‹ L'Art de vérifier les dates des faits historiques, des inscriptions, des chroniques et autres anciens monumens, avant l'ère chrétienneChapitre 257 sur 532 · E PERGAME · texte numérisé non relu

E PERGAME

maintenir dans la possession des conquêtes de son prédécesseur (241 ). Cependant il était tributaire des Gaulois, aimi que tous les autres peuples de l'Asie. Atlale, ose le premier, et sans le secours de ses voisins, secouer le joug. Ayant provoqué les Gaulois par le refus du tribut , il marcha audevani d'eux , les attaqua , les tailla en pièces, et les obligea d'évacuer ses étals.

224. Pendant que Seleucus - Céraunus faisait la guerre loin de son pays, Attale, profilant de son absence, subjugua tout» les provinces d Asie, en-deçi du mont Taurus. Mais il fut bientôt dépossédé de ses conquêtes, par Sélcucus et par Acheus, son parent, qui, s 'étant ligués contre lui , s'emparèrent de ses étals, et l assiégèrent dans sa capitale. Les Gaulois, du nombre de ceux qui s'étaient établis dans la Thrace, aidèrent le roi de Pergame a recouvrer ce qu'il avait perdu , et mime a se rendre maître de l'Ionie et de quelques provinces voisines. Les villes de Cumes , de Smyrne et de Phncée, se soumirent à lui volontairement , ainsi que les habitants de Teos, de Colophon, d'Elée et de Lemnos. Les Carséniens, établis au-delà du Lycus, lui ouvrirent leurs portes, après avoir chassé Thémistocle, qu'Achéus avait (ait gouverneur de ces provinces. Delà, il s'avance vers Apia, et ayant établi son camp sur les bords du Mégisle, il reçoit l'hommage de tous les peuples voisins. Une éclipse de lune, arrivée la nuit du 19 au 20 mars (219), et la frayeur qu'elle noria dans l'âme des Gaulois, interrompent tout-a coup le progrès de ses armes. 11 accompagna ces barbares jusqu'aux bords de l'Hellespout , et leur permit de s'y établir.

a.18. Après la mort d'Achéus, Atlale inquiété par Philippe, roi de Macédoine, qui ravageait la Thrace, se joint aux Romains, dans le traité qu'ils font avec les Etolieus, et fait présent a ceux-la de l'île qu'il venait d'acheter de ces derniers. Dès ce moment , plusieurs villes grecques se déclarent pour te roi de Pergame, et le choisissent pour leur préleur dans une assemblée générale de la nation. Atlale, conjointement avec Pyrrhias, général des htoliens, et mille soldats romains s'avance vers le commencement du primeras, au-devant de Philippe et des Achéens, jusqu'à Lamia, dans la Thessalie. Les Eloliens, battus deux fois, sont obliges de se renfermer dans les murs de celle ville (207). Mais Orée, l'une des principales villes de l'Eubée, assiégée par Atlale et les troupes romaines , tombe au pouvoir du roi de Pergame , qui se saisit , peu après , de la ville d'Opuule , dans r Achaïe , et la ravage.

ao4. Les Etoliens font leur paix avec Philippe, qui consent à y comprendre leurs alliés Bientôt après (202) , les affaires se brouillent plus que jamais. La ville de Cius, en Bithynie, avait fait anciennement alliance avec les Etoliens. Philippe, malgré la foi des traités, l'attaque, la prend, et en traite les habitants avec la dernière cruauté. ( Voyez NacêJuint ). Les Khodiens , irrités d'un traitement si barbare, se liguent avec Atlale, et déclarent la guerre au roi de Macédoine. Les deux armées navales se rencontrent près de Ladé, île située dans le voisinage de Milet. On en vient aux mains. Atlale est obligé de fuir devant Philippe, qui le poursuit, et l'enferme dans Pergame, où il l'assiège. Atlale rend tons ses efforts inutiles. Us tournent en rage et en fureur. ( Voyex Macédoine). Mais le roi de Pergame

(1) Quelque» écrivains, dont le témoignage est fort respectable, rrfuienl a Philétère le litre de roi. Les fails sont décisifs contre ce refus. Golltiui et Scaliger assurent avoir vu one piere de monnaie

de ce prince , où le mot de roi , en langue grecque . se lit tré*distinctemenl. On voyait , dans le cabinet de M Pellerio, une monnaie sur laquelle là tels de Philétère était ornée d'un diadème.

se venge bientôt du mal que Philippe lui avait fait. Car ayant réuni sa flotte a celle des Rhodiens (201), il livre liât aille au prince macédonien, et lui lue plus de inonde, en un lenl jour , que Philippe n'en avait jamais perdu.

