‹ L'art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques, et autres anciens monumens depuis la naissance de NotreSeigneur, par le moyen d'une table chronologiqueChapitre 533 sur 582 · PIERRE II · texte numérisé non relu

PIERRE II

1337. Pieabk, né le a4 juillet i3o5 , du roi Frédéric et d'tli'onore , succède a son père, qui l'avait associé, comme on l'a dit, au trône l'an i3ai. Les frères Mathieu et Damien Palices eurent un grand ascendant sur son esprit, et en abusèrent pour perdre ou écarter leurs ennemis particuliers. Mais «yant entrepris de brouiller le roi avec le prince Jean , sou frère, leurs manoeuvres furent découvertes: et le peuple les eût assommés, si le prince ne leur eût facilité les moyens de s évader. Ayant été mis dans une galère génoise qui était dans If port île f'.ilcnne, ils se réfugièrent a Pise. Après leur départ, on détruisit leur palais, on distribua leurs biens aux soldats , et les villes dont ils jouissaient furent données au prince Jean. Les troubles étant calmés , le roi voulut parcourir la Sicile. Mais, dans le cours de ce voyage, une maladie le surprit a Cauiibelta , près du château de Saint - Jean , et l'emporta le « août i34a. a l'âge de trente -sept ans. Elisabeth, son épouse, de (a maison de Carintbie, le fit père de Louis, qui «rit; de Jean , né l'an i33g, mort en i343 ; de Frédéric, qui 1 ci-après ; de Constance , abbesse des Clarisles a Mes-

abaltu relie du roi Louis. Le régent , dès que ses forces lui permettent de se mettre en campagne, vient se présenter devant la place, l'emporte d'emblée, et punit les chefs de la révolte , les uns par la mort , les autres par la prison ou le bannissement. Mais Jean Magna lui ayant échappé, il met sa téte à prix. Une servante qui tenait ce coupable caché dans un cofiie, le livra pour cent florins. Attaché à la queue d'un cheval , il fut traîné par les rues de Messine et ensuite pendu, (rarel , pag. 480,)

La mort avant enlevé, dans le mois de janvier «3+3, le roi Kobert , tandis qu'il préparait une nouvelle descente en Sicile, la reine-mère de Sicile et le régent crurent l'occasion favorable pour se reconcilier avec la cour de Rome. Mais les ambassadeurs qu ils y envoyèrent furent très-mal reçus de Clément VI. Ce pontife leur déclara que la Sicile n'avait point de paix a espérer tant quelle ne reconnaîtrait point pour souveraine la reine de Naples. Pour donner aux Siciliens une nouvelle marque de son indignation, il réserva au saint siège, pour deux ans, par une nouvelle bulle datée d'Avignon, le 5 mai i343 , la nomination des évéchés et des abbayes, n'exceptant que les Léoéfices dont les revenus étaient au-dessus de cinquante florins ( Rainai Ji , ad hune an. , n. 83.) Sollicité par le pape, le ministre de Naples résolut de tenter une invasion en Sicile. Le comte de Squillaxzo, chargé de cette expédition , vint débarquer avec une armée près de Messine dont il ravagea les environs. Mais le régent s'étant mis en roule pour le repousser, il ne jugea pas à propos de l'attendre, et remonta prompteroent sur sa flotte.

Les troubles qui agitèrent ensuite la cour de Naples , a l'occasion de la mort violente d'André de Hongrie , mari de ta reine Jeanne, donnèrent un grand avantage à la cour de Sicile sur lâ première. Louis, roi de Hongrie, se préparant a venger la mort d'André , son frère , le regent profita de l'inquiétude où les approches de ce prince jetaient la reine Jeanne, pour aller faire le siège de Mclazzo , où il y avait garnison napolitaine. La place, après s'être défendue l'espace de trois mois, fut obligée de se rendre faute de vivres. Cependant le roi de Hongrie arrive dans la Pouille. La reine Jeanne , craignant qu'il ne s allie contre elle avec le roi de Sicile , a recours au pape pour obtenir , par sa médiation , une trêve avec ce dernier. Elle est refusée par le monarque sicilien qui veut un traite de paix ou la continuation de la guerre. Jeanne se détermine enfin au premier parti , et la paix est signée a plusieurs conditions : i°. que Louis, en conservant le royaume de Sicile, paiera tous les ans au pape, le jour de la Saint-Pierre, la somme de trois mille onces d'or , en diminution du cens annuel dû par la reine Jeanne au saint siège ; a", que dans le cas où le royaume de

qui fut vice-reine; d'Euphémie, religieuse du même I Naples serait attaqué, le roi de Sicile viendrait a son secours

couvent , qui fut aussi vice- reine tonne d'Ampurias ; d'Eléonorc

de Blanche, mariée a Jean, femme de Pierre IV, roi

"jgrjn ; d'Yolande, qui épousa Jean II, roi deCastille; de «alnx , omise par M. de Burigni , femme de Robert le Petit,

««ate palatin du Rhin.

LOUIS

•34a. Louis, né le 4 février i338, succède au roi Pierre, M » père , sous la régence du prince Jean , son oncle. Le i5 septembre suivant , il est couronné à Palerme par l'évêcjue d'An- «revillc, dans le Péloponèse, l'archevêque de Palerme ni »»cun évéque de Sicile n'ayant voulu prendre part a cette «rciuonie, à cause de l'interdit dont le royaume était frappé. Une grande maladie qui survint au régent, peu de lems après, 1 Syracuse , releva les espérances des Palices et de leurs parti- Wn '. Jean Magna, l'un de ceux-ci, le croyant mort, court ' Messine, dont il ameute le peuple; force la maison du stra- *8°t, le tue et en fait nommer un autre à sa place. Mais au Je quelques jours , les séditieux apprenant que le régent **< revenu en santé , vont s'emparer de la citadelle de San- Wv *tor, cl arborent U bannière du roi de Naples, aprèa avoir

avec quinxe vaisseaux ; 3*. que la reine de Naples lui céderait toutes ses prétentions sur la Sicile et les lies voisines, etc. Ce traité , conclu le 4 novembre i347, s'étant fait sans l'aveu de Clément VI, ne put obtenir l'approbation de ce pontife, qui ne fit rien néanmoins pour le combattre. La peste emporta , dans le mois d'avril de Van i348, le prince Jean, régent de la Sicile, dont on ne sentit bien la perte qu'après sa mort. (Rainaldi, ad m. 1347, n. sa. )

Blase d'Alagon , son successeur dans la régence , est inquiété par les Palices que la reine-mère , leur protectrice , avait rappelés dans l'île, où ils formèrent un puissant parti. La ville de Messine s'étant déclarée pour Mathieu Palice, qui venait de perdre Damien , son frère aîné , le régent amena a Taormine le roi , dans le dessein de le transporter de la a Cataoe pour y établir la résidence de la cour. Mais cette dernière ville n'étant

fias encore délivrée de la peste dont elle avait été infectée 'année précédente, la reine crut devoir ramener le roi, son fils , à Messine. Ce ne fut, depuis, que querelles et hostilités entre les partis d'Alagon et de Palice ; les troubles qu'ils excitèrent furent tels, qu'ayant fait cesser l'agriculture en Sicile, ils y causèrent la famine. Louis de Tareote , second mari de U

reine Jeanne, profitant de ce» conjonctures, envoya, l'an i354 , une aimée pour faire une descente en Sicile. Plus de cent douze places arborèrent, dès que l'ennemi parut , les armes de Naples. Mais bientôt les orages qui s'élevèrent dans cette dernière cour, obligèrent de rappeler les troupes qui étaient en Sicile. Louis , contre l'attente générale , resta sur le trône : ce fut , à la vérité, pour bien peu de tems, la mort, l'an i355, l'en ayant fait descendre a l'âge de dit-huit ans, le iti octobre, selon Fazel, dans le mois de novembre, selon Villani , a Tige de dix-sept ans. Il n'avait point été marié : son corps fut porté à Catane et enterré dans 1 église de Sainte- Agathe. Il Lissa , en mourant . deux fils naturels , Antoine el Louis. Blase d'Alagon ne lui survécut que quatre jours.

