‹ L'Art de vérifier les dates des faits historiques, des inscriptions, des chroniques et autres anciens monumens, avant l'ère chrétienneChapitre 88 sur 532 · TOUCHANT LA FORME DE L'ANNÉE ANCIENNE · texte numérisé non relu

TOUCHANT LA FORME DE L'ANNÉE ANCIENNE

A QTTEmtJE perfection qne les hommes aient porte, ou qu'ils puissent porter a l'avenir, les sciences et les arts, on 11c peut Jouter que les commencement» n'en aient été extrêmement simples; et c'est une chose trop connue, pour levoir être prouvée. La connaissance des tems ne doit pas être exceptée de celle règle générale ; et c'est sans doute par I- s réflexions les plus simples, que les premiers hommes en commencèrent l'étude.

Lorsque Dieu créa le ciel et la terre, il sépara la lumière d'avec les ténèbres. Il donna a la lumière le nom de juur, et aux ténèbres le nom de nuit. Mais dans la suite, le terme île jour est devenu équivoque ; cl il signifie communément la lumière et les ténèbres renfermées dans une révolution du soleil autour de la terre.

De quelque manière qu'on se représente les premiers hommes, il est impossible qu'ils n'aient pas d'abord aperçu ce retour alternatif et régulier de la lumière qui les rappelait au travail, et des ténèbres qui les invitait au repos. Le fut donc par ces révolutions, nu par jour, qu'ils comptèrent d'abord le tems , et il y a bien de l'apparence qu ils regardèrent le lever du soleil comme le commencement du jour; tiirquoi on peut voir ce que dit M. des Vigoles dans sa Chronologie , liv. 111 , chap. 1, sert. G, p. Srio. Si le soleil fut formé pour présider au jour , la lune fut formée pour présider a la nuit ; car pendant la nuit , la lune tient lieu Je soseil, et il ne fallait qu'avoir des yrui pour le reconnaître. lrhu tjuidem cemimui, dit Apulée, tolrm, Uitiopifictm : Iwtamque solis ramutam, norlis decui ; et Mine appelle la lune sidus , in trnrttrunim remedium a nalura rrperlum, qui console nos veux de la perle du jour, comme parle un de nos |>oëles; s» clarté qui diminuait l'horreur des ténèbres, en éclairant

successivement , et sous diverses formes , d'abord le commencement de la nuit, ensuite la nuit toute enlière, et enfin , la dernière partie de la nuit, était un spectacle trop agréable, et trop varié, pour ne pas attirer bientôt l'admiration des premiers hommes.

Us ne manqué rent pas non pl us de reconnaître bien tdt sa révolution particulière, long- tems même avant que d'apercevoir la révolution annuelle du soleil. Celle-ci est beaucoup plus dîRicile a remarquer par deux raisons, qui sont a la portée de tout le monde. 1j première, est la lenteur de celte révolution du soleil ; puisqu'avant qu'il y en ait une d'achevée , la lune en a dejà lait plus de douze ; la seconde, parce qu'il ne paraît pas possible, à la vue, de distinguer ou de fixer un ! jour , dans lequel la révolution du soleilcommcncc , au lieu que la révolution de la lune est très-sensible ; non-seulement par rapport au jour , mais encore par rapport à une certaine partie du jour, puisque ce retour arrive quand la lumière du jour finit , ou a rentrée de la nuit , lorsqu'on voit reparaître la lune en croissant, après avoir été un ou plusieurs jours sans être aperçue. Cette révolution étant remarquée, il ne fut guère moins facile de la déterminer à trente joors, est entm , comme parle le P. Pétau, antiquissimn iV/u ratio , menstrua inlervalla dielus 3o definitadi ; quod hir mudus ad /unir cirruitus prapiut acredert videolur. En effet , c'est au bout de ce tems que la révolution de la lune s'achève, n'y ayant qu'un demi jour a dire, et même un peu moins.

Il faut encore observer qu'a la réserve de quelques Thrates Iqu'Arisiolc excepte, tous les autres hommes, comptant d ordinaire par leurs doigts, ont établi le nombre de dix pour leur révolution arithmétique. Celui de douze attrait été assurément plus commode, parce qu'outre l'unité il a encore deux , trois, quatre, six pour parties aliquntes; au lieu que dix n'a que deux et cinq poui parties aliquotes. Uuoderupla prugressia, dit M. lluel , lange utiiior est deruptd , nam

* Chap. I", liv. VI, Chronologie dt l'Histoire sainte , par M. de» Mgnoles.

