sous bonne garde a Salerne ceux dont les intentions lui étaient suspectes , se met en marche pour aller au-devant des ennemis , et campe sur les bords du Chiano. Comme il n'arrivait absolut ment personne de Sicile , on n'en n'était que plus persuadé de la mort du roi , lorsque , le 5 juin , on le voit , avec le plus grand étonnement , débarquer à Salerne, et donner ses ordres

Eaur rassembler ses forces. Le premier objet de sa vengeance fut 1 ville d'Averse dont les habitants, a son approche , s enfuirent a Naples avec le comte Rainulfe. Roger abandonne la ville au pillage et la brûle , après quoi , il ravage les environs de Naples, tandis que Warin , envoyé dans les terres du comte Rainulfe , se rend maître d'Alife et de San-Angelo. La

font Sainte-Agathe et Cajaz^o, oblige Roger de les assiéger, et la réduction en fut aisée. Etant retourné de la , faire deshostilités sur le territoire de Naples, il ne croit pas cependant devoir se fatiguer a faire le siège de cette ville qui lui parait trop difficile à prendre, et se retire après avoir ordonné de rebâtir Averse et Cucolo dont les garnisons seraient propres à inquiéter les Napolitains, Sollicites vivement par le pape Innocent II, qui s'était retiré ches eux, les Pisans font partir vingt vaisseaux chargés de gens de guerre pour arrêter les progrès de Roger. Amalfi se trouvait alors sans troupes , parce que Roger en avait employé la jeunesse , partie sur ses vaisseaux , partie dans son armée de terre. Ce fut un motif pour les Pisans d'attaquer un malin cette ville, qu'ils emportèrent d'emblée, et d'où ils emportèrent un butin considérable qu'ils chargèrent sur leurs vaisseaux (t). Ils font le même traitement à la Scala et à d'autres places. Le roi, qu'on informe de ce ravage-, accourt d'Averse , et trouvant que les ennemis assiègent laïralta, il Us

(1) « On a loog-lcmi soulena , dit M. Pfeflel, que le famés» di- » geste, qu'on voit aujourd'hui à Florence, »»ait fait partie du buli» « que les Pisans rapportèrent de celle expédition, et qu'il fallut dater » de là l'iolTodoclion du droit routais dans le* école» dr jurisprudence.

Mais il e*l aujourd bui démontre que cette prétendue découverte des Pandecte* à Amalfi , n'est qu'une fable ; et que , bien loin que

• le droit rompis ail commencé tons Lothaire II à *e répandre, nous » savons, par les fasle* de l'université de Bologne , que la eomtcsie » Malhilde l'avait dé|à fait enseigner publiquement ; que le pane Ni-i

* colas II rapporte des passage* entier* des lois de Juslmien , sans le » Drcrcftm , pour expliquer la manière de compter les degrés de pa- » rente ; que ('empereur Ollon lit * cilé les institut» dans des* de »e» » charte*, al que CharicBx*gue a permis au* Italiens de vivre l*f*

DES ROIS

attaque et les met en fuite après leur avoir tué quinze cents hommes, au nombre desquels était un consul. Ceux qui échappent se sauvent , emportant tout leur butin. Roger s'étant de h transporté a Bénévent , y investit . par l'étendard , son troi- «ième fils, Anfuse ou Alfonse, de la principauté de Capoue, et déclare comte de Matera , son gendre Adam. 11 met ordre aux affaires de la Pouille , crée chevaliers, le jour de Noël, son fils aîné Roger, duc de Pouille , et son second fils Tancrède, rince de Bari, puis se rembarque l'an u36, pour la Sicile. Saint-Marc. )

L'empereur Lolhaire, étant passé, l'atf « dans la Pouille, enlève a Roger une partie de ce duché, dont Henri, duc de Bavière , aidé par les Pisans , par Robert , prince de Capoue , par Rainulfe , comte d'Alife , et par Sergius , duc de Nanles , achève la conquête. Il ne reste plus & Roger que la ville de Salerne. Le 18 juillet , les confédérés commencent le siège de cette ville. Les assiégés se défendent vigoureusement : mais le pape et l'empereur, étant survenus , entament un traité avec les Salerai tains , qui leur accordent l'entrée et la seigneurie de leur ville. La garnison se retire dans la citadelle, ou tour majeure, qui ne fut point prise , par la mésintelligence des confédérés. Le pape et l'empereur, après avoir passé la fête de l'Assomption a Salerne, se rendent à Avellino, où , dans le mois de septembre , ils investissent du duché de la Pouille , Rainulfe , comte d'Alife , qui avait montré le plus de valeur et d'intelligence dans celle guerre. On vit, dans la cérémonie, le

