MAINFROI
12S8. Mainmoi , fils naturel de l'empereur Frédéric II, qui l'avait nommé prince de Tarente, s'étant rendu a Palerme, y est couronné roi de Sicile, le 1 1 août , par trois archevêques, en présence d'un grand nombre de prélats , de seigneurs , et d'une multitude de peuple. Elisabeth , mère de Conradin , nformée de ce couronnement , envoie des ambassadeurs à Mainfroi, pour lui représenter qu'il ne peut, sans une usurpation manifeste, s'emparer d'une couronne qui appartient, par le droit de sa naissance , au prince son neveu» Mainfroi répond que la couronne de Sicile lui appartient par droit de conquête , l'ayant enlevée aux papes , qui en avaient dépouillé Conradin ; que d'ailleurs, les conjonctures ne permettaient pas de la remettre sur la tête d'un enfant qui était hors d'état de la conserver; et que, ne voulant U retenir que pour sa vie naturelle , il rassurait par U à son neveu , lorsqu'il aurait la force de la défendre. Les ambassadeurs s'en retournèrent sur ces belles paroles, chargés de riches présents. Mainfroi s'applique à faire goûter son gouvernement par sa clémence , son affabilité, sa justice et sa libéralité. Le pape, l'an 1269, lance contre lui une excommunication qui fait peu d'impression sur les peuples. L'an 1260, Alexandre IV lui tait offrir de le reconnaître pour roi , s'il veut consentir 4 rendre les biens aux exilés et à chasser les Sarrasins de ses états. Le prince accorde
344 CHRONOLOGIE le premier point el refuse le second , comptant plus sur la fidélité des Sarrasins , que la cour de Rome n'avait pu séduire ni corrompre, que sur celle des barons, dont il connaissait la légèreté. Urbain IV, successeur d'Alexandre , fait ses efforts , Tan 1262, pour empêcher le mariage proposé de Pierre, fils de Jacques, roi d'Aragon, avec Constance, fille de Mainfroi. Il y consent ensuite, par un défaut marqué de politique, sur l'assurance que Jacques lui donne de ne jamais employer les Aragonais , ni aider les Siciliens contre les intérêts du saint siège. Urbain, fan ia63, engage Charles, comte d'Anjou, frère du roi saint Louis, a entreprendre la conquête de la Sicile, après y avoir fait consentir le monarque. Béa tri x , femme (Je Charles, jalouse d'avoir le litre de reine, comme ses trois sœurs, la reine de France, la reine d'Angleterre, el la troisième, femme de Richard, frire du roi d Angleterre, élu roi des Romains, contribua, peut être autant que le pape, a déterminer son époux ; on rapporte qu'elle vendit ses pierreries pour l'aider à lever des troupes. Urbain , de concert avec Charles u'Anjoa , fait prêcher , l'an 1 264 , une nouvelle croisade contre Mainfroi. Elle eut plus de succès que la première. Un grand nombre de français, et surtout de provençaux, s'enrôlèrent dans cette milice.
Charles d'Anjou, l'année suivanlc , étant arrivé, le a3 mai, veille de la Pentecôte , par mer , à Rome, y est sur-le-champ proclamé sénateur; et, le 38 juin, il est déclaré roi de Sicile en-deça et au-dcla du phare, excepté Bénévent et son territoire, dans l'église de Latran, en présence de quatre cardinaux envoyés par Clément IV, nouveau pape qui séjournait à Pérouse (et non a Viterbc), pour y donner son agrément. Les principaux articles du serment qu'ils exigèrent préalablement de lui, furent de promettre qu'il paierait annuellement, au saint siège, un cens de huit mille onces d'or, avec une belle haquenéc blanche , et qu'il n'accepterait jamais, ni l'empire romain , ni le royaume teutoninue , ni celui de Lombardie oq de Toscane. Cela fait, il reçoit l'investiture du royaume qui lui était déféré. (Burigni, ilist. de Sici/e, t. II, p. 140 )
Les conditions auxquelles Charles d'Anjou s'était soumis , furent si religieusement observées par ses successeurs , que Charles-Quint, roi d'Espagne et des Deux-Siciles , n'accepta la couronne impériale qu après s'y être fait autoriser du pape Léon X , par une dispense solennelle. L'armée de Charfrs d'Anjou, forte de trente mille hommes, que la comtesse Béatrix, sa femme, avait rassemblés, étant armée avec elle, dans le mois de décembre , devant Rome , où ce prince l'attendait, les deux époux sont couronnés roi et reine de Sicile, dans l'église de Saint - Pierre , après avoir fait serment de fidélité et hommage-lige au pape, par cinq cardinaux qu'il avait députés pour cette cérémonie. Mainfroi, se défiant de la fidélité de ses sujets, dont plusieurs paraissaient disposés a le trahir, fait proposer a son rival un accommodement. Hetournet vers le sultan de Lvcera, votre maître, répondit Charles aux députés , et dites lui que dans peu je l'aurai mis en enfer , ou ou 'il m'aura mis en paradis. Charles donnait a Mainfroi le titre de sultan de Lucera , parce que l'empereur Frédéric avait rassemblé tous les Sarrasins du royaume dans celte ville , pour la posséder sous sa dépendance. Celle réponse fut comme le signal de la guerre, et on se prépara de part et d'autre pour la commencer. Le a6 février suivant , les deux armées se rencontrent près de Bénc-vent , dans une plaine nommée le Champ Fleuri. La bataille s'engage le même jour. Charles la gagne , autant par la trahison des Apulicns que par la valeur des Français, el Mainfroi périt dans la m£lce , à l'âge de trente-trois ans. Un historien du tenu (Malespina) raconte ainsi sa mort : Un chevalier picard , dit-il , voyant Mainfroi , qu'il ne connaissait pas , combattre avec une extrême valeur , courut à lui la lance en arrêt , pour le percer, et donna de sa lance contre la tête du cheval, que ce coup Gt cabrer avec violence. Main-' tVoi , désarçonné par c« mouvement subit, tomba a terre , cl
tut assommé à coups de massue par quelques ribavis qui accompagnaient le chevalier. Celui-ci prit l'écnarpe et le cheval de Mainfroi, et, deux ou trois jours après, il parut, avec ces dépouilles, devant quelques seigneurs prisonniers, qui, ayant reconnu qu'elles étaient de Mainfroi , demandèrent au chevalier ce qu'était devenu celui a qui cette éeharpe et ce cheval avaient appartenu. H leur répondit ce qui vient d'être raconte. On alla sur le champ de bataille, où Von reconnut le corps de Mainfroi. Comme il était mort excommunié, on l'enterra dftns une fosse creusée près du pont de Bénévent , sur laquelle chaque soldat , par pitié de son sort et par estime de sa valeur, se fit un devoir de jeter une pierre (1 ). Telle fut la fin de ce prince, digne, par ses grandes qualités, du Irône que son ambition, suffisamment justifiée par les circonstances, lui Ct usurper sur son neveu. Sa mémoire, d'ailleurs, en qualité de souverain, est a l'abri de tout reproche. Brave sans témérité, doux, clément , libéral , habile dans le maniement des affaires, il rehaussait ce mérite réel par les grâces extérieures d'une physionomie noble, d'une taille avantageuse et d'un air affable ; en un mot, il eut de quoi gagner les cœurs de tous ses sujets, si l'infidélité, qui leur était naturelle, leur eût permis, dit M. de Saint-Marc, d'avoir pour un roi qui savait régner et qui voulait les rendre heureux, l'affection qu'il méritait. • H v nous reste , dit Giannone, de grands monuments de la ma- » gnificcncc de Mainfroi ; le port de Saleme , et la fameuse » ville de Manfrédonia , dans la Rouille, à laquelle il donna
• son nom , qu'elle porte encore. Il est hors de doute , ajoute-
• t-il, que s'il n'avait point été distrait par les guerres conti- » nuelles qu'il eut à soutenir pour défendre son royaume contre » les invasions des quatre papes , il aurait donné plus de soin » et d'attentions au gouvernement politique , et aurait laissé ■ diverses autres marques de sa grandeur ». Il avait épousé , i*. Bëatrix , fille d'Amédée III , comte de Savoie ; a*. Hélène, dite aussi Sibylle, fille du despote d'Epire. Du premier ht, ■1 bissa Constance , mariée , comme on l'a dit , a Pierre d'Aragon , et Béatrix , femme de Guillaume V , marquis de Monferrat ; du second lit , sortirent un fils et une fille } Frédéric, dit Manfredin, et Béatrix, qui terminèrent leur vie avec leur mère , comme on va le voir , dans la captivité.
