‹ L'art de vérifier les dates des faits historiques, des inscriptions, et autres anciens monumentsChapitre 27 sur 37 · CHILI · texte numérisé non relu

CHILI

Ce pays, situé entre les Andes et la mer, s'étend depuis le désert d'Atacama jusqu'au golfe de Guaitéca , entre les ^4° et 44° de latitude méridionale (2). Il est borné au nord par le désert d'Atacama , qui a quatre-vingts lieues d'étendue , et le sépare du Pérou ; à l'est , par les Andes , qui lé séparent des provinces de Tucuman , Cujo (3) et de Patagonie; au sud, par la Magellanie, et à l'ouest, il est baigné par l'Océan-Pacifique. Les limités naturelles du territoire chilien, fixées par la constitution de 1822, sont le désert d'Atacama au nord, les Andes à l'est, le Cap-Horn au sud , et TOcéari à l'ouest. La ligne de démarcation septentrionale

(1) On a donne plusieurs fausses étymologies a ce mot. Zarate le fait dériver dechil, qui signifie froid dans la langue péruvienne, et il dit qu'on lui a donné ce nom a cause des montagnes qu'il faut traverser pour s'y rendre du Pérou. Les naturels du pays

f>rétendcnt au contraire, et avec plus de vraisemblance, dit Moina , que ce nom vient de celui de certains oiseaux de la famille des grives (turdus ater), qui sont très-communs dans le pays, et dont le cri ressemble au son du mot Chili. Peut-être , ajoute le même historien, les premières tribus indiennes, qui vinrent s'y établir, regardèrent-elles ce cri comme d'un bon augure , et donnèrent-elles en conséquence ce nom à tout le pays. Thili ou Chili , Turdus Thilius , è una specie di tordo , che sembra aver dato il nome a tutto el regno* Diz. Chil. Les indigènes, dit Molina, prononcent toujours ce mot CUi; les Espagnols 1 écrivent Chite ou Cile; mais les Italiens, l'ayant trouvé écrit avec un A, le prononcèrent les premiers Chili.

(2) Molina, dans la deuxième édition de son ouvrage intitulé : Saggio sulla storia naturale de Giili, Bologna, 1810, dit que le Chili est situé entre les 24° et 45° de lat. S. , et les 3o4° et3io<> de long. E.de l'île de Fer, ou les 68° et 75° et 1/2 de long. O. de Paris.

(5) Le Chili comprenait autrefois la grande province de Cujo. On l'appelait Chili oriental ou Trasmontano, a cause de sa situation au-delà des montagnes. Le Cujo fait actuellement partie de la république de la Plata.

tommence à l'embouchure du Rio-Salado dans l'Océan , remonte cette rivière, et prend ensuite une direction N.-E. à travers le désert d'Atacama au-dessus du 24° de latitude méridionale, jusqu'à la Cordillère, dont la ligne des limites orientales suit le sommet dans une direction sud , jusqu'au détroit de Magellan.

Le Chili, suivant Molina, a environ 1,260 milles géographiques de longueur , ou plus de 2,000 en suivant les sinuosités de ses côtes , et sa largeur varie suivant que les Andes s'approchent ou s'éloignent de la mer. Entre les 24° et 32° de latitude, elle est de 2 10 milles ; de ce dernier au 370 , elle n'est que de 120; mais vers l'archipel d'Ancud ou de Chiloe , par le 4i°, elle augmente jusqu'à 3oo milles (1).

M. de Humboldt estime la superficie du Chili i4,3°° lieues marines carrées de 20 au dégré (2).

Un désert affreux s'étend l'espace de quatre-vingts lieues , entre Copiapo et Atacama; et un autre, où l'on ne rencontre ni villes ni villages , mais seulement trois ou quatre métairies , sépare Copiapo de Coquimbo , sur une distance d'environ cent lieues.

Le Chili se divise naturellement en trois parties principales, savoir: le Haut-Chili, le Bas-Chili , et les îles. Le premier renferme la vaste chaîne de montagnes , qui s'élève , sur plusieurs points , à environ vingt mille pieds au-dessus du niveau de l'Océan, et dont les sommets les plus hauts sont La Manfla , par 280 4^' de latitude ) Tupungalo , par 33° io'; Décapita/o, lat. 35°: Blanquillo,\at. 35° 4'j Longavi, lat. 35° 3o'; Chillan , lat. 36° , et Coréobado, lat. 4i° 12'. [Molina.)

Le Chili proprement dit , ou le Bas-Chili , est une prolongation de la base occidentale des Andes vers la mer. La

(1) M. Bland estime la plus grande longueur du Chili, depuis le détroit de Chacao jusqu a la rivière de Salado , environ 900 milles; sa largeur moyenne, des Andes a la mer, 140 milles, et sa superBcîe 126,000 milles carrés, dont 80,000 seulement sont occupés par les Chiliens civilisés , ou Européens de race mélangée.

(2) Voyage aux régions équinoxialcs du nouveau continent , fait en 1799, 1800, 1801, 1802, i8o3 et 1804, par Alex. dcHumboldt et A. Bonpland, rédigé par A. de Humboldt, tom. 111'., in-4<>. Paris, 1825.

4/f8 CHRONOLOGIE HISTORIQUE #

partie maritime est entrecoupée de trois chaînes de montagnes presque parallèles aux Andes, qui forment une infinité de vallées arrosées par de belles rivières. Celles d'Acon— cagua et de Quillota , qui ont une élévation de deux raille pieds au-dessus de la mer, sont surtout remarquables par leur fertilité. Le pays de l'intérieur est presque plat , à peine y remarque- t-on quelques collines isolées. La partie des montagnes, qui dépend du Chili , peutavoir cent vingt milles de longueur. Entre les 24° et 3*> de latitude, elles sont désertes, et le reste, jusqu'au 45°, est habité par des peuplades chiliennes.

