GOUVERNEMENT DES ANCIENS
i58o. Dieu ayant retiré Josué de ce monde , on établit , conformément a l'ordonnance de Moïse et vraisemblablement d'après la désignation de Josué lui-même , un conseil d'anciens nommés Sophetim , en hébreu , pour gouverner le peuple d'Israël. H y eut pareillement dans ehaqtte ville ère magistrats particuliers, pour y maintenir l'ordre et y administrer la justice, avec des Soterim , par où Ton entend, suivant la tradition des Juifs, les ministres de la justice, tels que les huissiers , les sergents , les archers , et autres exécuteurs des ordres de la magistrature. La même tradition porte que ces magistrats des villes particulières étaient au nombre de vingt-trois, qu'ils devaient tous être assemblés pour les jugements de mort, et que trois suffisaient pour les causes pécuniaires et autres affaires de moindre conséquence. Le lieu où ces juges tenaient leur audience était la porte de la ville ; car comme les Israélites devinrent tous des laboureurs qui sortaient le matin pour aller à leur travail , et ne rentraient que le soir, la porte de la ville était te lieu où Us se rencontraient le plus. Et il ne faut pas s'étonner, dit M. Fleuri , que nous copions , qu'ils travaillassent aux champs et demeurassent dans les villes. Ce n'étaient pas des villes comme nos capitales de provinces , qui peuvent à peine subsister de ce que leur fournissent vingt à trente lieues de pays tout à l'entour. C'étaient des habitations d'autant de laboureurs qu'il en fallait pour cultiver les terres les plus proches. De là vient nue le pays étant fort peuplé, elles étaient en très-grand nombre. La seule tribu de Juda en comptait cent quinze dans son lot, lorsqu'elle entra en possession de son partage, sans ce qui fut bâti depuis , et chacune avait des villages dans sa dépendance. 11 fallait donc qu'elles fussent petites et fort voisines , comme de grands villages murés bien bâtis , ayant au reste tout ce que l'on voit à la campagne. ( Mœurs des Israélites. )
quoi donc , conclut M. Maundrell , ce- pays n'aurait-il pas pu subvenir aux nécessités d'un grand nombre de ses habitants, puisqu'il produisait partout du lait, du miel, des bleds, du vin et de l'huile, qui sont la principale nourriture des nations orientales, que la nature du climat et la constitution de leurs corps portent à une manière de vivre beaucoup phis sobre que les autres nations/*
de l'histoire sainte. 4°3
Josué, malgré les victoires qu'il avait remportée*, ayant laissé encore beaucoup de pays à conquérir dans la terre de Chanaan , le Seigneur , consulté par les douze triions , nomme celle de Juda, pour marcher à leur tête contre l'ennemi commun. Juda, s'étaot joint a Siméon t livre bataille aux Jebuséens , près de Bezec , et non loin du Jourdain , fait prisonnier Adonibesech, leur roi, et lui coupe les extrémités des pieds et des mains , traitement que ce prince reconnaît avoir fait lui-même à soixante-dix rois oui mangeaient sous sa table , en cet état , les restes de7 ce qu on lui servait. Pour achever de détruire les Jebuséens, il restait à les forcer dans Jérusalem , leur capitale , ou ils s'élaient renfermés. Juda et Benjamin , étant venus les y attaquer , emportent la ville basse qu'ils réduisent en cendres; mais la résistance que leur oppose la ville haute les décourage. Ils consentent que cette partie demeure à ses anciens maîtres, et s'établissent dans 1 autre après l'avoir rebâtie.
Juda s'empare de plusieurs autres villes , et soumet le pays des montagnes. Mais il ne peut chasser les habitants des vallées , parce qu'il n'a pas assez de foi aux promesses du Seigneur pour oser l'entreprendre.
La maison de Joseph fait de son côté la conquête de Be~ thel ou Luza , dont elle passe tous les habitants au £1 de l'épée. Les tribus de Manassé , de Zabulon , d'Azer et de ?<cphtali ne traitèrent pas de même ceux des villes qu'elles subjuguèrent. Elles aimèrent mieux les avoir pour tributaires que de les exterminer , comme Dieu l'avait ordonné. Elles eurent lieu de s'en repentir. Car ceux qu'elles avaient épargnés, devinrent bientôt leurs tyrans, suivant la prédiction d'un ange que Dieu leur envoya pour les reprendre de leur désobéissance.
Les Cinéens, enfonts de'Jéthro, beau-père de Moïse , qui* avaient suivi les Israélites dans la terre ne Chanaan , s'établissent au milieu de la tribu de Juda.
Première guerre civile dans Israël , dont voici qu'elle fut l'occasion. Un Lévite , voyageant avec sa femme , arriva sur y le soir à Gabaa , ville des Benjamites , chez un vieillard qui lui donna l'hospitalité. Informés de la venue de cet étranger, 1rs jeunes gens de la ville s'attroupent autour de la maison, demandant a grands cris qu'il leur fut livré pour en abuser. Le vieillard , après des remontrances inutiles sur t'énormité de cet attentat, leur abandonne la femme du Lévite, pour leur tenir lieu de son époux. Apres leur avoir servi de jouet
toute la nuit , elle est trouvée morte le lendemain matin devant la porte de son hôle. Le mari, transporté de douleur, coupe le cadavre en douze parts, qu'il fait distribuer aux douze tribus. Les onze qui n'avaient pas de part au crime , s'assemblent aussitôt à Masphat, pour tirer vengeance de fa douzième, ayant mis à leur tête la tribu de Juda. Elles sont battues dans les deux premiers combats qu'elles livrent aux Beujamites; mais victorieuses dans le troisième, elles détruisent presqu'entièrement cette tribu. C'est ainsi que le crime d'un petit nombre fut expié par un désastre universel. Les commentateurs et les chropologistes sont e m harassés sur le tems où il faut placer cet événement , qui n%est rapporté dans l'Ecriture qu'après la mort de Samson. Mais une circonstance suffit pour décider la question. Phinéez, fils d'Eleazar et pelit-fils d'Àaron, était pour lors grand-prêtre. (Jud. XX. 28.) Cet événement arriva donc sous le gouvernement des anciens. C'est peut-être au même tems qu'il faut rapporter une autre histoire que l'Ecriture raconte immédia, ement avant celle ci. Michas, Ephraïmite , s'étant fait une idole, la plaça dans une chapelle , et prit un jeune Lévite, nommé Jonathan , descendant de Moi\e, par Gerson, pour lui servir de prêtre. Des aventuriers de la tribu de Dan, qui cherchaient fortune, enlèvent l'idole et le prêtre, ett ayant fait la conquôle de Lais, qu'ils nommèrent Dan > ils y érigèrent un aulel à cette fausse divinité Quelques-uns prétendent que Michas ne fit point une Mole, mais un autel portatif consacre au vrai Dieu, à l'imitation de celui qui était dans le tibernacle. Quoiqu'il en soit, cette invention fut longtems un piège et une occasion de chute pour Israël. Les peuples du voisinage, au lieu daller adorer le Seigneur à Silo, qui était loin de là, venaient à Dan, et cette mauvaise coutume dura tant que l'arche fut à Silo.
Fin du gouvernement des anciens, après avoir duré dixhuit ans , comme le marque l'historien Josephe.