ROIS DE NAPLES
CHARLES II
ta85. Chables II, dit le Boitevx , prince de Salerne,
succède , dans b prison où il était détenu en Sicile , à Ourles I , son père * dans le royaume de Naples, et dans ses prétentions k celui de Sicile. Robert II « comte d'Artois, gouverne Tétai pétulant sa détention, en qualité de régent, avec le cardinal ae Sainte— Sabine, nommé légat dans le royaume par le pape Martin IV. Au mois d'octobre de la même année (laoi), Charles est transféré de Sicile au château de Xativa , près de Valence en Espagne , où il arrive après la mort du roi Pierre.
Edouard , roi d'Angleterre, étant arrivé l'an 1387 , de Gascogne en Catalogne , pour y traiter de la délivrance du roi Charles 11 avec le roi Jacques, il fut arrêté entre eux que la Sicile , avec Rcggio , dans la Calabre , resterait au ro va unie de Sicile , et que le» Français renonceraient au royaume d'Aragon, que le pape Martin IV leur avait adjuge après avoir excommunié le roi Jacques. Mais Honoré IV ayant annulé ce traité, par son bref du 4 mars ia86, les hostilités continuèrent. Deux frères , qu'on ne nomme pas , s'étant présentés la même année a Robert , comte d'Artois et régent du royaume de Naples, pour s'offrir de faire révolter la petite ville d'Agouste, ce prince crut ne devoir pas négliger 1 occasion qui se présentait de faire cette conquête. Quarante galères , remplies de soldats , étant parties de Brindes le 1". mai, par ses ordres, vinrent se présenter devant Agoustc , qu'elles emportèrent sans peine avec le château. De là , elles tournèrent la proue vers Sorrcnto , ce que le roi Jacques ayant appris , il donna ordre a Roger de )-oria , qui depuis peu avait débarqué de Catalogne à Messine , de lui rassembler le plus qu'il pourrait de vaisseaux. S'étant mis a la tète de cette flotte , il alla faire le siège d'Agouste , dont il se rendit maître par famine, le aii juin de la même année. I-oria , de son cote , sachant qu'il se faisait un grand armement contre la Sicile, attaqua le même jour, devant Caslcllamare, la flotte napolitaine , et prit sur elle quarante-quatre vaisseaux, dans lesquels , après un Furieux combat , il fit prisonniers Phi-
DES ROIS DE NAPLES. 3 7 3 s'étaient introduits pendant l'interrègne. Mais Jacques, roi de Sicile . qui se croyait lésé par la capitulation faite avec Alfonse, son frère , ne tarua pas a déclarer la guerre à Charles. Celui-ci , l'an 1391 , fait la paix, dans la ville d'Aix en Provence , avec Alfonse, roi d'Aragon , qui promet de ne point aider Jacques, son frère , dans la défense de la Sicile. L amiranle Roger de Loria , qui avait abandonné Frédéric, frère et successeur de Jacques , pour se donner a Charles II , fait l'an 1398, une descente en Sicile, à la tête d'une puissante flotte , accompagné de Jacques, roi d'Aragon. Ils prennent quelques places, qu'ils sont bientôt obligés d'abandonner après une victoire navale, remportée par les Mcssinois , sur Jean de Loria , neveu de l'amirante. Le roi Jacques, l'année suivante, ayant fait un armement plus considérable , se remet en mer avec le prince de Tarante et l'amirauté de Loria. Les Siciliens viennent les attaquer avec quarante galères , à la hauteur de Naples, et sont entièrement défaits le 4 juillet. Le roi d'Aragon, après celte victoire, va débarquer en Sicile; mais voyant Frédéric, son frère, sur le point de sa ruine, il se retire, prétextant des affaires qui le rappelaient en Aragon. Le duc de Calabre et le prince de Tarente , son frère , continuèrent la guerre dans l'île , dont ils soumirent plusieurs places. Frédéric , ayant joint le second dans la plaine de Formicara , lui livre bataille et le fait prisonnier avec presque toute sa troupe. Cet avantage rétablit les affaires du roi de Sicile.
