‹ L'Art de vérifier les dates des faits historiques, des inscriptions, des chroniques et autres anciens monumens, avant l'ère chrétienneChapitre 488 sur 532 · Ko,«45a 3aa5,Hcb5 5161,3903 5483,8710 58oG,45l · texte numérisé non relu

Ko,«45a 3aa5,Hcb5 5161,3903 5483,8710 58oG,45l

îuooo 6451,6139

Pour déterminer la valeur réelle et intrinsèque de f 7 livres i onces romaines , on pourra se servir de la table précélenie, en faisant l'addition suivante , qui donnera 1a valeur de 5607 grammes, 7419.

17000 francs. 5483,8710

aoo 64,5 i6t

i7384 francs. 5607,7419

Ainsi , la valeur cherchée est i peu près Je 1 7,384 francs , et il sera facile d'opérer ainsi dans tous les cas où l'on

Suite du consulat «V MaKCVS JSjÊUAV» LlFlBUS, LtJClC*

M. Albert , dont nous adoptons ki les calculs , compte cette année pour l'an I138 dr Home, et termine ce consulat au i3 juillet julien de l'an ia6 avant notre èra.

Les Fastes de Sigouius comptent une «mité de moins pour l'année de Rome (4) , et ne parlent pas do tout des années avant notre ère. Ils placent donc, sous Tan de Rome 637, les consuls Marrus.^-'.milios Leniduset Lucius AurrliusOrestej, fils de Lucius et petit-fils «le Luc rua. Ils ajoutent que cette année Manius Aquillios , fils de Manius et pelit-6ls de Ma ni us, triompha de l'Asie en qualité de proconsul, le 3 des ides de novembre de l'an 6*7. Ils disent encore crue , celle année , entrèrent en fonctions les censeurs Ouintui Fabius MasimutServilianui, fils dcQiiintua et petit-bis de Quinlua, et Lucius Caecilius Méirllut Calvus , fils de Quintua , petit- Gis de Lucius.

Philippe Argélati (5) , qui a donné en 173a une nouvelle édition des Fastes de Sigonius, y a joint de tièt-bons com-

mentaires, où i avant notre ère lienm

coordonne les années romaines aux années il n'a pas observé que les années iu-

rs ne commentai

■nt pas avec les romaines' , et ne

tinguant pas 1rs unes des autres , il fait concourir l'année lab avant notre ère avec l'an 637 de Rome (6).

I.«s Fastes d'Almeloveen (7) sont d'accord avec nous , et placent ces consuls sous l'an 6a" de Rome, ia6 avant notre ère. On voit qu'ils ont fait les au nées correspondantes comme Argélati , pendant qu'elles se croisent , et que le dernier éditeur de Sigonius n'a pas pris ta peine de faire le calcul de la correspondance exacte, comme M. Albert et les Bénédictins.

Velleiua Paierculus semble contraire a Sigonius. en paraissant dire que les censeurs L. Cassius Longinus et Cn. Serv Carpio entrèrent en fonction cette année (*) En effet , il les

Sig—u ûrtr» , MrJltlmmi tfîa . I. I . p. afi.

(5) Mal nomnx Argrlitl, daaa la ÛU>»r»pkie uuVessells, * a , p. 4°7, où l'on trouvera sur ce savant un article c

(6) Cartli StfOHii optra . t 1 , p. 400.

(7) P*C {r* de l'édition d'Amsterdam , 174°

(8) C.VtlMl Pattntli Hit. ffemovidi, p 68, H, 10.

DE L'HISTOIRE ROMAINE

| place 1 55 (• ) ans avant 1m , et l'on sait qu'il écrivait l'an 783 de Rome , ce qui fait remonter cei 1 55 ans a l'an 6x8 de Rome ; raai> on moudra aisément cette difficulté par le moyen de la ! double correspondance. En effet , l'an ba8 commença au | mois de juillet de l'an 1x7 avant notre ère, et finit le t3 juillet de l'an safi, tandis que l'an 70V! de Rome commence au 1". janvier : il y avait donc i5S Mt du 1". janvier de l'an iab' avant notre ère , a IVpnqne où écrivait Velleius Paterculus ; mais cet an 126 avait sa dernière moitié dans la première de l'an 639 de Rome. Tout ce que veut dire la date de Vc1I.hu Paterculus est donc que c'est dans celle dernière moitié que les censeur» dont il parle «ont entres en fonction , et c'est la vérité, puisque les consuls de l'an 6x9 sont aussi mirés en fonction dans cette dernière moitié. Nous donnerons, sous l'an 63 1, tin nouvel exemple de cette manière de compter de Velleius Paterculus, et nous achèverons d'y faire voir comment cet historien paraît anticiper d'une année les événements antérieurs a l'an 45 avant noire ère , ou a l'ère julienne.

Les consuls de celte année sont ainsi nommés par Ciccron dans son Brutus: par Cervsorin , Julius Ohsequens, |) 1 asjiodorc , Marianut et les Fasti SkmH. Il paraît que Lucius Aurélius Oresles est le fils de celui qui avait été consul l'an 5-i7 de Rome , et qui portait le même prénom. Celui de l'année actuelle ayant été chargé de la guerre de Sardaigne , eut pour questeur Caïus Scmpronios Gracchus, alors âgé de a8 ans , et dont le frère atné avait péri si malheureusement.

Quant aux censeurs, il faut bien qu'il y en ait eu cette année , puisque les cinq ans des censeurs précédents étaient expirés , mais il faut que par une cause ignorée ils aient abdiqué sans avoir fait le recensement des citoyens , puisque d'autres censeurs furent nommés l'année anivante. On ne sait pas bien quels ils furent. Sigonius écrit dans ses Fastes les noms de Quintus Fabius Servi lianus , et de Lucius Caecilius Méiellus Calvus , parce qu'ils étaient les plus anciens consulaires, et qu'ils avaient été collègues dans le consulat. Valère Maxime nous apprend que Quinlus Fabius a été censeur dans son chapitre sur la Pudeur, où il dit : « Quintus » Fabius Maximus Servilianus , étant parvenu k la dignité » de censeur, dernier terme des dignités , dont il s'était ac- ■ quitté avec beaucoup de gloire , punit son fils sur le simple • doute que et jeune homme avait manqué aux lois de la » chasteté. ■ Le même auteur, dans son chapitre sur les Témoins, dit qu'on admit, contre Quinlus Pompéius , lils d'Aulus, le témoignage des frères Quinlus et Lucius Méiellus, qui tout deux avaient été consuls et censeurs, et dont l'un avait remporté le triomphe (a). Il est clair qu'il s'agit ici de Lucius Métellus, frère de Quintus Métellus, surnommé Macédonicus. Ces cnnjectnres n'ont point paru décisives a Sigonius, mais assez plausibles pour être proposées rn attendant que l'on Irouve quelque chose de mieux (H). Nous ajouterons que le consulat de ces deux censeurs remontant è l'an 61a , seixe ans auparavant , tous deux étaient fort açes, tt peut être refusèrent de se charger des opérations pénibles d un recensement pour lequel ils demandèrent des

, au récit déjà fait de*

successeurs

J'ajouterai fu lieu nous 1 leurs [ avec Quintus mérite lui donnait lieu de île? la république, lorsque là course. Cicéron ajoute que ce son éloquence, et qu'il ne cédait point à ,1e persuader (5). '

qoi ont

ïlebre par dans l'art

(1) L'édition des Variant), i65q , p. 8a, dît 1S7 et corrige i$4> eu qui mettrait V ctleius Paterculus d'accord avec nous ; mais il M

mettre pMtt eene romatdfl , tandis qvc leditiom que je viens de

citer molive très-biea sa leçon iSS.

(a) Sifoaii o,,rc . t. 8, p. loo.

(3) /«Vur.p. 4oi.

(4) Ou Brulu» , chap. a8 , t. I , p. ftsrf éa IVdnio» d'ErtKX) , Lipsim, 1 737.

(5) Histoire romaîae, pur Catrou. Pars, 17)0, f. i3 p. 448' (*) Hùlor roman* icriplortj. Franco/- , 1S88, L 1 , f sali.

(7) Pag. e,3.

(8) CarotiSIgtail, ettra , Meaialati, 17a», t 1 , p. 401.

(9) Item , l. 1 , p. 4o3.

(10) Histoire rertwi»e, par Catrou Pari., i73o, t. i3, p. 453

6x9 de Rome ia6-ia5 avant noire ère.

Commis : MARCOS PlAUTHJ» HYFSAEUSMAnCUSFULVlUS

FtACctia.

Les Faslel de Sigonius , toujours en arrière d'une année , placent , sous l'art 6*8 de Rome , le consulat de Marcus Plaolius Hypsaeuf et de Marcus Fulvius Flaccos , fils de Marcos , peut-fils de Quintus. C'est sous ce consulat qu'ils mettent le commencement de la go erre des Allnbroges, et ht première année des censeurs Cnéus Servilius tjepio, fils de Cnéus, petit-fils de Cnéus , et Lucins Cassius Longinus Ra villa , fils de Quintus , petit- fils de Lucius (6). Nous venons, en effet, de prouver par le témoignage de Velleius Paterculus , que ces censeurs étaient entrés en charge cette année.

Les consuls ont commencé l'exercice de leurs fonctions , setoh M. Albert , dont nous adoptons ici 1rs calculs , le t". janvier romain , 14 juillel julien de l'an ia6 avant notre ère. Cette année est aussi l'an G29 de Rome , selon les Fastes d'Almeloveerl (7) , oui la font correspondre à l'an ia5 avant notre ère j ainsi qu'Argélati (9). Nous venons d'expliquer la manière dont us doivent être compris.

Ces consuls sont nommés par Cassiodore , Julius Obsequens , Paul Orose , Frontin dans son Traité dt tiqua ductibas , Valère Maxime , Appien , et les Fasti Siculi. Les censeurs le sont par Frontin et Velleius Paterculus (9).

ijt premier de ces consuls , tiré du corps de la noblesse , avait l'esprit pacifique et les manières douces (10). Le second 1 plébéien d'origine , s'était exeroi depuis long-lems aux dissensions domestiques, et passait pour un des appuis de la faction populaire. C'était lui qui , collègue de Papirius Carbo et de Caius Gracchus pour la loi agraire de Tibcrius Sempronius Gracchus, avait été soupçonné de l'assassinat du second Africain. Le peuple , dont il soutenait leparti, était enfin parvenu k lui donner la première dignité. Quelle surprise pour le sénat, de voir d'un coté Caius Gracchus dominer en Sardaigne , et de l'autre, Fulvius Flaccos prêt à exercer l'autorité consulaire en faveur du peuple a qui il la devait I Les sénateurs portèrent d'abord leur attention sur Gracchus ; ils lui continuèrent ses fondions de questeur en Sardaigne, auprès du proconsul Aurelius O restes (11). IU éloignèrent ainsi de Rome, pour celle année, ce jeune orateur (ta) , alors parvenu a l'âge de vingt-neuf ans (1 3) , et redoutable autant par ses qualités personnelles , que par e nom qu'il portait.

