‹ L'art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques, et autres anciens monumens depuis la naissance de NotreSeigneur, par le moyen d'une table chronologiqueChapitre 529 sur 582 · TANCRÈDE · texte numérisé non relu

TANCRÈDE

1189. TANcntDE, comte de Leccé ou Leccio , fils de Roger, duc de la Pouille, et d'une concubine, et petit-fils du roi Roger , est reconnu pour successeur de Guillaume II , par les intrigues de Mathieu , chancelier de Sicile. Cette succession appartenait de droit a Constance, fille de Roger, que ses conventions matrimoniales y appelaient avec Heori , son époux , roi des Romains , et depuis empereur. Plusieurs barons de la Pouille refusent de se soumettre à Tancrède. Il marche contre eux et vient a bout de les réduire.

L'an 1190, Philippe Auguste , roi de France, allant au secours de la Terre-Sainte , aborde, avec sa flotte , a Messine le 16 septembre, huit jours avant Richard, roi d'Angleterre, qui faisait route pour la même expédition. Richard est a peine arrivé , qu'il fait à Tancrède plusieurs demandes impérieuses , dont la principale était qu'il lui remît la reine douairière , sa soeur, qu'il retenait comme prisonnière, avec sa dot. Tancrède cherchant a éluder celte demande, Richard commence par fermer le phare en s'emparant de deux chJteaux qui le dominaient, donne l'un à sa sœur pour sa sûreté, et fait de l'autre un magasin. Les Messinois, révoltés par ces voies de fait, prennent querelle avec les Anglais , et les traitent en ennemis. Le roi de France tâche , mais sans succès , d'apaiser ces troubles. Les choses furent portées si loin , que Richard , sans considérer que Philippe , son seigneur , était dans Messine , se rendit maître de la ville en poursuivant un corps de Messinois qui en é- : sortis , et planta son étendard sur les mun. 11 fit plus; en toute ngneur des droits de la guerre, il livra la vil pillage , en observant seulement de respecter le quartier du roi de France. Cependant , par la médiation de Philippe Aueusteet des prélats, qui voyaient avec peine ces débals retarder reipédilion de la Terre-Sainte , il se fit un traité par lequel Tancrède s'obligea de rendre la reine douairière avec vingt mille onces d'or pour lui tenir lieu de sa dot; de donuer en mariage sa fille, avec pareille dot , au jeune Arthur , comte de Bretagne, que Richard reconnaissait pour son successeur, au cas qu il vînt > mourir sans enfants ; et de fournir une certaine quantité de vaisseaux pour renforcer la flotte anglaise. Au moyen de ce traité , l'amitié et la confiance s'établirent entre Tancrède cl Richard, qui le reconnut pour légitime possesseur du trône de Sicile. Mais Tancrède , par la plus noire ingratitude et la plus insigne perfidie , sema oientôt la discorde entre Philippe et Richard ; ce fut en supposant une lettre , où le premier l'invitait à fondre sur les Anglais , avec promesse de les attaquer de son coté avec toutes ses forces. Philippe méprisa celte supercherie du Sicilien ; mais elle changea entièrement les dispositions du monarque anglais à son égard. La liaine que Richard conçut dès lors pour lui , se montra ou se cacha suivant les circonstances , mais jamais ne sortit de son cosur. L'an 1 191 , l'empereur Henri VI , après s'être fait couronner à Rome , arrive , sur la fin d'avril , en Pouille , avec une armée, pour faire valoir les droits de son épouse sur la succession de Guillaume 11. Après s'être emparé de plusieurs places , il échoue devant Naples , dont il avait formé le siège. Rappelé en Allemagne , il laisse l'impératrice a Salerne. Cette princesse est livrée par les habitants a Tancrède , qui a la générosité de la renvoyer 1 année suivante ( 119a ) à son époux. La guerre continue entre les lieutenants de* l'empereur et Tancrède , avec des succès variés. Tancrède n'en vit pas la fin. La mort de Roger, son fils aîné, lui causa un chagrin auquel il succomba le ao février 1194- Outre c« fils , il eut de son -

DES ROIS

fille de Robert , comte de Lucera , Guillaume qui suit ; et des filles , dont l'aînée fut mariée, l'an 1 191 , a Gautier de Brienne, frère du Jean do Hrienne, rot de Jérusalem ; une autre noinmic Coailancc . épousa Pierre Zani , doge de Venise. Tancrède était un prince brave , politique , savant , surtout en mathématiques, en astronomie et en musique.