L'an i3oq, le roi Charles II meurt à Cassanova, près de Naples, le b ou le 6 mai, à l'âge de soixante-trois ans, après en avoir régné vingt-trois ; prince, dit Muratori, qui n'eut point d'égal pour sa libéralité, sa probité, sa clémence; vertus qui le firent extrêmement regretter de ses sujets, et principalement des Napolitains , qu'il avait comblés de bienfaits et dont il avait
l'ppe , fils
uAvellino , les comtes de Brienne , de Monopelia, de Join ville . et un grand nombre de barons qui se rachetèrent à prix d'argent. £Villani , liv. vu, c. 116. ) Enfin , l'an 1288, le roi d'Angleterre étant revenu à la charge pour la délivrance du roi Charles , s'y employa si efficacement , qu 'Alfonse , roi d'Aragon , dont les états étaient menacés par les Français , consentit a l'accorder, dans une entrevue qu'ils eurent a Oleron, dans le Béarn , aux conditions suivantes ; savoir , que Charles donnai pour otage , au roi d'Aragon , Irois de ses fils , qui furent Louis le second, Robert le troisième et Jean le huitième, avec soixante nobles provençaux; qu'il payai trente mille marcs d'argent pour sa rançon ; qu'il engageât Charles de Valois a se désister de ses prétentions sur la couronne d'Aragon ; qu'il abandonnât la Sicile au roi Jacques, frère d'Alfonse, etc. ; toutes conditions qui devaient s'accomplir dans l'espace d'un an , faute de quoi Charles devait retourner en prison. Cette capitulation *jant été envoyée à Riéti , la cour de Rome la rejeta. Mais on convint ensuite de la modifier , en laissant subsister l'article qui concernait la Sicile.
Charles fut donc remis en liberté dans le mois de novembre »3o8, et ce fut alors qu'il prit le titre de roi de Naples. De Catalogne, il se rendit a la cour de France , pour y conférer sur l'exécution de ses engagements. 11 y fut reçu , du roi Philippe le Rel , avec de grandes démonstrations de joie et d'amitié. Mais •ors qu'il proposa au comte de Valois , frère de ce monarque , de renoncer a la couroune d'Aragon , que le pape lui avait accordée , il 1» trouva entièrement opppsé a ses désirs. Ne pouvant rien obtenir de lui à cet égard, il quitta la France, l'année suivante, pour retourner en Italie, et arriva le 3 mai iaKy à Florence, d'où il se tendit a Kieti , 'auprès du pape Nicolas IV, qui le couronna le 39 mai (jour de la Pentecôte), roi de Sicile, de Fouille et de Jérusalem, avec la reine marie, sa femme. Naples, Quelque 4 jours après, le reçoit avec une joie inexprimable , qui 'ut justifiée par le soin qu'il prit de réformer divers abus qui
du comte de Flandre , Raimond de Baux , comte
cence sans exemple dans ses habits; sans parler, dit-il, de sa laideur et de la difformité de son corps. Son cadavre fut transporté aux Dominicains de la ville d'Aix , en Provence, où il est conservé dans un cercueil de bois de cyprès, dans lequel se trouve aussi, dit-on , son sceptre de fer. (Expilli. ) Ce prince eut de son épouse Mame, fille d'Etienne V, roi de Hongrie, ( morte le 35 macs i3a3), neuf fils et cinq filles. Les fils sont: Charles- Martel, roi de Hongrie; Louis, évêque de Toulouse, mort en odeur de sainteté , le 19 août 1397 ; Robert , qui suit ; Philippe, prince de Tarente , empereur titulaire de Constantinople , du chef de Catherine de Valois, sa deuxième femme, mort l'an i33a; Raymond- Bérenger , comte de Provence, décédé sans alliance , le 3 octobre i3o5; Jean , mort jeune; Tristan, prince de Satcrne, mort jeune ; Jean, prince de Morée, tige des ducs de Duras ; et Pierre , dit Tempête, duc de Gravina, mort le 39 août «3i3, a la bataille de Monte-Catino. Les filles sont: Marguerite, femme de Charles de Valois; Blanche, mariée à Jacques 11, roi d'Aragon; Eléonore, femme de Frédéric, roi de Sicile ; Marie, épouse de Sanche , roi de Majorque; Béatrix, mariée, i\ avec Azzon VIII, marquis d'Est et de Ferrarc, 3'. l'an 1309, au plus lard, avec Bertrand de Baux. Charles II laissa aussi un bâtard nommé Galéas.
Nom remarquerons ici que les rois de Naples, depuis le démembrement de la Sicile, ont toujours pris le titre de rois de
Sicile, cl jamais celui d 'île que le titre de ro
le Na
aptes , ne donnant aux possesseurs de que le litre ue roi de Trinacrie. Encore aujourd'hui, le prince qui possède ces deux royaumes, se qualifie roi des Demis ici les.