Rouie était déjà assez troublée par les violences du nouveau onsul, qui se rendait toujours plus odieux au sénat; il montrait le même caractère qu'il avait déjà fait voir lorsqu'il exerçait la commission da partage des terres entre 1rs citoyens romains et les peuples d'Italie. Comme il avait irrité les derniers en refusant de leur donner une portion , il voulut rrgagner leur affection pendant son consulat. Ayant obtenu des citoyens la dignité qu'il avait briguée , il neluirestait plus qu'à dissiper les ressentiment qu'il avait pu faire naître. Il persuada donc h tous ceux qu'il n'avait pas admis au partage , de demander, pour dédommagement , le droit de bourgeoisie romaine (i4). La requête était importante, et ne pouvait plâtré au sénat , irrité qu'on voulût élever a son niveau ceux qu'il regardait comme ses sujets. Le séditieux consul n'en promit pas moins de l'appuyer; il tint parole, et minuta deux lois qu'il se Battait de faire passer dans l'assemblée du peuple (1 5). Dans la première, il proposait que « If droit » Je bourgeoisie romaine serait accordé è tous ceux à qui - l'on n'avait pu donner une portion des terres qui venaient m d'être partagées. » Dans la seconde, ■ cens des alliés qut, .' par la loi de Julius Pennus, avaient été rendus a leur » patrie, et qui, cependant, se croyaient bien fondés à rester

(11) Marcus vi II mi Sou rus, alors Jgé de Irenle-huil ans, servait suivi dans cette année. Nous parlerons de lui dans la suite V ores su vie . pur hr président de Brosses, dans le» Ment, de I A ejd. des Inscriptions , t. a$ , p a3S Ses années romaines , pour être d'accord avec les nitres, doivent être augmentée* d'une Unité, (ta) Catroa «t Rouillé, I. i3, p. 4S4 et 455 . placent sous cette née le décret relatif au changement de* troupes de Sardaigne , qui appartient évidemment a l'année suivante, puisque Gracchus partit aussitôt après, ainsi que l'assure Ptutarqur.

(|3) Ricard , noie sur Plutarquc , I. a de sa traduction, p. 3i8. (i4) Appien , Histoire des guerres civiles de la république rotin* v fiv. 1 , ehap. 3 , >w. si. Vakre-Maxhuc , I. a , c. S. {t%, lifts FkM0.

ARREOK CHRONOLOGIQUE

« i Home en qualité de citoyens (t), pouvaient en appeler

• aux comice* , qui prononceraient »ur la validité de leurs

• prétentions- » Le consul soutint ces deux lois avec l'acharnement d'un magistrat décidé à braver la colère du sénat. Par la seconde , les chefs du peuple seraient devenus 1rs maîtres de donner des lettres de naturalisation (a). On sent que rien ne devait paraître plus révoltant aux sénateurs que Je voir d'obscurs provinciaux, à qui l'on avait justement refusé des terres, élever ridiculement leurs prétentions jusqu'à vouloir devenir les égaux des plus anciennes familles de Home. Une semblable humiliation leur aurait paru insupportable. Comme Fulvius était à la fois consul et commissaire pour le partage des terres, on craignit qu'il n'abusât de la puissance que lui donnait sa première dignité, et qu'il ne violât les formes qui avaient relardé, jusqu'ici, l'exé i-utioo de la loi Sempronia. 11 ne voulait point convoquer le sénat ; il ne l'assembla qu'à la dernière extrémité et après qu'on l'eût sollicité long-tems. Le corps entier des sénateurs lui fit des remontrances sur le danger de ses projets, et 1 pria de les abandonner ; le fier consul ne daigna pas même répondre (3) , et son silence indigna l'assemblée.

Il était à craindre que ces dissensions entre le sénat et son premier magistrat, ne fussent le germe de scènes encore plus scandaleuses, lorsqu'heureusementpour Rome, l'orage se porta sur un autre horizon. La république obtint ainsi quelque repos pour le moment. Des ambassadeurs de Marseille vinrent implorer son secours contre les Saliens qui ravageaient leur territoire (4)- Celle ville était chère aux Romains, qui d'ailleurs saisissaient toujours avec empressement l'occasion de porter leurs arme* dans de nouvelles con trées; le sénat y trouvait encore l'avantage de se débarrassrr du consul en l'envoyant au-delà des Alpes. Fulvius reçut l'ordre de conduire l'armée consulaire en Ligurie, et l'amour de la gloire Et suspendre à ce séditieux l'exécution de ses projets. Il accepta sans peine la commission qui lui était donnée, espérant que le triomphe qu'il s'en promettait ne ferait qu'augmenter son influence dans la suite. Son absence et celle de Caius Gracchus auraient assuré le repos de la ré , si la proposition du consul n'avait pas été un flam- ' qu'il laissait allumé, et que son départ

Les alliés perdaient à h vérité , par ce départ , l'espoir de réussir à Rome; mais le droit de bourgeoisie sur lequel ils avaient compté , ne pouvait leur échapper ainsi , sans exciter leurs murmures. Ce fut précisément alors que l'on publia quelques lois relatives aux fonctions et à la conduite des censeurs. Les historiens ne disent pas en détail ce qu'elles contenaient; mais il est probable qu'elle* recommandaient aux censeurs d'admeltre au rang de citoyen avec plus de réserve ceux qui en réclamaient le titre. Telle dut être a» moins la politique du sénat en l'absence des démagogues qui, en proposant d'inscrire les alliés sur le rôle des citoyens, avaient excité des prétentions dangereuses dans tous 1rs cantons de l'Italie (S). Ce* censeurs suivirent donc lr couis de leurs opérations dans la forme ordinaire. L'épi tome du soixantième Vivre deTile-Live tait mention d'un recensement du peuple et d'un lustre qui fut célébré vers la fin ■le l'an 6a8 , ou au commencement de l'an 6*9. Le ne de ceux qui se trouvèrent en état de porter les armes, tait à trois cent quatre-vingt-dix mille sept cent six (6).

Frontin, dan* son livre des aqueducs de Rome (7), nous a conservé le nom des deux censeurs qui présidèrent à cette importante opération. Le premier fut ce même Luciu s Cassius Longinus, que la république avait élevé au cumulai l'an 637 ; le second se nommait Cnéus Servilius Carpio. C'est vraisemblablement celui qui avait été consul l'an 61 3. Nous observerons à ce sujet que souvent on écrit Cnr-ius , le prédu second censeur et d'autres semblables. Il paraît que une faute. Les Lattios écrivaient Cnéus ou Coaeus. Les

Grecs disaient r>»<,, , pour exprimer l'a*,- c'est en traduisant le grec que nous avons écrit Cneius, ce qui ne doit point se faire. On ne le trouvera jamais ainsi dans les anciennes éditions de nos auteurs latins. Ces deux censeurs ne s'en tinrent point au recensement dont nous venons de parler, et voulurent distinguer leur magistrature par un monument qui leur fit honneur. Frontin observe qu firent conduire à Rome, le long de la voie latine , dans l'espace de onze mille pas, plus de seize mille mètres, environ quatre lieues, un nouvel aqueduc sous le nom d'abus Tepuli. Peut-être fut-il ainsi nommé de la source même où le canal aboutissait. Il avait sa (M) naissance dans un champ dit de Lucullus, que l'auteur croit avoir été voisin de Tusculum , à peu de dislance de Frasrati , ou de G rot ta Ferrala. Cet aqueduc fournissait de l'eau aux quartiers du Capitole, ou du mont Cielius et du mont Aventin.

Cassius et Servilius portèrent aussi leurs regards attentifi sur la législation. Le troisième plaidoyer de Ciceron contre Verres, nous apprend que ces deux censeurs corrigèrent plusieurs abus, et qu'ils ajoutèrent de nouvelles lois au code censorial , sans doute pour compléter ce qui avait déjà été ordonné par le sénat. On peut juger de leur xèle et <i« leur fermeté par un tait que rapporte Velleius Paterculus dans le second livre de son histoire (9). Ces deux magistrats, dit-il, que le devoir de leur charge obligeait de veiller au bon ordre et à la réformai ion des moeurs , citèrent à leur tribunal Marco» jCtnilius Lepidus (c'est le nom- de l'un des consuls de l'année précédente), aussi dioingu. par sa naissance que par la qualité d'augure dont il élan revêtu. Ils lui reprochèrent d avoir pris pour son Ing^airni une maison trop chère qu'il louait au prix de six mille sesterces , que Calrou (10) et Crévier (1 1} évaluent à sept cet» claquante livres de leur tems pour chaque année. Selon l'évaluation d'nn auteur plus moderne et bien mieux inslrui: sur ces matière* (13), mille sesterce* valent 87 fr, So c, n conséquemment six mille sesterces , 5a5 francs. Cette estimation parait inférieure à celle de Rollin; mais on obser sera que le prix de la mesure de blé qui doit servir de régulateur pour évaluer celui de la monnaie, était alors fort inférieur à celui d'aujourd'hui. Le même auteur l'évalue à un cinquième; en sorte que 5aS tr. de ce tems 1» représentent *6a5fr. d'aujourd'hui.

Cassius et Catpio firent un crime de ce loyer à

"Smilius, COI reglemens. Ce grès rapii

l'avait fai .

Qa n'est pas que le luxe n'eût déjà tait de* prodans Home depuis la conquête de l'Asie. On plus que de légères traces de cette vertu austère

(1) Citron, t. i3, p. 45S.

(a) Fcrausoo , II in. des progrès et de la chute de la république romaine. Paris, 1-91 , t a, p. i3t.

(3) V.lcrc-nlaxime . IX , S.

(4) Tile-livc . Epitome du livre 60.

won, t. a, p. i38 et i3o.