pontife et l'empereur tenir chacun d'une main l'étendard , seul expédient qu'on imagina pour conserver le droit que chacun prétendait avoir de donner cette investiture. (Otto Frisine., Chron. , 1. VII, c. ao. ) Le roi Roger était cependant en Sicile, occupé a rassembler des troupes, et attendant, pour recouvrer ce qu'il avait perdu , le départ de l'empereur et de sa formidable armée , qu il prévoyait sagement ne devoir pas être éloigné. Sa prévoyance ne fut pas vaine. Lothaire quitte la Pouille pour se rendre a Rome , et de la retourner en Allemagne. Roger aussitôt passe la mer avec son armée , et re-

prend Salerne, Capoue et plusieurs autres places, avec autant de facilité qu'elles lui avaient été enlevées. Sergius, duc de Naples, voyant cette révolution , ne tarda pas a venir lui demander pardon. Roger l'oblige a combattre sous ses drapeaux. Il n'en fut pas de même du nouveau duc de la Pouille. Résolu de mourir plutôt que de céder au roj , son ennemi , il com-

5 ose, des troupes que l'empereur lui avaient laissées et de celles u pays , une armée considérable , avec laquelle il va camper en présence de Roger. Saint Bernard s'entremet pour faire la paix entre les deux princes : il échoue dans sa négociation et •c retire. La bataille se livre près de Ragnano, le 3o octobre , secundo die stantis mentis octobris. Roger est battu , et ne doit «on salut qu'à la vitesse de son cheval. Rainulfe proôte de sa victoire pour s'emparer de diverses places. Le roi de Sicile , étant revenu, l'année suivante , avec de nouvelles forces, arrête les progrès de Rainulfe , et rentre dans une partie des places dont il s'était rendu maître. L'an i i3g, après la mort de Rainulfe, arrivée le 3o avril , le roi Roger, et son fils Roger, qu'il avait fait duc de la Pouille , s'étant mis en campagne , chacun a la tête d'une armée , continuent de soumettre les villes rebelles, et échouent devant quelques-unes. Le pape Innocent, qui avait excommunié le père au concile de Latran, s'étant rendu, avec quelques troupes à San-Germano, le roi de Sicile s'approche de lui à son invitation , et lui envoie des ambassadeurs pour traiter de la paix. On négocie la-dessus pendant huit jours. Mais comme Innocent voulait absolument qu'on rétablit le prince Robert dans Capoue , et que le roi se refusait absolument i cette demande , on se sépara sans rien conclure, et les hostilités recommencèrent. Le pape , ne se voyant pas en sûreté à San-Germano, sort de cette ville pour se retirer en va lieu plus sûr ; mais il tombe avec sa suite, le ai (d'autres di- «at le iç) juillet ii dans une embuscade que le jeune duc

DE SICILE. 337

Roger lui avait tendue. Ses troupes sont battues et cherchent leur salut dans la fuite. Le pape, fait prisonnier, se voit exposé au mépris et aux railleries du soldat vainqueur. On le conduisit au roi avec Aimeri, son chancelier, un grand nombre de cardinaux et d'autres personnes de marque. Ses riches équipages furent pilles, et sa caisse militaire, bien fournie, ne fut point épargnée ; en un mot le seul Robert , prince de Capoue , eut le bonheur d'échapper en fuyant. ■ Voilà , dit Giannone , i quelles fà— » cheuses situations les papes se sont exposés toutes les fois

• qu'ils ont voulu prendre les armes contre nos princes ; et tel « est le fruit amer qu'ils ont toujours retiré, lorsque, sortant » de leur place , ils ont voulu , comme princes du monde , se » donner en spectacle à la léte des armées, se couvrir d'un » casque au lieu d'une tiare , et endosser la cuirasse en place ■» de l étole et du rochet Les Normands, maîtres de la per-

• sonne d'Innocent , ne se montrèrent pas moins religieux en- » vers le saint siège qu'ils le furent lorsqu'ils arrêtèrent le pape

■ Léon IX. Roger eut pu se prévaloir des droits que donne la » victoire, et traiter ce pape en prisonnier, ainsi qu'il l'aurait » fait a l'égard de tout prince séculier; mais ne connaissant

• point la subtile distinction de deux personnages dans un même » pape, il ne considéra dans Innocent que la qualité de vicaire

■ de Jésus-Christ, lui rendit et lui fit rendre tous les honneur» > dus à ce sublime rang , et lui envoya des ambassadeurs pour

■ lui demander pardon et le supplier de se réconcilier avec lui.

