OIR0N0L0G1Ë HISTORIQUE
dans lequel elle alléguait le droit que le peuple avait de se
gouverner par des juntes, aussi-bien que celui d'Espagne. ,es habitants de )a Paz jurèrent en niasse de ne pas obéir aux autorités espagnoles, et se séparèrent, non-seulement de la mère-patrie, mais encore de Montévidéo.
Sur ces entrefaites, Cisnéros , vice-roi du Buénos-Ayres , envoya contre les insurgés une armée aux ordres du maréchal Nieio, qui devait opérer sa jonction avec un corps de troupes expédié par le vice-roi de Lima, sous la conduite du péruvien Goyèneche. Celui-ci étant arrivé le premier devant la Paz , s'en rendit maître après une vigoureuse résistance , et envoya au supplice un grand nombre d'habitants. La conduite de ce général fut approuvée par Cisnéros. Il allait traiter de même tous les autres prisonniers, lorsque le nouveau gouvernement de Buénos-Ayres intercéda en leur faveur et obtint leur grâce. Un grand nombre d'autres qu'on conduisait à Buénos-Ayres , pour les envoyer de là aux Philippines , aux Malouines et en Espagne , furent également mis en liberté. Le reste , qui s'était enfui dans les forêts d'Yrupana , à environ quarante lieues de la Paz , vivement poursuivi par une forte division royale , périt dans les combats, ou succomba à la famine.
Ayres et à Cochabamoa. l a majeure partie des troupes de Buénos-Ayres, forte d'environ quatre mille hommes, se montra favorable à la cause des révolutionnaires , lorsqu'on apprit la dissolution de la junte centrale d'Espagne et du passage de la Sierra-Moréna par les Français.
Le 20 mai , le cabildo demanda au vice-roi de Buénos- Ayres la convocation d'une assemblée du peuple j ce qu'il lui accorda sur-le-champ. Le cabildo s'empara alors des rênes du gouvernement , et nomma une junta guhernativa dont le vice-roi fut élu président. Mais le peuple , mécontent de cette nomination , le déposa , et institua, le a5 suivant , une nouvelle junte, composée de neuf membres (1) , au nom de Ferdinand VII.
(1) Le colonel D. Comêlio Saavédra, président; le dr. D. Juan José Castéli, D. Manuel Belei ano, D. Miguel Ascuénaga, le dr. D. Manuel Alberii , cure de San-Nicolas; D. Domingo Mateu , D. Juan Larréa, et les secrétaires, docteurs D- Mann no Moréno et D. Juan José Paso.
Le vice -roi Cisnéros, dépouillé de son autorité, adressa des circulaires aux gouverneurs des provinces pour appeler les Espagnols aux armes. Les anciens employés, privés de leurs fonctions, se coalisèrent contre la junte (i) et furent protégés dans leur révolte par Abascal, vice-roi de Lima. Une division , forte de mille hommes, aux ordres de don Francisco Antonio Ocampo , partit pour le Haut-Pérou, et détruisit tout sur son passage. Des troupes réunies à Cordova par Concha , Liniers, l'eveque Orellana et autres, ayant été dispersées , les chefs furent pris et fusillés , à l'exception de l'évêque. Cependant les forces révolutionnaires augmentaient tous les jours en nombre. L'armée royale , commandée par Sans, Niéto et Cordova, s'étaut retranchée à Suinacha, les patriotes , guidés par don Antonio Balcarcé, les attaquèrent, les délogèrent de cette position, et les poursuivirent jusqu'à Tupiza. Ce chef alla ensuite établir son quartier-général à Laxa , à six lieues nord-ouest de la Paz , avec environ six mille hommes. L'armée royale , qui consistait en cinq à six mille hommes , se trouvait à Désaguadéro, sous les ordres de Goyêrtèche.
Les communications entre Quito, Santa-Fé, Vénézuéla et les autres villes insurgées, étant interrompues par Popayan et Pasto, qui étaient demeurées fidèles à la cause royale, il fut résolu d'ouvrir un passage par Cali et Buga. Dans ce dessein, M. Stevenson, nommé gouverneur et commandant militaire d'Esméraldas , avait quitté Quito le 5 décembre , avait établi une communication avec la côu, et s était emparé d'un dépôt d'armes que les Espagnols avaient àTumaco. Toutefois, au mois de mai 1811 , il fut obligé de se rendre à un brick de guerre envoyé par le gouverneur de Guayaquil , à la demande d'Aymerick , gouverneur de Popayan.
La nouvelle de la révolution, qui avait eu lieu le 19 avril à Caraccas, étant parvenue à Quito, les autorités, redoutant une levée en masse de toutes les provinces , convoquèrent , le 5 août, une assemblée des chefs de toutes les corporations de la ville pour aviser aux moyens de maintenir la paix et
(1) Mélo , président de Charcas ; Sans, gouverneur de Potosi; Vélasco, gouverneur du Paraguai; Concha, gouverneur de Cordova; l'évêque Orellana; Liniers, ex- vice-roi de Buénos- Ayres; Attende et Moréno, officiers de marine de Monté-Vidéo,
322 ClIRONOLCGIE HISTORIQUE
la tranquillité. L'évêque et le docteur Rodriguez , prôtre séculier, représentèrent le dernier massacre dans les termes les plus énergiques, et déclarèrent que la vie et les propriétés des citoyens ne seraient pas en sûreté tant que des individus , qui venaient d'abjurer le titre de pacificateurs, resteraient dans le pays. Il fut donc résolu que don Manuel Arrédonda quitterait la ville avec les troupes à ses ordres; ce qui eut lieu le lendemain matin.
Le 2$ juillet, une insurrection ayant éclaté à Santa-Fé, et le lendemain , le jeune avocat San-Mîgue/, porteur de la procédure (six rames de papier écrit ) contre les conspirateurs, y étant arrivé, les nouvelles autorités de la ville les firent livrer aux Hammes par le bourreau.
Au mois de septembre suivant , don Carlos Montufar, fils du marquis de Silva Alègre , qui avait été mis hors la loi , arriva à Quito, avec plein pouvoir de la junle centrale d'Espagne, pour établir une forme de gouvernement qui assûrerait la possession du pays à Ferdinand à sa restauration. En conséquence, il rétablit la junte, dont le comte de Ruis fut nommé président, et le marquis de Silva Alègre vice-président. Don Carlos Montufar, voulant maintenir la bonne intelligence avec le vice-roi don José de Abascal , lui adressa la commission qu'il avait reçue d'Espagne. Celui-ci la lui renvoya en disant « qu'il ferait tout ce qui était en son »> pouvoir pour soutenir son autorité et celle de tous les su- » jets fidèles de la couronne d'Espagne. » Il transmit aussitôt au colonel Arrédonda , qui se trouvait en garnison à Guayaqu.il , Tordre de marcher contre les autorités nouvellement constituées de Quito. Montufar, instruit de son approche, sortit de la ville avec ses troupes, et s'avança jusqu'à Riobamba.
Les habitants de Popayan et de Pasto se déclarèrent pour l'ancien gouvernement, et envoyèrent proposer à Arrédonda d'envahir le Quito du côté du nord, tandis qu'ils l'attaqueraient de celui du sud. Dans sa marche pour aller combattre Montufar, qui l'attendait à Riobamba, une sentinelle placée aux avant-postes de son armée, à Ensillada , alarmée un matin par une détonation soudaine , annonça l'approche de Montufar à Arrédonda , qui battit aussitôt en retraite de son quartier-général de Huaranda , en abandonnant huit cents fusils , six pièces de campagne , une grande Quantité de munitions , la caisse militaire , les bagages , etc. On reconnut , quelque tems après, que ce bruit terrible qui
• de l'Amérique. 323
avait causé une si vive alarme, avait élé causé par le craquement des glaces du Chimboraço , au moment où elles recevaient les premiers rayons du soleil levant.
Sur ces entrefaites , on reçut d'Espagne la nouvelle de la dissolution do la junte centrale, et celle de la formation d une régence et de la convocation des anciennes cortès , avec Tordre de prêter le serment de fidélité au gouverne ment nouvellement constitué. Carlos Mon tu far, ayant été informé de ces événements par le vice-roi, se retira à Quito avec les troupes qu'il commandait.
Vers le milieu du mois de novembre, le général Molina arriva à Cuenca , dont les habitants étaient restés fidèles à la cause royale. Il avait ordre de procéder sur-le-champ à la dissolution de la junte. Le capitaine Villavicencio , envoyé de Guayaquil pour traiter avec le gouvernement des propositions faites par le général Molina, fut escorté, en se rendant à la salle de la junte et en en revenant , par vingt-cinq femmes armées de lances , et commandées par un individu nommé Salinas , ancien domestique du capitaine Salinas, qui avait péri dans le massacre du 2 août.
Pendant l'absence de Montufar, il y eut à Quito plusieurs soulèvements excités principalement par les Indiens, qui avaient à leur tête un nommé Péna, dont le fils avait été tué le 2 août. L'oidor Fuertès et le maître de poste général , ayant cherché leur salut dans la fuite , furent arrêtés près du Maranon, ramenés à Quito et pendus sur la place publique. La cause royale perdit à cette époque trois de ses principaux soutiens parla mort de Quintian/lponlé , évêque de Cuenca, du général Molina et du président comte Ruis. Le premier mourut à Guajaquil , le second à Cuenca , et le comte Ruis, qui s'était retiré dans un petit couvent dans les faubourgs de Quito , en fut arraché , traîné dans les rues', et enfin mis a mort. Cependant , don Toribio Montes , nommé par la régence président de Quito , se mit à la tête des troupes stationnées à Guayaquil et à Cuenca , s'empara de Quito après quelques escarmouches avec les Quitanos, et envoya au supplice plusieurs personnes qui avaient pris part aux derniers événements. De ce nombre fut don Carlos Montufar , qui fut fusillé par derrière comme un traître. On lui arracha ensuite le cœur et on le brûla. Les têtes de quelques-uns des Indiens qui avaient participé au meurtre ou comte Ruis, furent placées dans des cages (le
3a4 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
fer et exposées dans les différents quartiers de la ville (i).
Les indépendants célébrèrent l'anniversaire de leur indépendance, te 25 mai 1811, à Tiaguénaco (Tiahuanacu) (2), par lat. S. 170 5', sur les ruines du magnifique palais de l'Inca Mayta-Capac.
Le vice-roi du Pérou , se voyant vivement pressé par les insurgés, promit au cabildo de Lima d'entamer des négociations avec Castéli , qui avait suivi l'armée en qualité de représentant du gouvernement de Buénos-Ayres. Il y eut en conséquence un armistice de quarante jours i pendant lequel les indépendants , enivrés de leurs succès , se relâchèrent de la discipline militaire.
Goyénèche mit ce tems à profit pour gagner à la cause royale un grand nombre de Péruviens, auxquels il avait fait accroire que les Buenos- Ayriens venaient détruire leur religion, h 11 commença perfidement les hostilités, le 20 juillet , six jours avant 1 expiration de l'armistice , par une attaque sur Huaqui et une autre sur Chibiraya. Dans la première bataille , l'ennemi eut l'avantage ; Castéli perdit toute son artillerie et ses bagages; dans la seconde, le succès fut indécis , mais la dispersion des indépendants le laissa, le lendemain, maître du champ de bataille. La mauvaise issue de l'expédition entreprise par les alliés fut suivie de la soumission du Haut-Pérou. La junte , toutefois , ne fut pas découragée par ce revers de fortune. Dans sa proclamation au peuple , elle lui rappela que le sénat romain avait voté des remercîments à Varron de ce qu'il ne désespérait pas de la république après la défaite de Cannes, et déclarait qu'elle ne désespérait pas non plus du salut du Pérou. Cette proclamation , répandue dans tout le pays , ranima le courage des habitants et produisit le plus heureux effet » (3).
Le manifeste , publié par le congrès de Vénézuéla , le 3o juillet 181 1, et qui renfermait un exposé énergique des griefs de toutes les parties de l'Amérique méridionale , ex-
(1) "Voyez vol. III, chap. 1 et 2 ; Historical and descriptive narrative of twenty years résidence in South America. By W. B. Stevenson, London, i8a5.
(2) Établissement de la province de Pacajes.
(3) Ensayo de la Historia civil del Paraguay , Buénos-Ayres y Tucuman ; por el doctor V. Gregorio Funès , Buénos-Ayres , 1817 ; Voyez VAppendix , 3*. vol.
DE l'aMEBIQUE. 325
cita partout les naturels à l'indépendance. A Guamanga, le cacique Pucatori se révolta contre les autorités espagnoles qu'il déposa , et se déclara en faveur de l'armée vénézuélienne. Deux cents soldats de Talavéra envoyés pour le réduire, furent tous tués par des pierres que ses gens roulèrent du haut des montagnes dans un étroit défilé où ils avaient eu l'imprudence de s'engager. Ce cacique, ayant été pris peu de tems après par des troupes de Cuzco, fut pendu et mis en quartiers à Guamanga.