Les Français , après La bataille de Bénévent , usèrent de la victoire avec une fureur digne des Sarrasins. Etant entres dan» la ville, ils ne firent grâce ni a l'âge ni au sexe, et n'épargnèrent ni le sacré ni le profane, sans égard pour le pape, dont Bénévent dépendait.
CHARLES r.
1266. Charles I , comte d'Anjou et de Provence, dernier fils de Louis VIII, roi de France , et de Blanche de Caslillr, né au mois de mars taao , couronné roi de Sicile , le 6 janvier 1 a66 , dans l'église du Vatican (a) , par cinq cardinaux que le pape Clément IV avait nommés, est reconnu en cette qualité, après la victoire de Bénévent , par tous les peuples de Sicile et de Pouille. Il n'y eut que la ville de Lucera , où Hélène, veuve
(1) Cette sépulture, toute profane qu'elle était, parut encore trop honorable pour un prince que Rome avait pro»crit. L'archevêque de Cosence , irréconciliable ennemi de Mainfroi , satisfit ta haine pour lui , en obtenant du pape que son cadavre fol déterré, et fût transports' au bord de la rivière de Verde, nommée aujourd'hui Marino, rt exposé a l'injure du tenu ct de l'air, en sorte que les habitant* dn Toi» sinage n'en ont pu retrouver aucun vestige. ( Giannone. )
(a) Ce fut avant cette cérémonie que « Charles fit serment de M<?- » liléau pape, et promit d'offrir, chaque année, dans l'église de ssint . Pierre , cent cinquante onces d'or. ( M. de Burigni dit huit mille ' » onces.) Le litre original se conserve dans les archives de Saint-Pierre. ,» et l'hommage se renouvelle chaque année a Saint-Pierre, dans I» » présentation de la haquenée. » ( &J. de la Lande, Vojaft d'itéJù, lom. 11 , pag. S3o )
DES ROIS DE SICILE, de Mainfroi , s'était retirée arec son fils et sa fille, qui fit de la résistance Hélène étant passée de U, avec ses enfants, à Manfrédouia, tous trois y furent pris et enfermés dans le château de l'Œuf à Naples. L'entrée Je Charles et de son épouse dans cette ville fut d une magnificence qui surprit les Italiens, chez qui le luxe n'avait pas encore pénétré. Charles s'étant rendu ensuite a Capoue, y trouva dans le château le trésor de Mainfroi, qui était tout en or. Ayant fait vider les sacs qui le renfermaient , il ordonna d'apporter des balances pour le peser. A quoi bon des balances, dit Hugues de Baux, chevalier provençal, et arec le pied ayant partagé le tout en trois parts : Voilà ,
de l'an 1267, n'intimidèrent point Conradin, instruit, comme il l'était, que Us papes n'ont aucun droit sur le temporel des
dit-il, la part du roi monseigneur; voici celle de la reine (qui était présente ) ; et le reste pour vos chevaliers. Ce trait de grandeur d'âme plut beaucoup au roi, qui récompensa Hugues par le don du comté d'Avclliuo. On s'attendait a voir renaître l'âge d'or sous le règne de Charles ; mais la dureté de son gouvernement désabusa bientôt les peuples. Loin de diminuer les impôts, comme on s'y attendait, il les conserva tels qu'il les trouva établis, et bientôt après il les augmenta. De nouveaux officiers de justice et de finance , qu'il substitua à ceux de Mainfroi, mirent leur industrie k imaginer les moyens de ir toutes les espèces de taxes à son profit, et les exigèrent pitié. Partout on n'entendit que les voix plaintives des opprimés qui déploraient leurs malheurs présents , et exprimaient leurs regrets de n'avoir connu, qu'après l'avoir perdue, leur prospérité passée. « O roi Mainfroi, disaient ces infor-
> tunes, nous t'avons méconnu, tandis que tu nous gouvernais; » maintenant nous te pleurons, lorsque tu n'es plus. Tu nous » semblais un loup dévorant au milieu des faibles troupeaux ■ de ce royaume. Mais depuis que , par notre inconstante
• légèreté, nous sommes tombes sous la domination présente » que nous avons tant désirée , nous nous apercevons enfin
* que tu fus un agneau plein de mansuétude. Nous sentons » a présent combien était grande la douceur de ton gouver- » Bernent , comparée a l'amertume de celui d'à- présent Nous » nous plaignions de voir passer dans les coffres une partie de
> nos biens ; aujourd'hui tous nos biens , et qui pis est , nos » personnes sont la proie d'une nation étrangère ». C'est Sabas Malespina, partisan outré du pape, qui met dans la bouche des Siciliens ces plaintes. Elles ne furent pas vaines et oisives. Bientôt les principaux d'entre les mécontents concertèrent des
Cependant Conrad Capece , que Conradin avait fait général de ses troupes , étant passé en Afrique , y ramassa quelques milliers de sarrasins et d'espagnols fugitifs, avec lesquels il vint débarquer en Sicile. A leur arrivée , la meilleure partie de l'île arbore les étendards de Conradin. Les Français veulent répria révolte des Siciliens , et reçoivent divers échecs.
