‹ L'Art de vérifier les dates des faits historiques, des inscriptions, des chroniques et autres anciens monumens, avant l'ère chrétienneChapitre 335 sur 532 · LA SICILE RENTRE SOUS LA DOMINATION DES TYRANS · texte numérisé non relu

LA SICILE RENTRE SOUS LA DOMINATION DES TYRANS

AcATHOCLàa , lut celui qui fit rentrer la Sicile «ou* la domination de* tyran*. Il était fil» d'un nommé Carcinus , habitant de R liège, qui, ayant été exilé de «a patrie, vint s'établir a Thermes , ville ullic dan» la Sicile par les Car— thaginoi». Il y épousa une femme qui devint grosse près— qu'aussitôt après son mariage. L'oracle d'Apollon t consulté sur celle grossesse , répondit que l'enfant qui en naîtrait , causerait de grands maux a la Sicile et aux Carthaginois. En conséquence, Carcinus fiit exposer l'enfant dont sa femme accouche. Mail la mère, étant venue pendant la nuit , l'enlevé et le porte chez son frère Héraclide. Elle lui donna le nom d'Agalboclès, qui était celui de son aïeul maternel. Il avait sept ans , lorsque sa mère , trouvant l'occasion favorable , découvre a son mari le mystère qu'elle lai avait caché jusqu'à ce jour. Carcinus , ravi de joie de se voir un enfant d'une beauté admirable et d'une force étonnante, mais craignant que l'oracle ne fut poiot oublie des Carthaginois , va s'établir avec sa femme et son fils a Syracuse, où le droit de bourgeoisie lui est accordé, en vertu de la loi de Timoléon. La, Carcinus exerce le métier de potier de terre, l'apprend a son fils et meurt peu de tems après.

La jeunesse d'Agathoclcs fut très- licencieuse. Il gagna long-tems sa vie à te prêter aux débauches les plus infimes. Damiseon.ou Damas, seigneur très-riche de Syracuse, obtint du beau jeune homme, à force de présents, tout ce qu'une passion abominable pouvait en désirer. Etant mort sans enfants, il laissa son bien è sa femme qui le partagea, ainsi que son Ut, avec Agaihoclès.

Dès la première guerre ou ce jeune homme sert pour les Syracusaios contre le* habitants d'Enna , il se mon Ire capable de* plus grand* exploits. Sosistraie, jaloux de sa gloire naissante , empêche qu'il ne soit récompensé , et le prive même de la place qu'il occupait dans l'armée. Agathoclès , pour sa sûreté , croit devoir sortir de la Sicile, llva porter les armes en Italie dans l'armée dea Brutiens contre le* Crotoniates, aidés de Syracusains , puis a Tarenle où il est (ait commandant de la milice étrangère. Mais lesTarrniins l'ayant soupçonné de vouloir innover datas le gouvernement , le chassent de leur ville. Héraclide et Sosistrate assiégeaient dans ce lems-là Rhége, avec une grosse armée. Agathoclès, ayant rassemblé les exités de Syracuse, va au secours de Rhége , et force les Syracusains d'en lever le siège. Profitant ensuite de l'absence des généraux, il les devance pendant la nuit , et entre dans Syracuse avec mille hommes. (3 19.) Le parti de Sosistrate se trouvant le plus fort , Agathoclès est obligé de se retirer avec ceux de ses gens qui n'avaient point été tués , après avoir reçu lui-même sept blessures. Cependant les Syracusains, peu satisfaits de la conduite de Sosistrate le chassent arec six cents hommes, ses partisans déclarés. Acestoride* de Corinlhe est nommé i la place de général de Syracuse , et on accorde i Agathoclès la permission d'y revenir. L'esprit remuant du jeune guerrier lui mérite bientôt un ordre de sortir une seconde toi* de la ville. Les Morgantins lut ayant donné retraite, le nomment général de leurs troupe*, à la tète desquelles il prend la ville des Léontins et fait ensuite le siège de Syracuse. Prévoyant néanmoins qu'il ne serait pas le plus fort contre les Syracusains , soutenus de* Carthaginois , il en vient a une? négociation dont Amilcar se rend le médiateur. Agathoclès accorde tout ce qu'on lui demande , et s'engage même par les plus grands serments à tenir sa

