‹ L'Art de vérifier les dates des faits historiques, des inscriptions, des chroniques et autres anciens monuments, avant l'ere chretienne (volume 2)Chapitre 2 sur 93 · DES ÉDITEURS · texte numérisé non relu

DES ÉDITEURS

Rien n'est plus nécessaire pour la connaissance de l'Histoire que la Chronologie ; mais aussi rien n'est plus difficile que de concilier les anciens historiens pour les mettre d'accord ensemble sur l'époque des événements dont ils nous font le récit. La longueur de Tannée n'est pas la même chez tous les peuples , ni dans tous les tems ; les ères sont différentes ; il faut en déterminer le commencement et la marche , afin de comparer les unes aux autres et de faire une échelle fixe par le moyerç de laquelle on puisse mesurer les diverses époques.

Ce travail était ën quelque sorte au-dessus des forces d'un seul homme ; un corps religieux osa s'en charger. Les savants Bénédictins de la congrégation de Saint Maur, déjà célèbres par une foule v d'autres ouvrages, sentirent quel honneur devait leur faire l'exécution d une pareille entreprise, et il la formèrent. Ils commencèrent par se borner aux teins écoulés depuis le commencement de 1. a

if DISCOURS

notre ère, et publièrent en un volume in-4°. , une table chronologique dans laquelle i!s placèrent en regard Tune de l'autre toutes les ères dont l'Histoire moderne faisait usage , en sorte qu'un simple coup-d'œil suffisait pour en connaître la concordance. A celte table , ils joignirent une notice abrégée des divers empires dans lesquels la terre est divisée , et de la succession des souverains qui les ont gouvernés.

Le public encouragea leur travail par son approbation, et la première édition ayant été bientôt épuisée , fut suivie d'une seconde en un volume in-folio. Bientôt ils en formèrent jusqua trois volumes in - folio qui avaient paru quelques années avant la révolution , et qui avaient réuni tous les suffrages. Ils en préparaient une quatrième pour laquelle ils avaient rassemblé diverses notes , lorsque, privés tout-à-coup de leur état et de leur existence politique, ils ont été rejetés dans la société , de laquelle ils s'étaient retirés pour vaquer en paix à leurs utiles et respectables travaux. Dom Clément qui avait conservé les feuilles é pars es de ces notes, était mort , sans avoir eu le tems d'en faire usage. Se^ héritiers les ont cédées à M. de Saint-Allais , qui en a profité pour publier la quatrième édition en dix-huit volumes in-8°. , qui est terminée , et où se trouvent insérées, à leur place , les corrections qui lui ont été données et celles qu il a cru devoir ajouter *luiméme.

M. de Saint-Allais , avec un zèle aussi éclairé qu'infatigable , ne s'en est pas tenu à ce travail. Il a continué l'ouvrage depuis l'époque à laquelle s'arrêtaient les Bénédictins, jusqu'à aujourd'hui, et les événements écoulés dans cet intervalle sont

PRÉLIMINAIRE. iij

dune telle importance, qu ils forment un supplément indispensable à tous ceux qui veulent conserver l'ancienne édition.

Une première partie restait à faire : c'était en quelque sorte la tète de ce corps si vaste , qui embrasse le monde entier. Les Bénédictins avaient encore osé se livrer à ce travail bien plus hérissé d'obstacles que celui qu'ils avaient publié. La Chronologie ancienne , depuis le commencement du monde jusqu'à celui de notre ère, était restée inédite dans leurs porte-feuilles, et n'attendait que l'imprimeur. Les événements survenus en 1789,* ont empêché l'exécution de ce projet; ils ont pu faire croire qu'un manuscrit aussi précieux avait été englouti dans le torrent de notre révolution , et que la littérature française en serait à jamais privée. Heureusement qu'il n'en a pas été ainsi : dom Clément, en fermant la paupière , avait laissé à M. Duboy-Laverne , son neveu , tous les matériaux préparés depuis longues années. Les héritiers de celui-ci en ont fait la cession à M. de Saint- Allais, (qui en a cédé la propriété à M. Moreau , imprimeur). Nous nous sommes empressés de classer tous ces manuscrits, afin de donner au public un corps d'ouvrage désiré depuis long- tems.

Ainsi, l'Art de vérifier les Dates, composé par les Bénédictins de la congrégation de Saint Maur se divise en deux parties bien distinctes : i°. celle qui donne l'histoire des événemens écoulés depuis l'ère chrétienne ; et 20. celle qui reproduit chronologiquement l'histoire de toutes les nations, depuis leur origine jusqu a notre ère ; c'est celle-ci qui , n'ayant jamais été imprimée , a exigé le plus grand soin de la part des éditeurs.