DISSERTATION SUR L'ANNEE ANCIENNE

pluies recipit parliliones duadenarius mimerus quam denarius. t'ervm homiaes décuplé vet quintsipid progression* us! sunt . propUr tuimenun digitorum , quoi quant pritnum ad signandos numéros adhkjrrent, prugresàuiùbus hitct assuefacti sunt. Ceb étant , le nombre de trente était un nombre rond pour les premiers hommes -, et cette facilité fut une nouvelle raison qui leur fit fixer, 4 trente Jour», le retour des lunes, que nous appelons des mois ; car personne n'ignore que dans les langues anciennes, les mois ont été appelés des lunes.

Après la révolution d'un nombre considérable de mois ou de lunes, c'est-à-dire après celle de quelques années, il n'était pas possible qu'on ne s'aperçut que le soleil s'approchait et s'éloignait alternativement du lieu où étaient alors les hommes; et que par eette vicissitude, il causait une grande différence dans la température de l'air et dans les productions de la terre; mais il leur fut très difficile de fixer un jour , dans lequel le soleil commençât a produire ces changements. Tout ce qu'ils purent Taire , se borna donc à régler «a révolution sur le» mois déjà établis. Or, comme elle se fait a peu près dans douae mois, ils firent de ces doux* mois une nouvelle révolution de tems, qu'ils nommèrent année, laquelle , par ce moyen, se trouva composée de trois cent soixante jours. Voila, si je ne me trompe, h manière simple et naturelle dont l'année lut formée au commencement. Cet établissement une fois tait , il n'est pas surprenant qu'il ait subsisté pendant plusieurs si* ces. On sait le proverbe btin, lapidem malt posituni ne movrto , et les Latins eux-mêmes ont pratiqué cette maxime sur un semblable sujet.

Depuis l'histoire de la création du monde jusqu'à celle de la sortie des braclilej hors d'Egypte , on ne trouve point que l'Ecriture prie d'aucune distinction de mois, et de jours des mois , que dans le récit du déluge. Mais jusqu'à M. de* Vignoles on n'a point jugé que ce qu'elle en dit fut suffisant pour déterminer quelle éuit la forme et b longueur de l'année des premiers siècles.

Vers l'année 1G17 , Jean Moitherus, professeur en hébreu , dans l'académie de Marbourg, ayant publié, sur cette matière , un trai/é exprès , qui commence par ces mots : Antiquissima est ami forma itta , qua Motet désertait diluvium universale ; il dit à b page suivante : Qu tenant rero amù dituviani forma Jueril, non salis lii/uet , nec etiam , ut infra demanstrabitur , salis unt/uam liqutrt patent. Après avoir amplement expliqué les méthodes, dont Scaligcr, les Juifs et Bunting se sont servis, il déclare la sienne en ces termes : Siquis aune sententiam nostram roget , sic existimamus, rationem ami diluvialis , mu ass<smptis hypothejiius invertis prorsus ineipticahilem esse. 11 conclut de cette manière : Sic igitur conctudimus , omnes tos vanum talorem sumere , qui certam anni diluvialis formant et quanlitatem ex Ai ose exprimere niluntur. En voila assez pour favoriser b paresse. Car ce que le corps des Juifs, et .parmi les Chrétiens, Bunting et Scaliger n'ont pu faire , est-il apparent qu'un autre le fasse.'* Voyons néanmoins par nous-mêmes, quand ce ne serait que pour en être plus assurés, s'il nous paraîtra qu'eflèctivenieal il soit impossible d'y réussir.

L'Ecriture dit , entre autres choses , que le déluge commença le dix-septième jour du deuxième mois ; et que ce même jour, Noé entra dans l'arche avec sa famille. Klle ajoute que les eaux couvrirent b terre pendant cent cinquante jours , et qu'après cent cinquante jours elles commencèrent 4 diminuer. Enfin elle dit , que le dix-septième jour du septième mois, l'arche s'arrêta sur les moulagncs de l'Arménie.

Letextehébreu, que nous suivons, est ici conforme en tout au Penlateuque samaritain. Mais au lieu du dix septième jour, qu'on y lit deux fois, b version des LXXa écrit, deux fois, le vingt-septième jour : ce qui pourtant revient à b même chose. Car du dix-septième jour du deuxième mois au dixseptième jour du septième mois, ouduvingt-sepliéme jour du deuxième mois au vingt-septième jour du septième mois, il y a cinq mois justes ; et cet intervalle est de cent cinquante jours : nombre qui se trouve aussi dans la Vulgale et dans Joseph. C'est donc précisément trente jours pour chaque mois , conformément à mes principes : et c'est ainsi qu'ont raisonné cent chronologies , qui , de plus, ont conclu que les quarante jours de pluie doivent tire renfermes dans ces cent cinquante jours.