Ovaglie, qui décrit la Cordillère entre le Chili et la Plata , dit qu elle a quarante lieues de largeur , et quelle forme un grand nombre de vallées. La montée en est si longue , qu'il faut trois ou quatre jours pour en atteindre le sommet et autant pour en descendre. Il existe huit ou neuf passages à travers ces montagnes; mais le plus fréquenté est celui de Pulaendo , de Cumbre ou d' Uspilata , qui va de San-Félipe à Mendoza, en suivant le cours de l'Aconcagua. La distance du village de Villanuéva à la Guardia, ou frontière du Chili , est de trente-huit milles ; de là à la Cumbre , ou point le plus élevé, il y a trente -deux milles ; de ce point à Uspilata , soixante-dix , et de cette dernière à Villavtcencio, dans la province de Mendoza, soixante milles ; en tout , deux cents milles. Ce voyage s'exécute en sept ou huit jours. C'est principalement par-là que passe tout le commerce intérieur qui se fait entre le Chili et les provinces situées à Test des Andes. Au nord de celui-ci , il y en a un autre, appelé Patos , qui conduit de San-Félipe el Réal à San-Juan (1). Celui de Portillo , entre Mendoza et Santiago, a 80 lieues espagnoles de longueur. Un quatrième , nommé Planchon, est situé vis-à-vis de la Concepcion. La hauteur de la Casa de la Cumbre, telle quelle a été déterminée en 1794, par D. Félipe Bauza, est de 1,987 toises 4.

Les vallées du Chili sont presque toutes entourées de hautes chaînes de montagnes praticables seulement pour des mulets. Il n'y a dans toute l'étendue du pays que trois chemins pour

(1) C'est par ces deux passages, comme on le verra ci-après, que le gênerai San-Martin conduisit son armée dans les plaines de Chacabuco ; c'est aussi par cette routiï que les Anglais introduisaient leurs marchandises au Chili pendant la révolution.

de l'Amérique. 44-9

les voitures, i°. celui qui mène de Santiago à Valparaïso , et qui a été percé à grands frais à travers trois ou quatre chaînes considérables ; il a près de cent milles de longueur ; 2°. une autre route, meilleure que la première, entre ces deux villes, passe à Mélipilla , mais elle est de trente à quarante milles plus longue; 3°. une troisième route de quatre cents quarante-cinq milles , entre Santiago et la Conception , est praticable partout pour les voitures , à l'exception de deux endroits où elle est interceptée par des chaînes de montagnes.

Iles. Suivant la description de don Pedro Gonzalez de Aguéros, la province et l'archipel de Chiloé s'étendent de la

Ï jointe de Capitanes à Quillan , entre les 4.1 ° 3o' et 44° de atitudesud, et les 3o2° et3o3° 2.0 de longitude de Ténériffe. La partie habitée de la province est comprise entre Maullin et Huilad, et a une étendue de quarante lieues du nord au sud sur dix-huit à vingt de l'est à l'ouest. Elle renferme vingtcinq îles, savoir: i°. l'Isla-Grande ; 20. Achao; 3°. Lemiu • 4°. Gueguij 5°. Chclin;6°. Tanqui; 70. Linlin, 8°. Llignua; 90. Quenae; io°. Meulin ; Caguachj 120. Alau ; i3°.

Apeau; i4°. Chaulinec; f6°. Vuta-Chauquis ; Aniguéj 17*. Chegniau ; 180. Caucague ; 1 90. Calbuco ; 200. Llaicha ; 2i°. Quénuj 220. Tabon; 23°. Abtau ; 24°. Chiduapij a5°. Kuar. Toutes ces îles sont escarpées et couvertes de bois. Les pluies y sont fréquentes et durent souvent des lunes entières sans interruption. Elles sont quelquefois accompagnées de terribles ouragans. Ces îles souffrirent beaucoup du tremblement de terre de 1737 (1). La principale , ou celle de Chiloé , qui a i5o milles de longueur sur 6 à 7 de largeur, s'étend entre les 4i°4°' et 43° 5o'de lat. , et est située à environ douze lieues de la côte du Chili. Castro en est la capitale , mais Calbuco en est la ville la plus considérable. Cette dernière renfermai ta ut refois deux couvents et un collège de jésuites. Son port principal, qui est bien fortifié, se nomme Chacao (2). L'île de Mocha, séparée du continent par un canal de six lieues de large, a soixante-dix milles de circonférence. Le centre en est par 38° 22' de lat. etpar67°4y'delong. 0. deCadix ,

(1) Voyez Description historial de la provincia y archipielago de Ùiiloe en el reyno de Chile, por Pedro Gonzalez de Agueros ; Madrid, 1792.

(2) Don Ulloa donne le plan de l'entrée du golfe de Chiloé et du port de Chacao, qu'il place par le 4i° 56' de lat. austr. et le 3o3° 59* de long., comptée du méridien de Ténériffe.

45o CHRONOLOGIE HISTORIQUE

760 22' 0. de Paris. Cette île est fertile et sa cote présente deux beaux ancrages. Elle nourrit une quantité prodigieuse de chevaux et de porcs sauvages , et est fréquentée pour 1* pêche de la baleine et des phoques. Celle de Santa-Maria est séparée du continent par un canal de quatre mille trois cent quatre-vingt-onze toises de large. Elle a deux baies.

La plus grande des deux îles de Juan ternandez (1) , appelée aussi Isola di Terra, esta trois cent trente milles en mer; lat. 33° 40' S., et longit. 8i° 55' 0. de Paris. Elle a quarante-deux milles de circonférence. Elle est située à quatre cent quarante lieues marines du Cap Horn. Les vaisseaux qui doublent ce cap y abordent pour se rafraîchir. La seconde, nommée Desafuéra, ce qui veut dire dehors ou

{dus avant dans la mer, placée trente-quatre ou trente- cinq ieues plus loin par lat. 33° 48', a une lieue de longueur. Elle est de forme circulaire, bien boisée, abondante en sources, mais d'un accès difficile. Elle est inhabitée (2). On rencontre encore plus loin , les petites îles de San-Ambrogio, de Santa-Félice et de Pasqua. Les deux premières, connues aussi sous le nom de Terre de Davis , sont situées par 270 de lat. , à cent soixante-dix lieues des côtes du Chili. Celle de Pasqua, qui a environ sept lieues de longueur, est par lat. 27" 1 1' et par m0 55' de long. 0. de Paris. Les deux premières sont désertes, et l'autre est habitée par près de deux mille indigènes, qui ont de la barbe, et sont plus blancs que les Indiens du continent (3).