Cependant , Rome envoie des ambassadeurs aux Athé niens , pour les engager a se liguer avec les autres confédérés. Anale se fend a Athènes dans le même dessein. 11 y est reçu avec de grand* honneurs, qu il accepte avec la plus rare modestie. Les Athéniens, dans une assemblée solennelle, souscrivent la confédération. Philippe ne tarde pas à s'en venger. (Voyez ibid.) Les ambassadeurs romains, témoins des tristes effets de sa vengeance, lui demandent une conférence «roi n'a aucun succès, (aoo) Le roi de Macédoine poursuit ses victoires et ses cruautés. (199) (Voyez ibid.) Celui de l'ergame joint sa flotte a celle des Romains , au commencement do printems ; cl de concert avec Lucius Apustius, il s'empare de l'île d'Andros, abandonnée de la plupart de ses habitants. Allale s'en étant mis en possession, y rappelle , par sa libéralité et ses promesses , presque tous ceux qui avaient déserté. La flotte confédérée prend ensuite la roule d'Orée. Pendant qu'on faisait les préparai ifs du siège, Allale s'empare d'AEgélée; Orée n'offre pas plus de résistance. Les armées se séparent après cette victoire. Le roi de Pergame revient a Athènes dans le mois de septembre, y assiste a la célébration des mystères de Cérès, et repasse dans ses étals , où des affaires importantes le rappelaient

Antiochus 'le Grand, a la sollicitation de Philippe, sans doute, songeait sérieusement a faire revivre les droits de ses ancêtres sur le royaume de Perganse. Allale, dans un danger si pressant, envoie des ambassadeurs a Rome. Les Romains, en interposant leurs bons offices, viennent a bout de rétablir la bonne intelligence entre les deux princes.

198. La flotte romaine se joint a celle du roi de Pergame à Andros; elles appareillent pour 111e d'Eubée, et entreprennent le siège d Erilhrée , qui ne fait pas longue résistance. Celui de Carystos ne coûte gueres davantage aux confédérés , qui , après ces victoires , vont mouiller au port de Cenchrcc. De là, ils envoient des ambassadeurs au conseil assemblé de toute la nation des Achéens. Les membres de ce cuiiseil se déterminent a entrer dans la ligue. De retour de ces expéditions, Allale fait présenter au sénat romain une couronne d'or , du poids de deux cents quarante-six livres , eo reconnaissance des bons offices que la république lui avait rendus auprès d'Antiochus. Philippe, dont la constance est ébranlée par la vue de tant d ennemis , demande une entrevue au consul Flaminius. On y parle de paix. Les conditions exorbitantes qu'y mettent les alliés , empêche la conclusion du traité. Attale prend la route de Sicyone, relire de ses propres deniers un champ consacré à Apollon , que des besoins pressants avaient obligé les habitants d'eo-

f ager , cl par 11 mérite la reconnaissance des Sicyoniens qui ui érigent une statue auprès de relie d'Apollon. Le roi ajoute à sa libéralité un nouveau présent de dix talents et de dix mille mesures de bled. (197) Au printems de l'année suivante, Flaminius cl ce prince se rendent à Thèbei , où le second entreprend de détacher les Béotiens du parti de Philippe. Au milieu de ta harangue , où il mettait plus de zèle et de véhémence que son Age ne comportait , il est frappé d'apoplexie. On le transporte à son logis ; et lorsque sa santé fut un peu rétablie , on l'embarqua pour Pergame. 11 y arrive après une longue et pénible navigation ; il vit encore quelques semaines, et meurt îgé d'environ soixante - douze ans, dont il avait régné quarante-quatre avec une grande justice, et en remplissant parfaitement lous les devoirs d'un bon père, d'un ami généreux, d'un mari tendre, et de père affectionné a ses enfants. 11 en laissa quatre , Eumène , Allale, Philetère et Athénée. Son épouse, nommée Apollonias ou Apollonis, n'était pas moins que lui digne du trône. Son origine n'avait rien d'illustre. Née à Cyzique dans un étal privé , elle ne dut son élévation qu'a ses vertus , qui lui gagnèrent le ceeur de son mari , el la firent tendrement aimer de tous ses enfants jusqu'à son dernier soupir, qu'elle ne rendit que plusieurs années après la mort de son époux , en remerciant les Dieux , non de l'avoir placée sur un des plus florissants trônes de l'Asie , mais de ce que les cadets de ses enfants faisaient la fonction de gardes auprès de leur aîné, et de ce qu'Kumène , sans armes , marchait en sûreté au milieu de ses frères armés de picjuet et d'épées. C'était-la le fruit de l'éducation que leur avait donnée Attale. Ce prince était bien capable d'en faire des sujets utiles a la patrie. Aux

vertus militaires et politiques, il joignait du savoir el des connaissances. H avait même laissé des ouvragrs littéraires, principalement sur l'histoire naturelle. H honorait 1rs gens de lettres de sa bienveillance et de ses libéralités. Mais de tous les services qu'il leur rendit, le plus important, est sans doute la fondation de la fa meus* bibliothèque de Pergame I.a gloire de l'avoir commencée semble lui appartenir incontestablement. Allale aimait aussi passionnément les beauxarts. Pline rapporte que ce prince bit il un superbe palais dans la ville de Traites. On convient aussi que la manière d'employer l'or dans les tapisseries, esl une invention qui lut appartient.

