‹ L'art de vérifier les dates des faits historiques, des inscriptions, et autres anciens monumentsChapitre 6 sur 37 · X* VA N · texte numérisé non relu

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IOO CHRONOLOGIE HISTORIQUE

Qualités physiques et morales des Péruviens. Les Péruviens sont d'une stature moyenne et généralement bien proportionnés. Ceux des régions les plus chaudes ont le teint cuivré, et ceux qui habitent les parties froides sont plus blonds. Ils ont de longs cheveux noirs et point de barbe. Leur habillement consiste en un frac de laine, et en une culotte courte ou un caleçon qu'ils fabriquent eux-mêmes ; ils portent sur la téte un bonnet de laine que recouvre un chapeau à larges bords pour les garantir de l'ardeur du soleil , et , aux pieds , des sandales pareilles à celles des Romains. Les femmes portent une longue robe de laine de diverses couleurs, attachée par une ceinture, et, par-dessus, un morceau de drap carré ou châle , retenu sur le devant par une épingle d'argent, appelée toupo, et longue de quatre à cinq pouces; la téte en est aplatie et quelquefois montée en pierres précieuses : elles ont aussi des croix et des rosaires.

Leur nourriture se compose principalement de lait , de pommes de terre, de maïs, d'orge et de légumes apprêtés avec du sel; ils mangent peu de viande j ils mâchent une herbe amère nommée coca. Leurs cabanes sont de forme conique, et bâties avec des briques qui n'ont pas été cuites au feu ; elles n'ont qu'une porte et point de fenêtres. Ils couchent sur le plancher. Les hommes , accoutumés à faire les ouvrages les plus pénibles sans le secours de mécaniques, ont une grande force musculaire ; ils portent facilement sur les épaules une charge de cent cinquante livres. Les facteurs de la poste , appelés chasquis ou canaris , ou voyageurs expéditifs, parcourent à pied cinquante lieues en quatre jours. Les Péruviens des deux sexes ont toujours quelque occupation, et sont régulièrement levés avant le point du jour. Ils sont rarement malades , ne connaissent pas le mal de dents et ne portent jamais de lunettes (i). Avant la dernière révolution , il leur était défendu de posséder des armes à feu, et ils ne pouvaient, sans l'autorisation du chef, se livrer au commerce ou à aucune branche d'industrie quelconque.

Maladies. Les maladies les plus communes dans le Haut- Pérou sont les affections de poitrine , les- pleurésies , les rhumatismes, le tétanos ou spasme général dans les parties

(i) Pazos, (letter X). Letters on t/ia United Provinces o/South- America. New-York, 1 8 iç>.

de i/amerique. ioi

basses , et les fièvres intermittentes dans les quchradas profondes • mais les Péruviens sont naturellement robustes. Leur nourriture simple les garantit de ces maladies qu'engendre le luxe. «< J'en ai connu , dit don Ulloa, qui avaient plus de cent ans et qui étaient encore vigoureux et ingambes. Néanmoins, leur pays a été plusieurs lois affligé par des épidémies. En 1S46, il s'en déclara une, au-delà de Cuzco , qui se répandit en peu de tems par tout le pays , et enleva une partie de la population. Le mal se manifestait par une lièvre violente et par une douleur à la tête qui se fixait ensuite à l'oreille gauche : sa durée était de deux ou trois jours. Une autre , qui commença, le 25 avril 17^0,, dans le pays du Sud, gagna bientôt de ville en ville , et parcourut ainsi la majeure partie de cette vaste contrée (1).

Après le tremblement de terre qui détruisit Lima, il y eut une peste affreuse qui s'étendit jusqu'au Chili , et à laquelle vint se joindre une horrible famine qui fut fatale à un grand nombre de Péruviens.

Frézier rapporte , qu'en 1 7 1 3 la moitié des équipages des vaisseaux fiançais qui se trouvaient à Ylo, furent enlevés par une maladie épidémique qui se lit sentir jusqu'à Moqnégua , à dix-huit lieues de là , et même jusqu'à Aréquipa qui en est à quarante. On Ta attribuée à l'usage d'une mauvaise eau , égout de la terre , qu'on obtenait à l'aide de barriques enfoncées dans le sable.

M. de La Condamine parle d'un mal de gorge épidémique qui régnait à Quito, lors de son séjour dans cette ville, en 1740, et qu'il croit être de la même nature que celui qui avait désolé l'Europe deux années auparavant. « Un autre fléau , ajoute-t-il , plus terrible encore , se manifesta dans le même tems à Guayaquil , où un grand nombre de personnes moururent du vomissement noir, ou mal de Siam , jusqu'alors inconnu sur les côtes de la mer du Sud. Ce mal , connu dans le pays sous le nom de vomito prielo, exerça principalement ses ravages parmi les marins et les étrangers. Le mal de la vallée , appelé bicho, ou gangrène du rectum , est aussi quelquefois épidémique. Mais la maladie la plus funeste qui désole le Pérou est sans contredit la petite vérole, qui y

(1) Don V\\o9ff(Entretenimiento XI). Noticias americanas, etc., in-4°- Madrid, 177^.

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emporte des milliers d'Indiens toutes les fois qu'elle s'y renouvelle ).

ï ong-tems avant la découverte de la vaccine par le docteur Jenner , les habitants des Cordillères avaient remarqué qu après avoir trait leurs vaches, il leur venait une irruption cutanée qui les garantissait de ce fléau. La multitude de victimes qu'il emporta dans les années 1802 et i8o5, décida le gouvernement à prendre les mesures les plus efficaces pour y propager l'usage de la vaccine. On équipa même à cet effet un navire ayant à bord des médecins et un certain nombre d enfants , par le moyen desquels on entretenait un vaccin toujours frais pour le répandre dans les différentes parlies des deux Indes. Le président et les régents de l'université de Lima témoignèrent, à cette occasion , leur reconnaissance au roi et au docteur Salvany, vice-directeur de l'expédition.

En 1764., elle se manifesta dans la partie basse et y exerça de cruels ravages.

Longévité, On cite un grand nombre d'exemples de longévité au Pérou. En 1792 , on comptait dans la petite province de Caxamarca, qui renfermait soixante dix mille habitants, huit personnes âgées de cent quatorze ; cent dix-sept . cent vingt-un , cent trente-un . cent trente -deux , centtrentecinq, cent quarante-un et cent quarante-sept ans. En 17(05, un Espagnol y mourut à l'âge de cent quarante-quatre ans , laissant huit cents descendants en ligne directe.

M. de La Condamine dit qu'il a vuà Guano, à San-Andrès etàPénipè, plusieurs vieillards indiens, métis et espagnols , âgés de plus de cent ans. L'un , entre autres , se rappelait l éruption du volcan de ïongouragua qui arriva en iG^r (2). . Le père Feuillet rapporte (pag. Goo) avoir trouvé à Arica , un créole Agé de cent trente ans, qui lui dit avoir vu les premiers Européens qui s'y établirent après la conquête du Pérou.

Tableau statistique de la vice-royhutc du Pérou (3). — Intendance de Lima. L'intendance de Lima comprend

(1) Journal du voyage, p. io|.

(2) Journal du -voyage , etc., (pag. 65). Journal des observations, etc. Paris, 1714. #

(5) Ce tableau a ete dressé et fourni par M. gpinsett , chan^ d a fla 1 r es des Etats-Unis au Pérou et au Chili, à^a demande du

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soixante-quatorze doctrinas ou cures, trois cités, cinq villes et cent soixante-treize communes. Sa population est de cent quarante-neuf mille cent douze âmes , savoir : clergé , quatre cent trente-un 5 religieux , onze cents j religieuses , cinq cent soixante-douze; religieuses séculières, quatre-vingt-quatre; Espagnols et créoles, vingt-deux mille trois cent soixante-dix -9 Indiens, soixante-trois mille cent quatre-vingts ) métis, treize mille sept cent quarante-sept -, mulâtres , dix-sept mille huit cent soixante- quatre ; esclaves, vingt-neuf mille sept cent soixante-trois. Elle se divise en huit districts , qui sont : Lima , Canete, Iça , Yaugos , Huarochiro, Canta , Chancay et Santa.

Le district, ou cercado de Lima , renferme quatorze cures , une cité, six communes et soixante-deux mille neuf cent dix habitants . dont trois cent neuf, clergé -, neuf cent quatrevingt-onze religieux, cinq cent soixante-douze religieuses, quatre-vingt-quatre religieuses séculières beatas , dix-huit mille deux cent dix-neuf Espagnols et créoles , neuf mille .*ept cent quarante-quatre Indiens*, quatre mille huit cent soixante-dix-neuf métis, dix mille deux cent trente-un hommes de couleur libres , dix-sept mille huit cent quatrevingt-un esclaves. Son principal produit consiste en fruits , miel, sucre et légumes qui se consomment dans la capitale pour environ 5oo,ooo piastres par an. Lima , sa capitale et celle du Pérou , occupe une surface de dix milles de circonférence , y compris le faubourg de San-Lorenzo, et contient une population de cinquante-deux mille six cents habitants.

Canete, Ce district comprend sept cures , une cité , une ville, quatre communes et une population de douze mille six cent seize habitants , dont quinze , clergé ; dix-neuf religieux , quatre cent soixante-cinq Espagnols et créoles , sept mille vingt-cinq Indiens , sept cent trente-sept métis , neuf cent quatre-vingt-douze gens de couleur libres . trois mille trois cent soixante-trois esclaves. Son terroir produit du sucre

secrétaire d'État M. Adams, le 23 octobre 1818. Le rapport de M. Poinsett, date du 4 novembre suivant, se trouve dans les pièces officielles publiées par le gouvernement américain a Washington. Voyez à ce sujet la note de M. le baron de Huniboldt , dans le bulletin de la société de géographie , n°. 23, pag. 170 ; mars i8j5.

lo4 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

et des grains ; on y recueille aussi un peu de nitre. Son revenu annuel est de 35o,ooo piastres.

Ica comprend dix cures , une cité , deux villes, trois communes et vingt mille cinq cent soixante-seize habitants, savoir • cierge, vingt-deux ; religieux, soixante-douze; Espagnols et créoles, deux mille cent cinquante-huit; Indiens, six mille six cent sept; métis, trois mille quatre cent cinq 5 gens de couleur libres , quatre mille trois cent cinq ; esclaves, quatre mille quatre. On y récolte des olives et du sucre , et on y fait de l'eau-de-vie , des glaces et du savon. Il s'y exploite aussi une mine de cuivre. Revenu annuel 588,742 piastres.

Yaugos contient sept cures, vingt-cinq communes et neuf mille cinq cent soixante-quatorze habitants , dont douze , clergé ; treize Espagnols et créoles , huit mille cinq Indiens , quatre-vingt treize métis et mille quatre cent cinquante-un mulâtres libres. On y élève des bestiaux. Revenu annuel 20,200 piastres.

Iluarochùo comprend onze cures, trente-cinq communes et quatorze mille vingt-quatre habitants, savoir : vingt-cinq , clergé; deux cent vingt Espagnols et créoles, treize mille quatre-vingt-quatre Indiens , cinq cent quatre-vingt-onze . métis, dix-neuf gens de couleur libres et quatre-vingt-quatre esclaves. Il produit du grain, et on y élève des bestiaux. Il possède aussi de riches mines d'argent. Revenu inconnu.

Canta renferme neuf cures et cinquante-quatre communes. Population douze mille cent trente-trois habitants : vingt, clergé; cinquante-sept Espagnols et créoles , dix mille trois cent trente-trois Indiens et mille sept cent vingt-trois métis. Produit du maïs, des patates et des bestiaux. Revenu annuel 2o,io3 piastres.

Çhancay comprend neuf cures, deux villes et vingt-huit communes. Population treize mille neuf cent quarante-cinq habitants; dix-huit, clergé; quinze religieux, neuf cent soixante- neuf Espagnols et créoles , sept mille cinq cent dix Indiens, mille quatre-vingt-un métis, sept cent cinquante-neuf mulâtres libres et trois mille six cent quatre esclaves. Produit grains, sucre, bestiaux. Revenu annuel 465,5o4. piastres.

Santa contient sept cures , quatorze communes et trois mille trois cent trente-quatre habitants : dix , clergé ; deux cent soixante-dix- neuf Espagnols et créoles, trois cent

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Indiens , douze cent trente-sept métis , cent huit mulâtres libres et Luit cent vingt-sept esclaves. Produit sucre , grains et bestiaux. Revenu annuel 245,000 piastres.

Intendance de Cuzco» Elle renferme cent deux cures, une cité, deux villes, cent trente-un villages et deux cent seize mille trois cent quatre-vingt-deux habitants, savoir : trois cent quinze , clergé 5 quatre cent soixante-quatorze religieux reclus, cent soixante-six religieuses , cent treize religieuses séculières , trente-un mille huit cent vingt huit Espagnols et créoles , cent cinquante-neuf mille cent cinq Indiens , vingttrois mille cent quatre métis , neuf cent quatre-vingt-treize mulâtres libres et deux cent quatre-vingt-trois esclaves. Elle se divise en onze districts, ou ccrcados, savoir : Cuzco, Abanyay , Aymaraes , Culca et Lares , Ui ubamba , Colabambas , Pararo, Chumbibilcas , Tinta, Quispicanchi et Paucartambo.

Le district de Cuzco renferme huit cures et la capitale. Son territoire produit du grain , et il v existe des manufactures de laine et de coton. Cuzco , capitale des premiers Incas , comprend une population de trente-deux mille quatre-vingtdeux âmes : quatre-vingt— neuf , clergé ; quatre cent trentesix religieux , cent soixante-six religieuses , cent treize religieuses séculières , seize mille cent vingt-deux Espagnols et créoles , quatorze mille deux cent cinquante-quatre Indiens , deux cent trois nègres , et le reste se compose de métis et de mulâtres.

Abancay comprend neuf cures , huit communes et vingtcinq mille deux cent cinquante-neuf habitants , dont trentetrois, clergé ; dix-neuf cent trente- sept Espagnols et créoles , dix-huit mille quatre cent dix-neuf Indiens , quatre mille sept cent trente-neuf métis , cinquante mulâtres libres et quatrevingt-un esclaves. Produit sucre , coton , grains et cacao. Revenu annuel 35o,ooo piastres.

Aymaraes comprend seize cures , trente-quatre communes et quinze mille deux cent quatre-vingt-un habitants : vingtquatre , clergé j un religieux reclus $ quatre mille quatre cent soixante-quatorze Espagnols et créoles , et dix mille sept cent quatre-vingt-deux Indiens. Produit différentes sortes de bois de teinture, des bestiaux et a quelques manufactures de laine. Revenu annuel i/t5,ooo piastres.

Culca et Lares renferme cinq cures , six communes et six mille cent quatre-vingt-dix-neuf habitants : treize, clergé;

lûG CHRONOLOGIE HISTORIQUE

trois cent quarante-sept Espagnols et créoles , cinq mille cinq cent dix-neuf Indiens et trois cent vingt métis. Produit grains, coton, poivre rouge, cacao, et possède quelques manufactures de laine. Revenu annuel 176,2.39 piastres.

Lrubamba comprend six cures et quatre communes. Populaiion neuf mille deux cent cinquante habitants, dont vingt-deux , clergé j trente- cinq religieux , huit cent trentecinq Espagnols et créoles, cinq mille cent soixante- quatre Indiens et trois mille cent quatre-vingt-quatorze métis. Produit grains, cacao et toutes sortes de fruits. Revenu annuel 89,098 piastres.

Colabambas renferme treize cures et quatorze commune».. Population dix-neuf mille huit cent vingt-quatre habitants : dix-neuf, clergé ; cent quatre-vingt-six Espagnols et créoles, dix-huit mille deux cent trente-sept Indiens et treize cent quatre-vingt-deux métis. Produit grains et maïs. Revenu annuel 20,000 piastres.

Pararo renferme neuf cures , dix-neuf communes et vinj^t mille deux cent trente-six habitants : vingt, clergé 3 un religieux reclus , deux mille trois cent trente-un Espagnols et créoles j quinze mille trente-quatre Indiens, deux mille sept cent trente-trois métis et cent dix-sept mulâtres libres. Produit grains et bestiaux, et possède des manufactures de toiles. Revenu annuel 96,471 piastres.

Ckumbibilcas comprend onze cures, douze communes et quinze mille neuf cent soixante-treize habitants : vingt-sept, clergé - quatre mille quatre cent soixante-onze Espagnols et créoles et onze mille quatre cent soixante— quinze Indiens. Produit des grains 5 manufactures de toiles. Revenu annuel "18,600 piastres.

Tinta a onze cures et treize communes. Population trentesix mille neuf cent soixante-huit habitants : vingt-sept, clergé ; trois cent vingt-quatre Espagnols et créoles , vingt-neuf mille quarante— cinq Indiens , cinq mille quatre cent vingt métis et cent cinquante— deux mulâtres libres. Produit grains et bois de construction ; manufactures de toiles. Revenu annuel 1 52,3or) piastres.

Quispicnnc/ti renferme dix cures et seize communes. Population vingt-quatre mille trois cent trente-sept habitant* •. vingt cinq, clergé $ un reclus, trente-neuf Espagnols et créole-, dix-neuf mille neuf cent quarante-sept Indiens , quatre mille

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trois cent six métis et vingt-un mulâtres libres. Produit grains, bestiaux, laine, sel, et a des manufactures de toiles. Revenu annuel inconnu.

Paucartambo renferme quatre cures , Luit communes et douze mille neuf cent soixante-treize habitants : seize, clergé : sept cent soixante-quatre Espagnols et créoles , onze mille tleux cent vingt-neuf Indiens , neuf cent cinquante-sept métis et sept mulâtres. Produit bois et cacao. Revenu annuel 390,972 piastres.

Intendance d'Aréquipa. Elle renferme soixante cures , deux cités, deux villes, quatre-vingt-deux communes et une population de cent trente -six mille huit cent un habitants , savoir : trois cent vingt-six , clergé • deux cent quatrevingt— quatre religieux , cent soixante-deux religieuses, cinq religieuses séculières , trente- neuf mille trois cent cinquantesept Espagnols et créoles , soixante-six mille six cent neuf Indiens, dix-sept mille sept cent quatre-vingt dix-sept métis j sept mille trois mulâtres libres et cinq mille deux cent cinquante-huit esclaves. Cette intendance se divise en sept districts, qui sont : Aréquipa, Camana , Condesuyos , Collaguas , Moquequa, Arica et Tarapaca.

Le district & Aréquipa renferme onze cures, une cité, deux communes et trente-sept mille sept cent vingt-un habitants : quatre-vingt-treize, clergé j trois cent vingtcinq religieux cloîtrés, cent soixante-deux religieuses, cinq leligieuses séculières, vingt-deux mille six cent quatre-vingtsept Espagnols et créoles, cinq mille neuf cent vingt-neuf Indiens, quatre mille neuf cent huit métis, deux mille quatre cent soixante-dix-sept mulâtres libres et douze cent vingt-cinq esclaves. Produit grains , vin , eau-de-vie . surre . coton et huile. Revenu annuel 630,^00 piastres. La cite d'Aréquipa , sa capitale et celle de l'intendance renferme une population de vingt-trois mille neuf cent quatre-vingthuit habitants : cinquante , clergé ; deux cent vingt-cinq religieux , cent Soixante-deux religieuses , cinq religieuses séculières, quinze mille sepl cent trente-sept Espagnols et créoles . quinze cent quinze Indiens, quatre mille cent vingt neuf métis, et le reste mulâtres et nègres.