Il est vrai que la Vulgatc et Joseph peuvent ici faire quelque peine ; 1°. b Vulgate porte que les eaux furent sur la terre depuis le dix-septième jour du deuxième mois jusqu'an vingt septième jnnr du septième mois : ce qui donne

un intervalle de cent soixante jours, a*. Au contraire Joseph dit, depuis le vingt-septième jour du deuxième mois jusqu'au septième jour du septième mois : ce qui ne ferait que cent quarante jours. Mais il faut nécessairement , que ces passages aient elé altérés par les copistes , ou que leurs auteurs aie eu des exemplaires de b bible déjà altérés.

On s'est plaint souvent, que ces sortes d'altérations étaient fréquentes dans le texte de Joseph. Quelques versions mo dernes en ont augmenté le nombre , soit par une simple inadvertance , ou dans la vue de le corriger. Témoin le pas sage dont il s'agit. Gelenius le traduisit de cette manière : Centeshna autrm et qm'nqmigesima die postquam pJuere desiil , Inmiem caperunt aquee si <cnc merae srptimo , victsimo srpli'ro die mentis. Dans celte version , il y a trois butes, dont deux ont été copiées par M. d'Andilly, qui a fait parler ainsi Joseph; Après que ta pluie fut cessée, il se passa cent cinquante jours acunl que les eaux se retirassent , et le vingt septième jour seulement du septième mois, l'arche s'ar~ rita , etc. L'ancienne version dé HufBn , ou de Cassiodore , avait plus heureusement rencontré, en traduisant : Quiescenle autem plu-'ia , aqu<z vix i5o dieéus drfecere , etc. Et M. HuJson a très exactement rendu la pensée de son auteur , par ces paroles : Cessante autem piuaia , vit spatso cemttum et quùt ifuaginlu di rum aqaa decresèetat; mente quasi srptimo rjusqnr die srptimo, ea sensim rreedert drsinrnle. Il va au grec, «spt«>« i>î/v*f ce qui ne se dit que pour les dix premiers jours des mois.

Les Juifs croient communément que l'année de re leros-la était lunaire, et que les mois étaient alternativement d< trente et de vingt-neuf jouis- Ils ont été suivis par plusieur* Chrétiens , surtuut pr ceu» qui ont fort étudié les rabiu» Scaliger les a réfutés par la première des raisons précédente».

Pour s'en défaire , Louis Cappel répond , que l'arche s'arrêta sur une montagne , non pas le dix-septième jour du sep lième mois, comme porte le texte hébreu , mais le vingt septième de ce mois, comme on lit dans la version des LXX promettant de démontrer dans la suite que ceb est vrai , uti postea ponendum esse demoastraturi sumus. Maissa démonstration se termine i dire, que le sentiment qu'il combat ne lui paraît pas vraisemblable; non videttsr vtrisùnJle , et qu'il croit arbitramur, que b leçon des LXX est b meilleure.

Il aurait pu garder l'uniformité, s'il s'était réglé sur la Vutgate, qui est conforme à l'hébreu , dans le premier passage, et aus LaX dans le dernier. Mais M. Cappel prend le pre mier terme dans le lexe hébreu , et le dernier dans b version des LXX. Ce procédé n'est pas équitable. Il devait opter ; ei de quelque cote qu'on se détermine, ou pour le texte hébreu . ou pour b version des LXX, on trouvera toujours ceni cinquante jours pour cinq mois justes, et trente jours justes pour chaque mois.

Presque tous les derniers chronologisles l'ont reeonnû : mais ils prétendent que dans ces premiers tems , on réduisait les années aux solaires ; 1*. en intercalant un mois entier , après cent vingt ans ; a°. en ajoutant cinq jours détachés à la fin de chaque année, comme faisaient les Egyptiens qui donnaient le nom d'épagoménes à ces jours la; 3». ou en supposant , que dès-lors, les années étaient de trois cent soixantecinq jours et un quart parfaitement semblables aux noires

Le premier expédient n'est qu'une chimère, forgée, à cr que je crois, par le génie du granJ Sraliger, et reçue par un grand nombre de savants , qui ont écrit après lui. Il b fonde *ur ce que Dieu dit avant le déluge, leurs jours seront cenl vingt ans. On pourrait tout aussi bien la fonder sur retli remarque J'un historien romain : Dortissimi malhematicurum reniant rJ vigiati unnas od vUvndum datas judùant, neaue am~ piius cuiquam jactitaat esse eonctssum. D'autant plus qu< Moïse, auteur de l'histoire du déluge, a vécu précisément ce nombre d'années.