La seconde armée indépendante du Pérou fut mise sur pied en 1812 , et confiée au général Belgrano. Ce général marcha , avec seize cents recrues , contre le général don Pedro Tristan (i) , qui se trouvait à Tucuman avec trois mille hommes et treize pièces d'artillerie , et le battit complètement, le 24 septembre. La plupart de ses troupes entendaient pour la première fois le sifflement des balles, et les plus liardis pouvaient à peine espérer la victoire. Ce fut le général Belgrano, à la tête d'un corps de patriotes du voisinage,
Sui décida du sort de la journée. Le colonel don Ramon alcarcé s'y couvrit aussi de gloire. Le lendemain , l'ennemi , tout vaincu qu'il était , sans artillerie , ni munitions , ni bagage, demanda la remise d'une ville occupée par une parlie de l'infanterie et de la cavalerie patriote. Mais sur le refus du commandant don Eustoquio Diaz Vêlez, il se retira en désordre sur Salta et s'y fortifia. Belgrano, l'ayant de nouveau atteint, le 20 février i8i3, tua ou prit tous les royalistes après un combat qui dura trois heures et demie.
Après la défaite de Salta , Goyénèche se rendit de Potosi à Oruro, dans le nord du Haut-Pérou , par lat. S. 170 58', où il résigna le commandement à Pézuéla , qui venait d'y arriver avec des troupes de Lima. Cet habile général marcha contre Belgrano, au mois de novembre, le battit à Vil— capugio et à Ayoma , ou Hayouma , et détruisit son armée. Les débris des forces patriotes de Buénos-Ayres se replièrent alors sur le Tucuman , et abandonnèrent le Haut- Pérou au vainqueur. Tous les prisonniers espagnols qu'elles relâchèrent sur parole de ne plus servir contre elles, reprirent aussitôt les armes.
Cependant les fuyards cochabambiens se rallièrent à Vallé-Grandé. Warnès , général des patriotes de Santa-
(1) Né a Arcquipa.
Cruz, défit une division de mille hommes, et se dirigea ensuite sur Chuquitos. Le général Camargo s'empara de la province de Chayanta , où il entretint une guerre de partisans. Un autre général patriote, don Manuel Asencio Padilhi , battit Tacon en plusieurs rencontres, et établit son quartier-général à Yamparaes.
Les royalistes firent marcher un corps de mille hommes sur Laguana , pour arrêter les progrès de Padilla. Celui-ci confia alors la défense de plusieurs postes à ses capitaines, et donna celle du plus important à sa femme, dona Juana Azunduy. Ce fut contre ce dernier que l'ennemi dirigea l'attaque la plus furieuse ; mais il fut complètement repoussé, et cette héroïne eut la satisfaction de présentera son mari l'étendard sous lequel les royalistes avaient repris la Paz, Aréquipa et Cuzco, et qu'elle avait enlevé de ses propres mains. Pour cette belle action , l'État lui décerna le grade et le traitement de lieutenant-colonel.
Padilla poursuivit l'ennemi sur tous les points et le força à se renfermer dans la ville de Chuquisaca. D'un autre côté, Guèmes chassait de Jujui et de Salta le général Pézuéla , nui fut constamment harcelé dans sa retraite par les guérillas de don Augustin Ribéra, de don Diégo Colla, de don Diego Tallangiani, de don Justo Gonzalès, de don Joseph Miguel Valdioiésa, de don Francisco Guerréros et de don Francisco Briondo.
Vers le même tems , la flotte du vice-roi éprouva plusieurs pertes. Une petite escadre , aux ordres du commodore Brown, captura cinq bâtiments près de l'île d'Ormigas. Cet officier étant ensuite entré dans le port de Guayaquil, en enleva pour plus de 700,000 dollars de marchandises.
Sur ces entrefaites , une nouvelle insurrection éclata dans le district de la Paz. Les Indiens vinrent mettre le siège devant la ville , et les indépendants reprirent Cochabamba. Leur succès toutefois ne fut pas de longue durée. Goyénèche les battit une seconde fois , et emporta la ville d'assaut après une résistance opiniâtre à laquelle les femmes prirent part (1). La ville fut livrée au pillage pendant trois heures, '
(1) « Fué tan heroyco este choque, » dit le docteur Funès, « que para su eterna memoriay encender la llama del patriotismo y un ayudante en cada cuerpo del eiéçcito del Perû , à If lista de la tarde, llamada : las mu j ères ae Cochabamba, como
et Àntézana, président de la junte , qui avait proposé d'implorer la clémence du vainqueur, fut décapité; sa tête, placée au bout d une pique , fut promenée dans les rues.
Vers le même tems , il y eut un soulèvement dans les provinces de Chayanta et de Paria. Goyénèche envoya pour l'apaiser un Catalan, qui mit à feu et à sang un grand nombre de villages , et fit , dit-on, couper les oreilles à tous les indépendants qui tombèrent entre ses mains.
Cependant une nouvelle révolution venait de s'opérer dans les provinces inférieures, et les principaux instigateurs en étaient les deux prêtres Pinélo et Munéchas, les deux frères Angulo et l'Indien Pumakagua. Les deux premiers remportèrent quelques succès à la Paz ; mais leurs troupes souffrirent beaucoup pour avoir bu des sources que l'ennemi avait empoisonnées en se retirant . Ils perdirent aussi cent cinquante hommes qui s'étaient retranchés dans une caserne que les royalistes firent sauter. Les patrioles s'en vengèrent sur les Espagnols de la garnison, qu'ils égorgèrent sans pitié, ainsi que le gouverneur Valdehoyos, Pézuéla , à cette nouvelle, s'avança en toute hâte sur la Paz, poursuivit un corps de huit cents hommes que Pinélo et Munéchas avaient réunis sur les bords du Désaguadéro , et les mit en déroute.
D'un autre côté, Pumakagua marcha contre Aréquipa , dont il se rendit maître, après avoir fait éprouver à l'ennemi une sanglante défaite, et avoir pris le général en chef Picoaga, le gouverneur Moscozo et Lavallé qu'il envoya à Cuzco pour y être mis à mort. Plus de deux cents Espagnols perdirent la vie dans cette occasion. Le vainqueur, obligé, par la défaite de Pinélo et de Munéchas, de prendre la route de Cuzco , laissa les royalistes maîtres de celle d' Aréquipa. Un frère des deux Angulo culbuta , près de Guamanga , quatre cents Talavêrinos , qui avaient été détachés contre lui par le vice-roi de Lima; mais la prise d' Aréquipa par Rainirez le força à se diriger sur Cuzco.
Peu de tems après, Pumakagua fut battu près de la rivière
se estuviêsen présentes , â lo que contextaba un sargento; murieron en el campo del honor. » Pour perpétuer le souvenir de l'héroïsme de ces femmes, un ayudante de chaque corps de l'armée du Pérou fesait tous les soirs l'appel des femmes de Cochabamba , comme si elles devaient être présentes sous les drapeaux , et un sergent repondait qu'elles étaient mortes au champ d'honneur.
3i 8 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
d' Ayavire par Ramirez. Fait prisonnier et conduit à «on tonr à Cuzco, il y fut exécuté avec les trois Angulo, Pinélo et plus de cent de ses partisans, et sa tête,' placée au bout d'une pique, fut envoyée à Siquani , à vingt-cinq lieues de Cuzco. Cet Indien , seigneur de la ville de Chincéro , avait pris parti pour le roi lors de la révolte de Tupac Amaru, en 1780; et les services qu'il avait rendus à cette époque lui avaient valu le titre de brigadier-général (1).
Don Juan Manuel Cacérès, ayant pris le titre de gênerai del exercito restùurador de los Indios del Peru , publia , le icr. septembre i8i£, une proclamation en espagnol et en quicbua , langue des Incas , dans laquelle il déclarait que ses frères les Indiens, étant les plus anciens enfants de l'Amérique, devaient jouir des mêmes droits et privilèges que les autres citoyens de l'État.
"Vers ce tems, le général Rondeau fut investi de la di rection suprême du Pérou , et Ahèar en fut nommé directeur provisoire. Ce générai, s'étant mis en marche pour le Haut -Pérou, remporta deux victoires à Mocharé et à Puerto-Grandé , et alla prendre position à Potosi , sur la gauche de l'ennemi qui occupait alors Oruro. 11 s'empara aussi de Cochabamba , où il trouva des provisions en abondance. Voulant maintenir la communication libre entre cette ville et son quartier-général , il détacha une division aux ordres du brigadier Rodriguez, pour tenir en échec Pavant-garde ennemie. Mais celle-ci, repoussée à Venta-E- Média, à cinq lieues d'Oruro, se retira en désordre; et Rondeau , attaqué par Pézuéla , avant de pouvoir se rendre maître de la ville , se vit forcé d'en venir aux mains kS/pésipé. Cette bataille se livra le 29 novembre i8i5î et Parmée de Rondeau, qui comptait auparavant cinq mille combattants, fut réduite à cinq cents. Les malheureux Cochabambiens v qui avaient élevé des arcs de triomphe pour les patriotes, essuyèrent la vengeance des vainqueurs, qui livrèrent de nouveau leur ville au pillage (2). Après cette dé-
(1) Pazos, lettres 7 et 8.
(a) Les vainqueurs bannirent et emprisonnèrent un grand nombre de femmes, au nombre desquelles étaient doha Antonio. Parédez, doha Jus ta Varèla et doha Félipa Barrienlos, dont la plus âgée avait à peine dix-neuf ans. Doha Térésa Bustos, les deux soeurs Malavias et doha Barbara Cévallos furent jetées dans les
ds l'Amérique. 329
faîte, Rondeau établit son quartier-général à Tupiza, où il remit le commandement à Belgrano, qui transporta le sien à Tucuman.
Le gouvernement de Buénos-Ayres , comme s'il eût prévu, dit Funès, la fatale issue de cette bataille, avait expédié des troupes, des armes et des munitions. La plupart des villes de L'union avaient aussi mis des troupes sur pied : et les exploits des braves Camargo, la Médria , Padilla, Warnès et Mimée bas dissipaient toutes les craintes qu'on avait conçues pour le triomphe de la cause de la liberté.
Les insurgés évacuèrent , pour la troisième fois , le Pérou, ainsi que le district des mines de Buénos-Ayres, et se retirèrent sur les bords du Rio de la Plata.
Pézuéla, promu à la dignité de vice-roi, fit son entrée solennelle a Lima, le 17 août 181 6. D'un autre côté, le général don José de la Serna , envoyé par le roi d'Espagne , pour prendre le commandement des provinces du Haut- Pérou, à qui Pézuéla avait cédé le commandement de Farinée, poussa jusqu'à Jujui , avec deux mille hommes; mais il fut bientôt forcé à la retraite par Guèmes et ses guérillas.
Après la victoire de Maipo ( 5 avril 1818) (1), remportée
λar San-Martin , sur l'armée espagnole aux ordres d'Osorio, e gouvernement du Chili reprit le projet d'envahir le Pérou. Toutefois, comme il ne pouvait être exécuté que par mer, on s'occupa de construire, à la Conception et àValparaïso, les bâtiments nécessaires pour y porter l'expédition.
Le vice-roi, informé de ce projet, convoqua une junte, composée des différentes corporations de Lima , afin d'aviser aux moyens de pourvoir à la défense du Pérou et de sa capitale. Il ne lui dissimula pas les dangersqui menaçaient le pays , et proposa , pour y obvier, de renforcer la flotte royale par les équipages des navires marchands , et d'armer les milices. Il calcula que les dépenses extraordinaires de la guerfe s'élèveraient à 1 17,200 dollars par mois ; et, en attendant que le gouvernement pût prendre les mesures nécessaires pour y subvenir , il imposa au commerce une contribution d'un million de dollars, menaçant d'ouvrir le port de Callao aux
fers. La première mourut en prison, et dona Barbara, enlevée a ses neuf enfants, fut reléguée à Oruro Les dames Malarias furent aussi bannies. (Funès. )
(1) Voyez l'article Chili.
330 CilROHOLOGIE HISTORIQUE
étrangers, s'il s'y refusait. Pézuéla parvint à mettre ainsi sur pied environ nuit mille hommes, dont une partie ne put être armée que de piques.
Dans la note remise, 1p 12 juin 1818, par le cabinet de Madrid, aux hautes puissances alliées, relativement à la situation de l'Amérique méridionale, S. M. C, après avoir représenté à ces puissances la nécessité de « s'interposer dans les malheureuses circonstances où se trouve l'Amérique, afin de se servir de tous les moyens de prudence et de vigueur propres à soumettre les provinces révoltées, et à mettre un terme à l'immoralité et à la contagion politique qu elles présentent , » déclare que les points sur lesquels elle est invariablement fixée , sont :
i°. Amnistie générale pour les insurgés, aussitôt qu'ils se seront soumis;
2°. Admission des Américains, doués des qualités convenables, à tous les emplois, en concurrence avec les Espagnols européens ;
3°. Règlement du commerce de ces provinces avec les États étrangers , d'après les principes litres et conformes à la situation politique actuelle de ces contrées et de l'Europe ;*
4°. Une disposition sincère de la part de S. M. C , de donner la main à toutes les mesures qui , dans le cours des négociations , pourront lui être proposées par ses hauts alliés , et seront compatibles avec le maintien de ses droits et de sa dignité.
