Santa Cruz de la Sierra
88 CUAOÏfOLOGlË IlIëTOfilQUE
ligne ou méridienne de démarcation qui sépare les possessions des couronnes de Castille et de Portugal (i).
En 1778, lorsque la Cour de Madrid eut résolu d'ériger la province de Buénos-Ayres en vice-royauté , on enleva à celle duP érou , la province de Potosi , le district qui l'environne , les villes de la Paz et de la Plata , et la fertile contrée de Cochabamba, pour en former une partie du nouveau gouvernement.
La vice-royauté du Pérou était comprise entre les 3° 35' et i4° de latit. S. , et entre les 63° 56' et 70° 18' de longit. 0. de Cadix. Son étendue", du nord au sua , était de trois cent soixante-cinq lieues , et, de l'est à l'ouest, de cent vingt-six. Elle était bornée , au nord , par le Rio-Tumbez , qui la séparait de l'ancien royaume de la Nouvelle- Grenade ou des
Srovinces de Quito, de Maynas, de Jaen de Bracamoros et e Guayaquil -, à l'est, par les Provinces- Unies de la Plata et le Brésil ; au sud , par la rivière de Loa et la chaîne de montagnes de Vilca -Nota, qui la séparait du Chili , et, à l'ouest,
Ear POcéan-Pacifique. L'étendue de ses côtes , en en suivant ;s sinuosités , était d'environ mille milles. Le Bas-Pérou s'étend depuis Tumbez , par latit. S. 3° 3o', jusqu'aux cordillères de Vilcanota , latit. S. i4° 3o'. Il renferme huit intendances, huit grandes Yilles et quatorze cent soixante petites.
Le Haut-Pérou ou audience de Charcas , qui s'étend l'espace de neuf cents milles de longueur, depuis le lac de Titicaca jusqu'à Jujui , se compose de sept intendances , savoir : i°. Pofosi j 20. Charcas ou la Plata ; 3°. Cochabamba ; 4°. la Paz ) 5°. Santa Cruz de la Sierra ou Pùno 5 6°. Moxosj 7°. Chiquitos. Celles-ci renferment vingt- une petites provinces qui sont : i°. Chicasj 20. Paca j es ; 3°. Omasuyosj 4*. Apolabainbaj 5°. Larecaja; 6°. Sicasica 5 70. Chulumani 5 8U. Oruro ; 90. Paria -, io°. Carangas 5 Porcoj 12°. Chayante -, i3°. Pilaya ; i4°. Pumabamba ; i5°. Tomina ; 160. Atacama 5 170. Lipes; 18°. Yamparaesj i<)0.Mizquej 200. Tarija; 2i°. Chiquitos.
La population du district de Charcas s'élevait, en 18 19, à environ un million sept cent quarante mille habitants, dont un million cent cinquante-cinq mille Indiens (2).
(1) Don Ulloa , Relacion historien delviage â la América Meriaional etc. 2e. part., lib. I, cap. il. Madrid, 1748.
(2) Don Vicentc Pazos. Lettcrs on the United Provinces. Letter X. New-York et London, 18 ig.
Par un décret de la législature du Pérou , rendu à Chuquisaca , le 1 1 août 1825 , les provinces qui composent le Haut- Pérou [Alto Peru) ont été autorisées à se constituer en une nouvelle république qui prendra le nom de republica Bolivar (1).
Le Pérou , proprement dit , est borné , au nord , par la république de Colombie 5 à Test, parle Rio-Javari jusqu'au 90 «4.0', ensuite par une ligne droite qui va aboutir au Rio-Madera , par 68° i5' de longitude 0. de Paris 5 de ce point,
Î>ar le Rio-Mamore , jusqu'au confluent de cette rivière avec e Rio-Guaporé , près du 12° de latitude ; de là, par une ligne qui se dirige à l'ouest , en suivant le Rio-Iruyane et le Mayussa jusqu'au 71 0 £o' de longitude, d'où elle se dirige vers la petite rivière d' 1 coma , coupe le Rio-Beni parle i3° de latitude, prend la direction du S.-O. jusqu'à la rivière Inambari qu elle suit jusqu'au 1 5° , ensuite par une autre ligne qui se rend à l'angle N.-E. du lac de T iticaca , dont elle prolonge le bord oriental jusqu'au 170, d'où elle traverse le lac d'Umamarca , pour aller joindre la cordillère qui lui sert enfin de limite jusqu'au Rio-Loa, lequel forme sa ligne de démarcation méridionale. Le Pérou est baigné, à l'ouest, par l'Océan-Pacifique , depuis Tumbez , au nord , jusqu'au Rio- Loa , au sud , c'est-à-dire depuis le 3° 3o' jusqu'au 210 3o' de latitude méridionale.