Charles d'Anjou était alors en Toscane, occupé à le caractère des Gibelins. Ce fut là qu'il apprit que la Sicile s'était révoltée en faveur de Conradin. Cette nouvelle ne lui fit pas néanmoins abandonner la Toscane pour retourner dans ses états, où sa présence semblait nécessaire. Plein de confiance, il continua la guerre qu'il faisait hors de chez lui : sur quoi le pape lui fit de vifs reproches, l'avertissant que s'il se laissait dépouiller d'un royaume que l'église romaine lui avait conféré, et où elle l'avait maintenu jusqu'alors à si grands frais, elle n'eu ferait pas de nouveaux, s'il venait à le perdre, pour l'y rétablir. Cependant Conradin, après avoir fait ses préparatifs, commençait à se mettre en marche pour l'Italie . à là léte de dix mille chevaux, accompagné du comte de Tyrol, son beaupère, de Louis, comte palatin du Rhin, et de Frédéric de Bade son cousin, qualifié duc d'Autriche, parce qu'il était fils d'Herman V], margrave de Bade, et de Gertrude, fille et héritière de Frédéric 11, duc d'Autriche, que Przemislas— Octave avait dépouillée de cette succession. Il arrive à Trente vers la fin d'octobre , et s'y voit arrêté pour quelque tenu , par l'opposition que formaient à son passage les villes de Lom-
mesures pour secouer le joug qui les accablait. Après s'être apurés de l'assistance des Gibelins répandus en différentes provinces d'Italie, ils se déterminent à transporter la couronne de Sicile à Conradin, fils de l'empereur Conrad. Ce prince, âgé de quinze à seize ans, était alors en Bavière auprès du dur. Olton, son aïeul maternel , et ne subsistait que par les secours de sa mère Elisabeth, remariée à Mainard, comte de TyroL Quatre comtes , Galvano , Frédéric La nu , Conrad Capece et Marin, son frère, s'étant rendus à la cour de Bavière, invitent le jeune prince à venir se rendre maître du royaume de Sicile , m lui appartenait par le droit de sa naissance. La plupart des villes impériales d'Italie le* avaient déjà prévenus par l'offre quelles avaient laite à Conradin de cent mille florins d'or, pour l engager à tenter la même entreprise. L'ambition et le courage héréditaires dans sa maison le décident à suivre la voie qui lui est ouverte , pour (aire une si belle conquête. Ce fut en vain que sa mère, craignant les malheurs auxquels il s'expo- *»'t, voulut s'opposer à celte résolution. Elle fut, à la fin, obligée de se rendre à l'avis des princes d'Allemagne, qui autorisaient de leurs suffrages le parti que son fils avait pris. Conradin prit dès-lors le titre de roi de Sicile, comme il avait déjà Pris celui de roi de Jérusalem , que personne ne lui disputait. Le pape ne tarda pas d'être informé de ce qui se passait en i^viere. U écrivit en diligence à Conradin, pour le détourner du voyage qu'il projetait de faire en Italie, et en même lems » déclara excommuniés tous ceux qui le reconnaîtraient pour roi de Sicile^ Ces défenses qu'il renouvela le jeudi-
bardie, qui
les intérêts du pape. Mais tandis qu'il
s'étudie à' les gagner, son beau-père et son oncle l'abandonnent. Celte désertion n'abat point son courage : résolu de
vaincre ou de mourir, il passe à Vérone , où il publie 1 feste pour exhorter les peuples à venir se ranger sous ses enseignes. De Vérone, après y avoir séjourné trois mois, il arrive à Pavie , sur la fin de février 1 a(58. Mais les hommes et l'argent lui manquant , il ne lui est pas possible de rien entreprendre.
Charles jugeant enfin indispensable pour lui de retourner dans ses états, quitte la Toscane pour s y rendre, et voit, en passant par Viterbe , le pape qui renouvelle en sa faveur les anathèmes lancés contre Conradin et ses adhérents. Celui-ci entre à Pise dans le tenu qu'on fulmine la bulle de sa proscription ; mais cela n'empêche point qu'il ne reçoive dans cette ville les plus grands honneurs , et qu'il n'y acquière un grand nombre Je partisanU , ainsi que dans les autres lieux de la Toscane. Oc Pise, il s'achemine vers Home, et sur sa route il traverse Viterbe. Le pape , de son palais, le voyant passer , dit à ceux qui étaient auprès de lui : V oilà un prince oui court à la mort. La pompe avec laquelle Conradin est reçu dans Borne, surpasse tout ce qu'on y avait fait à l'entrée de son rival. Ce fut à Henri de Caslille, sénateur de Borne et cousin germain, mais ennemi déclaré de Charles d'Anjou, que Conradin fut redevable de ces honneurs. Il part de Rome, le 10 d'août, avec un corps considérable de cavalerie et d'infanterie romaine, et prend le chemin de l'Abruzze , dans le dessein de délivrer Lucera, ville des Sarrasins, dont Charles avait formé le siège. Mais Charles l'avait déjà levé pour arriver avec toutes ses / troupes à Aquila. De là il se rendit dans la plaine de Saiul- Valenlin ou de Tagliacozzo, à cinq lieues du lac Fucin ou de Cclano. Ce fut là que les armées ennemies se trouvèrent en présence. Celle de Charles était inférieure en nombre à celle de Conradin , et la victoire semblait assurée à ce dernier. Mais la fortune de Charles voulut que, peu de tenu auparavant, il eût reçu à sa cour un chevalier français, nommé AlarJ de Valcri ou de Valberi, qui revenait de la Terre-Sainte, où il avait servi avec gloire l'espace de vingt ans. C'était un personnage d'une rare prudence et d'une habileté consommée dans le : , , neticr des armes. Ce fut lui qui conseilla à C.lmles de partager
[CHRONOLOGIE HISTORIQUE
! en deux corn», et de je tenir en réserve derrière un tertre, avec cinq cents des plus braves cavaliers, pour y attendre l'issue de la bataille. Le a3 août 1268, les deux armées en vinrent aux mains. On se battit avec fureur de part et d'autre, mais à la fin, comme le plus grand nombre, à égalité de courage, dit Muratori, l'emporte ordinairement sur le moindre, h-s Français et les Provençaux commencèrent à reculer et a se rompre. Charles, qui de dessus une éminenc.e, voit le désordre et le carnage des siens, meurt d'impatience de tomber sur l'ennemi ; mais il est toujours retenu par Alard, jusqu'à ce que ses troupes étant débandées, il voie ccllrs de Conradin, les unes, poursuivant les fuyards, les tailler en pièces ou les faire prisonniers, les autres s'occuper i dépouiller les morts. Alors se tournant vers Cbarles. sire, lui dit-il, 1/ est tenu, la victoire est à nous. Aussitôt Charles, avec sa troupe, fond a bride abattue sur l'ennemi en désordre, et ne lui laisse ni le tems, oi le moyen de se rallier. Une partie laissa la vie sur le champ de bataille, une partie fut faite prisonnière, et le reste chercha son salut dans la fuite. Conradin et plusieurs de ses barons , épuisés de fatigues et presque étouffés par la chaleur , avaient déjà quitté leurs casques, dans la persuasion qu'ils étaient vainqueurs. Voyant la scène toul-i coup changée, ils ne pensent plus qu'a fuir. Conradin , le jeune doc d'Autriche, les comtes Galvano et Gérard de Pesé, s étant travestis en paysans, prennent le chemin de la Maremme , dans la vue de se rendre a Pise et de la en Sicile. Ils marchèrent nuit et jour jusqu'à ce qu'ils fussent arrivés dans une terre, nommée Astura, appartenante a la maison des Frangipani , nobles romains. Ce fut la qu'ils frétèrent une barque de pêcheur pour les conduire à Sienne ou à Pise : mais (argent leur manquant pour avoir des