(6) TitiLirii, Hittar. Pari», 1S7J

(7) Pag. 100, dan. l'édition de Frontin , à b raite de Végète. Plant'n , 1S07 Sexto» Juliu» Frontinu» place le, consulat de PLauntN et de Fulvius tous l'an 627 de R»me. dan» celle édition ; il

qu'un acte de sévérité son rang, arrêterait le blique faite à JSmilius par les deux le succès qu'ils s'en étaient ,

exemple de sévérité, ils tirent connaître que Rome avait encore des magistrats xélés pour l'observation des lois, ei attentifs à punir ceux qui se laissaient entraîner au goût du luxe et du faste. Velleius Paterculus, qui rapporte le tait, ajoute celle réflexion : • Aujourd'hui , si quelqu'un de nous

• se lograit à si bas prix, à peine le reconnaît rai l-on pour

• sénateur, tant la chute est prompte de la vertu au vice

• du vice au goût faux et pervers , et du goftl faux aux plus

• grands excès I • On observera que Velleius nous dit luimême qu'il composa son histoire sous l'empereur Tibère, 'an de Home 70-) (i3), correspondant à l'an 3o de notre

ère ; cet écrivain dit aussi que les censeur* dont nous parlons, étaient entrés en fonction i.SS ans avant l'époque à laquelle il publiait son ouvrage , ce qui fixe celle date sous l'an 6a8, qui précède immédiatement celui dont nous donnons ici l histoire. L'éditeur que je viens de citer, corrige

le

ci l histoire. L'éditeur que je viens de citer, coït date en plaçant en marge sous l'an 639

est clair que r'eit une faite d'itnpreuîon.

(8) Citron, t. i3, p. 461. Il n« fait «jus Induire Frontin.

(9) Chapitre 10.

(10) Tom. i3, p. 46a.

(11) Histoire roasaine de Rollin, continuée par Crévier. Pari» ,

(ta) M. i

le marquis Gantier, dao» son nuioire de» monnaie* Pari», 1819. Voyes se» savanle» observations sur le loyer des maison» à Home ; I. a . p. 367 et suivante».

(■3) 6'. Ytfleii Patermti tint. Namortnt 18 1 5. préface, p. xis.

DE L'HISTOIRE ROMAINE

commencement de U magistrature de ces censeurs (i). Il commet nne bute , en faisant coïncider cette année ai l'an ia4 avant notre ère. Il est vrai qu'il lit dans ton texte CLVII , au lieu de CLV , mais sans motif plausible. En général, les éditeurs changent leur texte beaucoup trop facilement. Velleius PatercuTus est très-exact dans sa chronologie, comme on l'a vu sout Tannée précédente. La date dont il est ici question, mérite d'autant plus notre attention , que Velleius Patercnlus écrivait sou» un consul appelé Luciui Cassius Longinus , comme le censeur dont il est ici question , et que la manière dont ce magistrat s'était acquitté de , ainsi qu'on rient de te voir, méritait bien enir fut conservé, et que l'époque à laquelle il avait vécu Ml déterminée avec soin.

.tf.milius Lepidus eut aussi dans ce même teins, ou avait eu quelque tenu auparant, une autre affaire aussi singulière (a). Il fut accusé devant le peuple, et condamné 1 une amende pour avoir élevé trop haut une maison de cam pagne qu'il bâtissait à quelque distance de Rome (3).

Pendant que ces deuils de police intérieure occupaient les censeurs, ils ne perdaient pas de vue ce qui se passait au dehors, au sujet du refus qu ils avaient fait aux alliés. On reconnut bientôt que les villes de province réclamaient le litre de citoyen d'une manière très-sérieuse ; elles remuaient, elles intriguaient, et elles délibéraient sur les moyens d'obtenir par force un privilège que les citoyens originaires de Rome ne voulaient pas leur accorder (i). Les mécontens exhalèrent leurs plaintes dans des assemblées secrètes, où le départ de l'armée consulaire pour une expédition aussi loinlaine que celle des Gaules, les enhardit è former des projets contre la république. Le sénat en fut instruit, et ne crut pas le mal sans remède. Les voies judiciaires parurent suffisantes pour le guérir. Le préteur était Luc ius Opimius, ennemi desGracqucs; un certain nombre d'habilans des villes les plus rebelles fut cité à son tribunal pour être jugé comme criminels d'état. Frégellea (5), ville du pays des Volsques , opulente alors , et située avantageusement sur le* bords du Lîris , avait été la première i lever l'étendard de la révolte. Numitoriu» Pullus, chef de cette colonie, éuît un homme audacieux, capable de former une -intrigue, mais léger dans ses discours. Ses indiscrétions le firent soupçonner d'avoir tramé le complot qui venait d'éclater dans sa patrie. Dans l'interrogatoire qu'il subit , Opimius , après l'avoir intimidé, lui Gt espérer sa grice , s'il voulait tout découvrir. La crainte l'emporta dans Pesprit de ce parleur imprudent sur la fidélité qu'il avait promise à ses concitoyens; il déclara jusqu'aux moindres circonstances de la conspiration, en nomma les auteurs et complices , et mit dans tout son jour le crime des Frégellans. Sans doute ils avaient pris les armes, puisque Rome condamna leur ville a être rasée -, mais ce rigoureux arrêt (6) ne pouvait être exécuté qu'avec précaution. Opimius commença par renvoyer Numitorius dans sa pairie, comme absous du crime dont il avait été accusé. De juge , ce préleur devenu général, suivit de près Numitorius, et parut devant Frégellcs a la tête d'une armée. Les habitans se virent pris au dépourvu : ils avaient fait quelques préparatifs pour la guerre ; mats se croyant les agresseurs, ils ne s'attendaient nullement à être investis, et les provisions nécessaires pour soutenir un siège leur manquaient absolument. Numitorius, qui les avait trahis, acheva de les perdre avec une perfidie qui le rendait encore plus coupable ; il les engagea à se livrer avec confiance i ta clémence du préleur : le trailre en fut cru sur sa parole. Opimius admis dans la ville, ne la ménagea point ; elle fut démolie sur-le-champ (7). Le chefs de la conspiration furent conduits à Rome, ou, après un léger examen , ils furent condamnés i mort. L'affaire de Numitorius parut plus difficile è décider. Sans doute il était plus coupable que ceux-mêmes dont la révolte venait d'être punie par le dernier supplice ; mais ses délations avaient servi nome, et il avait consomme la réduction de Frégi-iles en trahissant ses proches, ses amis et ses concitoyens (f*). Son sort fut long-tems incertain, el les orateurs

(1) Pat;. 58 de ton (a) Hitteire romaine d« noua

(3) V,lèr*-M»xù»«, VIII, 1.

(4) Fer(puon, t. a, p. i3q.

(5) Calait une colonie rot Rome 5og. Vojret rUdeTaot.

uiuc xxj v oi ii ri-derant.

(6) Calrou, t. 1 3, p. 4S8.

(7) Vellciu Paicrrului, 11,6 Jalius Obtteuem, XC, p. 108 ,

firent pour et contre lui des plaidoyers qui passèrent pour des chefs-d'œuvre. En détestant sa perfidie, les juges reconnaissant qu'elle leur avait été utile, prononcèrent en sa faveur une sentence d'absolution. Opimius avait été son juge et son séducteur, mais non pas son vainqueur. En vain cet adroit ambitieux sol I ici U le triomphe ; en vain se fit-il valoir dans le compte qu'il rendit de ses exploits en jetant des soupçons sur Caius Gracchus, qu'il présenta comme le chef de la conjuration des alliés (q) , le triomphe lui fut refusé. Le sénat ne pouvait confondre (10) une ville recouvrée sur des sujets rebelles qui n'avaient pas même combattu, avec une ville conquise sur l'ennemi : l'opinion qui s'était prononcée contre lui ne ménagea pas Rome elle-même. La dureté avec laquelle on avait réprimé l'entreprise méditée par Frégelles ne pouvait que retarder l'effet d un mécontentent qu'elle aigrissait; c'était un feu caché sous la cendre qui devait tôt ou tard produire un grand embrasement.

Des prodiges semblèrent l'annoncer à un peuple naturellement supers! ieux, qui en exagéra le nombre. On vit, è Véies, sous ce consulat, dit un ancien écrivain (11), do lait et de l'huile pleuvoir du ciel , des épis de blé croître sur les arbres, et une grêle aussi dure que des pierres, tomber, trois jours de suite, aux environs d'Arpinum. Ces détails sont peu dignes de l'histoire ; mais le fléau des sauterelles qui s'est renouvelé de nos jours , et sous nos yeox (i»), mérite d'y avoir place. Une nuée orageuse apporta une si grande quantité de ces insectes voraees , que toute la cote d'Afrique en fut couverte. Ils y dévorèrent les grains jusqu'à la racine, et n'épargnèrent pas même l'écorce la plus dure des plus gros arbres ; un vent d'orient les avait apportés, un vent du midi les remporta, et les noya (i3) dans la mer. U semblait que leur destruction dût être un bienfait de la nature : ce fut malheureusement tout le

, firent plus avaient causé penporta par monceaux sur le gravier; et depuis la Cyréoaïque jusqu'au-delà dUtique, on en sentit l'infection. L'air en fut tellement corrompu , que la peste fit du ravage jusque bien avant dans l'intérieur des terres. On dit que, dans le seul royaume de Numidie , elle enleva plus de huit cent mille hommes , et que, sur les bords de la mer, elie causa la mort k plus le. deux cent mille personnes. Dans l'armée prétorienne, chargée de garder l'Afrique , il périt plus de trente mille soldats romains. Quel fléau pour le pays le plus fertile du monde , et qui était alors très-civilisé I Rome ne put apprendre , sans effroi , que d'aussi petits animaux eussent produit de telles dévastations. Comme tout ce qui arrivait dans ces états , servait de matière i ses présages , elle redouta les maux que la seule observation de sa situation présente devait lui faire craindre.

Fulvius, dont le nom seul était si redoutable, était parti vers le mois de septembre de l'an ia6 avant notre ère, pour l'expédition de laquelle il avait été chargé. Il trouva , "Uns les Gaules, plus d'ennemis rassemblés qu'on ne 'avait cru es armes

être un bienfait de ta nature : ce tut maltieure contraire. Ces sauterelles, étouffées par les i de mal , après leur mort , qu'elles n'en av; dant lenr vie. Le courant les porta par a

ce canton

a Ligurie. Ce que les Romains appelaient Ligurie transalpine, s'étendait depuis le Vsr jusqu'au Rhône. Les Saliens et les Voconces en fesaient partie. Arles était 1a capitale des premiers ; Vaison et Die appartenaient aux seconds Ces peuples osèrent se mesurer avec un consul romain, et lot disputer long-tems la gloire des armes. Obligé de passer l'hiver dans ces pays montagneux où la rigueur de la saison ne lui permit pas de faire de grands progrès, ce ne fut qu'au primeras qu'il put les vaincre ; en sorte qu'il lui fallut prolonger son séjour, peut-être plus qu'il ne l'aurait voulu. Sans doute, le sénat ne rit pas avec peine i - ^ n: :e que les élection* des consul* de

édition de Kappio* , 1 77a. Tite-Live . Efitomt lilri LX.

