‹ L'art de vérifier les dates des faits historiques, des inscriptions, et autres anciens monumentsChapitre 1 sur 37 · C0HT1HUATI01C DE LA CAL1FOBNIE ET DE 1A COTE DU WORD-OUEST · texte numérisé non relu

C0HT1HUATI01C DE LA CAL1FOBNIE ET DE 1A COTE DU WORD-OUEST

1775. Expédition de Bruno Heceta , de don Juan de A y ai a et don Juan de la Bodega y Quadra, en 177$. Le vice-roi de la Nouvelle -Espagne, désirant obtenir des renseignements plus exacts sur la côte nord-ouest de l'Amérique, donna ordre d'équiper a cet effet la corvette Santiago, commandée par don Bruno Heceta , et la goélette Felicidad ,tqui était aux ordres de don Juan de la Bodega, lieutenant de vaisseau. L'expédition mit à la voile de San Blas , le 1 6 mars IJ775 ? et reconnut l'île de Socorro, que le pilote don Francisco Maurelle prit pour celle de Santo-Tomé , qui avait été

prit 1

découverte par Grijalva. Les deux capitaines , s'approchaut ensuite de la terre ferme, sous le parallèle de 4o°t et longeant la côte , arrivèrent a une baie, ou port,. qui avait environ trois milles de circuit , situé par latitude 4i° 7' 1 et par longitude 0. 1170 58' de Cadix , et auquel ils donnèrent le nom de Trimdad. De là , ils remirent en mer , et -poussèrent jusqu'au 48° de latitude, sans pouvoir toutefois examiles côtes. Ils entrèrent dans un golfe qu'ils appclî rent

2 CUROKOLOGIE HISTORIQUE

los Martyres, lat. 47° *4'» et long. 0. de Cadix n8° io', de ce que sept hommes qui étaient allés à terre pour chercher de l'eau , y avaient été massacrés par les Indiens. Le commandant descendit dans le pays, et en prit possession en présence île quelques naturels. La corvette , qui s'était séparée de la goélette , côtoya vers Monterey ; elle découvrit la terre, le io août, parle 49° 3o', et, revenant sur ses pas , elle explora ensuite la côte jusqu'au 44° 4' de latitude nord. Heceta reconnut, à l'ouest de San Blas, une vaste baie , lat. 46° 9/, long. 0. de Cadix 1200 3o', dont il ne put examiner le fond (1) , et, près du cap Look-Out de Vancouver, par le 45° 3o', trois petites îles, qu'il nomma Las Très Marias. Le teins devenant nébuleux et obscur, il se trouva dans l'impossibilité de continuer ses découvertes, et rentra à Monterey le 29 août.

Bodega , qui avait remis à la mer peu de tems après , s'approcha de nouveau de la côte , le 1 5 août , dans la latitude 56° 8', et le lendemain il reconnut une baie ou bras de mer , et de hautes montagnes , dont le sommet était couvert de neige. Il distingua parmi celles-ci celle de San Jacinto, la plus élevée , qui est située sur un cap remarquable , nommé Engano ou Trompeur, par latitude N. Ôj° 2', et longitude O. de Cadix 1290 40'. Cette montagne, qui a la forme d'un pain de sucre , et d'où il s'échappe des torrents qui courent se précipiter dans la mer, offre une des plus belles perspectives quil soit possible de voir. Le 17, il découvrit Le port que les Espagnols nomment Guadalupe, par lat. 570 1 ir, et entra dans le golfe de Los Remedios, par 570 20', d'où il ne put apercevoir ni plage ni plaine , attendu que les montagnes dominent la côte presque perpendiculairement. Le 19, il rencontra , à l'embouchure d'une rivière , plusieurs canots montés par des hommes et des femmes , qui se présentèrent d'abord sans armes et sous les dehors de l'amitié. Toutefois , ayant peu après donné des signes d'hostilité, on fit sur eux une décharge d'armes à feu qui les dispersa. Bodega sortit de cette rivière le 21 août, et se trouva, le jour suivant, par le 570 58' de latitude ; mais un vent de N.-O. , et les ravages que le scorbut fesait dans son équipage , l'obligèrent de retourner à Monterey. Il résolut d'examiner la côte voisine à la distance d'un mille, pour en fixer la situation, corriger

(1) L'Entrée de Heceta , ou Rio de U Columbia.

« les erreurs graves et nombreuses qui se trouvent sur la carte de Bellin» , publiée en 1766, et d'explorer l'entrée qu'on a supposée avoir été découverte par- l'amiral Fontes. Le 24 , lise trouva par latitude N. 55° 17'. Il doubla un cap, le cabo de San Bartolomê , et entra dans un golfe, où il découvrit vers le nord un bras de mer, dont il ne put apercevoir l'extrémité. Il donna à cette baie le nom d'entrée de Bucareli, en l'honneur du vice-roi du Mexique. Le sol des côtes adjacentes paraissait fertile. La nuit était claire et la température douce , à cause de sept volcans situés entre les montagnes de neige, qui, parleurs flammes, éclairaient et tempéraient, l'atmosphère. Après avoir donné à ses malades le tems de se rétablir, et faire provision d'eau douce et de bois, don Juan partit pour reconnaître une grande île, qu'il nomma San Carlos , longea le cap San Agustin , découvrit, sous le parallèle du 56°, le golfe qu'il appela del Principe, et examina la côte qui s'étend vers le K--Q. ; mais, comme il se trouvait arrêté par des vents contraires, sur une côte sauvage et sans fonds , et que le scorbut s'était de nouveau déclaré à son bord, Bodega ne. pouvant plus continuer ses découvertes vers le nord , prit la direction du sud , et , le 11 septembre, se trouvant par latitude 53° 54', il «aperçut la terre à la distance de 8 ou 9 lieues. Vers le 4f)° 1 il s'en approcha d'un mille, et côtoya ensuite vers le 4-6° 20', où les vents du sud et du sud - est l'arrêtèrent quelque tems. Le 24, étant arrivé par latitude 45° 27', il releva la côte avec soin, surtout celle qui est comprise entre les 44° 5o' et 4-2° 5o', sans pouvoir trouver le. Rio ou Entrada de Martin lilar , que ce navigateur avait observé à la latitude de qui fut depuis retrouvé par Vancouver. Le 3 octobre, r Jtra dans un golfe, à l'embouchure d'une grande rivière, qup forme un port spacieux et bien abrité, sous. le 38° 18' de latitude et le 1 160 5o' de longitude 0. de Cadix. Il le nomma Puerto de la Bodega. C'est le même ou Duke avait autrefois jeté l'ancre , et non pas celui de San Francisco, comme on Ta prétendu. Il en sortit le 4 t loucha , le 6 , à Monterey, et, le 20, à San Blas (1).

— rr ! 1

(1) La relation de cette expédition fut écrite par Maurelle, pilote en second, et il en existe une traduction anglaise dans les Miscellanies de Daines Barrington, publiés à Londres en 1781 . — Voyez aussi le Viage hecho por las goletas Sutil y Mexicuna Introd. , p. cp-iou.

4 CHRONOLOGIE MST<

1777. foyage du P. Escalanle. Le père Escalante pénétra*, cette année, dans la Nouvelle-Californie , jusqu'à la rive occidentale du fleuve, Zaguananas , non loin des montagnes de los Guacaros. Il prétend y avoir découvert un lac, nommé Tampanagos , qui commençait par 4o° de latitude N. , et qu'il avait suivi jusqu'au 42% dans une direction N.-O. j mais que , voyant sa largeur s'augmenter, il avait jugé à propos de retourner sur ses pas. Le capitaine Pike , qui a visité le Nouveau-Mexique , en 1807, n'a pas entendu parler de ce lac , dont l'existence lui paraît fort douteuse (1).

. 1778. Expédition du capitaine Cook. Deux siècles après que le navigateur anglais Drake eut visité la côte du N.-O. , le célèbre capitaine James Cook fut expédié par le gouvernement anglais pour examiner de nouveau la situation relative de l'Asie et de l'Amérique , et résoudre la grande

3uestion du passage au nord-ouest. On équipa à cet effet eux navires, la Résolution f aux ordres de Cook, et le Discovery, à ceux du capitaine Clerhe. L'expédition arriva dans les premiers jours de mars 1778, sur la côte occidentale de l'Amérique du nord , et le 7 , elle aborda , sous le , 44° 33' de latitude, et le i35° 20' de lpngitude 0. de Greenwicb, sur la côte que l'amiral Drake avait nommée Nouvelle- Albion, en 1578. Cook reconnut les trois caps , oU pointes de terre, auxquelles il donna les noms de Grégory (2),

Perpétua (5) et Foul-Wealher ou Mauvais -Tems. "Repoussé de la côte par les vents , il s'en rapprocha vers le 48° 1/4 , et aperçut de loin un cap qu'il appela Flattery. Le 29 mars , il prit 'terre par 49<> 36' de latitude, et 126° 42' de longitude ouest, et trouva un abri sûr pour ses vaisseaux dans la rade de Nootka, qu'il nomma King George's Sound, ou Entrée du roi Georges, ne sachant pas qu'elle avait été déjà découverte par les Espagnols. Il y séjourna jusqu'au 26 avril. Au sortir du port il fut poussé par les vents loin de la côte^ • qu'il regagna toutefois le 2 mai, à la latitude de 55° 20*.

(1) Voyage au Nouveau- Mexique , etc., par le màjor Z. M. Pi)tc. Voyez ses observations géographiques , statistiques, etc., sur les Provinces Intérieures.

(2) M. de Fleurieu remarque que le cap Grégory, qu'il place par 45° 10', paraît être le Cabo blanco, reconnu par Martin de Aguilar, en i6o3. • > /

(5) Noms tirés dft calendrier.

de l'Amérique. 5

Continuant ensuite sa route jusqu'au $7° 3'. il reconnut une montagne de forme conique et un caj», qu'il appela Mount et Cape Edgccumùe (1), et une baie, à laquelle il donn* le nom de Bay qf Islands , Baie aux Iles (2). A la hauteur du * 58°, il découvrit , le 3 mai , une entrée et uu cap , qu'il appela Cross Sound et Cross Capey ou entrée et cap de la Croix (3), et à environ Ç de degré plus au nord, il aperçut un long et haut promontoire, auquel il donna le nom de Mount-Fair-fVeathcr, ou montagne du Beau-Tems. En naviguant dans la direction du nord ouest . il découvrit, vers le 6o° \ de latitude, une montagne remarquable, qui s'élevait dans l'intérieur des terres, et qu'il appela Mounl Elie (4), et alla mouiller dans une vaste baie, qui reçut le nom de Sandwich-Sound (5). Il redescendit ensuite vers le S.-O. et reconnut une rivière à laquelle on a donné , depuis la mort de Cook , le nom de CookJs River ou lnlel , rivière ou entrée de Cook. De là il passa, en longeant le promontoire américain , ou presqu'île d' Alaska , aux îles Alcutiennes , qui avaient déjà été visitées et ainsi nommées par * les Russes. Il appela Bristol Bay, une grande baie située sur la côte de l'Amérique, et donna le nom de Gore , un de ses lieutenants, à l'île Malwcia des Russes, et celui de Clerke aux îles connues sous le nom du lieutenant russe Synd. Il découvrit ensuite JSorton Sound, ou l'entrée de Norton, pénétra dans le détroit de Behring, le 9 août 1779 » et jeta l'ancre près d'une pointe de terre qu'il nomma cap du Prince de Galles. Il reconnut qu'elle était située par latitude N. 65° 4-b' • et par longitude E. 1910 4-5\ et qu'elle formait l'extrémité occidentale du continent américain. Delà, il se rendit sur la cote orientale de l'Asie , et calcula que la distance entre les deux continents, dans la partie la plus étroite, n'excédait pas quatorze lieues. Il donna le nom o Icy-Capt ,

(1) C'est le monte San Jacinto et le cabo del Engaho, découverts par les Espagnols en 1776, et au sud desquels se trouve la

baie , nommée baya de Guadaîupa par Ayala.

(1) Le Puerto de las Remedios , vu par les Espagnols tu

(5) Noms tires du calendrier anglais.

(4) Le mont Elie de Behring.

(5) Appelée aujourd'hui Prince William' s Sound f entrée du prince Guillaume. *

6 CUROHOXOGIK HISTORIQUE

ou cap de Glace, à la pointe septentrionale de l'Amérique , située par latitude nord 700 29', et longitude ouest 1620 4°'> et celui de Lisburn , au cap le plus méridional de la même i côté, et qui se trouve par latitude nord 68° 5', et par longitude ouest 1660 20'. Le 29 août il se rapprocha de nouveau du continent de l'Asie, et appela Cap Nord une pointe rocailleuse et escarpée, qui s'avance dans la mer, par latitude nord 68° 56', et longitude ouest 1790 9'.

Durant sa navigation dans l'océan Glacial, le long des côtes de l'Amérique, Cook avait eu à passer entre des montagnes de glace , et le 18 août, se trouvant à la latitude de 700 44.' et à la longitude 0. de 1 61 0 4o', il avait été arrêté par une plaine de glace qui avait de dix à douze pieds d'élévatiôn. Ces loneitudes se rapportent à Greenwich.

Cette expédition eut pour résultat d'ouvrir un commerce lucratif de pelleteries , particulièrement de celles de la loutre de mer (1) , entre les naturels de la côte du nord-ouest , les Anglais et les citoyens des États-Unis. Les pacotilles des deux navires de Cook produisirent à Macao 2,000 livres sterling, tant en espèces qu'en marchandises, bien que les' deux tiers en fussent gâtés ou eussent été vendus au Kamt- . shatka (2).

1779. Expédition des corvettes Princesa et Favorita. La cour d'Espagne> voulant continuer les découvertes sur la côte du nord-ouest de l'Amérique , le vice-roi don Bucareli ordonna, au mois de mai 1776, de préparer une autre expédition. En conséquence on équipa, à Guayaquil, les deux corvettes Princesa et Favorita , qui mirent à la voile de San Blas (3), le 11 février 1779, sous les ordres de don

ta .

(1) La loutre de mer (mustela marina. Linn.) a de 5 a 5 pieds de longueur. La couleur en est brune foncée, et quelquefois elle a des taches blanches sur la téte. Cet animal existe sur la côte N.-O. de l'Amérique, depuis le 3oe degré de lat. jusqu'au 60e, et ne se trouve plus que rarement dans les parages du Kamtshatka ettdes îles Aleutiennes, où il abondait à l'arrivée des premiers pécheurs. .< .

(2) A Voyage to the Pacific Océan, by James Cook, 3 vol. in-4°. London, 1784. — Pour de plus amples détails, voyez l'article des voyages aux côtes N.-E. et N.-O. de l'Amérique, etc., et ceux de V Australasie , de la Polynésie , etc.

(3) Ces navigateurs placent ce port par lat. N. 55° 18', et long. O. i3g° i5' de Paris.

de l'Amérique. 7

Ignacio Arieaga, lieutenant de vaisseau , et de don Juan de laBodegay Quadra. Leurs instructions portaient de pénétrer jusqu'au 70e. degré de latitude. Le célèbre navigateur espagnol don Francisco Antonio Maurelle accompagnait l'expédition. Ils reconnurent d'abord la s Sierras , comprises entre les entrées del Principe et del Susto. Ils se rendirent ensuite, le 4 mai, à Ventrée deBucareli , située , suivant Maurelle, par 55° 18' nord, et 189° i5/(i) ouest de Paris , et pénétrèrent par ce canal (jans un vaste golfe , où ils trouvèrent un bon port qu'ils nommèrent Puerto del Cruz, ou port de la Croix. Maurelle fit le tour du golfe avec deux chaloupes , et en releva tous les caps, îles et baies, auxquels il donna des noms. Ce travail dura jusqu'au 12 juin. Les Indiens vinrent en foule de l'intérieur pour échanger des pelleteries contre des objets de peu de valeur.

Les Espagnols sortirent de ce port le juillet. Le 9, ils découvrirent le mont S. Elias , et , le 17, une île voisine, qu'ils nommèrent del Carmen (île de Kayes). Maurelle calcula qu'il se trouvait alors par latitude nord 590 53', et par longitude ouest de San Blas 3j° i4'. Les naturels du pays lui parurent francs et généreux. Il entra dans un port , qu il appela Santiago, ou Saint-Jacques, et qui est situé par latitude nord 6o° 13', dans la partie S.-O. de 111e de la Magdalena. A. dix lieues au nord , il existe une baie spacieuse que le mauvais tems ne lui permit pas d'examiner (2). Maurelle en étant sorti le 28 juillet, arriva le ier. août suivant à un groupe d'îles. Il en nomma une île de la Régla (3) et en prit possession au nom de son souverain.

Le 3 , Maurelle aperçut une haute montagne couronnée d'un volcan. Le 7, il remit" à la voile j mais les vents étant contraires , et une partie de son équipage malade , il se détermina à diriger sa route vers le cap Mendocino , où il arriva le 5 octobre. Le 1 5 , il relâcha au port de San Francisco, d'où il reçut ordre de partir pour San Blas , à cause de la

(1) 227° E. de Grecnwich, ou i35° i/o O. de Paris, suivant l'observation de Cook.

(2) X»a même que le capitaine Cook appela Prince Williams Sound, ou entrée du prince Guillaume. Lat. 59° 8'.

(5) Une des îles stériles qui se trouvent a l'entrée de la rivière de Cook , par latitude N. 69° 8'.

8 CUBONOLOGIE HISTORIQUE

guerre qui venait d'éclater entre l'Espagne et l'Angleterre. 11 entra dans ce port le 21 novembre suivant (1).

1785. Voyage de James Hanna. La nouvelle branche de commerce qui s ouvrait sur la côte N.-O. de Y Amérique donna lieu a plusieurs expéditions, dont les limites de cet ouvrage ne nous permettent de donner qu'un aperçu succinct.

Le capitaine James Hanna équipa un brick de soixante tonneaux dans la rivière de Canton , et fit voile de Typa , avec trente hommes d'équipage, au mois d'avril 1785. l\ passa au sud du Japon , et arriva au mois d'août suivant a TSutka. Après avoir terminé sa traite il remonta au nord, vers le 5i° J de latitude, et découvrit Fitzhugh Sound, ou entrée de Fitzhugh , qui est située près de l'archipel de San Lazaro de Fuentes. Il donna à plusieurs îles qu'if rencontra le nom de Lance, et appela Hervey-Lane une partie de la côte qu'il visita , et Sea - Otter's harbour, ou Hâvre de la Loutre de mer, un port dans lequel il relâcha. Hanna retourna ensuite en Chine avec une riche cargaison de fourrures (2).

L'année suivante , le même capitaine entreprit un second voyage sur cette côte. Il fut moins lucratif que le premier , et ne produisit aucune nouvelle découverte.

1786. Voyage dti capitaine Peters. Le capitaine Peters fut envoyé de Macao, au mois de juillet 1786, à bord du senau le Lark ( Y Alouette ) , de deux cent vingt tonneaux , et monté de quarante hommes d'équipage , avec ordre de se rendre par le Kamtshatka à la cote N.-O. de l'Amérique , pour reconnaître les îles situées au nord du Japon. Le 20 août il arriva à Petropavlowska ; mais, le 18 septembre, ayant remis à la mer, il fît naufrage sur les côtes de Mednoi- Ostroff, ou île de Cuivre , et deux personnes seulement parvinrent à se sauver,

1786. Voyage de La Pérouse. Ce célèbre navigateur fut envoyé par le gouvernement français pour faire un voyage

(1) Fîage hecho por las goletas Sut il y Mexicana; introd. , p. 100 à 102. On trouve aussi un extrait de ce voyage à la fin du tome I«r. des voyages de la Pérouse. Paris, in-4°. an V (1797).

(2) Voyage de Portlock , p. 3. — Id. de Dixon, p. 17. —Id. de Meures, p.

de l'amérique. 9

d'observation et de découverte autour du inonde, pour reconnaître d'une manière exacte les cotes N.-O. de l'Amérique, et particulièrement celles comprises entre les 49° et 57 0 de latitude , que. le capitaine Cook n'avait pu explorer à cause des vents contraires qui y régnaient. La Pérouse devait aussi s assurer des avantages que présentait la traite des pelleteries dans ces parages. Les deux frégates , la Boussole et l'astrolabe , commandées l'une par Jean-Franeois-Galaup de La Pérouse , chef d'escadre des armées navales, et l'autre par de Langle, partirent du port de Brest le ier. août 1785 , et arrivèrent, le 23 juin de 1 année suivante, sur la côte du mont Saint-Elie de Behring, par latitude nord 6o° 27', après avoir visité les îles Sandwich. Cette partie de la côte n avait été qu'aperçue par le capitaine Cook , à l'exception néanmoins au port de Nutka, où il avait relâché. La Pérouse y découvrit un beau port comme celui de Toulon , mais plus vaste dans son plan comme dans ses moyens j il le nomma Port des Français. Il avait de trois à quatre lieues d'enfoncement, et était situé à trente- trois lieues au N.-O. de celui de Los ftemedios , dernier terme des navigations espagnoles, à deux cent vingt-quatre lieues de Nutka , et à cent de "Williams Sound. A 1 entrée de cette baie, La Pérouse rencontra des Indiens qui portaient des poignards de fer ou de cuivre rouge suspendus au cou. Le i3 juillet, au moment où il se disposait à sortir du port des Français, vingt-un officiers, soldats et matelots , montés dans des canots , qui s'étaient imprudemment engagés dans des courants , furent submergés et périrent dans les flots. Leurs compagnons érigèrent un monument à leur mémoire sur l'île du milieu de la baie, à laquelle ils donnèrent le nom d'île du Cénotaphe , et y enterrèrent une bouteille qui renfermait l'inscription suivante :

« A l'entrée du port ont péri vingt et un braves marins ; » qui que vous soyez , mêlez vos larmes aux nôtres. »

Le port des Français est situé par latitude nord 58° 37', et par longitude ouest i3()0 5o'. Le mont Beau-Tems , au nord de U baie , et celui de Crillon , au nord de Cross-Sound, servent de reconnaissance aux vaisseaux qui y entrent , et la mer y monte de sept pieds et demi aux nouvelles et aux pleines lunes.

L'escadre se dirigea ensuite vers le 55° de latitude, pour reconnaître la côte que le capitaine Cook n'avait pu explorer à cause des vents contraires , et que le journal d'Antonio Maurelle n'avait fait connaître qu'imparfaitement. C'est X. 2

dans ces parages que les Chinois ont du aborder , suivant M. de Guignes , et c'est aussi par les mêmes latitudes que l'amiral Fueutès a trouvé l'embouchure de l'archipel de San Lazare.

Le 4 août, il observa la latitude de 57 ° 45', à trois lieues de la terre , et reconnut l'entrée de Cross-Sound , où se terminent de hautes montagnes couvertes de neige , et dont les pics ont de treize à quatorze cents toises d'élévation. Au sudest de cette entrée, les terres qui bordent la mer, quoique encore élevées de huit à neuf cents toises, sont couvertes d'arbres jusqu'au sommet. Le 5 , il releva un cap au sud de Cross-Sound, qu'il appela cap Cross, nom que lui avait également donné le capitaine Cook , et il reconnut la partie de la côte que ce capitaine avait appelée Baie des Iles , à cause des nombreuses îles dont elle est parsemée. Il découvrit ensuite une vaste baie (1) , dont un brouillard lui cacha la profondeur , à l'est du mont Saint-Hyacinthe , et deux autres fort rapprochées, qui lui parurent d'une profondeur considérable , et qu'il nomma port Necker et port Guibert. Il reconnut encore , le même jour , un cap et une grande baie, auxquels il donna le nom de Tschirikow , en l'honneur du célèbre navigateur russe qui y avait abordé en 174 1 - Il arriva ensuite à un groupe de cinq îlots , séparés du continent par un canal de quatre lieues de large, et qu'il appela îles de la Croybre (2) , du nom du géographe qui accompagnait l'expédition.

La Pérouse , continuant à côtoyer , passa par un nouvel archipel où se trouve le beau port de Buccareli. « Je n'aa rien conçu , dit-il , à la carte de Maurelle, ni au discours qui devait l'éclaircir j mais ses volcans et son port sont dans des îles éloignées peut-être de quarante lieues du continent. »

Le 9, en prolongeant la terre, il eut connaissance des îles de San Carlos , dont la plus en dehors est située par latitude nord 54° 4**' et par longitude ouest i3()0 19'. Ces îles sont liées à d'autres îlots très-bas , qui avancent beaucoup dans le canal , auquel le capitaine Dixon a donné son nom.

(1) Le capitaine Dixon, qui y avait relâché, l'avait appelée Entrée de Norfolk. Elle est située par lat. N. 57° 3', et loDg. O. i38° 16' de Paris. Le capitaine Cook l'avait aperçue le 1 mai 1778.

(a) Dixon les a appelées Brumeuses. Elles sont situées par lat. N. 55° 5o\ long. O. i37° u\

de l'Amérique. ii

Le 18 , il reconnut une baie profonde, située par 5a° 3c>' de latitude, et par longitude ouest i34° 49** e* ;» laquelle il donna le nom de Baie de la Touclie. Depuis le 55"* jusqu'au 53° la mer était couverte de l'espèce de plongeon , appelé par Buffon le macareux ou pélican de Kamtshatka (Yalkatrœ des Espagnols ). Ces oiseaux, qui se trouvent sur toute la côte de la Californie , ne s'éloignent jamais à plus de cinq ou six lieues des terres , et servent de guides aux navigateurs.