Eumewe, l'aîné des quatre fils d'Attale, tuecède a son père, et renouvelle l'alliance que celui-ci avait faile avec les Romains, en consentant néanmoins que les deux villes grecques, Chalcis et Oréa, jouissent de la liberté.

iq3.

i fait

I. 'attachement du roi de Pergame , pou r les Romains , ui tait refuser pour femme la troisième tille d'Antiochus, roi de Syrie; il lui préfère Stratonice , soeur d'Ariaralhe, roi de Cappadoce. Les Romains reçoivent Attale, son frère, avec les plus grandes démonstrations d'honneur el d'affection ( 19a). Le proconsul, M. Acilius Glabrio, lire le plus grand avantage des instructions , qui lui sont données par le roi de Pergame. Il détail aux Thermopyles la flotte d'Antiochus (191), qui esl ensuite rencontrée par celle des Romains, commandée par Eumène et C. Livius Salinator. Ces deux alliés tombent sur le roi de Syrie , coulent a fond dix de ses vaisseaux , en prennent trente , et dispersent le

reste. Eumène donne dans loule cette action des preuves de la bravoure la plus distinguée. Quelque tenu -après , le roi de Pergame entre, avec un corps de cinq raille hommes, les terres du roi de Syrie, ravage tout le pays aux envi- 1 de Thyalire, et s'en retourne, avec un butin prodigieux, a Cannes , ou la flotte romaine hyvernait.

190. Eumène , assiégé dans sa capitale par Séleucus, est dégagé par les deux Bulles des Romains et des Achéens , qui, s 'avançant ensemble jusqu'à Elée, port de l'ergame , obligent le roi de Syrie de lever le siège , et de sortir du pays après une grande perte d'hommes, et sans qu'il en eût coûté un seul aux assiégés. Eumène, échappé à ce péril, engage les Romains à se refuser a un accommodement demande par Antiochus. Celui-ci, déchu de l'espérance d'obtenir une paix honorable , risque une bataille au pied du Mont- Sipylus, a peu de distance de Magnésie; il a le malheur d'être défait principalement par Eumène , qui trouve le moyen de faire retourner les elcpbans des ennemis contre leurs propres maîtres ; le desordre gagne tous les rangs des Syriens, et bientôt est suivi d'une déroule générale. Antiochus accepte enfin la paix, sous la promesse d'évacuer le resie des places qu'il possédait en Eitrofte, de céder les provinces situées en-deçà du Mont-Taurus, el de payer pour les frais de la guerre quinze mille talents aux Romains, quatre cent à Eumène, et la quantité de blé qui lui était encore due suivant les traités faits autrefois avec Atlale. Le roi de Syrie même se hite d'envoyer des ambassadeurs a Rome , pour obtenir du sénat la confirmation des conditions proposées par le consul Scipion l'Africain. (189) Eumène (ait en même tems le voyage de Rome, où il est reçu avec une magnificence extraordinaire. Les Rhodiens, dont le roi de Pergame craignait les intrigues, n'obtiennent que la Carie et la Lycic, dont encore on détacha Telmissus, et quelques autres places de Lycie, en faveur d'Eumène, à qui on adjugea lous les pays en-deçà du Mont-Taurus, qui avaient appartenu au roi de Syrie , ainsi que les provinces situées entre le mont et le fleuve Méandre. Les autres villes de l'Asie qui avaient paye tribut i Attale, devaient , par celle concession des Romains , le payer à lui et à ses successeurs; et celles qui avaient été tributaires d'Antiochus , de même que celles qui n'étaient entrées dans aucun engagement avec les Syriens , devaient être déclarées libres. Peu de tems après celte pacification • Eumène épousa Stratohice, fille du roi de Cappadoce. Manlius assiste à ces noces , et part d'Asie accompagné par honneur dans sa navigation d'Athénée, frère du roi de Pergame. Mais à peine let Romains sont-ils sortis d'Asie , que les deux rois de l'ergame et de Syrie se brouillent de nouveau. Bientôt néanmoins la sagesse de Corn. Scipion les réconcilia. La querelle qui s'éleva vers le même