Camana contient sept cures , huit communes et dix- neuf mille cinquante-deux habitants : trente-quatre, clergé ; neuf religieux cloîtrés , cinq mille cent cinq Espagnols et créoles, douze cent quarante-neuf Indiens , mille vingt-un métis . dix-sept cent quarante- sept mulâtres libres et huit cent

quatre-vingt-sept esclaves. Produit vin , sucre et huile. Revenu annuel 3oo,ooo piastres.

Conde&uyos renferme neuf cures, dix-huit communes et vingt mille cent quarante-cinq habitants : trente-cinq , clergé; trois mille six cent trois Espagnols et créoles, douze mille onze Indiens , quatre mille trois cent cinquante-huit métis, trente-quatre mulâtres libres et quarante- quatre esclaves. On y trouve des mines d'or ; produit cochenille et grains. Revenu annuel 26, 4^3 piastres.

Collaguas comprend seize cures, dix communes et treize mille neuf cent cinq habitants : quarante, clergé ; deux cent douze Espagnols et créoles, onze mille huit cent soixante-douze Indiens, quatorze cent dix— sept métis, trois cent trente-cinq mulâtres libres et vingt-neuf esclaves. Produit grains , et possède quelques manufactures de laine. Revenu annuel 70,100 piastres. Les mines d'argent de ce district en fournissent annuellement 34, 000 marcs.

Moqucqua renferme six cures , six communes et vingthuit mille deux cent soixante-dix-neuf habitants : cinquantetrois , clergé: vingt-neuf religieux cloîtrés, cinq mille cinq cent quatre-vingt-seize Espagnols et créoles, dix-sept mille deux cent soixante-douze Indiens, deux mille neuf cent seize métis, huit cent quatre-vingt-sept mulâtres libres et quinze cent vingt-six esclaves. Produit grains. Revenu annuel 70^,000 piastres.

Atica contient sept cures, vingt-six communes, une cité et dix-huit mille sept cent soixante-seize habitants : quarante-quatre, clergé 5 vingt-un religieux reclus , quinze cent quatre-vingt-cinq Espagnols et créoles , douze mille huit cent soixante-dix Indiens, dix-neuf cent soixante-dix-sept métis, -neuf cent quatre-vingt-cinq mulâtres libres et douze cent quatre-vingt-quatorze esclaves. Produit vin, grains ; coton et huile. Revenu annuel iGo,5oo piastres.

Tarapaca a quatre cures, douze communes et sept mille neuf cent vingt-trois habitants : vingt-sept, clergé; cinq cent neuf Espagnols et créoles, cinq mille quatre cent six Indiens, douze cents métis , cinq cent vingt-huit mulâtres libres et deux cent cinquante-trois esclaves. Produit vin et grains. On tire annuellement 72,462 marcs d'argent des mines de ce district. Revenu annuel 8i,4oo dollars.

Intendance de Truxillo. Elle renferme quatre-vingt-sept cures, cinq cités, deux villes et cent quarante— deux communes. Sa population est de deux cent trente mille neuf cent

soixante-sept habitants, savoir : quatre cent soixante ecclésiastiques , cent soixante religieux reclus, cent soixante-deux religieuses, dix-neuf mille quatre-vingt-dix-huit Espagnols et créoles, cent quinze mille six cent quarante-sept Indiens, soixante-seize mille neuf cent quarante-neuf métis , treize mille sept cent cinquante-sept mulâtres libres et quatre mille sept cent vingt-cinq esclaves. Elle renferme huit districts ou cercados , qui sont : Truxillo, Lambayeque , Piura, Caxamarca, Chota , Huamachuco, Pataz et Chachapoyas.

Le district de Truxillo comprend dix cures, six communes et douze mille trente-deux habitants, dont cent quarantequatre ecclésiastiques , soixante religieux, cent vingt-neuf religieuses, quatorze cent trente-quatre Espagnols et créoles, quatre mille cinq cent soixante-dix-sept Indiens, quinze cent quarante-neuf métis , deux mille trois cent cinquante-sept mulâtres libres, quinze cent quatre-vingt-deux esclaves. Produit sucre, riz, huile, coton et différentes sortes de gomme. Revenu annuel 3 1,7 56 piastres. Truxillo, sa capitale et celle de l'intendance , renferme cinq mille sept cent quatre vingtdix habitants, savoir : cent trente -trois ecclésiastiques, soixante religieux , cent vingt-neuf religieuses , douze cent soixante-trois Espagnols et créoles, deux cent soixante-quatorze Indiens, sept cent quatre métis , mille nègres et le reste mulâtres.

Lambayeque contient vingt cures, sept communes et trentecinq mille cent quatre-vingt-douze habitants : soixante-deux ecclésiastiques, vingt-sept religieux, deux mille deux cent quatre-vingt-dix-neuf Espagnols et créoles , vingt-deux mille trois cent trente-trois Indiens , cinq mille quatre cent quarante-huit métis , trois mille cent quatre-vingt-douze mulâtres libres et dix-huit cent trente-un esclaves. Produit grains, safran, sucre, tabac et coton ; manufactures de laine, de coton et de sav%n. Revenu annuel 397,799 piastres.

Piura renferme douze cures , quatorze communes et qua rante-quatre mille quatre cent quatre-vingt-onze habitants , dont soixante-un ecclésiastiques, dix-huit religieux, deux mille huit cent soixante-quatorze Espagnols et créoles , vingtquatre mille sept cent quatre-vingt-dix-sept Indiens , dix mille six cent cinquante-quatre métis, cinq mille deux cent trois mulâtres libres et huit cent quatre-vingt-un esclaves. Produit grains , coton, un peu d'indigo et uourrit beaucoup de bétail. Revenu annuel 72,686 piastres.

!IO CHRONOLOGIE HISTOBIQUE

Caxamarca comprend dix-sept cures, vingt-six com munes et soixante-deux mille cent quatre-vingt-dix-neuf habitants, dont vingt-trois ecclésiastiques , cinquante religieux, trente-trois religieuses, sept mille huit cent trente-cinq Espagnols et créoles , vingt-neuf mille six cent quatre-vingtdouze Indiens, vingt-deux mille deux cent quatre-vingtdix-neuf métis, dix-huit cent soixante-quinze mulâtres libres et trois cent vingt-huit esclaves. Produit grains et coton ; bestiaux -, manufactures de laine et de coton. Revenu annuel inconnu.

Chota. On ne peut donner de renseignemenis précis sur ce district qui possède de riches mines.

Huarnachuco renferme huit cures , vingt-trois communes et trente -huit mille cent cinquante habitants, savoir: soixante - quatre ecclésiastiques, deux mille deux cent soixante -treize Espagnols et créoles , dix-sept mille cent dix-sept Indiens , dix-huit mille trois cent soixante-sept métis, deux cent cinquante mulâtres libres et soixante-dixneuf esclaves. Produit grains et cacao 5 manufactures de toile. Revenu annuel 57, 853 piastres.

Pataz comprend trois cures, treize communes et treize mille cinq cent huit habitants, dont onze ecclésiastiques, trois religieux , neuf cent quatre-vingt-sept Espagnols et créoles, quatre mille six cent vingt-sept Indiens, sept mille six cent soixante-dix-huit métis, cent quatre-vingt-quatorze mulâtres libres et huit esclaves. Produit grains, sucre, et abonde en bétail. Revenu annuel 35,264 piastres. Les mines d'or de ce district donnent 25o livres par an , et celles d'argent 5oo marcs. Valeur réunie 35,5oo piastres. • Qiachapoyas contient dix-sept cures . soixante communes et vingt-cinq mille trois cent quatre-vingt-dix-huit habitants : trente-quatre ecclésiastique^, onze religieux, treize cent quatre-vingt-seize Espagnols et créoles, douze mille cinq cent quatre Indiens , dix mille neuf cent cinquantequatre métis , quatre cent quatre-vingt-six mulâtres libres et treize esclaves. Produit tabac, quinquina, bois de teinture , sucre et cacao.

Intendance de Huamanga. Elle renferme cinquante cures, une cité, cent trente-quatre communes et cent onze mille cinq cent cinquante neuf habitants , dont cent soixante-seize ecclésiastiques , quarante-cinq religieux . quatre-vingt-deux religieuses, cinq mille trois cent soixante dix-huit Espa-

DE L AMÉRIQUE. 1 l 1

gnols et créoles , soixante-quinze mille deux cent quatrevingt-quatre Indiens , vingt neuf mille six cent vingt-un métis , neuf cent quarante- trois mulâtres libres et trente esclaves. Elle se divise en sept districts, qui sont : Huamanga, Anco, Hliaota, Congallo, Andahuaylas, Lucanas et Parinacochas.

Le district de Huamanga comprend trois cures , deux communes et vingt-cinq mille neuf cent soixante-dix habitants : vingt-cinq ecclésiastiques, quarante-deux religieux , quatre-vingt-deux religieuses, cent soixante-neuf Espagnols et créoles , vingt mille trois cent soixante-treize Indiens , quatre mille trois cent quatre-vingt-deux métis . trente esclaves et le reste mulâtres libres. Il possède des manufactures. Revenu annuel 34,268 piastres. Huamanga sa capitale est celle de l'intendance.

Anco contient une cure , quatre communes et deux mille vingt-deux habitants, neuf Espagnols, dix-sept cent quarante-quatre Indiens , deux cent soixante-neuf métis. Produit sucre et café. Revenu annuel i8,7{)5 piastres.

Hua nia a sept cures, vingt villages et vingt-sçpt mille trois cent trente-sept habitants : quarante-cinq ecclésiastiques, trois religieux , deux cent dix-neuf Espagnols et créoles, dix-neui mille neuf cent quatre-vingt-un Indiens , dix mille quatre-vingt métis, et neuf mulâtres libres.

Congallo compte dix cures, trente-une communes et douze mille quatre cent soixante-quatorze habitants : trente-un ecclésiastiques, soixante-deux Espagnols et créoles, dix mille onze Indiens , deux mille trois cent soixante-trois métis et sept mulâtres libres. Produit grains et bestiaux.

Andahuaylas renferme dix cures, dix-huit communes et douze mille vingt habitants . vingt ecclésiastiques, trois mille Espagnols et créoles, cinq mille Indiens, quatre mille métis. Produit grains et sucre. Revenu annuel 74,384 piastres.

Lucanas contient quatorze cures , quarante quatre communes et quinze mille sept cent vingt-sept habitants : vingtsept ecclésiastiques , huit cent soixante-deux Espagnols et créoles . douze mille sept cents Indiens, deux mille soixanteseize métis et soixante mulâtres libres. Produit grains et bétail.

Parinacochas a quatorze cures, seize communes et seize mille onze habitants : vingt-huit ecclésiastiques , mille cinquante-sept Espagnols et créoles , huit mille quatre cent

soixante-quinze Indiens et six mille quatre cent cinquanteun métis. On y trouve des bestiaux et des manufactures d'étoffes de coton. Revenu annuel 06,000 piastres.

Intendance de Huancavélica. Elle compte vingt -deux cures, une cité, une ville et quatre-vingt-six communes. Population trente mille neuf cent dix-sept habitants : quatrevingt-un ecclésiastiques, dix-huit religieux, deux mille trois cent quarante-un Espagnols et créoles, vingt-trois mille huit cent quatre-vingt-dix-neuf Indiens, quatre mille cinq cent trente-sept métis et quarante-un esclaves. Elle se divise en quatre districts , qui sont : Huancavélica , Angaraes , Tayacaxa et Castroverreyna.

Le district de Huancavélica comprend quatre cures , six communes et cinq mille cent cinquante-six habitants : vingtun ecclésiastiques , dix-huit religieux , cinq cent soixante Espagnols et créoles , trois mille huit cent trois Indiens , sept cent trente-un métis et le reste mulâtres et nègres. Huancavélica capitale.

Angaraes renferme cinq cures , vingt-cinq communes et trois mille deux cent quarante-cinq habitants : vingt-trois ecclésiastiques , deux cent dix-neuf Espagnols et créoles , deux mille six cent quatre-vingt-onze Indiens, trois cent neuf métis et trois esclaves. Produit sucre , grains , bestiaux. Revenu annuel 85,ooo piastres.

Tayacaxa a cinq cures , vingt-deux communes et treize mille cent soixante-un habitants : vingt-un ecclésiastiques , treize cent quatre-vingt-quatorze Espagnols et créoles, neuf mille vingt Indiens et deux mille sept cent vingt-six métis.

Castroverreyna contient huit cures, trente-cinq communes et neuf mille trois cent soixante-cinq habitants : seize ecclésiastiques, cent soixante-huit Espagnols et créoles, huit mille trois cent quatre-vingt-cinq Indiens , sept cent soixante-onze métis et vingt-cinq esclaves. Produit grains , bestiaux. Revenu annuel yG,ooo piastres.

Intendance de Tarma. Elle renferme soixante-dix-neuf cures, une cité, deux villes , deux cent trois communes et deux cent un mille deux cent cinquante-neuf habitants , savoir : deux cent vingt-neuf ecclésiastiques, cent vinçt-sept religieux , quinze religieuses séculières , quinze mille neuf cent trente-neuf Espagnols et créoles , cent cinq mille cent quatre-vingt-sept Indiens , soixante-dix-huit mille six cent quatre-vingt-deux métis , huit cent quarante-quatre mulâ-

très libres et deux cent trente-six esclaves. Cette intendance se divise en huit districts, qui sont : Tarma, Xauja, Caxatambo , Conchucos , Huamalies , Hua y las , Huannco et Panatahuas.

Le district de Tarma renferme treize cures p une ville , quarante-cinq communes et trente-quatre mille quatre cent quatre-vingt-onze habitants, savoir: trente-deux ecclésiastiques, seize cent quatre-vingt-un Espagnols et créoles, dixhuit mille huit cent vingt-un Indiens , quatorze mille trois cents métis et soixante -dix-sept mulâtres libres. Produit grains et quinquina. Revenu annuel 8,3 1 5 piastres. La raine de Yauricocha rapportait, en 1793, 2,016.700 piastres. Revenu de la couronne pour diezmos et cobos 26 1,283 piastres.

Xauja compte quatorze cures , une ville, seize communes et cinquante-deux mille deux cent quatre-vingt-six habitants, savoir : trente-deux ecclésiastiques , quatre-vingt-quatre religieux , dix-sept cent treize Espagnols et créoles , vingt-huit mille quatre cent soixante-dix-sept Indiens, vingt-un mille neuf cent vingt-deux métis et cinquante-huit esclaves.

Caxatambo comprend treize cures , cinquante-six communes et seize mille huit cent soixante-douze habitants : trente-un ecclésiastiques , cinq cent quatre Espagnols et créoles , dix mille cinq cents Indiens , quatre mille huit cent huit métis, six cent vingt-neuf mulâtres libres. Produit grains , bestiaux. Revenu annuel 3o,ooo piastres.

Conchucos a quinze cures, dix-neuf communes et vingtcinq mille trois cent huit habitants ; quarante ecclésiastiques, deux religieux, treize cents quatre-vingt-quatre Espagnols et créoles, neuf mille huit cent quatre-vingt-dix-neuf Indiens, treize mille neuf cent quatre-vingt-trois métis. Produit grains et possède des mines peu productives. Revenu annuel 73,4.76 piastres.

Huamalies compte huit cures , trente communes et quatorze mille deux cent trente-quatre habitants , savoir : dixhuit ecclésiastiques , cinq cent quatre-vingt-treize Espagnols et créoles , huit mille neuf cent cinquante-sept Indiens , quatre mille six cent vingt-cinq métis et quarante-trois esclaves. Produit quinquina, bois de teinture, cacao et bestiaux. Revenu annuel 53./f20 piastres.

Huaylas a douze cures, vingt communes et quarante mille huit cent vingt-deux habitants : soixante-sept ecclésiastiques, onze religieux, trois mille six cent quatre Espagnols et créoles

1 l4 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

vingt mille neuf cent trente-cinq Indiens , quinze mille neuf cent soixante-onze métis , cent trente-huit mulâtres libres et quatre-vingt-seize esclaves.

Huanuco renferme quatre cures , une cité et sept communes. Population , seize mille huit cent vingt six habitants : neuf ecclésiastiques, trente religieux, quinze religieuses séculières, six mille cent soixante Espagnols et créoles, sept mille cinq cent quatre-vingt-dix-huit Indiens, trois mille soixante- quinze métis et trente-neuf esclaves. Produit quinquina, cacao et un peu d'argent. Revenu annuel 45,094 piastres

Gouvernement civil et ecclésiastique avant la dernière révolution. Le vice-roi , nommé par le roi d'Espagne pour trois ans , pouvait être continué dans ses fonctions. Son autorité était absolue dans toutes les affaires politiques , civiles , criminelles et financières. Il avait la nomination de plus de cent corrégidors et autres magistrats supérieurs, se servait des tribunaux pour l'expédition des affaires , et résidait à Lima.

Les affaires, qui concernaient le gouvernement et la guerre, étaient soumises à la décision d'un secrétaire d'État et d'un assesseur. Celles qui regardaient l'administration de la justice étaient jugées , en dernier ressort , par le tribunal de V Audience qui se composait de huit auditeurs et d'un fiscal.

Les comptes des corrégidors, chargés de la perception des tributs , de la répartition et de l'administration des finances du roi , étaient examinés et jugés définitivement par la chambre des comptes , qui était formée d'un régent et de cinq maîtres.

Tout ce qui avait trait aux alcavalos , ou au cinquième du produit des mines et aux tributs des Indiens , était soumis à l'inspection du tribunal de la caisse royale , qui se composait de trois officiers royaux , d'un facteur, d'un maître des comptes et d'un trésorier.

Toutes les causes relatives aux biens de personnes mortes ab intestat, sans laisser d'héritier légitime, ou qui avaient été chargées des deniers d'autrui , étaient jugées par le tribunal de la caisse des morts, qui consistait en un juge supérieur, un avocat et un trésorier.

Les affaires litigieuses de commerce étaient décidées par le tribunal du consulat , composé d'un pretfôt des marchands et de deux Conseils , élus par les négociante.

DE L AMÉRIQUE. I l 5

Il y avait en outre un cabildo , ou tribunal de police , et une Cour des monnaies.

\J audience royale de Quito, établie en i563, était for» roée i°. d'un président, qui était en même tems gouverneur de la province ; 20. de quatre auditeurs, qui étaient aussi alcades de Cour et juges civils et criminels -, 3°. d'un fiscal du roi 5 et 4°» d'un autre fiscal ayant le titre de protecteur des Indiens (i).

Le traitement du vice-roi était de /fo,ooo piastres par an, non compris les droits extraordinaires;

Celui du gouverneur général de 7,000 id, ld. du lieutenant général de i,ôoo id.

ld, du commissaire général de 1,000 id.