L'étendue du Pérou , du nord au sud , est de quatre cent cinquante-deux lieues, et sa plus grande largeur de trois cent quatre-vingt-dix. Sa longueur moyenne est de deux cent quatre-vingts lieues et sa largeur de cent quatre-vingt-dix (2). Population , un million deux cent cinquante mille âmes. Dans un rapport fait, le 1 5 juillet 1822 , par le ministre des affaires étrangères, l'étendue du Pérou est évaluée à quarantequatre mille six cent cinquante lieues carrées. Toutefois , en 1823, M. de Humboldt ne lui en a assigné que quarante-un mille quatre cent vingt (3).
Aspect du pays et nature du sol, La côte septentrionale du Pérou est bordée d'une chaîne d'îles et de récifs, et
(1) Voyez le décret à la fin de l'article.
(2) D'après la carte du Pérou , du Haut-Pérou et du Chili , et des Provinces-Unies de la Plata, par M. Brué. 18*26.
(5) Voyage aux régions équinoxiales , etc. Tome III, liv. 9, page 64.
entrecoupée de petits golfes. On ne rencontre, jusqu'à une certaine distance dans l'intérieur , qu'un désert sablonneux, coupé çà et là de vallées fertiles , mais de peu d'étendue. Les flancs des collines . qui bordent l'Océan-Paciûque et forment la première chaîne des Andes , sont couverts d'arbres. A l'ouest de ces montagnes , il existe des plaines trèsfertiles à la hauteur de dix mille pieds au-dessus du niveau de la mer. A quatre mille pieds plus haut commence la région des neiges éternelles , où- il n'y a plus de végétation.
Suivant M. de La Condamine, la hauteur moyenne du sol de la vallée où sont situées les villes de Quito , de Cuença , de Riobamba, de Latacunga, d'Ybarra et autres, est de quinze cents à seize cents toises au-dessus de l'Océan. Le sol de Riobamba , toutefois , est plus élevé de deux cents toises que eelui de Quito, qui est à quatorze cent soixante toises au-dessus du niveau de la mer (i). La cime du Cotopaxi est à trois mille cent vingt-six toises au-dessus de la mer , et est , par conséquent , de six cent trente-neuf toises plus haute que celle de Pichincha (2).
A l'est des Andes , se trouvent des plaines immenses de huit mille lieues carrées, qui sont arrosées à l'est et à l'ouest par les rivières d'Ucayale et de Guallaga , et au nord par le fleuve des Amazones. Ces plaines, découvertes par les missionnaires en 1 726 , portent le nom de Pampas del Sacramento, Colonda et de Terre des Missions.
Température. Dans le Bas-Pérou , sur la côte de l'Océan- Pacifique, la température est presque la même durant toute l'année. Le thermomètre de Fahr. y marque ordinairement 64° ( centîg. 1 70 77*), et rarement il s'élève au-dessus de 7.5°. Letonnerre n'y gronde jamais , et depuis le golfe de Guayaquil jusqu'au désert d'Àtacama, c'est-à-dire sur une étendue de quatre cents lieues , il ne tombe jamais une goutte de pluie. Mais , en revanche , les rosées y sont fort abondantes pendant la nuit. Dans les grandes plaines ou pampas, la chaleur est excessive et les brouillards fort épais. Dans la Sierra ou la région des mines, le froid est des plus rigoureux. Le pays situé entre les deux Cordillères est aussi généralement froid , bien qu'il renferme des vallées où règne une tempéra-
(1) Journal de La Condamine , pag. 33, 34 et 48. (a) Don Ulloa, Relation hist. , lib. VIT, cap. 7.