• Innocent, plus touché de la générosité de Roger que de l'état

• où il se trouvait, entre avec empressement, de son côté,

• dans les mêmes dispositions. Au bout de quatre jours ( le » zS juillet, fête de saint Jacques), la paix tut conclue près

• de Bénévent. Le pape annula toutes les excommunication» » lancées contre le roi Roger et ses adhérents. Ce prince et

■ son fils allèrent ensuite se mettre a ses pieds et le reconnaîtra » pour légitime pape ; lui prêtèrent serment de fidélité sur le» » saints évangiles , tant pour lui que pour les pontifes romains ,

• ses successeurs, légitimement élus. Ils se reconnurent en

• même tems ses hommes liges; promirent de lui payer le cens

• annuel de six cents schifatl, et de lui rendre Bénévent. Le » pape , en échange , remit dans les mains de Roger un éten- » dard, suivant la pratique de ces tems-là, et l'investit ainsi

■ du royaume de Sicile , du duché de la Pouille et de la prin- » cipauté de Capoue; le reconnut pour roi et lui confirma tous » les honneurs dus a ce rang. » U n est point parlé, dans la bulle expédiée à ce sujet, du duché de Naples, quoique^ le pape Honorius II en eut donné l'investiture à Roger. Ce prince accompagne Innocent à Bénévent , où les Napolitains viennent se soumettre au premier, et lui demander pour duc son fils Alfonse; ce qui leur est accorJé. Roger , après cela, prend congé du pape , et conduit son armée vers Troia , ville rebelle de ce qu'on a nommée la Capitanate , dont les habitants ne tardèrent pas a se rendre. Mais ceux-ci l'ayant supplié d'entrer dans ta ville , il répond qu'il n'y mettra pas les pieds tant que le traître (c'est ainsi qu'il qualifiait Rainulfe, leur feu duc,) restera parmi eux. Ce fut donc une nécessité bien cruelle pour eux de déterrer le cadavre infect de Rainulfe , qu'ils regrettaient pour la plupart : mais quelques-uns de ses ennemis, l'ayant attaché avec une corde par le cou, le traînèrent par les rues, après qnoi ils le jetèrent dans les fossés ; vengeance horrible , dit Muratori , détestée de tout le monda , et du jeune duc Roger lui-même , qui , étant venu trouver le roi , son père , obtint , a force de prières, la permission de faire accorder la sépulture à Rainulfe. Ce monarque, cependant, après cela, n'entra point dans Troja; mais il conduisit son armée, an mois d'août, devant Bari , dans le dessein d'assiéger cette place et de la détruire après s'en être rendu maître. Le pape Innocent, plaignant le sort des habitants , leur envoya 1 évêque d'Ostie pour les exhorter a céder a la force, plutôt que de s'exposer a on châtiment rigoureux. Mais , loin d'écouter ce prélat , ils lui refusèrent l'entrée de leur ville, bien résolus Je se défendra

338 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

jusqu'à l'extrémité. Le pipe, alors, s'achemina vers Rome, où il lit son entrée après le » septembre. 11 y fut reçu avec de graudes démonstrations de joie, au milieu desquelles les Romains tentèrent de l'engager à rompre le traité de paix qu'il avait fait avec le roi Roger , comme ayant été extorqué par la violence. Mais le sage pontife , après l'épreuve qu'il avait faite de leur valeur , dans sa dernière déroule , se retusa entièrement a leurs