aux princes fugitifs qu'on recherchait, les 'fit arrêter et les envoyai Charles, qui les fit enfermer dans un des châteaux de Naples, où ils restèrent jusqu'au commencement d'octobre. Alors Charles ayant convoqué un grand parlement, auquel assistèrent des barons, des syndics «les villes et des jurisconsultes, 1 affaire du malheureux Conradin y fut soumise à l'examen. Ricobald , historien ferrarais , dit avoir apprit de Joachim Reggio, qui fut présent au jugement, que Gui de Luuno, célèbre docteur ès lois, y soutint , entr'autres jurisconsultes , avec les barons, que « Conradin ne pouvait, avec justice, être » condamné a mort, attendu qu'il était fondé en bonnes raisons
* pour chercher a recouvrer le royaume de Pouille et de Sicile, a conquis par ses ancêtres avec tant de peines et de travaux ,
• sur les Sarrasins et sur les Grecs, sans s'être rendu coupable » d'aucun délit qui dût le priver de son droit à celte succes- » sion. On alléguait contre ce prince , que son armée avait » saccagé des églises et des monastères : a quoi l'on répondait » qu'il n'y avait pas de preuves que cela eût été lait par son » ordre, et que peut-être les troupes de Charles en avaient fait » autant et même encore pis. Un seul docteur ès lois fut d'un » avis contraire, et vraisemblablement plusieurs barons gagnés » par Charles opinèrent a la mort de Conradin. Bref, le roi » Charles se déclara pour le sentiment barbare de ces sortes » de gens , dans la persuasion où il était , qu'il ne pourrait » conserver le royaume de Sicile , tant que Conradin serait en » vie. Ainsi le 39 octobre de cette année ( iaBH, et non de la » suivante, comme quelques-uns l'ont écrit), on dressa dans m la place, ou plutôt sur le rivage de Naples , un échafaud où " fut conduit le jeune Conradin qui , prévenu de son sort, avait » fait son testament et s'était confesse. Un peuple innombrable » qui était accouru a ce funeste spectacle, ne pouvait retenir » ses gémissements et ses larmes. La fatale sentence fut lue par » le juge Robert de Bari ; et la lecture fut à peine finie, que » Robert, fils du comte de Flandre (Robert de Béthune) et
» juge, en disant qu'il ne lui convenait pas de condamner à » mort un si noble et si grand seigneur. Le juge tomba mort » en présence du roi , sans que personne osât dire un mot. » Conradin laissa sa tête sur l'éenafaud ; et avant lui fut de- » collé Frédéric, duc d'Autriche. Après ces deux exécutions ,
■ vint celle du comte Gérard de Donoratico de Pise , qui se
■ fit sous les yeux du comte Galvauo , son père , à qui l'on fit
» ensuite sauter la tête Comme ils étaient excommuniés ,
» leurs corps furent inhumés en lieu profane. Divers écrivains » font mention d'autres nobles exécutés dans cette malheureuse » journée. Ainsi finit dans la personne de Conradin, la très- . noble maison de Suabe , et dans la personne de Frédéric, » celle des anciens ducs d'Autriche. Par un tel excès de cruauté, » Charles se couvrit d'une infamie universelle aux yeux non- • seulement de ses contemporains , mais de toute la postérité. » Sa barbarie fut détestée même des Français; et l'on a re—
■ marqué que dès-lors ses affaires, qui paraissaient dans le plus
■ haut point de prospérité, commencèrent i tellement déchoir, > qu'on vit pleuvoir sur lui les plus cruels revers. Enée Silrius, » qui fut depuis le pape Pie II , et divers écrivains de Naples - et de Sicile, racontent que Conradin étant sur l'échafaod, a jeta son gant, en signe d investiture , au peuple , marquant, » par là , qu'il appelait a sa succession don Pierre d'Aragoo ,
• mari de Constance , fille du feu roi Mainfroi. Mais ce sont » probablement des choses inventées pour donner plus de » couleur a ce que firent depuis les Aragonais. La nouvelle de » la défaite et de la prison de Conradin étant arrivée en Sicile, « les peuples renonçant a leur révolte, commencèrent i rentrer
• sous l'obéissance du roi Cbarles. Ce prince y ayant envoyé ■ son armée navale , renouvela la guerre sous le commande-
• ment de Gui de Montfort ou de Guillaume Létendard , et » réduisit sous ses lois tout le reste de Pile, en faisant un » grand carnage , sans distinction des coupables et des inno-
• cents. Conrad d'Antioche, chef des révoltés, ayant été mis
• en prison , fut d'abord privé de la vue et ensuite pendu avec > Nicolas Maleta. Frédéric de Caslille et Conrad Capece eurent a le bonheur de se soustraire a la fureur du roi , en se sauvant a sur des vaisseaux i Tunis. Cbarles ne borna point la sa vena geance contre les peuples de Sicile et de Pouille; il oe\aMa a leurs villes et leurs terres , fit une boucherie de ceux qu'il
• avait fait mettre en prison, établit des impôts exorbitants » sur les peuples, de ces contrées, et permit à ses français une a licence effrénée, en sorte que ses misérables sujets s'imagia naient êtee tombés dans une déplorable servitude pire que a celle qu'ils auraient éprouvée sous les barbares a. (Aim. d'ItaL , tom. VII, pp. 365, 386.) Clément IV fut lui-même
louché de ces malin urs
écrivit a Charles, mais en vain,
pour l'engager a modérer sa fureur : tant s'en faut , dit 1 annaliste d'Italie, qu'il eût conseillé, comme plusieurs malveillants l'ont prétendu, la mort de Conradin.
La reine Elisabeth , mère de Conradin , a la nouvelle de son emprisonnement , s'était mise en roule avec une grosse somme pour le racheter; mais étant arrivée trop tard, elle donna une grande partie de cet argent aux religieux du couvent del Carminé de Naples, afin qu'il priassent Dieu, à perpétuité, pour le repos de son âme. On voit encore, dans cette église, son tombeau et celui de Frédéric , son cousin. (1786.)
