‹ L'Art de vérifier les dates des faits historiques, des inscriptions, des chroniques et autres anciens monumens, avant l'ère chrétienneChapitre 321 sur 532 · DES LACÉDÉMONIENS · texte numérisé non relu

DES LACÉDÉMONIENS

Lackdéxokk et Staiti , sont les deux noms qu'on a doonés s la capitale de cette partie du Peloponèsc qui porte celui de Lacoaie. Enrôlas, qoi régnait dans ce pays, le voyant très-mal sain et presque inhabitable par la quantité des marais dont it était couvert , entreprit de le dessécher en rassemblant toutes «es eaux dans un grand canal qui alla les décharger dans la mer. Telle fut l'origine du fleuve qoi porte son nom. N'ayant qu'une fille nommée Sparte, Euro las la donna en mariage à Lacé démon qu'il nomma son successeur. La ville que fondèrent les deux époux sur les bords du canal , prit le* noms de l'un et de l'autre , et devint bienlAt fameuse. Amyclès, leur fils et leur successeur, bâtit la ville de son nom et fut pèit de plusieurs enfants dont le dernier et le plus chéri fut Hyacinthe qui périt en jouant au palet avec ses camarades. Pour le consoler de cette perte , on feignit que le Gli avait été métamorphosé en la fleur qui porte son nom.

Le huitième successeur de Lacédémon fut TynJare qui de Léda, sa femme, eut quatre enfants, deux fils jumeaux, Castor et Poilus , dont on a donné les noms collectifs de Dioscures ou1 (ils de Jupiter, à deux étoiles dont l'une se couche lorsque l'autre se lève , et deux filles , Ctytemnestre, femme d'Agamemnon, roi de Mycènes , et la fameuse Hélène, femme de Ménélas, qui ayant été enlevée par Thésée et ensuite par Alexandre Paris , fils de Priam , fut conduite a Troie dont elle causa la raine par le soulèvement de tous les princes grecs qui s'armèrent pour sa délivrance.

Ménélas, héritier de Castor et de Pollux, morts sans enfants , transmit le sceptre aux fils qu'il avait eus d'une première femme et 1 ceux-ci succédèrent les descendants de Clytemnestre en la personne d'Oreste, fils d'Agamemnon. Les Héraclides ayant chassé Tisamène, fils d'Oreste , le royaume de Lacédémone fut occupé par déos frères jumeaux • Eurysthène et Proclèx, fils d'Aristodème qui régnèrent ensrcnLlc sans partage. Il en fut de même de leurs successeurs jusqu'à Cléomène III , qoi fut le 3o*. de la ligne des Eurystémdes ou Agides, et dont le collègue Tut le 37*. de la ligne qu'on a nommée d'abord des Prodides et ensuite des Eurylicnides. Le peuple abusant des complaisances que les rois des deux branches étaient obligés d'avoir pour lui , porta insensiblement l'insolence jusqu'à méconnaître presque entièrement leur autorité. Les affaires de Lacédémone étaient dans cet état d'anarchie lorsqu'on vit paraître le célèbre Lycurgue, Irère du roi Polydecte , auquel il succéda parce qu'il ne bissait point de fils. Mais il laissait enceinte sa femme qui , dans le doute si elle mettrait au monde un fils, offrit i Lycurgue sa main , en lui promettant de détruire le fruit qu'elle portait dans son sein. Cette offre ayant été rejet ée avec indignation , Lycurgue nomma des çar Jes pour veiller la reine, avec ordre de lui apporter le fruit dont elle serait délivrée. Il fut promptemenl obéi , et la reine étant accouchée d'un fils , on apporta l'enfant a Lycurgue , au milieu d'un souper qu'il donnait a ses amis. L'ayant pris entre ses bras il le présente aux convives en disant , voilà votre roi. On le nomma Charilails ou ia joie du peuple. Une conduite aussi généreuse n'empêcha pas la reine et ses partisans de publier que Lycurgue avait de mauvais desseins contre cet enfant , dont il ne tarderait pas à se défaire. Pour imposer silence à la calomnie, il prit le parti de s'expatrier et d'aller voyager en différents pays. S'élant rendu d'abord en Crète, il trouva cette île divisée en plusieurs états indépendants les uns des autres , mais gouvernés par des lois sages , dont on rapportait l'origine a Minos et i Rhadamanle. Après en avoir conféré avec les plus habiles du pays, il passa en lonie où il trouva les livres d'Homère inconnus jusqu'alors dans la tlrèce. Ce fut ce poPte lui-même, suivant quelques auteurs, lui les lui présenta dans l'île de Chio. De là , il lit voile sers

l'Egypte qui passait alors pour le domicile des sciences et des arts.