Le roi Roger continuait cependant avec ardeur le siège de Rari. Les tours de bois et les pierriers qu'il employa pour battre la place, détruisirent une grande partie de ses murs et de ses foriiGcations , avec un grand nombre de ses palais. A ce désastre se joignit la famine , qui mit le comble a la désolation ; la disette des vivres devint si grande, qu'on s'y vit réduit a se contenter d'un peu de pain , et a manger de La chair de cheval. Enfin, la place n'étant plus tenable, il fallut penser a la rendre, Le roi se montra moins difficile sur les articles de la capitulation qu'on aurait dû l'espérer. La tranquillité paraissait rétablie dans la ville , lorsqu'un soldai de Roger vint se présenter à lui, demandant justice contre lliacinte, prince de Rari , pour lui avoir fait crever un oeil. Cette plainte mil en fureur le roi , qui ayant déclaré la capitulation rompue, nomma des juges de Troja , de Trani et de Bari , pour instruire le procès d'Hiacinle. D'après le jugement qui fut rendu , le roi fit pendre Hiacinte avec dix de ses conseillers, crever les yeux a dix autres, et, outre cela, fit emprisonner et dépouiller de leurs biens , plusieurs des meilleurs citoyens. Si c'est avec justice et de bonne foi, dit Muratori, Dieu le sait. Cela fait , le roi Roger passa , sur la fin d'octobre , a Salerne , «t, pendant le séjour qu'il y fit, il rendit plusieurs sentences de confiscation et de bannissement contre ceux qui avaient pris les armes contre lui , après quoi il s'embarqua , le 5 novembre , pour Païenne.

L'an 1 144 t ' e pape Lucius II fait, avec Roger , un traité par lequel il lui permet de porter la verge, l'anneau, la dalmalique , la mitre , et les sandales , qoi sont les marques de la dignité et du pouvoir ecclésiastique. {Otto Frisiitg.) Cette grâce doit être regardée comme une confirmation du droit de légation accordé au père de ce prince, par le pape Urbain II.

Roger, l'an 1146, tourne ses armes contre Manuel, empereur des Grecs , qui répétait la Sicile, la Pouille, la Calabre et la principauté de Capoue, comme des usurpations faites sur l'empire d'Orient. Les généraux de Roger prennent Corfou, pillent Céphalonie, le Négrepont , Corintbe, Athènes, et s'en reviennent chargés d'un immense butin. Mais la meilleure proie qu'ils en rapportent , ce fut un grand nombre d'ouvriers en soie , que Roger accueillit favorablement , et avec le secours desquels u établit des manufactures d'étoffes de soie en Sicile, où elles n'étaient point connues non plus que dans les autres pays, excepté U Grèce et l' Espagne. (Busching met en n3o, cette expédition de Roger , après son retour , dit - il , de la Terre-Sainte , où il n'alla jamais. ) Roger , incapable de repos et toujours avide de conquêtes , envoya , l'année suivante , une flotte, sous la conduite du général Georges, contre Tripoli d'Afrique , le nid des corsaires. La ville est prise , et un grand nombre de ses habitants sont faits prisonniers pour être amenés en Sicile. Vers le même tenu, il publie une constitution, portant que toutes les églises de son royaume , et particulièrement les églises vacantes, sont en sa main et sous sa protection : Omnes Eeelesias rtgni nos tri , et sptcialiter ipsas <ju<x pasiorilius carent , in manu et protectione noslra haéemus.

L'empereur Manuel avait toujours a coeur la perte de Corfou et des autres places que Roger lui avait enlevées. Ligué avec la république de Venise, il en obtint une flotte considérable, oui, s'étant jointe a la sienne, vint se présenter devant Corfou, dont il entreprit le siège en personne, l'an 1144. Georges, amiral de Sicile , envoyé par Roger au secours de Pile , ne se sentant pas assez fort arec soixante-dix vaisseaux qu'il avait,