FRÉDÉRIC 11 ou III, dit LE SIMPLE.

i355. FaÉdéhic, frère de Louis, devient son successeur a l'âge de quatorze ans , sous la régence d'Euphémie, sa sœur. Le royaume se trouvait alors dans une extrême confusion , les seigneurs siciliens étant partagés entre la maison de Naples et celle d'Aragon. L'an i35b, au mois de novembre, la ville de Messine est livrée , avec le château de Martagriton , à Louis , roi de Naples, par Nicolas Ccsaire, qui commandait dans l'une et l'autre places.

Louis et la reine Jeanne, sa femme , font leur entrée dans Messine, le a4 décembre suivant, et promettent d'en faire la capitale de la Sicile. Les affaires du roi Frédéric étant presque désespérées , il députa a sa sœur Eléonore , femme de Pierre , roi d Aragon, pour lui faire donation de ses états, a condition

Ïue ce prince lui fournirait les secours dont il avait besoin, lais les états de Pierre étaient trop agités pour lui permettre de transporter ailleurs ses forces. Le roi de Naples , résolu de terminer la guerre avec la Sicile par un coup décisif, fait assiéger Catane par mer et par terre. Le grand sénéchal commandait les troupes de débarquement , tandis que l'escadre napolitaine croisait dans le goffe , pour empêcher que rien n'entrât dans la ville. Mais Attalc d'Alagon avant attaqué celleci, remporta sur elle une victoire complète. Le grand sénéchal, consterné de cette défaite, lève le siège. La garnison catanoise le poursuit dans sa retraite, et lui taille en pièces plus de deux mille hommes, sans compter les prisonniers qui étaient en plus grand nombre. Tout le bagage fut la proie du vainqueur , et servit à enrichir les soldats et les paysans, qui s'étaient joints a eux pour la poursuite des ennemis. On ne voit point que le roi de Naples ait figuré dans cette double action. Il est cependant certain qu'il était alors en Sicile avec la reine Jeanne. (Villani, 1. VII , c. 72.) Ses affaires particulières le rappelèrent bientôt dans ses états. Mais avant son départ, il fit précipiter dans la mer plusieurs messinois , qui lui étaient suspects. Le pouvoir du roi de Naples commença dès lors à décliner en Sicile. Les Clermonts, famille puissante, qui lui avaient toujours été attachés, l'abandonnèrent en 13S7, par le conseil de Gui de Vintimille , principal ministre de Frédéric, pour revenir à l'obéissance de ce prince. Ils avaient pour ennemi Artale d'Alagon. Celui-ci s'étant réconcilié avec eux , les engagea à le seconder pour la réduction de Messine , que Frédéric désirait avec empressement. S'clant réunis, ils la prirent avec la citadelle , et en chassèrent les Napolitains. Muralori avoue qu'il ne peut fixer le tems précis où ceci arriva, l-es autres villes de Sicile rentrèrent successivement sous la domination de Frédéric.

Les cours de Naples et de Sicile , lasses de la longue guerre qu'elles se faisaient, commencèrent, l'an 1^73, à tourner leurs pensées vers la paix. Deux cordeliers en furent les négociateurs. Il fut convenu entre les deux cours, que Frédéric reconnaîtrait tenir en fief de la reine Jeanne la Sicile , s'obligerait a lui payer, a litre de cens annuel, quinze mille florins d'or, et se contenterait du titre de roi de Trinacrie, celui de Sicile étant réservé a la reine Jeanne; ce qui fui approuvé par le

pape Grégoire XL Par un des articles du traité, Frédéric devait aller à Rome faire hommage au pape. « Mais ayant représenté

• à Grégoire XI , que la situation de ses affaires ne lui périt mettait pas de s'éloigner de son royaume, le pane consentit « qu'il rendit cet hommage par procureur. Le roi de Hongrie,

• qui n'avait point renoncé & ses prétentions sur les étals tk » la reine Jeanne , témoigna beaucoup de mécontentement de > ce traité a. (Burigni.) Malgré cela, il fut ratifié par les parties et approuvé par l'évéque de Sarlat, au nom du pape, le 3i mars i3t3. Le roi Frédéric fil hommage-lige de son royaume entre les mains du même prélat, le 17 janvier 13;*, a Messine, el le même jour il épousa Antoinette de Takefte, tille de François de Baux, duc d'Andria, et de Marguerite, soeur du dernier roi de Naples. Cette princesse ne fit que paraître sur le trône de Sicile. Quelques jours après son mariage, le vaisseau qui la ramenait à Messine, avec le roi sen époux , fut attaqué par le comte Rubi, a oui le monarque avait défendu de venir en cette ville. La reine fut tellement effrayée de cet assaut, qu'elle se jeta dans l'eau pour se stuver. Elle tomba malade de cet accident, et mourut, le a3 janvier 1S74, à Messine. Frédéric , l'aimée suivante , fut sacré par l'évéquï de Sarlat , avec la permission du pape. Il pensait à se remarier lorsqu'une maladie l'emporta, le 27 juillet 1377, à l'âge Je trente-six ans. De Constance, sa première épouse, fille Je Pierre IV, roi d'Aragon (morte en juillet i3C3), il laissa une fille , nommée Marie , qu'il déclara son héritière par son testament fait peu de tems avant sa mort. Adelzreiter lui donne pour une autre fille du même lit, Elisabeth, femme d'Etienne i'Agraflé, duc de Bavière.

> Il est assez étonnant , dit M. de Burigni , que les rois de

• Naples n'aient pas conquis le royaume de Sicile, pendant » un règne aussi faible que celui <le Frédéric. Ce prince n'était « proprement roi que de nom. Les villes et les grands le mea prisaient impunément : on peut juger jusqu'où allait l'imoa lence des seigneurs , par ce qui arriva à Gui de Vintimille. a Le comte François de Vintimille , son frère, avait chasse le a gouverneur de Trapani et donné le gouvernementdexfK' a place importante à Gui de Vintimille, sans consulter le rot. a Frédéric témoigna en être fort mécontent. Gui en fut si a outré qu'il osa donner un coup de poignard au roi. L» bles- » sure heureusement ne fut point mortelle. Cet attentat n'eut

• point de suite à cause de la faiblesse du gouvernement , qui » procura au roi Frédéric le surnom de Simple. »

MARIE et MARTIN, dit LE JEUNE.

1 377. Marie est reconnue héritière du trône de Sicile apr^» la mort de Frédéric. , son père , et commence à régner sous .a tutelle et la régence d' Artale d'Alagon. Giannone remar:|ue qu'elle ne prit point d'investiture du pape , et que depuis iv tems là , les rois de Sicile n'en ont point reçu. Marie est enlevée , l'an i3;g, par Guillaume-Raymond de Moncade, <t conduite au château d'Agouste, dont il était gouverneur, dans le tems qu'elle se disposait à épouser , contre le vceu de se* sujets , Jcan-Galéas , comte de Vertus , neveu de Bernai» Visconti , et co-seigneur avec lui de Milan. De là elle fat conduite , par ordre de Pierre IV, roi d'Aragon, son aïeul, » Barcelone , pour y être élevée auprès de la reine Eléonore , a tante, fille de Pierre II, roi de Sicile. Elle épousa, le 39 novembre i3yi (1), avec dispense du pape Clément VII , Martin, son cousin germain, fils de Martin, duc de Montblanç, depuis roi d'Aragon. Mabtin, en se mariant avec Marie , prit le titre de roi de Sicile. Les deux époux s'étant embarqués , l'an t*y. pour la Sicile , avec un cortège nombreux de seigneurs ara-

Ci) C'est la date de re mariage , donnée par M. de Burigni. *' aa Muralori le suppose déjà fait en ,388 {Aumli, tout. V)|l , paj.