Le 19, il aperçut un cap qui paraissait terminer la cote d'Amérique , qu'il avait suivie l'espace de deux cents lieues , et qu'il appela Cap Hector (1). Il donna aussi à quatre ou cinq petits îlots le nom de Kerouari.

Le 21, il reconnut un enfoncement qui ressemblait à la mer de Californie, et s'étendait jusque par 57° de latitude nord. Il détermina la largeur exacte de ce canal ou golfe , de l'est à l'ouest, entre les caps Hector et Fleurieu (2)5 elle se trouva être d'environ trente lieues. Il en parcourut la profondeur à environ trente lieues vers le nord. Les montagnes qui bordaient ce golfe étaient dégarnies d'arbres et couvertes de neige, et leurs pics paraissaient être à plus de trente lieues dans l'intérieur des terres. La saison étant avancée, les brumes presque continuelles , et la route ultérieure de Li Pérouse étant subordonnée aux moussons ou aux saisons , il fut forcé de discontinuer ses recherches. Ayant changé de direction , il découvrit plusieurs groupes d'îles , qu'il nomma Iles Sarline (3), et dont la plus occidentale était par latitude nord 5o° 56', et longitude ouest i3o° 38'. Il s'approcha de la pointe boisée du cap de Cook (£) et en détermina la latitude précise à 5o° et i3oq 26 r ae longitude ouest.

Dans cette navigation , La Pérouse a prouvé la non-existence du prétendu canal de San Lazare de l'amiral de Fuentès.

Le 26 , il dirigea sa route vers la pointe des Brisans , à

(1) Le cap Saint-James de Dixon, situé par lat. N. 5i° 5"7', cl par long. O. i33° 37'.

(2) La Pérouse donna aussi ce nom a l'île la plus S.-E. de ce canal. Le cap est situé par lat. N. 5i° 45', long. O. i5l° i5'.

(3) Les îles de Beresford de Dixon.

(4) Placé, d'après des relèvements sur la carte de Cook , h 5o» de iat. , et i3o° 20' de long. O. de Paris.

auinze lieues au sud de Nutka , et fit de bons relèvements de la côte comprise entre cette pointe et le cap Flattery, sur une étendue d'environ trente lieues , que le capitaine Cook n'avait pas été à même d'explorer.

Le 3o , il dirigea sa route parallèlement à la côte vers le 47°, et en reconnut le développement jusqu'au 45°, partie qui forme une lacune sur la c:\rte du capitaine Cook.

Le 5 septembre, il découvrit neuf petites îles , éloignées d'environ une lieue du cap Blanc , et qu'il appela Iles de IVecker, et, suivant la côte, il arriva, le i4, à la rade de Monterey, après avoir longé le continent jusqu'au 36° J de latitude , l'espace de quatre cent soixante-dix lieues. Il rencontra à Monterey deux navires à trois mâts, commandes par don Esteban Martinez , lieutenant de frégate , qui lui envoya des pilotes (i). Le *4 septembre, il remit à la voile pour Macao (a).

Dans le cours de ce voyage les équipages avaient recueilli une grande quantité de peaux de loutres et d'autres animaux qui furent vendues à Macao pour Ô5,ooo livres tournois , somme que La Pérouse répartit entre les soldats et les matelots des deux frégates.

La Pérouse a fourni des renseignements importants sur l'éta t de la Californie, en 1786. Les deux Californie* étaient gouvernées , à cette époque, par un lieutenant-colonel, qui résidait à Monterey, et dont la juridiction s'étendait à un pays

(1) La Pérouse se loue beaucoup du bon accueil que lui firent

Sartout les Espagnols durant ce voyage. « Nos vaisseaux , dit-il , ans sa lettre du i£ septembre 1786, ont été reçus par les Espagnols comme ceux de leur propre nation ; tous les secours possibles nous ont été prodigués ; les religieux , chargés de leurs missions , nous ont envoyé une quantité très-considérable de provisions de toute espèce. » M. Fagès, commandant du fort de Monterey, et des deux Caiifornies, avait reçu ordre de son gouvernement de traiter les Français avec tous les égards possibles.

(2) Voyez le tome II, chap. 8, 9 et 10 du Voyage de La Pérouse autour du monde, publié conformément au décret du 22 avril 1791, et rédigé par M. L. A. Milct-Murcau, général de brigade etc. Paris, an V (i"97), 3 vob in-4°- avec atlas.

Les dépêches et les journaux de La Pérouse furent présentés à la cour de Versailles, le 17 octobre 1788, par M. deLesscps, qui avait traversé les déserts du Kamtsnatka et delà Sibérie, depuis Pétropavlowska , sur une étendue de 4,000 lieues. Voyez le Journal historique de son voyage. Paris, 2 vol. in-8°., 1790.

DE L AMÉRIQUE. l3

déplus de huit cents lieues de circonférence. La garnison des cinq petits forts se composait de deux cent quatre-vingt-deux hommes de cavalerie , et elle fournissait des escouades de quatre à cinq hommes à chacune des vingt-cinq missions ou

K misses. Par ce moyen étaient contenus environ 5o,ooo diens, dont 10,000 professaient le christianisme. Lorette était alors le seul p résulta sur la côte orientale de la presqu'île. Sa garnison , forte de cinquante-quatre cavaliers , fournissait de petits détachements à quinze missions desservies par des Dominicains. Le nombre des Indiens convertis n'excédait pas 4>ooo , et il n'y avait qu'une seule peuplade espagnole. Dans la Californie septentrionale , dont le climat est plus salubie et le terroir plus fertile , on comptait dix missions et 4>»43 Indiens convertis.

Les missionnaires franciscains étaient presque tous européens. Dans les affaires contentieuses des différentes missions ils reconnaissaient l'autorité du vice-roi celle du commandant de Monterey , quoique celui-ci fut obligé de leur fournir des secours toutes les fois qu'ils les réclamaient. Cé commandant avait droit sur tous les Indiens , et particulièrement sur les Rancherias , ou indépendants. Il y avait deux missionnaires par paroisse, auxquels le gouvernement allouait 4oo piastres , qui leur étaient payées en nature.

Le traitement du gouverneur était de /Hooo piastres.

Celui de son lieutenant 45°

ld. du capitaine insp. de la cavalerie. . 2,000

Les cavaliers avaient chacun 217

mais ils étaient obligés de fournir à tous leurs besoins. Le prix d'un bon cheval était de huit piastres et celui d'un bœuf de cinq.

La Pérouse rencontra à Monterey Vincent Vassadre y Vega, officier espagnol , qui était venu porter au gouverneur Fagès , Tordre de rassembler toutes les peaux de loutre de ses quatre presidios s et des dix missions dont le gouvernement se réservait le commerce exclusif. M. Fagès lui dit qu'il en pourrait fournir 20,000 par an (1).

1786. Voyage des capitaines anglais Lowrie et Guise. Ces deux capitaines partirent de Bombay , à bord des navires le Capitaine Cook , de trois cents tonneaux, et YEx-

fi) Tome II, ch. 1 1 et 12 du Voyage de La Pérouse.

CIIBONOLOGIE HISTOB1QTE

périment, de cent , et étant arrivés à Nutka, le 27 juin . ils y restèrent jusqu'au 29 juillet. Ils visitèrent ensuite différentes parties de la côte, et découvrirent, suivant M. Meares , les îles situées entre les 5i° 4-8' et 54° 12' de latitude nord, et les i3o et i34° 3oJ de longitude ouest. C'est à ces îles que le capitaine Dixon donna, en 1787, le nom de Queen Charlotte' s Islands , ou îles de la reine Charlotte , bien que ce fut seulement en 1788, que le capitaine Douglas , commandant de YJphigénie , en passant entre elles et le continent, découvrit que c'étaient véritablement des îles (1).

1787. Voyage du capitaine anglais Berkeley» Il s'embarqua à Ostende vers la fin du mois de novembre 1 786 , à bord du navire marchand Y Aigle Impériale , et arriva à Nu tka- Sound , au mois d'août de l'année suivante. Il reconnut au sud de cette entrée la baie à laquelle on donne le nom de Berkeley-Sound, et, par le 48° 1/2, un détroit qu'on croit être le même que celui que Juan de Fuca avait découvert en 1592.

Expédition des capitaines Nathaniel, Portlock et Georges Dixon à la côte N.-O. de l'Amérique , en 1786 et 1787. Les deux grands navires , le King George , de trois cent vingt tonneaux et de soixante hommes d'équipage , et la Queen Charlotte, de deux cents tonneaux et de cinquante hommes , furent équipés pour cette expédition par la « compagnie du commerce de Londres , » connue sous le nom de « King George* -Sound company, » et plus tard sous celui de « Nutka-Sound company, » qui s'était formée pour établir un commerce régulier entre la côte N.-O. de l'Amérique et la Chine. Portlock et Dixon avaient été à même d'en apprécier les avantages lors du voyage du capitaine Cook , dont ils avaient fait partie.

Le 2 septembre 1785 , ils appareillèrent des Dunes , et le 5 janvier 1786 , ils jetèrent l'ancre dans le port d'Egmont, aux îles Falkland. Le 29 mai suivant , ils arrivèrent aux îles de Sandwich, et en étant partis, le i3 juin, nour la côte d'Amérique, ils entrèrent, le 19 juillet , dans le port de la rivière de Cook , où ils rencontrèrent une corvette russe qui venait d'Analaska. Le commandant avait à son bord plusieurs

(1) Meare's, Voyages, p. 55.

de i'amérïqijb. i5

Indiens de Kadiac, qui lui étaient d'une grande utilité pour son commerce j lequel consistait en nankins et en soieries de Perse, qu'il échangeait contre des fourrures.

Le 24 juillet, en explorant la baie, ils trouvèrent à la pointe S.-E. un filon de houille -, ce qui lui fit donner le nom de Coal Harbouroa port du Charbon. Le 27, ils découvrirent une fumée épaisse qui sortait du volcan d'une montagne élevée , située près de l'entrée de Cook. Le 1 3 août, ils sortirent de cette entrée pour se rendre à celle du Prince Guillaume; mais n'ayant pu y pénétrer, le 28 , ils se dirigèrent vers le port de la Croix.

Le 24 septembre, Dixon arriva à la hauteur de l'entrée du Roi Georges -, mais les vents contraires et le mauvais tems l'ayant empêché d'y entrer , et ne trouvant sur la côte ni mouillage ni pelleteries , il la quitta , le 29 , fit route pour 1^ Sandwich , où il aborda, le ,o nombre, et , passa

Le 3 mars 1 787 , les deux: capitaines repartirent pour la côte du N.-O. et jetèrent l'ancre , le 23 avril suivant , à l'île de Montagu, par lat. N. 590 10% vis-à-vis l'entrée du Prince Guillaume. Les Indiens ayant donné à entendre par des mots anglais qu'ils avaient retenus , qu'il s'y trouvait un navire de cette nation, Dixon remonta le canal dans sa chaloupe, et arriva à une crique où il rencontra le Nootka , navire du Bengale , aux ordres du capitaine Meares , qui , y ayant été retenu par les glaces , avait perdu la plupart de ses gens par le scorbut.

La saison étant avancée, on convint d'envoyer le grand bateau du King-George dans la rivière de Cook , pour y recueillir des fourrures. Ce bâtiment devait l'attendre a l'entrée du Prince Guillaume , tandis que la Reine Charlotte irait à celle du Roi Georges.

Le i4 mai, les deux navires se séparèrent, et le capitaine Portlock fit voile pour la crique de Hinchinbroke ( Hinchinbroke cove).

Le 23 mai, le capitaine Dixon reconnut un havre, situé A la hauteur de l'Admirai ty-Bay de Cook, par 590 32' de lat. N. et i4o° de long. 0. de Greenwich, et qu'il appela port Mulgrave , en l'honneur du lord de ce nom. Ce havre renfermait une foule de petites îles basses couvertes , ainsi que la côte voisine , de pins de différentes espèces et habitées par environ soixante-dix Indiens.

l6 CBB0NOIOGIE HUTORIQUE

Le 4 jum i Dixon quitta le port Mulgrave, et reconnut, le io, la baie (i) qu'il nomma Norfolk- Bay, en l'honneur du duc de Norfolk, et dont rentrée est par latitude N. 570 3' et long. 0. i35° 36'. Il y rencontra environ 45o Indiens qui ressemblaient à ceux du port Mulgrave. Ils avaient le visage peint de différentes couleurs , et portaient , dans une incision faite à la lèvre inférieure, une large pièce de bois en guise d'ornement. Leurs pirogues paraissaient artistement travaillées, et pouvaient contenir de six à vingt personnes. Leurs cérémonies funèbres sont remarquables. Ils séparent la tête du corps , et enveloppent l'un et l'autre dans des fourrures. Ils renferment ensuite le corps dans un coffre oblong , et la tête dans une boîte carrée, et les placent soit sur des pieux blanchis , soit dans des cavernes.

Le 23 juin , Dixon découvrit un port , situé par 56° 35' de lat. N. et i35°. de long. 0. , qu'il nomma port Banks , en l'honneur de sir Joseph Banks. Sur les flancs des collines voisines, qui sont toujours couvertes de neige , on voit s'élever des pins crâne dimension prodigieuse.

Le 1 juillet , il reconnut la partie septentrionale des îles de la Reine Charlotte (2) qui sont situées entre les 5i° 42' et 54° 24' dejlatitude N. et les i3o° et i33° 3o' de longitude 0. Dixon évalue à environ huit cent cinquante le nombre des Indiens qu'il vit sur les côtes, et il suppose qu'il pouvait y en avoir à peu près autant dans l'intérieur. Il s'y procura dix-huit cent vingt peaux de loutres.

Le 4 juillet , il découvrit la baie des Manteaux ou Cloak- Bay, par lat. N. 54° i4' et 1 33° 23' de long. 0., et lui donna ce nom à cause des manteaux en peaux de loutres que les naturels vinrent lui apporter dans plusieurs pirogues.

Le 7, se trouvant par lat. 53° i5', et long. 0. i33c 19', il aperçut plusieurs pirogues qui venaient d'une petite île , où il y avait une grande hutte fortifiée en redoute. Il l'apla flippa , à cause de la ressemblance de ce fort à celui de petite île de ce nom , dans la Nouvelle-Zélande. Le 25 juillet , jour delà fête de Saint- Jacques , il donna le . , . • .

(1) La baie de Guadalupa, que les Espagnols avaient explorée long-tems auparavant.

(a) Ces îles avaient été visitées par La Pérouse l'année d'avant.

DE LÀMKRIQUE. I7

nom de Saint-James , à une pointe de terre, située par 5i° 48' de lat. N. et par i3o° de longitude 0.

Le 8 août , il rencontra le vaisseau le Prince de Galles , aux ordres du capitaine Colnett , et la corvette la Princesse- Royale , à ceux du capitaine Duncan , qui arrivaient d'Angleterre , pour établir sur la terre de Staten , un entrepôt destiné à recevoir les peaux et l'huile des veaux marins. Malheureusement le scorbut avait enlevé une grande partie des équipages.

Dixon évalue à dix mille habitants la population de la côte; située entre la rivière de Cook et l'entrée du Roi Georges. Le 22 août, il fit voile pour les îles de Sandwich, et le 28 septembre , il arriva à celle d'Owhyhée, où il rencontra Poi tloclc, et se rendit de là en Chine avec sa cargaison de fourrures (1).

De son côté, le capitaine Portlock découvrit, à la hauteur de 570 5o', les ports auxquels il donna les noms de Goulding, de Portlock , et de Salisbury - Sound. Il reconnut ensuite une île qu'il appela Pitt, en l'honneur de ce célèbre homme d'état, et un canal qui s'étend de Salishury-Sound à la baie de Guadalupa, lequel il nomma Hayward's-Strait (2).

Voyage des capitaines Colnett et.Duncan, eni'jSjeti 788, à bord du navire Prince of Wales, et du SloopPrincess Royal. Duncan découvrit plusieurs îles, situées entre les 54.° et5i°, qu'il nomma Prihcess-Royal Islands , les mêmes que la Pérouse avait reconnues en 1 786 , et qui font partie de 1 archipel visité par l'amiral espagnol de Fuentès. Il relâcha dans différentes rades , sur la côte septentrionale de ces îles , entre les 52° et 54.0 de latitude , et examina aussi la grande entrée ou détroit vers le 4-7° 1/2 , qui correspond avec la situation de celui de Fuca.

Expédition des navires des Etats-Unis d'Amérique en 1788 et 1789. Les premiers navires des États-Unis qui aient été ex pé-

(1) A Voyage round the World , but more particularly to the North West Coast of America , performed in 1785, 17^6, 1787 and 1788, in the King George and Queen Charlotte , captains Portlock and Dixon. By cap. George Dixon, in- 4°. London , '789-

(1) Voyage round the World, by Nathaniel Portlock, in-4°. , London, 1789.

ï8 CnRONOlOGIE lUSTORlQUE

diés à la côte du Nord-Ouest, furent le sloop le Washington, de cent tonneaux , et la Columbia, de trois cents , l'un et l'antre de Boston ; le premier sous le commandement de AI. Rohert Grey, et l'autre sous celui de M. John Hendrick. Un coup de vent ayant séparé ces deux navires, le Washington seul arriva à Nutka , le 17 septembre 1788* Il y rencontra le capitaine Meares qui lui dit avoir reconnu le détroit de Fuca , vers le 1/2 de latitude, et lui fournit des renseignements à cet égard. Grey se hâta d'y pénétrer , et dans la relation du voyage de Meares, il est dit que le capitaine américain arriva pdr le détroit' de Fuca à un grand archipel et à une iner intérieure , qui s'étend cent soixante lieues dans une direction N- N.-O. et S. S.-È., en embrassant dans sa partie méridionale Nutka-Sound (1).

Dans ce voyage, Grey visita les îles de la Reine Charlotte , et , croyant èn avoir le premier fait la découverte , il leur donna le nom de Washington Islands (2).

Expédition de la frégate Princesa et du paquebot San Carlos, en 1788 et 1789. Pendant la guerre d'Amérique les Russes et les Anglais cherchèrent à fonder de nouveaux établissements sur la côte du N.-O. , et l'Espagne suspendit ses voyages et découvertes dans ces parages. Toutefois , les renseignements que cette dernière s'était procurés sur les établissements des Russes au port de Nutka , à l'entrée du Prince Guillaume et aux îles de la Tiinidad et d'Oonalasha, lui firent sentit- la nécessité de reprendre l'examen de ces côtes. Dans cette intention le gouvernement ordonna de préparer à San Blas, un nouvel armement, composé de la frégate La Priacesa et du paquebot San Carlos , et qui mit A la voile de ce port , le 8 mars 1 788, sous le commandement de Don Estéban Martinet , et du premier pilote Don Gonzalo Lopez. de Haro. Le 11 mai , ils arrivèrent par le 55° de latitude nord ; et, le 17 , ils essayèrent de relâcher à l'entrée du Prince Guillaume j dont' ils n'étaient éloignés que de quatre lieues. Ils ne purent toutefois y parvenir à cause du vent qui soufflait du N.-O. , et de la rapidité des courants. Le 25 , ils se trouvèrent à la hauteur de l'île Montagu , par latitude 5o,° tfe' ? et le lendemain , ils entrèrent dans un golfe bien abrité

(1) Meare's, Voyages, houdou, 1790.

(2) Morse' s, Geography, 1819.— Art. Western territerj).

M i'aMERIQUE. IQ

qu'ils nommèrent port de Flores (1). Là, ils ouvrirent un commerce d'échanges avec les Indigènes , et aperçurent à quelque distance dans l'intérieur une grande maison en bois, •bien bâtie, qu'ils prirent pour une factorerie russe. Le 1 5 juin, ils remirent à la mer dans le dessein de gagner le port de la Trinidad ; et dans la soirée du 23 , l'équipage du paquebot signala le volcan de Miranda , dans la rivière de Cook.

Le jour suivant , il fut séparé de la frégate et perdit la terre de vue. Le commandant se décida alors à cingler vers l'île de «la Trinidad, et à reconnaître sur sa route les caps de Grenville et de Dos Puntas. Le 3o juin , étant entré dans un bras de mer, il découvrit un établissement russe, dont le gouverneur lui fit un bon accueil-, et lui présenta une carte hydrographique de ces parages , sur laquelle était tracé un grand canal , qui commençait au sud de la rivière de Cook et aboutissait près du cap de la Trinidad. Il obtint des renseignements sur la population de cette colonie et de toutes celles que les Russes avaient formées sur différents points de la côte (2).

Le 2 juillet, ayant appris que la frégate de ^fartinez se trouvait au nord de l'île de la Trinidad , il alla à sa rencontre. Le capitaine avait pvis possession de la côte voisine, située par 56° 44' de latitude, et /j4° 5' de longitude O. du cap San Lucas , ainsi que de celle qui est contiguë à la pointe de Florida Blanca. Les naturels du pays paraissaient d'un caractère pacifique. Le 5 juillet, les deux navires se dirigèrent vers l'île d'Oonalasha le 9, ils arrivèrent à celle de Schumagin, le 1 1 , à celle de Kadiac . et le 16 , ils découvrirent le volcan de l'île d'Unimak. Le mauvais tems et la force des courants empêchèrent les Espagnols de relâcher A Oonalasha avant le 3 août. Peu après l'expédition fit voile pour la Nouvelle-Espagne. La frégate arriva a Monterey le 17 septembre, et le paquebot , qui eu avait été de nouveau séparé, n'y fut de retour que le 5 décembre suivant (3).

Deuxième expédition de Don Estéhan Martinet, avec la frégate Princesaet le paquebot le San Carlos , en 1789.

(1) A l'ouest de l'île de Montagu. Elle est placée sur la'carle par lat. N. 6o° 7', et long. O. de San Blas , 070 5u'. (•2) Voyez l'article suivant.

(5) Viaee hecho por las gohtas Suiil y Mexicana. Inlrod , p. io3-io5.

Martinez , à son retour , exposa au vice-roi don Manuel de Flores , que les Espagnols s'étaient occupés du port de Nutka avant l'arrivée des Russes et des Anglais ; que les ports découverts par les navigateurs espagnols, en 1 779 , étaient à cette époque inconnus aux commandants russes Behring et Esterico , et enfin que Nutka ayant été exploré , en 1 774 > Pai" don Juan Perez , avant le voyage de Cook , les Espagnols avaient droit d'occuper les cotes découvertes au nord de la Californie.

Une nouvelle expédition fut donc résolue , et le commandement en fut donné à Martinez. Il devait s'attacher principalement à reconnaître la côte entre les 5o et 55° de latitude, que le capitaine Cook n'avait fait qu'apercevoir. Le 17 février 1789 , il partit de San Blas , et le 2 mai , il arriva au cap Boisé ou Frondoso, et , le 5 , à Santa-Cruz de Nutka. Il y trouva une frégate américaine et un navire portugais , dont les capitaines lui exhibèrent leurs passeports. Martinez étant bién accueilli des naturels du pays et particulièrement de leur chef Macuina,jl y fit construire une baraque en terre, établit une batterie de seize canons sur une pointe située au N.-E. de l'entrée du port , et s'occupa d'y former un établissement. Le 6 juin , un des principaux chefs du voisinage se présenta dans un grand canot , et assura les Espagnols de son amitié. Le 2 juillet, on vit entrer dans la rade le paquebot anglais PArgonauta , que la compagnie anglaise avait expédié de Macao. Le capitaine , James Colnett, était autorisé par le roi d'Angleterre à prendre possession du port de Nutka, a le fortifier , et à y bâtir une factorerie pour le commerce des peaux de loutres qui abondaient dans les baies voisines. Le gouvernement britannique devait aussi y établir une croisière composée d'une frégate et d'une goélette, pour en défendre l'entrée aux navires de toute autre nation. Après une contestation assez vive avec le capitaine anglais , Martinez le fit arrêter, déclara tout son équipage prisonnier de guerre, et envoya le paquebot a San Blas , pour y être à la disposition du vice-roi de la Nouvelle-Espagne. -

Les Espagnols trouvèrent à Nutka soixante-dix Chinois , qu'une compagnie anglaise des Indes orientales y avait envoyés en 1786 , pour y exercer les arts mécaniques.

Martinez, voulant ensuite reconnaître les contours du port et la côte voisine , fesait construire pour cet objet une goélette de soixante pieds de longueur , lorsqu'il reçut ordre , par le capitaine de la frégate Aranzazu, de retourner à San Blas.

Toutefois, avant de partir , il envoya son second pilote explorer le canal de l'Ouest et la baie de Buena-Esperanza , au N.-O. de celte de Nutka , et dont celui-ci prit possession, au nom du roi d'Espagne. Martinez mit alors a la voile, le 3 1 octobre, et arriva à San Blas le 6 décembre (i).

1789. Etablissements formés par les Russes sur la côte JV.-O. de l'Amérique en 1780J, suivant le rapport du capitaine espagnol Haro. Le seul établissement que ce capitaine visita se composait de soixante Russes et de deux galiotes ; niais il obtint d'un officier de cette nation des renseignements , i°. sur celui qu'ils avaient à la partie occidentale du cap Elisabeth, lequel consistait en quarante Russes ; a°. sur celui du cap Rada, qui en renfermait trente-sept; 3°. sur l'établissement de la rivière de Cook, où il y en avait quarante ; 4°* sur un autre à l'extrémité de la même rivière, qui contenait cinquante-cinq Russes et une galiote; 5°. sur celui de l'île d'Oonalasha , qui en comptait cent vingt et deux galiotes; 6°. sur un 6e. qui se trouvait dans la partie occidentale de l'île de Montagu; et enfin sur un 7e. situe par latitude N. 6i°. Ce dernier composé de quarante Russes, entretenait une galiote qui naviguait constamment le long de la côte, depuis Nutka pour faire le commerce des fourrures (2).