Le chevalier Zéa Bermudez , envoyé par la Cour d'Espagne auprès du congrès des souverains alliés , réunis à Aix-la-Chapelle , ne put toutefois accomplir l'objet de sa mission.
Grand armement destiné à agir contre les insurgés de l A" mérique méridionale. Le gouvernement espagnol ayant appris que Lima était menacée par l'escadre de lord Cochrane , et que des corsaires indépendants venaient, d'attaquer des convois jusque sur les côtes de la Péninsule , résolut de préparer une grande expédition destinée à purger les mers et surtout l'Océan-Pacifique des navires ennemis , et étouffer en même tems l'insurrection , au moyen d'une force militaire imposante. La marine espagnole se trouvait alors dans un tel état de délabrement, que le gouvernement fut dans la nécessité d'acheter une petite escadre à lâ Russie, et de traiter
de l'amérique. 33 1
avec des négociants français, anglais, italiens et hollandais,
fiour trois cents bâtiments de transport. Le 28 janvier 1819, 'armée , réunie devant Cadix , sous les ordres du général O'Donnell, comte de l'Abisbal, comptait déjà quinze mille hommes, qui furent renforcés de six à sept autres mille dans les trois mois suivants. En attendant que cette grande expédition fût prête, on en détacha un vaisseau, une frégate et plusieurs autres navires qui mirent à la voile le 1 1 mai. Pour empêcher les étrangers d'aller grossir les rangs des insurgés , le gouvernement avait déclaré , par un décret du 4 janvier précédent , que tous ceux qui seraient pris les armes à la main , ou leur fournissant des munitions ae guerre , seraient irrémissiblement mis à mort et leurs biens confisqués. Toutefois , cette grande expédition , dont une peste affreuse avait long tems empêché le départ, échoua complètement par l'insurrection qui éclata parmi les troupes qui la composaient, le Ier. janvier 1820 (1).
Première expédition de lord Cochrane contre Caîlao et Pîsco , en 18 19. Lora Cochrane, qui avait fait voile d'Angleterre au mois d'août 1818, arriva à Valparaïso, le 28 novembre suivant 'y et quelques jours après , il reçut, du gouvernement chilien , sa commission de « vice amiral du Chili , amiral et commandant en chef des forces navales de la république ». Le 22 décembre suivant , il arbora son pavillon à bord de la frégate lO'Higgins, autrefois la Reyna Maria Isabella, qui venait d'être capturée par l'escadre chilienne ; et le 16 janvier 1819 , il appareilla du port de Valparaïso pour le Callao avec cette frégate, le San-Martin , oui était commandée par le capitaine Wilkinson, et portait le pavillon de vice-amiral, le LautarO) aux ordres du capitaine Guise, le Gaharino^ à ceux du capitaine Spry , et le Chaquahuco ; mais une révolte ayant éclaté à bord de ce dernier, le capitaine Carter , qui le commandait, se vit forcé de relâcher a Coquimbo , où il fit fusiller les mutins.
Lord Cochrane différa son attaque contre Callao jusqu'au premier jour de carnaval , parce qu'il espérait ce jour-là trouver les habitants livrés, comme de coutume, aux plaisirs de cette fête. Mais il se trompait ; car le vice-roi s'y était rendu pour inspecter les forts et la flotte , et il avait même navigué toute la journée dans la baie, à bord d'un brick de
(1) Voyez l'article Espagne.
332 CHKOfrOLOGIE HISTOBIQUE
guerre. Les batleries avaient été montées pour lui rendre les honneurs , et toute la garnison se trouvait sous les armes. Un brouillard épais, qui s éleva à l'arrivée de lord Cochrane devant Callao, et pendant lequel fO'Higgins se sépara du reste de l'escadre , l'exposa au plus grand péril. Néanmoins il alla jeter l'ancre sous les forts. Une canonnade très-vive commença alors des batteries et des vaisseaux (i) , et l'amiral fut obligé de rester exposé au feu durant près de deux heures, lorsqu'il s'éleva enfin une brise qui lui permit de sortir de ce mauvais pas. Son vaisseau, toutefois, en souffrit peu, et il n'eut pas un seul homme de tué à bord, quoique son feu en eût tué treize à terre et considérablement endommagé la partie septentrionale du château (2).
Lord Cochrane adressa de là une proclamation aux habitants de Lima et des autres villes du Pérou ; elle était ainsi conçue: * Compatriotes I je me flatte de pouvoir vous saluer bientôt plus cordialement de ce nom. Les cris de liberté des enfants de l'Amérique du sud ont été entendus avec plaisir dans toutes les parties de l'Europe civilisée, et particulièrement dans la Grande-Bretagne. Je n'ai pu résister au désir de combattre pour la défense d'une cause qui intéresse le genre humain et le bonheur d'une moitié du Nouveau-Monde durant des milliers de générations, et je me suis décidé £ prendre une part active dans ce conflit. La république du Chili m'a confié le commandement de ses forces navales. L'empire de TOcéan-Pacifique doit être désormais leur partage , et elles coopéreront à briser vos chaînes. N'en doutez pas , le jour approche où l'anéantissement du despotisme et de la condition infâme de colons qui vous dégrade, vous permettra de vous élever au rang d'une nation libre : titre auguste auquel votre population , vos richesses, votre position géographique, le cours naturel des événements, tout vous donne le droit d'aspirer. Mais, de votre côté, vous devez vous prêter à l'accomplissement de cette grande œuvre, écarter les obstacles qui s'y opposent , et suivre le sentier de la gloire. Vous pouvez compter sur la participation efficace du gouvernement chilien, et sur celle de votre véritable ami Cochrane ».
(1) Les remparts étaient garnis de trois cent soixante bouches à feu et les vaisseaux en portaient cent.
(2) Les Espagnols donnèrent à lord Cochrane le nom A*el Dia~ blo, après cette affaire.
de Amérique. 333
Une autre proclamation , publiée le 3o décembre , parle général José de San-Marlin (i) , de son quartier- général de Santiago de Chili, fut distribuée en même tems le long des côtes. Elle était adressée aux soldats de l'armée de Lima. « Le but- de ma marche sur la capitale du Pérou, leur disait-il, est d'établir une réconciliation éternelle pour le bonheur de tous. Neuf années d'horreurs ont inondé l'Amérique de sang et de pleurs. Les opinions et les armes de cette partie du monde seront sous peu devant Lima , pour mettre un terme à tant de maux. » Puis il les invite à ne pas prolonger davantage un stérile sacrifice, et les invite a se ranger sous les étendards patriotes, qui les guideront à l'honneur, au bonheur et à la paix.
Une troisième proclamation du directeur suprême, Bernardo O'Higgins, fut aussi répandue avec profusion le long des côtes. « La liberté, fille du Ciel, » disait-il aux Péruviens, « va descendre dans vos fertiles campagnes; et sous » son égide vous occuperez , parmi les nations du globe, le » rang élevé auquel votre opulence vous appelle Péruviens ! n'hésitez pas à briser vos chaînes; venez signer » sur la tombe de Tupac Amaru et de Pumacacua, ces il- » lustres martirs de la liberté , le pacte qui doit assûrer votre » indépendance et notre éternelle amitié 3 (2).
Lord Cochrane entra aussitôt en correspondance avec le vice-roi, relativement au mauvais traitement des prisonniers de guerre Chiliens et Buénos-Ayriens , renfermés dans les casemates du port. Le vice-roi répondit que, bien qu'ils fuslent rebelles et traîtres à leur roi , on n'avait pas usé de mauvais traitements à leur égard; et il lui témoignait en même tems sa surprise « de ce qu'un seigneur de la Grande- » Bretagne eût oublié sa dignité au point de devenir le chef » d'une bande de traîtres à leur souverain légitime et à ses
(1) Don José de San-Martin naquit vers l'année 1778, à Yapéyu, au Paraguay, dont son père était alors gouverneur. Il fut élevé en Espagne et fit plusieurs campagnes dans l'armée espagnole, comme lieutenant colonel sous les généraux la Romana , Coupigny et Wellington. En 1814, & s'embarqua en Angleterre pour le Buénos-Ayres, où il ne tarda pas à être nommé général en chef des forces de cette république dans le Haut-Pérou. II défit les Espagnols a Chacabuco et à Maipo, dans le Chili , en 1817 et 1818.
(2) Voyez la note E a la fin de l'article.
334 CHROWOLOCIB BISTOBIQUB
» autorités légalement constituées ». Lord Cochrane lui répliqua: « Que la gloire de tout Anglais consiste dans sa lift berté; et que c'est ce motif qui l'a porté à préférer le m commandement des vaisseaux de guerre d'un peuple libre, » à celui de la flotte d'une nation d'esclaves , qui lui avait » été offert par le duc de San-Carlos , au nom de son maître » Ferdinand VII ».
Le 26 mars , l'escadre de lord Cochrane s'empara du bâtiment espagnol la Victoria, qui était chargé de planches de cèdre et de chevaux. Le 28, elle fit une attaque contre le Callao , et prit deux chaloupes canonnières. Lord Cochrane, laissant le vice-amiral Blanco devant ce port, avec les vaisseaux le San-Martin et le Lautaro , partit pour Huacho , d'où il se rendit à Barranca, et de là a Huarmey et à Huambacho , où il rencontra un brick français , dont le capitaine lui remit une somme d'argent appartenante à la compagnie des Philippines, et qu'il avait reçue à son bord. L'amiral longea ensuite la côte jusqu'à Payta. 11 somma les autorités de cette ville de lui remettre la caisse du gouvernement -, ce qu'elles refusèrent et tirèrent même sur le parlementaire. Cochrane débarqua alors ses marins sous le feu des batteries , les emporta de vive force , livra la ville au pillage ; et après en avoir enlevé l'artiUerie et fait sauter le fort, il regagna ses vaisseaux. 11 se dirigea de là vers le Callao , qu'il se proposait d'attaquer avec toutes ses forces réunies j mais, à son arrivée devant la place, ayant appris que 1 amiral Blanco était parti pour Valparaïso, il fit voile lui-même pour ce port, où il entra le i5 juin* Blanco fut mis en jugement et ac-# quitté. •
Deuxième expédition naoals de t amiral Cochrane. On reçut , en 1819, ^a nouvel le qu'un armement destiné pour 1 Océan-Pacifique, se préparait à Cadix. La flotte qui s'y rassemblait se composait des deux vaisseaux de ligne VAlexandre et le San-Elmo , de la frégate Pruéba et de plusieurs petits bâtiments. On espérait que ces forces , réunies à celles de Callao , qui consistaient en- deux frégates , VEsméralda et la Vengansa , trois bricks , plusieurs petits bâtiments et quelques navires marchands aimés en guerre , suffiraient pour empêcher l'escadre chilienne de tenir la mer. l*e commandant de celle-ci résolut donc d'aller incendier les vaisseaux qui se trouvaient au Callao. En conséquence, le 12 septembre , il partit de Valparaïso , avec VCÏHiggins , le San-Martin , le Lautaro , f Jndépendencia , le Gaharino ,
de l'Amérique. 335
V Araucaria et les deux navires marchands, la Victoria et la X^résana , qu'on devait convertir en brûlots en cas de besoin, toucha à Goquimbo, où il ne trouva que quatre-vingtdix hommes, au lieu de mille qu'on lui avait promis, et arriva dans la baie de Callao, le 28 suivant. Cochrane informa le vice-roi Pézuéla de sa résolution de mettre le feu à la flotte ; mais que, pour sauver les propriétés des particuliers qui étaient dans la baie, il lui proposait de combattre les navires espagnols à force égale, s ils quittiient leur encrage. Le vice-roi s y refusa. En conséquence , lord Cochrane fit lancer, pendant la nuit du im*. octobre, une grande quantité de fusées à la Congrève sur les bâtiments espagnols, mais sans effet. Les batteries et les vaisseaux ripostèrent par un feu bien nourri. On tira encore des fusées pendant les trois nuits suivantes, sans faire beaucoup de mal à ces navires; mais, dans celle du 4, lL,s Espagnols eurent la précaution de les dégréer. En examinant ces fusées , on trouva qu'elles contenaient des chiffons, du sable, de la sciure de bois et d autres matières semblables que les prisonniers espagnols employés à les faire, y avaient mis. Les cilindres de for éclatèrent parce qu'on avait été obligé de les souder avec du métal de cloche, faute de borax. Ses instructions ne lui permettant d attaquer le port qu'à l aide de fusées et de brûlots, il lança, le 5 , un de ces derniers, qui éclata sans causer de préjudice à l'ennemi. Le même jour, on signala un gros vaisseau sous le vent, qu'on reconnut être la frégate la Pruéba. Des avis reçus de terre apprirent que l'Alexandre était retourné en Espagne, et que le San-Elmo avait fait naufrage à la hauteur du cap Horn (1). L'amiral cingla alors vers le nord, pour se procurer des provisions et de l'eau , et surveiller la frégate. Les équipages du San-Mariin étant malades , il l'envoya à Santa avec l'Itt-
(1) Le vaisseau de ligne V Alexandre retourna à Cadix; un autre, arrivé sous l'équateur, fut jugé incapable de tenir la mer; le San-Elmo sombra a la hauteur du cap Horn, où le reste des vaisseaux de l'expédition l'ut dispersé par un coup de vent; deux bâtiments de transport furent conduits à Buénos-Ayrcs par ks équipages qui s'étaient révoltés; et la frégate la Maria-Isabella , avec un transport, aui avaient jeté l'ancre dans la baiedeTalcahuana, fuient abandonnés de leurs équipages à la vue du Sun- Mm lin et du Lautaro, commandés par l'amiral Blanco, qui en prit possession le 28 octobre 1818.