11 ne restait plus, en laGo,, au roi Charles d'autres villes a soumeltre dans la Pouille, que Lucera, le nid des Sarrasins. En ayant formé, cette année, le siège, il poussa celte entreprise avec tant d'ardeur et de constance, qu'après avoir réduit les habitants à se nourrir d'herbes , il les contraignit de se rendre a discrétion. Les ayant en son pouvoir, il les dispersa en diverses provinces, pour les empêcher de se réunir contre lui. Plusieu s d'enlre eux embrassèrent on feignirent d'embrasser le Christianisme. On détruisit de fond en comble les murs de la ville , et tous les déserteurs chrétiens qu'elle rrnfcr-
» gendre du roi, donua un coup d'épée dans la poitrine du mail, furent passé» au fil delépee. (Sabas Malespina, 1. 4, t»)
DES ROIS
L'avidité de Charles ne te bornait pas an pays que les droits <!<■ sa naissance ou la force de ses armes lui avaient acquis; toute l'Italie devint l'objet de sa cupidité : en quoi il fut seconde de gré ou de force, comme chef de la (action des Guelfes, par les papes. Dans cette vue, il envoya des ambassadeurs aux principales villes de lombard ic pour les inviter a se rendre un g rar >d parlement qu'il convoqua a Crémone. Ce fut la
DE SICILE. 34 T
loffue, une audience secrète dans laquelle il le prévient que « h roi Charles et les Vénitiens ont fait une ligue contre lui, - qu'on travaille à équiper une grande flotte , que le roi de • r rance ne manquera pas de soutenir le roi de Sicile, son oncle ; que le seul moyen de détourner cet orage est de
qu'il
exposa son dessein , en promettant a tous ceux qui
1 approuveraient sa protection et plusieurs grands avantages. Les Plaisantins , les Crémonais, les Parmesans, les Modénois, les Ferrarais et ceux de Rcggio consentirent , sans difficulté , a se donner a lui. Mais il n'en fut pas de même des Milanais, des Comasques, des Verceillais, des Novarraia, des Alexandrins , des Tortonais , des Turinais , des Pavesans , des Ber- Çamasques , des Dolonais cl du marquis de Montserrat. Ils voulaient bien avoir Charles pour ami , mais nullement pour martre. Ce fut da ns ce partage de sentiments que se termina le parlement sans que Charles eût pu retirer aucun fruit des Hautes idées que son ambition lui avait inspirées. {Murât.. Ann. , tom. VII, pag. 3go. )
L'an 1370, Charles conduit une flotte en Afrique, au secours de saint Louis , et aborde près de Carthage , le a5 août , presqu'au moment que ce monarque venait d'expirer. Au «•jour, il fit une action bien barbare et dont les Infidèles auraient eux-mêmes rougi. La flotte du roi de France, en revenant d'Afrique en Sicile, fut accueillie d'une violente tempête qui submergea une partie de ses vaisseaux et en obligea ilusieurs d'aller échouer sur les terres. Charles eut la cruauté le s'approprier les débris de ce naufrage, au préjudice des propriétaires , aliénant une loi du roi Guillaume 1 et la coutume, qui adjugeaient au fisc tous les effets des vaisseaux qui se brisaient sur ses côtes. En vain les Génois, qui étaient au nombre de dix mille dans cette flotte j représentèrent-ils qu'ils étaient venus a sa demande pour le service de la croisade , qu'il leur avait promis toute sûreté pour leurs personnes et leurs effets, qu'il leur avait même fait espérer d'être indemnisés de leurs pertes : le tribunal de l'amirauté fut sourd à ces remontrances et prononça la confiscation. ( Caffari , Ann. Gain. .
Lan IS178, au mois de janvier, Charles prend le titre de roi de Jérusalem , et se fait couronner en cette qualité par le
EPÇi comme ayant acquis, en décembre 1377, les droits de •rie, fille de Boémond IV, prince d'Antiocheet petite-fille d'Isabelle et du roi Jean de Brienne. Roger de San-Sevcrino , qu'il avait nommé baile de ce royaume, arrive avec six galères, " ? juin, a Saint-Jean d'Acre, prend possession de la ville « du royaume , au nom de Charles, et oblige les barons avec -secours des Templiers, à lui prêter serment de fidélité. {Voy. Boémond IV, prince d'Antioche, et Hugues III, toi' de
L'an ia8t, après la mort de Nicolas III, Charles force les Ordinaux assemblés à Viterbe, d'élire le pape qu'il voulait, cest-a-di r e un français. L'élection tomba, le aa février, sur le "r<h<ial Simon de Brion, qui prit le nom de Martin IV. Les Siciliens, cependant , gémissaient sous le poids des impôts dont Charles les accablait et sous la violence dont ses officiers usaient
^•reprend de délivrer sa patrie du joug qu'elle déleste. 11 était alors i la cour de Pierre , roi d'Aragon, époux de Constance, "Ile de Matnfroi. Par son éloquence, il persuade à ce prince de '"Mer l'invasion de la Sicile, comme d'un bien appartenant a u t^rnine, l'unique rejeton de la maison de Suabe. Il passe ensuite dans l'île , déguisé en frère mineur, pour exciter les Peuples. H n'eut pas de peine à y réussir. De là s'étant rendu » Unstanliwoplc , il obtient, de l'empereur Michel Paléo-
donnr
ce dernier de l'occupation chez lui en faisant
■ voiler la Sicile dont les peuples étaient las de la tyrannie
• française; que la chose était très-facile, si l'empereor voulait » les aider, et que le roi d'Aragon n'attendait que l'occasion » pour faire valoir les droits de la reine Constance, son épouse. » Il ajouta qu'il n'était pas nécessaire que- l'empereur armât ;
■ que, pourvu qu'il fournit de l'argent, il y avait tout sujet » d'espérer que le succès de l'entreprise serait heureux. Michel
• promit tout ce qu'on désirait. Il donna des lettres à Proa
• cida pour le pape Nicolas 111 ( ennemi du roi Charles), et
• pour le roi d'Aragon, et chargea Benoît Zacharie, un de
• ses secrétaires , d'accompagner Frocida en Europe , et d'asa surer que les mécontents pourraient compter sur trente » mille onces d'or , qui leur seraient délivrées au premier
■ besoin qu'ils en auraient pour exécuter leurs projets », (Burigni, Hist. de Sicile, tom. II, pag. 186.) L'an 1383, le 3o mars , lendemain (et non le surlendemain) de Pâques , grand soulèvement a Palermccontre les Français. Ce ne fut point, comme on le pense ordinairement, un coup prémédité. Le peuple allait tranquillement et sans aucun mauvais dessein entendre les vêpres a l'église du Saint-Esprit, située a six cents pas de la ville. Cependant , sur quelques bruits qui couraient , le commandant, Jean de Saint-Berai, avait donné ordre d'examiner s'il n'était point armé. Ce fut pour le soldat une occasion de manquer de respect aux femmes. Un français , nommé Prognel , voyant passer une jeune dame parfaitement belle, l'insulte brutalement sous prétexte de chercher si elle n'avait point quelque poignard caché sous ses robes. Aux cris qu'elle jette , son père et son mari , qui n'élaient pas loin , accourent avec leurs amis. On s'écrie dans le premier transport qu'il faut tuer ces insolents. Les bourgeois se rassemblent , tous en même teins fondent sur cette soldatesque licencieuse , dont une partie est massacrée sur la place , l'autre poursuivie dans la ville, où l'on ne mit plus de différence entre eux et les autres français ; ils sont tous dévoués à la mort sans distinction (1). La fureur alla sî loin, qu'on n'épargna ni les femmes, ni les enfants, ni même les Siciliennes qui étaient grosses des Français. C'est là ce qu'on appelle les Vipret siciliennes. Il est faux qu'a la même heure, on ut main-basse sur les Français dans toute la Sicile : il est également faux que les Parlerraitains aient alors proclamé roi Pierre d'Aragon. Ils arborèrent, au contraire, la bannière de l'église , en proclamant le pape leur souverain. Etant après cela sortis en armes, ils entraînèrent plusieurs villes dans leur révolte, telles que Palerme, Montréal, Conigion, Carini , Terrai ni , qui, peu de jours après, firent main basse sur les Français quelles renfermaient. Le 3i mars suivant, même massacre à Céphaledi , a Trapani , à Marsale et à Mazare. Les Messinois ne furent pas si prompts a se déclarer : ils le firent, néanmoins, avant la fin d'avril, en tuant ou chassant de leur ville tous les Français qu'elle renfermait. Charles reçoit à Montefiatcone, où il était avec le pape Martin IV, la nouvelle de cette révolution par un courrier que lui avait dépêché l'archevêque de Montréal. Après avoir rongé de colère , sans dire mot , la canne qu'il tenait à la main , il rompt enfin le silence, en disant qu'il laissera un terrible exemple qui désormais fera
(1) Pour < Siciliens dans le 1
et ne pas confondre avec eux le* , vu obligeait ceux qui étaient sutpects , de prononcer le mot tittri, et, a leur prononciation, on jugeait s'ils liaient naturels ou étrangers. On n'épargna, dans Palerme, d'aul Français que Guillaume de Porcelets , gouverneur de Poussoles , con»idéralion de sa justice et de sa sert».