Le premier voyage commercial du capitaine John Meares et de William Tipping, lieutenant de la marine royale, de Calcutta à William's Sound, en 1786 et 1787 , A bord des navires, le Nootkay de deux cents tonneaux, et le Sea-

(1) Viage hecho por las goletas Sutil y Mexicana. Inlrod. , p. 106- 109. "

(2) M. de Humboldt remarque que jusqu'ici aucune nation curo-

Séenne n'avait formé d'établissement stable sur l'immense étendue e côtes qui se prolongent depuis le cap Mendocino, par lât.N.420 jusqu'au 5o°. degré. Au-delà de cette limite commencent les factoreries russes , dont la plupart sont éparses et éloignées les unes des autres. Le même auteur trouva dans les archives de la viceroyauté de Mexico un gros volume in-folio, portant le titre de Reconocimiento de los quatro establacimientos russos al norte de la California, hecho en 1788. Mais le précis historique du voyage de Martinez ne fournit, ajoute-t-il» que très-peu de données sur les colonies russes dans le nouveau continent, aucun homme de l'équipage ne possédant un mot de la langue russe *.

* Essai politique sur la Nouvelle-Espagne, liv. 111, ch. 8.

Olter (Loutre de mer) de roo, ne produisit aucune découverte (i).

Deuxième voyage commercial des capitaines Meares et Douglas, en i^8b et 1789. Une compagnie de négociants anglais équipa a ses frais les navires la Fêlicia , de 23o tonneaux , et ïlphigénia de 200. La Félicia portait quarante hommes et l'Iphigenia cinquante. Meares ayant reçu ses instructions , le 24 décembre 1 787 , mit à la voile de Typa en Chine, le 22 janvier suivant, avec le capitaine Douglas.

Le j3 mai, il mouilla dans l'anse des Amis, à Feutrée du Roi Georges, après un trajet de trois mois et vingt-trois jours. Il laissa à Nutka un détachement de troupes, et le 20 juin, il se rendit à un port,àl'abri de tous les vents, auquel il donna le nom de Port-Cox, en l'honneur d'un de ses amis. Le 29 , il pénétra dans le détroit de Fuca , et le 2 juillet , il découvrit une partie de la côte qu'il appela montagne de la Selle, à cause de sa ressemblance à une selle. C'était la pointe méri- . dionale de l'île de la Destruction , qui est située par 46° 3o' de latitude N. et par 235° 20' de longitude E. deGreenwich. Le 4 , il reconnut une autre montagne, par latitude N. 47° 10'et par longitude E. 235°, et lui donna le nom d' Olympe, 'k cause de sa position remarquable et de sa hauteur prodigieuse. Le 5, il appela Shoal-Water , ou eau remplie de bas-fonds, une baie qu'il découvrit ; Pointe Basse , une pointe basse qui se trouvait à l'entrée, et Cape Shoal PVater, un cap élevé et saillant, qui forme l'autre entrée. Cette baie est située par 46° 47' de latitude N. et par 235° de longitude E. de Greeuwich. Le 6 , il dorma a un promontoire , le nom de Disappointment, ou du Contre-Tems , et celui de Déception, ou Trompeuse, à une baie par latitude N. 46° ,0' et par longitude E. 235° 34'. Meares prétend que la rivière Saint- Roch qui est indiquée sur les cartes espagnoles , n'existe pas. 1 Continuant sa route le long dé la cote , il découvrit une grande baie, dont l'embouchure était entièrement fermée par un banc de sable, et qu'il appèlapour cette raison Quick Sand, ou Sable mouvant. 11 donua h un cap voisin le nom de Gren- • ville , et à un autre, qui s'avance à une grande distance vers le sud, par latitude N. 45° 3o7et par longitude E. 235° 5o'. celui de Cape Look Out. Il appela les trois frères, trois rochers remarquables , éloignés l'un de l'autre d'environ un

(1) Meare's Introductory voyage, etc.

El L AMÉRIQUE. 23

quart de mille, et dont celui du milieu avait une arche pratiquée dans le centre. Meares s'assura qu'il n'existait aucune ouverture entre le cap et la baie de Quick Sand. « J'avais acquis, dit- il, une connaissance assez étendue de la côte d'Amérique, depuis l'entrée du Roi Georges jusqu'au cap Look Out, c'est-à-dire depuis les 45° 3;1 de latitude N. jusqu'au 49* Non-seulement j'avais reconnu toutes les parties dont le mauvais teins avait empêché le capitaine Gook d'approcher, mais encore nous nous étions positivement assurés de l'existence des détroits de Jean de Fuca , qui réclamait une nouvelle attention; toutefois la saison était trop avancée, et il fallait revenir à l'entrée du Roi Georges, avant les vents d'équinoxe, qui soufflent ordinairement avec violence dans ces parages, du io au i5 septembre. D'ailleurs, il était convenu que, le 20 septembre, un des navires partirait pour la Chine. Ajoutez qu'il restait un sentiment de crainte sur le sort du détachement qu'on avait laissé à Nutka. » Toutes ces raisons déterminèrent Meares à retourner vers le nord.

Le 10 juillet, il découvrit la terre élevée, qui forme la côte orientale des détroits de Jean de Fuca , et le cap le plus' oriental de la grande entrée, qui se trouve près du port de Cox , et auquel il donna le nom de Beal.

Le 1 1 ,»il arriva à un port spacieux , commode, et à l'abri de tous les vents, dans lequel il jeta l'ancre. Des naturels, qui descendaient d'un village situé an sommet d'une haute montagne Y lui apportèrent du poisson , des oignons et des graines. Il donna à ce port le nom d' Effingham r, en l'honneur du lord de ce nom. Pendant le séjour que Meares y fit, il reçut la visite d'un grand nombre d'Indiens qui habitaient trele port de Gox et l'île de Tatotootche ; mais aucun de ceux

qui résidaient dans la partie haute du détroit ne s'y présentè- L Le 2i , il remit à la mer, et le 26 suivant , il mouilla

dans l'anse des Amis. Le 8 août , il en partît pour le port de Gox, où il arriva le 10, et trouva le navire, la Princesse Royale, aux ordres du capitaine Duncan , qui venait d'y relâcher. L'Iphigénie y rentra peu après. Elle avait côtoyé depuis la rivière de Gook jusqu'à l'entrée du Roi Georges, et rapporta, dit Meares v les preuves les plus incontestables de l'existence du grand archipel septentrional.

Le 20 septembre , on lança le Ier. navire qui eut été construit dans cette partie dn monde. Il reçut le nom de côte du nord-ouest de V Amérique. • •

Meares envoya son premier officier dans la chaloupe pour reconnaître le détroit de Jean de Fuca , et se procurer des renseignements sur les naturels de la baie de Shoal-Water. Apr.es avoir côtoyé l'espace de 3o lieues, il fut attaqué par des Indiens, et forcé à la suite d'une action très- vive, de retourner sur ses pas , emmenant avec lui plusieurs des siens qui avaient été blessés par des flèches bardelées , ou à coups de massues et de pierres. Les Indiens avaient engagé le combat dans deux canots, contenant chacun de 4.0 à 5o hommes ; il en était arrivé ensuite plusieurs autres , et le rivage était couvert de guerriers qui lançaient des pierres et des flèches. Dans l'endroit où s'arrêta la chaloupe , le détroit pouvait avoir quinze lieues de largeur ce qui fit croire qu'il pouvait bien approcher de la baie d'Hudson.

Meares prétend que le navire américain le Washington , aux ordres du capitaine Grey , avait franchi ce détroit , qui communique à ses deux extrémités avec l'Océan pacifique, et embrasse une grande partie du continent. Il a même tracé la route qu'a suivie ce navire dans cette mer intérieure. Néanmoins , il est bien certain que Grey n'a pas trouvé l'extrémité de ce passage.

Meares a recueilli des renseignements importants sur la partie de cette côte qui est située entre les 4-5° çt 620 de latitude , et dont il avait acquis une connaissance particulière. D'après les observations astronomiques qu'il fit , elle devait s'étendre entre les 2o5 et 287° de longitude E. deGreenwich. « Tout le pays, dit -il, qui communique aux baies d'Hudson et de Baffin, n'a pas encore été visité, et on ignore si ce vaste espace est occupé par des terres ou par la mer. »

Quant à la température , il remarque que le thermomètre se tenait souvent, au milieu de l'été, a 70% et que le soir, il descendait rarement au-dessous de 4o°. L'hiver y dure depuis le mois de novembre jusqu'au mois de mars , et pendant cet intervalle, la terre est couverte de neige. Meares n'a découvert aucun fleuve dont l'étendue mérite d'être citée. Il estime la population indigène de l'entrée du Roi Georges , A 3 ou 4,ooo habitants. Le capitaine Cook avait évalué celle du voisinage de Nutka à environ 2,0005 mais Meares fait observer qu'il s'y trouve deux villages qui peuvent contenir chacun i,5oo habitants, outre les quatre situés au nord de cette entrée , qui en renferment chacun 1 ,800 ; il en résulterait que Macuina , chef de cet endroit, comptait environ 10,000 sujets. Il évalue à 4,000 le nombre des sujets de Wicananish* qui rési-

lient au port de Cox; à i>?ooo ceux qui habitent au S. de ce port, jusques et y compris celui d Ellingham , et à 7,000 h population des autres villages situés le long de la coteseplentnonale, jusqu'à l'entrée du détroit de Jtuca , où unissent les Etats de AViçananisli et commencent ceux du dernier chet du territoire de Nutka , nomme Talooiehe.

Le capitaine Douglas . ^un côté'J, Reconnut la racle qui porte le nom de Meures, ittlé pst *Hnê* par latitude nord 55° sur le bord septentrional du détroit qui sépare les îles de la Reine-Cliarlotte du continent , et qui n'a pas plus de vingt lieues de large. Ce fut, dit-on, ce voyageur qui , le premier, franchit ce détroit (i).

1787-1 791 . Expédition du capitaine Joseph ÊjÉnff dont le Lut était défaire des découvertes à l'Est cl auront du Continent de l'Amérique, conformément aux instructions au il fe eut de Catherine TI, impératrice de Russie, en 1785. feilUçes' Anglaisde nation, avait accompagne lecapilaine Cook dans son dernier voyage , et avait été chargé . avec Bayly \ de faire les observations astronomiques. « Le but principal de celle ex pédition; portent ses instructions, était de déterminer la longitude et la latitude de l'embouchure de la Kolymà, de décrire la situation du grand promontoire des Tchontskis ? jusqu'au cap Est, de tracer une carte exacte des îles de l'Océan 01 iental jusque sur les côtes américaines , en un mot de perfecimnnêr les connaissances, qu'on avait acquises sous le glorieux règne de Catherine II, des mers situées entre la Sibérie et le continent de l'Amérique. »

Billings partit pour la Sibérie , au mois d'octobre 1 *Ç j et se rendit à Kolyma. Mais les navires qu'on v construit'

— -7 — — w » ~« * »wuuvm oavaui processeur ae fe

nom, qui avait rédigé les instructions des naturalistes de l'expédition. Le second navire fut placé sous les ordres du capitaine-lieutenant [Çarétffief, Ils firent, voile de Kolym » le a4 juin, dans la direction de la-mer Glaciale , poussèrent jusqu'à cinq lieues au delà du cap fiarannoi-Kainen uai lat .N.69»33', et long. iG8° 5/,'E. de Creenwich, après qL

ai y.ir

(1) Forages made in ihe y cars' 1788 and 1789//^ CtioMto thtf nortli xvesl cou.l of America ele. London, m-i4° 01790,. (j :

LiO CEEOIfOLOGlB HISTORIQUE

ils retournèrent à la Kovima , dont ils remontèrent le cours jusqu'à Yakiltsk, ou ils arrivèrent le 22 octobre.

Billings rencontra dans cette ville M. John Ledyard, un des compagnons du capitaine Cook , qui venait d'y arriver , après avoir traversé à pied tout l'Ancien-Continent. Il se proposait de parcourir de même le Nouveau, et, comme Billings devait visiter la cote de l'Amérique, il se disposait à l'y accompagner , lorsqu'il fut arrêté comme espion français et envoyé à Moscou.

On construisit deux bâtiments à Ocliotsk , pour l'expédition américaine ; mais , au sortir du port, au mois de septembre 1789, il en périt un, et Billings fit voile avec ses débris pour la Slava-Rossie , dans le Kamtsliatka , à l'effet d'en construire un autre. Le ier. octobre , il relâcha au port de Saint- Pierre et de Saint -Paul, et y passa l'hiver, en attendant que le second navire fût prêt à tenir la mer.

Au commencement du mois de mars 1790, ce capitaine reçut ordre d'aller protéger le commerce des pelleteries que fesaient les Russes dans les mers du Kamtsliatka et sur la côte N.-O. de l'Amérique , contre la corvette suédoise le Mercure, qui y avait été envoyée pour le détruire. En conséquence , il partit de la baie d'Avatsha , le 9 du même mois, à bord de la Slava-Rossie , qui était montée de seize canons de bronze , avec l'intention d'aller visiter les îles au sud d'Alaksa , sur la côte N.-O. de l'Amérique.

Le ilk , il aperçut l'île d'Aintshitka , située par lat. N. 5i° iS' et long. E. 1790 25' , et dont les montagnes étaient couvertes de neige. Le ier. juin , il aborda à celle d'Oonalasbka , par lat. N. 52° 5i' et long. E. 1920 41' ? ou ^ rencontra des chasseurs russes qui le conduisirent à une baie nommée Bobrovoi Guba, ou baie des Loutres, dans laquelle il prit terre. Le capitaine Saretshef s'occupa à faire le relevé de la côte , et Billings recueillit tous les renseignements qu'il put trouver sur les mœurs et les usages des habitants. Les insulaires d'Alaksa et des îles adjacentes s'appellent Kagataiakungn , ou gens de l'Orient, et ceux de l'île d'Ooné-Agun , que les Russes nomment Tshetlierre - Soposhnoi , Akohgiin. Ces peuples sont d'une taille au-dessous de la moyenne , ont le teint brun, le visage rond, le nez petit, et les yeux noirs. Ils ont peu de barbe au menton , mais beaucoup sur la lèvre supérieure. Ils se percent l'inférieure , ainsi que le cartilage qui sépare les narines , pour y passer de petits os , et d'autres ornements en verroterie. Les femmes

• DH L AMKRrQUE. 2]

avaient autrefois l'habitude de se tatouer. Ces insulaires taient d'abord des peaux de loutres de mer, mais ils ont cessé de s'en couvrir depuis qu'elles sont devenues d'un si grand prix , et ne se servent aujourd'hui que de peaux d'ôtirs de trier ou de quelque autre amphibie peu recherché, dont ils portent le poil en dehors. Les hommes de Sitkanah ont des camisoles de peaux d'oiseaux. 1 mi^m-

Billings détermina la latitude de l'île d'Oonalashkà à 33tt 56' de latitude N. et à 194° 20' de long. E. Lë t& juin , il en nartij; , et rangea celles d'Oonimak et de Sannach , qui étaient habitées par quelques familles Aléoutes. Cook avait donnée cette dernière le nom de Halibut's lsland où île'tle la Plie. ^ Billings reconnut ensuite un grand nombre d'îles^ môins considérables , qui forment le groupe , connu sous té nom de Shumagin , ainsi appelé du matelot de Behring qui lés découvrit le premier. La plus remarquable est celle que lès indigènes nomment Animok, et les Russes Qtënol, étqut est située à environ dix lieues d'Alaksa , par lat.>W. 54° 44% et long. E. 198°. Il visita encore des fies élevées et stériles , qui s'étendent à quinte .ou seize lieues au S. d'Alaksa , et soixante lieues environ de l'E. à l'O. Leurs parages sont fréquentés par les chasseurs à cause de la quantité de baleines et de phoques cjui s'y trouvent.

Le 1 S juin , il examina un autre groupe d'iles auxquelles les Russes ont donné le nom d'Evdokeef. La plus grande s'appelle Simedan. Le 27 , il découvrit les hautes montagnes de l'île de £adiak et les îles basses de Toogedach et de Sichtrlnach, qui sont , indiquées sur la carte du capitaine Cook , sous le nom d'îles de ta Trinité,

Billings relâcha à Kadiak , et s'y arrêta jusqu'au G juillet , a prendre des renseignements sur cette île et sur celles du groupe dont elle fait partie: La population était d'environ treize cents hommes, douze cents jeunes jurons . et à peuprèslememe sombre de femmes. Ils possédaient plus de six cents doubles baidars ou bateaux , montés chacun de deux ou trois individus. Les chasseurs étaient répartis en six détachements aux ordres d'autant de conducteurs russes qui avaientle titre de Percdqfschik. Les Russes retenaient en otages deux cents lilles des principaux habitants pour répondre de l'obéissance du reste de la nation. Yefstnat lvanitsh Delareff, Greo de nation, qui dirigeait l'établissement de ShelikofF, avait fondé une école pour enseigner aux enfants du pays à lire et à écrire la langue rosse. L'établissement se composait de cinq maisons bâties à

la, manière des Russes, et habitées par une cinquantaine de personnes de cette nation . Elles avaient quatre vaches et douze chevaux, et cultivaient fies pommes de terre et des choux. Les habitations des naturels étaient en partie souterraines , et elles avaieuf Mue porte, du côte du levant,, qui se fermait avec des peau y tic veaux marins. Auceu tre se trouvai t le foyer, et immédiatement au-dessus il y a une ouverture au toit pour laisser échapper La fumée. Ils ressemblent, quant aux mœurs et aux poiJtuMH.'s ;., aux Oonalahkans.

Jhlliugs explora ensuite les côtes E. et S.-E. de l'île de Kadiak , et le 8 juillet, il alla toucher à celle d* Afognak , qui ii est qu'à sept milles de distance de la pointe septentrionale de -Kadiak. L'intérieur en est couvert de bois, et les Piusses y ont une factorerie. A xleux milles plus au N. , se trouve celle de Shuyuclt, qui a environ quatre milles de longueur, et dont le cap septentrional portait le nom de Pointe de Banks. Le 1 1 , il arriva à une rivière, que les chasseurs appellent f-edenaia-Reka s, ou rivière glacée, parce qu'elle est continuellement gelée. Le 19 , il pénétra dans le canal du Prince William , et jeta l'ancre près de l'endroit où le capitaine Look avait mouillé en 1778. Il observa que les indigènes avaient les moines coutumes et parlaient presque le même idiome que ceux de Kadiak.

Le but principal de cette expédition était de reconnaître exactement la rivière de Cook , et toutes les parties de la côte au sud de ce point ; d'examiner la chaîne d'îles qui s'étend entre l'Amérique et le Kamtshatka et de déterminée par des observations astronomiques leur véritable position. Il fallait, pour exécuter cet objet, y consacrer l'été et l'hiver tout entiers , et passer l'été suivant à faire le relevé de la partie septentrionale de la côte; mais il restait peu de provisions, la saison était fort avancée , et il eût fallu un autre navire pour naviguer avec quelque sécurité dans des mers où aucune île, excepté celle d'Oonalashka , ne se trouvait indiquée avec exactitude sur les cartes. Toutes ces considérations décidèrent Billings à retourner au Kamtshatka.

Le 3o juillet, il partit de l'île de Montagne Tsukli, et le lendemain , il s'assura que l'île de Kay, dont la pointe méridionale forme le cap Elie du Commodore Behring , était détachée du continent. Là , le scorbut se manifesta parmi l'équipage, et il alla relâcher, le ifv octobre, au port de Saint-Pierre et de Saint-Paul.

Pribuloif , devenu l'un des maîtres d'équipage , fit voile

pour Oonalashka. Le lendemain de son départ de cette île , il tk'oou vrit celle à laquelle il donna le nom de Saint- Georges M SaéattPaul i et qui servant de retraite à d'immenses troupeaux jle phoques. Sur ces entrefaites , la corvette suédoise wtra dans la |)aie d\Udagha; Pribuloff se rendit à son hord»tet^fB^parùitement aecu«illi. \ rî

Âtf iri^is.d'a^fVtt1! 791 . le enpitàine Hall vécut le commandemèrrt ^cPon navire -"qu'on venait de construire au port de Saint-Piërrè et de Saint-Paul. Jl lui frit enjoint cje se rendre a llle de Behring ou à celle d'&onalasfika ; toutefois , le bâtiment n'étant pas en état dé tenir la'mer avant lé 8. mai , et Billihgs qui était arrivé a Oonalashka , le 24 juin , n'y trouvant pas le capitaine Hall , renonça auprojet qu'il avait formé de visiter de nouveau la partie de la côte d'Amérique , qui s'étend au sud de la rivière de Cook. Il alla néanmoins toucher a cette côte , dont il donna une description i et de la 1 ut [a baie dé Saint-Laurent , qui est située sur la shutsKi , au sud du détroit d^ehring/et où il àrrîita'le^aoûHO.

Premier voyage d'Alexandre Mackenzie a travers le Continent américain, en 1789. Çe voyageur, agent de la compagnie des fourrures du Nord-Ouest, partit dans des, canots, le 3 juin 1 789 , du port de Ciiepewcyan , sur le lac des Cplr lines , par 58° 4o' de latitude Nord, et 1 io° $0 de lpngitude O. de ureenwicli, avec quatre Canadiens, un Allemand , un "en , deux Canadiennes et deux Indiennes. L'Indien ,

nommé le chef anglais , avait accompagné Hearne , lors de son voyage à la rivière de la Mine de Cuivre.

\Lu kenzie descendit la rivière de la Paix ou de l'Esclave , jusqu'au lac du oie me nom, par lat. N. 61 P , où il arriva le 9 , et qu'il trouva entièrement couvert de .glace. Il y lit provision de poisson . de gibier et de baies. ; Le 21 , il' tua cinq rennes sur une île qu'il appela pour cette raison île de Garrebtàiif. Une autre île où il laissa deux sacs remplis de pemican ou de poisson sécbé. au soleil et pilé pour le retour , reçut celui d'île à la, Cache, Le 2$ , l'expédition prit terre > par 6a° s4' de lat. N. , en un endroit où il y avait trois habi-

(1) Sauer's (Mart. ) Àecout of a eeographical aad astronomie cal expédition to the Northern parts of Russia , bf commodore J. Billings. London , 1802, in-4°.