de l'amérique. gt
ture plus douce. La saison des pluies commence au mois de novembre et dure jusqu'à celui d'avril ; pendant le reste de Tannée, qui est l'hiver, la pelée est souvent très-forte : le plus grand froid se fait sentir dans les mois de mai et de juin. Du côté oriental des Cordillères , la chaleur est considérable et il ne gèle jamais. En descendant des Cordillères dans la plaine ou vallée de Quito , M. de La Condamine éprouva le même jour la température de l'hiver, du printems et de l'été. « A mesure que je descendais, dit-il, je changeais insensiblement de climat en passant par dégrés d'un froid extrême à la température de nos beaux jours du mois de mai (i). »
Tremblements de terre. Les tremblements de terre sont les plus grands fléaux des vallées de cette contrée. Don Ulloa nous a fourni une liste des plus remarquables (2).
En i58i, le village d'Angoango, près de Cugiano, fut loutà-coup renversé, et une partie de son emplacement enlevée et portée au loin. On assure que la terre , ainsi emportée , coula comme de l'eau ou de la cire fondue l'espace d'une lieue et demie .et qu'elle s'arrêta dans un lac après s'être ainsi répandue aans tout le district (3).
En 1582, il y eut un tremblement de terre qui détruisit de fond en comble la ville d'Arequipa.
Celui du 9 juillet i586 a été des plus désastreux. Ses secousses furent ressenties le long des côtes, selon le rapport du vice-roi, sur une étendue de six cent dix lieues, et jusqu'à cinquante dans la Sierra. Il se prolongea durant quarante jours , renversa tous les édifices Je Lima , et n'y laissa pas une seule maison intacte (4). Les habitants , avertis du danger par un grand bruit, sortirent de leurs maisons, et il n'en périt guère qu'une vingtaine.
D'autres tremblements de terre non moins terribles eurent lieu le 26 novembre i6o5, en 1609, le 27 novembre i63o , en 1647, (ce aernier se fit sentir dans tout le Pérou) le 1 3 novembre i655, le 17 juin 1678,1e 19 octobre 1682 (5), le 20 octo-
(1) Introduction à la mesure du méridien., pag. li et i5 , in-4°- Paris, 175 1 .
(2) Don Ulloa, Relacion hist., lib. I, cap. 7.
(3) Acosta, lib. III, cap. 26. Historia natural y moral.
(4) Minana , Historia de Espana, tome III, p. 5 16. Madrid.
(5) Ce tremblement de terre détruisit la ville dn Pisco. Le choc
bre 1687, ( il renversa la ville de Lima de fond en comble)
le 29 septembre 16*97, ^e 20 jum 1^9,v^î ^e !4 j,nllet 169,9 j Ie 6 février 17 1G, le & janvier 1725, le 2 décembre 17^2, en 1734 et 17^3.
Celui du 20 juin 1698 renversa toutes les maisons de Latacunga , assiento ou bourg situé à dix-sept lieues au sud de Quito , à six lieues de la montagne de Cotopaxi , par les 55' de latitude australe. Ce bourg se composait île six cents maisons , et presque tous les habitants, dit don Ulloa, passèrent des bras du sommeil dans ceux de la mort, le tremblement de terre avant commencé à une lieure du matin et duré toute la nuit et une partie du jour suivant (1).