Le tribunal ecclésiastique se composait de l'archevêque et de son officiai seulement. Ce prélat avait pour sufFragants les évêques de Panama, de Quito, de Truxillo , de Guamanga , d'Aréquipa et deCuzco , et ceux de Santiago et de la Conception dans le royaume du Chili.

Le tribunal de f inquisition , établi en 1 569 , était formé de deux inquisiteurs et d'un fiscal, nommés par l'inquisiteur général.

Le tribunal de la Cruzada } institué à Lima, en i6*o3, pour la distribution des bulles et l'examen des jubilés et indulgences , consistait en un commissaire subdélégué , un trésorier et un maître des comptes.

Le siège épiscopal de Quito fut fondé en 1 545. Le revenu de l'évêque est de 24,000 écus par an.

Le Pérou se divisait autrefois en paroisses , qui renfermaient chacune une ville de quatre a dix mille individus communiants ou adultes. Les villes étaient gouvernées par un curé catholique , subordonné à l'évêque du diocèse j par un cacique chargé de la capitation annuelle des Indiens mâles depuis l'âge de dix-huit ans jusqu'à cinquante, laquelle était de 7 à i4 piastres par tête ) par un alcade, ou un juge qui était subordonné , ainsi que le cacique , aux ordres des sous-délégués ou chefs des provinces inférieures.

Les curas doctrine ros , ou parrocos , qui enseignaient aux Indiens la religion chrétienne , étaient nommés par l'évé-

(1) Ulloa (liv. V, ch. 4)» Relation historien del viage d lu America , etc.

que, et confirmés par le vice-patron royal , qui e'tait le viceroi ou président du district. Le cura recevait un traitement du trésor royal , ou synoda , outre des bénéfices , nommés ohvenciones , qui s'élevaient à 4,000 dollars par an.

Il y avait trois évêques au Pérou, y compris l'archevêque , et quatre dans le Rio de la Plata , dont le revenu variait de 4.0,000 à 60,000 piastres , suivant la dîme. L'évêque de Cuzco jouissait d'un revenu annuel de 24,000 piastres , et celui de Guamanga de 8,000. Une messe coûtait 2 piastres, et le double si elle était chantée. Le prix des exercices religieux était réglé par un tarif royal. La taxe sur les funérailles, payée par les Indiens , était de 5 à 100 dollars, suivant la fortune du défunt (1).

Instruction publique. L'université de Lima fut fondée par l'empereur Charles V, en i545, sous le nom de San- Marc , et les privilèges que ce prince lui accorda , reçurent ensuite la sanction des papes Paul III et Pie V. Cette université était gouvernée par un recteur, élu tous les ans, et renfermait trois collèges royaux , où il y avait vingt chaires de professeur. On y comptait autrefois environ deux cents docteurs dans les facullés de théologie, de droit civil et canon, et de médecine , et près de deux mille étudiants. *< L'université de San-Marc , les collèges de Santo Toribio et de San- Felipe ont des chaires , dit don Ulloa , où l'on professe toutes les sciences , et qui sont occupées par les hommes les plus savants de la ville, parmi lesquels il s'en trouve dont les ouvrages ont fait assez de bruit pour mériter l'estime des Européens, nonobstant l'immense distance qui sépare les deux continents. »

En 1810, lorsque la dernière révolution eut lieu , il y avait trois universités au Pérou, savoir : à Cuzco, à Charcas et à Lima. Charcas renfermait deux collèges, une académie, et une école de droit dont il fallait suivre les cours durant deux ans avant d'être admis au barreau.

Il y avait à Quito deux collèges pour l'éducation des séculiers. L'un, nommé Saint-Louis , était sous la direction des jésuites , et l'autre , celui de San- Fernando , de fondation royale , sous celle de pères dominicains. Des régents ou lecteurs y enseignaient le droit civil et le droit canonique.

(1) Don J'irpnte Pazos , lellre XI.

de l'Amérique.

Il y avait aussi une chaire de médecine qui demeura toujours vacante, faute de professeurs pour la remplir. Le traitement des lecteurs était acquitté par le roi . qui avait fondé dans le collège de Saint- Louis , douze bénéfices destines aux hls des auditeurs et autres officiers du gouvernement.

Un fait remarquable, dit don Vicente Pazos, c est quau commencement de la révolution , en 1810 , il D existait i de Lima à Montevideo , sur une étendue de plusj de mille lieues , qui comprend le Pérou , le Chili et le Rio de la Plata pays Rempli de villes , de villages , d'universités , de collèges , d'écoles, de tribunaux, et d'hommes opulents et instruits, qu'une seule misérable imprimerie, qui avait autrelois appartenu aux jésuites de Cordova.

Agriculture. Lorsque les Espagnols prirent possession du Pérou , les naturels cultivaient le maïs , qu ils appelaient cor a, le millet ou petit riz , nommé quinua , plusieurs sortes rte faséoles ou purutu , des pois ou larvi , des légumes ajppele* papa , toca et annus , des batatas ou apichu de différentes couleurs, des melons, des citrouilles des concombre» et une herbe nommée coca , que don Ulloa croit être le bétel des Indes. Us possédaient aussi de fort beau coton , mais ne connaissaient pas le blé , l'avoine, le lin, le vin ou 1 huile Le maïs, les pommes de terre et le quinoa ou nz sont indigènes. La culture du blé et de l'orge y fut introduite vers l'année i547, par Marie d'Escobar , femme de Diego de Chaves , un des premiers conquérants du Pérou. Le vice-roi lui céda en récompense un beau terrain dans le voisinage de Lima , avec les Indiens qui s'y trouvaient (1).

Les premières vignes y furent apportées des Canaries , en , 54o , par Francisco de Caravantès , gentilhomme de Tolède. De la Véga dit que lorsqu'il partit de Cuzco, en i56o, on s avait point encore commencé à servir du vin a table. Les Indiens préféraient à cette boisson une liqueur extraite du mais.

\J olivier y fut transplanté d'Espagne, en i56o , par don Antonio de Ribéra , procureur-général du Pérou ; ce fut aussi cette année que Catherine de Riiez , religieuse du couvent de Sainte- Claire , à Cuzco, y apporta de la graine

Arbrisseau appelé thé du Pérou ( capraria Pcrmiana ,

■ (,) M. de Humboldt a estimé le produit du blé, dans les plaines de Caxamarca, a dix-huit ou vingt pour un des semences.

ou The Peruvianus) « n'y fut connu , dit le père Feuillet, qu'en 1709. Ses qualités , qui sont les mêmes que celles du thé des Indes orientales, firent que les Péruviens abandonnèrent bientôt celui-ci pour ne se servir que de celui qu'ils avaient chez eux j et il était déjà devenu si commun lorsque je partis de ce royaume , qu'on ne parlait plus que du thé de la rivière de Lima (1). »

Animaux domestiques. Avant la conquête du pays , les Péruviens se servaient, pour le transport des marchandises, du lama , dont la charge ordinaire était de cinq arobas ou de cent vingt-cinq livres ; et la vicuha leur fournissait um: chair délicate et une laine extrêmement fine. Mais ils n'avaient ni chameaux, ni chevaux, ni ânes, ni bœufs, ni vaches , ni chèvres , ni cochons , ni moutons semblables à ceux d'Europe.

Les premiers chevaux furent d'abord transportés d'Andalousie aux îles de Cuba et d'Hispaniola , et de là au Mexique et au Pérou, où ils valaient à cette époque de deux à trois mille pièces de huit , ou environ 4-5o livres sterling. En 1 554 , avant la bataille de Chuquinga , on refusait 12,000 ducats d un cheval bien dressé et de l'esclave qui le menait.

Lorsque le vice-roi reçut, en i55i, l'ordre d'affranchir les Indiens, il fut proposé de faire exécuter leur ouvrage par des chameaux. On introduisit en conséquence quelquesuns de ces animaux des Canaries $ mais la race s'en éteignit bientôt , soit par la négligence des propriétaires, soit à cause du peu d'utilité dont on les ju^ea (2).

Le premier âne que de la Véga eût vu dans la juridiction de Cuzco , en 1507 , quoique petit et rétif, se vendit à Huamanca , 4.80 ducats 3 76 maravédis.

Les bœiifs et les vaches, qui se payaient au commencement 200 écus par tête , ne coûtaient, en 1 554 ? ,a m°i~ tié de ce prix. Plus tard, on en achetait dix à Lima pour 1200 ducats • et, en i5t)0, ils avaient tellement multiplié, qu'ils ne valaient plus que 6 ou 7 ducats par tête.

Les brebis importées d'Europe en i55o, coûtaient à cette époque de 40 à 5o écus par tête ; mais au bout de quelque

(1) Voyez tome II, planche 48 > page 764 du Journal des observations y etc.

(2) Acosta (lib. IV, cap. 53), Historia nalural y moral de las Indias. Barcelona, i5oi.

de l'Amérique. HQ

teins elles étaient devenues si nombreuses, qu'on les vendait aux plus vils prix.

Les chèvres rapportaient, en 1 544 et i546 » »o6 ducats (i).

Les productions du pays varient suivant les situations. Dans les vallées qui s'étendent à dix ou vingt lieues de la mer, on récolte du vin, de l'huile, du sucre et presque toutes les productions des tropiques. Sur la côte occidentale on cultive dans les vallées, sur une largeur de six à vingt lieues , du maïs et du blé ; du quinquina et du cacao dans les montagnes. L olivier, dont le fruit est plus gros que celui de l'Europe, réussit parfaitement dans les plaines à l'est

Au tems des semailles , dit Torrès , les côtes sont fréquentées par une quantité prodigieuse de sardines, dont les cultivateurs tirent un parti avantageux. Ils leur ôtent la tête, placent dans chaque un grain de maïs, et le sèment de cette manière. Les ordures des oiseaux aquatiques qui se tiennent dans les îles voisines de la côte , et qui , dans quelques endroits , sont accumulées à la hauteur de plus de cent pieds, servent aussi à engraisser le sol léger des bords de la

les. Lorsque Francisco Fizarro eut fondé , en 1 53g , la ville de la Plata , dans la province de Charcas , district de Chuquisaca , il fit ouvrir une mine qui lui aurait rapporté 200,000 ducats par an si on en eût continué l'exploitation. Les Incas avaient déjà employé des ouvriers à en extraire de l'argent , particulièrement dans le Cerro de Porco (3). Durant l'année i5£4 » on en tira pour plus de 1 ,200,000 ducats de métal (4).

Les fameuses mines duPotosi furent découvertes en 1 545. quatorze ans après la conquête du Pérou , par un Indien nommé Gualca , de la nation des Chumbivilcas , dans les possessions de Gonzalo Pizarro. Étant à la poursuite d'un

(1) G. de la Véga, lib. VIII, cap. 9 et 10 , 16, 17, 20, et Comment, rov., lib. IX, cap. 16, 17, 18, 25, 26, 27 et 28.

(2) Relation du P. D. de Toires, Paris, 1604.

(3) Herréra , Décad. VI, lib. VI. cap. Q. Après que Diego de Al macro se fut proclamé gouverneur du Pérou, il s'empara de plus ae 60,000 livres d'argent fin provenant de celte mine.

(4) Id. Décad. VII, lib. VIII, cap. 22.

120 ClIKOKOLOGlfc HISTORIQUE

daim , il saisit un arbrisseau qu'il arracha et qui laissa à découvert le métal précieux. 11 en fit aussitôt part à Villarroël son maître, qui résidait à Porco, et ils en devinrent tous deux propriétaires , conformément à la loi. Cette mine fut enregistrée pour la première fois en avril 1 545, et la quantité de métal qu'elle produisit était si considérable, que le quint du roi s'élevait à i,5oo,ooo pièces de huit par an. On en tirait, dit-on , 3o,ooo par jour, et il n'en était pas enregistré le tiers. En 1574 1 suivant le relevé fait par ordre du vke-roi , don Francisco de Tolédo , on avait déjà extrait de la colline de Cerro à Potosi , 76,000,000 de pésos; et depuis cette année jusqu'en i585, on en retira 35 autres millions , non compris tout ce qui en était enlevé sans payer le quint de la couronne. Pendant les quatre-vingt-treize premières années , ces mines produisirent 4>255,o43 dollars d'argent (i); et, suivant Torrès , la seule mine de Potosi en a fourni 3oo millions en quarante ans , ainsi qu'il est prouvé , dit-il , par les registres royaux.

La mine s'extrayait par la fonte , et elle était si riche , qu'un quintal de minerai produisait toujours cinquante livres ou cent marcs d'argent. Il y eut, dès l'origine, plus de six mille guairas ou fourneaux pour les fontes en activité. Ce nombre n'étant pas suffisant pour en tirer tout le métal que le minerai renfermait , Péaro Fernandez de Vélasco introduisit l'usage de l'amalgame. D'après les données fournies par don Ulloa , et basés sur les droits du quint et la consommation du mercure , on remarque déjà en 1571, ou vingt-six ans après la découverte de cette mine , une grande diminution dans son produit. Dans l'espace de cent trente ans , à partir de 1 Ci 33 , il a diminué de plus des deux tiers.

Depuis i545 jusqu'en i564, le droit du quint rapporta 76 millions de pésos tnsayados , ou 4 millions de pésos par an. De cette dernière année à iS85 , ce droit fut de 35 millions } et de 1 585 à 1624, il s'éleva à 5a millions, ce qui donne , pour ces trente-neuf années , 1 ,333,333 un quart de pésos ensayados par an. De 1624 à i6o3, le droit n'a produit que 6 millions, ou 66,666 deux tiers de pésos ensayados x par an.

(1) Suis an lies données fournies par Gaspar de Escalona, dans son Gazophilacio Peruvico, p. içp. Voyez Voyage, etc., de rfnn Ulloa, liv. I"., ch. l3.

DE L AMKJlIOUtf. 121

Depuis i556 jusqu'en 1801 , les droits du quint, etc. , se sont élevés à 167,931,123 pesos, ce qui suppose, durant cet intervalle, un produit de 823«95o,5o8 pesos (1).

Ce fut en ibjj qu'on commença pour la première fois ;'i traiter l'argent par l'amalgame (2).

En t y 63 , Potosi consomma cent soixante-dix-neuf mille deux cent soixante-six livres trois quarts de mercure , et le droit du quint s'éleva à 252,719 pesos ensayados (3).

Le septième de la population indigène de chaque département était obligé de se rendre tous les ans à Potosi , et chaque mita ou bande d'y travailler six mois.

En i£>G6, un Portugais nommé Henriqite Garces, vit dans les mains d'un Indien une pierre rouge que ce peuple appelait llimpi , et dont il se servait pour se peindre le visage avant de partir pour la guerre. C'est ce qui conduisit à la découverte des mines de vif-argent de Guancavélica ( minas de Azogue de Guancavélica ).

On croit, dit Herréra , que le roi en retire 400,000 pésos par an, outre le profit résultant du nettoyage de l'argent par le mercure. La quantité produite annuellement par ces mines s'éleva à huit mille quintaux (4). La mine de Guancavéiica est située au sud de la ville du même nom, dans la montagne cle Santa Barbara , à la hauteur de quatre mille quatre cent vingtrdeux mètres. Son exploitation, au profit de la couronne , commença en i5to. On en a retiré depuis cette époque jusqu'en 1 789, un million quarante mille quatre cent cinquante-deux quintaux pesant de mercure (5).

Il y a encore des mines de vif- argent à Pucarani et à G ua ri na.

(1) IVoticias historiens, politicas , y estadisticas de las Provi ne t'as Unidas del Rio de la Plata , por Ignacio Nunez, in -8°. Londres , 1825 , p. 267.

(2) Beckman dit que ce procédé était employé au Mexique avant l'année i^JJ- Hist. des inventions et découvertes , édition anglaise. London, 18 17.

(3) Don Ulloa, (entretenimiento XIV), et dans l'ouvrage intitula Pretenciones del Potosi , que publia, en i654, don Sébastian de Sandoval y Guzman, procureur général de celte bourgade.

(4) Hf'rrêra, Décad. VIII, lib. II, cap. 14 et i5.

(5) M. de Humholdt , Essai politique sur la JKouvelle-Espagnc , liv. IV, ch. 11.

CHBOWOLOGIE HISTORIQUE

De la Véga rapporte que , sous le gouvernement de Vaca de Castro , les Espagnols découvrirent plusieurs mines d'or fort riches en différentes parties du Pérou. Les plus précieuses furent celles de la province de Callahuya , qu'ils appellent Calavaya , et d'où ils tirèrent quantité d'or fin , à vingt-trois et vingt-quatre carats. D'autres du même métal, à vingt carats, qu'ils trouvèrent à la même époque dans un endroit nommé Uuallaripa, à l'ouest de Cuzco , dans la province de Quichuya , n'étaient pas moins productives , et je nie souviens, ajoute de la Véga, que les Indiens vassaux du seigneur à qui ces mines étaient échues en partage, lui apportaient tous les samedis deux mille livres aor en poudre (i).

Paulo deLaguna, président du Conseil des finances, et ensuite principal ministre du Conseil des Indes, et évêque deCordoba » rapporte qu'il est à sa connaissance, que le roi d'Espagne avait retiré d'une seule perro ou montagne du Pérou, jusqu'en 1602, plus de 1200 millions de pésos d'argent enregistrés, non compris plus de 100 millions qu'il reçut ensuite ; et qu'il avait vu partir du Pérou , à bord d'une seule flotte, 25 millions de pésos en or et en argent (2).

Pédro Fernandez de Vélasco , qui avait vu employer le mercure au Mexique pour affiner l'argent, le' fit servir à cet usage, pour la première fois, en 157 1 (3).

La riche mine de Layca Cota, près de Puno , fut découverte en 1660 par Joseph Salcédo. L'on y coupait l'argent au ciseau, mais la mine ayant été inondée peu après , on n a jamais pu la remettre a sec.

Les mines de Guantajaya , dans le gouvernement d'Aré-

Suipa , qui sont situées à trois cents milles de Lima et à six u port d'Iquique, produisent annuellement, dit Helms, trente-huit mille marcs d'argent. * '

On découvrit, en 17 10, à Lumpangui, montagne voisine de la Cordillère , des mines d'or , d'argent , de cuivre , de plomb , d'étain et de fer , et trois ans après on trouva dans une autre montagne , appelée Uciintaya , une veine d'argent presque massif, qui en rendit pour plusieurs millions. u\

(1) Lib. m, cap. 2 et 19 de los Comentarios reaies.

(2) G. de la Vègay lib. I, de la 2e. part, de los Comentarios reaies.

(5) De la réHa, lib. VIII, cap. 25.

DE l'aMERIQUE. I2°*

Le produit de la mine de Yauricocha , dans le district de Tanna, intendance du même nom, fut de 2,016,703 dollars, en 1793.

Les mines d'argent de Coliaguas et de Tarapaca, dans l'intendance d'Aréquipa, produisaient autrefois cent six ini lie uatre cent soixante-deux marcs par an. Les riches mines argent de Gualgayoc, dans le Partido de Chota , furent découvertes , en 1771 , par don Rodriguez de Ocano.

On exploite une mine de cuivre dans le dictrict d'Ica , intendance de Lima 5 et Ton a découvert du platine à Morocollo, dans le Bas-Pérou.