Pendant son absence, les troubles s 'étant accrus à Sparte, les plus sages n'y trouvèrent point d'autre remède que le rappel de Lycurgue. A son retour, sollicité par une deputatatioo qu'ils lui firent, il assembla le peuple pour commencer la réformation de l'état Les rois s'étaient attribué un despotisme contre lequel le peuple n'avait cessé de lutter, prétendant avoir sa part au gouvernement. Lycurgue , pour accorder les deux partis, établit a Sparte une démocratie tempérée par l'aristocratie. Par là, il fit entrer les grands et le peuple en partage de l'autorité souveraine avec le roi. (Isocrvtet m Panaihen. ) L'éducation de l'héritier de la couronne demandant un soin particulier, ses instituteurs devaient être choisis parmi les personnages les plus intègres et les plus éclairés. L'instruire de la morale et des loi' et le former aux exercices militaires étaient leurs principales obligations. Quoique la couronne appartînt de droit a l'aîné de la famille royale , cependant il était exclus de ce droit lorsque des difformités naturelles l'avilissaient aux yeux du peuple. Cette exclusion néanmoins fut beaucoup restreinte uAns la suite , comme on le verra è l'article du roi Agésilas. Un air grave et une grande retenue dans ses discours étaient ce qu'on recommanda.! le plus au jeune prince. Lycurgue avait extrêmement borné Paulonlé des rois en tems de paix et l'avait presque réduite à celle de premiers citoyens. Va sénat composé de a« vieillards, gérante*, qui devaient avoir chacun soixante ans, maintenait l'équilibre dans le gouvernement. Ils se rangeaient du côté des rois, quand le peuple voulait si rendre trop puissant ; et ils fortifiaient le peuple, quand les rois portaient trop loin leur puissance. Mais en tems de guerre , l'autorité du roi n'avait presque point de limites , et tenait du despotisme. Le culte religieux des Lacédémoniens tenait de la simplicité de leurs mœurs et de la force de leur caractère. Lear* temples , proprement entretenus, étaient dénués de tous ornements superflus. Leurs divinités , jusqu'à Vénus , étaient représentées te casque en tête. Les prières qu'on leur adressait avaient pour objet la punition du vice et la récompense de la vertu. La sévérité avec laquelle on élevait les jeunes gens, tendait è fortifier leur tempérament et è les rendre propres è soutenir les

Ïilus rudes travaux dans un âge plus avancé. On exigeait d'eux a même retenue dans les discours que dans les actions. Point de paroles superflues n'étaient permises pour expliquer sa pensée, ce qui introduisit dans le langage des Spartiates celle précision qui les distinguait et qu/on nomma Laconisme.

Pour bannir de sa république l'indigence et l'amour des richesses , Lycurgue vint à bout de persuader è tous ses concitoyens de mettre en commun tous leurs fonds et d'en faire un partage égal entre eux. H porta enfin un coup mortel è l'avarice en donnant l'exclusion è la monnaie d or et d'argent dans le commerce et ne permettant que celle de fer , en sorte qu'il fallait une paire de bccufi pour traîner un talent de Lacédémone. La communauté dans les repas fut encore un point important que Lycurgue crut devoir établir. Ces repas se prenaient dans des salles où l'on était distribué de quinte i quinze. Chacun y apportait une certaine quantité de farine, de vin, de figues avec quelque monnaie pour acheter de la viande. La frugalité régnait dans ces repas que l'on égayait par des questions qui roulaient tantôt sur des matières de morale ou de politique, tantôt sur le mérite de ceux qui s'étaient distingués par des actions mémorables. I<e principal et presque l'unique ragoût qu'on servait sur ces tables était une sauce noire dont les Lacédémoniens faisaient grand cas et qui ne flattait pas également le goût des étrangers.

CHRONOLOGIE HISTORIQUE

Voila en raccourci lé Beau cillé de la législation de Lycurgue. Mai* que penser de ces cxcrcicesde la lutte où il pcrmettaii i ' jruoeise de l'un el de l'autre sexe , de combattre entembli corps entièrement nui? Que penser ausri de ce* robe* extrêmement courtes et frndne* de* deui cotes , qu'il donnait au ClIes? Combien la pudeur n'élait-elle pas offensée par de sem blablet licence* ï Aussi les Lacédémonicunes ne se piquaient elle* pas de chasteté. La liberté que ce législateur donnait au» hommes de se prêter mutuellement 'leurs femmes , montre combien il connaissait peu la sainteté et le* devoirs du mariage. La nature et la raison ne sont pas moins révoltée* de la

Sermission qu'il donnait am pères et aux mères de noyer an» le fleuve Ëurotas le* enfants qui leur naissaient avec des défauts corporels qui ne promettaient pas clè»*cïtoyens utile* a la patrie. Le vol (qui le rroira!) entrait dans les institutions de Lycurgue. Dérober avec adresse et sans se laisser surprendre , était une action , selon lui , qui prouvait l'industrie et ne méritait que des éloges ; c'est-à-dire que ootre fameux Cartouche eût été un grand maître a Lacédémone. Mais malheur au voleur qui était surpris en flagrant délit , la honte et )e châtiment étaient le* suites de sa maladresse. On raconte à ce sujet qu'un jeune Lacédémonicn ayant volé un renard et l'ayant caché sous sa robe, se laissa dévorer le ventre par l'animal pour n'être pas découvert.

