LA SICILE RENTRÉE SOUS LA DOMINATION DES TYRANS
Dehïs de Syracuse, Gis d'Hertnocrate , simple greffier et bourgeois du dernier rang , naquit probablement dans 4a première année de la guerre du Péloponèsc; mais non, comme l'avance Plularque, sur la fin de la quatre-vingt-
douzième olympiade, ou pendant la quatre-vingt-lrcist imeot le tems où il se livrait a I
puisque c était précisent son ambition et en recueillait le fruit.
40S. Dans l'assemblée publique qui se tînt * Syracuse après la prise d'Agrigenle , Denys , plus hardi qu'aucun autre , accuse les généraux et les magistrats syracusains de trahison, et opine a les déposer. liinvective contre les riches, et se concilie, par ce moyen , la populace qui cause ordinairement les révolutions. Son discours est applaudi. Les magistrats sont déposes ; on en nomme d'autres; Denys est du nombre. Il cherche bientôt i décrier ses collègues dans l'esprit du peuple, et y réussit. Les exilés sont rappelés, et rentrent dans Syracuse. Denys se transporte i Gela avec deux mille hommes d'infanterie et quatre cents chevaus. Il se comporte ici comme a Syracuse. Les riches sont arrêtés; on fait leur procès; ils sont condamnés à mort , et leurs biens confisqués au profit du public. Denys, avec l'argent qu'il tire de cette confiscation, paie ce qui était du aux Lacédémoniens , et promet aux troupes sjracusaines la double paie. Déjà le plus grand nombre est pour lui et le regarde comme un sauveur. Il rentre dans Syracuse au moment où tout le peuple sortait du théâtre, reproche mx magistrats d'amuser les citoyens par de vains spectacles , lorsqu'on faisait a Carthage des préparatifs extraordinaires contre Syracuse, de s'emparer des fonds publics pendant que les troupes manquaient du nécessaire , et finit par déclarer, que, pour n'être point réputé complice, il se démet de sa dignité.
Le lendemain , l'assemblée le nomme généralissime avec un pouvoir absolu. Aussitôt Denys ordonne à tous ceux qui étaient en âge de porter les armes , de se rendre, avec des vivres pour trente jours , dans la ville de Leontium. Tous les fugitifs , tous les exilés et ceux qui n'avaient rien à perdre viennent se ranger sou* ses drapeaux. Denys étant arrivé près de Leontium , pendant la nuit , des gens qu'il avait aposlés, font beaucoup de bruit dans le camp. Le lendemain il expose dans l'assemblée qu'il avait couru le danger d'être assassiné la veille , et demande qu'il lui soit permis d'avoir six cents est
mille
fortune dépendait de celle de' leur nouveau maître. Une
Bir six cents gardes auprès de sa personne, ce qui lui accordé sur-le-champ. Parmi ses troupes , il choisit e homme* d'une valeur éprouvée, et dont toute la ine dépeuJait de celle de' leur nouveau maître. Une
partie de la garnison qu'il avait envoyée i Géla , se auprès de lui. Denys, avec cette suite, entre dans Syra épouse la fille d'Hcrmocrate , donne sa somr Thesla en mariage i Polyiène , frère de la femme d'Uermocrate, et convoque ensuite une assemblée du peuple, où il fait condamner a mort Daphnée et Démarque , les chefs de ceux qui s'opposaient à ses desseins. Les plus sensés de ceux de Syracuse, reconnaissent qu'ils se sont trompés, que Denys n est pas un citoyen bien intentionné, mais un tyran qui veut être obéi ; et ne voyent plus de remède a l'erreur que dans le secours des Carthaginois. Imilcon, qui ne croyant
Elus avoir besoin d'Agrigenle , l'avait détruite , avait pillé • pays de Géla et de Camarine, et assiégeait actuellement la ville même de Géla. Denys marche au secours de la place avec quarante ou cinquante mille hommes et use flotte de cinquante vaisseaux; il entre dans Géla dont il fait sortir les habitants, et en sort lui-même pendant la nuit, y laissant deux mille hommes, avec ordre d'allumer de grands feux et de faire beaucoup de bruit. Les Cartha
ginois , s'apercevant du stratagème , entrent dans Géla ,
CHRONOLOGIE HISTORIQUE
pillage. Oman ne subit le même sort. Denys, qui s'y était retiré, oblige 1rs habitants Je gagner Syracuse. L armée s'irrrit* contre le tyran , et le soupçonne d'intelligence avec les ennemis. Des cavaliers de Syracuse , résolus de le tuer, TOot droit i son palais, le Aillent et commettent contre sa femme des indignités si affreuses qu'elle se donne la mort. Denys arrive, entre dans la ville, fait égorger une partie des habitants, pille leurs maisons, et oblige les antres de s'expatrier. Cependant Imilcon , quoique victorieux, recherche la paix. (404.) Elle se conclut aux conditions que les Carthaginois resteront non-seulement en possession Je leurs anciennes conquêtes, mais encore des pava des Sicaniens, des Selinuniins, des Agrigenlios , des Himéréens , etc. , et que les Syracusaius se soumettraient à Denys.