(8) Ciccro , «V imreul. , I. a; itjlmhu. L 5; tm I. 4 mJ Htnuumm. Valère-Maxime , I. a, chap. 8.

(9) Histoire de Rollin, t. g, p. 76.

(10) Calrou. 1. 13, p. Ift*.

(11) Julim Oint que ni, chap, go.

(la) A Rome même, en 181a.

(i3) Catrou, t. i3, p. 4(0.

ABREGE CHRONOLOGIQUE

63o de Rome , iaS-ia4 ■»**" notre ère.

Comali : CaÏus CaMttJS Lohgiscs , Caïos Skxtius Calvinbs (i).

La cornais entrèrent en charge le i**. ianvier romain , a5 juillet julien «le l'an laS avant notre ère; le premier était vraisemblablement neveu du censeur actuel , et le fils d'un autre Caïus Castios Longinus , consul en 5d3, rt censeur en 600 (a). On peut présumer que le consul Sextius, est le même dont Ciceron pat le , avec éloge, dans son livre des Orateurs illustres (3). Caïus Sexlius, dit-il, joignait dans ses harangues la finesse des pensées à l'élégance du style ; mais les douleurs de la goutte oui le tourmentait assez souvent, ne lui permirent pas d'exercer te talent qu'il avait reçu dt la stature pour parler en public (4).

La Gaule transalpine et la défense des Marseillais, retenaient le fanatique Fulviua dans on pays éloigné. Caïus Gracchus exerçait encore, maigre lui, les fonctions de pro— questeur en Sa r daigne , qui lui lurent continuées cette année. Le traitement que l'on avait tait a Frégelles, contenait les alliés an-dehors : des trois hommes dangereux, .uvociés pour la commisssion du partage des terres, il ne restait a la ville que Papirius Carbo. Tout violent qu'il était , il avait besoin d'être secondé. Ses soins se bornaient a continuer lentement , et sans bruit , le projet de répartition dont l'exécution était' déjà fort avancée. Il est vrai que Sextius avait été destiné, par le sort , a remplacer tulviue dans la Gaule transalpine ; mais ce consul était malade , et la politique du sénat faisait naître des {prétextes pour retarder son départ , et tenir ainsi Fulvius plus longtems éloigné.

Ces précautions n'étaient , a la vérité , qu'un faible palliatif, qui ne guérissait pas le mal ; il restait toujours , au sein de la république, un principe de corruption qui devait se développer tAt ou tard. Déjà Graccli us s'ennuyait de la { longueur île son séjour dans une lie où son activité naturelle se trouvait comme emprisonnée; il semblait qu'il enviai a la république le calme dont elle jouissait. L'imprudence et la violence de ses ennemis lui fournirent l'occasion de s 'arracher a cette situation pénible. Des ambassadeurs étant arrivés d'Afrique a Rome, de la part du roi Micipsa , pour instruire le sénat d'un envoi de blé que ce prince avait fait en Sardaigne, au général romain, ajoutèrent que Micipsa l'y était engagé par considération pour Caïus Gracchus. Le sénat s'emporta contre eux , et les chassa. Persuadé que les soldats de l'armée d'Aurélius Oresles, étaient entièrement dévoués à Caïus , qui les avait sauvés, non-seulement en leur procurant du blé , mais en les lésant habiller, il ordonna , par un décret r que ces soldats seraient remplacés par de nouveaux légionnaires que l'on ferait passer en Sardaigne; il continua les pouvoirs du général en qualité de proconsul , ne doutant pas que Caïus ne restât auprès de lui en qualité de questeur (5). On remédiait ainsi au mat le plus puissant ; mais on grossissait en même tenu le parti de Gracchus, dans la ville , en y rappelant des hommes qui ne pouvaient oublier ses bienfaits. Cette démarche avait , du moins, l'avantage de remédier au mal présent (6); elle parut l'expédient le plus convenable pour arrêter le cours des intrigues du jeune questeur (7), qui le sentit vivement. A la première nouvelle de ce décret, il n'écouta que sa colère (8), et ne craignit pas de prendre un parti aussi dangereux pour lui que pour ses adversaires. Quitter la Sardaigne, avant son général , et retourner à Rome sans la permission expresse du sénat, c'était une infraction manifeste aux lois. Rester i son poste , aussi Inng-tems qu'il plairait a ses ennemis (a), c'était languir dans l'inaction, et donner In tenu a l'affection que le peuple avait pour lui , de se refroidir pendant une si longue absence. L'esprit de faction

(■) Ht sont nommés par Catsiodora, Jylius Obsèques», Vellfiu» PaUrcvlus, Cieéron dans ton Brului, et lei Pmtti tùtli , Eutrope se trompe en ipprUiH le second consul Sesius Itomili» Calnaua.

(s) En «(Tel, Sigoniiu, qui. dm» Fûtes, place ce consolai sou l'an 6aa , U qualifie fit* cl petil-fiu de Caïus

( î\ Ou Bruina . L 1 , p. Sg<t , dans le Cieéron d'Eraesti ,1737.

(4) Carron . t. i3, p. 4&a.

(5) Phrtarqac , vie de Tibémts et de Caïus Gracchus, chsp. 3i.

(6) Note de Dacier sur re paui^r.

(7) Catrou , I. iî , p. 4S4 et 4Si.

(ft) Plularcjue . »ie de» Grecques, c. 3t. (q) Calrou . I. i3 . p. 4&3.

est à-la-fbis inquiet et téméraire. Le proquesteur brava tous les risques d'une démarche hasardeuse. Il s'embarque, i l'insu ou proconsul , part de Sardaigne, et arrive à Rome au moment qu'on s'y attendait le moins.

Le tems que Gracchus choisit pour se montrer dans la : capitale n'était pas éloigné du jour fixé pour l'élection des I tribuns du peuple. L'apparition subite du proquesteur de Sardaigne irnla également le sénat et même le peuple contre un attentat si contraire aux lob et aux coutumes. Les enne mis de Gracchus en témoignèrent une vive indignation, et. déférèrent aux censeurs la personne et les procédés de cet audacieux (10). Servilius et Casai us , qui avaient déjà dé- f jployé leur sévérité contre un augure distingué par sa naissance, n'étaient nullement disposés a des menagemens pour [ un soldat qui venait de quitter son poste. L'éloquence de ] Gracchus les subjugua; il comparut sans crainte devant ses [ ;uaes, et plaida si bien u cause, que ce triomphe lui fut fa- I cite. Sa lurangue a mérité de parvenir jusqu'à nous , et nous [ éo avons encore aujourd'hui des fragment qui nous font connaître ses moeurs et son esprit (il). «J'ai servi dans les

• troupes pendant douze ans, dit-il, quoique les lois n'eu

■ exigent (1 a) que dix. Le sort m'ayant assigné les fonction* » delà questure, je suis resté au moins deux ans (i3) auniè^

• de mon général , quoique la loi permette au questeur de se i» retirer après un an de service. Il est vrai qu'elle exigeai! !» que je ne retournasse, qu'avec mon général; mais elle sup '• posait qu'un consul ne ferait la guerre au même lieu que

» pendant l'année de son consulat. U vous a plu de retenir

• trois ans en SarJaigne Lucius Aurélius Oresles; ai - je

• donc été obligé de m'aasujétir 1 des ordres qui ne mV- » taient point adressés? Il était doux au proconsul d'exercer » un empire long et absolu sur des légions obéissante^ ; " mais il était dur pour un questeur de perdre dans l'oisi- » veté un tems quai aurait mieux employé ailleurs. Je me

• dois tout entier aux intérêts de tant de malheureux qui

• soupirent après le partage des terres dont on m'a fait le » distributeur; je ne pénètre point les intentions de cru» » qui ne m'ont retenu que trop long-tenu éloigné de la ca-

■ pilale ; c'est au peuple romain , c'est aux indigens de tout<-

• l'Italie de rechercher ces intentions, de les approfondir i« et de s'en plaindre. Du moins, censeurs, soyez touches U de la conduite que j'ai tenue dans une fie où fa débauche

• et l'avarice ont corrompu lea officiers et les soldats de U H !» nouvelle armée qu'on y a envoyée; pendant tout le lents II j* I"* j'y ** P"*** P °,a* P** reçu des alliés une obole (un

I» as) en présent , et je n'ai pas souffert qu'ils fissent aucune !» dépense pour moi. M'a-t-on vu faire de ma tente un lieu » de désordres, qui servît de retraite à la crapule et à j» la prostitution dos jeunes Romains? J'y ai donné des

• repas, d'où la licence a été bannie, et que la modestie !» des paroles et des actions a distingués (14Y Si l'on peut :• me reprocher que jamais femme débauchée soit entrée

• chez moi , je consens à être regardé comme le dernier » et le nias méprisable des mortels. Je n'en suis cependant

■ pas plus riche. Le différence que vous reconnaîtrez entre

• moi et vos officiers qui sont en Sardaigne , la voici :

• je suis le seul de cette armée qui eut emporté sa bourse

• pleine et qui la rapporte vide , tandis que les autres ont

■ bu le vin que contenaient leurs amphores qu'Us rap-

• portent pleines d'or et d'argent. »

Ainsi parla Gracchus ; son discours fut applaudi par U multitude , et fit impression sur ses juges. Il fut absous, et tout le inonde sortit de l'audience, convaiocu de l'injustice de l'accusation intentée contre lui (t5). On était déjà persuadé de la frugalité , de la continence et du désintéressement de ce vertueux fils de Comélie , de ce petit-fils du premier Scipion. C'était parlé même, en partie, qu'il s'était rendu redoutable au sénat. Aussi , après cette affaire , on lui en suscita) plusieurs autres , et I on forma contre

( ro) Plutaruue, via dot Grecques , chsp. 3i.

(11) Aulufcllc, XV, is. el Chsrisius, lirre 1.

(sa) Catrou, t. i3, p. 464t Rollia, I 9, p. 77.

(|3) Bl'auuim; c'est ce qus dit Aulugelle, qui rapporte une grande partie du discourt de Calas. Plutarqu* dît trois ans ; mais a peine Caïus a»ait commencé ta troisième année, puisque , selon Plularque lui-même , il s'embarqua au eommeacemcnl de la troiaienw : car il parait qu'Aurélius Oresles n'avait éli en Saroaine qu'a la fin de son contutal. Fergutoo te trompe, p. 14» . «"» «ppeïant c« consul Aur^Kut Colla. Lui-même, p i35. le nomma Oretta.

04) Catrou . U i3, p. 46S. Rollia . t 9, p. 78.

(iS) Plularaue. »ie Jet Graequea. ch. il.