pour combattre la flotte grecque qui couvrait toute la mer , va mettre le feu aux faubourgs de Consianlinople. Il tire une (lèche enflammée contre le palais de l'empereur pour lui insulter, et emporte des fruits de ses jardins. (CAr.msi.fit6/. S. Germ. n». 444- ) En revenant , il rencontre une partie de la flotte de Manuel, qui emmenait le roi de France, Louis le Jeune , qu'elle avait pris avec ses vaisseaux sur les cotes d'Asie, comme il retournait de son expédition de la Terre- Sainte. Il fond sur les Grecs , les bat et délivre le monarque. <Jue les historiens français modernes, dit Muratori, dissimulent cette aventure» d un de leurs rois, cela peut passer; mais qu'ils osent la nier formellement , c'est ce dont je ne vois pas de raisons suffisantes , puisque nous avons d'anciens historiens d'un crédit assez grand pour la garantir. Louis fut amené dans la Basilicate, à Pontenza , où était le roi Roger, qui lui fit un magnifique accueil , et lui donna une escorte pour le conduire jusque sur les frontières de ses états. Cependant , Manuel pressait si vivement le siège de Corfou , qu'il obligea le gouverneur a capituler. Cet officier, craignant le ressentiment de Roger, se donna aux Grecs, et ne voulut plus retourner en Sicile. Le dessein de Manuel , après s'être rendu maître de Corfou, était d'aller attaquer la Sicile. Mais une violente tempête qui submergea une partie de tes vaisseaux, jointe aux approches de l'hiver , l'obligea de renoncer à celte entreprise. Roger avait toujours l'oeil sur l'Afrique. L'an u5a, il profile des dissensions qui s'étaient élevées entre les rois de ce pays, pour y faire de nouvelles conquêtes. Il en (il effectivement quelques-unes; mais la mort ne lui donna pas le loisir de les pousser aussi loin qu'il se le proposait. L'an ti54» il finit ses jours , suivant l'opinion la plus vraisemblable, le 26 février, à l'âge de cinquante-huit ans; prince illustre par une infinité de grandes actions: il était, dit Muratori, d'une haute suture , avait le corps bien fourni et le visage terrible comme un lion ; il était sage , prudent , rusé ; plus enclin i l'épargne qu'a la dépense ; fier en public , doux et affable dans le particulier ; libéral envers ceux qui le servaient fidèlement ; sévère jusqu'à la cruauté a l'égard de ceux qui lui manquaient de fidélité ; plus craint de ses sujets qu'il n'en était aimé. H avait fait graver ce vers sur son épée et sur son sceau :

jlpelus et Ce/eier, Sicules miÂi servit et Àftr,

Ce prince fut inhumé dans la cathédrale de Païenne , oit l'on voit cette épilapbe gravée sur son tombeau, composée vers la fin du seizième siècle , ainsi que celles des rois suitaul» de Sicile, par le chanoine Parcilo :

Si fastes homiaes . si régna et itenimata I udunl , Hoe legem et reeti fit norma Hoçerius ittis* £st (uses rrèus eemite e cvgnomtae notes • f'irlulum tic if leader situs est, iiaëemoeae

Ymt .an. S 9 , rtgni A \ obiit 11S4.

(Ce. ver. n'ont ni

nicWti)

Roger aimait les sciences et protégeait les savants. Sbérît Aldrisi , mahomélan , avait fabriqué pour lui un globe terrestre d'argent , du poids de huit cents marcs, sur lequel il avait gravé tous les pays connus pour lors. Roger avait eu successivement trois femmes; i*. l'an nao, Albekib, fille, non pas d'Afonse VI , roi de Castille et de Léon , comme l'avancent des modernes sans fondement , mais de Pierre de Léon , père de l'antipape Anaclet, ainsi que l'atteste, nag. 898, Ordéric Vital (elle mourut le 8 février 1145, et fut inhumée à Païenne); a». Sibylle , fille de Hugues H, duc de Bourgogne j 3». l'an ii5i , Béatrix. fille de Guithier , comte de Rétbcl en Champagne. Du premier lit, il eut Roger, doc de la Pouille, mort en 1 149 ; Tancrède , décédé avant 1 144 i Anfuse ou AIifonse, fait par son père, prince de Capoue en ii35, duc lïle Naples en tt3g, et mort le 10 octobre ti54; Guillaume,

DES ROIS

qui suit ; Henri, mort enfant. Du deuxième lit, sortit Constance, femme de l'empereur Henri VI; le troisième lit fut stérile. Le roi Roger eut de plus trois bâtards, un fils et deux filles. Le fils , nommé Simon , eut , par le testament de son père, la principauté de Tarante, que le roi Guillaume lui retira pour lui donner en échange le comté rie Policastro. Clémence, l'aînée «1rs filles , épousa Hugues, comte de Holise; la seconde fut mariée avec Henri , frire tomme du roi Guillaume I. (Burigni.)