Si rôle. Il rentre dans Syracuse , et se conduit avec tant 'adresse qu'il gagne la confiance du peuple dont il est nommé général. (3 17.) Mai* il n'est pas plutôt élevé a cette place qu il se défait de ceux qui pouvaient troubler le dessein où il était de s'attribuer une autorité absolue. Syracuse est remplie dans un instant d'horreurs et de massacre. Plus de quatre mille personnes sont tuées dans un seul

jour , et six mille n'échappent an carnage , qu'en se précipitant du haut des murailles, le* portes de la ville étant fermées.

3i5. Agathoclès arme sur terre et sur tner pour fondre tout-a-coup sur le* ville* voisines qui ne s'attendaient a aucun acte d'hostilité. Celte conduite excite entré lui et ce* villes plusieurs guerres , dont le détail n'est point parvenu jusqu'à nous. On sait seulement qu'il en résulta , toujours par la médiation d'Amilcar , un traité Irès-favo— rable au tyran. (3i4-) Les Messiniens, n'approuvant point cette paix , il fallut encore négocier avec eux. La concorde enfin est établie dans Messine. (3ia.) Mais Agathoclès, ayant ensuite trouvé un prétexte pour faire venir i Syracuse ceux de Messine et de Tauromenium qui lui étaient les plus opposés, il le* condamne à mort au nombre de six cents, et fait respecter par là son pouvoir absolu.

3ix Les Carthaginois étaient fort mécontents du nouveau tyran de la Sicile, qui n'était pas satisfait lui-même, de les voir encore dan* son voisinage. Dinocrate , le chef des bannis de Syracuse, d intelligence avec (jrthagf, envoie iNimphodore chasser de Centonppe la garnison qu'Agalhoclès y avait établie. Cet officier est tué arec tous ceux qui raccompagnaient. Agathoclès accourt et fait mourir ceux des habitant* qui étaient mal-intentionnés envers lui.

3 1 1 . Carthage se détermine à faire une guerre sérieuso a Agathoclès. Un autre Amilcar, fils de Giscon part pour la Sicile avec une flotte considérable et une armée de quarante mille homme*. Agathoclès, qui se défiait des habitants de Géla , en fait mourir plus de quatre mille , dont il confisque le* biens , et , après y avoir laissé une garnison , va chercher l'armée ennemie. N la bat , et ensuite battu lui-même , il se retire à Géla , puis à Syracuse , aprè» avoir brûlé son camp. L'humanité du vainqueur détermine les Camarinéens , les Léontins, le* Caiaoéens , les '('auront éni tains , les Messiniens et les Abacénren* 4 faire alliance avec lui. Amilcar met le siège devant Syracuse. (3io. ) Agathoclès y Laisse son frère AntanJre, et s'embarque avec ses deux fils, Archagate et Héraclide, sur une flotte de soixante vaisseaux, pour l'Afrique, où il fait sa descente sans aucun obstacle , à un endroit nommé les Carrières. IÀ , pour ne point partager son armée , ou pour ne laisser à ses soldats d'autre ressource que la victoire , il met le feu à tous tes vaisseaux sous prétexte de l'accomplissement d'un vobo qu'il avait fait à Proserpine et à Cérès. Puis, sans laisser k ses troupe* le tems de la réflexion , il les conduit à une place qu'on nommait la Grande - Ville . l'attaque vivement , l'emporte d'emblée , et en cède le butin aux soldai*. De là , il se rend à Tunis qui ne fait aucune résistance , et rate ces deux villes. Les Carthaginois envoient contre lui outrante mille hommes de pied , mille chevaux et deux mille chariots de guerre , commandés par Hannon et Bomilcar. L'armée d'Aaathodè* n'était que de treize à qualorte mille hommes. Hannon , avec la cohorte sacrée , qui était l'élite des Carthaginois , livre le combat et soutient long-tems l'effort des Syracusains ; enfin il esl tué . Bomilcar , ennemi secret du gouvernement de Carthage , fait la retraite qui se change bientôt en déroute. On varie sur le nombre de ceux qui perdirent la vie dan»' celte journée ; mats on convient que tout l'avantage fut pour Agathoclè*. Rn effet , dès ce moment, plus de deux cents places se rendent à lui de gré ou de force, et plusieurs habitants du pays se rangent sous ses drapeaux. Carthage rappelle Amilcar de Sicile. Avant d'en partir, il fait un dernier effort contre Syracuse qui le repousse et l'oblige de lever le siège. Amilcar envoie cinq mille hommes au secours des Carthaginois qui assiégeaient Tunis, et s'occupe lui-même à bloquer Syracuse. Les devins l'assurent que dès le lendemain il soupers à Syracuse. (3oq.) 11 approche de la ville avec une armée de cent vingt mille hommes et cinq mille chevaux. Antandre fait sortir pendant la nuit trois mille hommes de pied et quatre cents chevaux qui tombent à l'improviste sur les Carthaginois et les mettent en fuite. Amilcar, presque le seul qui se dispose à se défendra, est pris et amené à Syracuse, où, après lui avoir fait souffrir mille outrages , il est mis à mort , et sa tête envoyée à Agathoclès. Syracuse, cependant, reste toujours bloquée. Agrigente , Géla , et plusieurs autres villes sou* la conduite de Xénodicus , cherchaient à secouer le joug du tyran. Une aventure malheureuse pense ruiner les