Le tremblement de terre du 28 octobre 1 746 détruisit complètement la ville de Lima. On compta deux cents secousses dans les premières vingt-quatre heures, et ensuite quatre cent cinquante-une jusqu'au 24 février de l'année suivante. Vers les dix heures au soir, il commença ses ravages , et pendant les quatre minutes qu'il dura , les habitants, qui n'avaient pas eu le tems de sortir de leurs demeures, furent ensevelis sous leurs ruines. On croit qu'il périt dans cette jpuit environ cinq mille personnes. Le lendemain , on ressentit six autres secousses j le 3o, un plus grand nombre encore , et plusieurs autres jusqu'au 10 novembre. Toutes les maisons de la ville furent ou renversées ou considérablement endommagées , et soixante-quatorze églises, quatorze couvents et quatorze ou quinze hôpitaux entièrement détruits. La ville de Callao , située à deux lieues de Lima , fut submergée , et des vingt - trois navires qui se trouvaient à l'ancre dans son port, dix-neuf furent engloutis avec les richesses qu'ils avaient à bord. On retira de dessous les décombres de Lima , les cadavres de treize cents personnes , et des cinq mille habitants , dont se composait la population de Callao , à peine s'en échappa-t-il deux cents. Ce tremblement de terre étendit ses ravages aux ports de Cavalla et de Guanapé, aux villes de Chancay et de Guaura , et aux vallées de la Barranca , de Supé et de Pativilca.
en fut si violent que la mer se retira l'espace d'une demi-lieue , et remonta ensuite avec une telle furie qu'elle iuonda le pavs sur une étendue considérable. La secousse ayant eu lieu sur les quatre heures du matin , la plupart des habitants qui étaient encore plongés dans le sommeil furent ensevelis sous les eaux.
(1) Don Ulloa, Relation hist. del viage, etc., lib. VI, chap. 1 .
DE L AMÉRIQUE. o3
Le 7 février 1797, la ville de Quito fut détruite par un tremblement de terre qui étendit au loin ses ravages. « Ce terrible tremblement de terre, dit M. de Humboldt, ( qui visita cette ville en 1802 ), ravagea toute la province et fit périr de trente-cinq à quarante mille individus. » Tel fut le changement produit dans la température de l'air par cette révolution de la nature , que le thermomètre de Réaumur , qui maintenant ne varie que de 4 à io°, et qui rarement monte à 16 et à 1 70, était constamment, avant cette catastrophe, à i5 et a ib°. Depuis cette époque , toute la province a été plus sujette qu'auparavant à des secousses de tremblement de terre , et on en ressent constamment de fortes ou de légères : ce qui rend probable l'opinion que toutes les parties élevées de la province de Quito ne forment qu'un seul et même volcan. Les montagnes de Cotopaxi et de Pichincha n'ont que de petits sommets qui les séparent, et qui ne sont en quelque sorte que des cratères formant différents fourneaux qui tous prennent naissance dans la même cavité. Le funeste tremblement de terre de 1797 prouve cette triste vérité, et ce qui la confirme encore davantage, c'est que, pendant cette terrible révolution , la terre s'entr'ouvrit dans toutes les directions et vomit en grande abondance de l'eau, du soufre , etc. »
Don Ulloa a remarqué que les murailles de Caxamarca et de plusieurs maisons des vallées voisines , qui étaient bâties à la surface du sol et sans fondements, résistèrent aux secousses qui détruisirent Lima et les autres villes construites par les Espagnols. Les Indiens les voyant creuser, leur avaient prédit qu'ils se préparaient des tombeaux (1).
Volcans. Le volcan de Pichincha , le Vésuve de Quito , avait fait de grands ravages , avant l'arrivée des Espagnols au Pérou, et avait couvert de cendres, dans une de ses éruptions , la ville et les campagnes voisines.
Le volcan de Cotopaxi creva avec beaucoup de violence , en i533 , lorsque Sébastian de Belalcazar se trouvait dans la province , et lança de gros quartiers de rochers à cinq lieues à la ronde. La cime de la montagne est à trois mille cent vingt-six toises au-dessus du niveau de la mer, ou six cent trente-neuf toises plus élevée que celle de Pichincha. Elle se divise en trois sommets , dont la hauteur est à peu près la
(1) Don Ulloa , de Relacion, etc. part. 2, lib. I, cap. 7.