Les diplômes du roi Roger sont datés des années du monde, suivant 1ère de Constantinonle. Celui qu'il donna, l'an n3o, finit ainsi : S yf*$s it t» w*f* r* m^tC t tvt iftîi riAn Mi***'* /t*>< M«(« <t£ i. i> ri t1x*ï. f **f'%tt*t «'» X{ir7« ri Bti t»riC*r, KfdJ*4ii r,| i ri, Xftfjwii fi,i»,r: Scriplum a potentia nastru m urbe Messana, mente Muio, indicL tiii, aano 6638. f Rogenw, in Chritlu Domino pi us, potens rex , ei Christianwum adjutor. On voit aussi par la que Roger prenait le titre de roi avant de I avoir reçu d'Anaclet.

L'indépendance avec laquelle Roger se comportait envers la cour de Rome, ne lui permit pas cependant de donner atteinte s l'usage très-ancien où étaient les papes d'obliger les évéques élus en Sicile, de se rendre a Rome pour y recevoir la consécration de leurs mains ; usage qui ^'est toujours maintenu chex les rois normands. Ce fut sous le règne de ce prince que des marchands siciliens apportèrent de l'Asie des cannes a sucre , qu'ils plantèrent dans leur pays. Elles y réussirent et s'y multiplièrent De la le sucre fut transplanté dans les provinces méridionales de l'Espagne , d'où l'on en porta aux Canaries , aux Iles de Madère , et enfin dans le Nouveau-Monde Yk de Charies-Qtunt , Introd. p. 3i5, in-4".)

GUILLAUME I , orr LE MAUVAIS.

H54. Guillaume I, fils du roi Roger et d'Albérie, déclaré duc de Naples et prince de Capoue, en 1144, après la

Tan

mort d'Alfonse , son frère, associé â son père dans la royauté, et couronné a Païenne depuis deux ans et dix mois, lui succède dans tous ses états. Mais le pape Adrien IV refuse de le reconnaître pour roi , et ne lui donne que la qualité de seigneur àt Sicile dans ses lettres. Guillaume s'en offense, et chasse le légat Henri que le pape lui avait envoyé. Adrien , pour se jcngi^r, excite l'empereur Frédéric 1 â porter la guerre dans J» Fouille, et engage les mécontents et les exilés a prendre in armes contre Guillaume. Robert de Lorotello, cousin de Guillaume, se met à leur tête. Ils traitent avec Manuel Commue, empereur des Grecs. Ce prince leur envoie de l'argent, « lait partir, sous la conduite de Jean l'Ange, une flotte qui s'empare de Blindes et de la plupart des autres places maritime», tandis que Robert, prince dépouillé de Capoue , rentre dans ses états , et que les autres con)urés s'emparent des villes et des châteaux qui sont â leur bienséance. Guillaume se trouve réduit, en n55, a Salerne, Troja, Naples, Melfe, Amalfi, oorrento et quelques autres places. Le 37 septembre de la même année, le pape s'élant transporté à San-Ocrroano pour animer a révolte, y reçoit les hommages et le serment de fidélité des wons. Guillaume, durant cet orage, restait en Sicile , retenu f*r une maladie, d'autres disent par Maron, son amiral, qui • entendait avec les rebelles. Il passe enfin la mer en 11 56, »»ec une puissante armée , remporte une grande victoire, au mois de mai , sur les Grecs et les barons , punit sévèrement ceux de ces derniers qui tombent entre ses mains , et fait rentrer en peu de teins toute la Pouille sous son obéissance. Le P^pe alors lui bit demander la paix. Elle est conclue à Bénérent dans le mois de juin de ta même année , après de vifs débats sur les conditions. Guillaume reçoit ensuite du pape I investiture de ses états , en s'obligeant a lui faire hommage « à lui payer un cens annuel

DE SICILE

Une flotte nouvelle que 11 58, sur les cotes de Sicile', est battue avec une perte dérable, par Etienne, frère de l'amiral Maron. (Nieetas, in Hist. ) Ce dernier , toujours gouvernant l'esprit du roi Guillaume , ne cessait d'irriter les Siciliens contre son maître et contre lui-même par l'atrocité de sa conduite. On conspire contre lui, et enfin il est tué, la veille de la Saint-Martin, par Mathieu Bonello , l'un des principaux barons. Guillaume, ouvrant les yeux sur la perfidie de son favori , laisse sa mort impunie. Mais , l'année suivante , Bonello , voyant Guillaume incapable de gouverner , forme une conjuration pour le déposer et mettre Roger , son fils , â sa place. Les conjurés enfoncent le palais, s'assurent de ta personne de Guillaume, et proclament roi son fils. Mais le peuple s'étant partagé à ce sujet , et le clergé s'étant déclaré pour Guillaume, ce prince est relâché. Son fils ttnger reçut, dans cette émeute, un coup de flèche dont il mourut quelque tems après. D'autres prétendent qu'un coup de pied que lui donna son père , en voyant qu'il était proclamé roi , fut la cause de sa mort. Les conjurés, redoutant la vengeance de Guillaume , mettent toute l'île en combustion. Plusieurs d'entre eux passent dans la Pouille , dont ils font soulever la plupart des villes.