Les plus riches mines d'or et d'argent que Ton travaille aujourd'hui , sont situées dans l'intendance de Tarma , à treize mille pieds au-dessus de la iner.

Les mines d'or et d'argent qui se trouvent entre les 1 5° et 23° de latitude méridionale sont situées aux endroits suivants , savoir : Lavoirs d'or, à Tipuani , Carabaya , Challana , Vilaque et Chuquiaguillo -,

Mines d'or, à Yani , Ananea, Consata , Araca , Rinconada, Chiloco , Condo-Condo , Choque-Camata , Pica , Sicasica et Azangaro ;

Mines d'argent, à Potosi . Lipez, Porco , Huantajaya , Aullagas . Caylloma , Charoma , Estarca, Lampa , Cerillos , Oruro , Popo , Chancani , Pu no , Laycacota , Pica , Verenguela . Kjusachata, Huyana-Potosi , Chuquiaguillo, Carangas et Pichegua (i).

11 est impossible de préciser la quantité de métaux précieux extraite de ces mines. On l'a estimée 1 4,000,000 de dollars par an. On en frappe à Potosi et à Lima pour environ 6,000,000 annuellement; ce qui équivaut peut-être au tiers de leur produit. M. Torrès assure que la quantité d'or et d'argent monnayée et en lingots, exportée tous les ans du Pérou, s'élève à 8,2^.0,000 dollars (2).

Le colonel Poinsett évalue le produit annuel des mines du Pérou à 4,5oo,ooo dollars (3).

(1) Letters on the United Provinces of South America , etc. , by aon Vicente Pazos , iu-8°. New-York, 18 19, p. 202.

(2) Id. , p. 2o3.

(3) Report on the affairs of South America , 4lh- nov. <8 18.

I *4 CHRONOLOGIE HlaTOBlOUE

Etat des mines en i 793. Mines d'or en activité. 09

Mines d'argent 784

Idem, de vif-argent 4

Idem, de plomb. 12

Idem , de cuivre 4

Total. . . . 873

Mines d'or abandonnées 29

Mines d'argent Idem 788

Nombre des mines du Pérou, non compris celles

du Quito et de Buénos-Ayres »^9o(» )•

Pendant les années 1790, 1796 et 1797, le produit de> mines a été ainsi qu'il suit, savoir :

Celles de Lima 70,000 marcs.

Cuzco '-7^4

Aréquipa 106,462

Truxillo 82,4o3

Guancabélica 9?II9

Tarma 276,472

Total. . . . 546,220

La valeur de l'or et de l'argent livrés à l'hôtel de la monnaie de Lima, de 1754 à 1772 , s'éleva à 3,83o,ooo piastres, et de 1772 à 1791 , à 4î49d\000'

Etat des monnaies frappées au Pérou en «790, suivant Helms.

Piastres en or, ou quadruples. Piastres en argent. Totaux.

A Lima, 628,044 17,435,6+4 i8,o63,688

A Potosi , 299,846 3,983,176 4*283,032

Totaux... 927,890 21,418,820 23,346,710

Depuis l'année 1 797 jusqu'en 1801 , il a été frappé à Lima , en or et en argent , pour la somme de 26,032, 653 piastres (2); et dans les années 1811 et 1812, 9,312,080, ou 4, 656, 040 par an.

Commerce. Le vice-roi don Garcia Hurtado de Mendoza , établit, en i5g6 , au Pérou le droit d'alcavalos , ou de ga-

(1) An Exposé on the dissentions of spanish America, etc. . i>y William Wallon , p. 438. London , 1814.

■ 9) M. de Hmnboldt, Essai polit. , liv. TV, ch. n.

DE l'aMëRIQUK. 1 2.~>

belle, et défendit le commerce des merceries avec la Nouvelle- Espagne.

En ibo4 j fut institué à Lima le tribunal niayor de Quentas y ou grande chambre des comptes.

Antérieurement à 1778, le commerce du Pérou avec l'Espagne se fesait par les ports du golfe de Mexique , et par ceux de Porto Bello et de Panama. Cette année, le privilège de commercer directement avec l'Amérique méridionale fut accordé aux négociants espagnols. Néanmoins il y eut des restrictions qui entravèrent considérablement l'industrie des Péruviens. Par exemple , les chapeaux fabriqués de la laine de vigogne, à Lima, ayant été regardés comme préjudiciables à cette Branche d'industrie dans la mère-patrie, il fut rendu un ordre royal , le 6 décembre 1784 , qui prescrivait l'achat de cette espèce de laine pour le compte du gouvernement, à l'effet d'être envoyée en Espagne.

Le i5 novembre 181 8, le port de Callao fut ouvert par ordre du vice-roi, aux navires anglais et à leurs cargaisons.

Lorsque le commerce du Pérou était restreint à l'Espagne, les marchandises de cette dernière y étaient introduites par les ports de Lima et de Buénos - Ayres . qu'on appelait Putrtos Mayores, pour les distinguer des Puertos Ménores, tels que ceux d'Arica, d'ilo, etc. , qui ne pouvaient pas commercer directement avec la mère-patrie. Les Espagnols des îles Philippines entretenaient aussi avec Lima un commerce assez actif, et ils y avaient une factorerie , nommée Grrmios, qui avait des correspondances dans plusieurs villes de l'intérieur. Ils importaient annuellement au Pérou pour 270, 23o dollars de marchandises qu'ils échangeaient contre de l'or et de l'argent. Ils en tirèrent ainsi pour 2,780,000 dollars.

On échangeait les marchandises de fabrique européenne contre ces métaux précieux, du cuivre, du quinquina , de l'ai pacha , de la laine de vigogne , des peaux de chinchilla , (quadrupède, genre des hamsters), et divers autres objets (1).

La quantité de marchandises étrangères introduites par le port de Buénos- Ayres. dans le Pérou, antérieurement à la révolution , fut évaluée par le secrétaire Morcno, à 18,000,000 de dollars par an (2).

(l) Don yïccnte Pazos , lettre VI.

12) Le montant des importations de toute l'Amérique espagnole a été estimé par M. Torrrs à cent millions de dollars.

I2(l CHRONOLOGIE HISTORIQUE

En 1 789, les articles exportés au Chili s'élevèrent à 458, 3i 7 dollars.

Le coca, ou thé du Paraguay, forme aussi une branche de commerce très-considérable. La seule ville de la Paz , dit Helms , en retire pour 3 millions de dollars par an.

Agy ou piment. On compte , dit Frézier , qu'il en sort tous les ans des vallées d'Arica , Sama , Tacna , Locumba , et autres , à dix lieues à la ronde , pour plus de 600,000 piastres, quoiqu'il se vende à bon marché. Cette abondance est due à 1 emploi de la guana, ou terre jaunâtre, qu'on croit être de la fiente d'oiseaux et qu'on tire de la petite île d'Iquique,

Le fameux fébrifuge , connu en Espagne sous le nom de cascarilla de Loja , et dans le reste de l'Europe sous celui de quinquina , fut introduit du Pérou en Europe, en 1640 , par les jésuites de Rome , qui le firent connaître en Italie et en Espagne neuf ans après. Ce fut le cardinal de Lugo qui l'importa le premier en France, où il se vendit d'abord au poids de l'or.

Le principal commerce du Pérou est celui qui se fait avec l'Europe par le cap de Bonne-Espérance. Il en entretient aussi un considérable avec les ports de l'Océan Pacifique, le Chili (1) et le Buénos-Ayres. Il s'en exporta , en 1790, pour la somme de 54,837,1 1 4 dollars ( y compris celle de 3,562,000 envoyée par la compagnie royale des Philippines), dont 49,678,305 en or et en argent , et le reste en d'autres productions du pays. Les importations s'élevèrent, pour la même année, à 4^,241 ,862 dollars , ce qui fait une différence de 1 1,595,252 dollars (2).

(1) La navigation du TN. au S. , le long de la cote , était autrefois si longue et si pénible , qu'il fallait six mois pour faire le trajet, qu'on ne met aujourd'hui que 5o jours à parcourir , a cause des vents du sud, des tempêtes et des courants. Un capitaine, étant parti de Lima pour le port de la Conception du Chili, prit sa route vers l'ouest, jusqu'à ce qu'il rencontra des vents qui le relevèrent; et par ce moyen il abrégea tellement le voyage, qu'il fut de retour à Callao trois mois après son départ. Soupçonné de magie, il fut traduit au tribunal de l'inquisition , et se sauva en fesant le même trajet, avec des gens non suspects à bord, et suivi d'un autre navire. ( Voyage du P. Feuillet. )

(1) D'après un tableau du commerce entre le port de Cadix et celui de Callao , fourni par M. Poinsett.

de l'Amérique. 127

Le commerce intérieur entre le Haut et le Bas Pérou a été estimé 6,693,51 3 dollars.

Le cabotage entre Callao , et les ports du Chili , de Guayaquil , de Panama et du Guatemala , pendant les années 1785, 1786, 1787, 1788 et 170*9, s'est élevé, année commune , à 1,670,149 piastres en importations, et à 1,564,755 en exportations, ce qui fait une balance de 108,394 piastres contre Callao.

La valeur moyenne annuelle du cabotage d'Arica, de Payta et de plusieurs autres ports du Pérou avec le Chili , Panama et Guayaquil, fut, à la même époque, de 396,670 piastres en importations, et de i3o,ooo d'exportations : balance contre le Pérou 266,675.

Le montant annuel du commerce du Pérou avec les autres colonies, en 1790, fut de 2,066,825 piastres en importations, et de 1,694,755 en exportations : balance contre le Pérou , 372,069 (1).

Le tonnage du port de Callao était, en 1789, de i6,3y5 tonneaux , et se composait de huit galions , douze paquebots du gouvernement , onze navires marchands et de plusieurs petits bâtiments.

Revenu. Le revenu brut de la vice -royauté du Pérou, a été évalué, en i8o3 , par M. de Humboldt, à 4 millions de dollars. On croit qu'il a été depuis de plus de 7 millions , et les dépenses au-delà de 4 millions. Le tribut payé par les Indiens s'élevait à environ 520,000 dollars par an.

Dette publique. Dans un rapport du ministre des finances, daté de Lima , le 26 novembre 1821 , il est dit que la dette contractée par l'Espagne se montait à 18, 161, 636 dollars ; qu'elle est le résultat des dépenses de la guerre quelle a faite à la cause américaine; que dans cette somme sont compris 11,711,971 dollars dus par l'Espagne, et dont le gouvernement péruvien n'est pas responsable, qu'ainsi il reste seulement 6,449,665 dollars pour la dette publique de l'Etat, laquelle, ajoute le rapport, est susceptible de nombreuses réductions.

(1) Pour de plus amples détails , voyez le Mercurio Peruano et Fiagery gênerai ; capt M. Konochic's, summary view of the staustics and existing commerce of the principal shores of the Pacific Océan, etc. ,pag. 36 et suiv., ddit. de Londres, 18 18, et la Maritime Geography, etc., by capt. Tuckey, vol. IV, art. Pent. liOndon , i8ï5.

Dynastie des Incas [\ ). Plusieurs historiens font remonter au déluge (2) l'origine des anciens rois du Pérou. Mais suivant les traditions indiennes rapportées par l'Inca G. de la Véga (3) , le premier roi de la race des Incas , Manco Capac (4) , homme doué d'un grand génie et de manières insinuantes, commença à établir son empire /^oo ans environ avant l'arrivée des Espagnols. Ce prince épousa sa sœur Coya Marna Oello Huaco. Etant partis de Titicaca, et se dirigeant vers le nord, ils avaient soin d'essayer d'enfoncer une verge d'or dans la terre partout où ils s'arrêtaient, suivant l'ordre qu'ils en avaient reçu du soleil leur père; car là où elle s'enfoncerait d'un seul coup, ils devaient s'y établir et y tenir leur Cour. Après avoir marché long-tems, ils arrivèrent dans la vallée de Huanacauti , où leur verge d'or s'étant enfoncée en terre , l'Inca dit à la reine : « C'est dans ce vallon que » le Soleil notre père veut que nous fixions notre demeure. » Puis , réunissant les sauvages des environs , il jeta les fondements de la ville impériale de Cozco (5). Ils dirent à leurs nouveaux sujets qu'ils venaient enseigner aux humains le culte de leur père , à cultiver la terre et à se nourrir de ses fruits. Us apprirent aux hommes à labourer , aux femmes à filer la laine , et les accoutumèrent à vivre en société. Manco- Capac nomma des curacas , ou caciques pour gouverner les communautés : ce qui ne devait être guère facile , car au rapport des historiens les plus dignes de foi , ces peuples étaient alors si ignorants et si barbares , qu'ils différaient peu des bêtes sauvages par leur manière de vivre.

« Il y avait , dit de la Véga , parmi les anciens gentils , des Indiens un peu meilleurs que des bêles apprivoisées , et d'autres qui étaient pires que les animaux les plus sauvages.

(1) Le mot litca signifie seigneur ou roi , et par extension, Des- < endant du sang royal.

(2) Cette opinion est fondée sur d'anciennes traditions et sur deux dialogues de Platon , dont la traduction se trouve dans les Mémoires pour servir à l'histoire ancienne du globe , en dix vol. in- 12. L'auteur de cet ouvrage en donne l'explication détaillée. ( Note de V éditeur.)

(3) Comentarios reaies de los Incas. Lisboa , 1609.

(4) Manco était un nom propre dont on ignore la signification. C'apac veut dire riche en vertus et puissant en armes , et Coya f épouse légitime.

(5) De la Véga écrit toujours ainsi le nom de cette ville.

DE l'aMERIQUE. I2()

Ils n'avaient point de divinités imaginaires comme les Grecs et les Romains 5 ils n'adoraient que les choses qui tombaient sous leurs sens , comme les herbes , les plantes, les fleurs , les arbres , les grosses pierres , les cailloux , l'émeraude, les cavernes, les précipices et les hautes montagnes. Ils adoraient dans le singe et le renard , la ruse , dans le chien , la fidélité , dans le loup cervicr, la vitesse, et dans un oiseau qu'ils nommaient cuntur (1), la grandeur. Quelques nations sacrifiaient à L'aigle; d'autres offraient un culte au faucon , à cause de son adresse à voler ; il y en avait aussi pour qui le cliat-huant était l'objet d'une vénération particulière, à cause de la beauté de ses yeux et de sa tête, ainsi que la chouette , parce qu'elle voyait dans les ténèbres. Ils regardaient comme des divinités les couleuvres, les serpents, les lézards et les crapauds. Les habitants des provinces des Antis adoraient les titres et les grandes couleuvres appelées amariu L'air, la terre , l eau des sources vives, le mais ou le carra recevaient aussi leurs hommages. Les naturels des côtes plaçaient la mer, qu'ils appelaient Mamacocha, ou mère-mer, au premier rang des divinités, et révéraient la baleine à cause de sa grandeur monstrueuse. Ils immolaient les prisonniers qu'ils lésaient à la guerre, mangeaient leur chair et buvaient leur sang; et offraient même leurs propres enfants en sacrifice à leurs idoles. Les Indiens des plaines allaient tout nuds , et n'avaient pas de cabanes. On comptait parmi eux un grand nombre de sorciers et de sorcières, et des individus qui fesaient le métier d'empoisonneurs (2).

Après avoir fondé la ville de Cuzco , Manco Capac la divisa en deux parties , dont l'une fut appelée Hanan Cozco, ou la Haute-Cozco, et Hurin Cozco, Cozco-la-Basse. Il établit dans la première les personnes qu'il avait amenées lui-même, et dans la seconde , celles qui étaient venues avec la reine. Ayant gagné la nation des Poqucs , qui occupait le pays arrosé par la rivière Paucartampu , il en envoya des colonies sur le chemin royal iXAntisuyu, où elles s'établirent dans treize endroits remarquables. A l'ouest de la ville, et à la distance de neuf ou dix lieues à la ronde , il bâtit trente

(1) Le grand vautour des Indes , le gypagus gryffus ou zopilote deM. Vieillot.

(a) G. de la Véga, Comentarios reaies , ïtb. I, cap. 9, 10, il, ia, i3 et 14.

l3o CHRONOLOGIE HISTOBIQUE

bourgs quil peupla de trois nations différentes , appelées Jl/iisca, Chillqui et Papri. Il jeta les fondements de vingt .•utres, au nord de la ville , dans la vallée de Sacsahuana . le long du chemin royal de Cliinchasuyu, et y transporta les quatre nations àelMayu, Cancu 3 Chinchapucuyu et liitnactampu. Les trente-huit ou quarante autres bourgs quil construisit au sud de la ville , à trois lieues à la ronde , et sur le chemin royal de Collasuyu , lurent habités, savoir : dix-huit par la nation Ayamarea , et le reste par les Quespicancha , les Muyna , les Urcos , les Quehuar t les Huante et les Cauina.

Manco Capac enseigna à ses sujets l'agriculture , et la manière d'employer la laine à se faire des habits et des chaussures. 11 défendit la polygamie, et voulut que chaque homme se contentât d'une femme qu'il devait choisir dans sa famille, pour éviter d'y introduire la confusion en y introduisant une étrangère. Vingt ans étaient l'âge nubile pour les hommes, parce qu'alors ils étaient en état de pourvoir aux besoins du ménage. Cet Inca donna à tous les peuples qu'il soumit un curaca ou gouverneur , pour les instruire et leur apprendre qu'ils lui devaient obéissance comme à leurs propres pères. Il leur recommandait d'être honnêtes, et de ne pas faireà autrui ce qu'ils ne voudraient pas qu'on leur fît. Il leur indiquait les lieux ou il fallait élever des temples au soleil , à cet astre qui fertilisait leurs champs , mûrissait leurs fruits et multipliait leurs troupeaux. Il fît aussi bâtir des maisons, dans lesquelles des femmes du sang royal lui rendaient le culte qui lui était dû. Manco Capac réserva, pour lui et ses descendants, une frange de couleur , qu'ils devaient porter au front comme une marque distinctive de leur rang. L'héritier présomptif de la couronne la portait jaune. Pour conserver le sang royal et la légitimité du trône, il prescrivit les mariages entre frères et sœurs ; c'était le fils aîné par la femme légitime qui succédait A la couronne de son père, et il lui était expressément défendu d'épouser d'autre femme que sa sœur. Outre les enfants de la reine , sa femme, llnca en avait de maîtresses qu'il entretenait, parce que, disait-il , il importait au bien de l'État qu'il y eût plusieurs enfants du Soleil pour en accroître et en perpétuer la race. A la mort de l'Inca, on portait le deuil pendant plusieurs mois, on embaumait son corps , et on fesait des sacrifices d'animaux et de plantes.

