‹ L'Art de vérifier les dates des faits historiques, des inscriptions, des chroniques et autres anciens monumens, avant l'ère chrétienneChapitre 265 sur 532 · DES ROIS DE THRAC · texte numérisé non relu

DES ROIS DE THRAC

La Thrace proprement dite, s'étendait de l'Occident a l'Orient, depuis le fleuve Stryroon, sur les confins de la Macédoine, jusqu'au Ponl-Euxin, et du septentrion au midi , depuis le mont Hoemus jusqu'à la mer Egée. De tous les peuples qui habitaient anciennement ce pays , celui des Odryses était le plus considérable. Réunis sous le gouvernement d'un seul prince, rt unanimes dans leurs conseils, les Odryses , au jugement d'Hérodote, auraient été le peuple le plus redoutable de la terre. Mais ils furent long-leros désunis, et vécurent dans une espèce d'anarchie, qui a répandu d'épaisses ténèbres sur leur origi <e et sur la suite de leurs rois, avant qu'ils fussent rassemblés sous un même

43i. Tinii on Tvtès , qui lignait encore Pan 43i avant Jésus-Christ , doit iltre reganlé comme le fondateur du royaume des Thraces-Odryses (■); par où il faut entendre qu'il rendit ce royaume puissant, et lui donna une étendue riull n'avait pas auparavant; car on sait , par le témoignage Je plusieurs auteurs, que les Odryses étaient bien plus anciens queTérès, et qu'ils tiraient leur nom d'un OJryse, dont ils avaient fait une divinité. On croit que cet Odryse riait le même que Te iras ou Tiras, descendant de Janhet, i'où est venu aussi le nom deThrace.Onsail encore au avant Tcrès, il y a eu des rnis chez lesThraces; mais Térès fui plus puissant qu'aucun de cent qui l'avaient précédé. Nom n'avons point la date précise «Je son élévation ni de ses c onquêtes ; mais nous savons qu'elles précédèrent la guerre Ju Péloponèse. Ce fut sans doute par la force des armes qu'il acquit le titre de roi. Il aimait la guerre avec passion , et avait coutume de dire qu'il ne voyait aucune différence entre un roi pacifique et un palefrenier. Térès porta la guerre dans plusieurs endroits de la Thrace; mais il se bissa surprendre dans une occasion par lesThynes, peuple dont ta bravoure s'exerçait surtout en tombant de nuit sur l'ennemi. Pour prévenir de pareille* surprises, les descendants de Tërés ..vaieni louiours, pendant la nuit, des chevaux prils à marcher. Lucien fait vivre ce fondateur du royaume des Odryses jusqu'à l'âge de quatre-vingt douze ans. Il eut pour lils Shalrès, qui lui succéda; un autre, nommé Sparadoquc, et . un fille , qui épousa un roi Scythe.

4a8. Sitalcès succéda a Téres son père, et ne reçut de lui qu'un royaume de médiocre étendue. Mais ses vertus, ses exploits, et les tributs auxquels se soumirent les peuples qu'il avait conquis, le rendirent très-puissant , et il acheva ce que son père avait commencé (a).

Les Athéniens recherchèrent son alliance contre les Lacé démoniens. Par reconnaissance de celte alliance, Athènes donna a Sadoque , fils du roi , le titre de citoyen d'Athènes.

Sil aires fut sur le point d'avoir une guerre * soutenir contre les Scylhes. Cette nation avait chassé Scylès , un de ses rois. Sitalcès le reçut i sa cour. Les Scythes croyant que c'était pour l'aider a remonter sur le trône , portèrent la guerre en Thrace ; mais Sitalcès, qui n'avait point eu dessein <J'eut*«r «»gu*fFv avec les Scythes, en donnant l'hospitalité à leur roi, leur livra Scylès, a condition qu'ils lui ren-

E HISTORIQUE

:E OU DES ODRYSES.

Jraîent son propre frère Sparadoque, qui, ayant été exilé de Thrace , s était réfugié chez eux.

Le roi deThiace fit aussi de grands préparatifs de guerre pour seconder les Athéniens , qui voulaient porter la guerre chez les Clialcidiens , dont ils avaient a se plaindre, et aussi pour se venger de Perdiccas, roi de Macédoine, qui lui avait manque de parole. Il se mit à la téle d'une armée considérable , dans le dessein de mettre Amyntas sur le trône de Macédoine. Mais lesThraces ayant beaucoup souffrit pur la rigueur de la saison et par le défaut de vivres , Perdit r as avant d'ailleurs gagné secrètement Seuthès, neveu de Silal ces, toute l'en 1 reprise n'eut d'autre suite que le mariage Je Seuthès avec Slralonice, fille du roi de Macédoine.