GUILLAUME 111

1194. Guillaume III, fils de Tancrède, lui succède en bai lge , sous la tutelle de Sibylle , sa mère. Toutes les villes où les Allemands ne dominaient pas, le reconnaissent avec joie ; mais le retour de l'empereur Henri change bientôt la face des affaires. Les nouvelles forces qu'il amenait avec lui le rendent maître en peu de tems de toutes les places de terre ferme. Il se venge en tyran sur Salera e de la tiahison que les habitants avaient faite à l'impératrice, son épouse. Ayant ensuite passé le détroit sur la fin d'août, il s'empare de Messine , puis d'autres villes , avec le secours des Génois , et enfin de Païenne , où il est reçu sur la parole qu'il donne de traiter favorablement le jeune roi Guillaume et sa mère. 11 feint même, dès ce moment, de tenir cet engagement en nommant Guillaume comte de Leccé et prince de Tarent e.

HENRI I

uq4. Henu I, empereur, sixième du nom, est couronné roi de Sicile a Palerme , dans le mois d'octobre. Le 26 décembre suivant, l'impératrice Constance . sa femme , à l'âge d'environ quarante-huit ans, accouche le jour de saint Kticnne a Jesi, dans la marche d'Ancone, d'un fils nommé Frédéric {Riekardus à S. Germant, . ) Les écrivains allemands de ce tems mettent la naissance de ce prince en 1195, parce qu'ils commencent l'année a Noël. Henri manque aux belles [ r >messes qu'il avait faites a ses nouveaux sujets, et leur re-

tranche même les privilèges dont ils jouissaient sous ses prédécesseurs. Le jour de Noël , il tient un parlement solennel du royaume a Palerme, dans lequel il fait lire des lettres (qu'on

croit de son invention), contenant le récit d'une conjuration de plusieurs barons du royaume formée contre lui. D'après cette lecture , il fait arrêter nombre de prélats , de comtes , de nobles et les fait emprisonner; il n'épargne pas même, dans cette proscription , la reine Sibylle et son fils Guillaume : bien différent du roi Tancrède , qui avait renvoyé la reine Constance » son époux après l'avoir faite prisonnière. Quelques-uns des

barons arrêtés eurent les yeux crevés, d'autres furent pendus, d'autres brûles vifs , et le reste fut conduit en Allemagne. Non content de faire éprouver sa fureur aux vivants , il l'exerça même sur les morts , en faisant ouvrir les sépulcres du roi Tancrède et de son fils Roger pour leur arracher la couronne royale qu'ils avaient chacun sur leur tête. Les garants de ces horreurs sont Otlon de Saint-Biaise, Jean de Ceccan , le pape Innoceot III , dans une de ses lettres. Après avoir satisfait ainsi sa haine contre Tancrède et ses partisans , Henri passe en Pouille , où il tient un grand parlement des barons. Irène, veuve du jeune roi Roger, fils de Tancrède , se trouvait alors à la cour de Sicile. Philippe, frère de l'empereur, charmé de tes grâces, ta jugeant propre à lui apporter des droits importants, comme fille d'un empereur grec, lui donna sa main du consentement de Henri , qui lui fit don alors du duché de Toscane et des biens de La comtesse Mathilde. Après la clôture on parlement , Henri envoie l'impératrice , sa femme , en Sicile, et prend la route de l'Allemagne, emportant des richesses immenses qu'il avait tirées des misérables Siciliens et do. palais royal de Palerme. Reperit, dit Arnould de Lu bec k (lie. II, c ao), thésaurus absconditos et omnem lapidum prttiotorum et gemmarum gloriam , ita ut , oneralis centum sexaginla wmarw aura et argenio , lapidibus prefwsù et vtstibus sérias , glonwe ad terram tuant rtditrit. Belle gloire , dit Muratori ,