(1) Ces deux îles furent découvertes par Juan Fernandez, dans son voyage de Lima a Valdivia. La plus grande est célèbre par le séjour d'un marin écossais, nommé Alexandre Selkirk , qu'y laissa, vers l'année 1705, le capitaine Straddling , commandant du navire anglais, les Cinq Ports. II y était depuis quatre ans , lorsque Woooes Rogers, capitaine des deux corsaires, le Duc et la Duchesse de Bristol, aborda dans l'île, le prit à son bord, et le conduisit en Angleterre. C'est le séjour de Selkirk dans cette île , qui a fourni a Defoe le sujet de son admirable fiction de Robinson Crusoé.

(1) Voyez Don Ulloa , Relation del Viage , lib. II, cap. 4> où se trouve une description de ces îles, et le plan de celle de Terra, qu'il place par les 33° 42' de lat. mérid. , et par les 20,7° 3a' de long. , en comptant pour premier méridien l'île de TénérifFe.

(3) Molinci'Saggio sulla Storia Naturale de Chili ; deuxième édition. Bologna, 1810; voy, lib. I, §. 1 , 2 et 3.

DE L' AMERIQUE. /t5l

Les îles Coquimhanes , nommées Mugillon , Totoral et Pajaro , sont inhabitées. Mol ina leur donne une' circonfe'- , rencc de six à sept milles. L'île de Carrama est un rocher peu susceptible de culture.

Lacs et rivières. Il y a au Chili des lacs d'eau douce et des lacs d'eau salée. Ces derniers sont situés dans les endroits marécageux , entre les 33° 3o' et 34° 3o' de latitude. Les plus considérables sont ceux de Bucalêmo , de Cahuil et de Boyêruca. Les lacs d'eau douce les plus étendus sont , i°. celui de Nahuelhuapi , situé dans le pays des Araucaniens, qui a quatre-vingts milles de circonférence , et au centre duquel s élève une île bien boisée; 20. celui de Lavquen, nommé par les Espagnols Lago de VUlarica, et placé dans le même pays, qui a soixante-douze milles de circuit Au centre il y a une jolie petite île de forme conique. Les autres lacs sont ceux de Piidahuel , d'Aculéo , et de Taguatagua, qui renferment chacun plusieurs petites îles (1). Celui d'Aculéo, situé à vingt milles sud de Santiago , a trois lieues de long sur une de large , et verse ses eaux dans la rivière d'Angostura. L'aspect en est extrêmement pittoresque.

Le Chili est arrosé par cent vingt rivières qui ont Jeurs sources dans les montagnes , et dont quarante-deux vont porter leurs eaux à l'Océan, après Un cours de trente à quarante lieues. Mais le courant en est généralement si rapide , qu'elles ne sont navigables pour les gros navires, qu'A une petite distance de leur, embouchure. Les principales sont :

i°. Le Mataquito, ou Mataquino, grande rivière de la province de Chanco ; a°. le Maulé, qui arrose la province de son nom , et dont l'embouchure, située par lat. 34° 5o' , forme une baie commode; 3°. YJtata, qui reçoit plusieurs grands afil uens tels que le Génublè le Clùllan, le Quiérico et le Longuen , passe près de l'Impériale et se jette dans la mer par lat. 36° ; le lit en est plus large et plus profond que celui du Maulé , mais son cours est obstrué par des rochers, et ses bords sont hauts et escarpés ; 4°. ^e Bi°bio * fleuve célèbre, formé de plusieurs grands affluents; il embrasse une étendue considérable de pays, a plus de deux milles de large , et se rend à l'Océan au sud de la baie de la Conception , par lati-

(1) Molina, lib. I , §. 7.

/fJ,2 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

tude 36* 5o' ; 5°. le Cauten, qui reçoit les eaux de plusieurs tributaires , et entre autres du Rio de las Damas , conserve une largeur de trois cents toises jusqu'à quelque distance de la mer, et serait assez profond pour des vaisseaux de ligne sans la barre qui traverse son embouchure; 6°. le Tolten , qui sort du lac de Mallabauquen , passe à Villa-rjica , et se décharge dans TOcéan-Pacifique , par lat. 3q°. n', en formant une baie , à sept lieues 0. du port de l'Impériale; on le dit navigable pour de gros vaisseaux sur une certaine étendue ; -°. le Valdivia, qui arrose le territoire araucanien, et offre un port vaste et commode à son embouchure ; 8°. le Salado, qui coule sur les frontières du Pérou, et dont les eaux sont si salées qu'il est impossible de les boire (i).

On a remarqué que les sources et les rivières sont plus abondantes dans les terres basses du Chili que dans celles du Pérou.

Eaux minérales. Celles de Cauquénes , dans la province de Rancagua , situées dans un ravin profond de la Cordilière, qui conduit aux sources du Cachapoal , sont les plus renommées. Elles consistent en quatre sources principales de la température de ioo° de Fahrenheit ( 370 77' centig. ), et au-delà. Il y en a une sulfureuse , une autre saline , et une troisième gazeuse. Ces eaux sont efficaces pour la guérison de plusieurs maladies , mais particulièrement pour celle du rhumatisme et de la maladie syphilitique.