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même , et qui sont éloignes l'un tic l'autre de douze à quinze cents toises. De La Condamine établit son camp, sur le plus oriental, au mois d'août 1737. Ayant gravi jusqu'au cratère du volcan, le 19 juin 17^2, il le vit tout-à-coup s'enflammer, et la fonte des neiges qui s'ensuivit , causa de grands ravages dans les plaines. En 1743, il creva de nouveau par une ouverture au sommet et par trois sur les côtés , et vomit une quantité de cendres , qui , se mêlant à la glace et à la neige fondue , inonda la plaine depuis Callo jusqu'à Latacunga. Toutes les maisons qui se trouvèrent sur le passage des eaux , furent emportées. Il y eut une autre éruption non moins désastreuse, le 3o novembre 1744. Elle fut, comme celle de l'année précédente , accompagnée de terribles inondations. La rivière Napo fut tellement grossie par l'eau des neiges que les flammes fesaient fondre, qu'elle sortit de son lit et rasa le village du même nom , sans en laisser subsister le moindre vestige (1). Les cendres vomies par le volcan furent portées jusqu'à la mer, qui en est éloignée de plus de quatre-vingts lieues (2). Le 3 septembre 1760 , il y eut encore une éruption mémorable du Cotopaxi.
Lors du tremblement de terre qu'éprouva, en i6oo?la ville dJ Aréquipa , le volcan voisin vomit des cendres et du sable durant vingt jours , et en couvrit le pays à trente lieues d'un côté et à quarante de l'autre. Les maisons de la ville s'écroulèrent sous le poids du sable ; des troupeaux de moutons, de chèvres et de cochons furent ensevelis vivans; on trouva cinq cents vaches qui étaient mortes faute de pâturages : et les arbres, dépouillés de leurs branches, ne portèrent pas de fruits (3).
La montagne de Macas , ou de Sangay , qui est presque entièrement couverte de neige , vomit de son sommet un feu continuel, avec un fracas épouvantable, que l'on entend à plusieurs lieues à la ronde.
Population. Pedro Sancho , notaire général du royaume de la Nouvelle-Castille, et secrétaire du gouverneur Fr. Pizarro, rapporte dans sa Relation des événements arrivés pendant la conquête du Pérou , adressée de Xauxa au roi d'Es
(1) De La Condamine , Journal du voyage, p. 1 58.
(a) Ulloa, Relacion hist. del viage, etc. , lih. VI , cap. 4.
(3) Purchas, His Pilgrimes, etc. part. IV, p. 1476.
DE i/amÉRTQUE. q5
pagne, le i5 juillet i534, et signée de Pizarro lui-même, que la vallée de Cuzco, qui est entourée de collines, renfermait au-delà de cent mille maisons, dont quelques-unes étaient les habitations de plaisance du souverain , des seigneurs et des caciques ) d'autres , des magasins remplis de laine , d'armes , de métaux , de vêtements et de productions du pays; et d'autres enfin, des bâtiments où se déposaient les tributs. Il y avait aussi une maison spacieuse où se trouvaient plus de cent mille oiseaux desséchés, dont le plumage servait à faire des vêlements. Guaynacapa , ajoute cette relation , est aussi bien connu que s'il existait encore , et le jour qu'on expose son corps dans les rues, il se réunit, pour prendre part aux danses, environ cent mille habitants. Sans les différends qui existaient entre les naturels de Quito et ceux de Cuzco , les Espagnols n'auraient jamais pu se rendre maîtres de cette dernière ville , les montagnes voisines étant d'un accès si difficile , que dix hommes pouvaient en disputer le passage à dix mille (1).
Le frère Marc de Xlicia , général de tous les religieux franciscains du Pérou , qui s'était trouvé dans le pays aès le commencement, dit qu'il avait vu les Espagnols mettre le Jeu à un si grand nombre de Bourgs et de villages , qu'il lui serait impossible de les compter. Don Bartolomé de Las Casas (2), qui possédait l'original de la lettre de ce religieux , assure que la vérité de ce qu'elle renfermait avait été attestée par Pévêque du Mexique ; puis il ajoute que les. Espagnols avaient détruit dans les provinces du Pérou , plus de quatre millions d'individus. Ce nombre est évidemment exagéré ; mais il prouve du moins que la population indigène ne laissait pas d'être considérable à l'époque de la découverte du pays (3).