DE SICILE. 34i

acquise par tant de parjures, par tant d'ingratitudes et de barbarie, et accompagnée d'une naine incroyable qu'il laissait de sa personne en Sicile. Outre une quantité de barons qu'il emmenait prisonniers et divers otages qu'il avait tirés des différentes villes, entre lesquels était l'archevêque de Salerne, il traînait encore avec lui l'infortunée reine Sibylle et ses trois filles, qu'il relégua dans des monastères, et son fils Guillaume qu'il fit enfermer dans une forteresse du pays des Grisons, sous bonne garde. Arrivé en Allemagne, l'an 1 196, Henri fit crever les yeux à tous ces innocents otages, n'exceptant que l'arcbevêque de Salerne. Tandis qu'il y était encore , il fut vivement sollicité par le pape Célestin III de porter du secours à la Terre-Sainte dont les besoins étaient pressants. Henri déféra d'autant plus volontiers aux semonces du pontife, qu'il espérait pouvoir employer les croisés allemands pour réduire a leur passage les Siciliens qui s'étaient nouvellement soulevés. H part lui-même vers la fin de juillet pour aller compléter sa vengeance en Sicile. Arrivé après les fêles de Noël dans La Pouille, il se saisit des chefs des conjurés, fait attacher avec des clous une couronne sur la tête de celui qu'ils avaient élu pour roi, condamne les autres à divers supplices, et accorde une amnistie, en pleine diète , à la multitude. ( Arnold. Lubec. ) La même année ( 1 197 ), ce prince barbare meurt à Messine , le 28 septembre , suivant la plus commune opinion. L'abbé d'Usperg justifie l'impératrice Constance de l'accusation dont plusieurs la chargeaient d'avoir contribué a la mort de son mari. Muratori a publié (tom. III, Renan ital.) , le testament de Henri VI. Ce prince y ordonne, i°. que Frédéric, son fils, reconnaîtra tenir du pape en fief le royaume de Sicile, et qn'au défaut d'héritiers de sa femme et de son fils, ce royaume retournera au saint siège ; a°. que si le pape conGrme a Frédéric, son fils , la dignité impériale, celui-ci lui restituera les terres allodiales de la comtesse Mathilde ; 3». qu'il recevra, du seigneur pape le duché de Ravenne avec La marche d'AncOne, lesquels, au cas que Frédéric meurt sans héritiers, seront réversibles a l'église romaine. La nouvelle de la mort de Henri remplit de joie ses sujets de Sicile et d'Italie, qui lui avaient donné le surnom Je

Çyclope. Le pape prit lui suivant Jean de Ceccan

parti l'allégresse 1

Ornai» cum papa eeuitnt ie morte trranni.

if art née al , et euaeli gaadeal de marte tepattt , Apulai, ttCalaher, Sicatat Dueasfae, Ligm/ve.

(Chron. Fo

FRÉDÉRIC

1 197. Frédéric , appelé d'abord FaIdehic-Roger , fils de l'empereur Henri VI et de l'impératrice Constance, succède à son père dans le royaume de Sicile et ses dépendances, dans sa troisième année, sous la tutelle de sa mère. Lepape Célestin III, lorsqu'on lui demanda l'investiture, fit des difficultés qui ne purent être aplanies que par dix marcs d'argent qu'on lui donna, et autant aux cardinaux ; encore obligea-t-on l'impératrice d'affirmer, avec serment , que Frédéric était né d'elle et de Henri VI , parce que les soupçons qu'on avait eus sur sa naissance avaient obtenu quelque créance a Rome. Le 27 novembre ( et non pas le 5 décembre , comme le marque Giannone ) , 1198, cette princesse meurt à Palerme, après avoir nommé , par son testament, le pape Innocent III régent du royaume, pendant La minorité de son fils (1). L'éducation de Frédéric

(1) Cette princesse fut inhumée dans réglite de Palerme, sous un tombeau de porphyre , a côlé de celui de son mari. Si l'on s'en rapporte S son épilaphe , elle avait êli religieuse, et, long-tenu après «es vaux , dans un âge avance' , elle avait c'pouié l'empereur Henri : mais il est a remarquer , d'après Baronius , que cette inscription est l'ouvrage d'un chanoine de Palerme , nommé Roger Parut» , qui vivait long-iems après Constance , et ce chanoine était mal instruit d« ce qui concernait cette princesse.