Température. Tous les auteurs étrangers qui ont écrit sur le Chili , s'accordent , dit Molina , à louer la sérénité de son ciel, la douceur de son climat, la fertilité et la richesse de son terroir, et l'analogie parfaite qui existe entre ses provinces du centre et les parties méridionales de l'Europe. Selon Ovaglie, le sol et le climat du pays, situé entre les montagnes et la mer, surpassent les meilleurs en Europe; le chaud et le froid ne sont pas aussi excessifs qu'en cette dernière contrée , surtout depuis le 36° de lat. jusau'au 45°. Entre lès a5° et 36° de lat. , ou depuis le Rio-Salado jusqu'à Htata , aucun nuage n'obscurcit l'horizon depuis le mois de novembre jusqu'à celui de mai ; une rosée abondante supplée au défaut de pluie , et les arbres y sont verds durant toute l'année. Le ciel est constamment pur et la chaleur n'est

(1) Ovaglie dit ironiquement qu'un cheval , qui avait bu abondamment de son eau, lut change en sel.

pas excessive. La proximité des montagnes rafraîchit l'air, et le thermomètre de Fahrenheit, qui marque ordinairement de 70° à bo0 , s'élève rarement à 85°. Dans les provinces de Copiapo et de Coquimbo , il ne pleut presque jamais; mais au midi de Tltata , le climat varie considérablement. Les pluies, accompagnées de coups de vent, y sont fréquentes en été et en hiver. On ne voit jamais de neige dans les provinces voisines de la mer , tandis que dans lès Andes elle tombe depuis le mois d'août jusqu'à celui de novembre , et rend le passage de ces montagnes impraticable. « L'air, « dit Ovaglie , * y est vif et perçant , et gêne la respiration : on s'y croit transporté au-dessus des nuages, qui dérobent la terre à la vue 5 on aperçoit l'arc-en-ciel à ses pieds, et tandis que la tempête gronde dans les vallées voisines, le ciel v est aussi clair et aussi serein que pendant une belle nuit d'été. »

Le printems commence au Chili en septembre , l'été en décembre , l'automne en mars , et l'hiver en juin (1 ).

(1) Le père Técho donne la description suivante du pays.

Nihil Ùiilensi regione totâ , sive ad amœnitatem deliciosius , sive ad blandœ vitœ usum fingi potes t accomodatius, Omni fructuum génère abundat, osteniatque jàm in amœnis collibus , jluminum ripis , vallium pralis , fonlium marginibus pleraque, quœ Ameriça et Europa sparsim parturit lactis et lanarum tanta copia, quantum ovibus et boum armentis herbosa pabula ubique prœbent. Mellis, tritici, et generosi vint, quantum sibi sufficit , ferax est , fragorum et silvestrium pomorum sponte nascentium rara suavitas : aquarum potabilium per auri venas traductarum teimitas salubritasque apud frugales Hispanos magnum pretium habet. Quamquàm non negarim ipsas auri venas Hispanorum plerisquc aquis esse pretiosiores. Toto anno tonitrua nulla audiuntur : fuîgitra , fulmina, ventorum immoderati impetus, ethujus modicœlorum terrores absunt. Terra omnis nullum venenosum animal, aut feras nocivas parit. Repentini tantùm terrœ tremores inter magnarum intervalla felicilatum , animos hominum quandoque concutiunt : nec alia res in qfficio magis conlinet colonos amœnitate camporum et rerum copid plerumque ad luxuriant magis , quam ad pietatem proclives *.

Cœterum Chilense regnum est ejus modi , ut sive commodam ' cœli temperiem , atque aeris clementiam salubritatemque , sive telluris solique fertilitatem et comestibilium abundantiam lauti-

* P. fliùoJ. del Techo, Historia Pmvinciie Paraquariœ etc., lib. 1 , cap. 18. Leodii, 1673.

En 1 737 , il éclata sur les îles de Guaitécas un globe de feu , qui réduisit tous les végétaux en cendres.

Les ouragans sont très-rares. Molina n'en cite qu'un seul, celui de i633, qui fit beaucoup de dégât au fort de Carelmapu, dans le midi du Chili.

Tremblements de terre. On en ressent ordinairement de légères secousses tous les ans , mais il est rare qu'on y en éprouve de violentes. Depuis l'arrivée des Espagnols , dit Molina, dans un intervalle de deux cent soixante-trois ans, on ne compte que cinq tremblements de terre : le premier , arrivé en i55o, détruisit quelques villages des provinces méridionales; le second, qui eut lieu le i3 mai 1647, renversa plusieurs maisons de la capitale, et fit périr un grand nombre de personnes , parce qu'il arriva dans la nuit ; le troisième ( i5 mars 1657), en détruisit une grande partielle quatrième ^8 juillet 1730 ). souleva la mer contre la ville de la Conception , dont elle rasa les murailles , et le cinquième ( 24 mai 1 751 ), la ruina de fond en comble (1).

Acosta parle d'un autre tremblement de terre qui renversa les montagnes, arrêta le cours des fleuves et les convertit en lacs , et qui refoula la mer à quelques lieues des cotes. Plusieurs navires furent laissés à sec sur le rivage.

Les 20, 21 et 22 novembre 1822, on éprouva plusieurs violentes secousses de tremblement de terre à Valpa-

tiamque speetes , non solum Ger mania nostrâ sit melius ; sedipsi adeo Hispaniœ atque Italiœ haud vel certè vix cedat. Ver iliic perpètuum est *.

(1) Molina, lib. I, §. 29. Le père Ilavestadt paraît croire qu'on a beaucoup exagéré le nombre des victimes de ces tremblements de terre:

Terrœ motus, dii-ii, /ateor illic esse véhémentes frequentesque ; verùm non tanto incolarum damno, utEuropœi existimant. Habebam rnappam geographicam [nom in i authoris parco) in quâ satis accurate erat depicta Jacobopolis regni Chilensis metropolis; at multo nimia hyperbole , quod de terrœ moiu anni 1730 legebalur t octo scilicet interiisse hominum milliones , eùm vix centum interïerint \ et an no 1 ^5 ] , cum altéra mox septimand post terrœ motum , quo urbs Çonceptionis ( Penco ) diruia est , ibidem adessemy audivi egomet prœsens solos viginti octo ruinis et exundante mare obrulos fuisse **.