336 i CHRONOLOGIE HISTORIQUE
dépendencia et rAraucano, Il expédia pour Pisco le Lautato et le Gaharino, à l'effet d'y prendre de l'eau-de-vie et du vin dans les magasins de la couronne.
La garnison de cette dernière ville se composait de six cents hommes d'infanterie et de deux cents de cavalerie, avec deux pièces d'artillerie de campagne. Le fort était défendu par six canons de dix-huit livres de balles. Deux cent, auatre vingts marins chiliens, aux ordres du colonel Charles, descendirent à terre, enlevèrent le fort d'assaut, s'emparèrent ensuite de la ville , et. embarquèrent environ quatorze mille cruches , de soixante-dix litres chacune , d'eaude-vie et de vin. Le colonel Charles perdit la vie dans cette attaque (i).
L'amiral ayant ordonné au S an- Martin et à l'Indcpendencia de se rendre à Valparaïso, partit lui-même, avec VO'Higgens , le Lautaro et le Gaharino , pour la rivière de Guaquil , dans l'espoir d'y rencontrer la Pruéba. Il arriva à son embouchure, le 27 octobre, la remonta pendant la nuit, sans le secours d'un pilote , et y captura deux gros bâtiments marchands armés , fAguila, de neuf cents tonneaux et de trente -deux canons, et la Bégona , de six cents tonneaux et de vingt-six canons, qui se rendaient à Lima avec un chargement de bois. La frégate, arrivée le i5 devant Puna , avait placé son artillerie sur des radeaux , et était parvenue à entrer dans le port. L'amiral ne pouvant l'y suivre , confia ses prises à la garde des autres vaisseaux , et partit le 21 décembre, aveclO'ffingginS) pour Valdivia , où on lui avait dit qu'un vaisseau de ligne ennemi se radoubait. Jl y arriva le 18 janvier 1820 ; mais il n'y avait dans le port qu'un seul bâtiment marchand. Le même jour , il prit le brick de guerre le Potrillo, qui avait été expédié de Catlao avec de l'argent pour les gouverneurs de Valdivia et de Chiloé. Le 20 , Cochrane jeta l'ancre dans la baie de Talcahuana, où le général Freire , gouverneur de la province, vint à son bord le féliciter sur son arrivée (2). Étant parti de nouveau pour Valdivia , il s'en approcha sous pavillon espagnol , pour le mieux reconnaître ; et le 2 février , il l'enleva d'assaut sous le feu de soixante-dix canons.
(1) Dépêches officielles adressées par l'amiral au gouvernement chilien, le 17 novembre 18 19.
(a) Voyez M. Stevenson' s Travels in South America, tomf HI« chap. 5 et 6.
DE LAMÉRIQUE. 337
Troisième expédition chilienne, aux ordres de l'amiral Cor.hrane. Le directeur suprême du Chili , Bernardo O'Higgins, et le général José de San-Martin , convinrent, par un traité* conclu entre eux, le 5 février 1819, de préparer en toute hâte une autre expédition contre les Espagnols du Pérou , dont les frais seraient à la charge du gouvernement indépendant de ce pays. Le premier de ces chefs se rendit en personne à Valparaïso pour en activer les préparatifs , et San-Martin partit pour Buénos-Ayres , à l'effet de hâter la levée des recrues. La prise d'un convoi expédié de Cadix, avec des munitions pour l'armée royale de Lima , fut d'un grand secours pour l'expédition chilienne. On donna le commandement des troupes de terre au général San-Martin, et l'amiral Cochrane fut chargé de diriger les opérations maritimes.
Au moment du départ de l'armée libératrice, Zenténo , ministre de la guerre et de la marine , publia un résumé des succès qui avaient mené à cet événement mémorable, et relui des mesures prises pour l'armement. En même tems , le directeur suprême du Chili adressa à l'armée expéditionnaire une proclamation, dans laquelle il lui rappelait que son général était le même qui les avait guidés dans les champs de Chacabuco et de Maipo. « Soldats des Andes leur dit-il* «vous avez donné la liberté au Chili, partez » maintenant pour le Pérou, dont vous saurez mériter la » reconnaissance. La victoire vous attend; mettez un terme » aux maux de la guerre , et assûrez le sort de la génération » naissante. »
Le 20 août 1820, l'expédition mit à la voile de Valparaïso. Le nombre des troupes de débarquement était d'environ trois mille sept cents, y compris deux régiments de cavalerie. Il y avait à bord un parc d'artillerie de campagne , quinze mille fusils et une quantité considérable de munitions et d'uniformes pour distribuer à ceux qui viendrajent se ranger sous les étendards de l'indépendance- Les forces navales aux ordres de bord Cochrane consistaient en quatre
frégates et trois bricks (1) , montés par seize cents marins ,
(1) Le vaisseau amiral O* Higgins, autrefois la Reyna Maria Isabella , de 48 canons,
Le San-Martin 64
Le Lautaro 44
L' Indëpendencia a6
dont six cent vingt-quatre étrangers, et la plupart anglais (i).
VO' Higgins relâcha dans la baie de Coquimbo, où l'Araucano et un transport avaient été envoyés pour prendre des troupes à bord , et ayant rallié l'escadre, elle entra dans la baie de Pisco , le 7 septembre.
Le premier bulletin de cette armée, daté de Valparaïso , le i3 août 1820 , commence en ces termes : « Dans la dixiè- *» me année de la révolution de rAmérique méridionale , » et trois siècles après la conquête du Pérou, un peuple, » qui jusqu'alors avait été placé au-dessous de son rang dans » la hiérarchie sociale , avait entrepris de briser les chaînes » que Pizarro lui a imposées de ses mains ensanglantées , en » i5ao. »
Le 8 septembre , le général San-Martin publia deux 'adresses , Tune aux soldats de l'armée du vice-roi de Lima , et l'autre aux Espagnols résidant au Pérou. Il annonçait aux premiers que la dernière campagne allait s'ouvrir pour eux,
et aux autres que l'autorité espagnole cesserait d'être re-
* 1 • . xi v - 11 t . •
connue sur tous les points occupes par l armée libératrice.
Le même jour, une partie des troupes descendit à terre , et. le g, tandis que le général San-Martin longeaitla côte pour observer les mouvements de l'ennemi , le major général don Juan Grégorio de las Héros (2), commandant en second, s avança avec trois mille hommes contre Pisco, ville située par latitude sud i3° ^f, à environ cent milles sud de Lima, que les habitants avaient évacuée avec leurs esclaves et leurs effets. La garnison ne se composait que de quarante hommes de troupes réglées et d'environ deux cents de milice, aux ordres du comte de Monté-Mar.
A la nouvelle du débarquement des indépendants, les troupes espagnoles, stationnées dans les environs, se re-
Le brick Galvarino 18 canons.
VAraucano 16
Le Pueyrrédon 1 4
(1) Lettres du directeur suprême de la république du Chili, adressées de Valparaïso, le 5 août 1820, aux habitants du Pérou, et au général don Francisco de Paulo Santander, vice-président des provinces libres de Cundinamarca.
(1) Ce général , natif de Buénos-Ayres, établit sa réputation militaire, a Talcahuano, en 1817.
de l'Amérique* 33$
plièrent sur Lima, où le vice -roi don Joaquim Pézuéla concentrait ses forces.
Une partie du convoi, qui s'était séparée du reste de l'escadre chilienne, arriva , le i4 , à Pisco, en même tems qu'un vaisseau de guerre espagnol , à bord duquel se trouvait un parlementaire , envoyé par le vice-roi à San-Martin, pour lui proposer une suspension d'armes , et une réunion de commissaires chargés d'aplanir les différends entre l'Amérique et la mère-patrie. San-Martin y ayant consenti (i), le 26 , des députés s'assemblèrent à Mirafiores , à deux lieues au sud de Lima, et y signèrent un armistice de huit jours. On proposa, de la part du vice-roi , que le gouvernement et le peuple du Chili prêtassent serinent à la monarchie espagnole, et envoyassent des députés au souverain congrès d'Espagne , pour se prévaloir des droits et privilèges accordés aux colonies par les cortès. Les députés chiliens répondirent que leurs pouvoirs ne les autorisaient pas à traiter sur cette base , mais bien sur les principes posés par les gouvernements libres de l'Amérique du sud. Les députés royalistes proposèrent ensuite que l'armée libératrice évacuât le territoire du Pérou et retournât au Chili, s'engageant expressément à envoyer en Espagne des députés munis de pleins pouvoirs , pour demander à sa majesté de souscrire à ses vœux. Les députés des insurgents virent bien que le vice-roi n'était pas sérieusement disposé à entrer en arrangement; néanmoins, ils consentirent « à ce que l'année libératrice évacuât Pisco , et se retirât au-delà du Désaguadéro ( lat. sud 180), qui sépare le Chili du Pérou, à condition que les troupes royaftÉfc*ortissent de leur côté des limites qui • avaient été assignées à la présidence du Chili, en 1810. Ils consentirent aussi à envoyer des députés en Espagne pour traiter avec le roi; mais ils exigeaient, en même tems, qu'il ne fût apporté aucun changement à l'état politique du Chili durant cet intervalle; que les hostilités cessassent sur terre et sur mer, pour ne recommencer que trois mois après la rupture des négociations, et, enfin , que le plus ancien officier de l'escadre anglaise dans ces parages, et legouverne-
(1) On dit que San-Martin y consentit d'autant plus volontiers (le iS septembre) que son artillerie et environ cinq cents hommes d'infanterie qui s'étaient séparés de la (lotte , pendant le trajet , n'étaient point encore arrivés. ( Caldcleug/i s Travuls , chap. 12.)
3io CHRONOLOGIE HISTORIQUE
ment des États-Unis de l'Amérique du nord garantissent l'exécution de ces conditions. » Les commissaires espagnols insistant sur la reconnaissance du gouvernement constitutionnel d'Espagne , et sur l'évacuation du territoire péruvien par les forces du Chili , et les députés ne voulant entendre a rien sans l'indépendance absolue de leur pays, le 4 octobre, on se sépara, et, le 5, les hostilités recommencèrent. Le colonel Vrénalès, qui avait ordre de pénétrer dans la Sierra, partit , ce jour-là , de Pisco , pour Ica , avec une division de douze cents hommes et deux pièces d'artillerie. Il fit son entrée dans cette ville le lendemain aux acclamations des habitants , et y fut joint par deux compagnies d'infanterie et trois officiers qui avaient abandonné l'armée ennemie, forte de huit cents hommes, qui marchait sur Nasca, sous la conduite du colonel Quimper et du comte Monté-Mar. Le 12 , une partie de la division d'Arénalès entra dans cette ville, et y prit six officiers, quatre-vingts soldats et tout le bagage. Le i5 , un convoi de cent mulets , chargés de munitions de guerre et de bouche tomba aussi en son pouvoir. Après avoir établi un gouvernement indépendant à Ica» Arénalès continua sa route vers Guamanga.
L'amiral Cochrane était d'avis qu'on débarquât les troupes à Chilca, le point le plus voisin de Callao , et qu'on marchât de là directement sur la capitale. San-Martin proposait au contraire deVavancer avec le gros de l'armée dans la direction de Truxillo. Enfin , le 26 octobre , l'expédition, qui avait séjourné cinquante jours à Pisco, mit à la voile, et arriva , trois jours après , à la hauteur de Callao. Lord Cochrane pressa San-Martin de débarquer sur-le-champ les troupes; mais celui-ci voulut auparavant reconnaître la baie d'Ancon. Il partit donc pour cette destination avec le San- Martin, le Gaharino , l Araucano et les transports, et laissa rO'Higgins , V Indêpendencia et le Lauiaro devant Callao» comme pour en reprendre le blocus.