34» CHRONOLOGIE HISTORIQUE

est confiée à l'archevêque de Païenne. La reîne Sibylle, veuve < deçà du Phare, le crédit de Marcuald allait toujours en croitde Tancrède , s'échappe de sa prison d'Allemagne avec ses filles , et passe en France- Ce fut la qu'elle maria l'aînée , nommée Alberie ou Albinie, à Gautier de Brienne , frère de Jeao de Brienne, roi de Jérusalem. Jean de Ceccan dit que le prince, son fils, était mort alors; ce qui est douteux, attendu qu'Olton de Saint-Biaise raconte que ce prince, ayant été fait eunuque et renfermé dans un château du pays des Grisorr Hcnn VI , parvint à l'âge viril. Marcuald ou Marquard, d la Romagne , que l'impératrice avait obligé de sor'-de Sicile avec tous les Allemands, y rentre ap cette princesse, et dispute au pape la qualité de cent 111 l'eicommunie , et fait marcher des troupes contre lui , le commandement de Gautier de Brienne. Marcuald fait

risons par "uc de sortir du royaume après la mort de ilé de régent. Inno-

des progrès en Pouille , et de là passe en Sicile , ou il fait la ronquête de plusieurs places avec une facilité qui l'enhardit a

former le siège de Païenne. Mais il trouva les assièges trèsdéterminés a se bien défendre. Le pape Innocent 111 avait déjà fait passer en Sicile le maréchal Jacques , son cousin , avec le cardinal de Saint-Laurent, à la tête de deux cents chevaux pour défendre cette île. Le secours étant arrivé heureusement à Messine , fut renforce par tous les gens de guerre qui étaient attachés au parti de Frédéric Cette armée se croyant en force pour attaquer celle qui assiégeait Palermc , s'avança vers la place. Le rusé Marcuald , voyant approcher l'ennemi , commença à faire des propositions pour la paix , et fut sur le point de la conclure. Mais en observant ensuite que le pape avait absolument défendu d'en venir à aucun accord avec un homme qui avait si évidemment tant de fois manqué a. sa parole , on prit la résolution d'en venir a une bataille. Elle se donna au mois de juillet de l'an iaoo, dans la plaine qui sépare Montréal de Païenne, et finit par la défaite entière de Marcuald, qui perdit dans l'action un grand nombre des siens avec ses équipage où l'on retrouva le testament de l'empereur Henri VI. Le comte Gentil étant ensuite sorti de Païenne avec sa garnison , tomba sur un corps de cinq ceuts pisans, posté dans la montagne voi sine, dont il fil un grand massacre. (Richordi de S. Germano, Chrtm.) Mais celte grande victoire ne procura point à la Sicile les avantages qu'elle semblait promettre. Marcuald eut l'adresse de rentrer en faveur à la cour de Païenne, en s'unissant a Gautier, nouvel archevêque de celte ville et grand chancelier de Sicile. Gautier, comte de Brienne, frère de Jean de Brienne, qui fut roi de Jérusalem, arriva de France, dans ces entrefaites, à Rome, avec son épouse Alberie, fille aînée du roi Tancrède, et Sibylle, mère de cette princesse, qui s'étaient échappées des prisonsoi^elles étaient détenues en Allemagne. L'objet de son voyage était de réclamer, au nom de sa femme , le comté de Leccé et la principauté de Tare n te, qui avaient été promis à sa belle-mère par l'empereur Henri VI , lorsqu'elle se rendit à lui. Innocent 111 lui fit un favorable accueil , ravi d'avoir, dans sa dépendance, un personnage de ce rang et de ce mérite, non-seulement pour l opposer aux officiers teutonique» qui mal-menaient la Sicile et la Pouille , mais encore pour le faire monter plus haut qu'il ne comptait , au cas que Frédéric vint à mourir dans son enfance. Le pape sVng.igea donc à le mettre en possession des domaines qu'il répétait, après lui avoir fait promettre qu'il ne demanderait rien au-delà , et qu'il emploierait sa valeur à faire la guerre aux ennemis de Frédéric. Gautier, après cela , retourne en France, d'où il amène quelques troupes en petit nombre, mais bien choisies, avec lesquelles on le vit promptement reparaître â Rome. De la, il les conduit dans la terre de Labour, où il livre bataille au comte Diépuld, près de Capoue, et le met en déroute , au grand étonnement des Capouans oui sortent de leurs murs pour piller le camp des Allemands. Il aide ensuite le comte de Celaoo à faire la conquête du comte de Molise ; après quoi , étant passé dans la Pouille, il s'empare du château qe Leccé et de plusieurs places de la principauté de Tarenle. Tandis que les arme* du comte de Brienne prospéraient en