trembler tous les rebelles. Presque ainsi I Al il mande au prince de Salerne, son (ils, <|ui était alors en Provence, d'aller à la eour et chez les grands de France solliciter des secours pour venger l'outrage fait à la nation. Il fait, en même tenu, ses préparatifs pour aller châtier les Siciliens. Comme il s'était croisé, peu de tems auparavant, avec le prince de Salerne, bientôt il se vit à la tête d'un armement épouvantable, composé de plus de cent galères, deux cents bâtiments pour passer La cavalerie, dix mille hommes d'armes et une infanterie sans nombre. (Villam, I. VII, c. 6a.) Le pape, de son coté, pour le seconder, avait publié, le 7 mai 1383 , fêle de l'Ascension , une bulle portant défense, sous les peines les plus graves, qu'il se croyait en droit de prononcer , à toutes personnes ecclésiastiques ou laïques de prêter aucune assistance aux rebelles. Il nomma de plus son légal en Sicile, le cardinal Bianchi avec plein pouvoir de traiter avec les conjurés et de pacifier toutes choses.
Charles ayant assemblé toutes ses troupes , passe le détroit et arrive, le 16 juillet, devant Messine, dont il forme aussitôt le siège. Les Messinois, dans une sortie qu'ils firent sur les assiégeants , essuient une défaite , et étant rentrés dans leurs murs, ils apprennent que le château de Melazzo a été emporte de force par les Français. Ce double revers les engage a faire Une députalion au roi et au légat qui l'accompagnait. Les députés sont très-mal reçus du monarque ; mais le légat, fléchi par leurs prières , veut bien se rendre a Messine pour entendre les conditions auxquelles les assiégés consentaient a rentrer sous l'obéissance de Charles. Elles se réduisaient à trois points: que le passé soit mis en oubli ; que le roi se contente des tributs établis sous Guillaume le Bon ; et que les Français soient exclus de toute magistrature et de toute charge en Sicile. Les seigneurs de l'armée française éuient d'avis qu'on déférât a ces propositions. Mais Charles les rejette avec hauteur, et leur en oppose trois autres ; savoir, que les taxes continueront d'être levées comme elles sont depuis son avènement au trône; qu'il lui sera libre de conb r les emplois de tout genre aux Français comme aux Siciliens ; enfin , que les Mcssinnis lui remettront huit cents otages dont il pourra dis-
5 oser à son gré. Cette réponse met le désespoir dans le cœur es Mcssinois et les détermine a manger plutôt leurs enfants que de se rendre. Le légat , voyant que sa médiation était inutile, se retire après avoir déclaré les habitants excommuniés. Le siège continue avec une ardeur incroyable , et la défense n'est pas moins vigoureuse. Charles comptait, par un assaut général , se rendre maître du pays ; mais il fut bien desabusé en vojant les assiégés fermer leurs brèches à mesure qu'elles l'ouvraient , et par la rendre ses efforts inutiles.
Les affaires de Messine étaient en cet état lorsque Pierre, roi d'Aragon , invité par une ambassade des Palermilains , arrive d'Afrique, où il avait feint une expédition pour donner le change a Charles, et vient débarquer, le 10 août, a Trapani , avec une flotte composée de cinquante galères , sans compter les autres moindres vaisseaux, et chargée de huit cents hommes d'armes avec dix mille fantassins. ( Annal, d'ital. , lom. VU.) La descente se fit le 3o août; et deux jours après, le roi d'Aragon fit son entrée dans Palerme, dont les habitants le reçurent comme leur libérateur. Pierre, par le conseil de Jean de Procida qui l'accompagnait , envoie sa flotte , sous la conduite de l'amiranle Roger de Lnria, dans le phare de Mesciae, pour surprendre celle de Charles qui n'avait personne pour la défendre. Ce dessein ayant transpiré , Charles lève promptement le siège de Messine pour repasser en Calabre, dans la crainte que son rival ne lui coupe la communication avec ses états de terre ferme. L'amirante , étant entré dans le détroit de Messine avec soixante galères, en prend vingt-neuf à Charles. Passant ensuite a Rcggio, puis a Catane, il brûle dans leurs ports quatre-vingts huissiers ou grosses barques de transport , et cria , sous les yeux de Charles , qui , désespéré , se retire a Naple», Pierre arrive à ttewioe le a (ngo le 10) 005
CHRONOLOf.IE HISTORIQUE
lobre , ei y est reçu comme il l'avait éle a Palerme. Il y fait venir la reine Constance , son épouse , avec Yolande, sa fille, et ses fils , Jacques , Frédéric et Alfonse , qui furent reçus , le aa avril 128) (Muratori, tom. Vil, pag. 447» ) » avec lu démonstrations de joie qu'un peuple sortant de l'oppression peut donner. De Naples, Charles passe en Calabre, pour contenir cette province qui semblait disposée a secouer le joug des Français. Ce fut la qu'il reçut le secours que le roi de France, son neveu , lui avait promis. C'était la fleur de la noblesse française , commandée par Pierre, comte d'Alençon , frère du monarque français , par Robert , comte d'Artois , par 1 de Bourgogne et de Dammartin, et Mathieu de Moi Le roi d'Arason . a aui Tarirent commençait a manq