Denys, songeant a mettre tes Syracusains hors d'état da recouvrer leur-liberté , fortifie Syracuse qui était déjà trèsforte , et fait an nouveau partage des terres , dont les meilleures sont adjugées à ses amis et à ses créatures , ainsi <]ue les maisons de l'île. Néanmoins , l'amour de la liberté et La haine de la tyrannie subsistaient toujours dans les cœurs. Dorique , l'un des principaux officier» de Denys , emploie d'abord les menaces et ensuite les violences pour etouITtr la première fermentation. L'ayant mis a mort, les mécontent» s'emparent d'Epi pôle, le poste le plus avantageux des environs de Syracuse, et envoient demander aux Messiniens ou Rhégtens du sec est enfermé dans Pfle sans ei mise a très-haut prix. Le tvrar et demande permission tout ce qui fi
une joie incroyable. Pendant cette négociation, douze cent* Camnaniens que les Carthaginois avaient laissés en garnison dans La Sicile et trois cents soldats étrangers , sollicités par Denys, arrivent, surprennent les mécontents, en tuent plusieurs , et parviennent jusqu'à Denys. Le tyran fait avec eux une sortie sur ceux qui te tenaient enfermé et les met en fuite. Les Lacédémouiens, quoiqu "ennemis déclarés de Is tyrannie , n'ont pas hostie de favoriser le parti de Denys qu'ils voulaient mettre dans leurs intérêts. \jt tyran te fortifie de mieux en mieux , et se met a couvert de toute entreprise nouvelle, soit en augmentant les fortifications de sa citadelle, soit en désarmant les Syracusains, soit «a prenant à sa solde des soldats et des gardes étrangères.
4o3. Denys, pour exercer ses troupes, se propose de frire i », conquêtes rur ses voisins. Il die "suite la li-
j'ils obtiennent. Denys pouvoir sortir ; sa tire est députe vers les mécontents , de' sortir de la ville et d'emporter ppartenait. Sa proposition est reçue avec
réduire; reçoit la ville de
les Herbibains qu'il ne peut qui lui est livrée par le de Nsxe, par le
rend maUre par argent; compose
geoisie dans Syracuse da Rhéee ou "
roi cèdent leur patrie pour le droit de sait un aces
Dans le dessein de chasser tous les Carthaginois de
inés a ce
qu'il
la Sicile, Denys tait des préparatifs proportion - ; il se procure tout autant de * Minant une grosse paye, et le cœur de ses sujets , et pour n'être es voisins. Afin même de se lier plus tient à eûx, il demande aux habitants de Rhége une leur ville en mariage. Celle du bourreau lui ayant été offerte, les Locrianslui accordent Dons, fille d'Kxéncste, un de leurs plus illustres citoyens, après le refus d'Aristide, intime ami de Platon , qui déclara aimer mieux voir sa fille morte qu'épouse d'un tyran. On célèbre à Syracuse, dans le même jour, les noces du prince avec Doris et avec Arislomaque , fille d'Hipparinus , le plus considérable des Syracusains (3o8). Dons ent l'avantage de donner, la première, un fils a son mari. Sa mère soupçonnée d'empêcher par des maléfices Aristomaque de concevoir, fut mise à mort par ordre de Denys. Cette Arislomsque était sœur de Dion , le plus digne disciple de Platon. Le crédit de sa sœur devenue mire , et son mérite connu lui concilia l'estime et la confiance de Denys dans les affaires les plus Importantes, quoiqu'il ne cachlt point la haine qu'il portait a la tyrannie. Fous ntgnn, disait-il un jour a ce prince, et on te fie à mis à cause de Gé/m ; mais è cause de tous on ne se fiera nius à personne. Les discours du philosophe ne firent pas sur l'esprit du tyran l'impression qu'il s'en ««—m™»
397. Tous les préparatifs de guerre étant achevés , Denys envoie signifier a la république de Carthage , que les Syracusains lui déclareraient la guerre, si elle ne rendait h liberté a toutes les villes grecques de Sicile. Carthage, quoique réduite par la peste è un état pitoyable , se décide a employer toutes ses forces pour ta conservation de ce qu'elle possédait en Sicile. Denys , se tenant assuré de la coopération de plusieurs villes , commence le siège de Motya , et en donne la conduite a sou frère Leptine ; après quoi il va lui-même , avec l'armée de terre, attaquer les places des alliés de Carthage qui se rendent presque toutes; revient devant Motya , prend la ville de force , tait crucifier tous les Grecs qui s'y trouvent, et y établit une bonne garnison. Sa Botte n'est pas si heureuse; les Carthaginois la surprennent, brisent une partie de ses vaisseaux, en brûlent plusieurs, et poussant toujours en avant, prennent par trahison la ville d'kryx, et s'emparent enfin de Messine, qu'ils détruisent de fond en comble ; de- La , Imilron marche droit à Syracuse ( S36 ). Denys fait attaquer sa Ilot te près de Catanr. I^rptine, dans
'ot*
cette attaque , de ne point diviser se
fierdent dans cette si lommrs. Imilcon fai vaisseaux de guerre, charge dans le part 1
s foi
irdre qui lui Les Svracusait
rtion rfnl
tr sa flotte, 1 d'une ml
avait été donné , is sont battus, cl isseaux et deux mille ni était de huit cents ilé de bâtiments de nt que son armée de terre se range en bataille. Mignn, officier carthaginois, s'empare du petit port et de celui deTrogile. Imilcon, durant trente jours , taisant le dégât autour de Syracuse , sè rend maître du faubourg de l'Acradine, pille les temples de Cérès et de Proserpine , place sa tente dans celui de Jupiter, et cesse dès ce moment d'avoir aucun sucrés. Cinq galères syracusaines enlèvent un bâtiment chargé de hlé pour les Carthaginois. Ceux-ci envoyent quarante vaisseaux contre ses galères; alors toute la flotte de Syracuse s'étant avancée , on en vient a une action. La galère amirale de Carthage est prise avec vingt-trois autres vaisseaux ; les autres sont poursuivis jusqu'au gros de la flotte, qui n'ose accepter le combat. Les Syracusains , enflés de celte victoire , Se reprochent les uns aux autres de souffrir plus loog-tems , parmi eux, Is tyrannie. Phamacide, envoyé par les LacéJonimteris , leur déclare qu'il est venu pour secourir Syracuse et Denys, mais non pour détruire l'autorité de celui-ci. Denys comprenant qu'il était de la dernière importance pour lui de gagner l'amitié du peuple, s'y applique plus que jamais.