3o CHRONOLOGIE HISTORIQUE

tations d'Indiens Red-Knife ou Couteaux rouges , qui sont ainsi appelés des couteaux de cuivre dont ils font usage. On leur acheta huit paquets de peaux de castor et de martre et un grand canot , et un des naturels offrit de servir de guide à Mackenzie pour découvrir la rivière qu'il se proposait de remonter. Il y arriva le 29. Le lendemain , il passa devant l'embouchure de la rivière de Horn Mountain, qui descend des mont*gne.^Li même nom. Le Ier. juillet, étant entré dans son lit , il trouva que sa largeur n'était plus que d'un demi-mille. Le courant en était rapide, et les bords couverts de glace. Il aborda à une île où il remarqua les pieux de quatre habitations , qu'il supposa avoir été construites par les Esquimaux, dans leurs excursions guerrières, six ou sept ans auparavant. Il reconnut l'embouchure delà rivière de la Montagne, qui s'y jette du sud, et qui a environ un demimille de large. A environ six milles au-dessus, il atteignit le confluent d'une autre rivière , et découvrit au loin les montagnes du midi. Il y remarqua les vestiges de deux camps que les Indiens y avaient eus l'année précédente, et il jugea à la manière que le bois était coupé, qu'il ne l'avait pas été avec des instruments en fer. Le 5 juillet , il rencontra cinq familles, composées de vingt-cinq à trente individus, de deux tribus différentes ( les Indiens Esclaves , et Dog-Rib ou à côtes de chien) qui s'enfuirent à l'approche de l'expédition. Toutefois , les guides Chipeweyans , dont ils comprenaient le langage, leur persuadèrent de retourner sur leurs pas et d'accepter quelques présents. Ils répondirent aux questions qu'on leur adressa sur le cours de la rivière, qu'il fau-» drait plusieurs hivers pour arriver à la mer j que le pays intermédiaire était peuplé de monstres affreux , qu'il y avait deux chûtes dans la rivière , qui en rendaient la navigation impraticable, et qu'enfin la vieillesse surprendrait les voyageurs avant leur retour. A force de présents , on en détermina un à suivre l'expédition, qui continua à remonter la rivière du lac du Grand Ours , laquelle était profonde et large de près de trois cents pieds. Le 6, Mackenzie reconnut l'extrémité des Montagnes Neigeuses , et découvrit une rivière qui coulait de l'ouest. Le 7 , il arriva à un camp indien composé de dix-huit personnes , qui toutes s'enfuirent à l'exception d'un vieillard et d'une vieille femme. Le premier dit qu'il était trop âgé et méprisait trop la vie pour fuir le danger. Cependant, à ses instances, les autres revinrent au camp , acceptèrent quelques présents et donnèrent en retour du

Uigitizcd by

DB l'amÉRÎQTJÉ. 3l

poisson bien bouilli , et quatre canots montés chacun par un homme , qui devait indiquer à l'expédition la route à tenir pour passer les rapides de la rivière dans un endroit où sou lit est encaissé sur une longueur de trois milles par des rocLers blanchâtres, et taillés à pic. La rivière pouvait avoir neuf cents pieds de largeur et cinquante brasses de profondeur. A l'embouchure de deux autres affluents , il rencontra six familles d'environ trente-cinq personnes , qui lui fournirent une grande quantité d'excellent poisson. Elles accepté- * rent des présents et suivirent l'expédition dans quinze canots. A trois milles plus au nord , il trouva un camp de trois familles de vingt-deux individus , sur le bord d'une rivière qui coule de l'est. Il en reçut des lièvres et des perdrix en échange d'objets de peu de valeur. Un jeune homme , esclave parmi ces Indiens , se fit mieux comprendre qu'aucun autre des naturels qu'on eut rencontrés jusqu'alors. Mackenzieprit terre de nouveau en un endroit où il y avait deux familles qui lui offrirent quatre douzaines de lièvres. Le 8, il aborda encore, et trouva deux cabanes habitées par neuf personnes , et , à quelque distance de là , plusieurs autres appartenant à des Indiens Lièvres, qui sont ainsi appelés de ce qu'ils se nourrissent principalement de la chair de ces animaux et de poisson. Le 9 , il rencontra quinze autres naturels , qui paraissaient plus robustes et plus propres que ne le sonten général les habitants de cette contrée, et qui fesaient usage de morceaux de fer qu'ils avaient achetés aux Esquimaux , leurs voisins , en guise de couteaux. Plus loin , il rencontra cinq autres familles , qui firent mine de vouloir résister , mais qu'il parvint à apaiser par des présents. Ils appartenaient à la tribu des Deguthee Denees ou Querelleurs, qui résidait par le G70 £7' de latitude. Notre voyageur ayant appris de ces Indiens que la mer n'était pas fort éloignée du côté de l'Est et de celui de l'Ouest , se mit en route pour la reconnaître. Il passa auprès de trois camps, où la rivière commençait à s'élargir et à couler par différents canaux , entre des îles basses couvertes de peupliers rabougris. Le 1 2 juillet , il parvint à un lac j situé par 690 1' de latitude, et à quinze milles plus loin , à une île , d'où il aperçut des masses énormes de glaces qui s'étendaient du S.-O. à rE , et vers le sud-ouest , une chaîne de montagnes à 20 lieues plus au nord. A l'E. il distingua plusieurs îles. Le 1 4 , il établit son camp sur une île qu'il nomma lu Baleine , à cause du grand nombre de ces amphibies qu'il remarqua sous le 6g° i4' de latitude , et long.

3a CHRONOLOGIE HÏ^OBIQUE

0. 1 35° , après quoi il retourna sur ses pas , sans s être assuré que ce fut véritablement la mer qu'il avait vue (i). Il arriva au fort de Ghipeweyan , le 12 septembre 17S9.

. Deuxième voyage d'Alexandre Mackenzie a travers la partie iV.-O. du Continent américain , eh 1793. Mackenzie

Sartit de nouveau du fort de Chepeweyan , le 10 octobre 1792. | remonta la rivière dlmjigah ou de la Paix1, jusqoa un fort ou établissement anglais, situé par 56° 9 de latitudèriord , et par 117* 35' de longitude ouest, où il séjourna jusqu'à*. 9 mai 1793. Ayant expédié de là six canots chargés de vivres et de fourrures au font de Ghipeweyan, il partit pour son iwuyeau voyage , dans un canot de vingt-cinq pieds de longueur et de quatre pieds neuf pouces de quille, portant dix hommes d'équipage , des provisions , des objets destinés à être donnes en présents, aux naturels , dés armes , des munitions et un bagage pesant trois milliers.

; . Le 11 juin, il arriva à Un lac d'environ deux milles de longueur et situé par latitude nôrd 5£° 2//, et longitude 0. 1 2 1 0 de <*reemvich , où il iugea que la rivière de la Paix avait sa source la plus élevée et la plus méridionale. Avant franchi les montagnes, il descendit le cours delà Tacoutche^ Tesse{2),

2u'il prit pour la Columbia j jusqu'au 52° 3o' de latitude nord. »é là, il revint sur ses pas l'espace d'environ soixante-dix railles j et traversa le pays jusqu'à la rivière du Saumon qu'il suivit , durant le mois de juillet , jusqu'à son embouchure dans l'Océan Pacifique, par latitude N. 5 2% après quoi, il se remit en route pour le fort dé Chipeweyan, où il arriva le 24 août , après une absence de onze mois. '

Dans ces deux expéditions, Mackenzie explora l'immense cbntrée, arrosée par la rivière qui porte son nom , et dont le cours a plus de deux mille milles de longueur. Elle sort du

(1) Macke«2ie dit que « ses gens montrèrent beaucoup de regret d'être obligés de s'en retourner sans avoir atteint la mer; » et néanmoins sur le titre de son voyage et sur la carte qui l'accompagne, il voudrait faire croire qu'il est allé jusqu'à l'Océan. Il est probable au'à la vue de la baleine blanche (delphinus leucasj,

Soi remonte les tleuves jusqu'à' une certaine distance de la mer, se sera cru sur ses bords.

Mackenzie, Voyages frx>m Montréal , etc. , in-£°. London , (2) La Tacoutche-Tessc se jette dans une baie appelée golfe de

de l'Amérique. 33

petit lac ci-dessus , par latitude N. 54° a4' , près d'une des sources de la Columbia , où elle porte le nom de rivière de la Paix ou d'Imjigah , et coule d'abord l'espace de cent quatre-vingts milles dans la direction du nord , puis deux cent quatre-vingts dans celle de l'est , où elle reçoit son affluent oriental , ensuite cent quarante , dans celle du nord , jusqu'au 570 4°' » et de là deux cent cinquante milles N.-E. jusqu'à l'Athapescow ou rivière de 1 Elan, à laquelle elle se réunit par 5q° de latitude nord , et par longitude 0. m0 20'. Cette dernière qui prend sa source sous le 54° de latitude et le 11 70 de long. 0. , a d'abord un cours N.-E. décent quatrevingts milles , pendant lequel elle reçoit les eaux du petit lac de C Esclave , après quoi elle coule quatre-vingts lieues dans la direction de ITE. , cent dix dans celle du N. , quarante encore dans celle de l'E, et après s'être jointe à la rivière du Pélican y elle prend son cours vers le nord l'espace de cent quarante milles, traverse le lac des Collines, et, à vingt milles plus loin , opère sa jonction avec la rivière de la Paix. A partir de ce point , leurs eaux réunies portent le nom de rivière de l'Esclave jusqu'au lac l'Esclave dans lequel elle se jette après un cours de deux cent vingt milles. Au sortir de ce dernier , elle prend le nom de Mackenzie , coule cent soixante-dix milles vers le N.-O. , cent quatre-vingt-treize vers le N. jusqu'à la rivière du Grand Ours , où elle prend son cours vers le N.-O. l'espace de quatre cent vingt-deux milles , jusqu'à son embouchure dans l'Océan Arctique , par 700 de latitude N. et i35° de longitude O. de Greenwich.

Le cours de la rivière de la Paix , à travers les montagnes Rocky , est d'environ trois cents milles , et durant toute cette distance elle conserve une largeur moyenne de deux mille pieds. Au-dessous de son confluent avec l'Athapescow , où le courant en devient très-rapide , elle a plus d'un mille de large. Le lac du Grand Ours , dont elle reçoit les eaux par la rivière du même nom , a de soixante-dix à quatre-vingts milles delongueur, et celui d'Athapescow, situépar 5<)0delat. N. et long. 0. 1 io°, a cent milles de long sur dix à trente de large.

Tout le pays , compris entre le lac des Collines et la rivière de la Paix , est si bas , que , dans certaines saisons , il y a entre leurs eaux un flux et un reflux périodiques.

Les nations indiennes qui peuplent la contrée à l'O. des monts Rocky , à partir du lac de l'Esclave , sont \esStrongbow- Mountains s et les Hares ou lièvres , et celles du côté opposé,

les Beavers ou castors, les Inlanù ou intérieurs , les Nathan as

et les Querelleurs (i).

Expédition de don Francisco Élisa en 1 790. Le vice-roi de la Nouvelles-Espagne s'occupa de former un établissement à Nulka, suivant les ordres qu'il avait reçus de sa cour. Il fit préparer à cet effet la frégate la Contrition, le paquebot Argonatita et la balandrc la Princes a qu il pourvut abondamment d'armes , de munitions et de provisions, et sur lesquels il embarqua les troupes destinées à garder la nouvelle colonie et à secourir les présidios de l'Ancienne et de la Nouvelle- Californie. Don Francisco Elisa, nommé commandant de l'expédition et de l'établissement , mit à la voile de San Blas , le 3 février 1790 , et entra dans le port de Nutka , le 4 mars suivant. Il travailla sur-le-champ à mettre ce lieu en état de défense , et envoya le capitaine don Salvador Fidalgo reconnaître la côte vers le sud depuis le 60e degré (2).

Découvertes de don Salvador Fidalgo. Fidalgo fit voile , ïe 4 mai 1790 , à bord du paquebot San Carlos , et arriva, le 23 , à l'enlrce du détroit du Prince Guillaume [Prince TVil- Kam's Sound)' Il y pénétra par le port de Santiago. De là , se dirigeant vers le nord , et passant par l'île de la Magdalena, $î reconnut toute la partie orientale de cette vaste baie , où U découvrit quelques golfes qui lui servirent d'abri contre le mauvais tems qu il y éprouva , particulièrement à la lat. de 6o° 4°*, et au 35° 55' de long, occidentale de San Lucas. Il y séjourna depuis le 26 mai jusqu'au 9 juin , et dans cet intervalle il reconnut , dans des barques , les entrées voisines et les canaux qui y débouchent dans la mer. Il prit possession de cette côte et donna le nom de Menehdez à Ventrée où il toucha. Il se rendit ensuite à un port pour prendre de Veau et du bois , et expédia sa chaloupe pour achever la reconnaissance du golfe du Prince Guillaume. Cette expédition fut secondée par les Indiens qui y coopérèrent avec confiance et bonne foi : à f'entrée d'un port * sous 1* lat. de 6o° 54* , on entendit le bruit épouvantable d'iui Volcan , et en s'avançant dans l'intérieur , on vit une plaine

(1) Voyage from Montréal , on the river Saint-Laurence , thrpug/k the continent 0/ NoriK America to the Frozeri and Pacific Océans ; ht the years 1789 and 1793, etc.; by Mèïander Mackenzie, in«4*., V' Z*ndotl', l8oi.

, fa} mage hecho por tas goletas Sutit y Mexicana. introd/> p. 109-112.

couverte de neige provenant des monceaux qui entouraient l'o* rince du volcan, et qui avaient été lancés à une hauteur considérable. La crainte du danger empêcha Fidalgo d'examiner plus particulièrement ce phénomène. Ce capitaine se rendit ensuite à une des îles voisines , où il fut accueilli amicalement par les naturels. A son retour , il passa par uu canal , et donna des noms à toutes les pointes principales de l'entrée qu'il avait découverte. On donna le nom de Revillagigerio , en l'honneur du vice-roi du Mexique , à l'entrée on est situé ce volcan 5 celui de Del Condê , à Vîte qui se trouve à son embouchure 3 et celui de Fidalgo , au volcan. On appela V aidez , l'extrémité septentrionale du golfe du Prince Guillaume, et Mazarredo, un autre port qui se trouve plus au sud, sur la côte orientale. Le journal de Fidalgo contient une exacte description du pays , de ses productions naturelles, de la condition, des qualités de ses habitants , et des établissements formés par les Russes. Les écrivains de cettenation prétendent que l'établissement de la rivière de Cook date de 1 787, et que tous les autres dépendent de la compagnie de commerce de Pétersbourg.

Fidalgo «'étant acquitté de sa commission mit à la voile le 2i juin , dans ledesseinde reconnaître la côteS.-O. , mais les tempêtes , les calmes et les brumes épaisses qu'il éprouva le forcèrent à re>ograder vers l'île de Montagne. Le 4 juillet , il monta dans un canot conduit pas des Indiens , et alla visiter l'établissement russe sur la rivière de Cook. Le chef de cet établissement lui fit un très-bon accueil , et lui fournit les secours dont il avait besoin. Le jour suivant , Fidalgo entra dans un port bien abrité qu'il nomma le Revillagigedo (i), et d'où il expédia sa chaloupe pour reconnaître le cap Elisabeth au'il avait pris pour une île. Il trouva aussi du côté du N. un bon port dans la lat. de 5p,° 12'. C'était probablement le même que Arteaga avait nommé, en 1779, port de Régla. Fidalgo continuait à explorer l'intérieur de la rivière, lorsque ,1e 20 juillet, il apprit l'arrivée d'une frégate russe qui était partie d'Ochosky au mois de mai , ayant à bord des astronomes pour déterminer la véritable situation des îles et côtes voisines du cap Saint-Élia's. Fidalgo, après avoir fait des observations importantes à l'entrée du Prince Guillaume , en partit le 8 août, et arriva, le i5 suivant, au cap de Dos-Cabezas, où il aborda. Il visita rétablissement russe ,

( 1) Dans la partie orientale de la rivière de Cook.

36 , CHBONOJLOGIB HISTORIQUE

et se procura des renseignements intéressants sur 1 industrie , le commerce , la pèche des individus de cette nation , sur leurs rapports avec les naturels du pays , et sur les moyens qu'ils emploient pour les civiliser. Il en partit le 17, pour reconnaître la côte vers TEst , mais des vents contraires et le manque de provisions le contraignirent de faire voile pour le port de Monterey, où il entra le i5 septembre. De là , il passa au département de San Blas , où il arriva le ^novembre , avec la satisfaction d'avoir fait un voyage très-utile, à raison des connaissances hydrographiques qu'il avait acquises sur ces côtes (i).

L'arrestation des Anglais qui s'étaient rendus à Nutka , pour y établir une colonie, par le capitaine Don Martinez , et la prise de possession de ce port au nom du roi d'Espagne, donnèrent lieu à des démêlés entre ces deux gouvernements qui se fussent terminés par une guerre, si la cour de France ne fût intervenue à tems pour l'empêcher (2).

1 790. Déclaration et contre déclaration concernant? occupation de la baie de Nutka, signées et échangées le 24. juillet 1 790, par l'ambassadeur de S. M, Britannique, et par le secrétaire d'Etat de S. M. Catholique, S. M. C. disposée à donner satisfaction à S. M. B. pour l'injure dont elle s'est

Cainte, s'engage à faire restitution entière de tous les vaisseaux itan niques , qui ont été capturés à Nutka , et à indemniser les parties intéressées dans ces vaisseaux, des pertes qu'elles auraient essuyées, aussitôt que le montant en aura pu être estimé. Mais, ni cette déclaration , ni l'acceptation ne doit exclure ni préjudiciel- en rien aux droits que S. M. C. pourra prétendre sur tout établissement que ses sujets pourraient avoir formé , ou voudraient former à l'avenir , dans ladite baie de Nutka (3). * • 1

1 790. — 1 79 1 . Voyage autour du monde, par le capitaine français Etienne Marchand, à bord du navire, le Solide, avec im état-major de 1 1 hommes et un équipage de 3q. Ce capitaine, revenant du Bengale, en 1788, toucha à l'île de Sainte-Hélène, où il rencontra le capitaine anglais Portlock,

(1) Viage hecho por las goletas Sutil y Mexicana. Introd. , p. 109-1 12.

(2) The Spanish mémorial 0/ 4 th. June considered by Alex. Dalrymple. London , 1790 , iu-8°.

(5) Marteus, Recueil de traités de paix , vol. IU, p. 166.

DE l'Amérique. 3y

qui lui fournit des renseignements sur le commerce de la côte du nord-ouest. Marchand les ayant communiqués à une maison de commerce de Marseille, elle l'engagea à entreprendre le voyage autour du monde qui a fait connaître la véritable position de beaucoup de lieux, et a jeté un jour nouveau sur une partie delà côte occidentale de l'Amérique. Le 7 août 1 791, il arriva sur cette côte près du cap Engano ou Edgecumbe, appelé par les naturels Tchinktâné, et qui est situé par latitude N. 570 4' et Pal' longitude O. i38° i5; de Paris, et le 12, il entra dans la baie du même nom (1), où il se procura une grande quantité de fourrures (2).

Marchand a donné beaucoup de renseignements sur la baie de Tchinktânéet ses habitants. Le 21 août, il remit à la voile pour aller reconnaître les îles de la Reine-Cbarlotte, et leva le plan de Cloak-Bay , ou baie des Manteaux , et celui du canal de Cox. Il a aussi fourni une description des naturels qui habitent sur leurs bords.

Le 8 septembre , Marchand fît route pour la Chine (3).

Voyage du capitaine Georges Vancouver, commandant une expédition composée des deux navires la Dé couverte et le Chatharn, et de 100 hommes d'équipage , tant officiers que soldats. Le lieutenant IV illiam Robert Broughton, commandait le Chatharn*

L'expédition aux ordres deQindra.cn 1775, le long de la côte N.-O. de l'Amérique, donnant aux Espagnols des droits sur cette partie du continent, ils en usèrent au mois d'avril 1789, en s'emparant des navires et des factoreries que les anglais possédaient dans la baie de Nutka. Ceux-ci qui regardaient leurs établissements dans ces parages comme d'une grande importance, se disposaient à y envoyer un armement considérable, lorsqu'une convention, signée le 28 octobre 1790, détermina les droits des deux puissances sur cette côte.

(1) La baie de Guadalupa des Espagnols et celle de Norfolk de Dixon.

(2) En 1 792 , le commerce des fourrures entre la côte du Nord- Ouest et la Chine occupait 20 navires de différentes nations. (Vancouver, Voyage of Viscovery, tom. 111, p. 498. )

(3) Voyez tome Ier chap. 4 et 5 du Voyage autour du monde, pendant les années 1790, 1791 et 1792, par Etienne Marchand , précédé d'une introduction historique, etc., par C. P. Claret Flcurieu, 4 vol. in-4°. Paris , an VI-

38 cimoKOLOGiE histohîque

Par l'article i*r. « L'Espagne s'engageait à remettre à" l'Angleterre les bâtiments , districts et portions de terrain qui, au mois d'avril 1789? étaient occupés par S. M. B. , soit au port de Nutka ou de Saint - Laurent , soit au lieu appelé Port-Cox , situé à environ 16 lieues au sud du premier. »

Par l'article 5*. « L'entrée de tout établissement que l'une des deux puissances aurait formé depuis le mois d'avril 1 789 , ou pourrait former par la suite , soit dans les lieux qui doivent être rendus aux Sujets de la Grande-Bretagne par l'article i*r., soit dans toute autre partie de la côte N.-O. de l'Amérique ou des îles adjacentes, situées au N. de ladite côte, déjà occupées par l'Espagne , sera libre aux sujets des deux puissances contractantes, lesquels pourront s'y livrer au commerce sans obstacle ni empêchement. »

Dans les instructions données àVancouver, le 8 mars 1 791 ,il lui était recommandé de reconnaître exactement la communication par eau , qui pouvait exister entre la côte N.-O. et la partie de la côte orientale de l'Amérique du N. , qui était Labitée ou occupée par les sujets de S. M. B. , et de déterminer avec précision le nombre, l'étendue, la situation et l'époque des établissements de la formation dans ces limites par quelque nation européenne que ce fût.

Ce capitaine partit, le 1 er avril 1 791 , et prit la route du cap de Bonne- Espérance. Il relâcha, à Madère, le «5 du même mois ; le 8 mai , il perdit de vue les Canaries et se dirigeant vers le cap Horn, il entra dans l'Océan Pacifique. Après avoir reconnu les îles Sandwich , il aborda sur la côte de la Nouvelle Albion, le 17 avril 1792 , près du cap Mendocino, par le 4o° 19' de latitude et le 235° 53' de longitude E. deGreenwich. Continuant à longer la côte, il donnalenomde/îoc^-poz/i/, ou pointe des rochers, à la partie la plus saillante du rivage, qui s'étendait l'espace d'un mille dans la mer, sous le 4i 0 8* de latitude et le 236° 5' de longitude. Plus loin, sous le 4i° 46' i?2 de latitude, et le 235° 571 1/2 de longitude, il rencontra, le 25 avril, une pointe qu'il nomma Pointe Saint- Georges, et des rochers qu il appela rochers du dragon; et la baie formée parla pointe N. de Saint -Georges, reçut le nom dtbaie Saint- Georges. A quelque distance de là , sous le 1^2° 5a* de Jatitude et le 2^5° 35' de longitude , il découvrit un terrain bas , couvert de bois , qui s'avançait fort loin dans la mer, et qu'il nomma cap Orford. Des Indiens y vinrent trafiquer avec son équipage.

Sous le 43° a3' de latitude et le a350 5o* de longitude , il

DE L AMÉRIQUE. 3q

reconnut une pointe de terre qu'il conclut être le cap Gré^jry du capitaine Cook , ou le cap Blanco d'Àguilar , « si toutefois ; , dît-il , ce dernier a vu la terre dans cette partie de l'Amérique». Il doubla ensuite une autre pointe saillante, ou rocher escarpé et presque perpendiculaire , qu'il jugea étro le cap Perpétua, de Cook , et près duquel il cessa devoir cette partie de la terre. Il le place sous le 44° i 2' de latitude et le 236° 5' de longitude. 11 doubla peu après le cap Foui Wca+ therou Gros Tems, qui est une haute pointe escarpée, par le 44° 4o' de latitude et le a3(i° 4' de longitudes

Vancouver releva ensuite la partie de ia côèe qui avait déjà été reconnue par .M. Meares. Il place ïe cap Look Out sous le 4^° 3a' de latitude et le 236° i il de longitude; et le cap Dis appoint me ni de Meares , qui avait aussi nommé l'entrée située au sud de ce cap, Déception Bayy on baie de la Tromperie, par le 4G° 19' de latitude et le a3.6° G de longitude. Il passa ensuite la Pointe basse de Meares, et la baie de ShoalîVater, et continuant sa route vers le N. , il rencontra une autre pointe, par le 4y° 22' de latitude et le a35° 58' de longitude, qu'il appela Pointe Grenvi/ée, et , plus loin, l'île dà la Destruction , qui avait été ainsi nommée par M. Barclay, Cette île située sous le 47° 3'7 1 de latitude et le» zSofi 49y'<ie longitude, n'a environ qu'une lieue de circuit; c'était néanmoins la plus grande portion de terre détachée de la côte . qu'il eut observée jusqu'alors. Il renconlra dans le voisinage de cette île une ou deux pirogues. Il n'avait encore vu aucun habitant , ni rien qui indiquât que le pays fut peuplé sur toute cette côte, si l'on en excepte un endroit au S. du capOrford.

Vancouver croyait s être assuré que les grandes rivières et les vastes entrées , auxquelles on supposait une embouchure dans l'Océan Pacifique , entre le 4o° et le ^SP de. latitude N. n étaientque des ruisseaux où des vaisseaux ne pourraient naviguer (1) , ou des baies où il leur serait impossible de réparer leurs avaries. Il ne restait plus qu'à vérifier une indication dé M. Dalrymple. « On prétend , dit ce dernier, que les Espagnols ont découvert récemment, sous le 470 t$ de latitude N. , une entrée qui, en 27 jours de route j les a conduits à la baie, de Hudioo. » Cette latitude correspond exactement à» celle qjUi se trouve indiquée dans l'ancienne relation du pilote grec , Jean de Fuca (2) , dont nous avons déjà parle.

(1) H ne connaissait pas encore le grand fleuve de la Cohiml>i;t.

(2) Daiymple's Plan for promotinç the Fur Trade , de. p 1 1 >

Le 29 avril, Vancouver longea le rivage dans la direction du N.-O. Un courant porta les navires vers le N. , dans la ligne de la côte, avec une vitesse uniforme d'environ une 1/2 lieue par heure. Depuis qu'il avait dépasse' le cap Orford , ce courant avait régulièrement fait dévier les bâtiments , vers le nord , de 10 à 12 milles par jour.

Le capitaine rencontra ensuite le navire , la Columbia , commandé par M. Robert Gray , et qui était parti de Boston, 1 8 mois auparavant. C'était le même officier qui avait fait avec le sloop le Washington , le voyage derrière Nutka dont on avait tant parlé. Gray contredit les assertions extravagantes qu'on avait débitées à ce sujet. Il assura les officiers qu'il n'avait pénétré que 5o milles dans le détroit en question; mais que suivant les naturels , il s'étendait très -loin vers le nord , et qu'il croyait que c'était l'entrée dont on attribue la découverte àde Fuca.Lecapitaine Gray fit aussi connaître l'embouchure d'un fleuve au 460 io* de latitude , où il lui fut im-

Sossible de pénétrer pendant neuf jours , à cause du débouché es eaux , ou du reflux de la mer.