L'empire de Manco Capac s'étendait du coté de l'orient

DE l'aMERIQUE. I 3 1

jusqu'au fleuve Paucartampu, de celui de l'occident, l'espace de huit lieues, jusqu'à la grande rivière d'Apuriuiac , et au midi, sur une longueur de neuf lieues jusqu'à Quéquisana. Il y bâtit environ cent bourgs, dont les plus grands comptaient une centaine de maisons , et les moindres de vingt-cinq à trente. Dans la suite le nombre des maisons que renfermaient ces bourgs , s'accrut de trois cents à mille. Ce prince employa , pour gagner les Indiens , la voie de la douceur, et jamais celle des armes. Avant de mourir, il fit un long discours , en forme de testament , dans lequel il leur recommandait la stricte observation de ses lois. Il leur dit ensuite un éternel adieu , et leur promit d'avoir soin d'eux lorsqu'il reposerait dans le ciel auprès du Soleil son père. Son trépas fut vivement senti par ses sujets; ils portèrent le deuil durant plusieurs mois, embaumèrent son corps, et firent de nombreux sacrifices de plantes et d'animaux. La durée du règne de Manco Capac est incertaine. On croit qu'elle a été de trente à quarante ans (i).

Deuxième roi des Incas. Manco Capac eut pour héritier son fils aîné, l'Inca Sinclii-Roca (2). Ce prince épousa sa sœur aînée Mania Oello ou Mania Cor a , pour se conformer aux lois de son père , qui avait prescrit ces sortes de mariages pour conserver le sang royal dans toute sa pureté. A son exemple, il gagna par la douceur les nations Puchïna et Cànchi , qui résidaient au sud de Cuzco, et étendit les limites de son empire jusqu'à la ville de Claincara, qui était située à vingt lieues au-delà de celles qu'avait posées Manco Capac. On ignore la durée du règne de l'Inca Sinchi- Roca. On suppose qu'elle a été de trente ans (3).

Troisième roi. Sinchi-Roca eut pour successeur son fils Lloque Yupanqui[lv)ç[\xc lui avait donné Marna Cora. Cetlnca,

(1) G. de la^Véga, Qymentarios reaies, lib. I, cap. 17, 18, 19, 20 , 21, 22 , ioy 24 et 26.

(2) Suivant le pére Blas Valera, le mot Jioca signifie prince prudent ; mais il ne dit pas dans quelle langue, Sinchi est un adjectif qui veut dire vaillant. (G. de la Véga.)

(3) De la Véga , Cornent, real.. lib. II, cap. 16.

(4) On l'appela Lloque parce qu'il était gaucher, et Yupanqui, qui signifie tu compteras, ou autrement dit, tu compteras tes hautsjaits. Les Indiens désignaient un mauvais prince par le nom de Huacanqui , ou tu pleureras.

ï32 CHRONOLOGIE HISTOBIQUE

voulant continuer les découvertes de son père, et assujétir d'autres peuples à son sceptre , réunit un corps de six à sept mille guerriers , à la tête desquels il franchit les frontières, et prit possession d'une grande province appelée Cana , et d'une autre, moins étendue, nommée Ayaviri. Ce prince se rendit ensuite à Pucâra, où il lit construire la forteresse du même nom pour la défense du pays qu'il venait de soumettre, et retourna à sa capitale. Quelques années après, il en repartit avec huit ou neuf mille hommes , subjugua le pays de Hatun Colla, ou la Grande-Colla , la province populeuse de Ckucuytu, les villes de Hillavi, de Cliulli , de Pumata et de Cipita , et étendit sa domination jusqu'au Désaeuadcro , par le canal duquel s'écoulent les eaux du grand lac ou marais de Titicaca, et de là, à l'occident jusqu'au pied des Cordillères. Il conquit plus de quarante- six lieues de pays du nord au sud, et plus de vingt de l'est à l'ouest. Il s'arrêta dans la contrée des Collas pour les instruire , et envoya un de ses frères avec dix mille hommes dans la province de Hurin-Pacassa , que celui-ci soumit sur une étendue de vingt lieues, jusqu'à l'endroit qui sépare la côte de la Sierra Névada. Cette conquête l'occupa durant trois ans. Lloque Yupanqui fut reçu à son retour à Cuzco par des acclamations unanimes ; et, à sa mort, ses sujets l'adorèrent publiquement comme un dieu. Il laissa plusieurs enfants qu'il avait eus de ses maîtresses et de sa femme légitime Marna Cava, deux ou trois filles et le prince May ta Capac, qui devait lui succéder (i).

Quatrième roi. May ta (2) Capac employa les premiers moments de son avènement au trône à visiter les différentes provinces de ses Etats pour y faire exécuter les lois. Il se mit ensuite en marche avec un corps de douze mille hommes, et conquit la province de Hatunpacassa ,\e pays de Cacyaviri, les riches distric ts de Cauquicura , de Mallama et de Huarina, la province de Cuchuna, ou il jeta les fondements de la ville du même nom , et celle de Moqiu'hua. Les Cuchuniens, pour assouvir leurs inimitiés privées, employaient une espèce de poison lent qui réduisait ceux qui en avaient pris , à un état de peine et de langueur qui aurait toute la

(1) G. delà Véga, Cornent, real. , lib. II, cap. 18,19 et 20. (a) Le mot Mayta est un nom propre, et n'a aucune signification dans la langue générale du pays.

de l'amérique. i33

vie. L'Inca, jaloux de mettre un terme à cette horrible coutume, ordonna que l'empoisonneur serait brûlé vif, et il n'y en eut plus d'exemple.

Quelques années après , se dirigeant vers l'orient, il soumit sans résistance les provinces de Llaricassa , Sancavan et de Paeassa. Cette dernière avait été précédemment conquise par Lloque Yupanqui. Ayant ensuite rencontré treize ou quatorze mille Indiens Collas qui venaient lui disputer le passage du Rio Huychu , il les battit et en tua plus de six mille. De son côté, il n'y eut que cinq cents hommes hors de combat.

Cette défaite fut aussitôt suivie de la soumission.de toutes les villes situées vers le sud, du côté des Charcas , entre X Huychu et Callamarca , sur une étendue de irente lieues. De là, l'Inca se rendit à Caracollo par le chemin royal des Charcas et de Callamarca , et imposa le tribut à toutes les villes jusqu'à la laguna de Paria» 11 s'avança ensuite vers l'orient dans le pays des Antis , peuple cruel et barbare , et arriva dans la vallée qu'on appelle aujourd'hui Chuquiapu{\\ où il bâtit plusieurs villes. Suivant toujours la même direction , il entra dans la vallée de Caracatu , et alla visiter la grande montagne couverte de neige, qui se trouve dans le pays des Antis , à plus de trente lieues du grand chemin d' Umasuyu. Il réunit encore plusieurs villes à son empire , et retourna à Cuzco après une absence de trois ans.

Après avoir séjourné deux ou trois ans dans cette ville , il conçut le projet de faire la conquête du pays situé à l'ouest de Cuzco, qui s'appellait Contisuyu, et renfermait plusieurs provinces d'une étendue considérable. Il fit passer la grande rivière nommée Apurimac à son armée, qui était forte de douze mille hommes, sur un pont en osier, le premier de cette espèce qui ait été fait au Pérou (2). Ce pont excita une si grande admiration parmi les habitants de cette frontière , que ceux de la principale province appelée Chumpwillca , qui a vingt lieues de long sur douze de large , persuadés qu'il n'y avait que le fils du Soleil qui pût exécuter un si prodigieux ouvrage, se rendirent à discrétion. La ville de

(1) Ce qui signifie lance principale , ou lance de capitaine.

(a) G. de la Véga donne la description de ce pont de construction singulière. Il était formé de béjucos , ou osiers tellement entrelacés qu'il se soutenait en l'air. Il avait 200 pas de long sur un peu plus de 2 aunes de large, c'est-à-dire 195 mètres sur plus de 2.

1 34 CHRONOLOGIE ll.viol. lui ;

VilliLLi seule opposa de la résistance. Les habitants s'étaient retranchés dans un fort; mais après dix ou douze jours il< siège, ils firent leur soumission.

May ta Capac quitta alors cette province et se dirigea vers le désert de Conlisuyu , qui a treize lieues de traverse, et où il fut arrêté par un marais qui en occupe trois. Pour le franchir il construisit une chaussée avec des pierres et de^ mottes de terre ; elle avait six aunes de largeur sur deux de hauteur, et fut achevée en peu de jours. Delà il pénétra dans la province à'sillca, dont les habitants s'assemblèrent en armes sur des hauteurs escarpées pour lui en dispuiei l'entrée. Toutefois, après plusieurs combats et une résistance de deux mois , ils le reconnurent comme leur souverain seigneur et lui ouvrirent les portes âïAllca , leur ville principale. Il parcourut ensuite les grandes provinces de Taurisma , de Cotahuaci , de Pumatampu (i) et de Varihuana- Cocha (2) , traversa le désert de Coropuna , entra dans la province d'Jruni, et visita le pays de Collahua (3) , qui s'étend jusqu'à la vallée d' Arcqucpa , et plusieurs auire^ contrées plus ou moins fertiles. La vallée a'Aréquépa étant peu peuplée , il y fit venir plus de trois mille familles et y fonda cinq villes. Il en nomma une Chimpa , et une autre Sucahuaya, Dans cette conquête , qui dura trois ans , il accrut ses États, le long du détroit de Cuntisityu seulement, d'une étendue de pays de quatre-vingt-dix lieues de longueur, sur dix à quinze de largeur. De retour à Cuzco , il congédi.i ses troupes, et passa le reste de sa vie à faire des lois sage^ pour le gouvernement de son royaume. Les veuves et les orphelins furent l'objet de sa plus vive sollicitude. On croit qu'il a régné environ trente ans (4).

Cinquième roi. A la mort de Ma y ta Capac , son iils aîiu: . Capac- Yupanqui , monta sur le trône. Il parcourut d'abord ses États, pendant deux ans, pour s'informer de la conduitr des gouverneurs et des autres officiers de la couronne, et

(1) Ou Repaire du Lion. Le mot puma veut dire lion , et tampn dépôt ou repaire.

(2) Ou Lac aux Moineaux , cocha signifiant mer ou marécage, et parihuana, moineaux et autres oiseaux de ce genre. Les Espagnols, par syncope, ont nommé ceUe province Parin-Cocha.

(3) Selon le P. Blas Valcra, ceniot signifie trompette sonore.

(4) G. de la Yoga , Çoment.. real. i lib. 1ÏI , . cap- 1 à . 10.

by Googl

DE l'amérique. i3.>

revint à Cuzco faire les préparatifs nécessaires à la conquête d'une contrée située clans la direction de Cuntisuyu, à l'ouest de Cuzco. Pour y arriver plus commodément , il lit construire un autre pont de liane sur PÀpurlrriac, au-dessous de celui d'Allca , dans un endroit appelé Huacucliaca , où cette rivière est plus large que partout ailleurs. Il partit de Cuzco avec une armée de vingt mille hommes , passa le pont qui en était a huit lieues de distance, et entra dans la belle province de Yanahuara, qui avait vingt lieites de long , sur quinze de large (i). Ayant imposé le tribut aux habitants, il prit sa route à travers un désert de quinze lieues d'étendue pour gagner la province d Aymara , et rencontra un corps de guerriers postés sur la montagne de Mucansa , qui se disposaient à lui opposer de la résistance. Ceux-ci se retirèrent dans une espèce de fort, au nombre de trente mille hommes , femmes et enfants , dont douze mille en état de porter les armes ; mais pressés par la famine , ils furent obligés de se rendre. Cette province , riche en mines d'or . d'argent et de plomb , et abondante en bétail , renfermait alors quatre-vingts villes bien peuplées. Les habitants ayant proposé à Capac-Yupanqui de subjuguer la province d' Umasayu , dont les indigènes, fort belliqueux , fesaient de fréquentes irruptions sur leurs terres , il partit pour cette conquête avec huit mille hommes des mieux aguerris de son armée. Les Curacas, n'étant pas disposés à lui résister, mirent bas les armes et s'engagèrent à reconnaître ses lois.

De retour à Cuzco , il projeta de nouvelles conquêtes le long du détroit de Cuntisuyu , et lit partir, à cet effet , cinq mille hommes de troupes sous le commandement de son frère Auqui Titu et de quatre autres Incas. Ceux-ci pénétrèrent dans les provinces de Colapampa et de Coianéra , et dans le pays des Qucchuas , qui se soumirent sans obstacle. Les habitants de la province de Huamanpallpa ayant suivi leur exemple , les Incas continuèrent leurs conquêtes le long des bords du Rio Amancay \ et se rendirent maîtres du district de Quechua, qui abondait en or et en bétail. Ils franchirent ensuite la montagne et le désert de Huallaripa, qui a trente-cinq lieues d'étendue, et arrivèrent sur les bords de la mer, dans un fond appelé Yunca, ou pays chaud, qui com-

l36 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

prenait la célèbre vallée de Hacari, laquelle renfermait alors une population de vingt mille âmes. Les Incas les assujettirent sans peine , et se rendirent de là dans les vallons d' Uvinna , de Camana, de Caravilli, de Picta, de Quellca et autres , qui s'étendent le long des cotes , du nord au sud ? l'espace de soixante lieues , sur une largeur de plus de vingt lieues, depuis le sommet des montagnes jusqu'à la mer.

Quelques années après , l'Inca Capac Yupanqui , ayant chargé son hère des soins du gouvernement en son absence, partit de Cuzco pour Collasuyu avec environ vingt mille hommes d'élite. Arrivé sur les bords du lac de Paria , il réduisit à l'obéissance toutes les villes situées sur cette frontière. Deux caciques, Cari et Chipana , le constituèrent arbitre d'un différend survenu entre eux , et se reconnurent ses tributaires. Toutes leurs villes , ainsi que les provinces de Pocoata , de Mura Muni , de Maccha , de Caracara et autres situées le long du détroit de Collasuyu , se soumirent à son autorité. 11 en fut de même du pays qui s'étend à l'orient jusqu'aux montagnes de neige des Antis et du grand désert de trente lieues de traverse qui borne la province de Tapacri , appelée parles Espagnols Tapacari.

Après cette conquête , l'Inca revint à Cuzco, mais il n'y séjourna que peu de tems. Ayant jeté un pont flottant (i) en jonc et en paille sur le canal du lac de Titicaca , il partit avec le prince, son héritier, pour Tapacri et Cochapampa d'où ils traversèrent un désert de trente lieues de largeur avant d'arriver à la province de Chayanta , qui a vingt lieues de long sur à peu près autant de large, et dont les habitants lui prêtèrent serment de fidélité. De là il se rendit dans les provinces de Tutura , de Sipisipi , de Chaqui , et autres situées sur le détroit de Collasuyu. et qui étaient connues sous la dénomination générale de Cliarca. Tous les habitants de ces contrées se mirent sous sa protection. Après avoir employé deux ans à achever cette conquête, il retourna à Cuzco, d'où son empire s'étendait , du côté du sud, jusqu'à Tatyra et Chaqui , l'espace de cent huit lieues, et de celui de l'ouest jusqu'à la mer du sud, qui en était éloignée d'un côté de plus de soixante lieues, et de l'autre, de quatre-vingts. Il avait pour limite à Test, le Rio Paucartampa , qui coule à

(ï) G. de la Véga en donne la description.

DE LAMÉRIQUE. 1 3^

-treize lieues de Cuzco , et au sud-est Collavaya qui en est à quarante lieues.

Ce prince fit creuser de grands canaux pour l'irrigation des terres, établit des routes de communication entre les différentes provinces de son empire, et jeta plusieurs ponts sur les rivières. Six ou sept ans après, il songea à reculer les limites septentrionales de ses États qui n'avaient que sept lieues d'étendue , et fit partir une armée de vingt mille hommes sous les ordres d lnca-Roca , son fils, et de quatre maîtres -de-camp. Ce jeune prince, ayant passé l'Apurimac dans de grands bateaux , se rendit d'aoord à Curahuaci et à Amançay, à dix -huit lieues de Cuzco, traversa ensuite le désert de Cochacassa , qui avait vingt-deux lieues d'étendue, et entra dans les provinces de Sura , dtApucara et de Rucana , dont les habitants se soumirent à son approche. Continuant ensuite sa marche vers la côte de l'Océan , que les Espagnols appellent Los Llanos, ou le Plat-Pays, il arriva dans une vallée nommée ISanasca, ou la Désolée , par les indigènes. Il y fit reconnaître son autorité ainsi que dans les autres vallées qui s'étendent depuis celte dernière, le long des côtes , jusqu'à la distance de quatre-vingts lieues , sur une largeur de quatorze à quinze. Les deux principales, appelées Hacari et Camata , renfermaient environ vingt mille habitants. Les autres, moins considérables , étaient Aticu , Ucuna , Atiquipa et Quellca. Divisées entre elles, elles devenaient toujours la proie du premier envahisseur.

Le roi tira de Nanasca plusieurs peuplades pour établir des colonies sur les bords de l'Apurimac (1).

Sixième roi. Capac-Yupanqui eut pour successeur Ylnca- Roea, son fils aîné, qu'il avait eu de Coya-Mama Curiyllpay, sa sœur et sa femme. Il passa les trois premières années de son règne à visiter ses États. De retour dans sa capitale , jl mit sur pied une armée de vingt mille hommes à la tête de laquelle il franchit l'Apurimac, pour aller faire de nouvelles conquêtes , dans la direction de Chinchasuyu, au nord de Cuzco. Il entra dans la vallée d' Amançay, passa ensuite à Cochacassa et à Curampa , et arriva clans la grande province & Antakuaylla , habitée par les Chancas , peuple trèsbelliqueux . qui néanmoins se soumit sans résistance. Ces Indiens comprenaient les tribus de Hanco-Huallu, Utun-

(j) G. delà Véga, lib. III, cap. 10-20.

l38 CHBONOLOGIE HISTORIQUE

sulla , Vramarca y Villca > etc. , et occupaient une étendue de pays de seize à dix -sept lieues des deux côtés du chemin royal. I/Inca pénétra ensuite dans le district d' Vramarca , appelé aussi Chanca, dont les habitants reconnurent à regret son autorité ainsi que ceux de la province de Hanco-Huallii ou de Villca. De là il côtoya FOcéan et arriva aux provinces de Sulla et de Utumsulla , qui avaient une population de quarante mille âmes. Il employa trois ans à les réduire : ce qu'il réussit à faire plutôt par des voies de douceur que par celles des armes.

Les bornes de l'empire ne s'étendaient pas à l'est au-delà de la rivière de Paucartampu , qui était la limite des conquêtes du premier Inca , Manco Capac. Roca , après avoir pris quelques années de repos , résolut de soumettre le pays d'Antisuyu, et fit partir à cet effet quinze mille hommes aux ordres de son fils et de son héritier Yahuarkuacac (i) , et de trois mestres-de-camp. Celui-ci se rendit par Paucartampu et Challapampa , à Pillcupata, où il peupla quatre villes d'Indiens qu'il avait amenés avec lui. Il alla ensuite à Havisca et à Tunu , et poussa jusqu'aux marais et aux montagnes escarpées oui bordent la province d'Anti , ou d'Antisuyu. Le prince, dans ce voyage, ajouta près de trente lieues de pays aux États de son père , qui avaient alors plus de deux cents lieues de longueur du nord au sud, et cent de l'est à l'ouest. Dans toute cette étendue de pays , les Indiens s'occupaient à former des jardins , à bâtir des palais et à construire des magasins le long des grandes routes.