DE LA SICILE

□foires d'Agalhoclès dans l'Afrique. Son fils Archagatiavait loé Lyciseus qui ilans le vin lui avait fait des reproches trop vifs. Cet officier était très - considéré dans l'année. Les soldais prennent parti pour lui t et demandent la mort du meurtrier. Agathôctès n'y «eut point consentir; les esprits s'aigrissent au point que les suidais se choisissent un chef et vont s'emparer de Tunis. Agal hoc lès qoilte son vêtement de pourpre , se revêt dun mauvais habit et se présente en cet état devant ses soldats, leur déclarant que, puisqu'ils sont Us de le voir vivre, il va se tuer. Ko méme-lems il tire son épée et feint de vouloir se la passer au travers du corps. On court a lui, on s'empresse de lui retenir la main , on lui promet d'oublier la mort de Lyciseus, et on le prie de reprendre ses babils et de marcher a l'ennemi. Agathoctèt laisse Archa-

S te à Tunis, court après les Carthaginois, les atteint et les t. (3o8.) En méme-tems , il fait alliance avec Ophellas, roi de Cyrèoe, qui aimait d'un amour infime Hcraclidc, second fils d'Agathoclës. Mais peu de tenu après , il le tue et engage son armée à son service. Il prend, a peu prés dans ce même tenu, le titre de roi , a l'exemple des capitaines d'Alexandre le Grand , mais il s'abstient du diadème , ornement trop odieux chez les Grecs.

307. La ville d'L'tique s'étant révoltée, Agathoclès va l'assiéger , la prend aussi bien que la citadelle , y met tout 4 feu et a sang , et repasse en Sicile. Leptine ei Oemophile , ses généraux , venaient d'y rereporter une victoire sur Xénodicus. Il en réduit liii-mfmc plusieurs villes qu'il pille , et où il commet de grandes cruautés. Sur ces entrefaites, apprenant que ses affaires d'Afrique, sont en très-mauvais état, il y retourne, laissant a Leptine le commandement de Syracuse, dont le port était bloqué par une flotte carthaginoise de trente-neuf galères,

et menacée par l'armée de Dinocrate, qui grossissait de jour en jour. Agathoclès , sans être effrayé, sort avec dix-sept vaisseaux. Arrivé en Afrique , il y hasarde une bataille où

il est batlu et perd trois mille hommes tués et cinq, mille Africains qui désertent. Ne pouvant plus alors lentr léte à l'ennemi, et n'ayant plus assez de vaisseaux pour transporter le reste de son armée en Sicile , il monte sur un bâtiment avec quelques soldais et s'enfuit a Syracuse. Ceux qu'il avait abandonnés , tuent ses deux fils pour punir la désertion du père, et l'armée syracusaine fait son accommodement avec les Carthaginois. Telle fut la fin de la guerre d'Afrique qui avait duré quatre ans.