* Bertt. Ilavestadt , Pars. sept. Mappa geographica. ** lia-ii. Hâves tadt , Pars septima.

vaïso et dans ses enviions, et il ne resta sur pied de la grand,; ville de Quillota , qu'une vingtaine de ma.so,,, et une église Ce tremblement de terre ( u, novembre), fut ressent, depu s Copiapo, au nord, jusqu'à Valdivia, au sud, sur une étendue deWt cent quatre-vingts milles et dans tonte la Cordd.ere jusqu'à Cordova , à einq cents milles est de Valpara.so Ceux dernière ville, Casa-Blanca. et L.macl.e furent entièrement détruites. Cent cinquante habitant* furent enseve « .sous ^ les ruines à Valparaïso , et un grand nombre d autres furent plus ou moins grièvement blessés. Santiago, Aconcagua et Rancaena villes de l'intérieur, furent aussi considerableï t Cdommagées. Le sol fut soulevé dans tout e pays , mâis d'une manière inégale, et on a évalué a cent .«.lie mille carrés la surface su. laquelle ce tremblement de terre a étendu son action le long des côtes (i).

Volcans. On en compte quatorze qui ont fait des éruptions à différentes époques , dans la grande e .a.ne desLord.bcres , savoir : .°. le volcan de Copinpo , situe par le 26» de lat. s... les confins du Chili et du Pérou : 2». celui de Coquunbo , sous le Ho" ; 3». le Ligua, par 3. deg. et demi ; 'f-^ • roa, par 35» 5'; 5». le (Milan, par 3b dég. et demi ; 0». ÏAntoco, par 3; dég. un quart 57". le Notuco, 38 deg. et demi; 8". le Nulli-Suéèo; 9°. le Villanca, par 39» 9 , ,0». YOsorno , par /, 1» .0'; . 1". le Huanauça , »*. le Aeviueavi: i3°.le IJuailléca; i4°- \e San-LUmentè (2). Tous ces volcans sont placés presque au milieu des Andes. En 1 GLo, le volcan de Vallarica , situé près du lac du même nom , dans le pays des Araucanicns , fit une éruption epouvantable. La.nontagnevon.it, par deux boucl.es, une s, mande quantité de pierres et de cendres, quelle combla les deux rivières voisines de ïolten et d'Al.pen , qui inondèrent tout le pays environnant.

Le 3 décembre 1762. il y eut une éruption du Peteroa. Les cendres et la lave, lancées dans une vallée vo.s.ne , arrêtèrent, durant deux jours, le cours de la rivière de lingi-

(0 forez une description fort intéressante de ce tremble net de crrefdans le voyngede M. Miers, dont les é.abl.ssen.cn s au confluent de la Quiuoïa et du Coneon , soutinrent eons.derable- ...ent ( loin. I, chap. 9. P- 385 et sl,,v' )•

lib. I, cap. 3; lib. U, cap. 4

ririca. Celle de Lontué fut obstruée pendant plusieurs jours par l'écroulement d'une par lie de la montagne. Ses eaux ayant formé un vaste lac, s'ouvrirent enfin un passage et se répandirent sur toute la contrée environnante.

Mines. 11 existe des mines de fer dans les provinces de Coq ui m ho, de Copiapo, d'Aconcagua et de Huilquilému. Les plus riches mines d'or sont celles de Copiapo , de Guasco , de Coquimbo , de Pétorca . de Ligua , de Til til , de Putaendo, de Caren , J'AI hué, de Rancagua, de Manié, de Huilli- Patagua , et de Hère. Les mines de Copiapo et de Guasco ont fourni l'or capot , le plus pur que l'on connaisse. Les dernières ont été abandonnées. La minière d'or de Pétorca , située à l'est de Santiago , a produit un métal très-abondant et très-est i nié ; celle de Ligua , entre Quillota et Valparaïso y est aussi très-riche , ainsi que celle de Til til . près de Santiago. La mine de Peldéhué, placée également dans le voisinage de cette ville , produisait journellement i5,ooo liv. tournois en or , avant d être inondée pir des sources souterraines.

Il y a une foule de lavadéros, ou lavoirs entre Valparaïso et Pennuélas, près de la Conception , et à Yapel. L'or est si généralement répandu au Chili , qu'il n'y a pas de montagne ou de colline qui n'en contienne plus ou inoins. Il s'en trouve aussi une grande quantité dans le sable des rivières. Les Espagnols tiraient des sommes énormes des mines des provinces australes avant leur expulsion du pays, époque à * laquelle elles furent toutes comblées par les Araucaniens. Les historiens rapportent que celles de la vallée de Guadallemqué, près de Valdivia, rapportaient au gouverneur Valdivia 25,ooo écus par jour. La quantité annuelle d'or que l'on envoyait autrefois du Chili à la monnaie de Lima , s élevait à 600,000 piastres , et celle qu'on passait en fraude par les Cordilières, pouvait être de 400,000 écus, ce qui ferait monter le produit total de ces mines a un million/

Les mines d'argent du district de Coquimbo, dont les filons sont près de ia surface du sol , sont les plus riches que l'on connaisse. Elles ont rapporté de 40 à 60 marcs par caxon de cinquante tonneaux (1).

(l)M. Poinsett dit que les mines du Chili sont les plus productives qui existent; que le minerai de celles qui ont été dernièrement découvertes dans la province de Guasco, donnent un produit moyen de 40 marcs par caxon , tandis que ccHes de Potosi n'eu, rapportent que de 12 à 4*>-

de l'Amérique. 4^7

Le capitaine Hall estime le produit des mines d'argent 20.000 marcs par an (i\

Pendant les dix ou douze dernières années, on a trouvé de riches mines de ce métal dans les Andes , au-dessus de Copiapo et de Guasco. Des mineurs expérimentés et bien instruits assurent que le pays qui borde ces montagnes en renferme des quantités inépuisables (2).