DES ROIS

gnnais, abordent, le a5 mars, a Trapani. La Sicile avait un grand besoin de la présence de ses maîtres, déchirée, comme elle Fêlait, par des factions, et tyrannisée par 1rs principaux seigneurs de l'île. L'arrivée de Marie et de Martin y rétablit d'abord le calme; mais ce ne fut pas pour lotie- tems. De Trapani, après y avoir fait quelque séjour, les deux époux s'acheminèrent vers Palerme , qui était dans le déparlement d'André de Clermont. Ce seigneur aurait bien voulu se maintenir dans la possession de cette ville; mais le peuple, las de ton gouvernement , ne demandait qu'à revenir à 1 obéissance de ses maîtres légitimes. Clermont ne se trouvant point en forces pour faire tète à l'armée royale , fit son accommodement avec le roi et la reine, dont il obtint une amnistie pour lui et son parti : après quoi ils firent leur entrée dans la ville au milieu des acclamations du peuple. Ce fut là qu'ils furent couronnés , dans le mois de mai i3ga.

La réconciliation du comte de Clermont avec la cour déplut singulièrement à un seigneur aragonais , favori du roi. Son nom était Caprena. Dans la vne de supplanter le comte et d'obtenir ses domaines , il l'accusa secrètement auprès du roi d'avoir de mauvais desseins conlre sa personne, et en donna pour preuve , un poignard qu'il portail contre la défense faite de paraître avec cette arme à la cour. Le comte , sur celte accusation, ayant été arrêté, fut mis à la torture et forcé par les tourments de faire l'aveu qu'on exigeait de lui. Il fut condamné à mort avec ses prétendus complices , et exécuté devant son hôtel , dans la place publique. Les biens de cet infortuné seigneur furent confisqués, et son comté de Molica fut adjugé à son accusateur, qui obtint aussi la charge de grand-amiral. Cette exécution terrible excita dans Palerme des mouvements qui déterminèrent la cour à sa retirer à Catane. ( Kainaldi , ad an. i3qa, n°. 1,2.) 1-a sédition s'étendit dans toute la Sicile, de sorte qu'il n'y eut presque d'autres villes que Messine , Syracuse et Catane qui restèrent fidèles au roi et à la reine. Les Barbares d'Afrique profitèrent de ces tems de troubles pour faire des courses en Sicile , où ils enlevèrent , dans le mois de juin i3g3 , l'éveque de Syracuse , qu'ils retinrent prisonnier l'espace de trois ans. ( Kainaldi , ibid. , n°. 3. ) Cependant le» Paierai ilains , qui avaient donné le signal de U révolte , revinrent les premiers à résipiscence. Par une députation qu'ils firent au roi et à la reine , ils promirent d'être plus soumis et plus fidèles à l'avenir. Les députés , à la tête desquels étaient les archevêques Je Palerme et de Montréal , furent accueillis favorablement , parce qu'on n'était pas en état de sévir conlre les rebelles. La reine Marie , après sept ans de mariage , accoucha , l'an i3q8, d'un fils, nomme Frédéric, qui ne lui survécut pas. Eue le suivit au tombeau le aô mai 1402 « «t fut inhumée auprès de lui à Lcnlino.

MARTIN LE JEUNE, seul.

i£oa. Martin règne seul en Sicile après la mort de sa femme, qui l'avait institué son héritier. Il épousa, l'an t4<>3, Blanche, fille de Charles III, roi de Naples. L'an 1409, il fait une expédition dans la Sardaignc, qui s'était révoltée contre le roi son père, et gagne une grande victoire, le ai juin, sur les rebelles, commandés par Guillaume II, vicomte de Narbonne. Peu de tems après , il tombe malade dans cette île, et meurt à l'Age de trente -cinq ans, le a-î juillet, à Cagliari, où il est enterré. U ne laissa que deux bâtards, un 61s, nommé Frédéric, oui fut légitimé par le pane Benoît XIII , et mourut de poison, le 39 mai 14»**, «u château de Branxal, en Aragon, où sa témérité l'avait fait enfermer; et une fille appelée Yolande, mariée deux fois dans la maison de G us man. Ce prince fit plusieurs actes de juridiction ecclésiastique, qui prouvent que (es rois de Sicile étaient en possession du droit de la monarchie de Sicile»

DE SICILE

MARTIN II , dit LE YlEUX.

1409. Martin, roi d'Aragon, succède au royaume de Sicile à Martin , son fils. H continue à la reine Blanche , sa bru , la régence, qui lui avait été donnée par le testament de son époux. L'an i4'°» il meurt le 3i mai, âgé de cinquantedeux ans, à Cagliari, dans la Sardaigne, qu'il venait de soumettre, sans laisser d'enfants légitimes. En mourant, il nomma régente la reine Blanche, sa femme. (Voy. Martin, roi d'Aragon (1). La branche des comtes de Barcelone, qui avait régné plus de six cents ans, d'abord en Catalogne, puis en Aragon, iinit dans la personne de ce prince.

FERDINAND DE CAST1LLE, dit LE JUSTE.

1412. Ferdinand, deuxième tiis de Jean 1, roi ae tille , et d'Eléonore , fille de Pierre IV , roi d'Aragon , fut élu roi de Sicile, après un interrègne de trois ans, dans une assemblée de députés du royaume d'Aragon , de relui de Valence et de laCatalogne.il avait eu cinq concurrents; Frédéric, comte de Luni, fils naturel de Martin, roi de Sicile; Mathieu, comte de Foix, gendre de Jean, roi d'Aragon; Alfonse duc de Candie; Jacques, comte d'Urgel; et le marquis de Villena, qui descendait des rois d'Aragon. Ce fut saint Vincent Ferncr qui, étant monté en chaire le 3o juin i4'â» déclara, dans une assemblée très-nombreuse , à laquelle assista l'antipape Benoit XIII, que, d'une voix onanime, les arbitres choisis pour l'élection, avaient nommé Ferdinand, second infant deCastille, roi d'Aragon et de Sicile. A ce nom, tout le peuple témoigna une joie extrême, parce que Ferdinand s'était déjà fait une grande réputation de justice et de modération en refusant le trilne de Caslille qui lui avait été offert après la mort du roi Henri, son frère, au préjudice de l'infant son neveu. La reine Blanche, veuve du ro; Martin, jouissait toujours de la régence, eu vertu du testament de son époux. Ferdinand lui confirma la régence sous le titre de vice-reine. Mais il nomma en même tems huit vice-gérents pour l'assister de leurs conseils. Câpre ra, dont nous avons parlé sous le règne précédent, n'était pas de ce nombre ; mais il portait ses vues plus haut. Pendant l'interrègne, il avait aspiré à la royauté; et pour réussir dans ce dessein, il s'était mis dans la tête d'épouser la reine, quoique difforme et beaucoup plus âgé qu elle. Mais ayant osé lui en faire la proposition , il en reçut cette réponse accablante : Ah! fi, vieux gâteux! Furieux de cet affront il assiégea la reine dans Syracuse où elle s'était retirée. Jean de Monrade étant accouru pour la délivrer, obligea Caprera de se retirer, et emmena Blanche à Païenne. Les ordres donnés par Fer» dinand aux vice-gérents, portaient cependant qu'ils travailleraient à réconcilier la reine avec Caprera. Celui-ci prévint leur arrivée en conduisant secrètement ses troupes à Palerme, où il entra de nuit sans y être attendu. La reine, qu'il comptait surprendre , n'eut que le tems de sauter de son lit et de gagner une galère dont le capitaine la conduisit au port de Sorrento. Etonné qu'elle lui eût échappé, Caprera eut, à ce qu'on pré-

fils de Jean I

de Cas-

Ci) Ce prince avait un favori nommé Bernard Caprera, «ra'il avait fait comte de Modica l'an i373 , après avoir fait décapiter à Palerme, le premier juin de cette année , pour crime de rébellion , André de Clermont, qui possédait ce comté. C'était Caprera lui-même qui avait forcé dans cette place, le 18 mars précédent, les rebelles. Il avait délivré , l'année suivante , le roi et la reine de Sicile , qu'une nouvelle révolte des Siciliens tenait assiégé dans Catane. Mai* après la mort du roi Martin , il fut arrêté prisonnier par ordre de la reine , oui le soupçonnait d'aspirer au trône. Ayant voulu s'échapper, il tomba dan* un filet' dressé devant les fenêtres de sa prison , et y resta un jour entier exposé à la risée du public. Remis en liberté, il alla , par ordre de Ferdinand , successeur du roi Martin , finir ses jours hors de la Sicile,