Le second expédient a de l'apparence. Car il est vrai qm ; anciens Egyptiens , avant l'empire d'Auguste , ajoutaient aux trois cenl soixante jours de l'année ancienne, ces cin.j jours , que l'on nomme épagomènrs. Mais il s'agit de savoii si cette addition se faisait de même dans b première anti quité. Le nom même d'i*«yt^ii.«i, qui signifie ajoutés, dotim lieu de croire que c'est une addition qui a été faite dans I. suite des tems à l'année ancienne. En effet, lorsqu'on demande aux derniers chronologisles, des preuves de leur sen liment , qui remontent au moins jusqu'aux environs du tems de l'Exode , c'est sur quoi iU gardent le silence , el jusqu'à M. des Vignoles celle question , faite depuis cent ans , élan restée sans réponse , quoiqu'il y ait plus de cenl ans qu'01 a proposé la difficulté. La dernière pensée est due an

les

DISSERTATION SUR L'ANNÉE ANCIENNE

P. Bonjour, dont M. «Ici Vignole» dit n'avoir pu voir fourrage. H entreprend de prouver, dit M. le Clerc, que l'an primitif et patriarchal était de douEe mois, dont chacun avait trente jours , auxquels on en ajoutait cinq pour faire une année solaire et un tout les quatre ans, comme dans nos années bissexiiles. Il prétend , en particulier , que l'année du liluge fut de douze mois de trente jours chacun , et de six jours ajoutit ; cette année ayant commencée le 10 avril de l'an 3291 avant Jésus-Christ , qui répond a l'an période julienne a4al- Par l'extrait qu'en a fait M. le Clerc, ce système m'a paru plein de paralogismes , et de faux calculs. L'année même qu'on vient de marquer n'est point bissextile , et ne touche aucune des bissexiiles voisines, période julienne z4ai, 343b. Mais quand ses calculs seraient tous justes, il n'y a ni preuve ni apparence que celle forme d'année ait été en usage chez quelque peuple avant l'empire d'Auguste; quoiqu'elle ne fût pas inconnue aux prêtres Égyptiens.

Ainsi je m'en liens i la simplicité de mon système fonde sur deux principes généralement reconnus , dont l'un est , que les mois anciens étaient de trente jours justes , et l'autre, que l'année ancienne avait douze mois. Si l'on veut y ajouter quelque chose , il faut qu'auparavant cette addition soil bien élablie , ou par des preuves positives , ou du moins pat des conjectures bien fondées. En ceci , la maxime des logiciel» nous est favorable. Affirmant! incumbit protatia.

La plus grande difficulté de l'histoire du déluge regardr les trois derniers mois de l'année. Moïse ayant dit que les eaux allaient toujours en diminuant jusqu'au dixième mois, il ajoute, que le premier jour du dixième mois , les sommet.» des montagnes commencèrent à paraître ; qu'au bout dr quarante jours, Noé Ucha un corbeau qui ne revint point ( LXX s* miwpv^tt ; Vulgale mut revertebarur. ) (*u'in soiic il lâcha un pigeon qui revint à l'arche; que sept jours après il en lâcha un second qui revint aussi sur le soir; portant j»u bec une feuille d'olivier qu'il avait arrachée ; que sept autres jour* après, il en Ucha un troisième, qui ne revint point. Tous ces intervalles sont expressément marqués dans l'écriture, et les Juifs conviennent avec nos meilleurs chro iiologisies , qu'il faut mettre le même intervalle de sept jour» entre l'envoi du corbeau et celui du premier pigeon, parce qu'elle dit, touchaol le second, que Noé altendit encore sept jours: (LXX in nuifs M fut Vulg. expectufis auttm ultra leplem dietus tdlit ) , ce qui marque clairement que le premier pigeon avait aussi été lâche sept jours après le premier corbeau. Il y a donc eu trois semaines, ou vingt el un jours, entre l'envoi du corbeau qui ne revint point dans l'arche, et celui du dernier pigeon qui n'y revint p»? non plus. Or, si l'on ajoute ces vingt et un jours au quarantt qui précédèrent l'envoi du corbeau depuis le premier joui ■lu dixième mois que les montagnes commencèrent à paraître , on aura soixante et un jours. D'où l'on peut conclure , que le dernier pigeon fut lâché le premier jour du douzième mois de cette année, qui fut le soixante et unième jour depuis Ir premier jour du dixième mois.

Suivons encore l'histoire. Elle ajoute , immédiatement après, que le premier jour du premier mots de l'année suivante, Noé découvrit le dessus de l'arche, et vit que le dessus de la lerre était séché. Voilà un mois d'intervalle; et f'il est vrai qu'on ajoutât cinq jours au douzième mois, ou à la fin de l'année, alors , comme Calvisius le reconnaît, il \ aura cinq semaines, ou trente-cinq jours, entre l'envoi du dernier pigeon , et le jour auquel Noé ouvrit le dessus de l'arche. Bunting met le même intervalle, quoiqu'il disposi autrement l'envoi des pigeons.