<»4- Peu de tenu après, Sitalcès fut tué dans un combat contre les Triballes , la huitième année de la guerre du Péloponèse. Philippe de Macédoine, dans une lettre aux Athéniens, dit affirmativemenl que Seuthès fut coupable de la mort de son oncle ; mais il paraît constant , par d'autres témoignages, qu'en cette occasion, Philippe a donne un soupçon pour une vérité.

Saduque, fils de Sitalcès, était mort apparemment avant son père, puisqu'il ne lui succéda point. Il n'est connu dans l'hisluire que par la trahison que son affiliation i la ville d'Athènes lui fit commettre envers des envoyés de Lacédemone, qui , allant demander du secours au roi de Perse , s'arrêtèrent auprès de Sitalcès. Sadoque, du conscntemcnl de son père, les livra aux Athéniens, qui les firent mourir a Athènes.

Seuthès I, fils de Sparadoque, et neveu de Sitalcès, monta mr le trône après la mort de son oncle. Il tut ami d'Athènes, qui lui accorda les droits de citoyen; et par les tributs qu'il relirait de plusieurs peuples, la Thrace, sous son règne, devint irès-puissante; mais Thucydide , qui était son con-, lemporain , ne nous a presque rien appris de la vie de ce prince.

MœsadE était peut-être Gis de Seuthès ; les historiens ne le disent pas positivement; mais on conjecture assez vraisemblablement , d'après un passage de Xénophon , qu'il fui le successeur et l'héritier du trône de Seuthès. Sous son règne, les Thraces-Odryses jetant soulevés, choisirent Medocus, son frère, pour roi, et chassèrent Mœsade. Ce prince ne survécut pas a son malheur , et laissa un fils en bas Age, nommé Seuthès.

Mkdocus ne régna que sur les Thraces-Odryses. Les villes maritimes de la Thrace n'ayant pas voulu le reconnaître , demeurèrent libres, et il ne parait pas que Medocus se soil rais en peine de 1rs réduire sous son obéissance. (400) Seuthès 11, parvenu a l'àgc de commander, pria sou oncle de lui accorder quelques brjjsnes pour lieher de rentrer en possession de ces villes , qfgVairnt obéi a son père. Seuihcs vint avec ces troupes camper dans les lieux maritimes de la Thrace. Xénophon, si célèbre par ses écrits et par le commandement des Grecs, revenant de la malheureuse expédi ' r

> (l) Il n'éiail pos , comme le discal Je» uiult lut* un anglais de l'Histoire universelle, liU, Bais père o> Silalce» , qui ne régna qnc la première année de la ukxviu*. olympiade , ou 4** as» a«»nl Ii'iih f hriil Par un* suite de celle erreur, ils comptent deux Sitalcès stsr la Icône de Thrace , ou il n'y en eut véritablement

''"aT Ce qu'on lit daenTWidide de la grandeur du royaume de

Slislces, qui sVicndail depuis le fleuve Strymon jusqu'au Danube.

doit s'entendre de l'endroit où le Slrymon prenait sa tourte . dam le mo«! Pangsse , et non de son embouchure ; car il est tué de prouver, par Thucydide mime, qu'il n'a pas entendu romprenire, dan» l'etcndae du royaume de Sitalcès, les terres ailures entre le Slryrooo et le Nessus, qni en cllVt étaient orrarpëet par les Pie rien» 1 et par quelques Tkrarts indépendants. Celta distinction, que les géographe» n'ont pat faite , est nécessaire pour que les anciens ni psiai<*cnt pas en contradiction.