Quelques années après, Inca Roca résolut d'achever la conquête des provinces de Charcas que son père avait laissée incomplète. Il confia à son fils le gouvernement de ses États, se mit en campagne avec trente mille hommes , et parcourut les provinces de Chuncuri, de Pucuna et de Muyumuyu , qui étaient les plus voisines de son royaume. Lorsqu'il les somma de reconnaître le soleil pour leur dieu et de renoncer à leurs coutumes barbares , les plus aguerris des habitants prirent les armes ; mais les vieillards , qui avaient éprouvé la douceur de son gouvernement , leur persuadèrent de se .soumettre. L'inca entra alors dans les provinces de Misqui , Sacaca> Machaoa, Caracara , etc., et sf avança jusqu'à

(i) Ce mot signifie « qui pleure du sang ». On l'appela ainsi a cause des taches rouges qu il avait sur le visage.

de l'Amérique. i3q

Chuquisaca , qu'on appelle actuellement Ciudad de laPlata, ou Ville-d Argent. Toutes se déclarèrent pour lui. Il recula . dans ce voyage, les limites de l'empire de plus de cinquante lieues du nord au sud, et autant de l'est à l'ouest. Il y laissa des ministres pour instruire ses nouveaux sujets , et retourna à Cuzco, où il fonda des écoles publiques et fil de nouvelles lois. Il y mourut après un règne de près de cinquante ans . suivant le père Blas Valéra (i).

Septième roi. Son fils Yahuariiuacac, ou Pleure-Sang, montra pour ses peuples plus de tendresse qu'aucun de ses prédécesseurs , et ne paraissait disposé à entreprendre aucune guerre à cause de son malheureux nom. Toutefois . ne voulant pas mériter le reproche qu'on lui adressait d'être le seul roi du Pérou qui n'eût rien fait pour étendre les limites de l'empire , il forma le projet d'y réunir une pointe de terre très-longue, située au sud-ouest de Cuzco , au-delà de la côte d'Aréquépa. Dans ce dessein, il y envoya vingt mille hommes aux ordres de son frère l'Inca Mayta , qui fut connu dans la suite sous le nomd'Apu Mayta , ou général Mayta , et de quatre autres Incas , mestres- de-camp fort expérimentés dans l'art de la guerre. Ils eurent subjugué en peu de teins tout le pays depuis Àréquépa jusqu'à la rivière de Tacama , ou Collasuyu , qui servait de limite à la contrée qu'on appelle aujourd'hui Pérou. Yahuariiuacac profita de ce succès pour soumettre plusieurs provinces fort peuplées du détroit de Collasuyu , appelées Caranca , Ullaca , Llipi , Chicha et Ampara, et dont les habitants étaient braves et aguerris. Il aurait désiré commander ces expéditions en personne , mais il croyait son nom d'un trop mauvais augure, et il était d'ailleurs inconsolable des dérèglements de son fils, qui était alors âgé de dix-neuf ans. Dans l'espérance de le faire changer de conduite, il l'avait banni de sa Cour et relégué dans le grand parc de Chita , où il gardait les troupeaux avec les autres bergers.

Sur ces entrefaites, les naturels des provinces de Chanca , Uramarca , Villca, Ultusulla et Hanco-IIuallu . qui s'étaient soumis par crainte , se révoltèrent . et trente mille d'entre eux, aux ordres de Hanco-Huallu , Tumay Huaraca et iYAstu Huaraca, marchèrent contre Cuzco. LTnca l'abandonna à leur approche pour se retirer à Collasuyu, avec un

(1) De la Véga> lîh. IV, cap. i5, 16, 17, 18 et 19.

l4o CHRONOLOGIE HISTORIQUE

petit nombre d'Incas , et s'arrêta au défilé de Muyna 9 a cinq lieues de Cuzco. Là , il rencontra son fils , qui avait été averti de cette révolte par un fantôme qui se disait son oncle Viracocha (i). Il engagea son père à retourner à sa capitale et à la défendre. De son côté, il marcha vers Cuzco avec tous les gens qu'il put rassembler, et s'arrêta à une demilieue au nord de la ville. Il était alors à la tête de huit mille hommes. L'ennemi avait déjà passé TApurimac. Toutefois les nations Quéchua, Cotapampa , Cotanéra et Aymara , qui lia-: bitaient sur la frontière des provinces révoltées , et s'étaient volontairement soumises à l'empire de Capac Yupanqui , marchèrent pour se joindre à lui au nombre de douze mille hommes. Viracocha en posta cinq mille en embuscade. L'ennemi s'étant présenté devant Sacsahuana , où se trouvait ce prince, il s'ensuivit un combat qui dura huit heures , et se termina par la défaite des Chancas. Ceux-ci eurent vingt-deux mille hommes tués. La perte de Viracocha fut de huit mille. La plaine où se livra cette bataille a porté depuis le nom de Yuhuar— Pampa , ou Campagne de Sang.

Le vainqueur congédia ses troupes , à l'exception de six à sept mille hommes , avec lesquels il parcourut les provinces révoltées, après quoi il retourna à Cuzco. Il y entra à pied pour montrer qu il fesait plus de cas du nom de soldat que du titre de roi. Il bâtit pour son père une maison magnifique , dans le défilé de Muyna et de Quiespicancha . près de la rivière de Yucay. On remarquait aux alentours des parcs, des bois-, des jardins et des étangs , où ce monarque pouvait prendre le divertissement de la chasse et de la pêche. Persuadé que les habitants de sa capitale favorisaient les desseins ambitieux de son fils , il consentit à y demeurer. Viracocha prit dès lors la bordure rouge.

Huitième roi. Inca Ripac éleva un temple en l'honneur du fantôme, dont il avait pris le nom , dans la ville de Cacha, à seize lieues au sud de Cuzco. Cet édifice , construit en pierres de taille, avait cent vingt pieds de long sur quatrevingts de large.

Après avoir employé plusieurs années à visiter ses Etats, il conçut le projet de réduire les grandes provinces de Caranca, d'Ullaca , de Llipi et de Ckicha. Il envoya , à cet effet , trente mille hommes sous la conduite de Pahuac-Mayta ,

(1) Ce jeune prince porta depuis cette vision le nom de Viracocha.

DE l' AMÉRIQUE. 1 / |

ou « celui qui vole » , un de ses frères, et de quatre des principaux Incas. Après une faible résistance , les habitants désespérant de pouvoir lui tenir téte, reconnurent l'autorité de Viracocha. Cette conquête fut achevée au bout de trois ans.

Les limites de l'empire s'étendaient alors du côté de l'est aux hautes montagnes des Antis ; à l'ouest, jusqu'à la mer • au sud, jusqu'à la dernière province des Chancas, qui était à plus de deux cents lieues de Cuzco. Un immense désert le séparait du royaume de Chili. Il ne restait plus à conquérir que quelques provinces situées dans le nord, et entre autres celle de Chincliasuyu que l'Inca entreprit de réduire.

Il laissa à l'Inca Pahuac Ma y la le gouvernement de Cuzco, et entra en campagne avec trente mille hommes de troupes, et six Incas en qualité de lieutenants-généraux. Arrivé à la province d'Antahuaylla , qui dépendait des Chancas, il y fut reçu avec toute la soumission d'un peuple vaincu , qui depuis sa révolte avait porté le surnom de Auca ou Traître. Continuant sa marche, il entra sur le territoire des Huay taras qui avaient pris part à la dernière révolte , et qui se soumirent à la première sommation. Il passa de là dans les provinces de Pocira ou ffuamanca, d'Asancaru,de Parcoy de Picuy et à'Acos , qu'il réduisit presque sans coup-férir.

Au retour de cette expédition , il congédia son armée. Il donna alors tous ses soins à la construction d'un canal destiné à arroser la province de Chinchasuyu , et qui devait aller des montagnes entre Parcu et Picuy, jusqu'à la frontière de Rucana, Ce canal avait douze pieds de profondeur et plus de cent vingt lieues de longueur. Ayant pourvu à tout ce qui était nécessaire à cette entreprise , il visita les diffé*rentes provinces de son empire, pour satisfaire le désir de ses peuples qui depuis sa vision avaient conçu la plus grande vénération pour lui. Il s'informait, chemin fesant, de la conduite de ses gouverneurs et de ses autres officiers , et punissait sévèrement ceux qui avaient manqué aux devoirs de leur charge. Ce prince avait coutume de dire « que les mauvais ministres étaient plus punissables que les voleurs, parce qu'ils abusaient de l'autorité royale qui leur était confiée pour rendre justice à tout le monde. »

Lorsqu'il arriva dans la province de Chicas, il apprit un événement qui lui causa beaucoup d'inquiétude. Hanchohuallu , roi des Chancas , ne pouvant supporter le joug des Incas , résolut d'aller se fixer dans un pays où leur aomi-

lj^2 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

nation ne se fesait pas sentir. Vingt mille de ses sujets offrirent de le suivre avec leurs femmes et leurs enfants. Les peuples voisins , qui connaissaient sa bravoure et celle de ses guerriers , leur laissèrent un passage libre à travers leur pays. Hancho—huallu poursuivit sa marche jusqu'à la grande chaîne de montagnes des Antis , où il planta le piquet à deux cents lieues de son pays.

Viracocha, à son retour à Cuzco; envoya une colonie de dix mille hommes dans la province de Chancas pour remplacer ceux qui avaient suivi le vaillant Hancohuallu , et ceux qui avaient péri à la bataille de Yaliuar-Pampa. Il s'occupa ensuite de construire de superbes édifices dans les différentes parties de son empire , et surtout dans la vallée de Yucay , à quatre lieues au nord-ouest de Cuzco. Par son testament il voulut que son fils et son héritier, Titu—Manco- Capac y qu'il avait eu de Coya— Mania— Runtu{}) , sa sœur et sa femme légitime , fut appelé Pachacutec , ou celui qui bouleverse le monde (2). Ce prince, après avoir porté le sceptre pendant plus de cinquante ans , et ajouté une province (3) à Fempire , mourut généralement regretté de ses peuples (/f).

Neuvième roL L'Inca Pachacutec passa les trois premières années de son règne à visiter ses Etats , et à voir si la justice était impartialement administrée a toutes les classes de ses sujets. Il ordonna à tous ses vassaux de se plaindre à lui directement toutes les fois qu'ils avaient sujet de quelque mécontentement. De retour à Cuzco, il songea à entreprendre une expédition lointaine de crainte que ses sujets ne s'amollissent dans l'oisiveté. Il partit avec trente mille hommes , dans la direction de Chinchasuyu , accompagné de son frère Capac- Yupanqui. Arrivé à Villca , il envoya ce dernier faire de

(1) Ce qui veut dire mère - œuf ', ou blanche comme un ozuj\ parce qu'elle avait le teint très-blanc.

(2) Acosta dit ( cap. 9.1) que Pachacutec ota le royaume à son frère, ce qui doit s'entendre de Viracocha.

(3) A sept lieues au nord et a quatre au sud de Cuzco.

(4) En i56o, G. de la Véga vit son corps et ceux de quatre autres Incas dans une salle de Cuzco, où il fut admis par le licencié Paul Ondegardo , juge de cette ville. Ils étaient vêtus a la manière des anciens, Incas.

De là Fega, Mb. IV, cap. io, i^.y et lib. Y, cap. 17-29.

11F, l'amérique. i43

nouvelles conquêtes, et entra de son côté dans le pays de Sausa , nommé \aaxa par les Espagnols , province habitée par environ trente mille Haancas (1). Il employa pour les soumettre les voies de la conciliation. Pour terminer leurs différends , il divisa leur pays en trois parties, qu'il appela Sausa , Marcavillca et Llacsapallanca. Capac-Yupanqui conquit plusieurs provinces, dont les principales furent celles de Tanna et de Pampa ( appelées par les Espagnols Bom~ hon), et d'autres situées à l'ouest des Antis. Toutefois, arrivé à celle Chucarpu, ses habitants barbares et aguerris et adorateurs du tigre lui opposèrent une vigoureuse résistance. Plus de quarante mille furent tués de part et d'autre en différentes rencontres. Ils se soumirent enfin. Ce prince subjugua deux autres grandes provinces bien peuplées, appelées Ancara et Haayllas. Il punit sévèrement les habitants de cette dernière qui s'étaient rendus coupables du crime de sodomie , et revint à Cuzco , après avoir réuni à l'empire un pays de soixante lieues d'étendue du nord au sud. Son absence avait duré trois ans.

LTnca , après avoir passé trois autres années à parcourir son royaume , à l'effet d'y construire des temples , des forteresses et des magasins , résolut de faire de nouvelles conquêtes dans les provinces de Chinchasuyu. Il leva une armée de cinquante mille hommes, dont il confia le commandement à son frère, qui emmena avec lui son neveu Yltica Yupanqui, héritier présomptif de la couronne, alors Agé de seize ans , pour lui apprendre le métier des armes. Il entra dans la province de Pinça qui se soumit sans résistance. Toutefois les provinces voisines de Huaras , de Piscopampa et de Cun— chucu, ayant cessé leurs querelles, se liguèrent pour repousser cette attaque , disant qu'ils aimaient mieux mourir que de changer leurs anciennes lois contre des nouvelles. Us soutinrent la guerre pendant cinq ou six mois, mais, pressés par la famine, ils furent enfin obligés de se soumettre. Le grand-seigneur de Huaniachucu suivit peu après cet exemple. LTnca pénétra jusqu'à la frontière de Cassamarca , province devenue depuis célèbre par l'emprisonnement à'Atahuallpa. Ses habitants se défendirent opiniâtrement pendant quatre

(1) Cette province a été nommée Huancavillca par les Espagnol^ sans considérer, dit de la Véga, que la véritable province de ce nom est située près de Tumpiz, a 3oo lieues de là.

l44 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

mois; mais après plusieurs combats sanglants livrés en rase campagne , et dans lesquels le succès ne couronna pas leurs efforts , ils se virent contraints de se rendre. Après avoir ensuite forcé à la soumission le peuple de la province de Yauyu, Capac Yupanqui et le prince son neveu retournèrent en triomphe à Cuzco.

Ces deux Incas s'étaient avancés jusqu'à Nanasca. Trois ou quatre ans après , ils projetèrent la conquête du Plat- Pays , dont le climat était fort insalubre, surtout pour les montagnards. Le roi , le prince Inca Yupanqui , et le général Capac Yupanqui dirigèrent en personne cette expédition f qui se composait de trente mille hommes, et d un pareil nombre qu'ils laissèrent en garnison dans les villes voisines de la frontière. Le premier s'arrêta sur les confins des provinces de Rucana et de Hatumnicana. L'oncle et le neveu , arrivés à Nanasca, envoyèrent des troupes à la vallée de Yca, dont les habitants reconnurent aussitôt l'autorité de l'Inca. Il en fut de même de ceux de la vallée de Pisco. Les Yuncas , qui occupaient une étendue de côtes de près de cinq cents lieues, adoraient la mer, d'où ils tiraient leur nourriture, et qu'ils appelaient Mamacocha , ou mèremer.

Les guerriers de la grande vallée de Chinca ou Chinclid— suyu ne voulurent point entendre parler de soumission. Ils étaient toujours prêts à prendre les armes , soit qu'il fallût défendre leur patrie, leur liberté , ou leurs dieux , et particulièrement leur dieu tutélaire Chincha Camac , créateur et protecteur des Chinchas. L'Inca, pour les réduire, fut obligé de détruire leur récolte de grains et de fruits t et de rompre * les canaux et les aquéducs qui leur servaient à arroser leurs terres. Les Yuncas, pressés par la famine, furent contraints de se rendre. Cette conquête fut suivie de celle de la grande vallée du Runahuanac (i), et de trois autres du côté du nord , nommées Huarcu , Mallaet Chilien , qui appartenaient au seigneur Chuquimancu. En mémoire de cette conquête , les Incas bâtirent dans la vallée de Huarcu , sur le bord de la mer, une forteresse, dont les ruines étaient encore fort belles, dit de la Véga , quand il y passa en i56o.

(i) Ce mot signifie épouvantait des gens. Elle fut ainsi nommée de ce que plusieurs soldats , entraînés par le courant d'une rivière qui l'arrose, s'y noyèrent.

DE l'amÉHIQUK. l/j5

Les Incas se rendirent ensuite maîtres des vallées de Pa~ chacamac, de Rimac(i) , nommée Lima par les Espagnols , de Chancay, et de celle de Huanian , que les Espagnols appelèrent la Barranca, ou lieu rempli de fondrières. Le grand Senor Cuysmancu , seigneur de ces six vallées, souscrivit aux conditions de paix qu'on lui proposa.

Après avoir pris quelques années de repos , l'Inca porta ses armes dans le pays du grand-seigneur de Chiniu , à qui appartenaient les vallées de Parmunca, de Huallmi, de Santa, de Huanapu, et de Cliimu . où est situé Truxillo. Ces vallées, fertiles et bien peuplées , s'étendent depuis celte ville jusqu'à la Barranca. Les habitants combattirent vaillamment pour la défense de leur patrie ; mais après une guerre qui coûta beaucoup de sang aux deux partis , le fier Chimu se rendit. Ces conquêtes ajoutèrent à l'empire plus de cent trente lieues du nord au sud , et soixante de l'est à l'ouest, y compris le pays situé entre la grande montagne de neige et la mer. L'Inca passa le reste de sa vie A bâtir des villes , à établir des canaux pour l'irrigation des campagnes , et à embellir son empire. Il mourut après un règne de cinquante ans, suivant les uns, de soixante, suivant les autres , et laissa pour son héritier universel X Inca Yupanqui, son fils légitime , qu'il avait eu de Coya-Anakuarque , sa sœur et sa femme (2).

Dixième roi. L'Inca Yupanqui , après avoir employé trois ans a visiter ses États , retourna ù Cuzco , pour s'y préparera une expédition contre les Antis, qui occupaient un pays situé à l'est de Cuzco , et séparé de son empire par des montagnes toujours couvertes de neige. Croyant qu'il lui serait impossible d'y arriver par terre, il prit la résolution de pénétrer dans la province de àfusu ( los Moxos des Espagnols ) par le grand fleuve à'Amarumayu (3) ou Rio de la Plata , ou la rivière d'Argent. Il passa en conséquence deux ans à abattre des arbres pour en construire des radeaux et

(1) On Celui qui parle y parce qu'on y voyait une idole représentée sous la figure d'un homme, qui repondait , suivant la tradition , a toutes les questions qui lui étaient faites.

(2) De la Vèga , lib. VI, cap. 10 à 18, et 29 a 34-

(3) Amaru est le nom des grosses couleuvres qui se trouvent sur les montagnes. Mayu signifie rivière. On lui a donné ce nom pour indiquer qu'elle est aussi grande entre les rivières que l'amaru entre les couleuvres.

l/jG CHRONOLOGIE HISTORIQUE

<les canots. Les premiers pouvaient porter chacun de quarante à cinquante hommes. Pendant la navigation , ils eurent divers combats à soutenir contre les Ckunchus , qui habitaient sur les bords de ce fleuve. Ils arrivèrent enfin à deux cents lieues de Ctizco , dans le pays des Musus , qui consentirent à devenir leurs alliés , mais non leurs tributaires.