Je demande présentement a tout lecteur attentif, s'il trouve apparent, que Noé, ayant témoigné tant d'empressement à savoir en quel état était la terre , par l'envoi dr quatre messagers ailés, dans l'espace de trois semaines, ei devant juger par le dernier, qui n'était pas revenu, que la terre était déjà sèche : je demande, dis-je, s'il est apparent . que Noé ait attendu cinq semaines, à ouvrir le dessus dr I arc lie , pour s'en éclaircir rui-méme , ou sans dépèchei d'autres messagers . pour s'en assurer davantage ? N'esl-il pas apparent, au contraire, que ne voyant pas revenir le dernier pigeon, il ouvrit aussitôt le dessus de l'arche, pour voir lui-mfme la terre.

Scatigcr et Jacques Cappel , ayant senti la difficulté , ont disposé ces événements en telle sorte, que le troisième pigeon fui lâché le dernier jour des épagoménes , comme ils disent, ou le dernier jour de l'année. Pour cet effet, ils ont supposé, qu'il ne passa quarante jours, au lieu de sept, entre l'envoi du rorbeau et celui du premier pigeon. Mais

cesl une supposition arbitraire qui n'a aucun fondement, et qui, d'ailleurs , pour parler avec Louis Cappel, frère de Jacques, est contraire aux paroles expresses de l'Ecriture, que nous avons déjà rapportées.

Des Vignoles demande ici la permission, de raisonner sur tes hypothèses, espérant de les accorder, sans beaucoup de peine, avec ces particularités du déluge. Il dit n'avoir besoin, pour cet effet , que d'une remarque critique, mais comme elle est importante, il faut la bien appuyer.

Premièrement donc , il dit , que le dixième mots doil être compris dans la diminution des eaux dont parle Moïse: cesl-à-dire, que les eaux continuèrent a diminuer durant le dixième , mois,' avant que les montagnes parussent. En effet , dans l'Ecriture-Sainle , le mot de jusque! renferme ordinairement le tenu auquel il est joint. Elle dit cent fois jusque* à ce jour, pour marquer un terni qui durait encore. L agneau paschal devait être gardé jusqu'au quatorzième jour, auquel on l'égorgeait. L'estimation d'un mile était de cinquante sicles , jusqu'à l'âge de soixante ans : mais au-dessus de soixante ans, elle n'était que de quinze sicles. Il n'y eut point de guerre , jusqu'à la trente-cinquième d'Asa : mais l'an trente-sixième d*Asa, le roi d'Israël vint l'attaquer.

Conformément au dernier exemple, il dit en second lieu , que les eaux ayant diminué jusqu'au dixième mois, les sommets des montagnes commencèrent à paraître , non pas le premier jour dti dixième mois , comme porte le texte hébreu et la Vulgatc, mais comme on lit dans les LXX. le premier jour du onzième mois. A la vérité , il y a quelque» éditions des LXX , qui sont ici conformes à l'hébreu sur lequel elles ont élé corrigées, mais il n'y a presque pas lieu de douter que le onzième mois ne soit la véritable leçon des LXX. C'est ainsi premièrement , qu'on lit dans la version d'Aldus, faite à Venise l'an i5io, et dans les autres <|ui ont été faits d'après celle là , comme dans celle de I rancforl de l'an i5y7. C'est encore ainsi qu'on lit dans le beau manuscrit d'Alexandrie, qui appartient au rot d'Angleterre : et l'on doit assurément blâmer M. Grabe , d'avoir >té du texte cette leçon , pour I* placer à la marge dans l'édition de la première partie de ce manuscrit qu'il publia a Oxford l'an 1707. Dans la bibliothèque de M. de Coislin , qui a autrefois appartenu à M. le chancelier Seguier, il y a un très-beau manuscrit du sixième, ou, pour le plut tard, du septième siècle, qui s'accorde très-souvent avec le manuscrit d'Alexandrie, et où la même leçon se trouve. On trouve la même leçton dans la version arménienne, que M. de la Crozc , qui l'a examinée soigneusement , soutient êire très-ancienne. On la trouve encore dans la version sclavoone faite au neuvième siècle. Enfin la même

apparence que les copules du texte hébreu , ont change le mot d'onzième en celui de dixième; parce que dans les paroles immédiatement précédentes , il est dit que les eaux allaient toujours en diminuant jusqu'au dixième mois.