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CHRONOLOGIE HISTORIQUE

tend , l'insolence Je se coucher dans son lit en disant : Si je n'ai pas la perdrix, j'aurai du moins le nid. Les vicc-gérents étant arrivés a Païenne , essayèrent vainement d'engager ce seigneur a se soumettre a la reine; mais étant devenus maîtres de sa personne par adresse, ils l'envoyèrent à Barcelonne, où il fut très-mal reçu de Ferdinand. Câpre ra f par la souplesse de son génie, trouva moyen ependant de regagner bonnes grâces par la suite.

La reine Blanche, se voyant sans pouvoir en Sicile depuis l'arrivée des vice-gérenls, prit le parti de se retirer en Navarre, auprès du roi son père. Ce fut là qu'elle épousa , quelques années après, don Juan, second fils de Ferdinand, a qui elle porta en dot le royaume de Navarre.

Jusqu'au tems du concile de Constance, Ferdinand avait suivi le parti de Benoît Xlll; mais après que celle assemblée l'eut déposée, il n'oublia rien pour l'engager à donner sa démission, jusqu'à se transporter, quoique malade à Perpignan, pour vaincre son obstination. Mais il n'y gagna rien, et en s'en retournant, il mourut à Ygnalada, en Catalogne, le a avril 1416, âgé de quarante-trois ans. Son amour pour la justice lui lit donner le surnom de Juste. (Voyez son article parmi les rois d'Aragon.)

ALFONSE, dit LE MAGNANIME,

t£i6. Alfonse, Gis aîné de Ferdinand, lui succéda dans ses étals de Sicile comme dans ceux d'Aragon, avec Maiue, fille de Henri III, roi de Caslille, qu'il venait d'épouser le 39 juin de Tannée précédente. Ses premiers soins turent de travailler, d'après les mouvements que sont père s'était donnés, pour la pacification de l'église. Ses ambassadeurs au concile de Constance , desquels était chef Raymond , comte de Cardone, y ayant été reçus le 10 septembre i4t6, déclarèrent lu'ils étaient envoyés par le roi , leur maître , pour travailler l'extirpation du schisme, a la destruction des hérésies, a la réformation de l'église dans son chef comme dans membres , et à l'élection d'un pape. Ils demandaient en même tems qu'en considération des dépenses que le feu roi Ferdinand et Alfonse, son fils, avaient faites pour la paix de 1 église, on lui accordât le droit de disposer des bénéfices de la Sardaigne et de la Sicile , sans être sujet a aucune redevance envers le siège apostolique. Martin V, nouveau pape, élu dans ce concile, refusa cette grâce, et par la irrita, contre lui, Alfonse, qui reprit Benoît Xlll sous sa protection, et empêcha qu'on ne portât les choses contre lui à la dernière extrémité. L'autorité de Martin et du concile perdit , par la, beaucoup dans les états d'Aragon et de Sicile. C'était une chose fort commune alors dans ces deux royaumes, que les papes y disposassent des bénéfices en laveur des étrangers. Alfonse remédia, l'an i4'8, à cet abus par un édit qui déclarait tout étranger incapable de posséder des bénéfices ou pensions sur bénéfices dans ses états , à moins qu'il n'y eût résidé l'espace de douze ans de suite. Deux ans après, par une déclaration particulière, il confisqua tous les revenus des bénéfices qui ne seraient pas possédés par des siciliens.

Alfonse parut en »4*o> pour la première fois, en Sicile, et fit son entrée à Palerme, le la février. Dans rassemblée qu'il y tint , il reçut le serment de fidélité de tous les ordres , et jura de conserver les privilèges du royaume. Ce prince était fort mécontent des Génois , qui avaient surpris un de ses vaisseaux et jelé l'équipage dans la mer. Cet acte d'hostilité , fait en pleine paix , n'ayant point été réparé sur les plaintes qu'il en lit , il arma contre la république et fit une descente subite en Corse, au mois d'avril i4* n » avec trente galères et quatorze vaisseaux de charge. Après s'être rendu maître de Calvi , sans éprouver beaucoup de résistance , il mit le siège devant Bonifacio , qu'il espérait d'autant plus facilement emporter , qu'il savait que les yivres y ««»»««■>»:»«» *»»:•

une suspension d'armes , que les assiégés obtinrent pour quinze jours , les tira d'embarras. Une escadre de sept gros vaisseaux et d'une caravelle, étant venue a leur secours pendant cet armistice, sous les onlres de Jean Frégose, frère du doge Thomas , contraignit Alfonse de lever le siège, à son grand regret. Ce fut pendant cette expédition que Jeanne II , reine de Naples, réduite aux abois , implora le secours d' Alfonse. Antoine CarafTe, surnommé Malice , qu'elle lui députa, obtint l'objet de sa mission , sur l'assurance qu'il lui donna d'être adopté par cette princesse. Louis III , duc d'Anjou , rival de Jeanne pour la Sicile et pour Naples, étant arrivé à Gênes avant qu' Alfonse eût quitté la Corse , lui envoya, de son coté, une ambassade pour le prier de l'aider a dépouiller cette princesse. Alfonse, dont la correspondance avec Jeanne n'était point encore publique , éluda la demande de l'ambassadeur, sans expliquer ses intentions; mais il les manifesta bientôt après en faisant partir pour Naples une escadre de dix-huit vaisseaux , commandée par Raymond Péralta, accompagné d'Antoine Caraffe. Ce secours , arrivé le 6 septembre , ranima les espérances déjà presque éteintes de la reine Jeanne. Fidèle à sa parole , elle convoque le» principaux seigneurs de Naples, et , en leur présence, le 24 septembre , elle adopte Alfonse, qu'elle déclare en même lenis duc de Calabre , litre affecté à l'héritier présomptif de la couronne de Naples. Les préparatifs d'Alfonse élant achevés, il se dispose au voyage «Je Naples, nomme trois vice-rois en Sicile, et lait partir un ambassadeur pour le duc d'Anjou, avec ordre de lui dire, de sa part , que ne pouvant se dispenser de secourir la reine , sa mère , il lui déclare la guerre , s'il ne sort promptement du royaume de Naples. 11 monte sur une (lotte de vingt-six vaisseaux, et arrive à Naples au commencement d'octobre i4ai. Lorsqu'il est près d'entrer dans le palais, la reine, suivie d'un grand cortège , vient au-devant de lui, et l'ayant embrassé , elle lui fait donner , en présence de tout le monde , les clefs du château de l'ORuf ; ce qui combla de joie tous ceux qui étaient sincèrement attachés a la reine. Le grandsénéchal Caracciolt fui le seul qui ne prit point pari a l'allégrrssc publique. Accoutumé à gouverner la reine avec empire , il voyait avec chagrin que son autorité allait diminuer, par la confiance que Jeanne avait dans le roi Alfonse. Il y avait alors, en Italie, un fameux général, nommé Braccio , a qui l'on attribue la gloire d'avoir rétabli la discipline militaire dans ce pays. Alfonse l'ayant attiré dans son parti, sous la promesse de lui donner la charge de grand-connétable avec la principauté de Capoue, la reine , par le conseil de Caraccîoli, ne se pressa point de remplir cet engagement. Braccio, s'imaginanl qu'on lui manquait de parole, était prêt à s'en retourner; mais Alfonse, après une conférence qu'il eut avec la reine, lui fit donner, malgré le grand-sénechal , la principauté de Capoue , et , pour se l'attacher plus étroitement , il promit a ce grand général de lui obéir en tout ce qui concernerait U guerre. Celait l'homme dont il avait besoin' pour l'opposer i Sforce Attendolo, autre fameux capitaine , qui s'était attaché au doc d'Anjou. Braccio et Sforce luttèrent ensemble, i la tête de leurs troupes , pendant la campagne de 1421 , sans avoir remporté d'avantages marqués l'un sur l'antre. Mais , l'année suivante , Braccio eut l'adresse de détacher Sforce des intérêts du prince français, et de le réconcilier avec Alfonse et la reine , au moyen du don qu'ils lui firent de la ville de Manfrédonia.