La partie de la Cordilière qui avoisine Santiago et la Conception , est remplie de mines de cuivre. A Payen , on en trouve des chanteaux de 5o à 100 quintaux tout pur. Les mines de Guasco en produisaient autrefois de 18 à 20,000 quintaux par an. Le gouvernement s'était réservé le droit d'acheter ce métal 7 piastres et demie, payables à Santiago ; mais les propriétaires de ces mines en fournissaient aussi beaucoup à des contrebandiers qui leur donnaient la valeur de 14 piastres en marchandises pour chaque quintal. 11 existe aussi à Illapel , auprès de Coquiinbo , une mine de cuivre dont on a tiré une grande quantité de métal. Le capitaine Hall évalue la quantité de cuivre annuellement extraite des mines du Chili 60,000 quintaux, ce qui, à i3 dollars le quintal, donnerait 780,000 dollars.

I^ra , à Taira hua no , à quinze cents pieds de la mer, une mir#Vle charbon de terre, dont les navires baleiniers des États-Unis tirent le charbon dont ils ont besoin. Il s'en trouve aussi dans le voisinage de la Conception , sur les bords du Biobio, et en d'autres endroits, à quelques pieds seulement de profondeur (3).

Arbres. Les forêts renferment quatre-vingt-dix-sept espèces différentes d'arbres, qui , à l'exception de treize , conservent toujours leur verdure. Toutes les rivières , au sud du 35° 17'

(1) Les journaux américains parlent de la découverte d'une mine d'argent natif, sur les propriétés de la marquise de Coquimho. Elle a produit, disent-ils, dans l'espace de vingt jours, pour un million de pesos. ( Mensagero argent ino , n°. g, 16 déc. i8s5.)

(2) Travels to Chile over the Andes , par R. Schidtmeyer.

(3) Voyez, au sujet des mines, Frézier, p. i44> 199 et a32 ; Don Ulloa, lib. H, cap. 9; Molina, lin. II, §. 45* H s'est formé depuis peu, a Londres, une compagnie pour l'exploitation des mines du Chili. Le prix primitif des actions était de cent; lo montant des versements des actionnaires de huit; et le cours , en juillet 1826, de trois.

sont bordées de forets ; mais les provinces au nord du Maypo sont presque entièrement dégarnies de bois. On peut s'en procurer abondamment sur les bords du Maulé, de trente-six pieds de long et de dix pouces carrés, et quelquefois de soixante pieds de longueur sur deux pieds carrés. L'on rencontre dans toute l'étendue du pays , une espèce de mimosa épineuse dont on se sert pour le chauffage, et pour la fusion des métaux.

On trouve le cèdre rouge , appelé alerce, dans le district de Valdivia , et dans le voisinage de la Cordilière ; le ciprès rouge sur plusieurs points; le laurier dans les terrains bas et humides -, lecanelo, dans toutes les provinces depuis Valdivia jusqu'à Coquimbo, et l'amandier dans le district de Santiago. Le floripondio {datura arborea) abonde partout, ainsi que Yespino mimosa et le molle ( schinus molle) (i). Le quillai ( quillaja saponaria de Molina) atteint à la hauteur de cimquante à soixante pieds. On en emploie Fécorce en guise de savon.

La pomme de terre croît , dans l'état de nature , dans toutes les vallées voisines de Valparatso.

Animaux. Les animaux cornipèdes les plus remarquables sont : i°. le lama , nommé chilihuèque ou huiquc (cajjjplus araeaunus), qui habite les montagnes situées entre les 36° et 4o° de latitude, et que les anciens Chiliens employaient comme bête de somme; a°. la vigogne ( camclus vicugna ), qui se trouve en troupes dans les parties les plus inaccessibles des montagnes, où les Indiens la poursuivent pour sa chair et sa laine précieuse ; 3°. le pudu (capra pudu), le venado des Espagnols ( l'antilope américaine de M. rie Blainville), qui se tient aussi dans les montagnes , mais qui est facile à apprivoiser j le guemul ou huemul ( equus bisulciis L. ) , qui se retire dans les parties les plus impraticables des Andes.

(i) Voyez Molina, appendice à la seconde édition de son Saggio su.ll ii Storia Naturelle de Cliili , intitulé Flora Selecta Regni Chilensis Juxtd Systema Linnœum, p. — Flora Peruviana et ChilensiSy s 'we descriptiones et icônes plantarum peruvianarum et chilensium; auct Ht pp. Ruiz et Josepho Paron; et l'appendice du Journal of a Résidence in Chife, de Mad. Graham, u°. VI, lequel renferme une description des arbres et arbrisseaux utiles du ■Chili, rédigée pour la cour d'Espagne, en vertu d'un édit royal

DE l'amÉRJQUE. 4^9

Les carnivores sont , i°. le cinghe ( viverra chinga ), de la grandeur du chien , et dont la peau douce et abondamment fournie de poils noirs est fort recherchée des Indiens qui en font des couvertures de lit -, 20. la cuja { mustela cuja) dont le poil noir et touffu est très-doux j 3°. le quiqui ( mustela quiqui) ; 4°. le porc-épic , qu'on tue aussi pour sa peau ) 5°. le culpeu (canis culpœus); 6°. la guigna (Jelis guigna) ; 70. le colocollo (J'élis colocolla) ; ces deux espèces de chats sauvages, qui habitent les montagnes, ont un fort beau poil ; 8°. le pagi (felis puma), appelé lion par les Espagnols (1).

Les principaux herbivores sont le cuy ( lepus minimus ), qui y est domestique, et la viscaccia ( lepus viscaccia ), dont le poil fin et doux sert à faire des chapeaux.

Les Espagnols ont importé d'Europe au Chili le cheval 1 ane, le bœuf, la vache, le mouton , la chèvre, le chien , le chat, et les autres animaux domestiques.