DE L'HISTCMUE KOMAIΌ.

lut (i) d'autres chefs d'accusation encore plus graves. On l'accusa d'aroir sollicité les allies de se révolter contre les Komaios, et d'avoir eo parl ai) soulèvement arrivé l'année précédente a Frégrllcj. On prétendit qu'il en avait été le mobile et l'instrument secret. Mais il répondit si bien aux différents griefs dont on le chargeait , qu'il détruisit tous les soupçons que l'on avait fait naître contre lui. Cette seconde victoire ne fit que donner plus d'éclat a l'accuse. Jamais Graochus ne s'était vu plus en crédit qu'alors. Il crut devoir mettre a profit ce moment de laveur auprès d'un peuple souvent inconstant , et fixer sa légèreté en s'éublissant dans le tribunal. 11 se flatta que s'il entrait une fois dans cette charge importante , il saurait s'y maintenir et exécuter a loisir tous les projets de vengeance qu'il avait formés. L'élection des tribuns du peuple allait se faire. Graccbus se mit au nombre des candidats , et fit sa brigue avec toute l'activité dont il était capable. Dans tous ses discours publics et particuliers, on ne l'entendit parler que des lois qu'il (a) méditait a l'avantage du peuple, et pour humilier la noblesse. Sans cesse il rappelait le souvenir du massacre de son frère Tiberiux , il témoignait le plaisir qu'il aurait a venger sa mort et à punir la durei des riches i l'égard des pauvres, joignant ainsi i son ressen riment particulier cet ancien sujet de déclamation , éternelle maladie des peuples civilises. Il étendit sa camp sur les alliés de nome en Italie, et releva leur misère plus fortement encore que ne l'avait fait son frère, fin découvrant ainsi sans mislire et sans réserve les sentiments de son coeur, il gagnait l'affection des citoyens , et se frayait la route du tribunal.

ll> est facile de croire que des déclarations si publiques et si séditieuses allarmèrcnt le sénat (3). Les patriciens et les riches unirent leurs efforts poor empêcher Graccbus d'aire élu au champ de Mars, où les citoyens devaient s* rassembler pour cet objet. La plus forte opposition qu'il rencontra ne vint cependant pas de cette reunion ; elle vint de la célèbre ComéJie , sa mère. Aussitôt après la mort funeste de son fils aîné , cette illustre Romaine s'était confinée dans une de ses terres , en Caropanic , près du cap de Misène situé i une lieue de Pouzzoles. La elle passait le reste d'une triste viduité, dans l'exercice de ces vertus douces qui appartiennent à son sexe. La lecture des livres savants faisait son amusement ordinaire , car il n'y eut peut-être jamais de femme qui cultivât plus soigneusement son esprit (4). Elle parlait sa langue (5) avec une élégance que le premier des oralenrs a souvent admirée en lisant ses ouvrages. Cette héroïne n'eut pas plutôt appris que le seul fils qui loi restait songeait a s'engager dans le tumulte des affaires publiques, qu'elle lui écrivit lettres sur lettres pour l'en détourner; il nous en reste encore deua qne le terris a épargnées , et qui feront connaître l'esprit et les sentiments de cette femme a qui l'antiquité a prodigué des éloges. Il suffira de les lire pour se convaincre que leshirto part i l'assassinat du second Scipton, n'ont fait que répéter une infâme calomnie. Voici ses expressions (6).

» la tendresse de voire mire.

» mon affection , toutes mes - moment sur vous seul. Votre frère atné s'est rendu hv » victime de la violence de ses ressentiments : prenez garde « qne l'impétuosité de la même passion ne vous entraîne » aussi dans les plus grands malheurs. Dieux, m nous un présage si funeste ! Il est beau , me

de venger un frère. Oui , mon fils , votre cœur a été formé sur le modèle du mien ; comme vous , je suis sensible au plaisir de la vengeance. Mais aussi us sais réprimer par la raison le» emportements qu'un premier mouvement fait naître dans mon coeur. L intérêt que je prends a la république surmonte la douleur d'avoir perdu mon fib. Ah! mon fils, réfléchisse! sur ce que vous allez entreprendre. Le mime coup que vous porterez a la patrie, percera le sein de votre mire. Que dis-je ?

(i) Calruu , 1. 13, p. 460. RoUio, b g, p. 76. (a) Catrou , t. i3, p. 466.

(3) Appwn dit crpcndaat , I, 3, rassasient mépriser le* prT

(4) Cicaroa, dans son

(5) Catrou, t. ,3. p. 467.

» rilé. Vos ennemis l'emporteront , et je vous perdrai (7). » Malheureuse mère , malheureuse citoyenne 1 Quels que » soient les événements, ta violence des impressions que » je recevrai surpassera mes forces , et j'eu serai accablée.

Gracchus ne fut pas docile aux remontrances de sa mère -, il se laissa dominer par l'ambition et la vengeance. Son indignation contre le sénat, son impatience de voir humiliés ces superbes patriciens , l'emportèrent sur les tristes pressentiments de Cornelîe. Il lui écrivit sans doute avec le langage d'un fils, mais avec le regret de ne pouvoir déférer a ses ordres. Comélie fut irritée , mais elle ne crut pas devoir céder encore , et fit de nouvelles instances en ces termes (8):

« Non , ingrat ! après les meurtriers de Tiberius je n'ai

• point d'ennemi plus cruel que toi. Devais— je m'attendra

■ que le seul fils qui me reste empoisonnerait mes derniers |» jours ? L'extrême complaisance que j'ai toujours eue pour » tes volontés est la cause de ta résistance à mes conseils. » Mais cette déférence que j'ai eue pour toi , ne puis-je » donc l'exiger è mon tour* Impie! tu n'auras donc de

• repos qu'après avoir détruit la republique. J'emporterai ,

■ en mourant, le chagrin de te l'avoir vu renverser! Mais

• non, cesses, Graccbus, cesses de renouveler dans ma

• famille ces scènes si tragiques ; attends que j'aie les yeux

• fermés pour solliciter le tribunal. Alors ma cendre , ua-

• sensible ne souffrira plus des malheurs que tu te seras

• attirés. Peut-être, dans tes désastres, tu invoqueras mes » mines et ceux de ton père. Mais seront-ils touchés de

■ tes larmes? C'est de notre vivant qu'il fallait noua croire

■ et nous obéir. Grand Jupiter, ne permettez pas que

■ mon fils s'obstine dans un dessein qui doit (9) causer sa

• perte , celle de sa patrie et celle de sa mère! Ah ! mon

• fils , prends garde de te rendre pour toi-même un objet

• d'horreur dans tes derniers jours ! »

Par ces restes précieux de l'antiquité, on peut juger de l'esprit et du cceur de Cornelîe. Quelle grandeur d'âme ! quelle pénétration dans l'avenir! quel amour pour sa patrie ! qu'elle tendresse pour ses enfants ! quelle éloquence et quelle force dans ses lettres ! Sans doute cette excellente mère aurait dû être plus heureuse. Mais ses exhortations , ses reproches affligèrent Gracchus, et ne l'arrêtèrent point, bngue-etait faite: il continua de demander le tribu-

nal (10), et se d l'obtenir. Ce fut

de

i extraordinaires pour

, à la tête nooçait rien moins a la dence. Que faire ? Le crédit de ce fortifiait è vue d'osil. Les ' nourris en Sardaigne, se saient avoir les suffrages de

fut alors qu'on vit toute la faction patricienne le coup qui la menaçait. Un e d'un parti populaire, n'en- 'une entière décacandidal se qu'il avait vêtus et tient pour lui , et loi feparents et de leurs amis Enfin arriva le jour auquel devait se faire l'élection. Le sénat fut surpris de voir arriver des environs de Home une foule étonnante (11) de campagnards venus des tribus rustiques, exprès pour donner leur* suffrages en faveur de Gracchus. A cette vue, la noblesse désespéra de pouvoir éloigner son ennemi du tribunal. En effet la ville regorgeait de tes citoyens, la plupart inconnus, qui ne trouvèrent pas même de maisons pour y loger. Il ne restait plus qu'une ressource aux patricien* : c'était d'empêcher que ce factieux ne fut nommé le premier des dix qu'on devait élire , et que par la il ne devint le chef du collège.. On parvint i ne le faire nommer que le quatrième. Faible succès contre un homme supérieur en mérite et en naissance a tous ses collègues! Son élection ent même quelque chose de singulier: au jour marqué, le champ de Mars fut si rempli que , feule de place , un grand nombre des nouveaux venus monta sur les toita et sur les-ptalesfbrmes des maisons qui bordaient le lieu de l'assemblée. De-la ib donnèrent leurs suffrages a Graccbus, seulement par acclamation.

Il faut avouer que jusqu'à lui on n'avait guère vu monter sur la tribune de plus parfait orateur. Sa taille ai " de son visage, ses

(6) Fragments de Comf'liui Népos , i

(7) Catrou, L li, p. 4118.

(S) Curu<?liiu Népo». d»n» Ici fraaTDfnl» déjà cités. (9) Catrou, l ia, 0.4%

(?o) Plutarq.. , vie L TibOius «t Calo, Grscchu*. (11) C*trou,l.i3,p.470.

5Sa

ÀRRÉGÉ CHRONOLOGIQUE

destes , prévenaient en ta laveur avant qu'il eût parlé : lorsqu'on l'entendait , on n'était pas menu satuia.it. Sa voix , également forte et insinuante (t) , allait saisir l'auditeur jusqu'aux derniers ranci. Pour ses discours, tout l'art oratoire y était répandu (a) , sans cependant trop se laisser apercevoir. On ne lui reprochait qu un peu trop de véhémence dans les endroits où il se laissait transporter par la -passion. Anssi l'orateur qui connaissait son début , avait-il choisi parmi ses esclaves un excellent musicien, qui se tenait derrière lui pendant qu'il haranguait. Aussitôt que, dans nn mouvement pathétique, le maître élevait trop la voix , l'esclave , avec une espèce de flageolet, le ramenait au Ion qu'il (allait prendre (3).

Cicéron (4) ne fait pas difficulté de dire que Caïus a* a ' de quoi égaler, s'il eût vécu plus long-tenu, son père S en

fironius Gracchus , et son aïeul Scipion l'Africain. Il fà es plus grands éloges de son éloquence. Il loue en lui une «pression noble, des pensées solides, une riebe abondance une force et «ne gravite majestueuse, qui l'avaient mis beau coup au-dessus de tout ce qui avait paru jusqocs-U d'orateurs a Rome ; et qui étaient capables de le porter a un degré de

rfection , où il n'aurait point eu à craindre d'avoir jamais supérieur.