Il est arrivé un changement tout- à-fait semblable dans l'histoire de la création. Le texte hébreu porte que Dieu acheva le septième jour tout son ouvrage , et qu'il se reposa le septième jour. Au lieu qu'elle dit ailleurs que Dieu fit en six jours le ciel et la terre, el qu'il se reposa le septième jour. C'est de cette dernière façon que les Juifs et les Chrétiens parlent toujours. D'où vient donc que Moïse s'exprime si différemment dans le premier de res passages qui est le plus essentiel? Torqntnt le hic interprète!, comme dit Fagtus, parce qu'ils ne veulent pas reconnaître la moindre faute de copiste dans le lexle hébreu. Mais le texte samaritain, l'ancienne version syriaque , faite sur l'hébreu, et la grecque des t.XX, disent unanimement que Dieu acheva son ouvrage le sisième jour. C'est ainsi que ce passage a été cité par Philon juif, par saint Irenée, et par saint Barnabe; quoique ce dernier ait un peu changé la fin du passage. Il semble aussi que Joseph ait lu de même dans l'exemplaire du texte hébreu , car voici comme il s'exprime : Moïse rapporte que O.cu créa le monde en six jours avec tout ce qu'il contient, et qu'il se reposa le septième. ( r«r n-tt/ttt » i( r«r ratait Murit MMt wmtTtt m i? *»t£ p»*t yirtr7*w, r-f et i^fiJWy mtm- *-«er*f7*i.)Ce qui arrive tous les jours à nos imprimeurs et à nos copistes, arriva à un ancien copiste du texte hébreu. Trompé par le voisinage de deux nombres dans le mè'me verset, il écrivit deux fois le second dans l'histoire de la

DISSERTATION SLR L'ANNEE ANCIENNE

. réalion . cl au contraire, deux fois le premier dan» l'bistuirv du déluge.

La leçon de* LXX élan) ainsi établie, campions a présent uir li* pied de relie leçon : les eaux ayant toujours diminue jusqu'à la fin du dixième mois, les sommets des montagnes commencèrent à paraître, le premier jour du quinzième mois. Au bout de quarante jours , comme porte le texte hébreu', c'esl-à-dire , suivant le style ordinaire de l'écriture, le quarantième jour, Noé lâcha le corbeau. Ce fut donc le dixième jour du douzième mois. Sept jours après, c'est-à-dire, le dix-septième, Noé lâcha le premier pigeon; sept autres jours après, c'est -a-dire, le vingt-quatrième, il lâcha le deuxième pigeon, et sept autres jours après, il en lâcha un troisième , savoir, le premier jour du mois suivant, que des Vignoles prétend Être le premier jour de l'année.

Le second pigeon , ayant apporté une feuille d'olivier , et le troisième n'étant point revenu, personne ne doutera que Noé n'en ait ressenti beaucoup de joie, et qu'enfermé dans l'arche , comme il était , depuis près de onze mois , il n'ait eu quelque impatience de voir la terre. Mais il ne paraît pas croyable , qu'après avoir témoigné tant d'empressement, il ait demeure un mois entier, ou davantage, sans regarder seulement par la fenèïre, et sans ui'mf envoyer d'autres oiseaux à la découverte , s'il est permis de parler ainsi.

Disons donc que Noé ayant des espérances bien fondées, depuis trois semaines, qu il avait lâché le corbeau, et ne voyant pas revenir le dernier pigeon , se hâta , dès le même jour , d'ouvrir le dessus de l'arche , pour voir la terre. Ainsi ce fut, comme dit Moïse, le premier jour du premier mots , que Noé ouvrit le dessus de l'arche , ri qu'ayant regardé la terre, il vit que le dessus en était sèche.

Des Vignoles ne prétend pas que ce qu'il vient de dire soil une preuve démonstrative pour tout le monde, quoiqu elle le soit a son égard. Mais on avouera, pour le moins, qu'en adoptant, comme système , une pensée qui était déjà venue dans l'esprit de plusieurs savants, il lui a donné des principes naturels et simples, tels que ceux de. tous les arts et de toutes les sciences, ont été au commencement : et nue dans l'histoire du déluge, il n'y a rien qui ne s'accorde; ce qu'on avait cru impossible de faire voir.

Cela étant, il se croit en droit de soutenir, qu'après le déluge, les desrendants de Noé gardèrent la moue forme d'année, sans y rien changer; jusqu'à ce qu'on nous allègue des preuves contraires, ou qu'en parcourant nous—mêmes les histoires des anciens peuples, nous découvrions, ou par des témoignages formels , ou par des indices sensibles , les changements que les uns ou les autres y ont faits.