Tous ces animaux y ont multiplié prodigieusement, surtout dans le pays occupé par les Araucaniens et les autres naturels. «Quant aux chevaux du Chili,» dit don Ulloa, « il faut avouer qu'ils sont supérieurs , non-seulement à ceux .des Indes, mais même à ceux d'Espagne, et ils ne le cèdent point pour l'apparence aux plus Beaux andnloux. Ils sont d'une belle taille, pleins de feu et defierté. » Les mulets sont forts, actifs et marchent d'un pas très-assuré. Les ânes, attendu la bonté du climat et la liberté dont ils jouissent, y ont acquis un développement supérieur à celui de la race européenne dont ils sont issus. On les trouve dans l'état sauvage, dans les vallées des Andes, et les Chiliens les chassent pour se procurer leur peau. Les bêtes h cornes de ces vallées sont aussi plus grandes que les espèces correspondantes en Italie. Molina dit avoir vu des bœufs du poids de mille neuf cents livres. Toutefois dans les provinces centrales et maritimes ils sont d'une taille bien inférieure. Les moutons , importés d'Espagne , n'ont rien perdu sous le rapport de la grosseur, ni sous celui de la finesse de leur laine ; et les chèvres, qu'on rencontre particulièrement dans les districts monta-

du 20 juillet 1789, et envoyée en Europe, avec les échantillons des différents bois, le 10 décembre 1792, en 16 pages.

(1) Voyez, pour la description des autres animaux sauvages, l'article Pérou.

46û CHROWOLOGIB HISTORIQUE

^neux, y ont multiplié A l'infini. Les Péhuenches, qui occupent une partie de la Cordillère, ont croisé ces deux espèces , et la race mêlée qui en est provenue, est beaucoup plus grande que celle des moutons ordinaires -} son poil ressemble à celui de la chèvre d'Angora.

Molina compte au Chili trente-six espèces de quadrupèdes, non compris ceux d'origine européenne. « Ce pays , » dit-il, « ne produit aucun de ces animaux féroces et venimeux . si abondants et si dangereux dans les autres parties de l'Amérique du sud. Les serpens oui fréquentent les bois et les champs ne sont pas redoutables, et la chiqua est le seul insecte incommode qui s'y trouve. Quelques auteurs ont attribué cette absence d'animaux nuisibles à la douceur du climat, et d'autres, à la difficulté de franchir les Andes. >» Ovaglie dit que, dans toute l'étendue du pays, on peut se coucher de tout temps en pleine campagne , sans crainte d'aucun venin. Frézier rapporte avoir vu des crapauds à la Conception , des couleuvres et des araignées monstrueuses à Valparaïso, et des scorpions blancs à Coquiinbo. « Apparem- » ment , » ajoute-t-il , « ces animaux sont d'une nature dif- » fé rente de ceux d'Europe , car il est sans exemple que per- » sonne en ait été blessé. »

Il y a au Chili cent trente- cinq espèces d'oiseaux terrestres, soixante-seize de poissons bons à manger, treize de crabes et d'écrevisses sur les côtes , et quatre dans l'eau douce.

On pêche, en grande quantité, sur les côtes de Chiloé , une espèce de poisson qui ressemble à la morue. Le Cauten abonde tellement en poissons , jusqu'à sept lieues de son embouchure , que les Indiens les harponnent du rivage.

Division politique. Les trois grandes chaînes des Andes forment des vallées spacieuses, fertiles et bien arrosées , qui néanmoins ne sont pas peuplées au nord du 3£° de latitude. Les plus méridionales sont occupées par des tribus libres de Patagons, les Chiquillanes , les Péhuenches, les Puelches et les Huilliches.

La nation nombreuse des Péhuenches qui habite les Andes chiliennes , entre les 34° et 370 de latitude , ressemble à celle des Araucaniens par le langage et la religion. Chaque village, ou camp , est gouverné par un ulmen ou prince héréditaire. Leur costume est aussi celui des Araucaniens , excepté qu'au lieu de culottes , ils portent , comme les Japonnais , un morceau de drap qui leur prend de la ceinture jusqu'aux genoux. Ils se font des bottes avec la peau des pieds de derrière du

de l^merique. 46*

bœuf coupée à la hauteur du genou. Cette partie sert pour le talon et le pied , auxquels ils l'adaptent quand elle est

encore fraîche, en ayant soin de tourner le poil en dedans. Celte chaussure , frotte'e souvent de suif, devient très-douce et flexible. Ces peuples portent des boucles d'oreilles , des bracelets en verroterie , et des grelots autour de la tête. Ils habitent sous des tentes de peaux disposées circulairement , l'emplacement du milieu étant réservé pour les bestiaux. Ils séjournent dans un endroit jusqu'à ce que les herbages en soient épuisés. Alors, comme les Bédouins du désert, ils se transportent en un autre lieu (i).

Le Bas-Chili, ou le Chili proprement dit, qui est situé entre les Andes et l'Océan-Pacifique , se divise en deux parties , le Qhili-A raucanien et le Chili- Espagnol.

Le premier s'étend duBiobio à l'archipel deChiloé , entre les 36° 44' et /f 1" 20' de latitude méridionale, et est habité par trois tribus indigènes, qui sont les Araucaniens , les Cunchosetles Huilliches , ou Gyllices. Les Araucaniens n'occupent pas, comme le prétendue Paw, les rochers arides du Chili , mais bien la fertile contrée . située entre les rivières Biobio , Calacalla , et Valdivia , et qui a une étendue de côtes de cent cj uatre- vingt-six milles. C'est la partie la plus unie , la plus agréable et la mieux arrosée du pays. Sa largeur, de la mer au pied des Andes , estimée autrefois trois cents milles , ne peut être aujourd'hui moindre de quatre cent vingt, depuis que les Puelches , habitants de ces montagnes, ont formé une confédération avec ce peuple. Molina en évalue la superficie à soixante-dix-huit mille cent vingt milles carrés.

Les Araucaniens ont divisé leur pays longitudinalement en quatre uthan-mapu , ou principautés parallèles, d'égale largeur, savoir : le Lavquen-Mapu , ou contrée maritime; le Lelvun-Mapu, ou pays plat; Y In ap ire- Mapu , ou partie voisine des Andes , et le Pirc-Mapu , ou région de neige ou des Andes (2). Chaque principauté se divise en cinq provinces , et chaque province en neuf comtés.

(1) Molina, lib. IV, cap. 3.