Ce fut sous le règne de Charles II, et vers l'an i3oa, que Flavio Gioia. bourgeois d'Amalfi , ayant observé cette merveilleuse propriété que l'aimant communique à une verge ou aiguille de fer de se diriger constamment vers les pôles, construisit l'instrument si utile, qu'on appelle compas de manne, ou la boussole. On sait combien il a contribué a la navigation.
CHRONOLOGIE HISTORIQUE
« Quoique l'usage de la boussole mît les Italiens en état d'exé- » cuter avec plus de promptitude et de sécurité les petits » voyages qu'ils étaient accoutumés de (aire, cependant celte » nouveauté n'eut pas une influence assez subite et assez géné- » raie pour exiler sur-le-champ l'esprit de découverte et faire u entreprendre des navigations hardies. Plusieurs causes con- » coururent à empêcher cette invention utile d'avoir tout son a effet. Les hommes n'abandonnent que lentement et avec a répugnance leurs anciennes habitudes. Ils craignent les nou- » vclles tentatives et ne s'y livrent qu'avec timidité. Il est prou bablc aussi que la jalousie de commerce engagea les Italiens a » cachrr aux autres nations l'heureuse découverte de leur com- * patriote. On n'acquit que par degrés l'art de naviguer avec la >• boussole avec assez d'habileté et de précision pour inspirer » une entière confiance dans sa direction. Les marins, accou- » lûmes a ne jamais perdre de vue la terre , n'osèrent pas tout m d'un coup s abandonner au milieu des mers inconnues. Ainsi » ce ne fut que près de cinquante ans après la découverte de ■ Gioia que les navigateurs se hasardèrent à entrer dans des
été
; qui n'avaient pas encore été fréquentées. ( Robertson , d'Amérique , tom. I, pag. 7 ) Au reste, tel a ' » souvent , dit le même auteur, le destin de ces illustres bien- » faiteurs de l'humanité , qui ont enrichi la science et perfecm lionne les arts par leurs inventions, qu'ils ont retiré plus de a gloire que d'avantages des heureux efforts de leur génie. m Mais le sort de Gioia a été encore plus cruel ; car l'inattention
» ou l'ignorance des écrivains contemporains l'a privé
» de la célébrité a laquelle il avait de si justes droits. Ils ne
a nous ont laissé aucune lumière sur îi profession, sur son
» caractère, sur le tenu précis où il fit cette importante décou-
» verte , et sur les hasards ou les observations qui Yy ont con-
» duit. Les annales de l'esprit humain ne nous offrent aucun
» événement qui ait produit de plus grands effets que cette
» invention , dont la connaissance nous a été cependant trans-
a mise sans aucune des circonstances qui peuvent satisfaire la
» curiosité qu'elle doit naturellement —-s»— -
ROBERT , dit LE SAGE et LE BON.
1 luriscoi
suites ayant décidé que b représentation n'avait point lieu dans le royaume de Naples. Charobert souffre impatiemment cette préférence , qu'il regardait comme un passe-droit , et envoya des ambassadeurs à la cour d'Avignon pour y plaider sa cause. Mais celui de Robert y défendit celle de son maître avec tant de force, que le pape Clément V prononça en sa faveur. Robert suivit de près son ambassadeur , et fut couronné dans Avignon , un dimanche , 3 août i3oq. Il quitta la Provence, après y avoir fait plusieurs règlements utiles, et arriva en Italie au commencement de juin i3io. Son arrivée combla de joie les Napolitains, qui lavaient déjà vu manier avec sagesse les rênes du gouvernement sous le règne de son père. Le pape, l'an 1 3 1 1 , le nomma son viraire dans la Romagne, pour I opposer à l'empereur Henri VII, qui, s'élant rendu sur la (in Je l'année précédente, en Italie , avec des forces considérables, travaillait avec succès a y rétablir son autorité. L'an i3ia, apprenant que ce prince venait a Rome pour s'y faire couronner, Robert envoya Jean , son frère, prince de Morée , avec des troupes pour s'emparer de la Valicane et de toute la ville Léonine; ce qui obligea l'empereur a se faire couronnera Saint-Jean-de-Latran. Les Florentins ne doutaient pas que l'empereur ne voulût donner atteinte a leur liberté. Pour se précautionner contre ses entreprises, l'an i3i3, ils donnent pour cinq ans la seigneurie de leur ville à Robert. L'empereur, alors transporté de colère, prononce contre le roi de Naples une sentence , dont l'espèce