i ' CHRONOLOGIE HISTORIQUE

lion de Perw, et te voulut bi*o {oindre M*

pour

eut» de Seuthès, ce prince. Xéno-

phon, pour'gge de cette alliance, reçoit en mariage nue fille ou une mur de Seuthès, k qui ildonne aussi , épouse une de se* filles, moyennant une somme coi rable, suivant La coutume des Thraces , d'acheter femmes à prix d'argent , comme des esclaves. Seulhès, aide du secourt des Grecs , soumet dam l'espace d'un mois tous Ici rebelles, qui demandent la pais et offrent des otage*. Les Grecs , mécontents de la peine qu'ils éprouvèrent dans le paiement de ce qui leur avait été promis pour récompense de leurs services, se retirèrent peu après dans leur pays. Seuthès resta néanmoins en possession de celui qu'il avait conquis avec leurs armes jointes aux siennes. Il paraît que Médocus continua de régner sur lesThrares-Odryses , et que Seulhès. content de régner sur les villes maritimes qu'il venait de subjuguer, s'en forma un royaume particulier. Ces deux royaumes composèrent , dans la suite , deux peuples , soumis , tantôt a un seul roi , tantôt a deux. Il paraît que les auteurs les ont quelquefois appelés du nom commun d'Odryses, soit parce qu'ils étaient limitrophes, soit parce nue le dernier des deux peuples renfermait grand nombre de vrais Odryses , Que 1rs sucres de Seulhès avaient attirés dans son parti et dans ses états.

390. AauDoerjs, successeur de Médocus , eut des dé mêlés avec Seuthès, qui commandait aux villes maritimes de la Thrace ; mais Zeleutias , général lacédémonien , réconcilia ces deux princes , et les rendit amis et alliés d'Athènes. Après cet événement, l'histoire ne parle plus ni d'Amadoeus , ni de Seulhès, Nous ne savons pas co quel lems le premier cessa de régner; mais Seuthès doit avoir régné jusqu'à l'an 36o avant Jésus-Christ , puisque Cotys I , qui lui succéda, et qui mourut Tan 356, avait régné vingtquatre ans.

Ttafts paraît avoir succédé a Amadncus dans le royaume des Odryses. Nous ne savons pas si c'était son fils ; mais il est certain qu'il n'était pas fils de Sitalcès (i> On voit dans une lettre de Philippe aux Athéniens, conservée par Demosthènes, que Philippe refusa de rétablir Térès et Chersoblepte, son fils, dans la possession de leurs états, malgré les sollicitations d'Athènes, qui n'avait pas grande raison de regarder ces princes comme amis et alliés , mais qui dé-

lirer .

Ile entreprise , éprouve de la part de son traitemens indignes qui l'obligent de se re-

trait prin

de Phil.ppe.

36o. Cotïs I fut roi des villes maritimes de Thrace après Seuthès 11. 11 rechercha d'abord l'alliance d'Athènes, et donna sa fille en mariage a Iphicrate, fameux général athénien. Le repas de noces que Cotys donna dans cette occasion fut ridiculement pompeux. Cotys servait lui — même les plais, et se livra le premier aux excès du vin. Sa conduite i l'égard de ses sujets ne fut pas plus raisonnable Elle réVolu contre lui un Thrace nomme Mvllocitc. Avec le secours des Athéniens , Cotys rétablit le calme dans ses étals et en devint le maître souverain. Athènes lui décerna la couronne et le déclara citoyen. Cotys, pour faire com-

fi rendre à ses alliés qu'il ne se trouvait pas trop honoré de eurs faveurs, y répondit en déclarant les Athéniens citoyens de Thrace. Enfin , enivré de sa grande puissance , il devint tout-a-fait ingrat et ennemi de ceux a qui il la devait. Ses premières hostilités commencèrent par la prise de quelques villes qui appartenaient aux Athéniens. Iphicrate, sourd S la voix de sa patrie qui l'avait comble d'honneurs, et qui lui avait élevé une statue, entre dans les intérêts de son beau-père, marche contre (es généraux d'Athènes, les défait et assure au roi de Thrace ses usurpations. Cependant Cotys forme de nouveaux projets, fait une nouvelle guerre aux Athéniens et leur enlève une paxdbies places qu ils avaient dans la Chersonèse. Iphicrate , ejaTO 'avait point voulu con-

nue note «te ta vi« de Philippe, U ' trompé ; Silaict* «tant pies

(1) M. Olivier, «roi, dit Cti de Sitilcè», . est ancien <U prt» d'un siècle.

(a) La Mémoire de cep rince était trop odirutc an . croire, comme l'ont préleodu Quelque* uttsli , que ces peuple» aient voalu la perpétuer psr des fête* établie* «ou* son nom. Il cal bien pis» vraiscmbljble que U fête 4e la déesse Colytto , qui te célébrait même a Athènes par des débauche* excej*irrs, doit son institution a tto autre Coïts, roi de Thrace, doat il est parié Coostanti^ Porpcirrogénel* , et qui vivait plut de 600 au. Jésus-Christ,

, Thrace de distinction, qui, avait été singulièrement maltraité par Cotys , voulut , dans un âge plus avancé , se venger de ces indignes traitemens, et se révolu contre Cotys ; mais on ignore la suite de cette révolte (a).