Vancouver, continuant sa route, découvrit la seule montagne élevée qu'il eut aperçue jusqu'ici sur toute la côte. Il pensait que ce pouvait être le Mont Olympe de Meares , que ce navigateur place au 47° 10' de latitude. Vancouver en détermina la latitude à 4-7° 38'. Il remarqua , à mesure qu'il avançait , que la hauteur de la côte augmentait , qu'elle était sans coupure, et par conséquent , qu'elle n'offrait aucune entrée dans la mer intérieure par le £7° 45' de latitude , ainsi qu'on l'avait prétendu ; il n'y a pas d'ailleurs la moindre apparence d'un bon havre depuis ce point jusqu'au cap Mendocino , quoique les géographes y en aient placé plusieurs.

L'expédition toucha à un promontoire remarquable , sous le 48° 23' 172 de latitude et le 235° 38' de longitude E. , qui forme la pointe S. du prétendu détroit de Jean de Fuca. C'est le cap Flattery de Cook , nommé C/asset par les naturels du pays. L'île de Tatootche qui a une 172 lieue de tour , tient à ce promontoire par un banc de rochers. L'ouverture de cette entrée est placée par le 480 3f de latitude , sur la carte de M. Duncan ; mais d'après le calcul de Vancouver , il y aurait une erreur de dix milles. Il n'y aperçut pas le Pinnacle Rock de Fuca, imaginé par Meares et Dalrymple, pour faire croire que c'était le détroit de Fuca. Il donna le nom de Rock Duncan , à un rocher à peine visible, contre lequel le ressac se brise avec violence. Le village de Classet, situé à environ deux milles en deçà du cap , lui pa-

ne l'Amérique. 4i

rat très -peuplé. Les naturels ressemblaient à ceux de Nutka, sous presque tous les rapports : le langage, le maintien , les vêtements , les cabanes , les armes , les outils, les pirogues étaient les mêmes. Les ornements en os , qu'ils portaient au nez, étaient seuls différents 5 ils paraissaient familiarisés avec les étrangers. En remontant la baie , on rencontra une pointe basse de sable, qui fut appelée Jfew Dunçeness, à cause de sa ressemblance avec le Dungeness du canal de la Manche. Vancouver donna ensuite à une haute montagne, découverte par son troisième lieutenant M. Baker, le nom de cet officier. Il poussa sa reconnaissance du détroit, plus avant que le capitaine Gray, ou tout autre voyageur, sans trouver de mer intérieure. Il assure avoir relevé exactement la côte, sur une étendue d'environ deux cent quinze lieues , depuis le cap Mendocino jusqu'au promontoire de Classet, et n'avoir dépassé aucune ouverture qui présentât une navigation sûre. Les naturels qu'il rencontra à quelque distance en mer continuèrent leur pêche , sans s'inquiéter des vaisseaux de l'expédition; cependant, ils vinrent abord faire des échanges. Ils ne. connaissaient pas la langue de Nutka.

Le 2 mai, il jeta l'ancre par trente-quatre brasses, dans un port auquel il donna le nom de Port Discovery , ou Port de la Découverte , et il appela l'île qui le protège . Vile de la Protection. Ce port est situé par le 7' de lat. et le 23?° 2.0' de long. Ici notre voyageur observe qu'il avait parcouru cent cinquante milles xle côtes; , sans voir plus de cent cinquante habitants ; mais il rencontra un grand nombre de villages déserts , ce qui le porta à croire que ce pays avait été autrefois beaucoup plus peuplé ; les habitations des naturels consistaient en pieux croisés et recouverts de nattes. On trouva une quantité considérable d'ossements épars, près du port de la Découverte, et des pirogues suspendues à des arbres à 12 pieds de terre , renfermant les squelettes de deux ou trois individus. Les habitants du voisinage ressemblaient à ceux de Nutka ; ils étaient cependant moins robustes , et leurs cheveux étaient peignés et noués par derrière, sans être chargés de cette énorme quantité d'huiles et de matières colorées, si fort à la mode parmi les . naturels de Nutka. Ils préféraient pour habillement les étoffes de laine aux peaux de cerfs 5 quelques-uns portaient même une étoile faite d'écorce bien travaillée. Leurs arcs étaient en bois d'if, etavaientde deux pied*etdcnti à trois de longueur, un pouce

42 CQROWOLOCÎB HISTOBIQUE

et demi dans leur plus grande largeur, et vers le milieu trois quarts de pouce d'épaisseur.

Vancouver découvritensuite une entrée, qui offre un mouillage plus sûr et plus étendu que celui de la Découverte , et qu'il nomma Port Townshencl, en l'honneur du marquis de ce nom. Il donna celui de Point Marrow Stone, à une falaise haute et escarpée, celui àeRainier à un mont élevé ; et il nomma Oak Cove, ou Anse aux Chênes , un petit enfoncement de la côte où il vit croître quelques arbres de cette es-

n. Le tems ayant tout-à-coup changé , lorsqu'il arriva à lauteur d'une haute pointe escarpée , il l'appela Foui IVeather Bluff, ou Pointe du Mauvais Tems. Dix-sept naturels vinrent dans six pirogues, pour trafiquer de leurs arcs, et de leurs vêtements de laine ou de peaux , contre des bagatelles. Ils se comportèrent avec décence , et paraissaient n'avoir aucune connaissance de l'idiome de Nutka. Il donna à une autre pointe, située par I e 47 0 3o/ de lat. , le nom de Hazei Point \ ou Pointe des Noisetiers, à cause du grand nombre de ces arbres qui s'y trouvaient. Le i3 mai , il explora la petite entrée appelée HoodsJ Canal, ou Canal de Ifood, du nom de lord Hood.

Le 4 juin, après avoir employé quinze jours à la reconnaissance de l'entrée qu'il nomma Adnùralty Inlet ( Entrée de l'Amirauté), Vancouver descendit à terre, accompagné de quelques-uns de ses officiers , et prit possession de la côte d'Amérique , depuis la partie de la Nouvelle-Albion , située par le3c)0 20' de latitude N„ et le 236° 26' de longitude É, , jusqu'à cette entrée ( qu'on suppose être le détroit de Fuca), ainsi que des îles qui s'y trouvent et de celles situées dans la mer intérieure , par lui découverte , qui s'étend du même détroit en différentes directions, et à laquelle il donna le nom de golfe de Géorgie. Il appela Nouvelle- Géorgie , la partie du continent qui environne le golfe et se prolonge jusqu'au 45e degré de latitude N. Il nomma Possession Sound ( rade de la Possession), lajjartie de l'entrée où il était alors; Port Gardner, son bras occidental, du nom du vice-amiral Sir Alan Gardner, et Port Susan,son bras oriental. Continuant à longer l'entrée de l'Amirauté, il donna le nom de Point Partridge, à sa pointe sept., située par 48° 16' de latitude et 23?° 3 1' de longitude ; et à la pointe 0. celui de Point WUson, du nom du capitaine GeorgeWilson, son ami, laquelle se trouve paf 48° 10' de latitude et 2370 3i' de longitude.

Le 8 juin , il atteignit Strawberry Bay ou Baie des fraises,

DE LAMÉaiQUE. 43

ainsi nommée par M. Broughton, qui y mouilla par 1 6 brasses, dans un fond de beau sable. Sur le bord 0. de cette baie , il trouva une île qu'il appela Cypress Islùnd , ou Ile des Cyprès, à cause des grands Cyprès qu'elle produit. Il la place sous le 48" 36' 1/2 de latitude et le 2^7° 3 4 de longitude. Il rencontra plus loin une autre île qu'il nomma île fVhidbey, du nom de l'officier qui la reconnut; et Une pointe située par !fi° 57' de latitude et 3370 20' de longitude, qu'il appela Point Roberls , du nom d'un de ses amis, qui avait commande' avant lui la Découverte. À 7 lieues de cette dernière , il en vit une autre située par 49° 19' àe latitude et le 2370 6' de longitude, qu'il nomma Point Grey, du nom du capitaine Charles Grey, son ami , et un canal qu'il appela canal de Bwrard, du nom de Sir Henry Burrard. Il en nomma la pointe N.-O. , Point Atkinson; et appela île dit Passage % l'île située entre ces deux pointes. Les bords de ce canal étaient couverts de grands arbres , principalement de pins.

Vancouver continua sa route jusqu'aux pieds des montagnes couvertes de neige, qui remplaçaient le rivage fertile et peu élevé qu'il avait vu jusque la. Il découvrit une île sous la latitude de 49° 3o' et la longitude de a37°3/, qu'il appela Anvil Island, ou île de l'enclume , h cause de la forme chine montagne qui en occupe la plus grande partie. Il débarqua dans une rade qu'il appela Èowe Sound, ou rade de Howe, en mémoire de l'amiral de ce nom, et il en nomma la pointe N.-O. Point Gower; cette dernière est située par 49° 23' de latitude et 236° 5 i' de longitude , et il y a auprès un groupe d'îles peu étendues.

Le 16 juin, le capitaine reprit sa route au N.-O. le long du rivage continental du golfe de la Géorgie, dont l'aspect était plus agréable.

Le 20, il découvrit un bras de mer qu'il nomma canal de Jarvis, en l'honneur de l'amiral Sir John Jervis; la pointe N. de cette entrée fut appelée Scotch-Fir Point, ou pointe des sapins d'Ecosse, parce que ce fut dans cet endroit qu'il • vit pour la première fois des arbres de cette espèce. Elle est placée sous le 49° 4*' de latitude et le 236" 17' de longitude. La pointe S. appelée pointe Upwood , du nom d'un ami du capitaine, est par 490 28' 172 de latitude et a36° a4' de long.

Le 22, il découvrit deux navires à l'ancre, à l'entrée du canal. C'étaient le brick espagnol , leSutil, et la goélette la Mexicana, détachés de l'escadrille de M. Malaspina . stationvice aux îles Philippines, et qui, l'année d'auparavant, avait

44 CIlUOJiÛLOGIE HISTORIQUE ^

visité cette côte. Les commandants de ces navi res i D. Galiano et Ci V aidez, firent un bon accueil au capitaine Vancouver, à qui ils apprirent que DonQuadra, commandant en chef la marine espagnole à San Blas, et dans la Californie, l'attendait àî^utka avec trois frégates et un brick, pour y négocier la restitution des objets réclamés par la Grande-Bretagne (i).

Après cette rencontre , Vancouver longea un banc de sable, qui s'étend de la pointe Robei ts à celle de Grey, et qu'il nomma Slurgeon Bank ou banc des Esturgeons , parce que les naturels du pays lui vendirent d'excellents poissons de cette espèce , qui pesaient de i4 à 200 livres chacun. 11 retourna aux vaisseaux , après avoir parcouru plus de 33o milles en canot.

Une baie étendue , située derrière un groupe d'îles , ou Ton arrive par plusieurs canaux, reçut le nom deBellingham's Bay\ Elle est située entre les 48° 36' et 48° 48' de lat,, et son extrémité orientale gît par 23;° 5o' de long. Une autre baie, située sous le 48° 53' i/2\lc lat., etle 23;° 33' de long., fut appelée Birch Bay , ou Baie des Bouleaux , à cause de la quantité d'arbres de cette espèce qui y croissent. Vancouver remarqua que plus il avançait vers le nord , moins les arbres étaient variés et la végétation vigoureuse.

Il découvrit vers l'ouest un canal , dont les côtés étaient formés de rochers à pic , arides , et couverts de neige. Il l'appela canal de Bute. Il arriva ensuite à un village d'environ cent cinquante habitants . qui s'élevait sur une pointe située sous le 5o° 24' de lat. et le 235° 8' de longitude.

Il découvrit sur la rive occidentale du golfe de la Géorgie, une autre entrée formée par une longue et étroite péninsule, dont l'extrémité sud est située par le 5o° de lat. et le 235° 9' de long. Il l'appela Point Mudge , du nom de son premier lieutenant j et nomma Désolation Sound, ou Rade de la Désolation , un port dont les environs présentaient l'aspect le plus triste qu'on pût voir. 11 donna le nom de canal Lougliborough à une autre entrée d'un mille de largeur , si-

(1) La conduite des employés du gouvernement espagnol » dit Vancouver* fut' marquée par la politesse et des dispositions amicales qui caractérisent cette nation. Ils me donnèrent tous les reuseigperaenkts qui pouvaient m 'être utiles.

DE l/ AMÉRIQUE. 45

tuée entre des montagnes escarpées, dont la neige couvrait les cimes élevées. Il y découvrit un village construit avec régularité. Les habitants en étaient nombreux et armés de fusils, dont ils se servaient avec adresse. Le chef, à qui il offrit quelques présents , lui dit qu'il vivait sous l'autorité de Macuina, chef de Nutka, nommé par les anglais Mûrquilla. La fumée qu'on distingua en plusieurs endroits et un grand nombre de pirogues qu'on vit passer et repasser , annonçaient un pays beaucoup plus peuplé que les rivages du golfe de la Géorgie. Vancouver découvrit deux îles: il en appela une Alltviation lsland, ou Ile du Soulagement ; et l'autre, île Hardwicke; un canal voisin reçut le nom de Détroit de Johnstone, de l'officier qui y pénétra le premier.

Le capitaine communiqua de là ses découvertes à D. Galiano qui, de son côté, lui envoya copie des reconnaissances qu'il avait faites et une lettre de recommandation pour Don Quadra , à Nutka.

Le i3 juillet , Vancouver quitta les parages affreux et inhospitaliers de Désolation Sound, dont les baleines et les veaux marins semblaient seuls se disputer l'empire. Lorsqu'il traversait le golfe, plusieurs Indiens vinrent uans des pirogues , lui offrir de jeunes oiseaux aquatiques , du poisson et quelques fruits. Ayant jeté l'ancre au sud de la Pointe Mudge , les habitants du village en deçà du promontoire accoururent pour échanger du poisson et des fruits sauvages contre des marchandises d'Europe. Ce village contenait environ trois cents habitants. Les maisons étaient plus petites que celles de Nutka , n'ayant pas plus de dix à douze pieds d'élévation. Elles étaient alignées et séparées Tune de l'autre par un intervalle qui suffisait à peine pour le passage d'une personne. On y compta soixante -dix pirogues, dont plusieurs pouvaient contenir quinze personnes ; et on y remarqua deux tombeaux en planches, de cinq pieds de haut, de sept de long et de quatre de large.

Un détachement envoyé pour reconnaître un canal , rencontra vingt pirogues remplies d'habitants, qui avaient le visage peint de différentes couleurs, et une parure de téte faite avec le duvet d'un jeune oiseau de mer. Ils ressemblaient plus aux naturels de Nutka , qu'aucune des peuplades qu'on avait rencontrées à l'entrée du détroit de Fuca , ou dans le golfe de la Géorgie. Etant entré dans le détroit de Johnston , ce détachement dépassa une pointe remarquable, où aboutis»

saient trois canaux, et qui était située par 5o° 19' de lat. et 23/*° -45' àe long. On rappela Point Chàtham , du nom d'un des navires. L'expédition arriva à un autre village , qui s'élevait sur les bords d'une haie , un peu au N.-O. de cette pointe } et plus loin, à une île de huit lieues de longueur qui reçut le nom de Thurlvw. Pendant un séjour qu'elle fit sous le 5o° 27' de lat. et le 235° 53' de long. , plusieurs Indiens armés de fusils vinrent, dans deux pirogues, lui rendre visite. Le 19, se trouvant à un autre mouillage , les habitants lui apportèrent une grande quantité de saumon frais.

Vancouver découvrit ensuite un port bien abrité et commode , auquel il donna le nom de Port Neville. Près de ce port , et à environ 20 lieues de Nutka , il vit un village . dans une situation pittoresque, et qui renfermait cinq cents habitants. Ces Indiens entendaient 1 idiome de Nutka ; ils apportèrent une grande quantité de peaux de loutre de mer d'une bonne qualité, qu'ils échangèrent contre des feuilles de cuivre et au drap bleu. Le Tais ou chef, qui se nommait Chcslakee , parut enchanté des présents qu'on lui offrit. Les trente-quatre maisons dont se composait le village, étaient régulièrement placées , et avaient , comme celles de Nutka , trois gros chevrons au-dessus du toit. Les habitants,

3ui sont évidemment de la même nation , paraissent cepenant beaucoup plus propres. Plusieurs familles vivent aans la même mai son; mais la nuit, elles occupent des chambres séparées. Les femmes fabriquent des vêtements d'écorce, des nattes et un espèce de panier qui sert à mettre de l'eau. Ce peuple porle des lances armées de pointes en fer , de grands couteaux et des fusils , qui devaient être de fabrique espagnole : leur chef Cheslakee en avait huit. Ils fesaient loyalement le commerce , lequel consistait en peaux de loutres; l'équipage en recueillait jusqu'à deux cents par jour.

L'expédition continuant sa reconnaissance, atteignit une ouverture qui fut appelée canal de Call, du nom de sir John Call. Lat. 5o° £2', long. 2.^4° 3'. Une autre fut nommée canal deKnight, du nom de ce capitaine. Le 26 juillet, on détermina la limite du continent, à une pointe située par 5o° 5a' de lat. et 232° 29'delong., et à laquelle ordonna le nom de DeepSea Bluff, ou escarpement sur une mer profonde. Un groupe d'îles et de rochers fut appelé Archipel de Broueiiton , à cause de la découverte faite par cet officier du grand canal qui s'y trouve. Ce canal, qui conduit à Deep Sea Bluff, fut nommé Fifo' s Passage, ou passage de Fife ; et sa

DE h AMERIQUE. /tj

pointe E. Point Duff, du capitaine de ce nom. Il est sous le 5o° 4&' de 'at- el Ie lo' ^e l°n£r ^a pointe 0. fut ap-

pelée Point Gordon. Une montagne, remarquable par sa forme et par son élévation, reçut le nom de Mont Stephens, en l'honneur de M. Philip Stephens. Elle s'élève par 5i° 1' de lat. et ?33° 20' de long. Une autre entrée , qu'on nomma passage de TVells et sa pointe O. Point Boy les , étaient situées par 5o°-5i' de lat. et 202 J 5 •/ de long.

« Après, avoir achevé cette navigation intérieure, il nous sembla, dit Vancouver , avoir atteint les parties de la côte N«-0. de l'Amérique, auxquelles plusieurs expéditions envoyées, d'Europe et de llnde ont donné des noms. L'entrée , ou nous venions de débarquer, fut appelée Queen. Charlotte s Sound, ou Entrée de la Reine Charlotte^ par M. S, ïfed- #c£o/-ougâ, capitaine de L Expértment , au mois d'août la même année, M. James Hanna découvrit celle qu'il appel a Smith* s In Ut ( En trie de S m ith ) . < Un e ha ute mo n tagne

3ui paraît détachée du continent , fait partie d'un groupe 'îles , que M. Duncan a nommées îles de Gafoert; le canal qui sépaie ces îles de la Terre -.Ferme , fut appelé par M. Hanna , Fitzhugh's Sound 7 ou Rade de Fitzhugh. »

Le i4 août, Vancouver rencontra la Vénus, bâtiment de cent tonneaux, qui se, rendait du Bengale à Nutka pour y prendre un chargement de fourrures.

Vers le milieu du canal de Smith , il aperçut un villaçe situé sur un rocher, lequel tenait par une chaussée à la Terre-Ferme. Il paraissait contenir de deux à trois cents habitants , qui vinrent tous à la rencontre de l'expédition dans une trentaine de piiogues.

Le *8 , Vancouver pénétra dans une ouverture qu'il nomma Canal de Hivers ; le même jour il en découvrit une autre qu'il appela Safety Covc ( Anse de sûreté) ; et le lendemain., une: pointe, qu'il nomma Point Menzies , et qui est située par 52° 18' de lat. et a32° 55' de long.

Vancouver, * ayant enfin quitté ces parages pour aller remplir la mission dont il était chargé par son gouvernement auprès du commandant des forces espagnoles sur cette côte , arriva à Nutka , le 28 suivant.

Dan» cette expédition , Vancouver reconnut dans le plusgrand détail toute la côte située entre les 39° 5' de Lat», et 236° 56' de long,, et la pointe Menzies, sous le 5u° 18' de lat. et le 232° 55' de longitude.

Il est prouvé par ses recherches aussi minutieuses qu'exac (

40 CHRONOLOGIE HISTOBIQUE

tes , qu'aucune îles entrées déjà examinées lie s'avance à plus «le cent milles à l'E. de l'embouchure du détroit de Juan de Fuca ; que le rivage septentrional de ce détroit fait partie! d'un archipel qui s'étend l'espace de près de cent lieues en longueur du S.-E. au^N.-O., et enfin que Ventrée de Nutka est située dans la partie de ces terres la plus éloignée du continent. • '

Après avoir terminé ses négociations à Nutka , Vancouver en partit le 12 octobre. Fesant route au sud le long de la cote , il reconnut l'embouchure du fleuve de la Columbia , et, le i3 novembre, il entra dans le port de Bodega, par le 38". ai' de lat. et le 287° ai' de long. Le i5, il arriva à celui de San Francisco * où il recueillit des renseignements sur la mission de ce nom et sur celle de Santa Clara 5 et , le 27 , il alla relâcher à Monterey, où M. Quadra lui communiqua les ordres qu'il venait de recevoir de courir sur tous les bâtiments de commerce , autres que ceux de U Graude-Bretagne , qu'il rencontrerait dans ces parages.

Dans le courant de décembre , le lieutenant Broughton fit une reconnaissance particulière de la Columbia et du pays qu'elle arrose sur une étendue de cent milles. -

Au mois de janvier 1793, Vancouver ayant expédié ce môme lieutenant pour l'Angleterre , partit lui-même pour les îles Sandwich. ; "iM

, Le 3o mars suivant , il quitta de nouveau ces îles *• et; le a;mai , it arriva au port de la Trinidad , sur la côte de l'Amérique septentrionale ,- qu'il releva depuis Fitzhugh's Sound jusqu'au cap Décision au nord , et depuis Mohterey jusque par de - là le cap Francisco , au su< ï. Il poussa sa reconnaissance au nord jusqu'au 56° 57' -de lat. Il placé le canal de Fisher par le 52° 20' de lat. et le 23i° 58' de long., et l'entrée àeYObsetva toire , sous le 55°. Il découvrit une petite rivière à l'Est, et une antre près du port Essington , les seules qu'il eût aperçues au nord delà Columbia.

? Dans un troisième Voyage qu'il exécuta au commencement de 1794» Vancouver détermina la latitude de divers points de la côte nord -ouest , visita les entrées de Cook et du Prince Guillaume, et s'assura que le canal clé Lynn, dans la baie delà Croix , approche des mers intérieures plus qu'aucune autre de l'Océan Pacifique.

Vancouver , ayant reconnu huit cents lieues de côtes en ligne droite , crut avoir démontré clairement qu'il n'existait aucune communication navigable entre les Océans Atlanti-

D£ L AMÉRIQUE. /fo,

que et Pacifique ; et qu'il n'y en avait pas non plus depuis le 3o° jusqu'au 56° de latitude entre l'Océan Pacifique et les lacs ou mers de l'intérieur. Vancouver arriva en Angleterre vers la fin de 1795(1).

E.i p édition des corvettes Descuhierta et A irevida, aux ordres de don Alexandro Nalaspina et de don Josef de Bus lumen ta , y guerra , en 1791. Cette année, le célèbre géographe français Buache ayant publié des observations sur l'existence du détroit qu'on supposait avoir été découvert, vers le 6o° de latitude, par Lorenzo Ferrer de Maldonado , en 1 58$ , et que le voyage de Fidalgo rendait problématique , le gouvernement espagnol , voulant vérifier d'une manière positive les hypothèses et les opinions dé M. Buache , pronta du départ des corvettes Descuhierta et Atrtvida, qui allaient entreprendre un voyage scientifique autour du monde, pour faire explorer les côtes décrites par ces deux navigateurs espagnols. Les deux corvettes partirent d'Acapulco, le i< mai 17915 et, le a3 juin suivant, elles arrivèrent sur la partie de la côte comprise entre le cap del Engano et les îles qui se trouvent au nord du cap San Bartoloraé , et qui avait été reconnu par Quadra , en 1775; par Cook , en 1778 , et par Dixon, en 1786. Les Espagnols s'assurèrent par des observations astronomiques de 1 exactitude de celles de Copk , et déterminèrent la hauteur de Mount- Edgecumbe, que Quadra avait nommé San Jacinto. Le 2$ juin,, étant entrés dans le port de Mulgrave , dans la baie de Behring (lat. 69° 34') » ils établirent la hauteur du mont San Elias, .à 6307,6 varas castellanas (544* mètres) audessus du niveau de l'Océan. Le 2. juillet , ils se mirent à la

lement accreunee sur lexisience au passage au H.-u. de l'Amérique. Hs reconnurent aussi-, le même jour, la baie de las fianças et une île qui reçut le nom de Haenhe , en l'honneur de don Tadeo Haenke , botaniste et naturaliste de l'expédition. Le 3, ils firent le tour du port de Mulgrave, d'où ils partirent, le 6, pour reconnaître les divers canaux et îles

(1) Vancouver' s {George) Voyage of discovery td the North Pacific Océan t and round the World, in the years 1790-95. London , 1798 , 3 vol. gr. in-4°- , atlas i a-fol.