rot d'Aragon , a qui l'argent commençait a manquer, a recours a la ruse pour tenir l'ennemi dans I inaction. Connaissant la valeur des Français, moins réfléchie que bouillante, il fait signifier à Charles un acte farci des injures les plus outrageantes, par lequel il le défie, pour vider leur querelle, à un combat de cent hommes contre cent hommes, et assigne, pour théâtre de la scène , la plaine de Bordeaux. Charles , sans délibérer, accepte le défi (1), et promet de se trouver à la tête de sa troupe, le 1". juin suivant, sur le terrain indiqué. Le pape, informé par Charles lui-même de cette résolution, la blâme hautement et fait tous ses efforts pour empêcher qu'elle ne s'exécute. Dans une longue lettre qu'il lui écrit à ce sujet, il lui remontre que c'était la mauvaise situation où se trouvait son rival qui t'avait engagé à proposer ce moyen de terminer la guerre, parce qu'il sent sa faiblesse et celle des rebelles, qui tremblent aux seules approches d'une armée florissante; qu'en acceptant ce combat , il perd tout l'avantage qu'il a sur l'Aragonais, qui, par là, devient son égal; qu'en s'éloignant de fa Sicile, il s expose au danger de ruiner toutes ses affaire*. Il ajoutait que c'était un faux point d'honneur de souterrl'engagement qu'il avait pris , quoiqu'il l'eût confirmé par 1 .. — .... f a u eD J u q U » un tel serment , étant téméraire et "» bien de l'église et de l'état , ne l'obligeait en au ; qu'en tout cas , il lui en donnerait l'absolutic
absolution et peine d'excommunication, de l'ob-
•eigneur alors du
traire au manière; q
lui défendrait même , sous server. 11 écrivit de plus au roi d'Angleterre Bordelais, pour le prier de ne pas permettre que le combat s* donnât sur ses terres. (Rainaldi , ad an. latM.) Mais Charles était trop entêté sur le faux point d'honneur pour se rendre aux raisons que le pape lui alléguait dans celte lettre , et qu'il lui représenta ensuite de vive voix , dans une entrevue qu ils eurent ensemble. Déterminé à tenir sa parole, il écrivit au roi de France, son neveu , pour le prier de lui faire fabriquer a Paris une armure complète pour lui et les gens qui devaient combattre avec lui; ce qui fut promptement exécuté. 11 part ensuite, laissant la régence du royaume au prince de Salerne , son fils aîné , et le commandement de l'armée aux comtes d'Alençon et d'Artois. Arrivé à Paris, il est accompagné du roi, son neveu , et d'une nombreuse noblesse , pour se rendre a Bor-
deaux. S'étant présenté au Jour assigné devant le sénéchal roi d'Angleterre, il entre dans la lice avec ses cent chevaliers, et y demeure depuis le lever jusqu'au coucher du soleil. Mais l'Aragonais n'ose paraître. Les historiens ne sont pas ici d'accord. Le» uns disent que le roi d'Aragon n'alla point a Bordeaux ; les autres rapportent qu'il s'y rendit travesti ; qu'il alla se présenter devant le sénéchal du roi d'Angleterre, auquel il protesta qu'il était prêt a combattre le roi Charles; mais qu'il ne le pouvait pas, attendu qu'il n'y avait pas de sûreté , le roi de France étant a une journée de Bordeaux avec trois mille
(1) Il y » partage entre les historiens, sur celui des deux rois qui provoqua l'autre au duel. Ceux d'Araaon prétendent que ce fui l« roi Charles. « Mait outre qu'il n'est pas 1 qu'une pareille 1
le pape Martin IV awure pnsiliv
une pareille proportion vu pape Martin IV awure poail «r la proposition du duel, a
l,ble,dit du prince le eut que le Ml
de Burigai, ■Uunt, le fil le pre-
pris ensuite rendre a V.
DES ROIS DE SICILE, chevaux, et la rille étant pleine de Français; qu'après av
du sénéchal un certificat de son exactitude a se i , il était remonte à cheval pour retourner
co Aragon.
Le pape Martin IV, prenant la défense du roi Charles , déclare le roi Pierre non-seulement usurpateur du royaume de Sicile, mais aussi déchu du royaume d'Aragon avec ses dépendances, qu'il adjuge a Charles, comte de Valois, second fils du roi Philippe le Hardi , a condition de le tenir en fief de 1 église. «Je laisse à d'autres, dit Murat,ori, à décider si ce « décret fut juste et louable. Mais ce que je sais bien, c'est
■ que les Français, qui, dans ces derniers lems, ont attaque
■ le pouvoir que s'attribuent les souverains pontifes, de dépo- » ser les rois et de disposer de leurs royaumes, reçurent à
■ baise-main ce don que le pape Martin leur fil des états d'un » autre , et firent leurs edorls , comme nous le verrons , pour » s'en rendre maîtres».
Charles, dans la même année (iaR3), fait partir de Pro vence une flotte de vingt voiles, pour aller au secours de Malte , dont le château , fidèle à ce monarque , était assiégé par les Siciliens. Roger de Loria en ayant avis , sort de Messine avec dix-huit galères, pour attaquer cette (lutte ; et l'ayant attaquée dans le port de Malte, lui livre un combat furieux, qui dura plusieurs heures, et finit par la prise de dix galères provençales qu'il amena dans le port de Messine. Les dix autres fort mal traitées par les Siciliens, s'en retournèrent en diligence au pays d'où elles étaient venues. (Murât.)
Le roi Charles, pour réparer ce revers, prépare un grand armement , a dessein de le joindre à celui qu'il avait dans la Pouille. Koger de Loria , prévoyant que le monarque se pro pose une descente en Sicile , lâche de prévenir son arrivée en provoquant a une bataille le prince de Salernc, son fils. Pour
l'y an
ircr, s'etant mis en
avec quarante-cinq vaisseaux.