L'union qui régnait entre le monarque et Jeanne ne subsista pas long-tems. La princesse, toujours livrée à Caraccioli, se plaignit , i sa persuasion , qu' Alfonse , après avoir soumis les villes d'Acerre, d'Averse, de Sorrento, d'Amaln el d'autres qui s'étaient révoltées contre elle, les avait obligées à lui prêter serment de fidélité ; qu'il disposait des emplois en faveur de ses créatures; el qu'il agissait en (ont sans consulter la souveraine. Caraccioli lit de plus entendre à la reine qu'elle était menacée par Alfonse d'être enlevée et transportée dans

DES ROIS DE SICILE

le même en cour savait luer la

une citadelle, d'où elle ne sortirait jamais. Dans lerns , Alfonse apprit , par une lettre de son ministre er de Rome, qu'il devait prendre garde a lui, parce qu'il qu'on attenterait a sa vie la première fois qu il irait sal reine dans le château Capouan, où elle Taisait sa résidence. Alfonse , ne doutant point que l'indisposition de la reine contre lui n'eût pour auteur le grand-sénéchal , résolut de s'assurer de sa personne, nuis sans éclat. Dans ce dessein , il convoque le sénat , sous prétexte d'une aflaire importante. Le grand-sénéchal s'y étant rendu , est arrêté dés qu'il parait et mis en prison. Alfonse veut ensuite aller trouver la reine pour justifier sa conduite ; mais il est accable d'une grêle de pierres a l'entrée du château , et obligé de se retirer après avoir couru risque de la vie. La guerre est alors déclarée entre le roi et la reine , qui met Sforcc dans son parti. Autant elle avait montre de passion pour Alfonse , autant et plus encore elle commence a le détester. Caraccioli, qui avait été rendu à cette princesse, lui conseille de révoquer, pour cause d'ingratitude , l'adoption qu'elle avait faite d'Alfonse. La reine suivit ce conseil, après avoir pris l'avis des jurisconsultes , et par acte du ai juin t^ai, l'adoption fut cassée. Caraccioli et Sforce , ne trouvant pas encore la reine assez vengée, rengagèrent à faire une nouvelle adoption en faveur du duc d'Anjou , qui , depuis la ruine de ses affaires, s'était retiré à Rome. Alfonse ne tint compte de celte nouvelle adoption, et continua de se regarder comme l'héritier présomptif du royaume de Naples.

Une affaire importante appela, peu de tenu après, ce prince en Espagne. Henri, son frère, venait d'être emprisonné par don Juan, roi de Caslille, pour avoir épousé, à son insu, l'infante Catherine, sa sœur. Alfonse, résolu de voler à la délivrance de son frère, nomme vice-roi de Sicile et de Naples, l'infant don Pierre, son autre frère, et s'embarque, le a octobre , au port de Gaëte, après avoir déclaré que son intention d était nullement de détrôner la reine Jeanne , mais d'empêcher que certaines gens mal-intentionnés n'abusassent du crédit qu'ils avaient sur son esprit. Ayant débarqué à Villefranche, il apprend que le duc , son rival , a laissé dégarnir de troupes la ville de Marseille. Sur cette nouvelle , s'étant remis en mer, il va la surprendre de nuit , et , après y avoir mis le feu , il se rembarque au bout de trois jours , emportant le corps de saint Louis, evéque de Toulouse. Arrivé en Espagne, il redemande au roi de Castille la liberté de son frère; et, sur son refus, il lui déclare la guerre. Après quelques hostilités, la paix se fait entre eux; mais elle ne fut pas de longue durée. Pendant l'absence d'Alfonse , la reine Jeanne s'etant alliée a Philippe- Marie Visconli , duc de Milan , qui dominait alors a Gênes, tait partir une flotte chargée de dix mille combattants , pour aller faire une descente en Sicile. Mais on ne voit pas que cet armement ait fait de grands progrès dans cette île. firaccio faisait alors le siège d'Aquila , place importante qu' Alfonse lui avait promise s'il pouvait s'en rendre maître. Mais , dans une sortie des assiégés, il fut fait prisonnier, après avoir reçu plusieurs blessures mortelles , le a juin i4 a 4- Ayant vécu toujours en impie, il finit comme un enragé, n'ayant voulu recevoir aucun secours ni spirituel ni temporel. (Raiualdi , ad. an. i4a4 > n - '*>.) L'antipape Benoit Xlll étant mort l'an 1424, Alfonse , attaché opiiiiiirémcnt a son parti, se déclara pour Gilles de Mugnos , que sa faction lui avait donné pour successeur. Marlio V, le vrai pape , résolu de regagner ce prince ou de le réduire , lui députa le cardinal de Foix, à qui, bien que parent d'Alfonse, l eotrée de l'Aragon fut refusée. Ce ne fut qu'après l'abdication de Mugnos, faite le a6 juillet 1 4»o, , qu'Alfonse renonça au schisme. Par un des articles de la paix qu'il fit avec Martin V, il fut dit qu'Alfonse et ses successeurs jouiraient de la dépouille des évéques de Sicile après leur mort. Pyrrhus Roccus prétend que ceci n'est qu'une confirmation du droit dont les

Gaëte. Alfonse , ne jugeant pas à propos de l'attendre , s'embarque avec onze mille hommes pour aller à sa rencontre. Les Aragonais croyaient aller à une victoire certaine , sachant que les Génois n'avaient que quatre mille hommes à leur opposer. Mais ayant commencé le combat , lorsque les deux armées furent en présence , ils éprouvèrent ce qui arrive souvent , que d'excellentes troupes de terre font mal leur devoir dans un combat de mer. Les Aragonais, n'ayant pas le pied marin ,

sous le titre de // riio diSkilia, qui s'observe encore dans le pays. 11 passe de là dans le royaume de Naples, et s'étant abouché avec la duchesse de Sessa, il l'engage a travailler à sa réconciliation avec la reine Jeanne, sur 1 esprit de laquelle celte dame avait beaucoup de pouvoir. Mais la négociation est traversée par les ministres du duc d'Anjou, qui la font échouer. Alfonse retourne en Sicile , où il apprend la mort du duc d'Anjou, son rival, arrivée le i5 novembre i434t cl celle de la reine Jeanne, qui le suivit le a février de l'année i435.