Ce qui fesait éclater sur- tout son éloquence, c'est la force que lui inspiraient son respect et sa tendresse pour son frère, le souvenir de sa funeste mort qui lui était toujours présent et le pénétrait (5) d'une vive douleur , ealin un violent désir de le venger. Car, quelque matière qu'il traitât , il trouvait toujours occasion de déplorer la mort de son frère , et ramenait sans cesse le peuple sur cette idée qui lui fournissait les pensées et les expressions les plus touchantes. ■ Où me retirerai-je ? disait-il (6) , où cherche-

• rai-je un asile t> sera-ce au Capitole ? Mais ce . saint est inondé du sang de mon frère. Irai- je me ■ dans ma maison ) mais jYy trouverai une mère éplorée el . réduite a la dernière désolation. . A un discours si pathétique , il joignait une déclamation animée , un ton de voix des gestes , des regards , qui tiraient les larmes des yeux

de ses ennemis, efois il opposait * la violence Mn£UiQAirc exercée , la conduite bien différente des anciens Romains. « Vos ancêtres, leur disait-il , déclarèrent autre-

• fois la guerre aux Falisques pour venger Génucios, tribun

• du peuple , qui avait été maltraité en paroles seule- » ment ; ils condamnèrent a la mort Caius Véturius ,

• parce qu'un des tribuns passant par la place , il avait été

• le seul qui eût refusé de se retirer pour lui laisser le pas- » sage libre , au lieu que ces gens, en montrant les nobles,

• ont assommé devant vos (7) yeux , s> coups de bilon ,

• mon frère Tibériut ; acharnés sor son corps , ils l'ont » traîné au travers de la ville, et l'ont jeté dans le Tibre » pour le priver des honneurs de la sépulture. Ils ont mis

t mort , sans aucune forme de justice , tous ses amis qui leurs mains. Cependant, ajoutait-il, observée de tout tenu à Rome, que st poursuivi criminellement, s'il ne comparait pas , on envoie , dès le matin , à la porte de

• sa maison an officier l'appeler a son de trompe , et ja- « mais , avant que cette cérémonie ait été faite, les juges

• ne procèdent 1 sa condamnation. Tant nos ancêtres avaient

• de retenue et de précautions dans leurs jugements, quand « il s'agissait de la vie d'un citoyen I ■ (S).

Telles étaient les dispositions du nouveau tribun, pour exciter de grandes émotions dans le peuple. Il ne commença guère a exercer sa charge que l'année suivante. Celle où il avait été élu, allait bientôt finir, et nous n'avons dû le regarder jusqu'ici que comme un tribun désigné.

Fulvius Flacrus , ce collègue de Gracchus dans le triumvirat pour la répartition des terres, était nécessaire à l'exé-

(1) Cicéro, livre 3, 4t OraUrt.

(a) Catrou, t. i3, p. 47

(3) Catrou, t. i3, , p. 47*-

(4) Bnt^ i35. i36-

(5) Rallia , I. g , p. 80.

(6) C. Graccbu, ciU par CkérOB , I. 3 dt Ormtnr, a. ai 4.

(7) Rollio, l.q, p. 01. •

(8) Utm, p. 8a.

(g) Catrou, t. i3, p. 47a.

(10) Catrou, I. i3. , f.^i-

(11) Le» Fastes de Siginius places! ces consuls soin Vtm 63o, et

Rome alors, continuant de faire la guerre pour les Marseillais. C'était un plébéien furieux, ouvertement déclare 1 contre le sénat et contre les riches. Personne , mieux que | lui , ne pouvait seconder les emportements de Gracchus. S'il eût donc été au pouvoir du sénat (9) , sans doute il l'aurait continué dans ses fonctions de proconsul, où il ac- I quérait de la réputation. Quelque envie qu'eussent les pères conscrits , de voir Fulvius long- tems éloigné de Rome , les instances de Caïus Sextius Calrirras l'emportèrent sur leurs vues de politique. Le consul de l'année avait obtenu du | sénat la Gaule transalpine pour son département. Presque aussitôt qu'il fut nommé au consulat , il aurait pu se mettre en route pour la province qui lui était échue, et a prendre la place de Fulvius. Par condescendance pour le I sénat , peut-être aussi i cause de sa mauvaise santé , il ne pressa point son départ , et resta 'dans la capitale durant la I meilleure partie de son année. Enfin , l'amour de b gloire remporta sur sa complaisance ; il s'embarqua pour Mar- I seille , alla succéder è Fulvius , et se mit à la tête des légions déjà aguerries et accoutumées a soutenir l'impétuosité des Gaulois. Fulvius revint donc è Rome pour y augmenter le tumulte par sa présence. Gracchus sentit son courage s'accroître dès qu'il apprit le retour d'un ami dont le nouveau crédit t'autoriserait a tout entreprendre. Il aida Fulvius a obtenir du peuple le triomphe qui lui fut accordé I pour une expédition non encore terminée. Vu consulaire, un triomphateur dans son parti, servit beaucoup à le re-| lever. 11 Ptratt que Papirius Carbo , le troisième appui de la faction plébéienne, avait dès-lors changé de parti, puisqu'on ne le voit plus figurer dans les troubles qui se préparent.

Tout penchait 4 la sédition , lorsque Home se donna de nouveaux consuls dont la magistrature va nous occuper (10)

63 1 de Rome, ia4-ia3 avant notre ère.

Contais ; Quintus C/BCIL1U3 MfiTELLUS , depuis surnommé Balearicus , Trrc* Quihctiijs Flamuohus, selon d'autres Flamimus (it).

M a acu* fFMUVê Scaueos est édile eu ru le {Voy. les Mèm. de l'Acad. des Inscr. , lom. XXIV , pag. a3&)

Les consuls entrèrent en charge le i". janvier rama 7 août julien de l'an 1*4 avant notre ère. Les Fastes d'

l'Al-

roeloveen (ta) placent ces consuls sous l'an 63i de Rome , ia3 avant notre ère i ils nomment le second Flaminious, et disent que Patin (i3) écrit r laminius, et Glarean, Flami nius ApelUs. Nous avons déjà expliqué l'erreur de Fastes, relativement *. la correspondance des deux aor

Quintus Céeiliua Hétellus était le fils aîné de Mélellus le Macédonien ; il a souvent été loué par Cicéron , et principalement dans le plaidoyer que fit cet orateur pour le recouvrement de sa maison. Quinctius est regarde comme le fils de celui qui avait été consul l'an de Rome 604. Cicéron, I qui l'avait vu , assure qu'il parlait purement la langue latine; mais il ne lui reconnaît aucun talent pour l'éloquence (14).

De ces deux collègues , le premier fut envoyé aux fies Baléares, alors habitées par des pirates qu'il alla combattre, tandis que le second, laissant le proconsul Sextius continuer une guerre avantageuse dans la Gaule cisalpine , crut devoir ' rester è Rome pour surveiller Gracchus, prêt è y exciter de I vives disséminas. Elles sont plus intéressantes pour l'histoire, que les victoires des deux généraux en pays étranger , dont cependant nous parlerons dans la suite.

On a vu par quels discours , l'année précédente , n'étant encore que tribun désigné , il avait déjà échauffé les esprits I du peuple. A peine fut-il entré en charge , qu'il fit oublier qu'on ne l'avait élu que le quatrième. Il o eut pas plutôt été installé, qu'il devint le premier par la supériorité de son de tous ses » "

aommenl le sec-ood Flamininui, fils et petit-fil» de Titus ; comme le premier est fils tt petil-fil» de Quintus. 1U ajoutent que Mareus | Fuhrims Flarcu» , filsdc Marcus , petit-fils de Quintus, triomphai ttc anolc des 1-jgurien» , des Vocooces et des Saliesu. Les deux osais sont nommés par Caatiodore , Eutropc , Orote , Cicéron /•'« Uumo. el les FaiU sicmli. Pluuraue , dans son Traite" de ta fortune des Romains , donne a Quintus Métellus le surnom de Btlea- \ n'm. Pline , livre VII , fait la même chose, (la) Fastes d'Almélnveen , p. g3.

(|3) P««c 49 de ses Pmmiti» Hammmm.

(■4) Catrou el Rouillé, t. i3, p. 473 el 474-

DE L'HISTOIHK KOMA1NK.

"Son coup d'oui fut de proposer tien* édita qui montrèrent lui caractère en taisant voir plus de tète pour salis faire set haines personnelles, que pour s'occuper du bien public. Le premier portait que « tout magistrat qui aurait

• été dépose par le peuple, ne pourrait plus Cire admis « à aucune charge » ; le second ordonnait que ■ le ma—

• gistrat qui aurait banni un citoyen sans lui avoir fait ton

• procès dans les formes, serait jugé par 4e peuple «a der-

• nier ressort •.

La première de ces lois dégradait nommément le tribun

Marcus Octaviut (-i), ce magistrat télé pour le parti patricien , que Tibérius Graechus avait (ait publiquement destituer ou tribunal par les suffrages du peuple, pour s'être opposé 4 ses lois agraires. Çaïus voulait que ce jeune Romain , d'un mérite singulier , fût encore exclu, des dignités supérieures (a).

La seconde de cri lois tombait directement sur Publius Popilius Letnas , Qui* .étant consul, L an 6aa , avait banDÏ les amis, c'est-à-dire les complices de Tibérius, sans aucune forme de justice (3), immédiatement après b mort de leur chef, dont la condamnation lui avait paru entraîner celle des (auteurs de la sédition ; msis Caîus , en vertu de sa nouvelle loi , prétendait le taire juger lui-même par le peuple , qui ne l'aurait tdrement pas épargné (4). Il ne voulut pas s'y en poser, et préféra de s'esiler volontairement en abandonnant l'Italie (5).

Malgré le peu de succès qu'avait eu Cornélie auprès de son 61s , elle ne le perdait pas de vue : elle sentit que ces deux lois le rendraient odieux , sans lui procurer aucun avantage réel. Cette fois, Caïua eut la sagesse de lui céder. Il cassa lui-même ton premier edit , ne dissimulant point qu'il accordait celle grlce ou plutôt cette justice aux prières de Cornélie. Le peuple en fut ravi , et consentit volontiers a cette révocation ; car il honorait Cornélie , sans doute ,

Sar le souvenir qu'il avait conservé des vertus du grand ripion , son père , mais au moins autant par considération pour ses deux fils, comme cela parut bientôt après par un statue de bronze qu'on lui éleva et sur laquelle on écrivit « Cornélie , mère des Gracques. » (6), inscription admi-

parait avoir été frère de

ité par Opimius, deux ans auparavant aujourd'hui Falvaterm, et elle est dans le

par

Dans ces trois

'«primait

plus que ne l'aurait fait un long éloge de la mère et du fils (7).