Jean Gonzalos de Alzevedo prétend, qu'en 1609 le nombre des Indiens avait diminué de moi lié dans le voisinage des mines, et d'un tiers environ, en d'autres endroits, depuis 1 58 1 .
Il n'y a pas de province au Pérou , dit don Ulloa , qui ne présente presque partout des restes d'anciennes bourgades :
(1) Purchas, His Pîlgrimes, part. 4> hb. VII, ch. 17.
(2) Rapport date de Valence, le 8 décembre i542.
(3) Brevissima Relacion de las Indias por los ÇastiUanos. Se ville, in-4°. l552.
ce qui prouve que le pays a dû être fort peuplé avant la conquête. Les parties où la population a été la plus considérable, sont, à ce qu'il paraît, les vallées de Las Capillas, ou deGuanquina, de Guanca- Conachi et deTopara, car entre Capillas et Topara , Ton rencontre, dans une étendue de quatre à cinq lieues , les restes de quinze à vingt bourgades (1).
M. Proctor, dans son Voyage à travers les cordillères des Andes, exécuté en 1823 et 1824» remarque ( page 187), « que la route de Nepena à Santa est pratiquée dans un. pays sablonneux et parsemé de collines. Nous y rencontrâmes , dit-il , les ruines de plusieurs villes indiennes , dont quelques unes avaient deux rues parallèles qui s'étendaient en ligne droite l'espace d'une lieue. Ces dernières avaient environ vingt pieds de largeur , étaient pavées avec des briques en terre , et , de chaque côté , s'élevait un mur de trois pieds de hauteur. L'on voit , de distance en distance , les débris des maisons tant soit peu ensevelis sous le sable. La plaine où sont situées ces villes a dû être autrefois cultivée^ et l'on y découvre encore les troncs pourris d'arbres jadis majestueux. 11 existe aussi , près de Santa , d'autres ruines très-étendues, et dont les maisons étaient construites en. briques de terre. »
La province de Truxillo est remplie de ruines indiennes. Les plus curieuses sont celles d'une grande ville, située à moitié chemin entre Truxillo et Huanchaco. Une partie des maisons subsiste encore, et l'on reconnaît facilement la direction des rues. Quelques-unes ont dû être très-étroites , et les huttes qui les bordaient ne pouvaient guère avoir plus de huit pieds carrés. L'on y découvre néanmoins les restes de plusieurs vastes édifices dont les murs en terre avaient plus de trois pieds d'épaisseur. Les anciennes fortifications de la ville ne présentent, en plusieurs endroits, qu'un monceau de boue. (Proctor, p. 195.)
Les peuples qui habitaient le Pérou , à l'arrivée des Européens, étaient les Abiticas, les Acos*, les Ahives , les Amamazos , les Ancas* ou Angas, les Angaraes, les Aruporecas , les Asapupenas , les Atavillos , les Aullagas * , les Autis, les Ayahuacas* , les Ayaviris, les Aimaraes , les Bo-
(1) Don Antonio de Ulloa, Noticias americanas (entretenir miento XX), 1/1-8°. Madrid, 1792.
DE L'AMKEUuUr. <J7
rillos, lesBoros, les Calca y Lares, les Callisecas, lesCailuas*\ les* Canisiènes, les Cavinas, les Cabos, les Cenomonas , les Charcas, les Clnnataguas , les Chiquiguanitas , les Chiriguanos , les Chiucas , les Choromoros , les Chucunas , les Chunanas , les Cliunchos , les Chupachos , les Chuscos , les Ciriones, les Cocmonomas, lesConiguas, les Coscaocoas , les Coseremonianos , les Fimayos, les Guataliuahuas , les Guatinguapas, les Guailas, les Hancohuallas * . les Huancas, les Huaras*, les Hubinas , les lbitas , les Ipillos , les Lamas , les Matupeyapes , les Masques , les Masteles * , les Ma i louas , les Mogolves, les Motilones, les Moxos, les Mures, les Nindasos, les Pacajes ou Pacaxes, les Panataguas, les Payansos , les Purasicas, les Quechuas, les Raches , les Taucas, les Xamoros, les Zepatos.