Platon et Arisiote comptent encore parmi les vices de la législation de Lycurgue les rigueurs de la servitude a la-

3uctlc le* Spartiate* avaient réduit le* Ilote*. Ce nom vient 'Lieu , ville de Laconie, dont les Spartiates s'étant empares (on ne peut dire en quelle année ni sous quel régne), condamnèrent a l'esclavage ses habitants avec défense de les vendre a des étrangers et de les mettre en liberté. Celaient des fermiers perpétuels des Spartiates , chargés de cultiver leurs terres, moyennant uoe contribution annuelle et Cic. Les arts mécaniques étaient exercés par eux seuls ; car un Spartiate se serait cru dégradé en «appliquant a d'autre métier qu'a celui de* armes, en sorte nue hors la guerre et dans la paix il vivait dans une continuelle oisiveté. Le nom d'Ilotes devint commun dan* la suite à tous les esclave* que le* Spartiates firent a la guerre. Le nombre de ces esclaves s'étant considérablement augmenté leur inspira le dessein de se révolter. Ou aggrava leur joug après les avoir réduits; et ce fut Lycurgue , suivant le* auteur* cités, qui leur imposa des lois si terribles, que chaque jour, pour ne pas oublier leur condition, ils recevaient un certain nombre de coups de fouet , outre que pour les distinguer des homme* libres, on leur faisait porter des bonnets de peau de chien el des habits de peau de brebis. Pour comble de barbarie , on avait imaginé a Sparte ce qu'on appelait la Cryptie. Voici en quoi elle consistait. Lorsque la trop grande multiplication des esclaves faisait craindre une révolution , on armait de poignards de jeunes gens vigoureux et hardis , avec ordre d'aller exterminer ces malheureux , soit en les massacrant de nuit , soil en les poignardant de jour pendant qu'ils étaient occupés a leur ouvrage, sans avoir contre eux le moindre sujet de plainte. Plularquc, grand admirateur de Lycurgue, prétend que tout ceci est postérieur au tcms.de ce législateur. Quoi qu'il en soit , Lycurgue, après une longue expérience , voyant ses lois cheminer heureusement , s'avisa crun expédient singulier pour leur assurer une éternelle consistance. Ayant convoqué l'assemblée du peuple il lui déclara que ne trouvant rien a changer dans sa législation , il y voyait néanmoins un nouveau point a ajouter , mais un point de si grande importance qu il ne pouvait s'en expliquer avant d'avoir consulté l'oracle de Delphes; qu'étant près de se meure en marche pour avoir la réponse de la divinité , il exigeait que tous les Spartiates s'obligeassent par serment a garder fidellement toutes les lois qu il leur avait données ; ce qui lui ayant été promis d'une voix unanime, il partit pour Delphes, où la Pylhonisse, au nom d'Apollon, scella de son approbation avec de grands éloges le* loi* qu'il avait établie*. Alors se croyant au comble de ses veaux , loin de penser a reprendre la route de sa patrie , il résolut de finir ses jour* a Delphes même , de peur que son retour ne dégageât les Lacédémonirnsdu serment qu il* lui avaient fait. C'est ce qu'il exécuta, dit -on, en se laissant mourir de faim. L'époque de cet événement est un de* point* historiques les plus controversés. On peut voir le détail des différentes opinions a cet égard dans le 9*. tome de V Histoire de» Empires , de M. l'abbé Guyon , pas. 307-309. Ce qui paraît certain . 1 c'est que Lycurgue publia successivement se* loi* *ous le* j régnes de Chanlaus , vers l'an 884 avant Jésus-Christ , et d'Archelaiis qui fut son collègue.

duquel le»

villes v<

successeur Telxclis, sous le règne ns se rendirent maîtres de trois de la Laconie, Amyrlès , Pharis et Gérant hres. A Trleclus qui fut tué par les Messéniens dan* un temple

de Diane (on ne sait à quelle occasion ni en quelle année'), succéda Nicandre, son fils, qui ne se rendit célèbre qu'en faisant de grands ravages dans l'Argolide.

A lc amène, fils dcTélrclus, le remplaça sur le trône des Lacëdémoniens. Ce peuple avait dès-lors acquis une si gn ' réputation de sagesse, que les Crétois étant divisés entre sur quelques place* que des voisins leur disputaient , les choisirent pour arbitre* de leurs différents. Charmidas, l'un des plus distingué* de Lacédémone, leur ayant été envoyé , appaisa les deux partis en leur persuadant d'abandonner quelques places qui leur étaient moins nécessaires, poor«n conserver d'autres qui avaient de bons ports , leur promettant d'ailleurs les secours de sa république.

LISTE CHRONOLOGIQUE

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