Les Carthaginois étaient cependant toujours aux environs de Syracuse; une peste terrible se met dans leur camp. Denys averti de leur triste état, les tait attaquer par mer et par terre. Leur flotte surprise , ne fait aucune résistance. La plopart de leurs galères sont brisées ou coulées a fondiquarante qui étaient a l'ancre sont brûlées, et le feu se communique aux vaisseaux de charge qui en étaient voisins. Denys ordonne à mille étrangers, dont il élsit mécontent, d'attaquer l'armée de terre. Ils commencent l'attaque , pendant laquelle il les , et tous sont lues. Quatre jours après, Imilcon de Denys , moyennant trois cents talents , la perde se retirer avec quarante vaisseaux , remplis de
alliés de Carthage, irmes et demandent capituler. Denys les fait prisonnier. Imilcon de retour d'une expédition qui avait coûté a Carthage la vie de cent cinquante mille hommes, s'enferme dans sa maison , et s'y laisse mourir de faim.
3g4. Denys, toujours inquiet pour sa sûreté, casse tes troupes étrangères, et en prend de nouvelles i son service. Après avoir rétabli et repeuplé Messine , il assiège Tauromenium. Le siège dure tout ITiiver, el pense coûter la liberté et la vie à Denys, qui est i la fin contraint de le lever. Les Agrigenlios et les Mestiniens quittant alors son alliance , reprennent leur indépendance, et chassent même ceux qu'ils croyent trop attachés au tyran. Denys, pour faire valoir ce soupçon, épargne les terres de ceux-la, et envoyé même secrètement è Messine un soldat pour leur porter de l'argent. On les arrête; on se met en devoir de punir ces traîtres prétendus ; ce qui donne lien i une sédition, dont Denys, pro filant pour s emparer de la viHe, sé félicite d'avoir su joindn la ruse i la *
Carthaginois seulement, Les Siciliens, se voyant abandonnés, mettent bas les quartier. Les seuls Ibériens ofïrent de
quartier, prend à sa solde; tout le reste
3g3. Les Carthaginois , revenus de la avait jetés le mauvais étal de leurs affaires , eu Sicile , faire des courses du cûté de
DE LÀ S1C1LK
ch« a ta rencontre. Les Canloginoi» «ont baUui, et Uiase»! huit cent* homme* sur U place; Ut autres te retirent a Auacène. Le tyran retourne à Syractate , d'où étant parti peu après avec une Botle de cent vaisseaux, U va brûler les portes de Hhege pendant la nuit, «t se dispose a escalader le» murs. Pendant que les hahitania s'occupent a éteindra la feu , leur générai filons empêche l'ennemi d'entrer. Denys , après avoir ravise le pays, cornent a une trêve d'un an, e sa til^ Ligue des Giecs d'Italie pour lui ~
39a. Magon assemble une année de quatre - vingt mille hommes, auxquels Denys n'en peut opposer que vingt mille. Agyris, roi des Agyrinecus,le plus puissant prince de Sicile après Deoys , lui fournil des troupe* et des vivre*. La çuerre commence. Le* Carthaginois ne ae trouvant point en état de la continuer, font avec Denys un traite par lequel ils lui cèdent le pays de Tauromeniunt, d'où il (.-liasse les Siciliens, auxquels il substitua l'élite des troupes qu'il avait i sa solda.
390. La trêve avec Rhége élaat expirée, Denys va désoler ce pays avec une flotte de cent vingt vaisseaux , et une armée de vingt mille hommes de pied. Les peuples d'Italie en envoycm une de soixante au secours des Rhegiens. Denys l'attaque avec cinquante galères. Le vent lui est défavorable ; son vaisseau pense £tre coulé a fond et ne ae sauve qu'a la laveur de la nuit. Mécontent de ce que Leptine , *on frère , avait réconcilié les Lucaniens avec leurs voisins , il lui ôte sa place d'amiral pour la donner * ThéariJe , son autre frère. La première expédition du nouvel amiral, est d'aller prendre dix vaisseaux de Rhége auprès des îles de Lipari*
389. Denys passe en Italie, et vient mettre le siège devant Csulonia , près de Locres. Eloris accourt avec vingtcinq mille hommes de pied et deux mille chevaux. Denys avait beaucoup plus de monde. Eloris est tué avec ceux qui l'avaient suivi. Le reste de l'armée prend la fuite. Les byracusains le poursuivent et font un grand carnage. Plusieurs Locriens se retirent sur une hauteur , où "ennemi les entoare, et l'eau leur manquant, ils aont obligés de se rendre h discrétion , au nombre de dix mille. Denys leur rend la liberté, 1 leur grand étonnement, sans au rançon. Ensuite il s'empare de tout le pays des Locri et attaque les Crotoniates, qui se de courage. Il conclut un traité d'alliance avec les Gaulois qui avaient brûlé Rome , et en obtient des secours pour continuer la guerre en Italie. Quelque temps après il accorde la paix i toutes les villes italiennes qui s'étaient déclarées contre lui , et en reçoit des couronnes d'or en présent. Rhége n'est pas exceptée ; mais il en exige trois cents talent*, cent otages et soixante-dix vaisseaux. (388) Lestiabi tants d'il ippooiam et de Caulonia sont transportés a Syracuse.