DES HOIS 1>E PKrUiAMfi.

tems (i) enlre Eumene el Prusias, roi de Bilhynie, neiV psisa pas si facilement. Nous croyons avec Polybe , auteur ronlemporain , que ce fut le fameux Annibal , ennemi mortel des Romaim , qui brouilla les deux rois, en excitant celui de Bilhynie a faire une invasion sur le* terres de Pergame , a cause de son attachement aux Romains. Eumène, quoique servi par les plus braves gens de l'Asie et de la Grèce , n'eut pas loueurs l'avantagé dans cette guerre. Annibal qui commandait les troupes de Prusias, suppléait A leur nombre et a leur valeur par sa bravoure et son industrie. (Voyez Bithynie). Délivre» de cette guerre par la médiation des Romains , les Pergaméniens ne jouirent pas longtems de la paix. Pharnace , roi de Pont , s'etanl emparé «le Sinope, Eumène et les Rhodiens prirent la défense Je cette ville , qu'ils devaient protéger. On envoya la-dessus des ambassadeurs a Rome, au nom des trois puissances, pour ilenunJer des commissaires. Mais en attendant qu'ils arrivent, Lcocrite, général de Plunuce, pénètre dans la Oalatie (181). L'arrivée des commissaires fait cesser les hostilités entre les deux rois; mais à peine sont ils partis, que Pharnace se jette sur la Cappadoce , dont il emporte quelques places , ■ andis que Léocriie forme le siège de Thiusen Paphlagonie. l-a place fait une longue résistance, et à la fin capitule. Pharnace et son général, au mépris de leur serment, font passer au fil de répée les soldats et les habitants de Si- .iope (180). Eumène entra dans le Pont avec une armée for niilable, qui remporte vraisemblablement quelque victoire mportante, puisque les hostilités (mirent par un traité de $»ii qui se voit dans Polybe, et où le roi de Pergame et Aria iathe paraissent en vainqueurs qui donnent les lois. {Voy. le Pont. ) Prusias recul en présent la ville de 1 hius , ce qui «uppose qu'il l'avait méritée par quelque service rendu secrètement au roi de Pergame.

1 ;5. Eumene n'ayant plus de guerre a craindre de la pari le ses voisins , entre en alliance avec Aniiochus , fils d'Annorhus le Grand , a qui Héliodore avait enlevé la couronne le Syrie, après le meurtre de soo frère Séleucus. Le roi de (Vrgame, secondé de son frère Atlale, chasse l'usurpateur, •t place Antiochus sur le trône de ses ancêtres.

17a. Eumène se rend exprès a Rome pour instruire la république des entreprises de Persée, Les Rhodiens qui ivaienl quelque sujet de se plaindre d'Eumène, ne sont [•oint écoules. Eumène est comblé d'honneurs par le sénat , •I renvoyé chargé de présents. A son retour, le roi veut fairr un voyage a Delphes pour y oITrir un sacrifice. Deux assassins , apposlés par Persée , roulent d'une hanteur, contre Kumène , deux pierres d'une énorme grosseur , dont l'une lui tombe sur la tête , tt l'a itre le blesse considérablement a l'épaule, puis l'accablent encore d'une gfêle de pierres plus petites. Le* officiers d'Eumène (trouvent leur prince «ans connaissance, sans mouvement, et presque sans vie. \tlaie, son frère , ajoutant foi a la nouvelle de sa mort , monte sur son Irône, cl épousa celle qu'on croyait sa veuve, tlest bientôt détrompé; Eumène ne lui témoigne d'autre ressentiment de sa crédulité qu'en lui disant a l'oreille , el en l'embrassant tendrement •. « Mon frère, une autre fois ,

attendez k épouser ma femme que je sois mort ». La nou velle du rétablissement de sa santé causa une joie générale a Home. Le roi de Pergame, par reconnaissance , se ligue avec les Koinains contre Pence»

17 t. L'année suivant», Eumène se rend à Chalcis dans l'île .l'Eubée, avec ses frères Atlale el Alhénée , pour se joindre aux troupes romaines. De Chalcis il se rend en Thessalie , où il joint le consul Licinius avec quatre mille fantassins et mille chevaux. Athénée reste a Chalcis avec, deux mille hommes d'infanterie pour soutenir Marius Lucrétius, qui commandait un corps de dix mille hommes , pendant que Philetère , autre frère du roi , veillait a la défense de ses élats de Pergame. Lucrétius et Alhénée s'emparent de la ville d'Haliarle el de la plus grande partie de la Béolie ; mais Eumène , Atlale et Licinius , dans la Thessalie , sont mis en fuite, et Carsignatus, général des Gaulois, perd la vie dans le combat.

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