sant à la cour de Païenne. Il y devint si puissant , que tonte la Sicile était en son pouvoir, à l'exception de Messine et d'un j>etit nombre d'autres places. Mais sa bonne fortune ne fut pas de longue durée. .Etant attaqué de la pierre, il voulut aubir l'opération de la taille , qui n'était encore guère connue alors qu'en Italie (elle le fut bien plus tard en France ) : mais l'opération ayant été mal faite, il y succomba l'an taoï. (Fito Innocent III , n. 3a. )

Gautier de Brienne, l'an iao4, s'élant ligué avec Jacques, comte deTricarico, et Roger, comte de Chieti, fit la conquête de Terracine. Mais le comte Diépold étant venu peu de tenu après l'assiéger dans cette place avec les Sa- Icrniuins, il y reçut, dans une sortie, un coup de flèche qui lui fit perdre un œil. Les deux comtes qu'on vient de nommer vinrent cependant à bout de le tirer de* mains de l'ennemi. C'est ce que raconte Richard de San-Germano, lequel ajoute que ce même Diépold fut ignominieusement chasse de Salerne par ces mêmes comtes. Gautier de Brienne portait la valeur jusqu'à la témérité. On lui avait souvent conseillé de se tenir plus sur ses gardes pour éviter la surprise. Sa réponse, dit Muratori , était celle d'un gascon. Des Allemands , disait-il , bien armés n 'oseraient attaquer des François tarif armes. Diépold lui prouva bien le contraire. L'an iao5, comme Gautier le tenait assiégé dans un château sur le Sarno, il vient d'un grand matin lui rendre une visite qui n'était pas celle d'un ami ; et l'ayant trouvé au lit avec ses gens, il en fit un grand carnage. Gautier, couvert de blessures, fut amené prisonnier dans la place , où peu de jours après il mourut. ( Annales d'Italie, tom. VII, pag. iaa-ia3. )

L'an îai 5, Frédéric, couronné roi de Germanie ponr la seconde fois, fait proclamer roi de Sicile Henri, son fils. Il reçoit lui-même la couronne impériale à Rome, le aa novembre laao.

Jean de Brienne, roi de Jérusalem, étant venn, l'an isa3, en Italie, l'empereur Frédéric II épouse, ou plutôt fiance, Yolande, sa fille, dans une grande assemblée convoquée, de concert avec lui par le pape Honoré III , à Ferrentino, dans la campagne de Rome. L'objet de cette alliance, qui fut consommée l'an I2a5, à Blindes, était d'acquérir, à Frédéric, des droits sur le royaume de son beau-père. Et en effet, on le voit, dès cette même année iaaS , ajouter à ses titres celui de roi de Jérusalem, et envoyer ses officiers prendre possession de cet état , dont la plus grande partie était entre les mains des Sarrasins. Celte entreprise se rit en dépit de Jean de Brienne, qui trouva fort mauvais que son gendre l'eût ainsi dépossédé. La concorde fut ainsi rompue entre Frédéric et son beau-père.