3rW. Les Carthaginois ayant réparé les désordres causés par ta peste , envoyenl en Sicile une nouvelle armée, sous la conduite de Hannon. L'histoire n'a point conservé le détail de cette expédition.
Le conseil de Rhége refuse des vivres i Denys. Ce prince prend ce refus pour une déclaration de guerre ; en conséquence il renvoie les otages , et va faire le siège delà ville. L'attaque et la défense, sont très-opiniâtre*. Denys manque une seconde fois d'étra tué. Le siège avait déjà duré
lé
La famine gagne la ville, et lés habitants sont obliges de se rendre à discrétion. Phyton, qui commandait dans Kriége , est traité par le vainqueur avec la plus grande barbarie et les insulte* le» plu* outrageâmes. Son fils et toute dans la mer avec Ui.
385. Denys fonde des colonies dans la partie de l'Italie située sur la mer Adriatique. Désirant étendre de la ses conquête* dans TEpire , il fait alliance avec les 11 ly riens et avec Akelas, roi dé* Molosses, chassé de se
(1) Parmi le-» po^tt» qu'il admettait a ta tamiiUrill, i] y en avait an, nommé Phîloxène, qaî t'était fait beaucoup de réputation par I4>, 3 i thyrarohe», sorte de poésie lyrique où dominait l'enthousiasme. Pluloièoe , ayant entendu la lecture que Dent» irait fait faire à sa table d'une de ce» pièce» de «a façon , ne pat eitrirnaler te qu'elle lui Inspira*. Le tyran . irrité de cette franc»», d. jaloum , ordonna qu'on ht menât ans Carrière». Ml
«Érace, il fut rappelé. Quet-
sujets. Vers le
tenu (381) il tait une irruption subite
dans l'Etrurie , sous prétexte de donner la chasse à des corsaires, et va piller dans le faubourg d'Agyles , en ce paya , un très-riche temple , dont les dépouilles l'enhardissent i reprendre 1* dessein d'enlever aux Carthaginois ce qu'ils possédaient en Sicile. • - .
383. Magon , l'un des sufTelesde Carlhage , passé en Sicile pour s'opposer aux desseins de Denys. Il y a une action trèa-vive entre les deux armées , pré* de Cabale. Dit mille Carthaginois sont tués avec leur général , cinq mille 'sont faits prisonniers , le reste se sauve sur une hauteur que Denys fait investir; contraint de. capituler, le vainqueur leur impose des conditions sur lesquelles ils requièrent le lems de consulter leur république. Les Carthaginois, ce» pendant , envovent une nouvelle armée sous Ta conduite de Magon le nia. Elle rencontre celle de l'ennemi près de Cronium. Denys est entièrement défait. Leptine, son frère , reste sur le champ de bataille avec quatorae mille Siciliens. Le vaincu achète la paix au prix de mille talents et de la cession de tout le pays au-delà de l'Hatyce,
qu<
du terroir d'Agrigenle.
368. Plusieurs années après ce traité , Denys vent encore proGter de la désolation causée chex les Carthaginois par une nouvelle peste. Une armée de trente mille Siciliens , de trois mille chevaux et de trois cents vaisseaux, prend Sé— linunte, Enlelle et Eryx. Mais elle est obligée de lever le siège de Lilybée. La flotte de Denys est surprise par celle des ennemis, qui lui enlèvent trente vaisseaux. Les deux partis, la* de la guerre, font encore la paix.
La passion favorite de Denys, après Pauibilion, était celle de bel esprit. Elle lui Gt essuyer bien des mortifications, et lut enfin l'occasion de sa mort. Ses vers sont méprisés par deux ibis a Olympie, dans l'assemblée qui devait décider du prix de la poésie (1). Ses chariots , conduits par son frère Tbcaride, étant entrés dans la lice, sont emportés au -delà des bornes, ou se brisent les uns contre les autres. Plus heureux 1 Athènes , une de ses tragédie* y remporte le prix. On célèbre cette victoire i Syracuse par des réjouissances et de* festins. Denys y boit et y mange uni qu'il tombe malade. Pour empêcher qu'il ne fasse quelque changement aux dispositions dcii arrêtées de sa part, en faveur de Denys, fils de Dons la Locrienne, , sous le prétexte de l'aider a dormir, lui ! potion si forte , qu'il en meurt âgé de soixante trois ans, dont il avait régné trente-huit. Sa femme Doris lui avait donné avec Denys le jeune , une fille nommée Théoride, et une autre appellée en grec Uicaiosyne (justice). Aristomaqoe, aoa autre femme était mère de deux garçons, Narséc, Hipparin, et de deux filles, Sophrosine et Arête ( noms grecs qui signifient sagesse et vertu): l'une mariée à Denys le Jeune, et 1 autre a Thécride.