Invité par les partisans qu'il avait a Naples, dont le duc de Sessa était l'un des plus zélés, Alfonse part de Messine avec sept galères , laissant en Sicile l'infant don Pierre , pour y faire les préparatifs de guerre. Ayant abordé près de Gaëte, il y est bientôt joint par ceux qui lui étaient attachés , et conclut avec eux de faire le siège de cette place, l'une des clefs du royaume. Après avoir assemblé les troupes que l'infant lui avait fait passer , il assiège Gaëte par mer et par terre. La garnison génoise, commandée par François Spinola, se défend avec le plus grand courage. Mais la ville manquait de vivres. Le commandant en ayant fait sortir toutes les bouches inutiles, ces misérables se voyaient exposés à mourir de faim entre la ville et les assiégeants. Alfonse, louché de compassion , les reçoit dans son camp , et leur ayant donné des vivres , il leur permet de se retirer où ils voudront. Quelques— uns des siens ayant oser blâmer cet acte de générosité , il répond qu'il aime mieux n'avoir jamais Gaè'te , que d'être cause de la mort d'un si grand nombre d'innocents. Une si belle action lui acquit beaucoup de partisans. Cependant , une flotte génoise, envoyéo par le duc de Milan , était en mer pour venu- au secours de

s'embarrassaient plus qu'ils ne s'aidaient ; plusieurs mfme se trouvaient incommodés de l'air de la mer ; d'autres se laissaient

iuuiuh, ne pouvant soutenir le roulis du vaisseau. Le roi faisait des prodiges de valeur; on le voyait partout où il j avait le plus de danger ; non content d'exhorter les autres par ses discours, il les encourageait aussi par son exemple. I>j Génois . dans La chaleur du combat , s'etant attachés au vaisseau amiral, trois de ceux qu'ils avaient en réserve vinrent les renforcer. On en vint alors à l'abordage. Tandis qu'Alfonse sa défendait comme un lion , Spinola ut couper la corde qui tenait l'antenne de son grand mit, qui , tombant ave un grand fracas , pensa luer ce prince. Ce danger a peine était passé t qu'Alfonse se vit exposé à un plus grand ; un boulet ayant passé sur sa tête, le renversa sur le pont. Averti, dans le même tems , que son vaisseau faisait eau , il baisse pavillon , et fait signe aux autres vaisseaux de cesser le combat. Ayant appris que Jacques Justiniani , gouverneur de l'Ile de thio , était sur la flotte ennemie, il le lait venir, et se rend à lui. Le combat dura près de onze heures, et ne finit qu'au coucher du soleil. Celte ailaire, l'une des plus mémorables dont l'histoire fasse mention , est du 5 août 1+35. Parmi les prisonniers distingués, on compte, outre le roi , don Juan, roi de Navarre, el don Henri , ses frères ; le prince de Tare nie , le duc de Sessa , trois cent quarante autres hommes de la première qualité, et en tout près de onze mille hommes. Le butin que firent les Génois fut si considérable, qu'il enrichit plusieurs officiers et même des soldais, pour eux et leur postérité. L'armée victorieuse se rendit sur-le-champ à Gaëte , d'où , après y avoir débarqué des vivres , elle remit à la voile au

s de ce royaume 1 étaient en possession. Alfonse étant bout de deux jours, emmenant le roi d'Aragon. Lorsque ce venu, l'an i43i, en Sicile, y tait publier une pragmatique, prince approcha de l'île d'ischia, le capitaine du ~

lequel il était voulut exiger qu'il ordonnât à U ville de $e rendre ; mais Alfonse répondit hardiment qu'il n'en ferait rien, que ses ennemi* ne devaieul pas se flatter de prendre la moindre de ses villes sans éprouver une rigoureuse résistance, et que quand il aurait la faiblesse de donner de pareils ordres , il espérait que ses sujets seraient incapables de lui obéir. Luc Assereto, qui commandait la flotte, ayant appris que le discours de ce capitaine avait déplu au roi , lui eu fil satisfaction et l'assura qu il n'y avait aucune part. La piemière intention du duc de Milan était que la fl >tte génoise allât faire une drsrcntc en Sicile. Il envoya Lire part de ses vues au sénat de lignes ; mais on lui répondit que , pour réussir dans une pareille expédition, il fallait une armée de terre et beaucoup de préparatifs que le sénat n'était pas en état de faire.

Assereto n était pas sans inquiétude au milieu de sa flotte. Les officiers génois, qui le savaient plus attaché au duc de

lippe-Marie. L'amiral dissimula sa pensée avec tant d'artifice et prit si bien ses précautions , que les mauvais desseins qu'on avait contre lui ne purent s'exécuter. Ayant pris la route de Porto- Vcnere , comme s'il eût rencontra , chemin faisant , un

voulu se rendre a Gênes , il •■ petit bâtiment qui lui remit des ordres secrets du duc de Milan pour transporter Alfonse à Savone , afin d'être maître de son sort. Il fallait user pour cela d'adresse. Voici comme Assereto s'y prit. Il fit dire aux capitaines de sa flotte qu'ils eussent a rendre le butin qu'ils avaient fait , parce qu'il voulait en faire un nouveau partage plus équitable. Celte proposition les chagrina au poiut qu'ils partirent sur-le-champ pour n'y point acquiescer. C'est ce qu Assereto demandait. Le* voyant partis , il passe devant Gènes et va droit à Savone. ( Burigni , tiist. de Sicile, tom. Il , pag. 3»4-)

De Savone, Alfonse, après quelque séjour, fut conduit à Milan , où le duc Philippe-Marie Visconli le reçut avec toutes 1rs marques d'estime et de cordialité. Dans les entretiens que ces deux princes eurent ensemble , le roi d'Aragon lit comprendre au duc qu'il agissait contre ses intérêts , en prenant contre lui le parti de Réné, duc d'Anjou. • Ne voyez-vous m pas , lui disait-il , qu'en voulant maintenir sur le trône de a Naples un prince français , vous facilites a sa nation la » conquête de toute l'Italie ; que vos étals élanl les plus voi- » sins de la France, ils ne manqueront pas d'être envahis toi > ou lard par les français des que vous leur en aurez ouvert » l'entrée r C'est une réflexion qu'avait profondement gravée » dans l'esprit le duc Jean-Galéas, votre père , qui n'a |amais » redouté que cette nation ». Frappé de ce discours, souvent répété en diverses manières, Philippe-Marie consentit a lui rendre la liberté gratuitement , ainsi qu'à tous les prisonniers aragonais , et fit avec lui , de plus , une ligue offensive et défensive pour l'aider à conquérir le royaume de Naples. Informé de ce traité, l'infant don Pierre, son frère , part de Sicile avec une flotte pour le ramener dans ce royaume- Ayant été. jeté

commençaient à s inquiéter, et parlaient de se rendre, l'un accident funeste fit manquer cette expédition. L'inîtait occupe à faire tirer sur l'église de Sainte- Marie du -Carmel , où il y avait une batterie , lorsqu'un boulet de

pour le ramener dans ce royaume- Ayant été. jeté par la tempête près de Gaëte , plusieurs habitants de cette ville viennent le trouver secrètement pendant la nuit pour l'assurer qu'au moyen d'une tentative il lui serait facile de la surprendre. L'infant , profitant de cette occasion , met à terre ses troupes , qui , s'étant introduites dans Gaëte , en chasse la garnison ennemie. Alfonse venait alors de conclure son traité avec le duc de Milan. A cette nouvelle, il se met en roule pour Gaole, où il arriva le a février i436. Sa présence rétablit ses affaires le royaume de Naples , dont plusieurs places lui ouvrent i portes ; d'autres se soumettent par force.

Le roi Réné étant sorti de la longue prison où le retenait le duc de Bourgogne, arrive, le 19 mai 1+38, à Naples. S'étant ligué , le 39 août suivant , avec Michel Atlendolo et Jacques Caldora , deux fameux capitaines , et se voyant a la lite de d"

a un combat singulier, les autres i une bataille générale, afin de terminer leur querelle par un seul coup décisif. Quoi qu'il en soit , ce défi n'eut point d'exécution.