Us se sont fait une Joi de ne jamais altérer leur

w Diseotms

texte que pour corriger de légères idexactitude* que les Bénédictins eux-mêmes auraient fait disparaître à l'impression. Ils ont senti que le travail de ces hommes laborieux et sages avait mérité la confiance du public, et devait être respecté même dans les parties qui ne pouvaient être aussi bien traitées avec les matériaux qu'on avait alors.

L'Histoire Sainte est rédigée avec le plus grand soin Les auteurs ont créé un nouveau système f discuté d'une manière qui fait honneur à leur critique. Ils placent la première année du monder ^g63 ans avant notre ère , et peuvent ainsi donner a l'Histoire profane un développement qui lui est nécessaire. Peut-être si cette dernière histoire leur avait été aussi bien connue que la première, àuraient-ils fait davantage. Mais leur système est trèsbien lié et toutes les parties en sont coordonnées avec tout l'ensemble que Vou pouvait attendre d'eux.

L'Histoire d'Egypte est extrêmement raccourcie. Les dynasties collatérales substituées aux dynasties successives , leur ont donné le moyen de ne pas rejeter entièrement les calculs de Manéthon, que le savant père Pétau n'avait pas osé entreprendre d'expliquer. Les Chinois n'étaient jpas encore bien connus lorsque les Bénédictins ont commencé leur travail, et ils se sont crus autorisés à traiter de fabuleux des règnes qu'aujourd'hui l'on pourrait difficilement ne pas admettre. Ils n'ont rien dit des Indiens.

Ces trois grands obstacles ainsi écartés, tout le reste n'était plus rien , et les divers royaumes de l'Asie, de la Grèce et des autres états, ne donnaient que peu de peine. La chronologie des Carthaginois manque entièrement dans nos inanus-

PRÉLIMINAIRE. v

crits, et nous serons obligés de la suppléer. La chronologie romaine n'étant pas terminée , nous donnerons les cent vingt-six dernières années que les auteurs n avaient sans doute pas eu le tems d'achever ; car elles offrent peu de difficultés chronologiques. Nous présentons ainsi au public un ouvrage qui sans doute n a pas atteint le dernier degré de perfection, mais que nous croyons supérieur à tout ce qui a paru jusqu'à présent en ce genre.

Nous remplirons ici un devoir que notre prédécesseurs s'était imposé ; il avait parlé en détail de ceux qui avaient ouvert la carrière avant lui et qu'il avait perdus. Nous dirons aussi ce que nous apprend la Biographie universelle sur celui qui l'a fermée , et qui ne mérite pas inoins qu'eux de nous occuper quelques instans.

Notice historique sur dom Clément

Dorti François Clément naquit à Bèze, près de Dijon, en 1714» fit ses premières études au collège des Jésuites de Dijon, et entra dans la congrégation des Bénédictins de Saint-Maur. Il prononça ses vœux dans l'abbaye de Vendôme , le 3i mai 1731, à l'âge de dix-sept ans, comme c'était alors l' usage. Dès ce moment , dom Clément ne cessa de se livrer à son amour pour l'étude ; mais ses travaux affaiblirent tellement sa santé , qu'à 1 âge de vingt-cinq ans il fut obligé de les quitter , et il n'en reprit sérieusement le cours qu'au bout de vingt ans. Alors son tempérament était robuste , et ses facultés intellectuelles tellement fortifiées, qu'en été il dormait deux heures, et passait le reste du jour à son bureau. Appelé

vi DISCOURS

par ses supérieurs dans la maison des Blancs^ Manteaux de Paris, on l'y chargea d'un travail analogue à ses goûts, de la continuation de FHistoire littéraire de la France. Il en acheva le onzième volume , et rédigea entièrement le douzième , qui commence à Tan 1 1 4 1 , finit à l'an 1 167 , et renferme soixante-douze articles, entrautres ceux d'Abailard et de Suger. Les matériaux qui devaient composer le treizième volume, étaient en grande partie rassemblés , lorsque sa congrégation le chargea de continuer le Recueil des historiens de FRANCE , abandonné par dom Poirier. 11 quitta donc son premier travail , pour ne s'occuper que de celui-ci; et, aidé de dom Brial , il publia le douzième et le treizième volumes de cette précieuse collection. Ces deux volumes renferment cent quatre-vingt dix neuf articles r dont chacun est précédé d'une préface analytique et critique. Les recherches qu'avait exigées la publication de ces ouvrages avaient familiarisé dôm Clément avec la science des tems, et le rendaient seul capable dë donner une nouvelle édition de F Art de vérifier des dates , ou plutôt un ouvrage nouveau sur cette matière , indiquée par dom Dantine, et effleurée par dom Clémencet» Cette édition parut en 1770, in-folio, et obtint un plein succès ; mais dom Clément , juge sévère , y reconnut tant d'imperfections, que son plus vif désir fût d'en donner une troisième édition. Il y travailla pendant trente ans sans relâche, et mit enfin au jour le premier volume en 1783, le second en 1784, le troisième en 1787. Les tables n'ont été publiées qu'en 1792 ; la Table chronologique y est prolongée d'un siècle , ainsi que celle des éclipses , calculée par le père Pingré. La chro-t