Lors du premier dénombrement fait par les Espagnols , en i55i , la population indienne du Pérou , de Santa-Fé et de Buénos-Ayres, s'élevait à huit millions deux cent cinquante-cinq mille individus.
D'après un second dénombrement fait en ib8i , par ordre du vice-roi don Francisco Tolédo, le Pérou et le Potosi , non compris le Quito, le Tucuman , le Chili ni le Buénos-Ayres, contenaient un million soixante-sept mille six cent quatrevingt- dix. - sept Indiens mâles de l'âge de dix-huit à cinuante ans , ce qui suppose , à cette époque , une population e quatre millions deux cent soixante-dix mille sept cent quatre-vingt-huit Indiens.
Le recensement de 1790 et 1 791 donne à ce pays une population d'un million soixante - seize mille neuf cent quatre-vingt-dix-sept habitants répandus dans quatorze cités, quatorze villes et neuf cent soixante-dix-sept villages et hameaux. La réunion subséquente de l'intendance de Puno et du gouvernement de Guyaquil produisit une augmentation de trois cent mille Indiens, outre cent vingt mille autres, qui n'avaient pas été compris dans le recensement primitif. Le Viagero universal estimait, en 179b*, la population du Pérou, un million quatre cent quarante-cinq mille habitants.
En 1 793 , après la séparation du Chili et du Buénos-Ayres, la population indienne ne montait pas à plus de six cent mille individus. Ce dénombrement, qui est considéré comme très-
* Les nations dont les noms sont marqués par un astérisque n'existent plus.
exact, avait été ordonné par le vice-roi Gil Lémos. Sur cent habitants , on comptait douze blancs (1).
Esclaves. Dès l'année i582 , les Portugais fesaient le commerce des Africains avec le Pérou. Deux navires de cette nation , pris cette année par le capitaine anglais Withington , avaient à bord quarante-cinq noirs esclaves . évalués au Pérou 4oo ducats par téte (2).
M. de Humboldt a évalué, en 1820, la surface du Pérou , à quarante un mille quatre cent vingt lieues carrées de vingt au degré équinoxial, et sa population à un million quatre cent mille âmes. Puis il remarque que cette évaluation n'est pas trop forte 5 que des ouvrages imprimés à Lima (3) estimèrent la population , il y a déjà trente ans , un million d'habitants , dont six cent mille Indiens , deux cent quarante mille métis , et quarante mille esclaves , et que la partie habitée du Pérou, n'a qu'une surface de vingt-six mille deux cent vingt lieues carrées (4).
(1) M. de Humboldt, Essai politique sur la Nouvelle-Espagne r tome Ier., p. 319.
(2) Hakluyt, tome III, pag. 769 et 778.
(3) Guia politica del Vireynato del Perù nara el aho 1790, publicada por la sociedad academica de los Amantes del pays.
(4) Voyage aux régions équinoxiales du nouveau continent, fait en 1799, 1800, 1801, 1802, i8o3 et 1804, par Alex, de Humboldt et A. Bonpland , rédigé par Alexandre de Humboldt ; tome III, liv. 9, pag. 64 et 70, in-4°. Paris , i8q5:
En ne regardant comme habite'e au Pe'rou qu'une surface de vingtsix mille deux cent vingt lieues carrées, et en y plaçant les quatorze cent mille âmes que M. de Humboldt y compte aujourd'hui , le Pérou n'au- 1 ait encore que cinquante-trois ou cinquante-quatre habitants par lieue carrée. Or, en France , suivant l'almanach du commerce de cctle année, le département de l'Ain a huit cent cinquante-quatre habitants par lieue carrée, le département de l'Aisne neuf cent (rente, le département de l'Allier sept cent trente-un. Je suis l'ordre alphabétique , et ces trois exemples suffisent pour faire voir combien la population du Pérou est inférieure à celle de la France. (Note du M. de /»-«.)
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