L'an (43g, Alfonse fait de vains efforts pour délivrer le ChJleau Neuf de Naples, assiégé par les troupes de Réné. La place ou il avait garnison aragooai>e , obligée de se rendre le 3+ août , fêle de la Saint - Rarlheleim , fut consignée entre les mains des amb.issadcurs du roi de I rance. Ceux - ci, mécontents du roi d'Aragon, la remirent à René. (Giomale nopotitaito.) Alfonse fut dédommagé de cette perte parla prise de Salerne, dont il investit Raymond Orsini, qu'il créa en même leuis duc d'Amalli. ( llid. ) Le recouvrement de Naples lui tenait toujours au cœur: apprenant que la jeunesse napolitaine était dans le camp de Rêne , il crut l'occasion favorable pour surprendre cette ville. Ayant bloqué le port par des vaisseaux pour empêcher d'y faire entrer des vivres par mer, il partagea son armée de terre en deux corps ; il en donna l'un à don Pierre , son frère , et se mil a la tête de l'autre. Déjà les habitants commençaient à s'inquiéter, et parlaient de se rendre, lorsqu'i fant était Mont-Carmel ,

canon, partit de U, lui frappa la tête et la brisa de façon qu'on ne put la retrouver. Cet événement est du 17 octobre i4%- Le prince n'avait que vingt- sept ans. Sa mort causa une consternation générale dans l'armée , dont il avait mérité l'estime et rattachement par sa valeur et sa bonté. La reine Isabelle , femme de Kéné , l'honora même de ses larmes. Alfonse , malgré sa douleur, voulut donner l'assaut le lendemain , mais une pluie furieuse qui survint ne le permit pas; comme elle dura plusieurs jours , ce contre - tenu , joint aux approches de l'hiver , l'obligea de lever le siège au bout de trente - six jours. Il ne demeura pas néanmoins oisif le reste de la campagne. Les intelligences qu'il avait dans Acerra, ville importante de la Terre de Labour, lui valurent , presque sans peine, la conquête de celte plarc , d'où il alla se présenter devant Naples , qu'il réduisit avec la même facilité. Mais la citadelle étant demeurée fidèle au roi Réné, il fut obligé d'en faire le siège, qui l'occupa l'espace de trois mois. L'ayant emportée de force , il marcha contre Averse , dont la citadelle lui opposa une résistance encore plus forte que celle d'Acerra. Tandis qu'il en faisait le siège, le roi Réné, par le conseil d Antoine Caldora, fils du général Jacques, se jela, pour faire diversion, dans la Pouille qu'il soumit en peu de tems. Cette complète lui ouvrit la route de Bénévent. Alfonse , apprenant qu'il y dirigeait sa marche, prend une partie de son armée , et va droit à l'ennemi. Il y eut à la rencontre une action assez vive, qui se termina par la retraite de Réné. Ce prince, soupçonnant Caldora de l'avoir trahi dans cette occasion , prit le parti de le faire arrêter. Mais les ofliciers demandèrent si hautement la liberté de ce général , que Réné se vit obligé de l'accorder. U fit plus ; il voulut , mais en vain , fàir* satisfaction à Caldora. Outré du traitement qu'il venait de recevoir , ce général quitta le service angevin pour embrasser celui du roi d'Aragon. Ce fut une acquisition qui flatta beaucoup ce dernier. Caldora , pour lui donner une preuve non équivoque de la sincérité de son attachement , engagea le gouverneur d* la citadelle d'Averse , son ami , de se rendre ; ce qui fut exécuté après sept mois de siège. Caldora ne demeura pas plus fidèle au roi d'Aragon , qu'il l'avait été au roi Héné. S'étant réconcilié avec celui-ci , il le trahit de nouveau et rentra dans le parti d'Alfonsc , auquel il livra la citadelle de Bénévent. Ces diverses trahisons le firent tomber dans un mépris général. Ne trouvant plus d'emploi chez aucun prince, il alla cacher » honte à Jesi , dans la Marche d'Ancdne , où il mourut sans considération. (Cotlenutius , Itist. neupolit., liv. VI. )

Les affaires d" Alfonse allant toujours en prospérant daosle

.„,„,,... , ... , ^ ... ™^ I royaume de Naples , ce prince, l'an iW't «■

huit mille hommes, il envoie défier Alfonse, les uns disent [vcaiiture au pape Eugène IV. Le pontife Tayaut refusée, Al-

demanda l'in-

DES ROIS DE SICILE

fonse se tourne, l'année suivante, du côté du concile de Bile , alors brouille avec Eugène , mais sans se déclarer pour l'antipape Félix, que celte assemblée lui opposa. Pour intimider néanmoins Eugène, il engagea le concile, dans le mois d'octobre 1 44 1 1 à lui envoyer une ambassade, espérant par là obtenir de hélix ce que son compétiteur lui lefusait. Eugène, peu eflrayé de cet artifice, rassembla le plus de troupes qu'il lui tut possible, pour les faire passer dans le royaume Je Maples au secours de lieue. Mais cette armée, commandée par le cardinal de Tarcnte et le comte de Tagliacouo , ne fit aucun exploit mémorable. Le cardinal , peu propre aux opérations militaires, conclut la même année, une trêve avec Alfonse, après quoi il s'en retourna dans la Campagne de Rome.

Celle retraite fut la ruine des affaires du roi René. Bientôt après, le prince Ferdinand , (ils naturel d'Allonse , arrive, par ordre de son pire , avec une forte armée devant Naples , dont il forme de nouveau le sié^e. La ville étant mal approvisionnée , la disette ne tarda pas à s y faire sentir. Cependant les .Napolitains . par haine des Aragouais, étaient déterminés à se défendre jusqu'à la dernière extrémité. Déjà l'eau commençait à leur manquer, par le soin qu'avaient eu les assiégeants de couper l'aqueduc qui la fournissait , lorsque deux maçons ayant ete pris dans une sortie des assiégés , indiquèrent au prince Ferdinand uu vieil aqueduc qui communiquait à un puits situé au milieu de la v ille , mais alors dépourvu d'eau. Le roi d'Aragon , à qui Ferdinand fit part de cette découverte , partit d'Averse , où il elait alors , pour se rendre au camp de Naples. Trois cents soldats déterminés qu'il introduisit dans l'aqueduc un vendredi , la nuit du i". au 2 juin, étant cnlrésdansla place, forcèrent la porte qui répondait au camp des assiégeants, dont la place fut bientôt remplie. Les assiégés , après s'être défendus pendant quelques beures , le roi René à leur têle , mirent bas les armes , après quoi la ville fut pillée dans l'espace de trois heures. Alfonse ayant laii cesser ce desordre, le calme fut rétabli dans la place. Le roi René ayant échappé aux vainqueurs , se rendit en diligence auprès du pape Eugène à Florence, pour se lamenter avec lui de son malheur. Eugène, pour le consoler, lui donna une belle investiture du royaume de Naples, avec laquelle il reprit, après trois mois de séjour , la route de Provence. Peu de jours après, Alfonse se rendit maître du Château-Capouan et du Château-Neuf, et le ai juin, il se mit en marche avec son armée contre Antoine Galdora , qui , le 28 du même mois , étant uni avec Jean , frère du fameux François Sforce , osa lui livrer un combat où son armée fut mise en déroute et lui-même (ait prisonnier. L'année ne finit pas , qu'à la réserve de Tropea et de R e 6g'°« 'oui le royaume de Naples tomba au pouvoir d'Alfonse , prince , dit Muratori , libéral envers ses amis , clément envers ses ennemis , et faisant bonne justice à tout le monde.

traité signé le i4 juin i443, à reconnaître Eugène pour un vrai pape , à rappeler ses sujets ecclésiastiques qui étaient alors au concile de Bile, et à ne pas souffrir que trois d'entre eux, élevés au cardinalat par Félix, jouissent de cet honneur dans ses états. Il promet de plus , d'armer six galères pour être jointes â la tloltc pontificale destinée à faire la guerre aux Turcs. Ixs