Les deux frégates espagnoles s'étaient éloignées des côtes du Pérou, et le seul vaisseau do guerre, qui se trouvait à Callao, était la frégate Esméralda^, qui était à l'ancre dans le port , où elle était protégée par quatorze chaloupes canonnières, rangées en demi-cercle , deux goélettes , deux bricks de guerre, trois grands bâtiments marchands armés, les batteries des forts et de la place, et enfin par une chaîne flottante qui en défendait l'approche. L'amiral proposa d'enlever la frégate et les navires marchands du port. Le i«r. no-
vt mbre , il communiqua son intention aux capitaines, et, le 4- 1 il adressa une proclamation aux troupes et aux marins, leur promettant le prix de tous les bâtiments qu'ils parviendraient à emmener, et, de plus, la même récompense offerte par le gouvernement de Lima aux capteurs de ^'escadre chilienne. Tous les équipages de la flotte voulurent partager les dangers de cette hazardeuse entreprise. Trois des vaisseaux de l'escadre levèrent l'ancre et sortirent de la baie. Les Espagnols crurent qu'ils allaient donner la chasse à quelque navire marchand. Le 5, vers minuit, quatorze chaloupes, portant deux cent quarante volontaires, s'avancèrent en deux divisions , Tune sous la conduite du capitaine Crosbie, et l'autre sous celle du capitaine Guise. Ils pénétrèrent sans obstacle dans l'ancrage intérieur, et passèrent près de la frégate des États-Unis la Macédonienne , et la frégate anglaise iHypérion. Sur le minuit ils franchirent 1a chaîne, et lord Cochrane, qui se tenait dans le premier bateau, ayant été hêlé par une chaloupe canonnière , continua son chemin sans répondre, jusqu'à ce qu'il fût près d'elle. Il dit alors à l'officier : Silencio 6 muerte , et celui-ci passa outre sans obstacle. Arrivé sans bruit auprès de fEsméralda , il monte par le passe-avant sur te pont et brûle la cervelle à la sentinelle. Au même instant , le vaisseau est bordé de toutes parts; les assaillants sont bientôt maîtres du gaillard d'arrière, et les Espagnols, sortant d'un profond sommeil, n'ont que le tems de se retirer au gaillard d'avant, d'où ils font un feu de mousquéterie bien nourri qui dure dix-sept minutes. Obligés enfin de se réfugier au fond de cale, ils mettent bas les armes. Lord Cochrane coupa le cible de la frégate, y fit placer un fanal semblable à celui que la Macédonienne et VHypérion avaient allumé en s'éloignant du lieu du combat, de crainte d être endommagées par le feu des remparls, et la mena ainsi hors du port, malgré le feu des batteries du côté nord de la forteresse, sans qu'elle eût éprouvé le moindre dommage. L'Esméralda était montée de trois cent vingt hommes et de plusieurs particuliers, comme les listes trouvées à bord l'indiquent. Le nombre des prisonniers ne fut que de cent soixante- treize , de sorte que leur perte s'éleva à cent cinquante-sept personnes tuées ou blessées. Lord Cochrane eut onze tués et vingt-huit blessés, et reçut lui-même une balle dans la cuisse. Il proposa un échange de prisonniers au vice-roi , qui l'accepta avec empressement. La prise de VEsméralda
fut le coup de mort de la marine espagnole dans l'Océan- Pacifique. La garnison de Callao en fut si courroucée qu'elle massacra les hommes que le capitaine de la Macédonienne envoya à terre , le 6, avec la chaloupe, pour acheter des provisions (i).
Le 9 novembre , la flotte quitta la baie d'Ancon pour se rendre à Huacho (lat. 1 1° i/+ S. , à soixante-quinze milles au nord de Lima), où le reste des troupes fut débarqué; et, le 12 , le général San-Martin établit son quartier-général à Huara, forte position dans le voisinage de ce port. Le succès de l'amiral Cochrane popularisa tellement la cause des indépendants, que le régiment de Numancia , fort de six cent cinquante hommes (2) , tous Colombiens, avec son colonel, et les meilleures troupes de l'armée royale , quitta le service du vice-roi ( le 3 décembre) et se réunit aux indépendants, contre lesquels on l'avait envoyé, à Rétès, dans la vallée de Chancay. Le 8 , ceux-ci furent joints par trente-six officiers et un grand nombre d'habitants recommandables de Lima. Le 11, on reçut la nouvelle de l'avantage remporté , à Pisco , par le colonel Arénalès. Cet officier, après le combat dlca, qui avait eu lieu le 6 octobre, pénétra avec sa division dans l'intérieur du pays, et, le 3i, il entra dans Huamanga , où il fut bien accueilli des habitants. Ayant quitté cette ville, le 6 novembre , il marcha vers le district de Tarma , et l'avant-garde s'étant avancée jusqu'à Jauja, à trente lieues de Lima , au moment ou les Espagnols évacuaient cette capitale, il y eut une escarmouche dans laquelle ces derniers perdirent huit hommes tués et vingt-un prisonniers, dont quatre officiers. Le 22 , la division arriva aux portes de Tarma, où elle fit son entrée le lendemain, et la ville se proclama aussitôt indépendante de l'Espagne. Le 6 décem-
(1) Voyez à ce sujet les instructions données par le Jord Cochrane, a bord du vaisseau chilien V Çf Higgins, le Ier. novembre 1820, et sa dépêche du 14, au général ban* Martin. Ces deux pièces se trouvent dans le journal du capitaine Hall, etc. , tom. I, cliap. 2, 4e» édition ; Edimbourg, i82Ô.
Voyez aussi vol. 111, of M. Stevensons' 20 years* résidence in Smith America, et vol. II, of M. Mier's Travels in Chile and In Pïata.
(q) M. Mier dit huit cents hommes.
DE l'a M é BIQUE. $43.
lire, les troupes d' Arénalès en vinrent aux mains, à Pisco, avec un corps de l'armée royale , fort de douze cents nommes (1), aux ordres du général O'Reilly. Ce dernier fut fait prisonnier, et son armée regagna Lima, avec perte de cinquante-huit tués, de dix-neuf blessés , de trois cent quarante-trois prisonniers , y compris vingt-huit officiers , de deux pièces d'artillerie , de trois cent soixante fusils de munition et de ses bagages. Cette yiçtoire assûra à Arénalès la
Sossession des riches mines d'argent de Pisco , et lui permit 'opérer sa jonction avec l'armée de San-Martin. À la nouvelle de cette victoire f la ville et la province de Huanuco , et les villes de Cuenca et de Loxa , dans la juridiction de Quito , se déclarèrent indépendantes. Truxillo ne tarda pas à suivre leur exemple. Le 4- janvier 1821, le marquis de Torré Taglé , gouverneur pour l'Espagne, y opéra une révolution.
Le i3 février 1821, le brick de guerre t Araucano arriva à Chancay avec la goélette de guerre espagnole Aransasu, qu'il venait de capturer.
Le 1 3 mars, une division de l'armée libératrice fut envoyée sous la conduite du lieutenant-colonel Miller, avec «ne partie de l'escadre, pour faire une diversion sur Pisco. Cette expédition fut exécutée le 21, mais sans résultat important. Miller y retourna de nouveau quelque tems après x et marcha de là sur Arica , où il arriva le 5 mai. Cette ville, ayant refusé d'ouvrir ses portes, le colonel débarqua ses troupes à Sama, et s'avança à leur tête contre la ville, qui avait été abandonnée par ses habitants et par la garnison. Les autorités avaient transféré le trésor public a Tagua , chef-lieu de la province , à quarante-cinq milles dans l intérieur. Néanmoins, il enleva une caisse contenant 58,ooo dollars et six barres d'argent , qu'on envoyait sous escorte à Aréquipa. Le 14, Miller marcha d'Arica sur Tagua, en prit possession le lendemain , et y fut joint par deux com- * pagnies d'infanterie royale. Lord Cochrane voulut qu'elles servissent de noyau à un nouveau régiment, qui devait s'appeler les premiers Indépendants, et leur présenta un drapeau sur lequel on voyait un soleil dans un champ d'azur. Toutes les marchandises européennes, trouvées dans les magasins d'Arica, et qui appartenaient à des négociants
(1) M. Mier dit dix-huit ceuts hommes.
espagnols de Lima , furent transportées à bord du San* Martin.
Le colortel Miller s'étant avancé avec sa division vers Moquégua, rencontra, à Mirabe, un parti royaliste aux ordres du colonel Sierra , qu'il fit prisonnier après une action des plus vives. Ce succès décida lord Cocnrane à s'approeber du quartier-géne'ral de Miller, et il vint en conséquence jeter l'ancre près d'Ilo, le 27 mai.
Au moment où Miller se disposait à pénétrer dans l'intérieur du pays, il reçut une communication du gouverneur d'Aréquipa , qui lui annonçait qu'un armistice de vingt jours avait été conclu, le 23 mai, entre le général San- Martin et le vice-roi La Serna.
Le général San-Martin resta six mois à Huara , pendant lesquels il travailla à rallier à sa cause les grands propriétaires du pays et les mineurs créoles , en leur représentant les avantages d'un commerce libre et d'une représentation nationale. Il réussit facilement auprès de ceux du département populeux de Truxillo , et intercepta la majeure partie des convois destinés à alimenter la capitale, tandis que le port de Callao était étroitement bloqué par la flotte (1).
Sur ces entrefaites, la ville de Guayaquil (2) se souleva en faveur des indépendants , dans la nuit du 8 au 9 octobre. Les autorités civiles et militaires furent arrêtées et mises en prison , et le lendemain matin , une salve générale des batteries de la place annonça la défection de la garnison royaliste. Le gouverneur Vivéro fut conduit à Pisco. Les habitants de Cette ville , qui avait fait partie jusqu'alors de la Nouvelle-Grenade , établirent un gouvernement indépendant , se donnèrent de nouvelles lois, et ouvrirent leur port au commerce étranger.
Les troupes royales étaient campées à Aznapuquio, entre Lima et Ancon, dans un terrain marécageux, où elles per-
(1) Captain Hall* s Journal , vol. I, chap. 2.
(2) Cette ville, qui est le port principal de Quito, avait alors près de vingt mille âmes, et son territoire en renfermait à peu
S rès cinquante mille. Guayaquil fut incorporé à la république e Colombie en 1819. Un décret du général Bolivar, rendu en 182 1, confirma son admission ; mais les autorités n'en continuèrent pas moins- à administrer d'une manière indépendante. (Voyez Captain Hall' s Journal, chap. 11.)
dirent beaucoup de monde par la maladie et la désertion. Le 29 janvier 1824, leurs principaux officiers, Cantérac, Caratala, Valdès , Ricafort et autres, irrités des succès des patriotes , accusèrent le vice-roi, don Joaquim Pézuéla, de n avoir pas pris les mesures nécessaires pour repousser l'ennemi, le déposèrent , et élurent à sa place don José de La Sema , qui avait été nommé par le roi, en 1816, au commandement du Haut-Pérou. Telle était l'irritation de l'armée contre Pézuéla , que ses chefs lui enjoignirent de s'embarquer dans les vingt-quatre heures, avec sa famille, à bord de la frégate anglaise VÀndromaque , ou d'un navire espagnol en charge pour Panama. Dans les remontrances que ces officiers lui
la Sierra del Pisco par le général patriote Arénalès , de la nomination de Vivéro au gouvernement de Guayaquil, et de celle de Torré Taglé à celui de TruxiLlo.
Peu après la déposition du vice-roi Pézuéla, don Manuel Abreii) capitaine ae la marine espagnole, arriva d'Espagne. Il était chargé, après l'établissement de la constitution des* cortès , d'aplanir les différends survenus entre son gouvernement , le Pérou et le Chili. En conséquence, les généraux San-Martin et La Sema eurent une entrevue à Punchauca , le 2 juin , à laquelle assistèrent des négociateurs de part et d'autre , et les principaux officiers de 1 état-major des deuxarmées. San-Martin proposa à La Serna de proclamer l'indépendance du Pérou conjointement avec lui , de nommer une régence , composée de membres pris dans les deux partis, et dignes de la confiance publique, dechoisir des députés chargés de faire connaître à Sa Majesté Catholique l'état véritable des affaires du Pérou, et les motifs urgents qui les avaient portés à cette détermination. La Serna proposa de son côté à San- Martin un armistice de seize mois pour avoir le tcms de recevoir la décision de la cour de Madrid à cet égard 5 mais ce dernier connaissait trop bien létat d'anarchie de Lima pour ne pas en tirer parti. Aussi il refusa cet te offre , et ne voulut consentir qu'à une prolongation de l'armistice pendant douze jours. Valdès , chaud partisan de la royauté , qui avait puissamment contribué à l'élévation de La Serna , était aussi fort opposé à tout accommodement pacifique. Cette suspension d'armes , qui avait duré deux mois , empêcha le colonel Miller de pénétrer dans l'intérieur , et
l'amiral Cochrane partit pour Gallao , où il arriva le 8juillet 182 1.