Aussi Caius se fesait-il honneur d'une telle mère , et l'on rapporte plusieurs bons mots, par lesquels il répondit a de ses ennemis : ■ Quoi t lui dit-il , lu oses mal parler de » Cornélie qui a mis au monde Tibérius I » Il ne s'en tint pas a cette réponse ; il en fit une autre plus mordante , et Plutarqoe , qui la rapporte , ajouté que l'on pourrait aisément rassembler beaucoup de traits pareils , extraits de tous les écrits de Caius (S).

Les premières entreprises du nouveau tribun n'avaient pas excité de grands mouvement; elles attaquaient seulement deux particuliers , et n'intéressaient que médiocrement le public. Mais après avoir ainsi fait l'essai de ses forces , Caîus imagina des projets plus important, où il n'omit rien de ce qui pouvait rabaisser l'autorité du sénat et relever celle du peuple (g). Des vengeances particulières ne suffisaient pas a une ame aussi grande, oni ne se bornait pas a de vains regrets sur b mort de son frère. Plein d'admiration pour ses rares qualités, et aussi hardi que lui. il ne mesura pas ses forces: sans trop examiner quelles devaient en être les suites , il ne craigniipas de s'engager dans b route que Tibérius lui avait Iricée.

Son premier soin fut de faire confirmer b loi que son frère avait renouvelée pour le partage des, terres conquises en Italie entre les citoyens de Rome et les alliés indigents (io). L'ouvrage de cette distribution n'était pas fort

(x) Plularque, vie de Tibchu» et de Caîus Graechus, caap. 3y

(a) Catrou cl Rouille' , t. i3 , p. 474 ** 47$.

(3) Plularque. vie de» Gracqur» , cSap. 37.

(i) Catrou et RouilU , p. 475.

(S) Plularque , tic des Gracques, chap. ij

(b) Plularque, vie de Tibérius «t de Cuu»

(7) Note de Daeier.

(8) Plularque . vie des Gracquet, chap. ij.

(9) Uem, el Catroo et Rouille', t i3,p. $■}$. ( 10) Tilt-lave , e'pilome du livre 60.

(11) Catrou et RouilU, t. i3, p. 475. Ils citent Abpicn, Histoire de» guerre» civile*. 1. 1 ; Plularque 1 Velléia* Piicnutuj, etc. ; Nous

avancé , tant b résistance des anciens possesseurs avait été vive. Pour parvenir a l'effectuer , Graechus se fit de nouveau nemmer lui-même pour on des commissaires de b répart Mîesi, et s'associa le iriomphateor Fulvius Fbccut, avec Licinius Crassus. Celui-ci Licinta, femme de Caius (1 1).

Bien étayé de tous cotés, le tribun voulut encore fortifier son pouvoir en se chargeant de plusieurs entreprises en saveur des citoyens pauvres. La première fut pour établir des colonies (ia) ; celle qu'il crut devoir former avant toute autre, fut à Fabraleria (i3), ville située dans le pays des Vo laques et sur les bords du Lira, comme Frégcllcs, mais du colé opposé à Frrgelles, tans doute afin d'y offrir un asile aux habitants de cette malheureuse ville rasée avec tant île sévérit Ou l'appelle royaume de ISaples.

Vetleius Patereulus (iS) fixe l'établissement de cette colonie près de |S3 (16) ans avant lui , sous le consulat de Cassius Longintas et de Sexlius Calvinos, ce qui semblerait porter cet événement è l'année précédente 63o , cet historien rapportant exactement l'année et le consulat qui coïncident véritablement ensemble. Mais Caîus Grac chus n'a pu faire envoyer celle colonie que sous son tribunal. Â la vérité, on sait que les tribuns entraient en charge avant les consuls, en sorte que le commencement d'un tribunat avait lieu sous les consuls de l'année précédente. C'est peut-être ce qu'a voulu dire Velleius Pairrculut, d'autant plus que les années antérieures a l'ère julienne étant inégales, il a employé le mol formé, a-peuprès, qui semble prouver l'exactitude de son calcul i car il écrirait sous l'an 3o de notre ère, correspondant » l'an de Rome 783. Ainsi l'an 1 avant lui était l'an 39 de notre ère , 78a de Rome. L'an 1 de noire ère était l'an ag avant lui , et l'an 7S4 de Rome. L'an t avant notre ère était l'an 3o avant lui , et l'an ?53 de Rome. L'an a avant noire ère était l'an 3i avant lui , et l'an j5a de Rom*. Conséquent ment l'an iS3 avant lui était l'an ia4 avant noire ère, et l'an 63o de Rome. Mais cet an ia4 avant notre ère finissait sous l'an de Rome 63 1 , depuis le 7 août jusqu'au 3i décembre. Ainsi il correspondait aussi a l'an 601. Au reste b date de Velleius est bien fixée par cet historien sous le premier tribunal de Caîus, puisqu'il place, mus l'année qui suivit b*fondation de Fabraleria , les colonies envoyées i Scylax , Minervium , Tarante , Neptunia et Car t h âge Or Plularque place tes colonies de Tarante et de Carthage sous le second tribunat de Caîus, conséquemment sAis l'an 63a. Tous ces motifs semblent justi6er Velleius qui a pu difficilement se tromper sur des événements aussi voisins de lui.

Par sa première loi , Graechus ne se contentait point de fonder dé nouvelles colonies en Italie ; il en envoyait encore hors de cette contrée, et Velleius Paterculus dit que cette loi fut une des plus pernicieuses qu'on puisse lui reprocher (17). Les Romains avaient observé nue Cartilage était devenue plus puissante que Tir , Marseille que Phocée, Syracuse que Corinthe, Cirique et Rixance

3ue Milet ; attaches è leur sol natal, ils évitaient avec soin e l'abandonner, et depuis trente-quatre ans ils n'avaient envoyé aucune colonie, même en Italie. Bien foin de former des établissements bon de cette contrée , ib rappelaient au contraire des provinces en Italie, les citoyens romains , pour qu'ils assistassent au cens. Graechus ne fut wint arrêté par ce qu'il regardait comme de vieux préjugés, nullement applicables i «ne ville aussi puissante que Rome l'était devenue. Sa loi obtint facilement les suffrages du peuple en donnant aux pauvre* citoyens les

nomme Caïua Cnuitu .

, pour I* parut* de*

Victor, deririj UUttriUi, ebap 65, comme l'auocîe de Fulvios et de Gra< terre*.

(ia) Plutirnue, vie de» Grecque» , cbap.3,S-a3.

(|3J Velleiu» PaUrculu» , I , iS.

(\L) Voyes la carte de l'ilali* ancienne , par d'Aoville.

(15) I , iS, p. 57 , dan» Feditioa Vmrùnm, 1W9 ; «t p. Sa, dan» l'^uiiion de Cludiut, i8i5.

(16) Les premier» éditeurs onl lu CLVII J*Juvte Lipte CLH, el les dernier» éditeur* Aodrd Scholl , KrauM et Cludiae CLIII.

(17) Velleius Paterculus , II, iS, ou plutôt 7 , comme dao» le»

ABRÉGÉ CHROMQLOGIQUIi

t pour le* repeu-

lerres des rillet où on lu pler (i>

I j seconde loi de Caïus ordonna que l'on fournirait aux soldats des habit* , uni rien retrancher pour cela de leur solde , et qu'on n'enrôlerait aucun citoyen qu'il n'eût dixsept ans accomplit (a). Le premier article engageait le trésor public dan* une dépense conaidérable. Juaqu'alors la milice romaine «'était habillée elle-même. On mit vu seulement quelques généraux exiger dea ville* qui *e rendaient à composition , qu'elle* habillassent les troupes de leur armée. Le tribun changea ce* ancienne* dispositions, Cl fit sa cour au peuple aux dépens de la république. Il dit que si le soldat romsin n'était pas en état , faute d'argent , de (aire les fiais de son habillement , les questeurs lui fournissaient un habit dont ils rabattaient la valeur sur la solde assignée pour sa nourriture (3) ; ce qui était la source de vexations véritablement intolérables ; Gracchus les fêtait disparaître par sa loi.

La seconde partie de cette loi n'était pas moins utile; elle tait voir que , par na abus criant , la république , dans les beioin* pressants, avait prévenu l'âge déjà fixé à dix-sept ans par les lois anciennes pour le service militaire. On cite , pour exemple , le poêle Luciliua qui avait commencé ses campagnes sous Scipion £xniLien(4), n'étant encore âgé que de quinxe ans (5). On sent que ce qui avait pu se faire pour une guerre, dans laquelle la ville même était menacée , ne pouvait être admis lorsqu'il s'agissait d'aller combattre hors de l'Italie. C'était bien asssez d'enlever les enfants a leurs pères à dix-sept an* accomplis, et personne' n'a pu blâmer Gracchus en cette occasion. Au reste, l'usage ordinaire , au tenu de la nais sance de ce tribun , c'est-à-dire l'an ooo , était sans doute d'enrôler à dix-huit ans , puisque lui-même , dans le discours que nous avons rapporté sous l'année précédente, ne date son service militaire que de cet âge.

Sa troisième loi était en faveur des alliés, et donnait a tout les peuples d'Italie . selon Plutarque (6) , le droit Je suffrage , tel que l'avaient tes citoyens proprement dits. Mais Appien, toujours plus exact dans ses récits, spéciûe crus des alliés qui furent admis aux mêmes droits politiques que les citoyens de Home (7): ce furent seulement ceux qui étaient comprit sous le nom de Latins, plu* voisin* de la ville, et plu* anciennement alliés. Cette ksi était donc plus modérée que celle qu'avait proposé* inutilement Fulvius F lac eus . deux ans auparavant. Aussi cette fois , nous dit encore Appien , le sénat ne crut pas décemment pouvoir réfuter cette prérogative a des citoyen* qui avaient pour eux le lien de là consanguinité. Hutarque lui-même ,

autre endroit (8) , convient que le droit de ci toyeo fut seulement accordé à tout les peuple* du nom latin.

L'importance de cette disposition s'accrut encore par celle-ci : pour se concilier jusqu'à la plus pauvre bourgeoisie, Gracchus renversa l'arrangement établi par Servius Tullius dan* les grandt comices , lorsqu'il fallait donner les suffrages (g). La première classe , toute composée de* plus riches citoyens , avait jusqu'alors décidé presque seule des «flaires, parce qu'elle était appelée la première, et parce qu'elle était plus nombreuse en centuries. Le tribun pervertit cet ordre si sagement établi pour maintenir le* privilèges de l'éducation et des lumières. Selon le plan qu'il proposa , le droit de préséance dans la distribution des suffrages fut remit a la décision du sort , sans égard » l'ordre des classes et des centuries. Par là tout les citoyens devinrent égaux, et la réunion des grands ne domina plus comme auparavant dans l'assemblée du peuple (10). Les

(1) Phslarcjue , vie des Grec qa es , chip. 38. (a) là, m, M4.