L'an 116a , Guillaume triomphe des conjurés et recouvre tout ce qu'ils lui avaient enlevé. Ce prince meurt de la dysenterie, l'an 11 66, le 7 mai , septimo die irtfrantis mensis maii , dit Romuald de Salerne. 1.4 chronique du Mont-Cassin met sa mort aux ides , c'est-a-dirc au t5 du même mois. On prétend qu'il n'était âgé que de quarante -six ans. Il avait épousé, lan n5o, Marguerite, fille de Garcie-Ramire , roi de Navarre ( morte le s", janvier nt)3), dont il laissa Guillaume, qui suit, et Henri, prince de Capoue. La confiance aveugle de Guillaume 1 en ses ministres et ses favoris , son avarice et sa cruauté , forent cause de toutes les révoltes qui s'élevèrent sous son règne , et ont rendu sa mémoire odieuse a la postérité. La reine, sa femme , craignant que, si l'on annonçait subitement sa mort aux Palermitains , celte nouvelle n'oo casionâl quelques mouvements dangereux, prit le parti de faire porter secrètement son corps dans l'intérieur du palais , et d'ordonner qu'on continuât d'agir comme s'il était encore vivant , jusqu'à l'arrivée des barons qui devaient assister au couronnement du nouveau roi. Os ordres ayant été fidèlement exécutés, on publie, au bout de quelques [ours, en mé'tne tems , la mort du roi et l'avénement de son fils i la couronne : le corps fut ensuite porté , avec beaucoup de pompe , dans la chapelle de Saint-Pierre. On lui fit, pendant trois jours consécutifs , de magnifiques funérailles , auxquelles assistèrent tous les barons et les prélats qui se trouvèrent â Païenne. Par la suite des tems , le corps fut transporté dans l'église de Montréal, qui fut bâtie par les ordres du roi , son fils. La reine veuve lui érigea un superbe tombeau de porphyre , qui subsiste encore , mais sans inscription.

GUILLAUME II , dit LE BON.

1 166. Guillaume II , successeur de Guillaume I , son père , est couronné, au mois de juillet , â l'âge de douze ans , par Romuald , archevêque de Salerne , le siège de Palerme étant vacant , et commence â régner sous la régence de sa mère, la reine Marguerite. Cette régence fut orageuse par les cabales qui se formèrent â la cour et les séditions qu'elles excitèrent. La reine , pour maintenir son autorité , fit venir de France Etienne du Perche, son cousin, et Robert IV , comte de Meulcnt , fit le premier chancelier du royaume , et le nomma à l'archevêché de Palerme. Etienne avait amené avec lui

Slusieurs français de mérite, et en attira d'autres, du nombre esquels étaient le fameux Pierre de Blois , qui fut précepteur du jeune roi , et Hugues Foucaut, qui fut dans la suite abbé de Saint-Denis , en France. C'est le même que Hugues Fal-