Denys avait un génie capable de former les projets les plus élevés, avec toutes les vertus et les vices nécessaires pour les exécuter. U était bon par humeur, et par intervalle l'injustice et la cruauté ne lui coûtaient rien , quand il les jugeait utiles i raffermissement de son pouvoir. Il serait difficile de compter le nombre de ceux qu'il fit périr. Sa propre mère fut étranglée par ses ordres. Son
e que , jaloux
Quoiqu'heu- , Denys fut toujours vraiment malheureux , parce que, comme tous les tyrans, il avait toujours a trembler pour sa vie. Sans foi, sans aucun respect pour la religion, il pillait les temples et les autels de* Dieux, fin un mot , Denys fut un trèsméchant homme, mais un très-habile tyran.
Dents II, ou le Jeune, Gis de Denys I, est reconnu pour son successeur sans opposition, et trouve les affaires du royaume dans l'état le plus florissant. Il
frère Leptine ne fut taillé en pièces , que parce que., jaloux contre lui, il l'abandonna aux ennemis. Quoi»
CHRONOLOGIE HISTORIQUE
règne par se concilier l'amitié do peuple, en donnant la liberté * trois mille prisonniers, en déchargeant Syracuse de tous impots pendant trois ans, etc. l>e$ courlUani licencieux débauchent le jeune prince mal élevé, et très-enclin de ton caractère i la rolupté. Dion; ton gouverneur, trop austère, tara douceur, sans affabilité; mai* grave, sage, généreux, libre ami do vrai, capable de bons conseils, et plein de probité, déplaît aux malheureux flatteurs. Cependant, il persuade au roi de faire venir Platon à sa cour. Philiste , l'historien , y avait déjà été rappelé. Platon est reçu avec les plus grands honneurs. Denys se montre d'abord docile aux leçons du philosophe. La cour est réformée en peu de terns, ou du moins le parait ; mais les Batteurs n'en sont que plus ardents a perdre Dion dans l'esprit do prince, persuadés que sa raine serait celle de Platon. Ils y réunissent. Dion devient suspect . et se voit condamné a l'exil sans qu'on lui donne le Ions de s'expliquer. Platon prévient la disgrâce, et retourne en Grèce. Néanmoins, peu de terns après, U se laisse persuader de revenir en Sicile (36o> Sa présence pendant une année, y est aussi inutile qu'auparavant. ArUtippe, philosophe (si l'on peut donner ce nom a un Homme qui plaçait le souverain bien dans le plaisir), plus capable de plaire, était bien mieux goûté du prince, qui voulait avoir des philosophes i sa cour, non qu'il les estimlt , mais pour être estime a cause d'eux.
358. DiOlt étant tout-a-fait perdu dans l'esprit de Deoys, celui-ci ne garde plus aucune mesure avec lui, et marie Arête, qui était la femme de Dion, i Timocrate. Dion l'ayant appris , se détermine dès-lors a la guerre. Speusippe , neveu de Platon , l'assure de la disposition des Syracusains. Plusieurs personnes considérables dans l'état, CI même des philosophes, se joignent a lui. Après une navigation de qumre jours, où ils avaient manqué tous de périr, ils arrivent dans le port de Hinoa, petite ville de la domination de Carihage, dont Synalus, OU Pjralus, ami particulier de Dion, élail commandant. Denys était pour lors en Italie. Dion s'y présente avec un petit nombre de soldats mal armés, mais pleins de courage. Les plus importants de la ville , vêtus de robes blanches, vont le recevoir aux portes. Le peuple suit l'exemple des grands , et assomme a coup de bllon les espions du tyran. Timocrate, a qui Denys avait confié le commandement de Syracuse , prend un cheval et sort tout effrayé. Les Syracusains ravis d entendre Dion, l'élisent, lui et son frère, capitaines généraux avec une autorité souveraine. Il s'empare du château d'Epipoles , et s'y fortifie. Denys arrive sept jours après par mer (35?) , et tait attaquer la muraille dont Dion avait environné la citadelle. Le combat est des plus vifs ; Dion qui le soutenait avec une intrépidité au-dessus de son Age déjà avance , manque d'être pris ou tué ; mais il fait tourner de son côté la victoire long-lems douteuse. Denys perd dans celte action huit cents hommes, et Dion soixante-qoatorse seulement. Le tyran, retiré dans la citadelle, y est assiégé. Philiste, son capital ne-général, "élait occupé à réduire les Léonlins , et n'y réussissait pas ; Héraclide venait de remporter, sur mer, une victoire complète sur les troupes de Denys (356). On ne sait si Philiste put venir au secours de son prince; mais Simonide qui était alors a Syracuse, rapporte que ce capitaine fut pris en vie par les Syracusains, qui, après lui avoir coupé la léte , firent mille indignités sur son corps : ce qui donna lieu de croire que ce secours fût au moins inutile a Denys. Celui ci, en effet, veut composer avec Dion, qui refuse ses offres. Denys s'évade, par mer, de la citadelle, où il laisse Apollocrate, son fils aîné, et se retire a Loues. La. il fait éprouver pendant six ans, aux Locriens, tout le poids d'une tyrannie cruelle et abominable ; mais pendant son absence, les I/jcriens se jettent sur ses soldais, les tuent, et mettent en prison sa femme, qui était aussi sa sosur, et ses filles , qu'ils font ensuite mourir après leur avoir fait essuyer toute sorte d'horreurs.