Hist. de

{Annali. d'Ilal., tom. IX, pag. igS-igb; xKingni , Sui/e , tom. 11 , pag. 33 1 -33a. )

H restait encore au milieu de l'Italie un ennemi redoutable au roi Alfonse; c'était le pape Eugène. Tous deux paraissaient déterminés à ne plus garder entre eux aucun ménagement. Eugène menaçait de rendre un jugement solennel par lequel il déclarerait Alfonse déchu de tout droit aux royaumes de Naples , de Sicile, de Corse et de Sardaigne. Alfonse, de son c Aie, se préparait à conclure avec le concile de Bile un traité , par lequel il embrasserait l'obédience de Félix V , à condition que celui-ci lui donnerait l'investiture du royaume de Naples, avec promesse de deux cent mille pièces d'or. Mais Eugène, voyant les affairées du roi Réné desespérées, crut, après y avoir mieux réfléchi, que la bonne politique demandait qu'il fit son accommodement avec le roi d'Aragon- Dans cette disposition , il nomma son légat le cardinal Louis, patriarche d'Aquilée, pour aller traiter avec Alfonse à Naples. Ce prélat étant arrivé à Priverno , députa de là au roi d'Aragon pour lui notifier l'objet de son voyage. Alfonse vient au - devant de lui jusqu'à Terratinc , et , après de longues et vives discussions, il consent , par

légat, de son coté, s'engage, aunomdu pape, à reconnaître Alfonse pour roi de Naples, à lui donner l'investiture de ce royaume, et à le décharger de tout ce qu'il pouvait devoir au siège apostolique. ( Raiualdus, ad an. i44^, n. à.) Ce traité , conurmé par une bulle datée de Sienne, le 6 juillet suivant, fut exécuté fidèlement de part cl d'autre.

Le nom d'Alfunse était si célèbre dans l'Europe , que l'empereur Frédéric II étant venu, l'an 14^2, à Rome pour s'y laire couronner avec Eléonore de Portugal , sa femme , ne voulut point quitter l'Italie sans avoir eu la satisfaction de voir un prince dont la renommée parlait si avantageusement , et qui d'ailleurs était oncle de l'impératrice. Quelques-uns de ses courtisans lui ayant représenté qu'en faisant à ce prince une première visite,' il compromettait sa dignité: Il ne s'agit point ici du cérémonial , répondit-il , c'est au mérite personnel, et non pas au rang que je veux rendre hommage. Prévenu de celte visite, Alfonse ne négligea rien pour préparer à l'empereur une superbe réception. Il alla au devant de lui à trois milles de Capoue , et l'ayant amené à Naples , il y donna des fétes et des tournois qui durèrent pendant tout le séjour que les Allemands firent en celte ville. Les marchands eurent ordr e de donner gratuitement tout ce que ces étrangers leur demanderaient, et lurent rembourses sur les mémoires qu'ils présentèrent au roi. On érigea , dans Syracuse, à l'empereur, une statue qui subsista jusqu en i53o. (Murât. Annali , tom. IX , pag. 44^ 1 Burigni , Hist. de Sicile , tom. Il , p. 34a. )

L'an i456, le royaume de Naples éprouva , le 5 décembre et les jours suivants , un des ptus terribles tremblements de terre dont l'histoire fasse mention. Plusieurs églises , plusieurs tours et plusieurs maisons particulières de la capitale furent renversées par cet accident , et près de vingt mille personnes y périrent. La même secousse agita les villes de Benévent , de Brindes, d'Ascoli, d'Ariano, de Campobasso , d' Avell'uio , de Cumes , de Nocera, de Gaè'te cl d'autres qu'elle renversa en grande partie avec perle d'un grand nombre d'habitants. ]/s roi Alfonse entendait la messe à Saiut-Scverin de Naples lorsque ce malheur commença. Tout le monde prit la fuite, et le prflre lui-même quitta l'autel. Mais le roi , sans témoigner aucune frayeur, le relient cl l'oblige d'achever le saint sacrifice.

La guerre entre Alfonse et les Génois durait depuis longtems , au grand regret du pape Calliste qu'elle avait empêché de porter ses armes contre les Turcs. Bernard de Villcmain t amiral de Sicile , bloquait le port de Gênes avec une (lotte de vingt navires et de dix galères. Réduits à l'extrémité, les Génois offrirent leur ville au roi de France, Charles VII, qui l'accepta. Jean d'Anjou, Gis du roi Réné, que le prince nomma pour son lieutenant à Gênes, y trouva les choses dans un état déplorable. Une armée de mécontenls , à la tête desquels étaient les Fiesques, les Spinola , les Adornes, pressait la ville par terre. On ne voyait aucune ressource pour cette malheureuse république , lorsqu'Alfonsc fut frappé de sa dernière maladie. Elle dura quarante jours , au bout desquels il mourut un mardi , 27 juiu 14S8, à l'âge de soixante-trois ans huit mois et vingtsept jours. A peine était-il mort, que la flotte sicilienne , qui fermait le port de Gènes , s'éloigna , et que l'armée des rebelles se dissipa.

« Alfonse, dit M. d'Egly, par ses grandes actions , par s» » clémence et sa justice, par sa valeur infatigable , sa fermeté » au milieu des disgrâces, sa modération dans la prospérité, a » mérilé le surnom de Magnanime que l'histoire lui donne. Il oignit à ces vertus héroïques une politique profonde, mie bienfaisante cl libérale: on quittait rarement sa cour

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CHRONOLOGIE HISTORIQUE

sans obtenir ce qu'on lut demandait ; il aimait mieux différer ses grâces que de les refuser. Il favorisa la religion et enrichit les églises d'ornements précieux. Magnifique dans ses ameublements et dans les cérémonies , et simple dans ses habits , toujours sobre , il ne fit jamais d'excès dans le boire ni dans le manger; il buvait son vin mêlé de beaucoup d'eau. Ses discours étaient ornés , semés de traits vifs et ingénieux : son amour pour les sciences et la protection qu'il leur accorda lui ont mérité les éloges d'un nombre prodigieux d'historiens. Il fut savant lui - même dans la théologie , les mathématiques , l'histoire , la jurisprudence , et très-verse dans la connaissance des poëtes. H avait un respect singulier pour ■ Tite-Live , et portait toujours dans ses voyages, au nombre » de ses livres, les oeuvres de ce grand homme et lescommen- » taires de César. On prétend qu'il a traduit en espagnol les » épltres de Sénèque ». Pour tempérer cet éloge, il faut ajouter avec Muratori, que son ambition était démesurée , que ses mœurs étaient lascives jusqu'au scandale, qu'il accabla ses peuples de tailles et de gabelles , qu'il voulut trancher du pape d.ms ses états jusqu'à vendre les bénéfices , si l'on s'en rapporte à quelques écrivains. Saint Antonin, qui vivait alors, dit qu'en mourant il chargea son successeur de tenir une conduite différente de la sienne dans son gouvernement , et de supprimer tous les impôts établis de son tenu pour s'en tenir aux anciens. Son corps , déposé dans l'église Je Saint-Pierre . martyr à Naples , fut transféré depuis en Espagne , cl inhumé dans IVglise cistercienne dè Poblet, en Catalogne. Il n'eut point d'enfants de Marie , son épouse , fille de Henri III , roi de C-isiille , laquelle ne mit jamais le pied en Italie , tant elle vécut mal avec son époux. Mais il eut trois bâtards: Ferdinand, qui fut roi de Naples; Marie, femme de Lyonel, marquis d'Est et duc de Ferrare ; et Eléonore , mariée au duc de ScçM. ( V«y. AlfonseV.rwJ'^û».)

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