cand, auteur d'une élégante histoire des troubles arrivés en Sicile, de son tenu, qui lui a mérité le surnom de Tacite de la Sicile. Les éditeurs de cette histoire, par une méprise facile, ont tous lu , dans le titre , Falcandus pour Fulcaudus , parce que les différentes éditions ont toutes été faites d'après un seul et même manuscrit. (V. Pétri Blesau., Ep.i 16, et Gall. Chr.. t VII, 36a. ) La faveur et la confiance due la reine accordait aux (rangers, ne servit qu'à irriter la jalousie des Siciliens. Après •voir attenté plusieurs fois en secret à la vie d'Etienne , ils en vinrent, l'an 1169, a une séJition ouverte dans Païenne. Ktienne, pour sauver sa vie , fut obligé de renoncer a ses dignités et «l'abandonner la Sicile. H s'embarqua pour la Syrie, où il mourut peu de tems après. L'an 1172 , Guillaume écrit à Henri II , roi d'Angleterre, une lettre de consolation sur la révolte de ses enfants , dont ce prince avait fait des plaintes a tous les souverains de l'Europe. ( Roger de Hoveden. ) L'an n83, le pape I.ucius III érige en archevêché l'abbaye de Montréal en Sicile , que les Bénédictins continuent de desservir. La bulle d'érection a pour caractères chronologiques les noues, 5 de février de l'an de l'Incarnation n8a, indiction I : mais cette indiction , appartenant à l'an 11 83, prouve que la huile est datée selon le calcul florentin. Celte même année , la reine Marguerite , veuve de Guillaume 1 et mère de Guillaume II , termina ses jours à Païenne ; princesse d'une grande capacité, dont les conseils eussent fait le bonheurdu royaume, s'ils eussent été suivis par son époux , comme le prouva la conduite qu'elle tint dans sa régence sous le règne de son fils. Elle fut inhumée a Montréal , a côté de ses deux fila Roger et Henri. ( Giannone.)

Alexis, neveu de l'empereur Manuel , s'étant réfugié, l'an 1 185 , en Sicile pour se soustraire à la persécution d'Andronic, Guillaume, excité par ce prince fugitif, arme par terre et par mer pour faire des courses sur l'empire des Grecs. Il donne le commandement de sa flotte à Tancrède , son cousin , et nomme les comtes Ardouin et Richard pour commander les .troupes de terre. L'armée s'embarque le 1 1 juin , surprend Durazzo , ( le 34 el non I e a $ ) du même mois , Thessalonique , dans le mois d'août suivant , prend d'autres places dans la Grèce , et marchait droit a Constantinople lorsqu elle apprit la mort d'Andronic, Isaac l'Ange, son successeur, envoya promptement une Hotte avec une armée de terre pour arrêter les progrès des Siciliens. Les deux armées, s'étant rencontrées dans un lieu nommé Démétrice , en vinrent aux mains le 7 novembre, et la victoire

•e déclara pour les Grecs. Isaac recouvra bientôt après tout ce perdu ; et la flotte sicilienne s'en

qu'il avait perdu ; et la flotte sicilienne s'en revint couverte de confusion. L'an 1 189 , le roi Guillaume finit ses jours le 16 novembre, a l'âge de trente-six ans. H avait épousé, le l'ô février 1177, Jeanne, fille de Henri H, roi d Angleterre, dont il eut , l'an 1181 , un fils , qui mourut peu de tems après sa naissance. Sa veuve , après sa mort, se remaria a Raymond VI , comte de Toulouse. Guillaume 11 , dit Richard de San -Germano , était la sûreté de ses alliés , la terreur de ses ennemis, le soutien de ses peuples , le refuge des pauvres et des misérables. Sous son règne , les lois et la justice étaient en vigueur; chacun vivait content de son sort, partout régnaient la paix et la tranquillité.

Sous le règne de ce prince , près de la Chamasena , et non loin de Palerme , l'évêque de Lucera fil la découverte d'une inscription chaldécnne gravée sur une table de marbre blanc, dont Fazello, dans son histoire de Sicile, pag. ao6, 307 , fait mention. Voici ce qu'elle porte , suivant la traduction qui en fut faite par ordre du roi en latin et en italien : Il n'y a pus d'autre Dieu qu 'un Dieu. Il n'y a pas d'autre pouvoir que le sien. Il n'y a pas d'autre conquérant que ce même Dieu que nous adorons. Le commandant de celte tour est Sapku ,fils d'EUphar ,JUs d 'EsaiJ, frère de Jacob, Jils d 'Isaac, fils d 'Abraham. Le nom de la tour est Bujch , et le nom de la tour qui est tout pris est PharaL Le e évêque de Luccra dit qu'il avait trouvé au même lieu diven

fragments d'inscriptions dans les mêmes caractères, oui prouvent que Chamasena a été fondée par des Chaldécns dans les premiers âges du monde. Celle que nous venons de rapporter est aujourd'hui placée sur une des portes de cette ville. (A tau* tkrouçh Sicily and Maltha by William beckfard. , tom. II , pag. naai3.)

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