Cependant La. Sema , jugeant qu'il serait imprudent de rester plus long-tems dans une ville dont les habitants se
Erononçaient ouvertement en faveur des indépendants, pulia une proclamation , le 5 juillet , pour leur annoncer son intention de quitter Lima, et inviter ceux qui voudraient le suivre à se rendre à Callao. 11 nomma en même tems le marquis de Montémiré , gouverneur de la capitale , et le lendemain il en sortit à la tête de la garnison , prit la route de Xauxa, et alla établir son quartier général à Cuzco. Le 8, une députation des principaux citoyens de Lima se rendit auprès de San-Martin pour l'appeler dans leurs murs , et le 1 a, il y fit son entrée , et se proclama protecteur du Pérou libre et indépendant, jusqu'à la convocation d'un congrès national (1).
Le i5 suivant, les membres de la corporation se réunirent a THotel-de-Ville , et y déclarèrent unanimement que le vœu général des habitants était prononcé en faveur de l'indépendance. En conséquence il fut ordonné de détruire les armes royales de la ville, et de former une garde civique 5 et une proclamation annonça pour le 28 suivant, la promulgation de l'acte d'indépendance. {
Le 28 , la déclaration de l'indépendance fut solennellement proclamée et jurée sur la grande place , au bruit des salves d'artillerie et de toutes les cloches de la ville. Le général , entouré des généraux et des officiers de l'armée libératrice, d'une députation des quatre collèges de l'Université de San-Marcos, du clergé et d'une partie de la noblesse , leur adressa ces paroles : «* Dès ce moment ,» dit-il, « le Pérou est libre et indépendant par le vœu général du » peuple et par la justice de sa cause que Dieu protège (2). » Le nouveau drapeau péruvien, flottant pour la premièit; fois, représentait le soleil se levant derrière la ville , au-dessus des Andes, dont la rivière Rimac baignait le pied. On frappa une médaille pour perpétuer le souvenir de ce jour mémorable. Elle représentait d'un côté un soleil qu'environnait cette
(1) Gacela del gobierno de Lima Indépendante , n°. 7.
(•2) El Peru es desde este momento libre ê independente por la voluntad gênerai de los pueblos y por la justicia {le su causa que Dios defiende.
db l'Amérique. 347
inscription : Lima libre Juré su independencia en 28 de julio de 1821 ; et, sur le revers, un laurier avec ces mots : Bajo la protecion dcl exercilo Ubertador del Peru mandado por San-Martin : Lima libre jura son indépendance le 28 juillet 1821 , sous la protection de l'armée libératrice du Pérou, commandée par San-Martin.
Le dimanche suivant un Te Deum solennel fut chanté dans la cathédrale, et, après la messe, l'archevêque, et tous
ceux qui avaient suivi la procession , s'avancèrent jusqu'au
Îned du maître-autel, et y prêtèrent le serment «de défendre eurs opinions, leurs propriétés, leurs personnes et l'indé-
pendance du Pérou contre les attaques du gouvernement espagnol ou de toute autre puissance étrangère. » Après la cérémonie, une députation des membres du Cabildo se rendit auprès du général San-Martin pour l'inviter à prendre le commandement politique et militaire du Pérou.
Au milieu de ces fêtes , San-Martin reçut un rapport de lord Cochrane, en date du 3o juillet, par lequel il lui an- * nonçait que le capitaine Crosbie avait enlevé les deux gros bâtiments marchands le San-Fernando et le Milagro, à l'ancre devant Calloa, avec plusieurs autres petits navires, et qu'ît avait mis le feu à deux carènes , à portée de fusil des batteries ennemies.
Le i*T. août, San-Martin publia une amnistie générale pour tous les déserteurs qui se présenteraient devant les autorités civiles et militaires, dansVespace de i5 jours. Le 3, il adressa aux Péruviens une proclamation dans laquelle il disait que dans l'état où il avait trouvé les affaires à son arrivée à Pisco, il avait cru devoir accepter l'autorité suprême, et que les mêmes circonstances impérieuses qui l'y avaient décidé alors existaient toujours, puisque le Pérou avait encore des ennemis à combattre : qu'une expérience de douze années de révolution dans le Vénézuéla, le Cundinamarca, le Chili et les Provinces-Unies du Rio delà Plata lui avait suffisamment démontré le danger résultant de la convocation de congrès dans un pays en partie occupé par l'ennemi ; mais , •( il s'engageait solennellement, aussitôt son affranchisse- » ment, à résigner le commandement, et à laisser le peuple » se choisir la forme du gouvernement qui lui convien- » drait. >>
Le 4 août, il nomma don Juan Garcia del Rio , ministre des relations extérieures , et le lendemain , don José de la Riva Aguèix) fut investi de la présidence du département de
3 ftS CHRONOLOGIE HISTORIQUE
Lima. Le général San-Martin adressa en même tems une proclamation aux Espagnols d'Europe , promettant de respecter leurs personnes et leurs biens.
1 sois et actes de l'autorité publique sous le gouvernement du général San-Martin.- Lois et ordonnances contre les Espagnols et les royalistes. Le général San-Martin publia, le 4 août, une proclamation par laquelle il offrait protection à tout Espaçnol(i) qui continuerait paisiblement à exercer son industrie dans le pays, et prêterait serment de fidélité au nouveau gouvernement. D'un autre côté, il enjoignait à tous ceux qui n'auraient pas confiance dans sa promesse, de quitter le pays avec toutes leurs propriétés mobilières. Toutefois , après la prise de Lima, 1 alarme se mit parmi les Espagnols , et il s'en embarqua un grand nombre pour l'Europe. Un navire anglais en reçut à son bord cent soixante-quatre familles, un autre cent cinquante, et plusieurs autres de cinquante à cent chacun. Le protecteur voulant arrêter cette émigration, leur adressa une autre proclamation dans laquelle il réitérait les mêmes promesses à ceux qui désireraient demeurer au Pérou. Plusieurs se décidèrent en conséquence à rester. Mais , peu après , parut une nouvelle proclamation qui ordonnait à tous les Espagnols de sortir du Pérou. La moitié de leurs biens leur était garantie, et l'autre devait aller au
fouvernement indépendant. Ils se mirent aussitôt en mesure 'obéir, mais lorsqu'ils eurent livré la moitié de leur fortune au gouvernement et embarqué le reste, celui-ci trouva un prétexte pour ne pas les laisser partir. Il confisqua l'autre moitié de leurs biens , les arrêta et les envoya prisonniers au Chili. La plupart moururent de chagrin et de privations avant d'arriver à Valparaïso (2).
Le clergé eut aussi sa part des persécutions. Le 22 août, San-Martin crut devoir sévir contre plusieurs de ses membres, et fit fermer provisoirement les églises. 11 ordonna à l'archevêque Bartolomé Maria de las lieras de sortir de Lima dans les quarante-huit heures , et d'aller attendre à Chancay, à quatorze lieues de là , la décision du gouvernement à son égarJ. Ce prélat octogénaire fut embarqué, le i3 novembre
(1) Le nombre des Espagnols, nés en Europe, établis au Pérou au commencement de la révolution, était de sept à huit mille.
(1) Travels in Çhile and la Plaln , by John Miers, Ier. vol , P ?5
DE LAMÉBIQUE. 3^9
suivant, pour Rio de Janeiro (1). Le 9 novembre , Féveque de Guamanga, qui se trouvait alors à Lima, reçut aussi Tordre de quitter le Pérou dans l'espace de huit jours , et le 20 suivant, huit Espagnols , accusés de sédition et de conspiration , furent exilés en Europe, et leurs biens confisqués. Treize autres furent relégués à Chancay, où ils restèrent deux mois en surveillance.
Pendant l'absence du général San-Martin , le gouvernement provisoire avait rendu plusieurs décrets cruels contre les Espagnols. Il avait d'abord ordonné a tous ceux qui n'étaient pas mariés de quitter le pays; il avait confisqué la moitié de leurs biens, et avait fini par étendre cette proscription à tous ceux qui avaient femme et enfants. Quatre mille Espagnols des premières familles de Lima se virent violemment arrachés de chez eux , conduits à pied à Callao, et 15, embarqués pour le Chili. Il leur avait été défendu pendant long-tems de porter des manteaux , de peur qu'ils ne cachassent des armes , et de se réunir plus de deux ensemble.
Ces mesures rigoureuses excitèrent contre le ministre Montéaçudo , qui en était regardé comme le principal auteur , l'indignation des chefs indépendants. Il fut déposé, le 25 juillet ittaa, par un cabildo abierto, ou assemblée générale de la corporation j le 29, on le condamna à un exil perpétuel, et, le 3o, anniversaire de son arrivée à Lima , il fut envoyé sous escorte à Callao , et embarqué secrètement (2).
De son côté , le général Cantérac usait de terribles représailles contre les Péruviens soupçonnés d'être attachés à la cause de l'indépendance. Dans une proclamation mena-, çante qu'il adressa de son quartier général de Huancayo, le i5 février 1822, aux habitants de Lima et des provinces maritimes , il leur dit que : « si aveuglés sur leurs propres >» intérêts , ils favorisaient les projets des révolutionnaires , » ils se rappellent le châtiment qui vient d'être infligé aux » habitants de Huaguay , de Chacapalpa, et autres dont les
(1) Voyez a ce sujet la lettre du ministre de la guerre, du 22 août, et la réponse de l'évêque du 26; Ja deuxième lettre du ministre d'État, et celle de l'archevêque du Ier. septembre, et une autre qu'il adressa à lord Cochrane le 2 novembre, dans le tome IIP. , chap. 1 1, du Voyage de M. Stevenson.
(2) 11 retourna ensuite a Lima, sous la protection du général Bolivar, et y fut assassiné dans la nuit du 28 janvier 1825.
35û CHRONOLOGIE HISTORIQUE
» royalistes ont réduit les villages en cendres pour les pu- » nir de leur obstination. »
Douanes, lue q août 1821, le gouvernement transmit au bureau du commerce Tordre de nommer un comité de personnes versées dans les comptes et dans la connaissance des affaires mercantiles , pour rédiger un nouveau tarif de droits plus modérés , et d une collection plus facile.
Le 18 septembre, le gouvernement publia des règlements pour le cabotage, et le 28 suivant , divers autres pour le commerce en général. Parle nouveau tarif les marchandises étrangères n'étaient assujéties qu'à un droit de vingt pour cent. Les articles importés sous le pavillon d'un des États indépendants de l'Amérique jouissaient d'une diminution de deux pour cent , et ceux sous pavillon péruvien , de quatre (1).
Décrets et actes relatifs aux esclaves et aux citoyens, « Lors- » que la raison et la justice » , portent ces décrets, « ont re- » pris leurs droits au Pérou , il serait criminel de tolérer » plus long-tems cette dégradation morale dans laquelle les » aborigènes du sol ont été plongés par le gouvernement esm pagnol. En conséquence, ils cesseront désormais d'être ap- » pelés Indiens ou naturels; ce sont les enfants , les citoyens » au Pérou, et on ne les désignera plus désormais que par » le nom de Péruviens. Et, comme c'est un crime contre » nature, et attentatoire à la liberté, d'obliger un citoyen v de travailler gratuitement pour un autre, il est aussi dé- » crété que les services des mitas, des pangos, des encomien- >» das, des yanacônasgos et autres de quelque nature qu'ils *» soient , auxquels les Péruviens ont été assujétis jusqu'au- » jourd'hui , seront abolis ; et que personne ne pourra les » forcer de servir ou de travailler contre leur volonté. » Toute contravention à ce décret, le délinquant fût-il ec- >» clésiastique ou séculier, sera passible de la peine du ban- » nissement. »
Par un acte du 12 août 1821, legénéral San-Martin déclara libres et habiles à jouir des mêmes droits et privilèges que les autres citoyens du Pérou , les enfants des esclaves qui naîtraient après le 28 août 1821 (2). Par un autre, du 2 sep-
(1) Sous le gouvernement espagnol , les droits de douane étaient de 54 pour too sur certaines marchandises et de 3o sur d'autres.
(2) Le nombre des esclaves noirs du Pérou était alors estime à
tèmbre suivant, il promit la liberté à tout esclave qui se distinguerait en combattant les ennemis de la patrie.
Un décret du 16 octobre 1821 abolit la peine du fouet dans toute l'étendue du territoire de la république, comme dégradante pour des hommes libres. Ce décret porte aussi que les esclaves ne devront être punis de la sorte, sans l'autorisation du commissaire de quartier, ou du juge territorial , sous peine , pour le propriétaire , de perdre son esclave (1).