(3) Cstroa et Rouillé, i . 1 3 . p. 4 76.

(4) Calrou et Rouillé , itiéem.

(6) Vie des Grec,»», chsp. 34, da«s l'édhmn ratai, par Ricard . et 38 dan. (édition saivis par Us derniers éditeurs de h traduction d'Amyot.

(7) Appion , livre I , <b*p. 3 . J *3-

M Y" d**Grar«1uei , thao 3$ dan, l'édition suivit par Ricard ,

iar*

(O) VI* driOrlruuo, chip Jq dans I édition 1 « à fa fin du chsp. & dan. l'édition suivis par le. de Is traduction d'Arafat.

(ni Fragments de Sallusle.

(10) Calrot» et Rouillé . I. |3 , p. 47B.

suffrages des dernières c Lasse* ne furent plu* distingués de cens des première*.

Un avantage politique ne tuffitait pas pour saiitvèire la multitude des citoyen* pauvres qui habitaient Rome', et qui avaient des besoins plus pressant*. Gracchus vint encore à leur secours ; il ordonna, par ta quatrième loi , que le pris du blé aérait diminué en faveur de* pauvret. C'est Plu-

a vaincu

tarque oui nout l'apprend (t O. Nous rapporterons les t qu'emploie cet historien , afin que l'on aoit bien corn qu'ils ne mot tuaceplibtf* que de ce sens .

Tir .«>*.., aV sWf.pl vp 9iftf JPftft"»,, f, errait, .x, „..,,., fit wtnn r»f (ia).

Cet expressions prouvent que, -selon Ptntarqtte, la loi Sempronia baissa le prix du blé au marché , seulement pour les indigents. C'est ce qui résulte clairement d'un autie passage de Tite-Live , dont nous n'avons malheureusement que l'abrège. La phrase que nous y trouvons, nous donne cependant quelque chose de plus positif, que ce que nous apprend l'historien grec.

C. Grucchut Trii. pl. pemidatai u/iyuas fegt* taltt , inirr <fuos frumenUuiam ut temiut et tritntt frumeatum plebi daretur ( i.'.).

L'édition qne nous citons , ne fournit aucune variante en cet endroit, et il en est de même d'une autre édition plus récente, que nous avons consultée fi»).

Appien explique ce passage , en disant que , d'après celle loi, on devait distribuer, par mois, aux dépens du public , à chaque plébéien de la clasae des pauvres, une certaine quantité de blé ; genre de libéralité jusqu'alors san* exemple (i5).

Ces trois textes ont été expliqués et amplifiés par nos historiens. Selon Calrou et Houille, dans leur Histoire romaine , où de grandes recherches n'ont pas toujours été éclairées par le flambeau de la critique , la loi fut mioutér en deus articles , savoir : t" a Qu'on bâtirait , à Rome, des

• greniers publics, et qu'on les remplirait de grains aux » fiais du trésor public ; a*, que tous les mois on dislri-

• bucrait , a chaque citoyen , autant qu'il en faudrait pour ■ aa subsistance, au pris d'un demi-as par léte (ib) C'est peut-être d'après cette espèce de commentaire, que, suivant Rollin , La distribution se fil sur le pied de moins île sis deniers de noire monnaie, par boisseau (17). On voit que ces deux auteurs ont ht prétention de ne rien laisser à désirer pour l'explication du passage de Tile-I.ive. Ils fixent le sens Jes mots ternit et trient , qui est on peu vague , en déterminant l'unité dont ces fraction* font partie, toit pour la quantité de blé , soit pour le prix en argent.

Nous avons de Vincent Contaréni (18), un long Traité sur les largesses faites aux Romain*, en blé et en toute espèc de grains. Cel auteur (19) reconnaît que Caïus Gracchus , dans son premier tribunal , a le premier ordonné , par une loi , La diminution du blé en faveur des pauvres. Il rapport! la phrase de Tite-Live , qui a donné lieu à la méprise des deux historiens français que nous venons de citer. Contarén. ajoute que d'autres disent, au lieu de temiut tl trHnte, temitùéut et trienttiut. Il discute la signification de ces mots, qu'il dit avoir été interprétés de plusieurs manières, et ne donne pas leur véritable valeur, si l'on admet celle que nous allons proposer.

On a vu , dans notre discours préliminaire , que tout les objets divisibles qui se présentent dans la vie commune . étaient désignés, à Rome, par la division duodécimale, ei par le* mots 01 pour l'entier, arnuuù pour la moitié , triera pour le tiers, tna'a pour un douxièrne. Mais lorsque rien

(11) Ptutaroue, aie des Grecques, chap. 38 dînais traduction d'Amyol, tl 34 d.nj celle de Rirard.

(ta) Tome VIII de* Antiquité, romaine, de Grarvia. , p. p,43 Dissertation de Conlaréai.

(i3) TiUlmï,Hittn Utetim (P.,;,) 1S7S, t a, p . 387. K,il*mc IIM le.

(•4) ('.elle de Rormino.

( 1 5) A ppien , Hia', de. guerres civile. . livra I , cksp. 3 , $ ' 1

(16) Calrou et Rouillé, L i3 , p. 4;6.

(17) Hi loire romaine par Rollin . t. y , p. 84.

(■S) Dan. le tome \ III des Antiquité, romaine* de Grseaiui, p. «33. Cet au^ur pareil mal nommé Conlarini dans ta Rsogrephi. universelle, t. g, p. S04.

(19) Ch.p. a, p. 943.

DE L'HISTOIRE ROMAINK.

ne prouve le système

11 est donc dans l'ordre de» vraisemblances , que Tile Live parle ici d'une unité monétaire, et cette unité ne peut lire que l'a» ; en sorte que la loi Scmpronia aurait dé une moitié et un lien d'as pour la valeur d'une mesure de blé qui aurait été distribuée, a ce pris, aux pauvres citoyen» ;

lit cette mesure? Catrou, dont l'amplifirien , suppose que la distribution se lésait le cru, fnpiiM son copiste était ici le modius , ou notre , comme c'est assez l'usage chez les écrivains latins , lorsqu'ils ne s'eipliquent pas formellement ; mais il en résulterait , qu'en supposant que le modius suffirait a la consommation d'un mois, ce qui n'est certainement pas, la provision d'un homme, pour cet espace de tenu, aurait coûté une moitié et un tiers d'as, au prix de la réduction ordonnée par Gracchus, ce qui aurait été une taxe ridicu-

es mois ; il a Crévier, que l'unité de

Essayons un instant <lc raisonner dans Phypolhf.sC adoptée par Catrou et Rollin ou Crévier. Pour admettre qu'ici l'as est l'unité monétaire , il faut que, contre l'osa l'unité de mesure dont il est question dans b et dans l'abrégé , maflleureu»ement trop succinct , que nous avons de Tile- Live, ne soit pas le modùu, mais seulement le ckéiùx , mesure de blé qu'un homme peut raisonnablement consommer dans un jour. C'était un vase employé par ou» les peuples de l'antiquité , et qui était autrefois parti remonte

quel en était le prix. M- le marquis le modiut k Athènes , un drachme ou il observe que ce prix était regardé

était seu-

Garnier (to)

tentent de trois sesterces.

Dans l'origine, a Rome, le sesterce valait deux as et demi (ni ; mais une ou deux années après le triomphe de Metelfus , au moment ou/ 1rs désastre» des flottes romaines a Drepane ( Trapamo) et a Lilybée, jetèrent dans Rome une terreur universelle, et donnèrent lieu a la nomination d'un dictateur (la), l'an 5oS de Rome, a4a avant notre ère , soua le consulat de Publiu» Oaudius Pukherelde"

tout de la mtme capacité (t). Il remonte jusqu'au tems de Pythagore, a qui l'on attribue le précepte, « qu'il ne « faut pas s'asseoir sur un chénix », pour dire, que celui qui a de quoi vivre un jour, ne doit pas rester en repos , et qu'il doit penser au lendemain. Suida» l'appelle hSmé-

ration de

rtàai tropké, ou, selon d'autres, blé d'un jour.

Paneton , qui cherchait partout une mesure universelle , aurait détiré que cette mesure fût encore d'usage chez tous les peuples, et que les autres mesures en fussent des multiples exacts ; on aurait de cette manière , dit-il , un terme commun qui servirait d'unité (a) ; mais elle serait assez difficile a déterminer exactement , et notre système métrique actuel est bien plus simple.

Les Romains qui avaient adopté ce nom des Grecs , l'appelaient aussi biiibris, parce que cette mesure ne contenait guère que deux livre* de blé poids romain (3). Il cite, a cette occasion , l'Apocalypse (4), qui le dit formellement , puisque la Vulgatc appelle biiibris, ce que le texte grec nomme cheaù.. Do m Calmet dit , a cette occasion , que cette mesure creuse était destinée a contenir deux livres de liqueur , et qu'il n'était pas naturel d'employer ces sortes de mesures pour livrer le blé ou l'orge (5). Mai» c'est une erreur de ce docte commentateur. Le proverbe de Pylhagore cation de Suidas, et le texte formel d'Hérodote sont une preuve évidente.

Suivons donc notre hypothèse. Paneton (7) dit qu'il y avait environ quarante-huit chénices dans un médimne grec s et M. le marquis de Garnier (8) dit que le modius était le cinquième du médimne; ainsi, le modius valait à'peu-près dix chénices, ou, pins exactement neuf chénices et 3 cinquièmes. Mais Pauclon , qui réfléchissait peu sur ce qu'il compilait , sans beaucoup de choix, après avoir affirmé que le chénix était une mesure invariable , convient que le chénix d'Hérodote était plus grand que le chénix romain, et que celui-ci ne valait que trois petite» mesures grecque», dont l'autre en valait quatre. Le chénix romain, au lieu d'être contenu un peu plus de neuf fois dan» le modius , y était contenu en effet douze fois, puisqu'il équivalait au biiibris ou à deux livres, et que le modius contenait vingtquatre livres romaine» répondant i peu près è seize livre* poids de marc (g); en sorte que le chénix pesait deux livre» romaine*, comme le dit Paneton, c'e»t-4-dire une livre et un quart poids de marc, è peu près.

, l'expli- (6), en

(1) Métrologie de Paneton, p. a3*.

(») Idtm. p.a33.

(3) idtm , p. sài.

(5) Commentaire littéral de Dota Caimet . sur 1 nique* et T Apocalypse. Pari», 1796, p. 465.

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