36o. Cotys , gagné i force d'argent , aida Philippe i monter sur le trône de Macédoine ; mais s étant figue ensuite contre lui avec les rots de la Péonie et de l'illyne : Philippe marcha contre lui et le défit avec d'autant plus de facilite que les Th races étaient fatigués du gouvernement de Cotys, qui les traitait avec beaucoup de rigueur. Ses cruautés même et ses impiétés poussèrent Python et Héraclide dont il avait fait mourir le père, i l'assassiner (356). Leur action fut comblée d'éloges par les Athéniens qui les regardèrent comme des bienfaiteurs , les déclarèrent citoyens et leur décernèrent des couronnes d'or. Cotys avait régné vingt-quatre ans. Il laissa un fils qui lut succéda.

Cbebsobutte élant encore jeune i la roorfde son père Cotys, ou ne voulant pas prendre la peine de gooj lui-même , en laisse le soin i Charidème. Les

rontens de ce ministère, se révoltent et se donnent pour chefs BVrisadès et Amadocus. Ces deux chefs trouvent des protecteurs dans les Athéniens , irrités contre Charidème qui avait livré Miltocythe, ami d'Athènes, aux Cardiens, ses ennemis. Chersoblepte est forcé de signer un traité par lequel il consentait que ses états lussent divisés entre Berisadès, Amadocus et lui, et livrait en même lems la Chersonèse aux Athéniens. Lorsqu'après ce traité les troupes d'Athènes furent éloignées , Chersoblepte , par le conseil de Charidème , refuse de remplir les conditions. La guerre recommença. Le succès des armes tourna du coté de Chersoblepte, et il resta enfin seul maître des villes maritimes de la Thrace, mais il fut bien moins heureux contre Philippe. Cependant il fut beaucoup aidé par les Athéniens à qui il avait rendu la Chersonèse (3) , i 1 exception de la ville de Cardie. Malgré ce secours, Chersoblepte est battu par le roi de Macédoine, qui reçoit en otage le fils du roi de Thrace, lui impose des conditions très-dures, fait bâtir en plusieurs lieux des forts pour cootenir les Th races (343) et (et soumet i lui payer annuellement nn tribut de la dixième partie des revenus de la couronne. Chersoblepte mourut peu de têxns après : il avait régné onze ans (sj).

Sevrais III , fila de Chenobl epte, qui était en otage en Macédoine, (ut envoyé par Philippe en possession du trône de son père. A peine ce prince s'y vil- il un peu affermi , qu'il tombe aur lies Macédoniens établis dans le pays dont on avait dépouillé son prédécesseur, les en chasse et recouvre tontes les provinces qui avaient autrefois appartenu aux Odryses. Philippe, qui élait ai occupé d'ailleurs, le laissa faire apparemment , ou ne put l'empêcher. Alexandre le Grand, fils de Philippe et son successeur (336), s'accommoda sans doute avec Seuthès , puisqu'on voit celui-ci servir les Macédoniens dans les guerres d'Alexandre contrôles Perses. Quoiqu'il en soit , le règne de Seulhès ne dura pas pl us que la vie du conquérant de la Grèce (3*4) : car alors la I'hrace fut regardée comme une province macédonienne , dont Seuthès tvétait que le gouverneur ; et même lors du partage de ta succession d'Alexandre entre ses capitaines, le gouvernement de cette province et de tontes les villes maritimes qui en dépendaient, fut olé a Seulhès et donné iLysLmaque.

Lysixuqub , né k Pella , ville fameuse de la Macédoine , joignait à la force du corps une grandeur d'ime , et un génie -supérieur, orné des préceptes de ta philosophie. Il

(3) La Chersonèse de Thrace changeait «tarent de maître* , selon la velouté de* plut fort* ou de ceux qui ls délivraient de* oppresseur».

l4) M. ftotlia, eo tusvaat trop k la hite un pauatje de T> le- Lire, a cru qoe Plmraiu» fuit tut roi de Thrace , qu'on ste peut mien» placer que tout le régne de Philippe; mai* outre qu'on pourrait conclure de olgsiear* passage* de PoWbe que ce Phtaratu* était an de* chefs de» lllyriea» , outre que ce Pleura tus est tan* contredit ce roi de* Itivricnt, que Diodore de Sicile appelle Pleariai , on prouverai! la mime chose par Tite-Live lui-même, 1. util, e. 3e , l.xxxi,c.a8,34.M. 4>-

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