Les Syracnsains, très-mécontents de ce quliéraclide avait laissé échapper Denys, se laissent apaiser par un nouveau partage de terres qu il leur propose. Dion conteste ce partage; c'en est assez pour indisposer les Syracusains contre
luu 11 se retire chex les Léonlins, qui le reçoivent avec de grandes marques de distinction. Cependant la citadelle, pressée par la faim, était sur le point de se rendre. Nypsius, général de Denys , arrive a propos de Naples , avec une flotte chargée d'argent , de blé et de soldats ; elle est attaquée parles Syracusains , qui remportent l'< étaient occupés a s'en réjouir , -
, rue rsi juacjurc par
liage. Pendant qu\ls ie s ils n'eussent plus
partage de terres, cassé par Dion , l'expose i a la naine du peuple. fléraclide beaucoup
rien a craindre , Nypsius se rend maître de la citadelle, faii entrer dans Syracuse dix mille soldais, qui tuent les habitants i demi donnants, pillent les maisons et mettent tout en feu.
patrie. Ses soldais mènent en fuite ceu» de Denys, qui se retirent dans la citadelle, ou sont taillés en pièces. Héraelide et Théodore, auteurs principaux de tous les mouvements séditieux , se mettent à la discrétion de Dion. Le prince philosophe les traite avec une générosité imprudente, et répare le mur construit autour de la citadelle.
Un nouveau pai encore une fois
plus populaire , recommence ses menées et ses cabales. Ce^pendant Gssile, de Lscédémooe, le réconcilie encore avec Dion, et ils continuent, de concert, le siège de la citadelle ; enfin, Apollocrate se voyant sans ressource et sans espérance, capitule avec Dion , qui lui permet de s'en aller avec sa mère, ses soeurs, et ses effets , auprès de Denys. Dion revoit avec tendresse, et sans reproche, sa femme, que le tyran avait fait passer dans les bras de Timocrate.
Après ce grand succès, Dion vit a Syracuse avec la même simplicité qu'un particulier, et permet néanmoins qu'Héraclide, dont l'ambition ne pouvait souffrir le repos, soit mis a mort. Dion lui fait des funérailles magnifiques, et apaise par-la le peuple fort attaché è Héraclide.
Calippe, a qui sa valeur avait acquis une grande réputation , et très-lié jusqu'alors avec Dion , forme le projet de se rendre maître de Syracuse. Dioo , qui aurait mieux aimé mourir mille fois que de vivre dans une défiance continuelle , non-seulement de ses meilleurs amis , mais même de ses ennemis, n'avait aucun soupçon contre Calippe. Celui-ci, sachant que la sœur et la femme de Dion le soupçonnaient beaucoup , par les recherches exactes qu'elles avaient fait faire de sa conduite , leur proleste , avec des serments terribles, qu'il n'a que des vues innonocentes et l'affection la plus sincère pour son ami et son nouveau maître. Le propre jour de la flte de Prosepine (354) » 'rs complices Je la conjuration formée par Calippe, environnent la maison de Dion ; des soldais zacinthiens , destinés a le tuer , entrent dans sa chambre basse en simple tunique , et sans épée , se jettent sur lui , et ne peuvent l'étouffer; Lycon de Syracuse Irur donne par la fenêtre un poignard , dont ils égorgent Dion.
Calipte , après cet horrible assassinat , s'empare de Syracuse et y exerce l'aulorité souveraine pendant treize mois. On ne connaît pas exactement l'usage qu'il en fil On lit seulement que Leptine et Icétas , sachant qu'il avait mis garnison dans Rhége , la chassèrent , et rendirent la liberté à la ville; que voulant soumettre Catane il perdit Syracuse , dont Hipparin , frère de Denys , s'empara ; que Calippe marcha ensuite contre Messine, où il perdit beaucoup de monde; qu'enfin aucune ville de Sicile ne voulant le recevoir , en haine de son crime (353) , il se re tira à Rhége , ou il vécut pauvrement , jusqu'à ce qu'il fut assassiné par Leptine et Polypercbon.