tant siliciens que catalans, il va taire des courses sur les cotes du pays de Naples, et va se présenter devant le château de Saint-Sauveur sur mer, vis-a-vis de Naples. De-la, sa cliiourme, un lundi S juin 1284, commence à vomir des injures contre le jeune prince et les Français , les appelant des poltrons et des «w'gti (des lapins) , qui n'osent en venir a un combat. C'était ce que le roi Charles avait défendu a son fils. Mais celui-ci, ainsi que sa compagnie, ne pouvant tenir contre de pareilles iojures, s'embarque précipitamment, contre l'avis du légat, »or les vaisseaux qu'il trouve prêts, et tous, comme allant a
<ks noces, font vo'ile contre lés Siliciens. Roger, grand homme de guerre, feignant d'avoir peur à 1a vue de l'< nemi , gagne la haute mer ; et lorsqu'il voit sa belle , après avoir eocooragé les siens , il fond impétueusement sur l'armée opposée, dont il met en fuite la partie composée d'Apulicns cl de Sorrenlins. La résistance des Français fut un peu plus longue; fais les Catalans et les Siciliens , plus aguerris sur mer , étant ^utés dans leurs galères, en forcent dix a se rendre. Celait à la capitane que Roger en voulait principalement. Elle portait 1 étendard royal, et le prince de Saler ne la montait avec les plus distingués de ses barons. La vigoureuse défense qu'ils firent empêchant de la prendre, Roger engage un habile plongeur, nommé Agan , d'aller sous eau la percer en divers endroits. Le prince, se voyant près d'être submergé, demande un chevalier pour se rendre à lui. Roger , aussitôt s'étant approché, le reçoit dans sa galère avec ceux qui l'accompagnaient. Or, après cette défaite , il arriva, dit Muratori, une plaisante aventure, k peuple de Sorrenlo voyant passer La Hotte victorieuse, en- 'oya des députés à l'amirauté , avec des présents, pour le féliciter. Ceux-ci , étant entrés dans la capitane, prennent le prince "ptif pour le vainqueur, a la vue de la richesse de son armure, « saluent a genoux, et, en déposant a ses pieds leurs présents, lui disent : « Seigneur amirante , recevez ce petit présent que » vous offre le peuple de Sorrenlo ; et plût à Dieu que , comme * tous tenez le ûls, vous eussiez aussi pris le père ! Sachez, au
■ reste, que nous avons éie les premiers à lui tourner le ilos ». Le prince, malgré son affliction, ne put s'empêcher de rire de la méprise, et adressant la parole à l'amirauté : Per D/o, lui dit-il , che costoro sono ben fideli a monsignor il re ! • Certes, > voilà des gens bien fidèles au roi, monseigneur»! (Villani. ) Emmené a Païenne, les Siciliens veulent le faire mourir, ea représailles de la mort de Conradin; mais la reine Constance, femme de Pierre, s'y étant opposée, lui sauva la vie, et obtint en retour la délivrance de Béatrix, sa soeur, enfermée dans les prisons de Naples depuis la bataille de Béuévent. Le prince de Salerne , conduit au château de Matagiiton , y fut charge de chaînes. Le roi, son père, étant parti de Provence, apprit, dans la mer de Pise , sa défaite , deux jours après l'événement. Or , filt-ii mort , s'écria-t-il dans le premier mouvement, selon quelques écrivains, puisqu'il a failli noire mandement. Ayant débarqué à Naples avec des forces considérables, il y fait pendre cent cinquante des plus mutins, anrf s avoir hésité s'il ne livrerait pas la ville aux flammes. Il méditait une seconde vengeance contre les Napolitains, pour leur faire expier une seconde trahison, lorsqu'une fièvre violente, l'ayant saut à Foggia, l'emporta en peu de jours, le 7 janvier de Tan ia85. Charles témoigna de grands sentiments de pénitence en recevant le saint viatique. Sir Dieu, dit-il à Jésus-Christ, comme je crois fermement que vous êtes mon Sauteur , je oous prie d 'avoir pitié de mon âme. Pardotuua-moi mes péchés , puisque je n 'ai entre pris la conquête du royaume de Sicile que dans la eue du servi e de la sainte église. Son corps fut transporte a Naples, où il fut inhumé dans le superbe tombeau de marbre que la reine, sa femme, lui avait fait élever a main droite du grand autel de 'église cathédrale; mais son cœur fut porté, suivant sa dec-
iÎÀm irnLnlâ /Uns VàtAXaê* Af*a I af-sil tan* il*» la Fil» ftai tl I— .1 ItT nil
volonté, dans l'église des Jacobins delà rue Saint-Jacques is, où l'on voit encore aujourd'hui ce reste d'inscription :
mère a Paris
Le caar da grand ni Ckarlts , fat conquit Sicile.
Charles eut dans son siècle peu d'égaux en valeur ; mais il s'en fallait bien que la prudence réglât toujours chez lui cette vertu guerrière. Son ambition s'étendit a l'empire de Constantinople, en vertu d'un traité conclu entre lui et 1 empereur latin Baudouin 11 , en présence du pape, à Viterbe, le 37 mars iat>7 ; traité par lequel il fut stipulé que Philippe, fils de Baudouin, épouserait Béatrix, fille du roi , et que, dans le cas ou. Philippe mourrait sans enfants , les droits de l'empire seraient dévolus a Charles ou à ses successeurs , rois de Sicile. Le mariage s'étant accompli, et Philippe étant mort sans lignée, avant sou père, Charles se porta pour son héritier. Ce fut dans cette disposition qu'il se déclara l'ennemi de l'empereur grec , Michel Paléologoe, et qu'il traversa, autant qu'il lui fut possible, la réunion de 1 église latine à l'église grecque , objet de tant do sollicitudes et de mouvements des pontifes romains. Giannone, fondé sur trois vers obscurs du Dante (1), ose lui imputer la mort de saint Thomas d'Aquin, arrivée le 7 mars ia74i * l'abbaye de Fosse-Neuve , comme il était en route pour se rendre au concile de Lyon; et cela, dit-il, par le poison, dans la crainte que le saint docteur n'irritât l'esprit du pape contre ce
prince, par le récit de ses violences , dont il avait été témoin pendant qu'il professait la théologie dans l'université de Naples. Mais cette accusation nous paraît dépourvue de vraisemblance. Quelle apparence en effet que Charles, qui payait , suivant le même historien , une once d'or par mois à saint Thomas, pour ses leçons, en soit venu , par une appréhension très- peu fondée , au point de lui ôter la vie ? Il faut convenir cependant
(1) Ces ver» sont :
Carlo vanne in Italia , * per ammeoda Vilima fe di Corradiqo , è poi
1 per ammenda,
{Parfaite. , Csal. ao.)
CHRONOLOGIE HISTORIQUE
Sue la hauteur Je sen caractère le précipita Quelquefois dans [dans la Calabre , le i5 mai, avec son armée navale , il se rendit es actes de cruauté , dont nous avons donné aes preuves. Son I maître , à l'aide de Roger de l.oria , son amirante , de plusieurs
indifférence pour ses sujets , qu'il abandonnait a la rapacité «le ses ministres, est une autre tache de sa vie qui fut la source de tous les malheurs qu'il éprouva. Malgré ces défauts, on lui doit la justice de dire que Naples lui est redevable de sa magnificence et de sa splendeur; que, ravi de la beauté de son climat, il n'oublia rien pour l'embellir , et que , dans ce dessein, y ayant fixé sa résidence ordinaire, il obligea par-là les grands seigneurs de sa cour d'en faire autant, lesquels, à son imitation, y bâtirent de superbes hôtels, dont les jardins étaient, pour ainsi dire, plus magnifiques encore. Non content de décorer celte ville, u fit bâtir, pour la défendre, le Château Neuf ', qui passe pour la place la plus importante de toute l'Italie. Les sièges de Naples prirent leur origine sous son règne, et la cour souveraine, appelée tuvicairerU de Naples, lui doit son établissement. Il avait épousé , i°. BÉATRIX , comtesse de Provence, morte en 12(17; a°. le 12 octobre 1268, a Milan, Marguerite , comtesse de Tonnerre , fille d'Eudes, duc de Bourgogne. De la première, il eut Charles, dont l'article viendra page 3; a ; Philippe, prince d'Achaïe , mort en 1277 ; et Robert , mort en 1266 : avec trois filles; Blanche, femme de Robert de Béthune, comte de Flandre; Béatrix, mariée, le i5 octobre, à Philippe de Courtenai ; et Isabelle , femme de Ladislas le Cumain , roi de Hongrie. Charles n'eut point d'enfants de Marguerite. Celle princesse mourut a Tonnerre, le 24 septembre i3o8, dans un hôpital qu'elle avait fondé l'an I2q3, et où elle s'était consacrée , depuis cette époque, au service des pauvres.
Charles 1 joint, dans plusieurs de ses diplômes, les années de son règne de Jérusalem a celles de son règne de Sicile. I.'époque de celui-ci se prend du 6 janvier 1266 ; celle du premier est fixée au même mois 1278.