Au contraire, si dans cette recherche il nous arrive de rencontrer quelques traces de cette même (orme d'année, ou quelques faits qui s'y rapportent mieux qu'à aucune, autre, nous aurons un nouveau droit de nous eu prévaloir, comme des preuves employées par surabondance. Pour garder quelque ordre dans celle recherche, des Vignoles jelted abord les yeux sur le patriarche Abraham, dixième descendant de Noé et le plus célèbres de tous. Il naquit dans la Chaldéc , qu'il quitla par ordre de Dieu , pour s'établir dans le pays Je Canaan , d'où il fit un voyage en Egypte. On prétend , sur le témoignage de Rerose, d'Eupolème et d'Artapane , qu'Abraham entendit l'astronomie, et qu'il l'enseigna aux Phéniciens et aux Egyptiens. Joseph ajoute, que r est par lui que l'arithmétique et l'astrologie sont passées des Chaldéens aux égyptiens, et des Egyptiens aux Grecs. Voyez le reste de la page 614 et suivantes jusqu'à la page 65 1 , où M. des Vignoles a conjecturé , premièrement : que dès l'antiquité la plus reculée, la grandeur de l'année qu'on appelle julienne , a été connue par les prêtres, ou les savants égyptiens : secondement , que dans celle, première antiquité, leur année civile n'avait que trois cent soixante jours, non plus que celle de la plupart des autres peuples. Pour établir ces deux conjectures , et faire voir en même tems , comment cette ancienne forme d'amiée a été changée en Egypte, il faut avant toutes choses , comparer, cette année ancienne , avec l'année secrète des préires égyptiens, que nous appelons julienne.

Une année julienne ordinaire surpasse de cinq jours une année ancienne, q^ie je suppose de trois cent soixante jours seulement , et trois années juliennes surpassent trois anciennes de quinze, mais la quatrième année que nous appelons bissextile, surpasse de six jours une année ancienne. Ainsi

quatre années juliennes, sont plus grandes de vingt et un jours, qu'autant d'années anciennes. Chacun de ces nombres étant pris dix-sept fois, on aura soixante-huit années juliennes, égales à soixanle-huil années anciennes et Irais cent cinquante-sept jours. Ce qui montre d'abord, que soixantehuit années juliennes sont plus longues qu'autant d'années anciennes de trois cent cinquante-sept jours, qui font une année ancienne, moins trois jours. Si donc ou prend une année entière, a la place de trois cent cinquante-sept jours, il s'ensuivra que soixante-huit années juliennes seront égales 1 soixante-neuf années anciennes, moins trois jours, ou ce qui revient a la même chose, que soixante-neuf années anciennes seront plus longues de trois jours , que soixanlehuil juliennes.

En elfet , soixante-neuf années anciennes, font 3484° jours, au lieu que soixante -huit juliennes n'en font que 3+^7 , ce qui est (rois jours de moins, comme on peut la voir par la multiplication. Si au premier des deux résultais précédents, vous ajoutez, de part et d'autre, une année julienne, ou sa valeur, vous trouverez que soixante et dix années anciennes sont plus courtes de deux jours un quart, que soixante-neuf années juliennes. De sorte que chacune île ces équations est ou défectueuse, ou abondante, et qu'elles donnent toutes deux des révolutions imparfaites. Prenant donc alternativement ces deux sortes de révolutions imparfaites, qui ont du plus ou du moins, nous trouverons que leur équation sera parfaite, après sept révolutions, et que quatre cent quatre-vingt-sept années anciennes , seront parfaitement égales à quatre cent quatre-vingt juliennes.

Pour s'en assurer , 011 a qu'a multiplier d'un côté 480 années juliennes , par 3<>5 jours et 1 quart , et de l'autre 4M 7 années anciennes, par 3tio jours, on aura deux sommes égales de part et d'autre; savoir, 175, iio. Ce qui prouve qu'au bout de ce tems ces deux sortes d'années recommenceront a un même jour.

Pour éviter les équivoques, je donne a chaque révolution imparfaite le nom de petit cycle; ri a la totale qui est parfaite, celui de cycle ancien, par ou on le distinguera du grand cycle caniculaire , dont nous parlerons dans la suite.

L année civile étant établie, comme je l'ai supposé, un homme âgé de soixante - dix ans , ou davantage , l'avait vu passer «le I hivcr a l'automne , de l'automne à l'été , de l'été au printemps, et revenir à l'hiver où il l'avait déjà vue. Quelque peu île rapport qu'eut celle espèce d'année avec les saisons , elle subsista nécessairement durant plusieurs siècles, dans la dispersion des hommes qui survint après le [ déluge , et que chaque famille se conduisait comme elle le jugeait à propos. Mais quand les l'.gtptiens en particulier curent formé des sociétés et qu ils se furent réunis ou en royaumes, ou en nomes, ou en cantons, ou de quelque autre manière , il est très — apparent qu'enfin leur intérêt commun et particulier à leur p»)s, je veux dire à leur agri culture, 1rs ob'igea bientôt à chercher quelque moyen pour régler les tems de leur travaux à la campagne.