•ui dès-lors n'oublia rien pour lui nuire. Le pape Honoré lit s intéressa vainement auprès de l'empereur, pour l'engager a s'accommoder avec un prince dont l'alliance lui faisait honneur par ses talents , sa valeur et ses vertus. L'ambitieux et intéressé Frédéric ferma l'oreille à toutes les semonces du pontife, qui, touché de compassion pour le roi dépouillé, lui donna le gouvernement de plusieurs terre* de l'église romaine , dont Raynaldi donne le-denombrement. C'était le pays qui embrassait Aquanendente, Monteco, Montatle, Civita - Vecchia, Corneto, Perugia, Orvictto , Todi, Bagnarea, Viterbe, Narni , Toscan nella, Orta, Amelia et quelques autres tenes et cités.

L'an 1239, tandis que Frédéric est à la Terre- Sainte , Jean de Brienne , avec les troupes que Grégoire IX lui fournit , entre au mois de mars dans la Pouille, où U fait la conquête de plusieurs places; de-là, il arrive à Gaële, qu'il oblige à lui ouvrir ses portes , et dont il rase le château que Frédéric avait nouvellement fait élever à grands frais. Mais Frédéric , arriva la même année en Pouille , reprit à peu près tout ce que son beau-père lui avait enlevé. Les hostilités, tantôt ouvertes, tantôt sourdes, continuent entre le pontife et l'empereur. Grégoire soulève contre Frédéric le* villes de Lombardie; et l'an 1

DES ROIS

il renouvelle, le a4 mars, l'excommunication dont il l'avait frappé dix ans auparavant. Ce fut alors qu'il ordonna d'ajouter, à la fin de chaque heure canoniale, l'antienne saivt hegina, comme il se pratique encore aujourd'hui suivant le rit romain, pour attirer la protection de la mère de Dieu sur le saint siège, contre Frédéric. (Sponde.) Ce prince mourut de la dysenterie, le i3 décembre ia5o, à Caslcllo di Fiorentino, dans la Capitauate. (Voyez Frédéric //, empereur. ) ■ On croit assez géné—

• ralement , dit M. Pfeffel, que la boussole était déjà connue

• du tems de Frédéric 11, et que ce prince profita de ce^

• découverte pour envoyer des vaisseaux jusqu'aux Indes, il a serait difficile, ajoute- t-il, de déterminer précisément les ■ lieux que ces vaisseaux napolitains ont fréquentes : tout ce » qu'on sait, c'est qu'ils faisaient des voyages de très-longs

• cours , et qu'ils revenaient au bout de deux ou trois ans » d'absence, avec des cargaisons inestimables en or et en mar- » chandises du plus haut prix. De-là vinrent a Frédéric 11 des » richesses immenses qu'il prodigua dans ses guerres , et dont

• il disposa par son testament ».

Frédéric avait fait rédiger en ordre, par son chancelier Pierre des Vignes, les constitutions du royaume de Sicile, et en avait ajouté de très-sages a celles des princes normands. Naplcs lui fut redevable d'une partie de sa grandeur. H y fonda une université, où il rassembla les étudiants de ses étals. 11 rendit fameuse l'école de Salerne pour la médecine.

CONRAD I

ia5o. Cors AD I, fils de Frédéric et d'Yolande , né l'an ua8, a Andria, dans la Pouille, monte sur le trône de Sicile après la mort de son père , en vertu de son testament , et peu de tems après lui succède à l'empire. Il passe, l'an ia5i , d'Allemagne en Italie, au mois d'octobre, et s'étant embarqué au mois de décembre, il arrive a Siponte, où Mainfroi, son frère naturel , nommé baile ou régent du royaume de Sicile pendant son absence, vient au-devant de lui. Mainfroi lui rend compte des avantages qu'il avait remportes sur les barons «t les villes qu'Innocent IV, l'ennemi mortel de la maison de