Par un troisième décret du 17 octobre, les étrangers résidant dans le pays , doivent jouir des mêmes privilèges que les citoyens; c est-à-dire qu'ils auront droit à la protection du gouvernement et des lois , pourvu que , de leur côté , ils respectent les lois du pays et les ordres du gouvernement; ils devront aussi prendre les armes pour le maintien de l'ordre intérieur 5 mais ils ne pourront être contraints de com battre contre les Espagnols.
En vertu du décret du 17 novembre 182 1 , les esclaves d'Espagnols ou d'Américains, des deux sexes, qui s'embarqueraient pour la Péninsule, furent déclarés libres; et il était enjoint à ceux d'entre eux en état de porter les armes , depuis l âge de quinze à celui de cinquante ans, de se présenter devant les présidents de leurs départements respectifs.
Le 4 décembre 182» , le protecteur fixa, par un décret, la différence qui existait entre les natifs et les citoyens, et spécifia les qualités requises pour jouir des droits attachés à Tune ou à l'autre de ces deux classes.
Sont considérés natifs du Pérou, i°. tous ceux qui sont nés dans les limites de son territoire ; 20. tous ceux qui sont nés, ou sont devenus par naturalisation citoyens d'un État
quarante mille trois cent trente-sept, dont neuf mille dans la ville de Lima, et celui des gens de couleur libres de quarante-un mille quatre cent quatre. Ils sont le plus nombreux le long des côtes «TArica a Lima. L'importation annuelle des esclaves, qui avait lieu autrefois par Panama, était d'environ cinq cents. Mais ce commerce a depuis long - tems cessé. M. Mathisou , à qui nous devons cette estimation ( pages 333 et 534 ) > observe "que les esclaves du Pérou ont perdu ce caractère barbare, particulier aux naturels de l'Afrique, dans le Brésil et les autres pays qui se livrent à la traite; et , qu'étant plus avancés dans la civilisation , ils ressemblent plutôt aux Européens par leurs habillements et leurs manières.
(1) G ace la dcl gobiemo , n°. 3o, 20 octobre 1821.
35a CHRONOLOGIE HISTORIQUE
indépendant quelconque de l'Amérique ci-devant espagnole , x et qui se seraient établis au Pérou ; 3°. tous les étrangers naturalisés qui ont prêté serment de fidélité au gouvernement libre du Pérou, y ont fixé leur résidence et s'y livrent à
Îpielque industrie utile, ainsi que leurs femmes et leurs enanls âgés de moins de vingt-cinq ans.
La qualité de natif donne, à celui qui en jouit, le droit de prétendre à celle de citoyen.
On perd les droits attachés à la naturalisation en cher- ( chant a devenir citoyen d'un autre État, et en commettant un acte hostile contre l'indépendance de l'Amérique.
Droits de citoyens. Pour être apte à occuper un emploi public quelconque , il faut être citoyen du Pérou. Sont réputés tels, i°. tous les hommes libres, nés dans le pays et âgés de vingt et un ans , qui y exercent une profession ou une industrie utile; 2°. les hommes mariés, âgés de vingt-cinq ans, qui savent lire et écrire, qui ont eu leur domicile durant deux ans dans une paroisse de la république , et qui y possèdent une propriété réelle d'un revenu annuel de 5oo dollars ; 3°. tout militaire occupant un rang dans l'armée active ; 4°. toute personne exerçant un art libéral ou mécanique , ou une profession quelconque qui lui rapporte annuellement la somme de 5oo dollars; 5°. tout homme
2 ui a épousé une Péruvienne ; et 6U. tout citoyen d'un des tats indépendants de l'Amérique ci-devant espagnole. Sont déchus du droit de cité , i°. ceux qui commettent des hostilités contre la cause de l'indépendance américaine; 2°. ceux qui recevraient des dons , des pensions, des commissions, des emplois, des titres, des distinctions personnelles ou héréditaires d une puissance étrangère quelconque sans l'autorisation du gouvernement péruvien ; 3°. ceux qui seraient convaincus d'avoir acheté ou vendu un vote dans une assemblée publique.
Sont privés de ce droit pour un tems plus ou moins long, i°. les criminels qui ont subi une peine afïlictive ou infamante sans avoir été réhabilités; 2°. les négociants convaincus de contrebande; 3°. les aliénés; 4°- ceux 9,°» auraient manqué à un engagement stipulé dans un acte écrit, soit envers le gouvernement ou des particuliers ; 5°. les gens qui mènent une vie vagabonde; et 6°. les maris qui ne vivent pas avec leurs femmes sans avoir obtenu un jugement de divorce.
Serment. Les étrangers , en recevant leurs lettres de naturalité, jurent « devant Dieu et devant le pays, d'obéir au gouvernement et aux lois qui en émanent, et de défendre l'indépendance péruvienne contre un ennemi étranger quelconque. »
Ceux qui obtiennent des letlres de citoyen , jurent « de- » vant Dieu et le pays, d'obéir au gouvernement et aux » autres autorités constituées, de se conformer au statut » et autres lois de l'État , de coopérer au maintien de Tordre » public, de défendre l'indépendance péruvienne contre un •» ennemi étranger quelconque, et d'y sacrifier leur vie et » leur fortune. »
Par un décret du 12 février 1825, tous ceux qui ont servi (lans les campagnes du Pérou, depuis le 6 février 1824, jusqu'au jour de la victoire d'Ayacucho, sont considérés comme Péruviens de naissance, et déclarés habiles à occuper tous les emplois du gouvernement, pourvu toutefois qu'ils aient les autres qualités exigées par la constitution.
Instruction publique. Par un arrêté du 28 août 1821 , le général San-Martin prescrivit l'établissement d'une Bibliothèque nationale pour l'usage de tous les citoyens. 11 la plaça sous la protection spéciale des ministres d'État du département du gouvernement, qu'il chargea de pourvoir à son établissement.
i3 octobre 182 1. Décret destiné à accélérer les progrès de la cause nationale , et à servir de sauvegarde contre la calomnie. Tout citoyen a le droit de publier sa pensée sur quelque sujet que ce soit, sans censure, autorisation, ni révision préalable : l'abus de cette liberté devant être puni, proportionellement à l'offense , par le tribunal nommé « Junta conservadora de la libertad de imprenta , » lequel se compose de dix- huit membres choisis par la municipalité (1).
Le 6 juillet 1822 , il fut fondé une École normale , suivanj: la méthode de Lancaster, pour l'enseignement des sciences utiles et des langues modernes. Elle fut placée sous la direction de M. Jacques Thompson. On appropria, à cet effet , le couvent ou collège de San-Tomas , dont les moines furent transférés à celui de San-Domingo. On enseignera ,
(i) Gaceta del gobierno, n°. 29, 17 octobre 1821.
dans cet établissement , les branches élémentaires de l'éducation et les langues modernes. Les professeurs seront nommés suivant la manière indiquée dans le projet de l'Institut national du Pérou ; et toutes les écoles qui ne se conformeront pas à son sistème d'enseignement, seront sup^ primées.
Par des décrets subséquents , on a affecté , à l'instruction publique, des capitaux appartenants au tribunal de la cidevant Inquisition et aux jésuites, et d'autres placés viagèrement dans les fonds du gouvernement.
Installation de la haute chambre de justice, le 7 octobre. Le , ministre observe, dans le discours qu'il prononça à cette occasion , que, depuis la triste époque de la conquête, il ne s'est passé aucun événement plus important que celui-ci. Les lois des Indes, ajoute-t-il, ne sont autre chose qu'un code indigeste, où dominent les idées les plus barbares, classées sans suite ni plan ; et le plus souvent les ordres dits royaux , dont le public n'avait presque jamais connaissance , étaient en contradiction avec la législation. Tous les citoyens d'un État devraient savoir ce qui est défendu par l'autorité , pour pouvoir se conformer à ses commandements suprêmes. L'institution du jugement par juri , si intéressant sous le rapport judiciaire et politique, en ce qu'il oppose une barrière puissante à la tirannie des juges et à celle du pouvoir exécutif, devra premièrement fixer l'attention de la haute chambre. Les idées du siècle ne veulent plus que le crime d'un individu retombe sur sa famille , qui en est innocente, et les esprits éclairés des juges présents sont une garantie, pour Son Excellence le Protecteur, de la conformité de leurs sentiments sur ce principe. La haute opinion qu'il a conçue de leurs vertus lui fait aussi espérer que, se dépouillant de toute espèce de préjugés, ils administreront équitablement et courageusement la justice, et il leur recommande d'avoir toujours présent dans la mémoire ce précieux axiome du code de F humanité : qu'il ne doit rien y avoir de plus sacré qu'un accusé.
Statut provisoire de gouvernement, donné par le Protecteur du Pérou , pour V administration des départements libres , jusqu'à rétablissement d'une constitution permanente , le 8 octobre 1821. — Religion. La religion catholique , apostolique et romaine est déclarée celle de l'Etat. Quiconque en attaquera les dogmes ou les principes, publiquement ou en par-
DE l'amkrique. 355
ticulier , sera puni avec sévérité , en raison du scandale qu'il aura occasioné. Toutefois , ceux qui professent la religion chrétienne , et qui ne diffèrent que par quelques principes de celle de l'Etat, pourront obtenir du gouvernement l'autorisation d'exercer leur culte ; mais nul individu ne pourra remplir de fonctions publiques , s'il n'appartient à la religion catholique.
Pouvoir exécutif. Le pouvoir exécutif suprême sur les départements libres du Pérou, appartient, pour le présent, au Protecteur, qui seul porte le titre d'excellence, tous ceux
3ui le recevaient jusqu'alors devant désormais prendre celui e très -illustres 9 à moins que ce titre ne leur soit conféré par le Protecteur; il est généralissime des troupes de terre et de mer, qu'il peut augmenter et diminuer suivant qu'il le juge convenable , et soumettre aux règlements qu'il lui plaît d'établir; il a le droit de lever des impôts, d'asseoir îles droits et de négocier des emprunts , de régler le commerce du pays , de supprimer des emplois et aen créer de nouveaux , d'établir une monnaie provisoire, sans apporter de changement au poids ni au titre de la monnaie courante , de nommer des envoyés et des consuls dans les pays étrangers, de signer telles conventions diplomatiques et commerciales qu'il croira conformes aux intérêts du pays , après avoir préalablement consulté le Conseil d'État.
Ministres. Les ministres d'État, qui ont le titre de trèsillustres, exercent une autorité immédiate sur tous les fonctionnaires de leurs départements respectifs; mais ils doivent publier tous les ordres et les communications officielles au nom du Protecteur, sous leur propre responsabilité, et la minute de chaque résolution , signée par le ministre , doit l'être également par le Protecteur dans le registre appartenant a chaque département; les ordres et règlements qui seront publiés par le Protecteur pour réformer l'administration , devront être également signés de lui et du ministre du département qu'ils concernent.
Conseil d'ÉtaL Ce Conseil reçoit aussi le titre d'excellence, et se compose de douze membres, savoir : des trois ministres d'État , du général en chef de l'armée combinée, du chef de l'état-major-général du Pérou , du lieutenant-général comte de Valle-Oselle , du doyen de la cathédrale de Lima , du major-général marquis de Torré Tagle , du comte de la Véga et du comte de Torré Vélarde. Les attributions
356 CHBONOLOGIE HISTORIQUE
du Conseil d'État. sont de donner son opinion au gouvernement sur toutes les matières difficiles soumises à sa délibération , et d'examiner le grand plan de réforme que le Protecteur a en contemplation. Il se réunit dans le palais du gouvernement, et le Protecteur y assiste quand il le juge convenable»
Présidents de départements. Ce sont les exécuteurs immédiats des ordres du gouvernement dans leurs juridictions respectives; ils doivent spécialement s'attacher à administrer avec économie les départements qui leur sont confiés, et, comme juges de police , surveiller les mœurs publiques et les établissements d'éducation.
Municipalités, Elles resteront sur le même pied qu'auparavant , et seront présidées par le président du département, et les membres en seront élus par le peuple , pour l'année suivante , conformément aux règlements qui seront publiés à cet effet. La municipalité de la capitale aura le titre de votre très-illustre seigneurie , et celles des provinces celui de vos seigneuries.
Pouvoir judiciaire. 11 est exercé par la haute chambre de justice et les autres tribunaux inférieurs existants actuellement , ou oui pourront être établis dans la suite. La haute chambre a les mêmes attributions que les anciennes audiences; elle connaît de plus de toutes les causes civiles et criminelles concernant les consuls et les envoyés étrangers , et les fonctionnaires publics coupables de malversations ; de toutes les prises faites par les vaisseaux de guerre de l'État , ou par des bâtiments munis de lettres de marque , conformément au droit des nations ; et de toutes les décisions du tribunal des mines. La haute chambre devra nommer un comité de membres pris dans son sein , et parmi les jurisconsultes les plus distingués , à l'effet de rédiger des régie ments pour l'administration de la justice , lesquels simplifieront les procédures dans les Cours inférieures; les juges ne devront recevoir aucun honoraire. Les règlements pour l'adjudication des prises devront être également rédigés par le même comité. Les membres de la haute chambre conserveront leurs fonctions tant qu'ils s'en acquitteront honorablement , et la chambre recevra le titre de votre très-illustre seigneurie.