Hipparin conserve pendant deux ans l'autorité souveraine à Syracuse , après La retraite forcée de Calippe , les Syracusains n'ayant point profité des avis du sage '
35o. Nypsius, l'on des généraux de Denys , s'empare du souverain pouvoir ( on ne sait comment ) , et en jouit plus de deu
quelques
la ville
, assemble étant entré dans
(347), il Chasse Nypsius, et se remet en posdu trône , dix ans après avoir été obligé de l'sbïn- : il n'était devenu , dans ses malheurs , que plus
donner
féroce et plus méchant. Irrité de ses vexations, les plus notables citoyens de Syracuse implorent le secours d'Icétas, leur compatriote, alors tyran de Léontium, le nomme ni général de leurs forces , et remettent entièrement leurs intérêts entre ses mains (340.) Ce n'est pas qu'ils le jugeassent plus vertueux que Denys ; mats ils espéraient que flatté de leur confiance , et ayant une armée considérable , il n'omettrait rien pour les protéger. Les Carthaginois regardèrent la conjoncture comme très -favorable au dessein qu'ils avaient de s'emparer de la Sicile. Une Hotte qu'ils rquippèrent pour y faire une descente , sans savoir néan-
DE LA SICILE
inoint où aborder, jette la terreur dans Syracuse. Tandis que les habitant s'adressent a Corinthe pour eo être secourut, Icétat feint de vouloir se joindre a eut dans l'espérance de lea réduire tous sa puissance. Les Corinthiens, contre ton attente , eovoyent Timoléon avec un corps de troupes aux Syracusains , pour se mettre à leur téle. C'était le plus disliogué de Connthe par sa naissance et par ton amour de la patrie , qui l'avait porté jusqu'à conspirer la mort de Timophaoe, son frère, pour le punir d'avoir trahi et assujéli Corinthe ; mais qui , depuis vingt ans , pour expier ce sacrifice si douloureux pour son coeur , t'était condamné a la solitude. (UUJon SiiL L XVI.)
345. Le général corinthien étant parti de son pays sous les plus heureux auspices, aborde sans malheur a Rhège. La il apprend qu'lcetaa, arrivé dans Syracuse, y tenait Denys assiégé dans le quartier de la citadelle, appelé l'île Ortvge, et que les Carthaginois s'étaient charges d'empêcher les Corinthiens de prendre terre en Sicile. Timoléon demande une conférence avec les officiers de l'escadre Carthaginoise, dans Rhége, qui était d'intelligence avec Corinthe. Les Cartbagioois y contentent. L'assemblée se lient dans la ville , dont on ferme les portes , sous prétexte d'empêcher les citoyens de sortir pour vaquer à toute autre affaire que relie pour laquelle on les avait convoqués. Les orateurs qui avaient le secret, faisaient leurs discours longs pour gagner du tems , et en donner aux
S itères corinthiennes. Les Carthaginois, voyant Timoléon evant eux , n'avaient aucun soupçon. Cependant neuf galères de Corinthe passent sans aucune opposition de la part des vaisseaux carthaginois , qui ne doutent pas que tout ne te fasse de concert entre les officiers des deux partis assembles dans la même ville , ou qui croient que ces galères retournent à Corinthe. Timoléon , averti que toutes les galères corinthiennes étaient en mer, excepté la sienne, se glisse parmi la foule, sort de rassemblée , gagne le rivage, s'embarque très — promptement , rejoint son monde, et arrive a Tauroracnium , où il est très-bien reçu par Andromaque qui en était le commandant. Les Carthaginois, accoutumés a jouer les autres, s'aperçoivent trop tard qu'ils sont eux-mêmes joués. I<es armées d' Icétas et de Timoléon arrivent presqu'en même tems devant Adrantzm. Le premier , bien supérieur en nombre, se laisse surprendre par les Corinthiens, qui ne lui tuent que trois cents hommes , mais qui lui font deux fois autant de pri- I tooniers , et se rendent maîtres de son camp et de ses bagages. Les Adranites ouvrent leurs portes et se rendent a Timoléon. Plusieurs villes suivent leur exemple. Denys lui-même, a la veille d'être forcé, se rend aux Corinthiens et leur remet la citadelle (343). Timoléon envoie le tyran a Corinthe, où il mène une vie obscure, crapuleuse , et si pauvre , qu'il est obligé , pour subsister , de se faire maître d'école. Quelque tems après il perdit la vue a force de boire , et mourut laissant uoe preuve bien instructive , non-seulement de l'inconstance des grandeurs humaines , mais encore des maux que les Batteurs peuvent causer i un prince, qui, sous les leçons de Platon, eût pu devenir on très bon roi. Denys avait régné vingt -cinq ans.
Tmoiioit avait manqué d'être massacré aux pieds des autels, i Adranum, par deux assassins envoyés par Icétas. j Ils sont arrêtés. Le généreux Corinthien n'empêche point qu'on leur fasse grâce de la vie.
34a. Magon étant entré dans le port de Syracuse avec cent cinquante voiles ,jy débarque soixante mille combattants , et les loge dans la ville ; mais Timoléon trouve le moyen d'avitailler la citadelle i l'inçu des Carthaginois. Ceux ci croyant les assiégés sans ressource , attendent du tems la victoire. Léon le Corinthien , qui commandait la citadelle , voyant l'élite des troupes ennemies embarquées pour Catane , et celles qui étaient restées trop peu sur leurs gardes , fait tout d'un coup une furieuse sortie sur elles, en tue une partie, met l'autre eo fuite, se saisit de l'Achradine , le quartier le plus fort et le mieux approvisionné , et se met en état de le conserver. De nouveaux secours, envoyés de Corinthe, arrivent ; Timoléon s'empare de Messine, Hippon qui eo était le tyran , est tué en voulant la défendre. Les Corinthiens se présentent au nombre de quatre mille devant Syracuse. Magon croyant, ou feignant de croire qu'il est trahi , s'enfuit en Afrique avec son armée. Les Carthaginois le con-
damnent comme un traître ; et l'ayant atteint, le font expirer sur une croix. Le lendemain de son départ , Timoléon attaque Syracuse par trois endroits k la fois. Les troupes d'icelas sont renversées partout et mises eo fuite, sans qu'aucun Corinthien toit tue , ni même blessé.