Quatre ans après, Yupanqui porta ses armes victorieuses jusqu'à la province de Chirihuana, dans le pays des An ris , à l'est de Charcas. Cette expédition , qui se. composait de dix mille hommes , échoua à cause des lacs , des marais et des précipices dont le pays était coupé, et qui le rendaient inaccessible. ^ A*MJ|>i fr'iffV

Cette conquête aplanit le chemin à celle du Chili. Les Incas ayant reçu un renfort de dix raille combattants , pénétrèrent quatre-vingts lieues plus avant , et imposèrent le tribut aux habitants delà vallée de Cuquimpu. Continuant leur marche, ils soumirent toutes les nations qu'ils rencontrèrent jusqu'au Chili, qu'ils subjuguèrent également U). Ils prirent ensuite la direction du sud , et conclurent , dit-on , des traités avec les différents peuples qui habitaient à cinquante lieues au-delà de la vallée du Chili , jusqu'au fleuve de Maulli. Les Incas re culèrent les bornes de l'empire de plus de deux cent soixante lieues, depuis Atacama jusqu'à ce fleuve, savoir : d'Atacama à Copayapa, quatre-vingts lieues -, de ce dernier endroit à Cuquimpu, quatre-vingts; de Cuquimpu au Chili, cinquantecinq , et du Chili au fleuve de Maulli , environ cinquante.

Les Incas voulurent pousser leurs conquêtes au-delà du Maulli qu'ils franchirent avec vingt mille hommes pour subjuguer la province de Purwnauca, que les Espagnols appellent Los-Promaucas. Mais les naturels , aidés des Antallis, des Pincus et des Cauquis , s'étant réunis au nombre de dix-huit à vingt mille , il se livra un combat qui dura un jour entier, et se renouvela avec plus de furie les deux jours suivants. Plus de la moitié des deux armées resta sur le champ de bataille j ceux qui survécurent étant presque tous blessés , les deux partis se retranchèrent et se retirèrent peu de tems après.

Yupanqui , à l'exemple de ses prédécesseurs , consacra les dernières années de son règne à l'embellissement de son royaume. Il fit élever plusieurs places fortes , et entre autres

(i) Voyez l'article Chili.

celle de Cuzco, sur le plan qu'en avait laissé son père, et bâtit un grand nombre de magasins publics. Ce prince emporta dans la tombe l'affection de ses peuples. Il avait agrandi l'empire de plus de cinq cents lieues du cote du sud , c'est-à-dire depuis Ataca jusqu'au fleuve de Maulli , et de cent quarante lieues vers le nord , le long des côtes , depuis Cbenchu jusqu'à Chimu. Il laissa pour son héritier universel Tupac lnca Yupancjui , son fils aîné, qu il avait eu de Coya-Chimpu-Ocllo , sa sœur et sa femme (i).

Onzième roi. Tupac lnca Yupanqui employa quatre ans à visiter son empire. Il leva ensuite une année de quarante mille hommes pour continuer les conquêtes de son père et soumettre la province de Cliachapuya (2), qui avait cinquante lieues de long sur vingt de large, non compris le pays qui s'étend jusqu'à Muyupampa , et qui a trente lieues de longueur. Cette province renfermait alors plus de quarante mille habitants. Les hommes en étaient fort courageux et les femmes extrêmement belles. Ils adoraient l'oiseau cunlur et les couleuvres. Pour y arriver, il fallait auparavant en soumettre une autre appelée Iluacrucliuchu (3), qui était très-grande, et habitée par des Indiens très-belliqueux , également adorateurs des couleuvres. Ils résistèrent d'abord vaillamment , mais vaincus dans un second combat, ils mirent bas les armes.

L'Inca prit ses quartiers d'hiver chez les Huacrachuchu pour les instruire, et attendre un renfort de vingt mille hommes, avant de marcher contre la province de Ckachapuya , dont les habitants, nommés Chachas , avaient fait de leur côté d'immenses préparatifs de défense et bâti un grand nombre de forts. Tupac Yupanqui arriva sur la côte des Pian ( Cuesta. de Pias) avec beaucoup de difficulté. Il trouva la principale ville abandonnée de ses habitants qui s'étaient retirés dans les places fortes. En sortant de Pias , il fit partir un détachement de trois cents hommes d'élite qui lurent tous ensevelis sous la neige, dans un défilé des montagnes appelé Cliirmac Cassa ou port funeste. Quelques jours après, la neige cessant de tomber, il continua sa marche et

(1) G. de la Véga, Cornent, real. , Kb. VII, cap. i5 a 26 inclusivement.

(2) Suivant le P. Blas Valéra, ce mot signifie lieu rempli de vaillants soldats.

(3) C'est-a-dire toque ou bonnet de corne.

l/fi CHRONOLOGIE HISTORIQUE

soumit successivement tout le pays jusqu'à Cuntur Marca , la capitale, dont les habitants se défendirent courageusement pendant plusieurs jours , mais furent enfin obligés de céder au nombre. Les autres villes et forts opposèrent uue résistance inoins opiniâtre ; toutefois celle de Cassa Marquilla , située à huit lieues de Cuntur Marca , repoussa plusieurs attaques avec succès avant de se soumettre au vainqueur. LTnea s'empara ensuite d'une autre capitale de ce peuple , nommée Papamarca, ou Pucbio de Papas , et d'une seconde, à huit lieues de cette dernière, appelée Raymipampa , ou Champ de la plus célèbre fêle du Soleil (i) , qui est située dans une charmante vallée. La ville de Suta, à trois lieues de là , et celle de Llavantu, la principale de la province de Chachapuya, se soumirent également.

L'Inca fit partir de Llavantu une partie de ses troupes, pour aller réduire la province de Muynpampa, où Hancohua 1 lu s'était fixé lorsqu'il abandonna ses Etats. Cette province était située à environ trente lieues de Llavantu, du côté de l'est , et dans le pays des Antis , qui étaient alors alliés ou tributaires des Chacas. Les habitants ne firent aucune résistance non plus (pie ceux de la province de Cascayunca.

L'été suivant, Tupac Yupanqui se mit en campagne avec quarante mille hommes, et entra dans la grande province de Huanca Pampa, qui était habitée par des anthropophages , qui vivaient sans lois ni restrictions quelconques et allaient entièrement nus. Leurs guerres avaient toujours pour objet de se procurer des femmes et des filles. Incapables de résister à l'Inca, ils se sauvèrent dans les creux des rochers et des montagnes. Toutefois la famine en lit sortir quelques-unsde leurs retraites, qui se rendirent au vainqueur. Celui-ci les rassembla dans des villes, leur apprit à se faire des vêtements de laine et de'coton, à féconder leurs terres au moyen d'aquéducs, et leur fit adopter les habitudes de la civilisation. On y bâtit un temple du Soleil , une maison pour les vierges choisies , et ces deux provinces devinrent dans la suite les plus riches du Pérou.

Tupac Yupanqui employa plusieurs années à réduire les trois belles provinces de Cassa, à'Ayahuaca et de Callua , qui renfermaient un grand nombre de villes et de places fortes , et étaient habitées par des peuples bien policés ,

(l) Campo de la fiesta y pasqua principal del sol.

obéissant à des gouverneurs et des magistrats de leur choix. Plus de huit mille Incas périrent dans un seul combat. Néanmoins ils se rendirent peu a peu maîtres de tout le pays . à l'exception d'un petit territoire où les plus braves s'étaient retranchés , dans la ferme détermination de ne pas se rendre. Leurs chefs les plus expérimentés furent toutefois d'un avis contraire , et ils mirent bas les armes. Llnca , fatigué de cette guerre désastreuse , retourna à Cuzco , d'où il repartit peu après pour visiter ses Etats.

Il fît une autre expédition contre les provinces de Chinchasuyu , au nord de Cuzco. Il réduisit en peu de tems celles de Huanucu , la contrée de Palta , qui produit le fruit délicieux du même nom, la province des Canaris , appelés Matiuma, ou têtes de callebasses [cabeca de calabaca)

Ear les autres Indiens, parce que les habitants portaient des onnets de callebasses ; et celle de Tumipampa (i). Llnca, ayant pris quelques années de repos, pénétra jusqu'aux confins du Tumipampa avec son armée, et se rendit facilement maître de plusieurs provinces stériles et mal peuplées , qui avaient une étendue de cinquante lieues de largeur, sur les frontières du Quito. Les principales se nommaient Chancan , Moea , Que.ma et Purnallacta ou territoire des lions; et les autres, Ticeapi , Tiucassa , Cayampi, Urcollasit , Tincuracu y etc.

Sur ces entrefaites, il arriva des ambassadeurs envoyés par des peuples habitant plus à l'ouest (2) , vers les confir de la province que les Espagnols appellent Puerto Vit)' , pour prier llnca de les recevoir au nombre de ses vassarx , et de leur envoyer des gens pour les instruire. Ce prince s'étant rendu à leurs désirs, ces barbares massacrèrent ses envoyés. L lnca ayant terminé la conquête de ces provinces . retourna à Cuzco.

Quelques années après, il conduisit une armée de quarante mille hommes contre le royaume de Quito, qui avait soixantedix lieues de longueur, sur trente de largeur. Cette guerre durait depuis deux ans , lorsqu'il fit venir son fils aîné ,

(1) Pedro de Cieca , dans le 44e- chnp. de son ouvrage, donne une description des temples et des palais qui se trouvaient dans les provinces des Canaris, jusqu'à Tumipampa, que les Espagnols appellent Tome-Bambtt.

( *) Pedro de Cieça donne la description de ce pays (cliap. ij).

l50 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

Huayna Capac, qui était alors âgé de vingt ans, avec un renfort de douze mille hommes , et lui confia le soin de la guerre. Ce jeune prince réduisit ce royaume au bout de trois ans -, après quoi il y éleva un temple au Soleil, une maison pour les vierges choisies, plusieurs autres édifices publics et un grand nombre d'aquéducs pour l'irrigation des campagnes.

Il pénétra ensuite dans une autre province nommée Quillacenca. ou Narine de Fer (i), parce que les habitant* étaient dans l'habitude de se percer le cartilage du nez pour y mettre un anneau de ce métal. Le jeune Inca n'y éprouva aucune résistance, non plus que dans la province de Paslu, dont les naturels n'étaient pas moins grossiers et lâches que ceux de la précédente. Il se rendit après dans celle &' Otauallu, dont les habitants plus civilisés se soumirent après une faible résistance. De là il passa dans la grande province de Caranque, où il éprouva aussi quelque résistance de la part de ses barbares habitants.

Tupac Yupanqui, libre des soins de la guérie, fit travailler vingt mille ouvriers à la forteresse de Cuzco , que son père avait commencée , et entreprit de fréquents voyages dans les diverses provinces de son empire. Huayna Capac retourna à Cuzco pour rendre compte de son expédition à son père. Ce jeune prince épousa en secondes noces sa sœur puînée Rava Oello , parce qu il n'avait point eu d'enfants de sa sœur aînée. Il se maria aussi à Mama-Runtu , fille de son omit Auqiii Amaru Tupac Inca , second frère de son père. Il eut de Rava Oello Ylnca—Inli Cusi—Huallpa (2), surnomme Huascar, et de sa troisième femme, Manco—Inca.

Tupac Yupanqui , sentant sa fin approcher, recommanda à son fils de suivre l'exemple de ses prédécesseurs , et de s'attacher surtout à entretenir la paix parmi ses sujets. Ce monarque mourut vivement regretté de ses peuples, qui lui avaient donné le surnom de Tupac -Yaua ou Père Eclatant (3\ Il avait eu de sa légitime épouse Marna Oello , outre lt prince son héritier, cinq autres fils, savoir: Auqui-Amarii Tupac Inca , Quehuar Tupac , Huallpa- Tupac-Inca-

(1) Qttiere dezir nariz de hierro, dit de la Véga.

(2) Inti signifie le soleil, et cusi allégresse ou contentement.

(5) Padre que rcsplandesca.

DE L'AMÉRIQUE. 1 âl

Yupanqui ( aïeul du coté maternel de G. de la Véga , l'hislo rien )-? Titu-Inca Rimachi et Auqui May ta (i).

Douzième roi. Huayna Capac , après avoir célébré les funérailles de son père, et visite' toutes les provinces de son empire , se mit en marche avec quarante mille hommes pour Quito , d'où il descendit dans le Plat-Pays, à l'effet d'étendre ses conquêtes le long de la mer. Il passa par la vallée de Chimu ( aujourd'hui Tntxillo ), où son aïeul s'était arrêté . et se rendit de la dans les vallées de Charma et de Paeasmayu, dont les habitants consentirent à reconnaître son autorité. Ceux des huit autres vallées voisines imitèrent leur exemple. Elles sont situées entre Pacasmayu et Tumpiz , et s'appelaient Gana , Colique, Cintu , Tue mi , Sayancu , Mutupi , Puchiu et Su II an a.

Après cette conquête il revint à Quito , où il séjourna deuv ans pour y exécuter divers embellissements. Il en partit alors avec cinquante mille hommes, et prit sa route le long des côtes jusqu'à la vallée de Sullana. Les Tumpiz , les habitants des vallées baignées par l'Océan , et ceux des provinces de Ckunana-Chintuy , de Colloncht et de Jaquall , lui envoyèrent leur soumission.

Après s être rendu maître de la province de Tumpiz, il partît pour celles dont les habitants avaient exterminé les gens que son père avaient envoyés pour les instruire. Trop faibles pour résister, ils implorèrent sa miséricorde. Pou» prévenir le retour de pareils crimes , il les condamna à être décimés , et décida que les principaux auteurs de la trahison des Huanc avilie as , ainsi que leurs descendants , auraient quatre dents de devant arrachées, dont deux à la mâchoire supérieure et deux à l'inférieure , pour perpétuer le souvenir de leur perfidie.

Après avoir puni les rebelles de cette province , il visita le royaume de Quito , et se rendit de la aux Chancas , vers le sud , à sept cents lieues de Cuzco. Ce voyage dura quatre ans. Ce prince revint ensuite dans sa capitale où il resta deux ans. Il en partit de nouveau avec cinquante mille hommes , levés dans la province de Chinchasuyu. Chemin fesant, il alla consulter l'oracle de Pachacamac sur le succès de l'expédition qu'il se proposait d'entreprendre. 11 lui fut répondu

(i) G. de la Vcga , Cornent, real, lib. VIII , cap. I a 8.

l52 CnPOÎTOLOGIE HISTORIQUE

qu'il réussirait dans toutes ses entreprises. La statue parlante (i) de la vallée de Ri mac lui promit le même succès. Il dirigea alors sa marche par les vallées qui s'étendent jusqu'à Tumpiz, et envoya sommer les habitants de l'île de Puna, qui est située près de la terre ferme , de reconnaître son autorité. Cette île, d'environ douze lieues de circuit, était gouvernée par le cacique Tumpalla , qui y exerçait un

Eouvoir absolu, et prétendait avoir juridiction sur tous les a bi ta nts de la terre ferme. 11 feignit de se soumettre à lTnca , qui envoya des troupes pour prendre possession de l'île, et y établir un gouvernement conforme à ses lois. Les Curacas, les trouvant trop rigoureuses , se révoltèrent , et jetèrent tous les Incas à la mer. Huayna Capac punit les rebelles en les condamnant à mort (2), après quoi il reprit le chemin de Cuzco. Dans ce voyage, il traversa la moitié de son royaume jusqu'aux Chicas, d'où il fît partir des commissaires pour le royaume de Tucma , que les Espagnols appellent Tucuman, et pour le Chili. Son absence dura quatre ans.

L'Inca projeta ensuite la conquête des provinces situées au-delà de Tumpiz , et qui s'étendent au nord le long des côtes de la mer. Il se rendit dans la province des Canarins , et s'acheminait vers Quito, lorsqu'il apprit que les habitants de la grande province de Chuchapuyas s'étaient révoltés. Il prit alors la direction de Casamarquilla , une de leurs principales villes , pour châtier les rebelles ; mais tous s'étaient enfuis dans les montagnes, et il n'y restait plus que des vieillards et des enfants. Une femme qui avait été maîtresse du grand Tupac Inca Yupanqui , intercéda en leur faveur et obtint leur pardon.

L'Inca se remit alors en marche pour la côte. Il se rendit d'abord à la frontière de la province de Mania , où se trouve le port de Puerto Vicjo. Il réduisit plusieurs peuples qui n'avaient ni lois ni discipline, et tourna ensuite ses armes contre les habitants de la grande province de Caranque. Il subjugua successivement les nations Apichiqui , les Pichunsi, Jes Sava, les Pecllansimiqui , les Pampahuaci , etc. Il marcha ensuite à Saramissu et à Passait , provinces situées sous la ligne équinoxiale , dont les habitants étaient tellement

(1) Famosoy dolo hablador.

(2) Pedro de Cieça de Léon, cap. 35.

DE L AMERIQUE. i53

abrutis , que l'Inca désespérant de les corriger, les abandonna à leur malheureux sort.

Pendant que ce prince visitait ses États , il apprit que les Caranques s'étaient soulevés et avaient massacré et dévoré les gouverneurs , les ministres et les soldats qu'il avait laissés dans leur pays. Il se décida aussitôt à marcher contre eux. Leur ayant inutilement offert une amnistie, il les attaqua vivement et les vainquit après un combat opiniâtre et fort meurtrier. Ils devinrent presque tous prisonniers de guerre. Les principaux auteurs de la révolte furent mis à mort et jetés dans un grand lac , qui fut nommé depuis Yahuarcocha, ou lac de Sang (i) ( mar de sangre ).

Ataluialpa , fils de YInca Huayna Capac , que ce prince avait eu de la lille du roi de Quito , s'était rendu si cher à son frère par ses belles qualités, que celui-ci avait conçu le projet de lui laisser sa couronne ; mais ne pouvant frustrer de ce droit son fils aîné, Huascar^-Inca , il en obtint le consentement de donner à ce frère bien-aimé le royaume de Quito , auquel il annexa plusieurs autres provinces.

Huayna Capac était tout occupé de ce projet (contraire aux ordonnances de ses ancêtres ) lorsqu'un navire d'une forme étrange, et portant des hommes extraordinaires , parut sur la côte. C'était celui de Vasco Nuiiez de Balboa , qui y arriva en i5i5, deux ans après la découverte de la mer du Sud. Ce prince continua à régner paisiblement sur ses peuples j mais l'apparition de ce navire l'inquiétait d'autant plus qu'un ancien oracle avait prédit « qu'après un certain nombre de rois du Pérou, des hommes tels qu'on n'y en avait jamais vus aborderaient dans le pays , les déposséderaient du trône et aboliraient leur idolâtrie (2). »

Huayna Capac vécut huit ans après l'arrivée de ces étrangers sur la côte. Persuadé de la vérité de cette prédiction, il appela près de lui ses fils et ses capitaines , et leur enjoignit de se soumettre aux étrangers. Après sa mort arrivée en IÔ23,

(1) Pedro de Cieça dit (cap. "5y) qu'il y en eut 20,000 d'exécutés; mais de la Véga remarque que cela doit s'entendre de tous ceux qui périrent de part et d autre dans celte guerre. De laVêga, lib. IX, cap. 1-12.