Les inondations du Nil arrivaient toujours en été vert le solstice; elles fertilisaient leurs champs, et suivant qu'elles riaient plus ou moins grandes, ils fondaient l'espérance Je leurs récoltes. l.rs vents réclés, Eleu'm, souflUietil , dans le môme tems du rôle du nord. Ils retenaient les eaux du Nil sur les terres , purifiaient l'air et mndéraient la chaleur exeerwive de la saison. Mais ces inondations et ces vents commençaient plutôt ou plus tard en diferenlrs années , et il n'était pas possible (l'établir là-dessus quelque régularité.

On lâcha d'y suppléer par le secours de l'astronomie. Naturellement ils devaient se régler sur le solstice où 1rs inondations augmentent, el où le soleil commence i s'eloignerd'eux. Mais comme dit Scaligrr: Obsetvalio solslitiomm eitopenuùsimu etalnz plrm'ssima, etc. Ils tournèrent donc les yeux vers la plus brillante des étoiles fixes, que les l'.gvpliens appelaient Solhis, et que nous nommons canicule. Environ le tems du solstice , les rayons du soleil la dérobent à la vue ; mais quel que tems après , elle peut être aperçue avant le lever du soleil , el c'est ce qu'on entend communément par le lever d< la canicule. Les l'.gypliens le choisirent pour régler les tems , par rapport a l'agriculture, sans rieu changer néanmoins a leur année civile.

Celle étoile s étant une fois levée le 1". jour de thoth, qui commence l'année , on comprendra aisément , après ce qui a été démontré ci-drssos, i*. que l'année soixante dixiémi commençant , la canicule s'était levée depuis trois jours i'. qu'elle, continua à être visible toute celle année , jusqu'à ce que vers la lin elle fut cachée pir le soleil ; .i: quMIe n

DISSERTATION SUR L'ANNÉE ANCIENNE

recommença a te lever que le troisième jour de l'année suivante ; 4*- que dan* cette première révolution il y eut une année pendant laquelle la canicule ne te leva point ; S*, que la m£me chose arriva dans le* cinq révolution* suivantes, c'est-* dire , qu'a chaque foi* il y eut une anoée dans Laquelle la canicule »e leva un ou deux jours devant ou après , et non pas dan* l'année même ; 6*. qu après sept de ces révolutions , qui font quatre cent quatre-vingt-sept années civile* , la canicule se leva précisément le i". de thoth, comme elle avait fait au commencement.

De tout cela» il s'ensuit que dans l'espace de 487 années civiles , ou de 175,3*0 jour* , la canicule se leva 460 fiais seulement. Or, divisant par ce dernier nombre celui des jours , le quotient donnera 365 jours et 1 quart pour la lutte mesure de la révolution caniculaire. C'est probablement par un semblable calcul de la plu* simple arilli nietique et par quelque peu d'observation* de la canicule, où il ne (allait que des yeux, que les prêtres egypiiens découvrirent cette nouvelle espèce d'année. Dan* la suite nous chercherons, a peu près , le lem* où ils Crent cette décou verte. Pour le présent, celte remarque générale doit nous suffire. Elle facilitera, comme nous l'espérons , l'intelligence des plus anciens monuments qui nous restent de la chronologie des Egyptiens.

Commençons par fa plus ancienne dynastie des Egypiens, nue Maoelhon avait publiée , et que le Syncelle a rapportée dans sa chronique.

Des Vignoles fait i ce catalogue trois changements de peu d'importance ; i°. au lieu des sept cent vingt-quatre ant de Vulcain , l'éditeur a mit hait cent dix t des Vignoles met ce nombre au bout de l'accolade qui renferme les années de Vulcain et du Soleil , parce que c'est visiblement la somme des deux premiers règnes ; a*, au lieu qu'il donne trente-cinq ans i Osiris et Isis ensemble , placé* au cinquième rang , le sixième demeurant vide ; des Vignoles les sépara, en donnant vingthuit ans a Osiris, après Plot arque, et laissant les sept autres années pour Isis ; 3*. au lieu de vingt-neuf ant que l'imprimé donne 4 Typhon , de* Vignoles en donne vingt-nuit : c'est un an de moins, afin que le détail s'accorde avec les sommes que le Syncelle a exprimées d'une manière a ne pas donner lieu à quelque faute de copiste.

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