(2) Terrœ Indorum chilensium , quœ trans jluvium Biobio sitœ sunt, prœscindendo ab insuld Çlriloë, et BaldUnœ territorio , dividuntur in quatuor vutan inapu , seu vastas magnasque provincias ; videlicet Lafquen vutan mapu , ora maritima : Ragitun vutan mapu, terrœ planœ orœ maritima confines : Inapire vutan mapu , montibus Andes ; et pire vutan mapu , ipsi Andes \ *

* Hnvestadt. Pars sept, ma.

4&2 CHB050L0GÎB BISTOXIOUE

La nation des Cunehos habite la partie des côtes , située entre la rivière de Valdivia et l'archipel de Chiloé. Lear nom vient du mot cunco, qui signifie grappe de raisin , et lenr a été donné à cause de la quantité de vignes qui croît dans le pays. Les Huilliches résident dans les plaines , à Test du territoire des Cuncbos , dont ils sont séparés en partie par une ligne de convention , et en partie par une ramification des Andes, qui s'étend de Valdivia jusqu'à l'extrémité dn Chili. Leur nom signifie hommes du sud , parce qu'ils sont les plus méridionaux des Chiliens.

Les naturels de l'archipel du Chili ressemblent à ceux du continent par l'apparence , les moeurs et le langage. Ils sont toutefois d'un caractère plus pacifique , car , bien que leur population s'élevât à plus de soixante-dix mille habitants, ils n opposèrent néanmoins aucune résistance à la poignée d'Espagnols qui les subjugua. Lenr position insulaire , et la nature de leur sol et de leur climat ont donné à ces insulaires l'idée de plusieurs arts utiles. Ils fabriquent des ponchos ou manteaux , sans le secours d'un métier , et les brodent de soie ou de fil ; et de la toile et des étoffes de laine qu'ils entrelacent artistement de plumes d'oiseaux de mer. Ces dernières sont d'une grande beauté et leur servent de couvrepieds. Ils attachent la trame avec des chevilles et tissent avec la main. Les ponchos sont d'une contexture très-fine , mais forte , et une femme n'en peut guère fabriquer plus de deux dans une année. Leurs cabanes sont en bois et recouvertes en chaume. Leurs pirogues n'ont ni quille ni tîllac , et se composent de trois ou quatre planches adaptées ensemble avec des pléyons d'osier , et calfeutrées avec de la mousse ou des feuilles de cannes. Les traverses sont retenues par des clous. Ils les dirigent sans le secours de voiles ou de rames , et vont quelquefois , dit Molina , dans ces frêles embarcations jusqu'au port de la Conception. Ils emploient , en guise de charrue , deux pieux , de sept à huit pieds de long , liés ensemble et pointus d'un bout , l'autre s emmanchant dans un morceau de bois rond. Ils enfoncent les pointes de cet instrument dans la terre en le poussant fortement avec la poitrine , qui est garantie par une peau de mouton, et ils jettent la semence dans les trous. Ces insulaires prennent une quantité considérable de poisson avec des bâtons pointus et des corbeilles d'osier. Leur manière de conserver les testacés est vraiment curieuse. Ils les mettent dans un trou, les recouvrent de feuilles de panke tinctoria , sur lesquelles ils placent de grosses pierres -} ils allument ensuite sur ces

DE LAMÉRTQUE. 4^3

dernières un grand feu qu'ils entretiennent durant plusieurs heures , après quoi ils ôtent les poissons de la coquille , les passent sur un (il et les exposent quelques temps à la fumée. Ces testacés ainsi préparés sont un manger fort délicat. Ils font aussi avec une herbe marine desséchée , une espèce de

Ëâteau qui est recherché même par les riches habitants de .ima (i).

La partie du Chili» occupée par les Espagnols, et qui s'étend du ^4° au 370 de latitude sud, se divise en seize provinces, qui sont, en commençant par le nord, Copiapo , Coquimbo, Quillota , Aconcagua , Mélipilla , Santiago , Rancagua ^ Colciagua , Curicô . Maulé , Cauquénès , Chillàn. Itata, Puciacay, Re'ré et Laxa. Ces provinces sont fort irrégulièrement partagées ; il y en a oui s'étendent de la mer aux Andes, et d'autres n occupent que la moitié de cet espace, et sont situées près des montagnes ou baignées par l'Océan. Elles diffèrent aussi par 1 étendue, quelques-unes étant six ou sept fois plus grandes que d'autres. Le pays était jadis habité par les Copiapinis, les Coquimbauis, les Quillotanes , les Mapocines, les Promauques , les Curis , les Cauquis , et les Pencones, qui , ayant été ou chassés ou exterminés par les Espagnols , ne s y trouvent actuellement qu'en petit nombre.

M. de Humboldt dit , qu'en i8o3 , le point le plus austral du nouveau continent habité par les Espagnols, était le fort Maullin, situé près du petit village de Carelmapu , sur les côtes du Chili, vis-à-vis l'extrémité septentrionale de l'île de ChiIoé(2).

Herréra dit que le gouvernement du Chili , pris dans sa plus grande étendue, c'est-à-dire depuis la vallée de Copiapo, par 270 de latitude, jusqu'au détroit de Magellan, a cinq cents lieues de long du nord au sud , et de quatre à cinq cents depuis la mer du Sud ( Mare Magnum ) , jusqu'à celle du Nord -, et qu'il va toujours en se rétrécissant jusqu'auprès du détroit, où il n'a plus que quatre-vingt-dix à cent lieues. Cet auteur ajoute que la partie habitée par les Espagnols n'a pas plus de trois cents lieues le long des côtes de la mer du Sud , vingt de large, et quelquefois moins (3).

(1) Molina , lib. IV, cap. 2 ; et P. de Jgueros , Description Historial de la Provincia de Chiloe, 1792.

(2) Essai Politique, etc. , tom. I, p. 210.

(3) Herréra, Descripcion de las Indias Occidentales, cap. XXII.

del distrito del reino de C/iile.

PROVINCES

Copia

ro.

i. Co<^uimbo,

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