(2) Cette prédiction est rapportée par tous les historiens du Pérou. Voyez Cieça de Léon , cap. 44 '■> Gomitra , cap. 1 i5 ; G. de la Véga, lib. IX, cap. 14.

et dans la quarante-deuxième année de son règne , les deux Incas vécurent quatre ou cinq ans en assez bonne intelligence ensemble. Mais après ce terme, Huascar Inca ayant élevé des prétentions sur le royaume de Quito , Atahualpa , sous le prétexte d'aller célébrer à Cuzco la mort de son frère 7 mit en campagne une armée de trente mille hommes sous la conduite des généraux Ckallcuchima et Quizquiz, qui, après une marche de quatre cents lieues \ arrivèrent à environ cent lieues de Cuzco. Les vingt mille hommes qui formaient l'a vantgarde arrivés sur les bords de l'Apurimac , se déclarèrent ouvertement ennemis. Rejoints peu après par Panière-garde, ils allèrent prendre position sur la colline de Villacunca , à six lieues de la ville. Les troupes de Huascar ne s'élevaient qu'a environ dix mille hommes. Les deux armées se rencontrèrent à deux ou trois lieues à l'ouest de Cuzco , et le combat dura tout le jour. Huascar vaincu prit la fuite avec mille des siens, mais il fut atteint et fait prisonnier. Atahualpa , sous prétexte de vouloir rétablir son frère sur le trône, convoqua à Cuzco tous les Incas, les gouverneurs et les autres officiers , et les fit tous périr dans les supplices. Il épargna le malheureux Huascar pour pouvoir s'en servir en cas de soulèvement, mais il envoya à la mort tous ses parents. Il fit ensuite conduire ce prince les fers aux pieds, la corde au cou et couvert de boue , au fond de la vallée de Sacsahuana y où se trouvaient un grand nombre de prisonniers , qui , s'étant prosternés devant lui , furent tués a coups de flèches ou assommés avec de petites massues. Il lit mourir d'une mort lente tous les enfants et les femmes du sang royal qu'il put arrêter ainsi que les officiers de la maison du roi. Il y eut cependant quelques familles du sang royal qui échappèrent.

Don Melchior Carlos Inca , petit-fils de Paullu et arrièreneveu de Huayna Çapac, se rendit en Espagne, en 1602, pour recevoir les récompenses dues à son rang et à son mérite. Deux ans après, le roi lui accorda une pension perpétuelle de 7,5oo ducats , et le créa chevalier de Saint- Jacques (1).

État de la civilisation des Péruviens à l'arrivée des Espagnols. Les Péruviens étant , sans contredit , le peuple

(1) De la Véga, Comentarios reaies de los Incas , lib. IX et dernier, qui fut écrit en i6o4-

le plus civilisé du Nouveau-Monde , nous avons cru devoir consacrer un article particulier à donner un aperçu de l état de leurs connaissances en agriculture , dans les arts mécaniques et industriels, et dans la science du gouvernement a l'arrivée des Européens, bbé Raynal, en

ire philosophique ~ — ~ « ,

. îptions que les auteurs espagnols quantité prodigieuse de villes de ce pays élevées avec tant de soin et de dépenses : de ces majestueux palais destines a r 1

tes aqutuuw «.» . -

tiquité nous a laissé en ce genre de plus magnifique; de ces

superbes de ces cfuipos ture , <ii

bris qui subsistent encore attestent la vente des relations espagnoles, qui ont été depuis confirmées par les académiciens français , et par des voyageurs recommandâmes de différentes nations.

Les Péruviens employaient les cannes a divers usages, elles entraient dans la construction de leurs cabanes , et leur servaient aussi à faire des tables, des planches, des chevrons, des solives, des perches, des bras de litières , et des mats pour les baises. Ces cannes , qui ont ordinairement de six a huit toises de longueur sur six pouces d'Espagne de diamètre , sont extrêmement fortes. Ils fesaient usage des feuilles de vijahuas pour couvrir les maisons , ou pour empaqueter le poisson , le sel , ou tout autre article qu ils expédiaient pour les montagnes. Ces feuilles ont cinq pieds de r j i ,i t.* .1, Aa lnrrrA T. p« heiiianes . ou

cette plante est souple et flexible (2). Us obtenaient du feu en frottant ensemble deux petits bâtons du bois appelé uyaca.

(1) Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les Deux-Indes, voy. UV. VU, tome II, édit. de Genève, in-4° , 177°*

(2) Don UUoa , Relation historien , etc. , lib. V, cap. I.

l56 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

Ils se fesaient des chaussures avec la tige et la racine du maguey. De longues épines, provenant à' une espèce particulière de chardon , leur tenaient lieu d'aiguilles à coudre . et le jonc du pays leur servait à faire des cordages , de< paniers , des corbeilles et des patacas ou petits coffres.

Les Pe'ru viens ignoraient l'usage des grues, des leviers et de* poulies, et des autres machines destinées à monter ou descendre de grosses pierres , et ils n'employaient ni butes de somme ni charrettes pour les traîner. Ils ne possédaient ni limes, ni pincettes , ni tenailles , ni clous , ni ciseaux. Ils se coupaient les cheveux avec des rasoirs faits de pierre à feu. Lorsque les Espagnols leur donnèrent des ciseaux , un Inca dit à un compagnon d'école de l'historien de la Véga : « En vérité . quand vos compatriotes n'auraient fait autre chose que de nous apporter des rasoirs , des ciseaux , des peignes et des miroirs ,. cela eût suffi pour que nous leur abandonnassions généreusement tout l'or et l'argent que nous possédions. »

Les Indiens ne connaissaient pas l'art de fabriquer la tuile, la brique , etc. ; ils construisaient leurs édifices avec une espèce de terre rouge argileuse, d'autant plus propre à servir de ciment qu'elle ne paraissait pas entre les pierres. Cellesci, étant bien travaillées , semblaient ne former qu'une seule pièce de sorte que les Espagnols crurent d'abord que ces peuples bâtissaient leurs maisons sans plâtre ni mortier. Ils mêlaient à cette terre du chaume coupé, et en fesaient des carreaux de la largeur de la muraille qu'ils voulaient élever ils les exposaient ensuite au soleil , et s'en servaient comme nous de la brique. Ils employaient pour la coupe des pierres d'autres pierres dures et noires, appelées hihuana, dont ils parvenaient à faire des outils à force de les frotter ensemble Ils fabriquaient des miroirs avec de la pierre d'Inca (gallinace ) , lesquels , dit don Ulloa , avaient des surfaces aussi polies que celles que pourraient leur donner nos plus lia— tiles ouvriers. Les vases de terre , nommés guaq ueres , dans lesquels ils buvaient la ( Jucha, étaient faits d une argile fine et noire , et avaient la forme d'une cruche sans pied . avec une anse au milieu , et d'un côté une ouverture pour boire, et de l'autre la tête d'un Indien, « dont les traits étaient si artistement dessinés , dit don Ulloa , que je défie nos potiers de faire quelque chosequi en approche. » Il y avait clé ces cruches en argile rouge. On a aussi trouvé les vases dans lesquels ils préparaient et conservaient la chicha ; îuais on ignore d'où provient la matière de leur composition. 11%

DE l'àMKRIQUE. l57

se servaient , pour cuire leurs aliments, de fourneaux tout aussi économiques que ceux de nos jours : le feu , entretenu latéralement, frappait les parois du vaisseau, qui était placé à l'ouverture. Les Péruviennes , en voyant les Espagnols préparer leurs aliments en plein air, disaient quils n'entendaient rien à la cuisine.

L'instrument dont ils se servaient pour labourer la terre était un morceau de bois de la longueur du bras, de quatre doigts de largeur, aplati par devant et rond par derrière. Il était pointu du bout, et étançonné vers le milieu avec deux pieux , pour y placer les pieds et l'enfoncer dans la terre. Les hommes travaillaient par escouades de sept à huit , tandis que les femmes arrachaient les mauvaises herbes.

Ils fesaient fondre les métaux à l'aide de tuyaux en cuivre d'une demi-aune de longueur , et rétrécis à Tune de leurs extrémités, par où ils soufflaient avec la bouche, ils retiraient ensuite le métal du brasier avec une baguette de cuivre. Ils connaissaient l'art de travailler l'or et l'argent : la chaîne d'or fabriquée pour la fête du fils de Huayna Capac avait trois cent cinquante pas de long , et était de la grosseur du poignet.

Ils fabriquaient avec le cuivre tous les objets auxquels nous employons le fer , tels que haches, outils , couteaux , marteaux , boyaux , épingles , armes , etc. 5 ils en fesaient aussi des miroirs. Il paraît nue les Péruviens possédaient le secret de donner à ce métal une trempe égale à celle de l'acier. La dureté de l'espèce de cuivre nommée tinta , qu'ils estimaient beaucoup plus que l'or ou l'argent, provenait sans doute de la quantité de parties arsenicales mêlées au métal. M. Godin envoya au comte de Maurepas une vieille hache de cuivre péruvien , qui , au rapport du comte de Caylus , égalait , pour la dureté , les anciennes armes de ce métal dont se servaient les Grecs et les Romains. Zarate rapporte qu'Atahualpa avant été pris par Huascar , et renfermé dans le palais de Tumibamba , trouva le moyen de se sauver en perçant une muraille fort épaisse avec une barre de cuivre qu'une femme lui avait fournie (tom. I, cap. i5 ). Herréra rapporte qu'on a trouvé dans le Zacatula, province maritime du Mexique , deux espèces de cuivre , dont l'une fort dure , est employée par les naturels à faire

(1) Don Ulloa , lib. VI, cap. il.

des haches, des armes et des instruments aratoires, et l'autre, plus flexible et plus commune , à fabriquer des pots , des bassins , et d'autres vases destinés aux usages domestiques. Don Ulloa pense que ces Indiens travaillaient la plupart de leurs ouvrages avec des haches en cuivre , et que c'était peutêtre le seul instrument tranchant en métal qu'ils eussent. Ils se servaient aussi de haches de pierre dure , et de pointes taillées en guise de lancettes. On n'a point trouvé d'autres instruments dans les nombreux guaaues où Ton a fouillé , et c'étaient évidemment les seuls usités parmi eux. Leurs armes consistaient en piques, hallebardes, massues et haches en argent , en cuivre , et quelquefois en or. Ils avaient aussi des frondes , et des javelots dont les pointes , préparées au feu , étaient dures et pesantes.

Mur de pierre. Près de Hachacache , à cinquante-quatre milles N.-O. de la Paz, se trouve le fameux mur de pierre , qui s'étend du sommet de la Cordillère jusqu'au lac de Titicaca , l'espace d'environ trente milles. Il a quatre pieds de haut , et a été fort peu endommagé par le tems.

Les Péruviens savaient l'art du nivellement et des écluses. Pour suppléer au défaut de pluie , ils avaient construit des aquéducs immenses , qui alimentaient une infinité de canaux.

Le grand canal exécuté par ordre de VInca Viracocha > pour l'irrigation des pâturages 7 commençait aux célèbres sources des montagnes situées entre Parcâ et Picuy , et s'étendait jusqu'à la frontière de Rucana. Il avait environ cent vingt lieues de longueur sur douze pieds de profondeur , et servait à arroser les pâturages des déserts , qui n'ont que dix-huit lieues de largeur , mais qui parcourent le Pérou dans presque toute sa longueur.

Un autre canal traversait le pays deCuntisuyusur une distance de plus de cent cinquante lieues du nord au sud • il passait entre les plus hautes montagnes et aboutissait aux Quéchuas. Ce canal servait à arroser en automne les prairies voisines lorsque le manque d'eau se lésait sentir.

Il y avait de ces canaux dans tout l'empire des Incas -y on les couvrait de grandes pierres de taille d'environ deux aunes (vingt-quatre décimètres) de longueur , que l'on cimentait ensemble : on entassait dessus de grosses mottes de terre pour empêcher le bétail de les endommager.

L'Inca Pachacutec construisit un aquéduc dans la vallée

DE i/ÀMÉJUQUE. iSg

d'Yca , pour y conduire l'eau qui provenait de la cime des montagnes voisines. La rivière qui arrosait cette vallée avait fort peu d'eau au printems -, et comme il pleuvait rarement dans les montagnes , on y manquait souvent d'eau pour les besoins de l'agriculture (1).

« Il est presque incroyable , dit de la Véga , que les Indiens , sans le secours d'aucun instrument de fer , mais seulement avec leurs bras et de grosses pierres , aient pu conduire ces aqueducs à travers de hautes montagnes, sans même faire usage d'arcs-boutants » (2).

Pont de Huacacha sur V Apurima , construit par Mayta- Capac , quatrième inca. Ce prince , voulant conduire son armée dans le pays de Contisuyu , fit jeter à cet effet un pont sur le grand fleuve d'Apurimac. Il était construit d'une espèce d osier , dont on fesait une claie de la longueur du pont : on en attachait vingt-sept les unes aux autres pour en former une seule de l'épaisseur du corps d'un homme , et l'on en fesait cinq autres pareilles. Pour les passer de l'autre côté de la rivière , on ferait un cable , gros comme le bras , d'un chanvre appelé chahuar, et auquel on attachait plusieurs petites cordes assez déliées , que prenaient plusieurs Indiens qui passaient à la nage ou sur des radeaux. Arrivés sur l'autre bord , ils tiraient à eux les claies à force de bras , et ensuite , pour les suspendre en l'air , ils les élevaient sur deux hauts é tançons de rocher ou d'ouvrage de maçonnerie. Les pilotis du côté de la terre étaient creux et soutenus sur les côtés par de fortes murailles. Pour empêcher cette masse de s'écrouler par son propre poids , on plaçait dans les creux qui se trouvaient entre les deux murailles , à travers chaque étançon , cinq ou six planches épaisses , auxquelles aboutissaient les grosses claies d'osier , pour qu'à l'aide de ces arcs-boutants le pont fut mieux soutenu. Le plancher du pont était formé de trois grosses claies couvertes de morceaux de bois d'environ la grosseur du bras , et qui y étaient attachées. On mettait ensuite sur ce plancher des branches d'arbres entrelacées , afin d'empêcher les bêtes de charge de glisser , et Ton élevait des deux côtés du pont une espèce de garde-fou pour la commodité des passants. De la Véga dit avoir vu plusieurs Espagnols

(1) G. de la Véga, lib. VI, cap. 17.

(2) Idem , lib. V, cap. 24.

l60 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

galopant dessus à la fois. Du tems des Incas, ce pont était renouvelé' tous les ans, et les habitants des provinces voisines étaient chargés d'en faire les réparations. C'était le plus grand du Pérou ) il avait environ deux cents pas de long sur deux aunes de large (i).

Pont du canal du lac de Titicaca , construit par Capac- Yupanqui , cinquième inca. Ce pont , qui flottait à la surface de l'eau, avait cent cinquante pieds de long sur treize à quatorze de large. Il était fait de quatre câbles gros comme la cuisse. On commençait par en placer deux en travers de la rivière, dout on enfonçait les deux bouts dans la terre, et on mettait dessus de grands faisceaux de joncs et de chaume : on jetait sur ceux-ci les deux autres câbles, qu'on liait fortement , et on les recouvrait également de jonc et de paille. On était obligé de le refaire à neuf de six mois en six mois (2).

Les Péruviens construisaient des forteresses pour se défendre contre les nations avec lesquelles ils étaient en guerre.

Forteresse de Cuzco. Cet édifice, monument de la grandeur des Incas , et de l'habileté de leurs ouvriers , s'élevait , au nord de la ville, sur une haute colline appelée Sacsahuana. L'inca Yupanqui en fut le premier fondateur ; mais il ne fut terminé que cinquante ans après , sous le règne de Huayna-Capac.

Pour protéger la ville du côté d'une plaine par où l'on monte au sommet de la colline , il y avait un triple enclos de murailles en forme dedèmi-lune , et de deux cents brasses de longueur. Ces murailles étaient séparées l'une de l'autre par un espace de vingt-cinq à trente pieds, avec un terreplein jusqu'à la hauteur de chaque muraille , et il y avait une grande porte à chacune, qu'on fermait avec une pierre de la même grandeur. Le chef-d'œuvre du Pérou, dit de la Véga , est sans contredit la forteresse de Cuzco 3 on dirait que la magie s'en est mêlée , et que les démons y ont plutôt travaillé que les hommes. L'on y voit des pierres d'une grosseur si prodigieuse , qu'on ne saurait deviner comment on les y a transportées d'une distance de dix à quinze lieues, par des chemins presque impraticables. On y trouve surtout une espèce de roc que les Indiens appellent saycusca, et

(i)G. de la Véga , lib. 10.

f» Idem, lib. III , cap. i5.

DE l'àMÉRIQUE. l6l

qu'ils n'ont pu tirer que de Muyna, à cinq lieues de Cuzco, -ou d'un autre endroit qui en est éloigné de quinze lieues , et où il leur fallait passer la rivière de Yucay. Je me souviens , dit Acosta, d'avoir mesuré» à Tiaquanaco, une pierre qui avait trente-huit pieds de long , dix-huit de large et deux d'épaisseur ; mais on voit dans la muraille de la forteresse de Cuzco quantité de pierres qui surpassent en giandeur toutes celles des autres bâtiments , et quoiqu'elles ne soient pas taillées à la règle , qu'il y ait même beaucoup d'inégalités entre elles , néanmoins elles sont si bien ajustées , sans aucun plâtre , qu'elles paraissent enchâssées les unes dans les autres (i)

Don Ulloa se demande aussi comment des hommes out pu tirer et amener des carrières, sans le secours d'aucune machine , des pierres d'une telle grosseur. Il dit qu'on a introduit dans les creux que forment les irrégularités de ces pierres, d'autres pierres plus petites et si bien arrangées, qu'on ne saurait les apercevoir qu'avec une attention particulière (3). «En voyant, dit-il, des pierres si énormes placées à cette élévation , on serait tenté de croire que ces indiens possédaient l'art de les couler, dont un nommé Léon de Rome se vantait de connaître le secret. » Il est probable que c'est à l'aide de terres amoncelées jusqu'à la hauteur de la muraille en construction, et qu'ils enlevaient ensuite , qu'ils parvenaient à y poser des pierres d'un si gros volume.

Les forteresses de Tutnbez , qui étaient construites en pierre , et dont il ne reste aujourd'hui aucun vestige , firent l'étonnement des Espagnols à leur première arrivée au Pérou, en i526.

Don Ulloa a découvert les débris d'anciennes murailles d'une de ces forteresses , sur une colline baignée par un ruisseau , à deux ou trois lieues N. du bourg de Pativilca. Il parle d'une autre qui se trouve dans le corregimiento de Vilcas-Guaman , et d'une troisième dans le bourg même , qui a été détruite pour faire place à une église.

Le château de Cannar, construit par les Incas , pour contenir le peuple de ce nom, fut visité plus de deux cent trente ans après la conquête des Espagnols, par les mathé-

(1) Acosta , Hist. nat. , lib. VI, cap. 14.— De la Véga, lib. VU, cap. 37.

(2) Don Ulloa , part. II , lib. I, cap. 1 1 .

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