Timoléon maitre de Syracuse, affranchit aussi les autrei villes grecques de la Sicile, et détruit toutes les forteresses et les palais élevés par les tyrans , rase et efface jusqu'aux vestiges de la tyrannie. Corinthe qui n'avait eu d'autres vues que de servir Syracuse , qui lui devait sa fondation, et la Sicile, donne tous ses soins pour que la ville principale de ce beau pays que La domination des tyrans et les guerres avaient rendu une solitude des plus désertes , soit repeu-
fdée. Timoléon , aidé de Céphale et de Denys , deux légisatcurs que les Corinthiens lui avaient envoyés , travaille 1 policer Syracuse. 11 y établit une magistrature dont le chef prenait le nom iT^mpfupnle, ou ministre de Jupiter Olympien. Les années , dans la suite, furent datés du nom de ces ma—
Sislrats , dont le premier s'appelait Calliznèncs. Cette forme e gouvernement subsistait encore du tenu de Diodore, c'est-à-dire trois cents ans après son établissement.
34o. Les Carthaginois arrivent à Lilybée avec une armée de soixante-dix mille hommes de pied, sept mille chevaux, deux cents vaisseaux de guerre et cent vaisseaux de charge. Timoléon , avec une petite armée qu'il a bien de la peine à faire monter a six mille humuies, se rend en diligence sur le bord de la Crime.se. Une partie des ennemis ayant déjà passé cette rivière , Timoléon tes (ait attaquer. On en était aux coups d'épée lorsqu'il survient un orage effroyable , accompagné d'un déluge de pluie et de grêle , qui battait au visage des Carthaginois. Ceux-ci, tout couverts de fer et l>p*amment armés , enfonçaient dans la boue sans pouvoir s'en retirer. Quatre cents qui formaient leur premier rang , sont renversés et taillés en pièces ; le reste prend La fuite. Près de dix mille perdent la vie dans ce combat , et jusqu'à quinze mille sont faits prisonniers. Celle action est rapportée* par Plularque, i*. (VU de Timoléon) 1 la fin du mois de tliargelion, vers le solstice d'été; a*. (VU de Camille) au a4 I lhargélion : ce qui semble répondre au mois de juin.
Marnerais, tyran de Catane , et Icétas , pleins de jalousie et de fureur contre Timoléon , font secrètement une ligue avec les Carthaginois. Giscon arrive en Sicile avec soixantedix vaisseaux et quelques troupes auxiliaires de la Grèce. (Ce n'était pas, comme le veut Plularque, la première fois que Carthage prenait des Grecs i ton service. Vm. ci-dessus, au siège de Motya , sous Denys l'Ancien. ) Timoléon marche d'abord contre Icétas , qui avait fait de très-grands dégâts sur les terres de Syracuse .pendant son absence. Il atteint le rebelle sur le bord de la rivière nommée Damirias , lui tue environ mille hommes et met le reste en fuite. A quelques jours de la , il s'approche de la ville des Léontins , ou il prend Icétas , son bis Eupomélut , et Euthyroe, général de sa cavalerie ; tout trois sont punis de mort , comme traîtres et fauteurs de la tyrannie. I /assemblée du peuple, tenues Syracuse , condamne à la même peine la femme et les Glles d Icétas. Mamercus , auprès de Catane et sur les bords de l'Alabus , pareillement défait (33g) dans on combat long et rude , prend la fuite , Laissant deux mille Carthaginois sur la place. Après cet échec , Carthage demande la paix (336). Elle se conclut a des conditions favorables 1 la liberté de toutes lea villes grecques de la Sicile. Catane s'etanl donnée à Timoléon , Mamercus se réfugie à Messine , chez Hippon. Timoléon le suit , et assiège La ville par mer et par terre. Hippon, voulant se retirer, est pris par les Messiniens mêmes, qui le mettent è mort après l'avoir battu de verges. Mamercus se rend au vainqueur , i condition d'être juge par les Syracusains et de n'avoir point Timoléon pour accusateur. Le peuple de Syracuse le condamne au genre de mort dont on punissait Les brigands et les voleurs. Les autres tyrans abdiquent volontairement on de force la tyrannie. Toutes les villes de la Sicile regardent Timoléon comme leur libérateur , et s^empressenl à Fenvi les unes des autres de lui donner des témoignages de leur affection et de leur reconnaissance. L'illustre Corinthien , au milieu de tant de succès , demeure toujours modeste , et se démet de ton autorité après avoir fait tout le bien qu'elle pouvait produire. Sur la fin de sa vie , il eut le malheur de perdre la vue. 11 finit ses jours (33y) , dans un îge très-avancé , è Syracuse même, aimé, respecté et regretté de tout le monde , comme le père commun et le héros de la Sicile, rien ne manqua è la magnificence de son convoi. TirooJéon
CHRONOLOGIE HISTORIQUE
avait gouverné Syracuse et la Sicile t'espace de huit an» , pendant lesquels le» Siciliens jouirent de la prospérité que
ton gouvernement et l'observation de acj loi» leur avaient procurée. ( Plutarqoe , Vk de TimoUon. )
93o. Le* Sicilien* envoient de* ambasiadeara a Babylone poor complimenter Aletandre sur tes victoire*. C'eit probablement celle ambassade qui a donné lieo a Gode (roi de Viterbe d'écrire qu'Alexandre avait couquis la Sicile.