PRÉLIMINAIRE. vij

nologie du Nouveau Testament , entremêlée de l'Histoire des Juifs , jusqu'à la ruine de Jérusalem, celle de 1 empire de la Chine , la suite des rois d'Arménie, etc. , y forment de nouveaux articles; enfin , cent vingt grands fiefs de France , d'Allemagne, d'Italie , figurent dans cette troisième édition. Il serait aussi présomptueux qu inutile d'entreprendre ici l'éloge de cet ouvrage , le plus beau monument d érudition du dix -huitième siècle. Pour peu que l'on y jette les yeux , l'imagination s'effraie de l'idée du tems , des travaux nécessaires pour rassembler, rédiger, coordonner tant de matériaux souverît incohérens, et dont on n'a pu former un tout qu'à l'aide d'une rare sagacité et de la plus saine critique. Une classe d'associés libres résidens , ayant été créée en ty85, dans l'Académie des Inscriptions , dom Clément en fut nommé membre. Il faisait déjà partie du comité chargé par le roi de préparer et de publier la collection des diplômes , des chartes et des divers actes relatifs à notre histoire. La révolution vint troubler la paix dont il jouissait dans sa retraite chérie. Au milieu de l'orage , il reçut dans la maison de M. Duboy-Laverne, son neveu, directeur de rimprimerie royale , les soins de l'amitié la plus tendre, et il put continuer ses recherches. Son ■ intention était de donner I'Art de vehifiek les Dates avant Jésus-Christ ; il travailla sur le plan qu'il avait précédemment adopté, réunissant dans une Table générale toutes les périodes et les ères ; classant les faits au moyen de la suite des rois et des magistrats éponymes ; expliquant toutes les formes des années ; éclaircissant la chronologie de chaque peuple. Toute ,1a chronologie technique; l'indication et l'exposé des moyens

viij DISCOURS

pour trouver les solstices et les équinoxes: la rédaction des calendriers et la manière d'en faire usage ; plusieurs Tables proleptiques : l'exposition du système de Newton et des autres systèmes devaient former la première partie ; on dit qu'elle . était rédigée ; elle ne nous a point été communiquée , et nous n'en avons aucune connaissance, ïl sera facile d'y suppléer par d autres ouvrages qui nous ont semblé ne pas entrer dans le plan de celui-ci. Il ne manquait à la seconde partie, qui renfermait la Chronologie positive et historique , que le septième siècle de la république romaine, et toute l'Histoire des Carthaginois, lorsque dom Clément fut frappé d'apoplexie , et expira le 29 mars 1793. Il était trop bon sujet du roi pour survivre plus long tems au prince qui avait suivi et encouragé ses travaux. Outre les ouvrages que nous avons indiqués, on doit encore à dom Clément :

I. « Nouveaux éclaircissemens sur l'Origine et » le Pentateuque des Samaritains , par dom Poiv- » cet ». Paris, 1760, in-8°. Une partie du neuvième chapitre, sur la Chronologie samaritaine , et tout le douzième volume, sur les Versions samaritaines et la Langue des Samaritains , sont de dom Clément , ainsi que la Préface.

IL Catalogus manuscnptorurn cod. collegu Claromont'ani , quern excipit Catalogus manuscriptorurn dornûs professœ Parisiensis, uterque digestus etnotis ornalus, 1764, in-8°. La "Notice des manuscrits grecs est de Bréquigny.

III. 11 avait lu à l'Académie des Inscriptions un « Mémoire sur l'époque de la mort du roi Robert , » et la première année de Philippe 1er. , son lils ».

PRÉLIMINAIRE. \x

Ëxirait d'un Mémoire sur les mesures de longueur et de sur/ace des anciens , par M. Ludwig (Louis) Ideler.

Ce Mémoire, qui na paru qu'en allemand, a i\é lu à la Classe d'histoire et de philosophie de l 'Académie de Berlin , les 22 octobre et 5 novembre 1812, et les 8 et i5 juillet i8i3. 11 a. été traduit en français par M. Oelsner, qui a remporté un prix à l'Institut de France en 181 1. Cette traduction étant encore manuscrite, nous avons cru qu'on en trouverait ici avec plaisir un extrait qui en fera connaître les résultats. L'original en donne les preuves avec le plus grand détail , et mériterait d'être imprimé en entier.

M. Ideler commence par détailler ce qui regarde les mesures des Romains, parce que nous ne connaissons les mesures grecques qu à l'aide des mesures romaines. Il détermine d'abord les proportions que les mesures particulières ont entr elles ; il passe ensuite à la grandeur du pié f ' comme étant la base du système métrique : il examine les rapports des anciennes mesures avec les nôtres , et fait enfin des recherches très-détaillées sur le stade des Grecs.

Page 1