5o CHRONOLOGIE HISTORIQUE

situés plus mu nord , et dont ils levèrent le plan. Passant entre les îles Triste et de Mont.igu, les Espagnols arrivèrent A celle de Hijosa (1), qui n'est indiquée ni sur les cartes de Cook , ni sur celles de Dixon. Le 1 2 suivant , ils explorèrent l'île de Rasa; et, le 28, ils mesurèrent la hauteur du cap Duen- Tiempo (2) qui termine la baie de Behring, lequel s'élève à 5368,3 vavas castellanas , ou Vi^9 mètres, au-dessus du niveau de la mer. Le ftj , ils déterminèrent la position du cap San Bartolomé à 55° 17' de lat. N. et à 6° bf E. de Mulgrave , ou 127° 20' 0. de Cadix. Le i3 août, ils mouillèrent dans la rade de Nutka , y établirent un observatoire et levèrent le plan du port. Après avoir reconnu la position île divers points de la côte voisine et exploré plusieurs canaux intérieurs, la corvette YAtrevida reprit la route d'Acapulco, et la Descubïerta partit pour San Blas , où elle arriva le 9 octobre. Cette expédition dissipa toutes les conjectures, auxquelles le voyage de Maldonado avait donne lieu, sur l'existence d'une communication , entre les deux Océans , vers le 6o° de latitude (3).

Recherche de f entrée de Juan de Fuca, par les goélettes espagnoles Sutil et Mcxicana , en 1 792. Les notions vagues, fournies , en 1592 , par le pilote grec Juan de Fuca, sur le canal ou détroit de son nom, situé entre les ^8° et 49° de latitude N. , furent les seules qu'on posséda jusqu'en 1789. Le capitaine don Esteban Martinez, à son retour d'une e\pédition au Nord, en 1774 ■> raconta qu'il avait vu une grande entrée par le 20' de lat. ) croyant que ce pouvait être celle deFuCa, on fit partir aussitôt un autre pilote, à bord de la goélette Gertritdis , pour s'assurer de son existence. Celui-ci, s'y étant rendu, rapporta que cette entrée avait vingt-un milles d'étendue, et que le centre s'en trouvait par lat. K 48° 3o', et 190 28' de longit. O. dë San Blas.

(1) Située sous le 5ç)° 16' de lat. N. , et le G° 5f de long. O. de Mulgrave, ou j4oh 2' O. de Cadix.

(2) Par lat. N. 59°, et long, a0 4* du port de Mulgrave.

(3) Viage hecho por las goletas Sutil y Mexicana. Introd. , p. 1 13 k 123.

L'Histoire du voyage de Malaspina a été rédigée par deux habiles officiers , don Josef Espiuosa et don Felipe Bauza.

Voyez aussi M. de Humboldt , Essai politique sur lu Nouvelle- Espagne, liv. IJI, chap. 8.

DE L'AMÉRIQUE. 5l

En i jqo . le commandant du navire , don Francisco Eliza , fut envoyé pour en faire un examen plus particulie Don Manuel Quîniper fut aussi expédié, à cette époque, dans le même but, à bord de la balandre la Princesa Real. Ce dernier mit à la voile du port de Nulka, le 3i mai, et alla reconnaître le poil de Ciaucaud. De là, il se rendit au canal de Fuca , visita plusieurs porls, et une partie de la côte dont il leva le plan, et la quitta, le icr. août, à.cause du mauvais tems. Le 27 mai de Tannée suivante, le paquebot San Carlos et la goélette Horcasitas entrèrent dans ce canal , et y restèrent jusqu'au 7 août. Toutefois , le scorbut ayant fait de grands ravages à leurs bords , ils furent contraints de revenir sur leurs pas. .

Plus tard , les corvettes la Descubierta et 1 '/i (revida, destinées à un voyage autour du inonde, eurent ordre d'aller à la recherche du prétendu détroit, dont l'entrée occidentale devait correspondre au 5o,° lJ.A de lat. , suivant le récit des capitaines Lorenzo Ferrer Maldonado (1). Le commandant »le ces corvettes , ayant éprouvé, sur cette cote, un tems contraire , ne put s'y livrer avec fruit à ses recherches.

On équipa, à Acapulco , les deux corvettes Sut il et Mexirûna, pour compléter les notions qu'on avait déjà concernant le canal de Fuca. On les pourvut de toutes sortes d'instruments pour faire des observations géodésiques et astronomiques, et on en donna le commandement aux capitaines de frégates don Dionisio Alcala GaUuno et donCayetano V aidez. Elles portaient chacune dix-sept hommes, parmi lesquels se trouvaient les astronomes don Juan Vemaci et <\on Secundino Salamanca.

Ces deux corvettes partirent d'Acapulco, le 8 mars 1792 , et arrivèrent, le i3 mai suivant , à TVutka , où les Espagnols fuient favorablement accueillis par Macuina , chef ou tais des Indiens de cette contrée. « J'ai bien, leur dit-il, permis au lieutenant anglais Mearcs de s'établir à Nulka (2) ; mais je ne lui en ai pas cédé le terrain : c'est au roi d'Espagne que je fais cette cession.» Le commandant y attendit un vent favorable jusqu'au 4 juin , qu'il mît à la voile , et aborda au port

(1) Le capitaine D. Ciriaco publia un Mémoire à ce sujet en

(2) Ce nom vient probablement de Nulchi, qui signifie montagne. Le vrai nom de ce port est VucuaU.

de Nuîlez Gaona , situé à Ventrée du détroit de Fuca , et où Fidaigo , capitaine de la frégate espagnole la Princesa, avait déjà commencé un établissement. Le taïs de ce district, nommé Tetacus , s'offrit comme guide aux Espagnols , pour les aider à explorer l'intérieur de ce détroit. Après avoir doublé la pointe S.-E. de la grande île de Quadra et Vancouver, ils passèrent entre plusieurs îles et parvinrent à un canal auquel ils donnèrent le nom de F/o rida- B lança. Ils traversèrent ensuite une baie qu'ils appelèrent Portier, en l'honneur d'un gouverneur espagnol, arrivèrent à une anse , située par lat. M. 4 9 *h ■ et longit. 0. 1 18 de Cadix , qu1 ils nommèrent Cala del Descanso, ou du Repos , et pénétrèrent ejifin dans ce long canal qui sépare l'île de Quadra et Vancouver du continent américain.

Le i3 juin , ils rencontrèrent dans le canal de Rosario , ou golfe de Géorgie , le lieutenant anglais Broughton , commandant du brigantin le Chatham de l'expédition de Vancouver, oui s'occupait à lever le plan de la côte* Ils continuèrent leur route vers la pointe de Langara, qui est de l'autre côté du détroit , et qui forme la pointe la plus septentrionale d'une presqu'île dont celle de Cepeda est la plus méridionale. Valdez trouva , près du premier de ces caps , le capitaine Vancouver lui-même qui, lui communiqua ses observations sur la partie N.-O. du grand déiroit. Yancouver proposa aux Espagnols de faire route ensemble , ce à quoi ils consentirent ; mais bientôt les deux expéditions furent séparées par un coup de vent. Les Espagnols furent poussés dans l'intérieur du canal tortueux de Florida-Blanca , qui est bordé de hautes montagnes couvertes de neige, et y coururent les plus grands dangers.

Après avoir erré deux mois dans ce canal , ils cherchaient à en sortir par le N.-O. , lorsque, le 9 août , ils rencontrèrent le brigantin anglais la Vénus , qui revenait du Bengale , après avoir touché à Nutka et dans le détroit de Fuca. Le capitaine Shepherd , qui le commandait, leur apprit que le pilote de la Princesa avait été tué par les Indiens dans ce détroit. Les Espagnols reprirent alors leur navigation dans la direction du N.-O. , et , le lendemain , ils découvrirent un port qu'ils nommèrent Giiemes , en l'honneur du vice-roi du Mexique , et où ils furent retenus deux jours par des vents contraires. Longeant ensuite la côte, ils passèrent par un canal fort étroit, et , près du débouché du grand canal , vers le nord , ils trouvèrent , le 22 , un autre port qu'ils appelé-

de l'amebique. 53

rent Gorostiza. Se dirigeant de là vers le S.-O. , ils s'avancèrent jusqu'au cap Scott, extrémité la plus occidentale de l'île de Quadra et Vancouver, et d'où ils aperçurent les deux îles de Lanz , qui sont situées à quelques lieues à PO. de ce cap. Après avoir examiné avec soin tout le littoral , depuis le 4.5* jusqu'au 5 1° de latitude, ils reconnurent que l'entrée de Fuca n'était autre chose que le bras de mer qui sépare cette grande île de la côte de la Nouvelle-Géorgie. De ce point , l'expédition reprit la route de Nutka, et y aborda , le 3o août , après une absence de quatre mois qu'elle avait employés à faire le tour de l'île de Quadra et Vancouver (1). Le 3i , elle remit à la voile pour relever la côte, depuis le détroit de Fuca jusqu'à Monterey et San Blas , sur~une étendue déplus de 28 degrés, et arriva , le 23 septembre suivant, dans le premier de ces ports. Elle avait exploré , dans ce trajet , l'Entrada de Heceta (par lat. N. 46° 4'> et Ibngit. E. de Nutka 20 3o') qui avait été découverte, le 17 août 1775 , par îè capitaine espagnol de ce nom, commandant la frégate SantiagOj qui lavait appelé V Asuncion. C'est la même entrée qui a été depuis visitée par le capitaine américain Gray , et à laquelle il a donné le nom de Columbia.

Cette expédition fit perdre tout espoir de trouver un passage ; entre l'Océan Atlantique et la mer du Sud, par le détroit de Fuca. On lui doit aussi un relevé fort exact des côtes de la Nouvelle-Californie, une bonne description de l'entrée et de l'île de Nutka , et des productions de la terre et de la mer , des détails sur les babitants , leur physionomie, leurs vêtements, leurs cabanes , leur religion , leurs cérémo- L res , leur administration civile et criminelle , et ations très-curieuses, fournies parle naturaliste Francisco Mosino, sur le gouvernement tout patriarchal des taïs ou chefs des naturels de ces contrées , qui sont à la fois pères de famille, rois et prêtres; sur la lutte entre Quautz et Matlox, principes du bien et du mal qui gouvernent le monde ) sur Vorigine de l'espèce humaine ; sur l'époque où les cerfs étaient sans cornes , les oiseaux sans ailes et les chiens sans queues ; sur la propagation de l'espèce hu-

(ï) Cette île, dit fit. de Humboldt, la plus grande que l'on trouve sur ces côtes occidentales de l'Amérique, est de irôo lieues carrées de 25 au degré, calculées d'après les cartes de Vancouver.

54 , CUBOKOLOGWS UISTOBIQUE

m «line , laquelle a reçu naissance d'une femme qui mettait une vie solitaire dans (es bosquets de Yueuatl , lorsque le dieu Quautz vint lui rendre visite dans un' beau canot en cuivre -} sur l'éducation et la généalogie du premier I unuie , qui , à mesuré qu'il grandissait , passait d'une petite coquille dans une plus grande ; et enfin sur le calendrier, dans lequel l'année copimence au solstice d'été , et se divise en quatorze mois de vingt jours > ayant chacun des jours complémentaires. On trouve aussi , dans le récit de cette expédition , plusieurs vocabulaires de la langue qu'on parle à l'embouchure méridionale du canal de Fuca , avec les mob équivalents en espagnol • les dialectes des nations Eslen *t Kunsien , qui habitent la Nouvelle - Californie; un vocabulaire de la langue des naturels de Nutka , de six pages , et dçs renseignements sur .le genre de vie , les usages et coutumes des deux nations ci-dessus (i).

Le 19 mai 1792, le capitaine ^ a mei icain Robert Gray

mérique. Il donna au cap , situé sur la côte septentrion* de son embouchure , le nom de Hancock, et celui de 4dant$ à la pointe opposée (?). £f 5 f

" (1) Viage hecho pot las goletas Sutil y Mexicana\ elcJ ^hiNr (q) Journnl du capitaine Robert Gray, déposé a Washington r rlans les archives des États-Unis , et dont nous avons une copie collationnee. ( ^4

On croit que c'est de cette rivière , qu'il appelle Oregan ou ri* vière de l'Ouest , que parle Carver dans ses voyages. H paraîtrait aussi que les voyageurs français de la Louisiane ont eu connaissance du tleuve de Columhia par des naturels du pays , avant l'année 1750. Dans un Mémoire publié a cette époque, Dupratz , l'historien de la Louisiane, s'exprime ainsi : « On croit qUe le Missouri vient de l'ouest. Selon le rapport des peuples du pays, il a 800 lieues de cours, et h six journées au nord du* milieu de son cours on trouve une autre rivière , qui , coulant du levant au couchant, va se jeter dans la mer inconnue de l'Ouest *• »

Un autre voyageur français, le capitaine Bossu, remarque que lorsque les Sioux des Prairies, qui sont des peuples errants, furent interrogés a ce sujet , ils repondirent qu ils avaient entendu dire par d'autres peuplades, qu à l'ouest de leur pays , il y avait des hommes habillés qui naviguaient sur de grands lacs d'eau salée ( c'est ainsi qu'ils appellent la mer ) avec de grandes piro-

* Journal économique, sept. i;5i , p. i {o.

db l'améiiiqtje. f 5

Expédition de don Jacinto Caamano , en i j<p. Le « ointe de Revillagigedo , vice-roi de la Nouvelle-Espagne , voulant résoudre la question de l'existence du détroit, connu sous fe nom de Fontes , ét en même teins faire explorer l'intérieur du port de Emccaréli , ainsi ([tie la côte comprise entre ce port et relui de IN'utka , destina à cet objet la frégate Aranzazu , dont il confia le commandement A don Jacinto Caamano. Ce capitaine partit de San lilas , le 20 mars 1792, et arriva au port de IVutka le \/k mai. Il remit A la voile le 26, et, le 12 juin suivant , il relâcha à Buccareli. Après avoir explore les canaux intérieurs, qu'on n'avait pu visiter en 1 779, il doubla, le jj juillet, le cap de Munoz-Goosens , ou pointe de la Magdalena , qui forme l'entrée septentrionale du golfe de D. Juan l'ère* , et découvrit le port de Baylio-Bazan , par lat. N. 54" So', et par longit. O. de Cadix 1260 38'. Le 20 , il relâcha au port de Florida-Blanca , au S.-E. du cap Santa- Marg:irita et a la distance d'une lieue de l'île de Langara. Il reconnut le canal formé par cette île et le cap Munoz, et qui porte le nom du navigateur don Juan Perez , lequel y pénétra le premier. Les naturels du pays environnant paraissaient francs et montraient beaueoup de confiance dans les Espagnols. Le 21 , Caamano leva le plan du port de Florida- Blanca , qui est situé dans la partie septentrionale de l'île de la Reine-Charlotte et au S. de celle de Langara, par lat. N. 54° 20', et longit. 1260 5z' de Cadix. Ce port est peu spacieux , mais bien abrité. De 1A , il passa à la côte orientale de l'île île Navarro(i), où il jeta l'ancre dans dix-sept à vingtsix brasses d'eau 5 et , le ^3 , il découvrit un grand golfe qui sert d'entrée au port de Cordoba y Cordoba (2), et qui n'est pas inférieur à celui de Buccareli. Il y découvrit un autre

gués ( navires) ; qu'ils habitaient <Iaus de grands villages bâtis en pierres blanches, et que les habitants obéissaient à nu grand chef despotique qui mettait des années formidables eu canipagnc*.

(1) Située près de celle de Langara, au nord de l'île de la Reine- Charlotte. - - — — .

(2) Situé entre le cap de la Magdalena et celui de Chacon.

* Nouveaux voyages aux Indes Occidentales, etc. contenant une relation de différents peuples qui habitent les environs du grand fleuve Saint-Louis , appelé vulgairement le Mississipi, etc., par M. Bossu , capitaine dans les troupes de la marine, tome i*r, lettre IX, 3* édit. Paris, 1768.

port dont il leva le plan , et qu'il nomma Nuestra Sehora de los Do/ores. Il est situé dans la partie orientale, à la pointe de laMagdalena, par 54° 47' de lat., et par 290 i3'delongit. 0. de San Blas. Caamano y trouva un brigantin de Boston. Continuant sa navigation, il reconnut la grande entrée de Nueslra

opinion , le seul granrt canal qi contre entre les 5i° et 55° de lat. Le 25 juillet, il doubla là pointe Invisible . et visita les ports à'Estrada et àeMaiar* redo (1) , du premier desquels il vit sortir une balandre portugaise. Les naturels du pays environnant fesaient un commerce de pelleteries très-considérable. - Le 28, quoique peu favorisé des vents , il prit connaissance d'une partie de l'archipel de las Once-Mil-Virgines , et examina la côte avec soin. Le 29, il arriva à la hauteur du canal de Principe, formé par l'île de Calamidad fa) et la Terre-Ferme , et il

Sassa les 7, 8 et 9 août à explorer la rade de San Roque, ans le golfe de San Joseph , par 53° 24' , et 1 23° 3o' de longit. 0. de Cadix. Il visita également le port de Gaston, le 3o août , et franchit le canal de Laredo qui sépare l'île d'Aristizâbal du continent. Le ier. septembre, il reconnut les îles de San Joaquin ; le 2 , il vit l'entrée du port Brook, au nord du Cap-Frondoso ; et le 7 , il relâcha dans le port de Nutka. Caamano a relevé avec la plus grande ailcntion la côte située entre ce dernier , celui de Buccareli et la pointe septentrionale de l'île de la Beine -Charlotte , sans pouvoir trouver le fameux détroit de Fontes dont l'existence parut dès lors fort douteuse (3).

L'Espagne s'étant désistée de ses prétentions sur le détroit de Nutka, appelé King Georgc's Sound, en faveur de l'Angleterre, paT le traité signé à l'Escurial , le 28 octobre 1790 , le lieutenant Pearce en prit possession, en 1795, au nom de sa majesté Britannique.

Art. Ier. 11 est décrété que les bâtiments et le territoire situé sur la côte du N.-O. du continent de l'Amérique Sep-

(1) Situés au nord de l'île de la Beine-Charlotte, entre la pointe Invisible et le cap de Santa Margarita. *

(2) L'île de Banks.

(3) Viage kecho por las goletas Sutil y Mexicana. Introd. , p. I2>i39.

UiQiîizcd by

tentrionale, ou dans les îles adjacentes, desquels les sujets de S. M. Britannique ont été dépossédés, vers le mois d'avril 1789, par un officier espagnol, seront restitués auxdits sujets anglais.

Art. 2. Que réparation sera faite pour les hostilités. Art. 3. Et que la navigation et le commerce seront libres dans la mer du Sud et sur les côtes (i).

En 1799, se forma la compagnie russe de l'Amérique , avec un capital de 2,7^7,000 roubles. L'empereur perçoit le dixième des profits, en sa qualité de protecteur. La principale factorerie de cette compagnie se trouve dans l'île de Kadiak. Elle en a aussi le long de la côte du continent, de-

Suis le 55° de latitude jusqu'à Bodêga , par latitude 38° 5o', ans le voisinage des établissements espagnols (2).

Établissements russes dans les îles Sitca en i8o5. Le premier établissement que les Russes aient eu dans les îles Sitca , et qui y avait été formé par M. Baranoff, en 1800, fut détruit deux ans après par environ six cents Indiens , aidés, dit-on, par deux déserteurs de la marine américaine. La garnison russe de trente hommes, qui défendait le fort, eut trois hommes de tués. L'ennemi avait profité de l'absence de la plupart des colons, qui étaient allés à la chasse de la loutre de mer, pour lui donner l'assaut. Les Sitcans y trouvèrent environ deux mille peaux de loutres ; puis , ayant élevé une espèce de fort palissade, ils y déposèrent leur butin. Baranoff y arriva en 1 80/,. , pour reprendre possession de cet important établissement, avec quatre petits bâtiments montés par cent vingt Russes , et trois cent cinquante bidarhas, ou bateaux . portant huit cents Aleutiens (3) au service de la compagnie russe. Il résolut de donner sur-le-champ assaut au fort , et dans ce dessein il débarqua quatre officiers et seize canonniers avec quelques pièces de campagne pour commencer l'attaque. L'ennemi resta sur la défensive jus-

(1) Martens, Recueil de traités de paix , vol. III, p. 184. Convention entre S. M. Britannique et le roi d'Espagne, signée

au palais de Sau Lorenzo el Real , Je 28 octobre 1790.

(2) Yoyez la note A à la fin de l'article.

(3) Naturels d'Alaska , de Kadiak , de Kcnay, ou de la rivière de Cook , et des Chohachées des environs de fa baie du Prince William.

qu'à la nuit. Alors il fit une sortie et mit hors de combat tous les officiers et dix des canonniers., dont deux furent tués. Les Aleutiens prirent la fuite , et si leur retraite n'eût pas été couverte par l'artillerie des Russes , il est à présumer qu'il n'en eût pas échappé un seul. Baranoû0, ayant été blessé, chargea le capitaine Lisiansky de renouveler l'attaque. Celui-ci ayant fait battre le fort en brèche par les canons des vaisseaux, les Sitcans, qui avaient épuisé toutes leurs munitions dans le combat de la veille, l'évacué rent dans la nuit du 6. après avoir massacré tous leurs enfants en bas âge et leurs chiens, de crainte que leurs cris ne fissent connaître aux Russes la route qu'ils avaient prise. Lisiansky perdit six soldats et quelques Aleutiens. Le fort avait la forme d'un carré irrésulier, mais il était si solidement construit en clîarpente, que les boulets n'avaient pu y faire brèche , bien que les batteries n'en fussent qu'à une distance de la longueur d'un câble. Il renfermait quatorze barabaras ou maisons. Le 8 , les Russes y mirent le feu , et le lendemain ils regagnèrent le fort de la Nouvelle-Archangel(i).

(i) Les îles de Sitca sont ainsi appelées des Sitcahans , qui les fiabitent. On en compte quatre principales, savoir : Jacobin Crooze , Baranoff et Chichagoff. La partie voisine de la côte d'Amérique a e'té connue des Russes depuis le voyage du capitaine Cherikoffen 174 1; mais on ignorait si c'était une île ou si elle lésait partie du continent avant la découverte du détroit de Chatham et de plusieurs autms points importants. Le capitaine Lisiansky donna, en i8o5, le nom de Neva a un canal profond qui joint les détroits de Sitca , et de Pagoolney ou Pernicieux, à un autre canal également profond, qui communique avec le dé* troit de Chatham. Le Pagoolney a été amsi nommé, parce qu'un parti d'Aleutiens y avait été empoisonné pour avoir mangé des moules, quelques années auparavant. Ces îles sont bien boisées, et abondent en fruits sauvages. Les Russes y pèchent ann uellement 3,ooo loutres de mer environ. « Mais, dit Lisiansky, ils en recueilleraient 8,000 , si les vaisseaux des États-Unis ne s'y livraient pas aussi à cette pêche. » La population indigène se compose de 800 mâles et d'un nombre plus considérable de femelles. Ces insulaires se nourrissent de poisson et de fruits.; ils sont braves, mais cruels envers les prisonniers européens, qu'ils font périr dans les tortures, ou condamnent à de rudes travaux durant le reste de leur vie. Ils paraissent avoir du goût pour la sculpture et la peinture, quoique leur» essais en ce genre soient fort grossiers. Le capitaine Lisiansky pense que Sitca est destiné à deveftr

Expédition américaine , aiijc ordres des capitaines Lewis et Clarke , en 1804 , i8o5 et 1806 , à travers le continent américain, jusqu'à V embouchure de la Columbia dans l'Océan Pacifique, Ces officiers, après avoir reçu leurs instructions de M. Jeflèrson, président des États-Unis , s'embarquèrent à Saint Louis, le i/¥ mai 1804, sur deux pirogues et un bateau , montés par quarante- trois hommes. Ils remontèrent le Missouri l'espace de six cents lieues sans apercevoir la moindre dimiuution dans la largeur de cette rivière ou dans la rapidité du courant. Le t> juin , ils arrivèrent aux grandes chutes ; le 3 juillet suivant, ils franchirent un portage de dix-huit milles de longueur, et, k soixante^ onze milles plus loin, ils pénétrèrent dans les monts Rocky. Le 27 du même mois , après avoir parcouru un espacé de cent quatre-vingts milles , ils se trouvèrent aux trois fourches , ou affluents du Missouri, à deux mille huit cent cinquante-huit milles de son confluent avec le Misstssipi. Ils remontèrent l'affluent Jejferson sur une étendue de deux cent quarante-huit milles, jusqu'au point extrême de sa navigation, à trois mille quatre-vingt-seize milles de l'embouchure du Missouri, qui en coule quatre cent vingt-neuf dans les montagnes , et par 43° 3o' de latitude nord , et 1120 de longitude ouest de Londres. Une petite île qui s'y trouve reçut le nom de Trois mille milles , de sa situation relativement au confluent du fleuve. Le Missouri coule d'abord l'espace de douze cents milles dans la direction du nord et du nord-est . comme pour aller verser ses eaux dans la baie d'Hudson , puis tournant tout-à-coup vers le sud , non loin des villages Mandans, il va se jeter dans le Mississipi. Continuant leur route à travers les montagnes , ils rencontrèrent un parti de Shoshonées , qui leur fournit des renseignements sur une rivière située à l'ouest des montagnes. Nos

un jour le principal établissement des Russes, dans ces parages *

* Voyez les chau. 8, 9 , 10, 1 1 et la , d'un « V oyage round the world in 1 8o3 , 4 » ^ and 6 , in the ship Neva , by captai n (Jrey Lisiansky , performed by order of his Impérial Ma/es ty, Alexander /, Emperor 0/ Rnssia, in-4° London, 1814. >» Ce Voyage renferme une belle carte de Sitca et du détroit de Norfolk, dressée par ce capitaine; une autre de l'île de Kadiak et des environs, deux vues des ports de St.-Paul et de la Nouvelle- Archange! à Sitca.