DE SICILE

Suabe , avait débauchés. Conrad , après lui avoir rendu de grands honneurs, prend ombrage de son habileté, et s'applique » le rabaisser. Mainfroi dissimule , et continue de servir son frère dans la guerre qu'il est obligé de soutenir pour achever 1* réduction de la Pouille. Tout se soumit, à I exception de Naples et de Capoue, qui se mirent sous la protection du pape. Conrad prend Naples, le io octobre ia53, après un Ions siège , (t exerce une cruelle vengeance sur les habitants de cette

ville

Dès l'entrée de Conrad dans la Pouille , le pape Innocent IV lavait frappé d'excommunication pour avoir voulu s'ériger en

souverain Je ce pays et de la Sicile , prétendant qu'ils étaient dévolus au saint siège , en vertu des censures prononcées par •es prédécesseurs et par lui-même contre FréJeric 11. Conrad

par

i lui avait envoyé, l'an ia5a, une ambassade solennelle, pour lui demander l'investiture de ses états. Elle avait été "•fusée, malgré les protestations d'attachement et de soumissous faites de sa part au saint siège. La querelle dès-lors s'en- »?nima de plus en plus entre Innocent et Conrad, et l'on chercha de part et d'autre a se décrier. Conrad avait un frère gitîme nommé Henri , fils de sa belle-mère Isabelle d'Angle- Jerre, né l'an ia38. Le jeune prince étant venu, l'an 1264, lui rendre visite, tomlwt malade a sa cour, et y mourut assez Peuplement. I>e bruit courut qu'il avait été empoisonné par Conrad , et ce bruit fut avidement saisi et fortement appuyé P»r Innocent. Les exactions que faisaient en Sicile les officiers du monarque , fournirent au pape un nouveau grief contre lui. Cité a Rome et n'a va ni point comparu dans le tems, il fut excommunié de nouveau le jeudi-saint iaS4, environ cinq semaine* avant «a mort, arrivée le ai. mai > près de Sarcllo ,

dans la Basitirate. Mathieu Paris accuse Mainfroi , mince de Tarcnte, son frère naturel, d'avoir avancé ses jours par le poison. D'Elisabeth, sa femme, il laissa un fils, qui suit. Son corps fut inhumé d'abord à Foggia, et transféré ensuite dans la cathédrale de Messine. (Voyez Conrad IV , empereur. )

CONRAD 11, bit CONRADIN.

ia54. Conrad II, dit Conradin, fils de Conrad et d'Elisabeth, né le a5 mars ia5a , est reconnu pour successeur de son père au royaume de Sicile , par tous les barons attachés a sa maison. Berthold, marquis d Hoemburch, parent de l'impératrice Elisabeth , prend la tutelle du jeune prince et la régence du royaume, suivant les dernières volontés de Conrad. Il travaille à faire la paix de son pupille avec la cour de Rome ; mais le pape Innocent IV veut, avant toute chose, se mettre en possession du royaume de Sicile. Ce pontife lève des troupes à ce dessein , et leur donne pour commandant le cardinal de Sainl-Euslache , son parent. Le marquis Berthold, effrayé, ou gagné par le pape , se démet de la régence , qui est donnée a Mainfroi, prince de Tarcnte, oncle du jeune roi. Le 8 octobre, le pape se rend à Cépérano, où Mainfroi vient lui faire ses soumissions : mais bientôt après, il se brouille avec Innocent , à l'occasion du meurtre commis par ses gens , sur la personne de Borello , baron d'Angrone et favori de la cour pontificale. Mainfroi se retire a Lucera. Les Sarrasins , maîtres de. cette ville, lui fournissent un corps de troupes, qui, joint aux Allemands qu'il avait rassembles , forme une armée capable de tenir la campagne. L'an ia55, Alexandre IV, nouveau pape, suit les errements d'Innocent, et fait prêcher la croisade contre Mainfroi , pour arrêter ses progrès. Mais il ne gagna rien par là. Frédéric Lancia, vicaire de Mainfroi, ayant passé, lan 1256, le détroit, soumet en peu de tems la Sicile. Mainfroi, de son coté , réussit pareillement à réduire toutes les villes de Pouille, de Calibre et de la Terre de Labour, qui s'étaient données au pape, et n'épargne point les terres de l'église romaine. Voyant tout le royaume de Naples et de Sicile soumis à ses lois , il pense à s'emparer du trône. Dans cette vue , il fait courir le bruit que Conradin est mort en Allemagne, oh sa mère l'avait emmené. Ce bruit ayant pris faveur, les prélats cl les barons, excités par les émissaires de Mainfroi, lui font instance, l'an ia58, pour l'engager à prendre le sceptre. Après de feintes excuses, Mainfroi se rend à leurs prières.

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