est unique. Par cet acte , il le prive de ses états et dignité* , comme rebelle et coupable du crime de lèse* majesté, le bannit des terres de l'empire, et délie ses sujets du serment de fidélité. Pour soutenir ce coup d'éclat , l'empereur fit alliance avec Frédéric , roi de Sicile , l'ennemi naturel du roi de Naple*. Robert, dit Muratori, paraissait perdu , et il songeait à se retirer, par mer, en Provence. Heureusement l'orage fut dissipé par la mort de l'empereur, arrivée en Toscane Te 34 août de la même année. Cet événement changea la face des affaires en Italie. Robert alors tourna ses vues sur la Sicile , dont la conquête flattait extrêmement ses désirs. Les préparatifs immenses qu'il fit pour cette expédition semblaient devoir lui en assurer le succès. Les Guelfes , dont il était regardé comme le chef, contribuèrent à lui former , avec les troupes qu'il tira de Provence et de Piémont , une armée de quarante-deux mille hommes au moins , tant d'infanterie que de cavalerie. Sa flotte montait à soixante et quinze galères, trois galions , trente vaisseaux de transport, trente autres appelés sagittaires, et cent soixante barques couvertes. Robert , avec cet armement formidable, se mit en mer au mois de juillet i3i4t et fit une descente en celle tle , duis la vallée de Mazara , près du château de Castellamare , dont il s'empara facilement par la trahison du coin mandant. De la, il alla faire le siège deTrapani. Mais tandis qu'il est devant cette place , une violente tempête , qui n'épargna pas la flotte ennemie , disperse la sienne , dont plusieurs bâtiments forent brisés ou coules a fond avec presque tout leur équipage. Le siège traînant en longueur, la disette se met dans son camp , et les maladies le dépeuplent. La saison étant avancée, menaçait de plus grands malheurs le roi de Naples. Ferdinaud, fils du roi de Maiorque, le tira d'embarras, en mégeant entre lui et son rival une trêve de quatorze a quinze mois , qu'ils signèrent le 1 7 décembre. Robert , conformément a une des clauses du traité, quitte la Sicile au mois de février i3i5. Après l'expiration de la trêve, ce prince tenla, par ses généraux, en divers teins, d'autres descentes en cette lté , dont aucune ne lui réussit.
11 fut plus heureux dans l'expédition qu'il fit en i3i8, pour secourir la ville de Gènes, assiégée par les Spinola et les Adornes. S'étanl embarqué sur une flotte chargée de douze cents cavaliers et de six mille hommes d'infanterie, avec la reine , son épouse , et ses frères , Philippe , prince de Tarenle, et -Jean , prince de Morée, il aborda, le 20 juillet , au port da cette ville, où il fit, le lendemain, son entrée solennelle, et le 37 du même mois , U seigneurie absolue de cette ville et de ses dépendances lui fut déférée , ainsi qu'au pape Jean XXII, pour l'espace de dix ans. Mais les Gibelins étant maîtres des châteaux qui environnaient la ville, ne permirent pas à Robert d'en sortir , ni d'asseoir son camp hors des murs. ( Cfuvn. Rilense , c. 99. ) La ville de Bressia , sans cesse inquiétée par l'infoiigable Cane de l'Escale, imita, l'an i3tg, l'exemple da Gènes, en reconnaissant le roi de Naples pour son seigneur; ce qui fut accepté par te prince , le a8 janvier , dans Gênes , oà il était encore. IU se trouvèrent bien d avoir pris ce parti. Robert s'étant rendu de Gênes à la cour d'Avignon, mande aux Florentins , aux Bolonnais et aux autres villes de la ligue guelfe, de fournir aux Bressans les secours dont ils avaient besoin. Il fut obéi. Gilbert de Correggio, capitaine de Bologne, leur mena des troupes, qui, s'élant jointes aux Guelfes, bannis de Crémone , ht heureusement la guerre aux bannis de Bressia , protégés par l'Escale, et reprit sur eux les forteresses dont ils s'étaient emparés. ( Maloec. Chron. Brixiatt. )
Robert, malgré les revers qu'il avait essuyés en Sicile, n'avait pas perdu de vue la conquête de cette île : l'an i3a5, il envoya Charles, duc de Calabre , son fils, avec uni considérable , dont partie était composée des galères de 1 Le Jebarquement se fit devant Palerme, dont le siège fut ; 'silèt entrepris. Il dura cinq mois, au bout desquels Charles fot obligé do remettre a la voue , ou remportant de «on expéJitiiM