Go CHHQHOLOGlfi UU»TORlQU£

voyageurs Aeur achetèrent vingt-sept chevaux , et ayant pris un de ces Indiens pour leur servir de guide , ils se mirent en route, le 3i août, pour gagner cette rivière. Leur marche fut longue et pénible, ayant eu à franchir des montagnes escarpées, des vallées couvertes de neige, et des rivières dont ils ignoraient le cours. Ils ne purent arriver au pays plat avant le 21 septembre , après avoir considérablement souffert du froid, de la fatigue, et surtout de la faim, ayant été réduits à la nécessité de tuer leurs chevaux pour subsister durant la route. Ils avaient employé cinquante jours à se rendre du lieu de leur débarquement sur la rivière de Jefferson à celui de leur embarquement sur la Kooskooskee, affluent oriental de la rivière de Lewis , qui se jette dans la Columbia. Une tribu nombreuse d'Indiens , nommés Pallolepadlors, qui habite sur les bords de la première , leur fournit une grande quantité de saumon sec et de racines. Les Américains toutefois ne purent digérer ces aliments , et force leur fut d'avoir de nouveau recours à la chair de cheval et de chien. Ils construisirent en cet endroit quatre pirogues et un petit canot, et ayant donné le reste des chevaux à garder à ces Indiens, ils s'embarquèrent de nouveau , le 7 octobre. Après avoir descendu la Rooskooskee, le Lewis et la Columbia l'espace de six cent quarante milles, ils atteignirent, le 1 7 novembre, l'embouchure de ce fleuve dans l'Océan Pacifique , après un trajet de trois mille cinq cent cinquantecinq milles depuis leur départ de Saint -Louis. Le pays environnant abondait en élans , et l'expédition subsista principalement de la chair de ces animaux durant l'hiver qu'elle y passa. Après y avoir construit le fort Clatsop, ainsi nommé d'une nation indienne du voisinage , sur les bords de la petite rivière de Nelul , qui se jette dans la Columbia du côté du sud, à quatorze milles du cap A dams , Lewis et Clarke se remirent en route, le 27 mars 10*06, pour Saint - Louis , où ils espéraient être de retour au commencement d'août. Ils trouvèrent un passage plus court et plus praticable à travers les montagnes , dans un endroit où elles s'affaissent considérablement. Depuis les plaines de Quamash, et le ruisseau du même nom , jusqu'à la TravelLer^s-Rest-creek , le chemin est si facile le long du grand sentier indien qui aboutit à une plaine, qu'on pourrait le parcourir en quatre ou cinq jours. Néanmoins nos voyageurs ne purent franchir les montagnes à cause des neiges avant le 24 juin. La distance des grandes chutes ou du canal navigable du Missouri,

DB l'àMÉRIQUE. t>I

jusqu'à l'affluent de Clarke , est d'environ cent cinquante milles. Au moyen d'une chaussée praticable pour des voitures, d'environ deux cents milles de longueur dans les montagnes , on ouvrirait une route par terre entre les deux océans. Lewis et Clarke indiquent la suivante comme la plus directe , savoir : par le Missouri jusqu'aux grandes chutes , l'espace de deux mille cinq cent soixante-quinze milles ; de là à travers les montagnes Rocky, jusqu'à l'endroit où la Kooskooskee devient navigable , trois cent quarante 5 par cette rivière , soixante- treize ; le long du cours du Lewis, cent cinquante-quatre ; et ensuite de celui de la Golumbia jusqu'à 1 Océan Pacifique , quatre cent-treize ; en tout trois mille cinq cent cinquante-cinq milles, à partir du confluent du Missouri avec le Mississipi. Le passage à travers les montagnes est très-facile, sur une étendue de deux cents milles ; mais on éprouve de grands obstacles dans le reste du trajet, surtout pendant soixante milles , qu'elles sont couvertes de neiges éternelles. Le passage n'y est praticable que depuis la fin de juin jusqu'à celle de septembre , et la Kooskoostee , le Lewis et la Columbia n'offrent une navigation sûre que depuis le Ier. avril jusqu'à la mi-août.

Nous regrettons que le manque d'espace ne nous permette pas de donner le détail des nombreuses et importantes découvertes faites par ces voyageurs américains.

Les montagnes Rocky, qui se terminent vers le 5oe deg. de lat., forment évidemment partie de la grande chaîne qui s'étend du N.-O. au S.-E. à travers le continent. Lewis et Clarke /ne purent déterminer avec précision leur hauteur , faute de baromètres, mais leurs sommets aplatis et couverts de neige aux mois d'août et de septembre, indiquaient une élévation de huit à neuf mille pieds. Ils déterminèrent, à l'aide du loc, la rapidité moyenne du Missouri à cinq milles par heure, ce qui est une nouvelle preuve de la hauteur de ces montagnes.

A l'ouest des monts Rocky on découvre une plaine haute , unie et couverte en quelques endroits de pins à longues feuilles, qui a plusieurs centaines de milles de longueur sur une largeur de cinquante, et au-delà de laquelle le sol devient graduellement plus fertile, à mesure qu'on avance vers l'ouest. Au printems, il se recouvre d'une herbe si nourrissante , qu'elle engraisse en peu de tems les chevaux du pays, malgré les fatigues auxquelles ils sont souvent exposés. Une autre grande chaîne, qui s'étend le

long de l'océan , et dont les sommets les plus élevés , nommés les monts Jefferson et Hood, sont situés entre les 44 et 45° de latitude , est également couverte de neiges perpétuelles. Elle commence à l'entrée de Cook et aboutit à la Californie. Une troisième chaîne traverse la Columbia audessus des grandes chutes, à trente milles de distance de la seconde, et la vallée intermédiaire est couverte de gros arbres , dont le bois est propre à toutes sortes dusageS. Le rivage de l'océan est bas et couvert d'herbages.

La marée se fait sentir dans la Columbia sur une étendue de cerit quatre-vingts milles; à son embouchure elle monte de huit pieds et demi. Ses principaux affluents lui arrivent du S.-E. 5 ce sont : le Clarke , le Lewis et la Multnomah , ou Wallaumut. Des navires de trois cents tonneaux peuvent la remonter jusqu'à la jonction de cette dernière l'espace de cent vingt-cinq milles , et elle est ensuite navigable pour des goélettes jusqu'à l'extrémité de la marée. C'est le seul grand fleuve qui se trouve entre les 38° et 53° de latitude. Le climat au sud de ce dernier parallèle est beaucoup plus doux que celui des pays baignés par l'Atlantique sous la même latitude. Le mercure y descend rarement au-dessous de zéro, attendu l'influence des vents de mer, et la vallée offre à peine quelque apparence de gelée au mois de novembre , époque à Laquelle commence la saison des pluies, qui dure plus ou moins jusque vers la fin de mars. La chaleur de l'été y est tempérée par une brise qui s'élève régulièrement chaque , matin des montagnes de l'est. Le cheval et le chien sont les deux seuls animaux domestiques qui se trouvent dans le pays. On y voit quatre espèces différentes de cerfs, et la plupart des animaux qu'on rencontre aux Etat-Unis. Les rivières abondent en saumons , en plies et en esturgeons : la côte est fréquentée par un grand nombre de loutres, et l'océan rempli de cétacés.

MM. Lewis et Clarke portent à 80,000 le nombre des indigènes de cette contrée. Ceux-ci se divisent en plusieurs tribus distinctes, dont les habitudes varient suivant leur position géographique. Ceux qui habitent près de la mer sont en général d'une petite taille , et ont le teint moins foncé que les Indiens de l'intérieur. Les principaux de ces peuples sont : les Chopunish, qui résident sur les bords de la Kooskooskee, près des montagnes ; les Chinooks , qui vivent sur ceux de la rivière du même nom , au nord de la Columbia; les Multnomahs , qui habitent sur la rivière de

DB l'aM£RIQU6. 63

leur nom; les Shoshonces , qui occupent le pays arrosé par le Lewis , les Sokulks, qu'on rencontre le long de la Columbia, au-dessus du confluent de ce dernier; les Pisliquitpas , qui se trouvent aussi sur les bords de ce fleuve ; les Escheloots , qui rivent auprès des grandes chutes, et les fVakkiahums , les Clatsops , les ïVolla.'wotlalis , les Ncchahokees , les Eathlamaclis , les Ski Ilots, les IVappatoos et les Shoshonees , qui habitent dans les montagnes Hocky (i).

Les naturels du pays arrosé par la Columbia sont moins grands que ceux qui peuplent la partie orientale du continent américain. Ils se distinguent surtout par la structure de leurs têtes , auxquelles ils font prendre , pendant leur enfance , la forme d'un coing , en la pressant entre deux planches de bois ou de métal. Cette compression en change tellement la forme, que le nez se trouve placé presque en ligne droite avec la partie supérieure du sourcil. Cette coutume se pratique sur une étendue de G ou 7 degrés de latitude.

Ces indigènes se nourrissent principalement de la racine du sagittaria sagitlifolia . qui abonde dans la vallée durant toute l'année. Ils sont d un naturel doux et tranquille , et se contentent de réduire à l'esclavage les prisonniers qu'ils font pendant la guerre. Dans tout le voyage, l'expédition américaine 11'eul à se plaindre que des Sioux , qui l'eussent probablement massacrée, si on ne les avait menacés de la petite vérole, fléau qui avait naguère fait de si grands ravages dans leur tribu (2).

1807. Le 22 mars, vingt-cinq hommes de l'équipage du navire américain le Boston furent massacrés à Nutka par les naturels du pays. Ils épargnèrent seulement le voilier et le canonnier à cause de leurs talents utiles (3).

(1) MM. Lewis et Clarke ont donné une nomenclature de 80 tribus différentes, avec le lieu de leurs résidences respectives. Ils en évaluent la population à 80,000 individus. Il est probable qu'ils n'ont pas eu connaissance de tous les peuples qui nabitent cette contrée, et que le nombre en est beaucoup plus considérable. M. Mctcalfe , du Kcntucky, en traitant dans la chambre des représentants la question de fa civilisation indienne, porte à 87 le nombre des tribus, et à 1 45, 000 celui des naturels qui habitent à l'ouest des montagnes Rocky.

(2) Travels of captains Lewis and Clarke ,J}'om Suint-Louis , by way of the Missouri and Columbia rivers lo tlte Pacific Océan , performed in the years 1804 , 5 et 6.

(5) Journal Kepl by Jewilt Uie Gunner. Boston , ! Sot.

Établissements des Américains à l'embouchure de la Çolumbia. Dès l'année 1785, M. Hendricks , citoyen des Étals-Unis , avait tonne un établissement à l'embouchure de la Columbia. Néanmoins le pays , arrosé par ce fleuve , ne commença à être bien connu qu'en 1806. A cette époque, les voyageurs Lewis et Clarke y arrivèrent , après avoir traversé tout le continent, et les renseignements qu'ils fournirent sur les ressources qu'il présentait , sur le commerce des fourrures et sur la pèche de la baleine dans les mers voisines, fixèrent sérieusement l'attention des Américains.

M. Astor, riche négociant de New-York , fut le premier qui forma le projet de fonder un établissement régulier pour le commerce des fourrures sur cette côte. Il fit partir dans cette intention, au mois de Septembre 18 10, le navire le Tonquin , portant vingt canons et soixante hommes d'équi-

5 âge , et à bord duquel il embarqua cent vingt personnes , estinées à former l'établissement en question. Cette expédition doubla le cap Horn , et arriva , le 22 mars suivant , à l'embouchure de la Columbia , qu'elle remonta à quelques milles au-dessus du fort Clatsop , pour y bâtir la ville à! Astoria. Plusieurs des colons s'occupèrent exclusivement du commerce des fourrures avec les naturels, et d'autres se livrèrent à des travaux agricoles , auxquels ils trouvèrent le sol on ne peut plus favorable. Trente d'entre eux restèrent à Astoria, et les quatre-vingt-dix autres furent répartis , pendant les deux années suivantes, sur cinq points différents, où ils formèrent autant d'établissements, savoir : au confluent de la rivière de Lewis ; un deuxième à Lanlou ; un troisième sur la Columbia, à six cents milles de l'océan, au confluent de la Wantoma; un quatrième sur Y affluent oriental du Lewis , et le cinquième sur la Multnomah, Les colons s'engageaient à cultiver la terre pour leur subsistance, et à faire le commerce des fourrures avec les naturels , au moyen de marchandises qu'ils tireraient du dépôt d' Astoria.

M. Astor fit partir en même tems une expédition par terre qui devait traverser tout le continent de l'Amérique , jusqu'à cet établissement.

Le capitaine Tliorn, lieutenant de la marine des États-Unis, qui commandait le Tonquin, ayant bâti un fort et une maison, y laissa trente hommes (qui y furent rejoints quelques mois après par l'expédi lion de terre ) , et, le 1 er juin 1 81 1 , il sortit de la Columbia, pour aller trafiquer le long des côtes. Etant

de l'Amérique. 65

arrivé dans une baie, à 200 milles an nord de ce fleuve , les naturels attaquèrent son vaisseau , îe feu prit au magasin à poudre ; le navire et l'équipage sautèrent en 1 air:

La colonie qui jusqu'alors avait été dans un étât trèsflorissant , se ressentît de la perte duTonquin ; ce qui toutefois ne Fempêcha pas de continuer le commerce des fourrures f qui était devenu très-productîf. '

Au mois d'octobre 181 1 , M. Astor envoya de New-York , un autre navire, le Beaver, ou Castor, de 20 canons çt de 60 à 70 hommes d'équipage, lequel arriva à Astoiia, au mois de mai de l'année suivante , avec des marchandises et des, provisions.

Après le commencement des hostilités entre les Etats-Unis et l'Angleterre, en 1812, M. Mac Dougall, principal agent de M. Astor, céda la propriété de rétablissement à la compagnie du N.-O. , dont il devint un des associés, pour la somme de 58,ooo dollars , bien que M. Astor l'eût évaluée à près de 200,000.

En 181 3, cette compagnie, voulant former un établissement à l'embouchure delà Columbia, venait d'en demander l'autorisation au gouvernement, lorsque le sloop de guerre ançlais, leRacoon, arriva dans ce fleuve, et, à l'aide des Indiens que les traitants des compagnies anglaises du N.-O. et de la baie d'Hudson avaient armés contre les Américains prit possession d'Astoria, au nom du roi d'Angleterre, et l'appela Fort Georges ( 1 ). En 1 8 r 7 , le gouvernement des Etats - Unis envoya le capitaine Biddie, avec là goélette Ontario /pour reprendre cet établissement. Mais, à* la paix qui suivit de

-es ceHe expédition , ce poste important fut rendu aux Ëtats- : „...• 1 ~ J.. * ' J r«„ j n

H. Shcriff, capitaine du vaisseau de S. M. , 1 'Andromaçue , procéda, le 6 octobre , conjointement avec James Keitk, so-

(1) State-Papers-Lelter ofJ.-J Astor to tke Secretdry ofSléte ofthe United Suaes! Ne^ropk*4jàrtu«ry>*S& ' ?

ciétaii e de la compagnie du nord-ouest , à la remise d'Astoria, à /. B. Prévost, agent des Etats-Unis (i).

Le projet de former une colonie près de l'embouchure de la Colombie, a été proposé plusieurs lois, depuis quelques années , par un membre de la chambre des représentants des Etats-Unis. Tout chef de famille qui désirerait aller s'établir dans le pays, obtiendra gratis une certaine portion de terrain, et lorsque la population de lYtablisseiuenl s élèvera à 200,000 ames . tout ce territoire sera admis dans l'union , sous le titre de territoire de l'Oregan.

181 fi. Cette année le capitaine russe Otto Von Kotzthuc franchit le détroit iie Behring, et pénétra dans un golfe sur la côte d'Amérique, où il fit d'importantes observations sur les courans et les marées (2V

181 8. Vers la fin de cette année, deux navires de Buenos* Ayres , l'un de ?ti et l'autre de 2.\ canons, arrivèrent des îles Sandwich pour faire une tentative sur la Californie. Us enlevèrent sans beaucoup de résistance rétablissement de Monterey et les Présidios du sud, quoique le gouvernement eût été averti de leur projet, par un brick américain arrivé à San ta -Barbara (3).

Pir tentions des Etats-Unis à la côte de l'Océan Pacifique jusqu'au 6o° de latitude. Les Etats-Unis allèguent que le gouvernement espagnol est le seul qui ait formé des prétentions sur une partie de cette côte, depuis le cap llorn jusqu'au G6° de latitude septentrionale, La Grande-Li ela^nc après la guerre de ij5y, avait renoncé au droit qu'elle s'était arrôge, d'accorder des chartes (comme cela avait eu lieu pour la Virginie eu 1G0G, 1608 et 1611 ), pour prendre possession du pays, situé entre les Océans Pacifique et Atlantique, et qui n'appartiendrait préalablement à aucun prince ou peuple. Elle révoqua même la charte qu'elle avait accordée à la Géorgie, et, en I/G3, elle se borna à ne concéder ainsi que le territoire confinant à l'ouest au Mississipi. L Espagne, en raison de son droit de découverte, des éta-

( 1 ) Report qf the Secretary qf staie qf the United , itt

compliance with a résolution qf the tiouse qf représentatives t etc.

(t) A Voyage of discovery into the South sea and Behring*' iftroji, etc.,, 3 vol. in-^.

(3) Voyage etc, de M. de J\oqu«feuil , tome II, p. 25o. '

ds l'Amérique 6j

bassement s qu'elle avait forints au Mexique, et de son titre à la possession de la Louisiane, réclamait la rot** baignée par la mer Pacifique, jusqu'au tto° de latitude nord. Pour appuyer cette prétention elle 'y avait même envoyé on vaisseau de guerre commande par le capitaine Martin!*/, avec ordre de capturer, ou d'en chasser tous les bâtiment* anglais , qui y avaient clé expédiés par des négocians des ludes Orientales ; et plusieurs d'entre eux étaient même tombés au pouvoir des Espagnols. L'année suivante, celte < »rconstance fut le sujet d'un message du roi d'Angleterre au parlement; et néanmoins ce prince n'y lésait valoir aucun titre à la possession d'une partie quelconque de ce territoire ; il y insistait seulement sur la jouissance de certains privilèges sur cette côte, et obtint en conséquence le d roi t de pêche jusques et y compris le golfede Californie. Par le traité de Saint-Ildcfonse , la France fut investie de la possession de tout le territoire réclamé* par l'Espagne j et les États-Unis, ayant à leur tour acquis le droit de la France a ces pays par le traité de i8o3, il en résulte qu'ils sont de droit maîtres de cette côte depuis le Hti" jusqu'au 0o° de latitude nord. Si toutefois il s'élevait des doutes sur la validité des prétentions des États-tnis jusqu'à ce dernier méridien, il n'en pouvait exister quant à la côte qui s'étend depuis l'embouchure de la Columhia jusqu'à un point situé à égale distance des établissements espagnols de la Calilornie alors existants; ce qui leur assurait une étendue de côtes , le long de l'Océan Pacifique , de 13 degrés de latitude (1).

1818. Arficlè du traite entre la Grande- B re tac ne et 1rs Jùats-t 'm\ boncetUàht la cote nord-ouest de I Amérique. Les gouvernements de la Grande-Bretagne et des Ktats-l nis n'étant j)as d'accord sur la lii*ne de démarcation septentrionale entre leurs possessions situées à 1 ouest des Monts Rocky, il fut convenu, entre eux , par le traité signé à Londres, le 20 octobre 181 8, « que tous les pays sur la côte à l'ouest de ces montagnes, qui pourraient être réclamés par* l'une ou l'autre des parties contractantes, seraient libres et ouverts pendant dix. années, aux navires, aux

• (j) Rapport du comité charge d'examiner la situation des établissements sur les côtes de 1 Océan Pacifique, cl les avantages que présenterait l'occupation do la Golumbia , lu Te a5 janvier

D0 CHRONOLOGIE UISTOJIIQUK

citoyens et aux sujets des deux hautes puissances; bien entendu que cet arrangement ne devra préjudicier en rien aux prétentions <jue l'une ou l'autre pourrait avoir à une partie de ces pays, et qu'il ne sera pas non plus regardé comme aiiectant les prétentions de toute autre puissance à une portion quelconque de cette contrée. »

Voyage autour du Monde, par Camille de Roquefeuil, en 1816,1817. 1818e* i8u). M. de Roquefeuil , commandant du navire le Bordelais, partit de Bordeaux, le n octobre i&jci , doubla le cap Horn, relâcha à Valparaiso etau Callao, et de là se rendit ù la Californie , où il aborda à San Francisco, le 14 août 181 7. De ce port il se dirigea vers la côte du nordouest de l'Amérique pour y prendre "un chargement de pelleteries , et jeta l'ancre dans l'entrée de Nutka , le 5 septembre suivant. Il y lut parfaitement accuelli des naturels, avec lesquels il commença ses échanges; mais l'approche de la mauvaise saison le contraignit à aller passer l'hiver aux îles iMarquises. Pendant les deux mois qu'il séjourna dans cet archipel, ce capitaine recueillit des notions exactes sur sa navigation, les mœurs des habitants, et sur ses productions. Après y avoir pris sa provision de bois de sandal, il lit de nouveau voile pour la cote d'Amérique, et alla débarquer à la Nouvelle- Archangel, le 5 avril 1818. Là, il conclut un traité avec le commandant russe pour faire la chasse aux loutres , la compagnie s'engageant de lui fournir trente Baidarkas , ou bateaux de peaux , montés chacun de deux hommes, et lui s engageant èr partager également les profits avec elle, et à lui payer déplus une indemnité de 200 piastres pour. chaque chasseur qui perdrait la vie dans unè attaque de la part tfes Indiens. M. de Roquefeuil ayant embarqué ses hommes remonta avec eux la côte jusquà Kowalt, mais assailli le troisième jour par les Indiens, qui lui tuèrent 24 hommes et en blessèrent 12 , il fut forcé de renoncer à l'entreprise. Il passa ensuite plus de 6 mois a explorer la côte du nord-ouest qu'il longea jusqu'au 60" de latitude; visita les îles de la Reine-Charlotte et du Prince de Galles, et acquit sur ces parages des notions importantes pour leur navigation. Il toucha Je nouveau à Nutka. le 5 septembre 1818- mais trompé dans l'attente qu'il avait conçue d'y trouver des pelleteries , il retourna à San Francisco, pour y prendre un chargement de blé destiné à payer les chasseurs tués par les Indiens. Il y reçut des pères de cette mission l'accueil le plus hospitalier. De là il lit voile pour

DE LAMÉRIOUE.

définitivement la côte du nord-ouest de l'Amérique, décembre 1818, et fil route pour les îles Sandwich el la Chine. •

Le capitaine Roquefeuil a recueilli les renseignements les plus précieux sur toute cette côte, particulièrement sur les missions espagnoles de la Californie, sur Nutka et ses habitants , et sur les établissements russes dans ces parages (i).

1819. Cession par l'Espagne aux Etats-Unis de la bâte occidentale de V Amérique , au-dessus du 42* de latitudk nord. Par le troisième article du traité fconclu entre l'Espagne et les Etats-Unis, et signé à Washington , le 22 février 18 19 . par John Quincy A dams , et Luis de Onis , lequel traite fut depuis ratifié par le roi d'Espagne, à Madrid , le a£ octobre 1820, et par le sénat des Etats-Unis4, le 37 février 1821 , l'Espagne céda au* Etats-Unis, tous ses droits à la côte occidentale de l'Amérique, au-dessus du 4*° de latitude nord,, et conséquemment tous les pays découverts par les navigateurs espagnols au-delà de ce parallèle, appartiennent aux Etats-Unis.

1821. Ukase ou édit de Sa Majesté Impériale , l'Autocrate de toutes les Russies , adressé au Sénat Directeur, le 4 septembre 182 1, et dans lequel ce orince prétend avoir des droits sur une étendue considérable de cette côte (2). « Les rapports, y est-il dit, qui nous ont été présentés, ont porté A notre çonuaissance que le coinmerce, de nos sujets dans les parages des îles Aleu tiennes et de la côte du nord-ouest de l'Amérique, appartenante à la Russie, éprouve de grandes entraves, à cause du trafic secret et illicite qui s'y fait; et nous étant assurés que la cause principale de ces difficultés provient du manque de règlements qui établissent les limites de

(1) Journal d'un voyage autour du monde, pendant les années 1816, 1817, i8i8et 1819, par M. Camille de Roquefeuil /lieutenant de vaisseau , chevalier de Sàirït-Louis et Je la Légiond'Honneur , commandant le navire le Bordelais, armé par M. Balguerie Junior, de Bordeaux; 2 vol. in-8°. Paris, iSsS. ( Voyez la note B a la fin de l'article". ) * Id -.1

(2) Cet ukase se compose de 63 sections ou articles, et se trouve dans les pièces officielles du gouvernement américain, publiées u Washington. . .. t*

la navigation le Ions de ces cotes , et le droit de naviguer tant dans ces parages- que sur toute l'étendue de la côte orientale de la Sibérie et de celle des îles Kurdes, nous avons juge convenable de les définir par des règlements particuliers.