Agathoclès n'est pas plutôt entré èn Sicile , que manquant d'argent , il exige des habitants d'EgesIe, des sommes considérables. Sur leur refus, le tyran tes livre aux tortures les plus cruelles, où les uns expirent, et les autres se donnent eux-mlmes la mort pour se soustraire a sa barbarie. Son frère Anlandre , à Syracuse , fait mourir , par ses ordres, tous les parents des officiers et soldais qui avaient servi en Afrique. Cependant Dinocrate s'était acquis une grande puissance dans la ville , et avait a son commandement une armée de vingt-cinq mille hommes. Agathoclès traite avec les Carthaginois a bonnes conditions et attaque ensuite Dinocrate avec cinq mille hommes de pied seulement et huit cents chevaux. (3o6.) Il avait eu soin auparavant de décrier Dinocrate, comme un traître à la patrie. Les deux armées s'étant rencontrées dans un endroit appelé Gorgium , ou Gorgonium , deux mille mécontents passent dans le camp d' Agathoclès ; le découragement se met parmi les autres qui prennent la fuite. Un grand nombre est enveloppé et tué. Dinocrate , ne sachant plus que devenir , s'accommode avec Agathoclès. (3o5.) Ils se réconcilient, et le retour de leur amitié dure jusqu'à la fin de leur vie.

3o4< Le tyran n'ayant plus d'ennemis en Sicile, revient a Syracuse où il bitil un superbe palais. Presse du besoin d'argent , il fait une irruption diras l'île de I.ipari , qui ne lui avait donné aocun sujet de plainte, et il y pille le trésor sacré. Cassandre ayant assiégé Coreyre ( 3oo ) , Agathoclès y accourt et bat les Macédoniens. Au retour de ces expéditions , il retrouve les soldats qui avaient tué ses enfants, et les (ait tous mourir. Il marie sa- fille Lanassa 4 Pyrrhus , qui devint roi d'Epire , et lui donne pour dot l'île de Coreyre. Feignant d'accompagner sa fille pour la célébration de ce mariage , il entre dans Crotooe , en tue les habitants et met la ville au pillage. Il fait ensuite alliance avec les Japigiens et les

Peiicéliens auxquels il donne des vaisseaux, pour pirater, et retourne a Syracuse. Bientôt, (20,3) étant repassé en Italie avec trente trois mille hommes et une flotte considérable, il prend llipponiate , que les Brulicus reprennent après son départ. Pendant qu il troublait ainsi tout le monde, des troubles s'élevaient dans sa propre maison. ( ago. ) Archagate, fils de celui qui avait été tué en Afrique, fait i-gorger et jeter dans la mer, Agalhorlî'S, son oncle, a qui le tyran Agathoclès deslinail sa succession. Ce prince étant vieux et très-malade, la longueur de' sa vie était importune a son petit-fils. Séduit par Archagate , l'homme de confiance du roi, Ménon, empoisonne Te curedent d'Agathoclès. Des douleurs incroyables le conduisent a la mort, qu on prévient même , selon quelques auteurs , en le jetant encore vivant sur le bûcher. (289.) Il avait régné vingthuit ans , comme général ou .comme tyran. Quelques historiens lui donnent quatre-vingt-quinze ans de vie; d'autres soixante-douze. Un est encore moins d'accord sur ses bonnes qualités. Les auteurs contemporains n'ont écoulé que la reconnaissance ou la haine , en parlant de lui. Il semble qu'on ne peut refuser a ce prince l'éloquence et la bravoure. On lui reproche avec raison fa perfidie et la cruauté , mais on Jte peut nier que la Sicile fut très - malheureuse tous son gouvernement. (Justin, L. XX.)

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