Première Section. Le droit de commerce et de pêche ainsi que celui d'exercer quelque branche d'industrie que cè soit dans les des, ports et golfes, y compris toute rétendue de la cote du nord-ouest de l'Amérique, à partir du détroit de Behring, jusqu'au 5i« de latitude septentrioî ï î ? SS?? leS î,es A,e«tiennes jusqu'à la côte orientale de la Sibérie, ainsi que dans les parages des îles Kurilcs, depuis le détroit de Behring jusqu'au cap méridional de liledUrup, par 45° 5o' de latitude nord, sont exclusivement reserves aux sujets de la Russie.

Section deuxième. Il est en conséquence défendu à tous navires étrangers , non-seulement d'aborder sur la côte et les îles ci-dessus , appartenant à la Russie, mais encore d'en approcher de moins de cent milles italiens.

Cette prétention a été appuyée par les raisons suivantes , données par M. Polelica , ministre plénipotentiaire de Russie, auprès des Etats-Unis.

i°. La Russie possède ces côtes par droit de découvertescar les capitaines Behring et Tchcrikoff ont poussé leurs reconn^ssauces, en 1 728 et 174, , le long des côtes américaines, jusquau Vf9* parallèle, ou le capitaine espagnol flaro trouva

t Î î1 ÀCS riVSSes en W\ c'e'fait ,6l>esie de l'équipage de Ichenkoff, quon avait supposé avoir péri. Divers autres nav nés russes, tels que le Ch/od/to//) Scrtbrcanicoff, Krasilwcoff \ Payroff, Pousc.hcarcff, Larareff, Medtedeff, Solowieff, LewasheJ/) Krcnitzin, etc. , ont depuis visité ces côtes ; et si la Russie avait pris soin de publier leurs découvertes , on ne pourrait pas élever de difficultés sur le droit de première découverte appartenant aux Russes.

20. Le droit de première occupation leur appartient également; car dès l'année i763, il existait un établissement russe a Kadiak: et, sous le règne de Paul I», un ukaSe détermina le 55o de latitude, comme limite des possessions de a compagnie russe américaine. Les Espagnols, qui virent les établissements russes sur ces côtes ; n'élevèrent aucune plainte, et le capitaine Malaspina reconnut que les possessions espagnoles ne s'étendaient pas au-delà du /f2- parallèle de lat. Lnhn la défense d'approcher de ces côte» à plus de 100 milles italiens, est une simple mesure de précaution

contre les aventuriers , la plupart Américains, qui se permettent d'apporter des armes et des inanitions, pour les vendre aux tribus indigènes et les excitent par là à se soulever contre lès autorités russes. « Cette défense, ajoute M. de Pôle tica, aurait pu être plus rigoureuse encore; car les mers en question étant bordées des deux côtés par des possessions russes , depuis le 45e jparallèle sur le. rivage asiatique jus-

3uau 5i« sur celui d'Amérique, elles ont lout le caractère e mers fermées , et la Russie aurait pu, par conséquent, y exèrcèr les droits de souveraineté et en interdire tout -à - £ait I'eauée (0.

Dans la réponse de M. John Quincy Adains , secrétaire

prise de possession des la compagnie russe améqu'elle veut étendre les limites de ses possessions jusqu'au 5i° de lat. , que, cependant, elle ne possède aucun établissement au-delà de Nouvelle- Archangel , sous le 67° de lat., et que le silence que les autres puissances ont gardé sur cet établissement, vient de son peu d'importance. Enfin , ce qui l'étonné plus encore que la prise de possession , c'est , dilr-il, la défense d'approcher des côtes, de iqo milles italiens, ou 33 lieues nautiques, défense dont l'histoire moderne n'offre pas d'exemple. Il déclare que les Américains, ayant navigué dans ces mers et commercé avec les Indigènes depuis l'époque où ils ont formé une nation indépendante , il regarde ce droit comme fesant partie de leur indépendance nationale ; que la largeur de cet Océan-Oriental , appelé Mer fermée, entre les* deux points extrêmes qu'ils réclament , est de 4*ooo lieues nau tiques , ou i333 lieues nautiques de France. * Tous les points en discussion entre l'a Hussie et les Etats- Unis , ont été arrangés par un traité signé à St.-Pétersbourg, le i y avril x'9s4> €e traité comprend six articles :

Le i *r. déclare l'a navigation de l'Océan Pacifique libre nour les deux parties et reconnaît à chacune le droit de pêche et celui de débarquement sur tous les points de la côte N.-0,

(1) Message frorn the Président of theK United States transmitting the information renuired by a résolution of tfie House ofUerpresenlntives , qf the l&^.feb. last, in relation tô daims selup by foreifpi , governments io TerritoTyofïhëVnited States upûri the Pacifie Océan , nort/i of the fytP cf tak «u;,* 17 af>rH 18**/

72 CHROIfOlOGIE HISTORIQUE

non occupés, mais seulement pour commercer avec les indi-

gènes.

Par l'article a, les habitants des deux nations ne pourront débarquer sur le* points occupés par l'autre , sans l'autorisation du gouverneur ou du commandant.

L'art. 3 fixe la ligne frontière au 54° *• les Etats-Unis s'enga géant à ne former d'établissement au nord, ni les Russes au midi de cette ligne.

L'art. 4 donne 'aux deux nations la libre entrée , pendant dix ans , dans leurs ports , golfes , etc. , respectifs , pour pécher et commercer avec les naturels.

L'art. 5 prohibele commerce des armes à feu et des liqueurs. La violation de cette disposition sera punie , non par la saisie du bâtiment , mais par des peines qui seront prescrites par chaque gouvernement , à l'égard de leurs propres sujets.

L'art. 6 fixe la ratification dans les dix mois qui suivront la date du traité.

Contestation entre l'Angleterre et la Russie. L'Angleterre réclamait une étendue de six degrés de côtes, comprise dans F ukase impérial , parce que ses navigateurs lui avaient donné les noms qu'elles portent. Par exemple , Vancouver avait appelé New-Georgia, le canal de Jervis, New Hanover la côte qui s'étend depuis le cap Blanco jusqu'au 53° 1/2 y Nëw- Cornwall , celle qui se prolonge jusqu'au 570 5 et New-Nor- Jblk , la baie de Behring. De la à la mer Glaciale , toute la côte et les archipels qui la.bordent , ont reçu le nom d'Amé* rique Fusse. L'Angleterre accuse cette puissance d'avoir cherché à s'étendre sur la côte septentrionale jusqu'à la rivière de Mac-Kenzie ; à Test, dans tout le pays jusqu'à l'Océan Pacifique , et à 10. , sur près de la moitié de la partie de l'Amérique du nord , où se trouvent les animaux à fourrures.

Depuis quelques années, la compagnie anglaise des fourrures a établi des factoreries à l'ouest des Monts Rocky , depuis la Columbia jusqu'au 55° de lat. nord. Elle en a une entre autres sur le bord d'un fleuve, parle 54 1/2 de latitude et le 125 dé longitude ouest , à environ 180 milles de l'Observatory-lnlet de Vancouver , dont l'extrémité est sous le 55° i5' de lat. IN. et le 1290 44' de longitude O.

M. Daniel Williams Harmony qui a entrepris un voyage à la "Nouvelle-Calédonie y pour le compte de la compagnie du "N.-O, dont il était lui-même un des agents , a publié, en 1820, des renseignements importants sur le pays, jusqu'à-

DE l'aMERIQUE. -3

lors peu connu, qui s'étend entre les /f8° et 570 de latitude 0. , l'espace de 5oo milles du N. au S. , et de 6bo a /, 00 de l'E. à 1*0. On trouve aussi dans son ouvrage des données très-curieuses sur les Indiens de ce pays , dont il n évalue le nombre qu'à 5ooo , et sur ceux qui habitent à TE. des Monts Rocky (ou montagnes rocheuses), ainsi qu'une description des principaux animaux qui peuplent la partie N.-O. de L'Amérique (1),

1 825. Convention conclue entre la Grande-Bretagne et la Russie au sujet de la libre navigation , du commerce et des pêcheries de V Océan Pacifique; et de là ligne de démarcation de leurs possessions respectives sur la côte nord-ouest de l'Amérique, Il fut, convenu que la ligne de démarcation , entre les possessions des deux puissances contractantes , sur la côte nord-ouest de l'Amérique , commencerait à partir de l'extrémité la pins méridionale de l'île du Prince de Galles . par latitude nord 5/f° 4<>'. et entre les i3i° et 1 33° dégrés de longitude ouest de Greenwich ; qu'elle s'étendrait du canal de Portland, jusqu'au 56°; que de là elle suivrait le sommet des montagnes parallèles à la côte jusqu'au 1/^1° dégré de longitude ouest (même méridien); et qu'enfin ce dernier parallèle servirait de limite entre les possessions anglaises et russes sur le continent américain, jusqu'à l'Océan Glacial ; quel'île du prince de Galles appartiendrait exclusivement à la Russie; que lorsque le sommet des montagnes s'écarterait de plus de dix lieues marines des côtes, à partir du 56° de latitude, jusqu'au i4i° de longitude, il serait tracé une ligne parallèle, à cette distance des côtes qui en suivrait les sinuosités; que les sujets des deux puissances ne pourront former d 'établissement que dans les possessions de leurs gouvernements respectifs ; que les sujets anglais , soit qu'ils viennent de l'Océan ou qu'ils arrivent de l'intérieur, pourront naviguer librement et sans obstacle sur les fleuves et rivières qui dépassent la ligne de démarcation, convenue ci-dessus , pour aller se jeter dans la mer Pacifique ; que les sujets des deux puissances pourront parcourir librement et sans obstacle durant l'espace de dix ans a partir de la ratification du présent traité , toutes les mers intérieures , les golfes , les havres

(1) A Journal oj voyages and travels in the interior of North America, between the 47lh« and 58 lh. de grées of nortli latitude etc. tbr Daniel Williams Harmon, 1 vol. iu-80., with a map, Andover. Verraont, 1820.

j4 CHRONOLOGIE niSTORIQUE

et les criques situés le long des côtes mentionnées ci-dessus, pour y faire la pêcbe ou trafiquer avec les naturels du pays,que le port de Sitca, ou de la Nouvelle Archangel, sera ouvert aux bâtiments de la Grande-Bretagne durant dix ans ; et que dans le cas où ce terme d'années serait prolongé pour toute autre puissance, il léserait également pour la Grande-Bretagne; que cette liberté de commerce ne s'étendra p is aux liqueurs spi ri tueuses , aux armes à feu , ou autres armes, à la poudre à tirer ni à d'autres munitions de guerre, qu'il est expressément défendu de vendre ou de livrer de quelque manière .que ce soit aux naturels de ces contrées; que tout vaisseau anglais ou russe, forcé par la tempête ou par un accident quelconque , de relâcher dans un des ports des puissances respectives , pourra s'y radouber , y prendre les provisions dont il aura besoin , et en sortir sans payer d'autres droits que ceux du port et de fanal , lesquels seront les mêmes que ceux perçus sur des bâtiments nationaux; et , que dans le cas où le maître du navire se verrait obligé de disposer d'une partie de sa cargaison , pour payer ses dépenses , il sera tenu de se conformer aux règlements et tarifs 'de I endroit où il aura abordé ; que , dans les cas d'infraction aux articles du présent traité, les autorités civiles et militaires des deux puissances ne devront rien entreprendre , ni adopter de mesure coercitive , mais bien faire un rapport exact et circonstancié des faits à leurs cours respectives , qui s'engagent à aplanir les différends d'une manière amicale et conforme aux principes de la justice.

Fait à Saint-Pétersbourg , le 28 (16) février i825 , et signé par MM. Stratford Canning, le comte de Nesselrode, et Pierre de Poletica; 1

Note A. — Etablissements des Russes sur lu cote N.-O. de V Amérique. Dans la première charte accordée par l'empereur Paul , en 1799, à la compagnie russe de l'Amérique, la limite de ses possessions au sud était fixée au 55e parallèle. Néanmoins , en j8io, les Russes ont formé un établissement à quelques lieues de San Francisco, la colonie espagnole la plus septentrionale de la Californie, et qui est située par lat. N. 07° 56'. Un des grands avantages que leur offre le voisinage de cet ancien établissement, c'est de trouver de nombreuses troupes de bêtes à cornes , de chevaux et d'autres animaux domestiques qui en proviennent, et qui parcourent dans l'état sauvage les bois environnants.

DZ L'AMÉRIQUE. jS

Cette même année, la Russie a pris possession de l'île d'A tooi , une des îles Sandwich, et par ce moyen elle commande la partie septentrionale de l'Océan Pacifique, et protège ses établissements sur la côte du N.-O. de l'Amérique.

Les Russes occupent actuellement tout l'arc que forme la cote de l'Amérique depuis le Cap-Cross jusqua la pointe d'Alaska. Le chef-lieu de leurs possessions sur le continent et sur les îles qui en dépendent est la Nouvelle-Archangel, qui est située sur une pointe de rochers que la mer baigne de i'Q, au S -O. , par latitude M. 5y° 5', et par longitude O. i57° 56' de Paris.

Kadiak, grande île située a l'extrémité orientale de l'archipel des A 1 eu tiennes , vers l'embouchure de l'entrée de Cook , a environ i5o milles de longueur sur 70 de largeur. Le terroir en est généralement stérile, et elle est habitée par 564 créoles Kaurs ou Aleutiens au service des Russes, et par 5,636 sauvages qui se livrent à la pêche de la baleine. Le principal port de l'île est situé par latitude 1NT. 57» 46% et par longitude O. iSi* 18' de Greenwich. . .

Sitka , autre établissement important que les Russes possèdent dans ces parages , se trouve dans une île de la baie de Norfolk , nommée BaranofF, par latitude N. 57° i\ et par long. O. i55° 54' de Greenwich.

Sitka est l'entrepôt des autres comptoirs russes sur cette côte. On y fait un commerce fort étendu avec les Kaloches (1), ou naturels du pays, qui y apportent des peaux de loutres en échange de couvertures de laine, de draps grossiers , de tabac et d'autres objets. Les colons entretiennent aussi , avec les Espagnols de la Californie, le commerce des grains et des piastres. La population de l'établissement est de 400 Européens et de 3oo Aleutiens.

Les Russes ont également des comptoirs: 1°. Au cap Kenaye , sur la rivière de Cook , où il y a une petite forteresse, nommée Alexandre , et une population de 3o Européens et de5o indigènes ; 2°. a Tschouyatche , dans la baie du même nom , par lat. S. 6o<>, et long. E. 229° de l'île de Fer; 3°. à la forteresse de JNowa Rosieska, dans la baie de Yacontal ou de Yacoutal, près du Mont- Élie, parlât. N. 6o° ii\ et long. O. l4i° de Greenwich; 4°. à Post-Ross, dans la^baie de Bodéga , sur la cote de la Nouvelle- Albion, lat. N. 38° 5o', long. 45', dont la population tant russe qu'américaine est de 125 individus; 5°. a l'île d'Oonalashka, par 53° 54' de lat. N. , et long. O. 166* iï de Greenwich, et qui compte 3oo Russes ou Aleutiens ; 6°. aux îles de St.-Georges et de St.-Paul, par les 57° de lat., et 1690 5o' de long. O.; popu-

(1) On appelle Kaloches ou Colloshes , les naturels qui habitaient sur la côte entre Jacootat , ou la baie de Behring, et le 57° de latitude nord; leur nombre s'élève à envîrofl 10,000 ; et ils sont divise» en plusieurs tribus.

76 CHBOKOLOGIE HISTORIQUE

iation i5o habitants ; 70. à l'île XAteka; 8°. à celle de Behring ou île de Cuivre, etc.

Les Russes retirent un grand profit de la pèche de la loutre de mer, et du veau marin et de la chasse du castor, des ours et des renards noirs, rouges et blancs (1).

Les établissements russes sur la côte N.-O. de l'Amérique, sont régis par un gouverneur-général ou commandant en chef, qui a sous ses ordres divers agents, nommés, comme lui , par la compagnie de St.-Pétersbourg. Les établissements les moins étendus sont soumis a des intendants, choisis par le gouverneur, et qui relèvent directement de lui. Le siège de l'administration est au port de St. -Paul, où il y a une église, une caserne, plusieurs maisons en bois , et des magasins pour les fourrures. On expédie ces dernières pour Ochotsk , d'où elles sont ensuite envoyées en Russie, ou à Kiahta, qui est l'entrepôt du commerce russe avec la Chine (2).

La population totale delà Nouvelle-Archangel , selon M. de Roquefeuil, réunissait, en 1818 , environ 600 individus, dont 160 Russes et 100 Créoles; le reste se composant de Kodiaques et de naturels des îles Aleutiennes. « Il n'y a probablement pas , dit-il, plus de 600 Russes natifs dans tous ces pays, sur le continent et dans les îles, et la population indigène, quelque faible qu'on la suppose, doit être au moins centuple. »

A la même époque, la manne de la coinpagkie se composait de 10 bâtiments de vingt-cinq à trois cent cinquante tonneaux, savoir : sept à flot , tant a la Nouvelle-Archangel qu'en mission, et trois en construction , dont deux en Californie et un* au cheflieu. Dans ce nombre toutefois ne sont pas compris ceux que la compagnie expédie d'Europe (3).

La compagnie russe d'Amérique obtint , par sa charte d'incorporation, en date du 27 janvier 1799, le privilège exclusif de commercer et de former des établissements sur toute l'étendue des côtes occidentales de l'Amérique du nord, dont la découverte avait été faite par les navigateurs de cette nation. Par un règlement subséquent, du 1er juillet 179g, la compagnie, qui avait d'abord émis 724 actions, fut autorisée a en émettre 1,000 autres, au même taux que les premières. Le bilan de l'association, qui fut dressé quelques années après , fit voir que le capital de cette compagnie s'était augmenté, dans les trois dernières, dans la proportion de 100 à 55o, et qu'il était au premier janvier 1001, de 2>747>°°4 roubles. En conséquence, le prix des actions fut fixé à 0,727 roubles. Cependant, pour faciliter le placement des nouvelles actions , le gouvernement permit de les diviser en portions

(1) Annales maritimes , annr'e 1JJ22 , p. 3ao.

(2) Lisiansky , etc. Chap. **

(3) M. \ie iïoçuefeuit, tome 2 , chap. XVI.

DE L'iMÉRIQUE.

de la valeur de 5oo roubles chacune. Par ce moyen , cilcs trouvèrent des acheteurs et prirent laveur dans le public (i).

Notice statistique de V Amérique Russe , d'après Hassel , communiquée par F obligeance de M. Huber, attaché au ministère des affaires étrangères. Le territoire de l'Amérique septentrionale vers TO. , que la Russie considère être sous sa domination , renferme :

i°. Le pays des Kithegn

es

3,ooo habitants.

4,ooo.

5,ooo.

a°. Id. des Tschouktsches.

3°. Id. des Konaigues .

4°. Id. des Kénaizes. .

5°. Id. des Tschougatsches.

6°. Id. des Ougataschraioutes.

70. Id. des Kouliouches. ... 12,000. 8°. La Factorerie de Bodaço, sur la côte de la Nouvelle-Albion. Les Russes fondent aussi des prétentions sur , 1°. L'archipel de Georges III; 2°. Les îles de l'Amirauté; 5°. L'archipel du Duc d'York ;

4°. Id. du Prince de Galles, dont la Grande-Bretagne leur conteste la suzeraineté.

Situation géographique entre les 21 2° 20' et 1^0° de longitude orientale et les 56° 3o* et 71° de latitude nord. La superficie est évaluée a 24,000 milles carrés géographiques.

Les plus hautes montagnes sont :

1°. Le mont Saint-Élic, qui a 17,860 pieds d'élévation ; 20. Id. Fairvveather, 14,900.

La population, en est évaluée, par approximation , à 5o,ooo âmes , y compris les îles Aléoutes, a'apres Géleckof ( 1794 ) » dont 19,000 sont Kouliouches et Ougataschmioutes de race indienne ; 3o,ooo Tsougatsches , Kénaizes, Konaigues, Tschouktsches etKithegnes de la race des Esquimaux, et 1,000 Russes et Aléoutes. Tous sont Chamans, à l'exception des Russes qui appartiennent au rit grec.

Le principal lieu habité s'appelle Nouvelle-Archangel , à 56°. 4o' de latitude , et 2420 24' de longitude , avec une population de 1,000 âmes environ ; il y a en outre huit forts russes et douze factoreries.

Iles de la Russie dans les deux mers. i° Dans l'Océan polaire : La nouvelle Sibérie. . . 945 milles carrés géographiques. Des Ours et de la Croix. . i5 Id.

Koulourouk Klioutschin , habitées que par des animaux des régions glaciales.

(1) Ces renseignements, tires de l'Histoire de la Compagnie, par Storch , tome I, nous ont été obligeamment fournis par M. le baron Coquebert de Montbret.

2°. Dans l'Océan austral :

Les 4 îles d'OEillets ( NeUcen Inschi), 10 railles car. géograph 70. . 55o liai».

De Saini-Laurent 4,000

Groupe de Saint-Matvoy.

Groupe de Pribilof.

Iles AI doutes 482. 6,000

ouriles 1 45. . 1,000

Les peuples qui habitent ces îles sont :

Aléoutes, au nombre de 5,5oo

Tschouktsches 4,55o

Kamtschadales . 1,000

Russes et Cosaques 5oo

La plus haute montagne de ces îles est le pic d'Ounalaschka . qui a 7,o5o pieds d'élévation, et celui d'Onokolan, 3,ooo.

Note B. — Le navigateur anglais Dixon fut le premier qui fit connaître les avantages du commerce des pelleteries sur ces cotes. En 179*2, ce commerce employait déjà vingt-deux navires, dont onze anglais, huit américains, deux portugais et un français. Le capitaine Gray, commandant de la Colurabîa, recueillit, cette année , environ trois mille peaux (1). En 1801 , on comptait seize bâtiments des États-Unis et un anglais engagés dans ce commerce; et plus de dix-huit mille peaux rte loutres de mer et une grande quantité d'autres pelleteries furent expédiées a la Chine. Ces bâtiments portaient de vingt-cinq a trente hommes d'équipage. Ils se rendaient delà côte ft.-O. aux îles Sandwich pourprendre un chargement de bois de sandal, et de là fesaient voile pour Canton , où ils échangeaient ces objets contre des thés , et retournaient ensuite aux Etats-Unis. Ce voyage* durait trois ans. Le trajet de la Columbia à la Chine s exécutait en cinquante à soixante-dix jours.

Les années 1804, i8o5, 1806 et 1807, dit M. de Roquefeuil, ont été l'époque la plus florissante de la traite des pelleteries (a). Dans ce laps de tems , les Américains introduisirent a la Chine cio-

cent soixante-deux. Les deux années de guerre, i8i3 et 1814, ne donnèrent que six mille deux cents peaux; celles de i8i5 , 1816 et 1817 respectivement, quatre mille trois cents, trois raille six cent cinquante et quatre mille cent soixante-dix-sept. Le produit de 18 10 a été estimé de quatre mille cinq cents a quatre raille

(1) Relation del Viagc hecho par las go le tas Sulil y ftlexkana, p. 11a.

(a) Voyage de M. de Roquefeuil, tora. II, ch. 16.

Luit cents. Le prix moyen de cette espèce de pelleterie à la Chine fut de trente piastres ces dernières années.

Les Kadiaques se livrent aussi avec succès a cette chasse. « En 1809, 1810 et 181 1, ces intrépides pêcheurs, dit le même voyageur, partaient de la Bodega , où les Russes en ont plusieurs centaines ; ils venaient par escadrilles de trente a cinquante kayouaucs (bateaux couverts de peaux de lion marin), chacune armée de deux hommes. Us entraient en rangeant la côte nord de la Passe j une fois en dedans , ils étaient maîtres de cette Méditerranée où les Espagnols n'avaient pas alors une seule pirogue. Les loutres qui jusque-là n'avaient eu à craindre que les faibles attaques des Indiens du pays , se vircnl poursuivies à outrance par 1 ennemi le plus infatigable et le plus expérimenté. On estime qu'il en fut détruit huit mille dans les trois années que se répétèrent ces incursions d'un nouveau genre (1).

« La traite des peaux de loutres de mer, ou saricoviennes , dit encore M. de Roqucfeuil , ne se fait maintenant que sur les côtes, tant du continent que des îles qui le cernent, depuis le détroit de Fuca , en remontant au N.-O. , jusqu'au Cross-Sound et au canal de Lynn. Le littoral, au N. et à 1 O. de ces dernières limites , est occupé par les Russes, qui exploitent exclusivement cette branche de commerce. La côte dans le sud du détroit est peu fréquentée par les loutres de mer, et leur foiyrure v est moins précieuse. Les loutres de terre et les castors sont plus communs, et l'établissement de la rivière de Columbia recueille une quantité considérable de fourrures de cette espèce. >» Les loutres ont pres-

3ue entièrement disparu du détroit de Fuca et des côtes de l'île e Quadra et Vancouver, où elles étaient si nombreuses lors du voyage de Meares. Au N. elles se trouvent en plus grand nombre. Elles abondent surtout dans le détroit de Chatam , dans Frédérick-Sound et Christian-Sound, sur les côtes occidentales de l'île du prince de Galles, dans l'entrée de Pérez, entre cette île et celle de fa Reine-Charlotte et sur la côte orientale de cette dernière. En général toutes les côtes du continent et des îles situées au N. du 5ie parallèle, sont plus fréquentées par les loutres que celles du Sud. On cite entre autres parages Milbank-Sound et les côtes voisines des îles de la Princesse-Royale (2).

Page 1