• Droits des citoyens. Tout citoyen a le droit de conserver et de défendre son honneur, sa liberté, sa sécurité, son
DE LAMÉRIQUE. 35 7
bien et son existence , et il ne peut leur être porté atteinte qu'en vertu d'une sentence prononcée par un tribunal compétent conformément aux lois. La maison d'un citoyen est un asilesacré , qui ne peut être violé sans un ordre exprès du gouvernement délivré avec entière connaissance de cause,, faute de quoi la résistance est un droit qui légalise tous les actes qui en seront la conséquence. Dans tous les départements, à l'exception de celui de la capitale, les présidents seuls devront donner des ordres pour les visites domiciliaires , et ce n'est que dans les cas de trahison et de sédition , qu'elles pourront être faites parles gouverneurs ou les lieutenants-gouverneurs des villes. On entend par trahison toute machination en faveur des ennemis de l'indépendance du Pérou. Le crime de sédition consiste à réunir un nombre indéterminé d'hommes armés pour résister aux ordres du gouvernement , à faire soulever les habitants ou une partie des habitants d'une ville dans la même intention , ou à former des associations secrètes en opposition aux autorités légitimes ; mats nul individu ne pourra être traduit en jugement pour sédition , à cause de ses opinions en matière politique. La liberté de la presse est garantie , et il sera publié des règlements à cet effet sous une forme séparée.
Droit de cité. Sont réputés ciloyens du Pérou tous ceux qui sont nés dans un des États de l'Amérique qui se sont affranchis du joug espagnol. Les étrangers pourront être naturalisés ; mais ils n obtiendront de lettres de citoyen qu'autant qu'ils seront dans le cas prévu par les règlements publiés le 4 octobre.
Lois. Toutes les anciennes lois qui ne seront pas contraires à l'indépendance du pays resteront en vigueur, et l'on se conformera, quant aux formes, à celles adoptées par l'État et aux décrets et décisions rendus par le gouvernement actuel. Le présent statut aura force de loi jusqu'à la déclaration d'indépendance dans tout le territoire péruvien , époque à laquelle il sera convoqué un congrès général pour établir une constitution permanente et la forme de gouvernement que l'État voudra adopter.
Dette du gouvernement espagnol. Le gouvernement reconnaît, par un acte additionnel, toutes les dettes de l'administration espagnole qui n'auront pas été contractées pour l'asservissement du Pérou, ou pour faire la guerre aux autres gouvernements indépendants de l'Amérique.
Le Protecteur, les ministres d'État, les fonctionnaires
CHBOKOJLOGIB HISTORIQUE
publics et les citoyens ont prêté serment de fidélité audit statut , dans le palais protectorat de Lima , le 8 octobre 1821 f et il a été signé par le Protecteur, et les ministres Juan Garcia del Rio, Bernardo Montéagudo, et Hipolito Unanue.
La publication du Code commercial eut lieu le 8 octobre. Les ports de Callao et de Huanchaco furent ouverts aux navires de toutes les nations amies et alliées de la république. Toutes marchandises importées dans des navires étrangers doivent payer un droit de vingt pour cent ad valorem; aans des navires du Chili , de Buénos-Ayres et de la Colombie , dix-huit pour cent , et dans ceux du Pérou seize. Les articles de fabrique étrangère dont l'introduction serait préjudiciable à 1 industrie indigène, sont sujets à un droit double. L'argent monnayé paie un droit d'exportation de cinq pour cent, et l'or deux et demi. Les productions du Pérou en paient un de cinq pour cent, dans les navires étrangers, de trois et demi , dans ceux du Chili , de Buénos-Ayres et de Colombie , et de trois dans ceux du pays. Le cabotage ne peut être fait que par des bâtiments péruviens, et est restreint aux poris de Paita, de Huacho et de Pisco. Tout navire qui introduirait des marchandises étrangères dans d'autres ports que ceux de Callao et de Huanchaco, sera confisqué et condamné.
Le 3i octobre , un nouveau tarif pour le cabotage remplaça celui du 28 septembre, et étendit aux négociants des
f>orts de Nasca , de Canete et de Pacasmayo , le droit de se ivrer à ce commerce. 11 permettait aussi aux étrangers de vendre leurs cargaisons sans l intervention d'un consignafaire péruvien , moyennant un droit de vingt-cinq pour cent au lieu de vingt.
Décret de blocus du i3 octobre 1821. Les ports et rades situés entre les i5° et 22° 3o' de latitude méridionale, depuis le port de Caballas ou de la Nasca , jusqu'à celui de Cobija, tous deux compris , furent déclarés en état de blocus. 11 fut accordé huit mois aux navires venant d'Europe , des Etats- Unis d'Amérique ou des ports d'Afrique , quatre mois pour ceux du Brésil, du Rio de la Plata, du Chili et de Colomhia, et douze pour ceux des établissements européens d'Asie, ou sur la côte orientale d'Afrique (1).
(i) Gacetadel Gobierno, n. 29, 17 octobre 1821.
DE h AMÉRIQUE.
Mines. Le 23 octobre 1821 , l'ancien bureau des mines, dont les surintendants étaient pour la plupart des professeurs de jurisprudence au lieu de géologues et de mathématiciens, fut supprimé, et l'on y substitua des banques qui devront faire les avances nécessaires , sous la conduite d'un directeur. Il fut résolu en même tems d'envoyer des commissaires en Europe, à l'effet d'engager des savants à venir s'y établir pour exploiter les mines (1).
La machine employée à l'exploitation des mines dePasco avait été importée d'Angleterre par la maison d'Arismendi etd'Abadia, et avait coûté un million de dollars. Ils avaient aussi fait, venir plusieurs ingénieurs du pays de Cornouailles pour diriger les opérations, et elle venait d'être mise en activité lorsque les hostilités commencèrent. Les travaux furent alors suspendus , et la machine , fortement endommagée pendant les premières réactions de Pasca , fut ensuite entièrement détruite par un corps de six cents hommes aux ordres du général royaliste Loriga (2).
Suppression des cachots souterrains. Ces prisons, connues sous le nom de infiernillos, ou de petits enfers , avaient été établies sous l'administration du vice-roi Abascal. Elles étaient construites de telle manière, que le malheureux qui y était renfermé ne pouvait prendre aucune posture naturelle. Plusieurs victimes du despotisme avaient été détenues dans ces trous durant des années entières , et lorsqu'elles revirent le jour, ce ne fut que pour déplorer leur existence. La plu-
S art étaient perdues de leurs membres et avaient contracté es maladies d'une nature incurable (3). Un décret du 19 décembre supprima ces cachots.
Opérations militaires. Quoique l'armée libératrice fût maî-
(1) Un particulier d'Aréquipa, nommé José Maria Gutierrez, offrit le 2 janvier 1826, au gouvernement de- la république de Bolivia, d'acheter toutes les mines qui en dépendaient, pour la somme de 3,ooo,ooo piastres. Le gouvernement rejeta cette offre. ( Mensagero Jrgentino, 14 de marzo cfe 1826.)
Voyez la note F a la fin de l'article.
(2) Voyez les détails de la chute de cette maison, pour ce qui a rapport a l'histoire du Pérou, dans le Voyage de M. Proclor, chap. 41.
(3) Voyez l'article Sobre Careeles, dans le troisième cahier de la Biblioteca Âmericana , publiée à Londres ey 1823.
36o CHRONOLOGIE HISTORIQUE
tresse de la capitale, néanmoins il lui était bien difficile de s'y maintenir tant que l'ennemi occupait le Callao. Aussi, le i4 août 182 1 , elle dirigea une attaque contre ci Castillo del Real Felipe , qui fut sans succès. Les royalistes perdirent trente-six hommes, tués , blessés ou prisonniers , dont cinq officiers ; et les patriotes eurent vingt-sept hommes hors de combat (1). '
Le 28 août , on apprit à Lima que la division de l'armée espagnole aux ordres des généraux Cantérac et Carat ala avait porté son quartier-général à Jauja , à trente lieues de la capitale, et que les troupes de La Sema s'étaient aussi mises en marche de Carania dans cette direction. Vers le commencement de septembre , leurs mouvements semblaient indiquer qu'ils avaient l'intention d'attaquer Lima. Le 5 de ce mois, le Protecteur publia une proclamation pour appeler les citoyens aux armes, et marcha, le même jour, vers Mansanilla, à l'E. de Lima, avec douze mille hommes.
Le général Cantérac conduisit son armée , forte de cinq bataillons et de sept cents hommes de cavalerie, (environ trois mille deux cents hommes) , parle défilé de Sisicaya, et prit position sur les terres de Molma , à deux lieues de Lima et a une du camp péruvien. Le terrain avoisinant étant coupé de haies et de clôtures ne permettait à l'ennemi de tenter aucune manœuvre rapide et décisive. L'armée de San-Martin , affaiblie par les maladies à Huara , s'était recrutée de jeunes soldats qui n'auraient pu tenir contre les troupes aguerries de Cantérac. D'ailleurs , le général péruvien croyait que le manque de vivres le forcerait bientôt à la retraite , et il résolut de rester sur la défensive, et de réduire Callao par la famine. Le 10 septembre, le général espagnol opéra sa jonction avec les assiégés de Callao , et , s'emparant des armes et du trésor qui avaient été déposés dans le fort avant l'évacuation de la capitale , il quitta sa position , le 17 , passa la Ri mac et effectua sa retraite sans obstacle à travers les Àndes. La garnison de la forteresse ne tarda pas à manquer de provisions. Le général La Mar la rendit par capitulation , le 19 septembre , et deux jours après, le drapeau national flotta sur ses remparts (2).
( 1 ) Gaceta del gobierno , 1 7 août 1 82 1 .
(2) Par un décret du i5 octobre 1821, la forteresse du Roi fui appelée Manco Q'pac ; celle de la Reine, la Palria ; celle du
Le Ier. janvier 1822 , don Juan Garcia del Rio fut chargé d'une mission diplomatique 5 don Bernardo Montéagudo fut nommé ministre d'Etat et des affaires étrangères , et Thomas Guida , général de brigade , ministre de la guerre et de la marine. Le 10, le général San-Martin publia un décret relatif à l'établissement , à Lima , d'une société patriotique , ayant pour but l'amélioration du sort et des institutions des Péruviens. Elle devait se composer de quarante membres, nommés d'abord par le gouvernement , et dont le ministre d'État serait président. Toutefois, dans la suite, la nomination aux places vacantes devait appartenir à la société, qui élisait également le vice-président, les quatre censeurs, le secrétaire, l'administrateur et le trésorier. Les séances en étaient publiques , et ses travaux étaient publiés tous les mois.
Le 18 janvier, le Protecteur rendit un décret dans lequel il exposait les travaux administratifs du gouvernement, à partir du jour où il avait été investi de l'autorité suprême , pour faire connaître la sincérité de ses intentions et 1 intérêt qu'il prenait à tout ce qui pouvait contribuer au bien pu- / blic. t
Entrevue des généraux Bolivar et San-Martin , à Guayaquil, le a5 juillet 1822. San-Martin , après avoir publié, le i5 juillet, un exposé des événements politiques et militaires du Pérou , avait laissé le marquis de Torré Tagle , à Lima , en qualité de délégué suprême, et Bernardo Montéagudo chargé du pouvoir exécutif, et s'était rendu à Guayaquil , pour se concerter avec Bolivar sur les moyens de mettre un terme à la guerre , et former une alliance entre les deux républiques.
Ces deux généraux décidèrent qu'il y aurait alliance offensive et défensive entre la Colombie et le Pérou , que Guayaquil ferait partie de la république de Colombie , et que celle-ci fournirait trois mille hommes au Protecteur de Lima , en retour des services que les Péruviens lui avaient rendus dans la campagne du Quito. Ils arrangèrent égale-
Prince , de Jonte, et celle de San-Jose, reçut le nom de la Natividad, en mémoire du jour où l'armée libératrice avait abordé aux côtes de Pisco *.
* Guet la del gobknto , etc. , nQ. 3o, 20 octobre i8ai.
ment l'affaire des deux frégates la Venganta et la Pruéba , qui avaient élé cédées au gouvernement péruvien par capitulation , celui-ci s'étant engagé de payer 100,000 piastres à l'Espagne , après la reconnaissance de son indépendance , et 80,000 pour la solde arriérée des équipages. Le général San- Mari in fit alors voile pour Callao, où il débarqua le 19 août.
Abdication de Son-Martin. Par un décret du 27 décembre 1^21 , le général San-Martin avait convoqué, pour le icr* mai 182a, un congrès national, qui s était réuni à celte époque à l'effet d'établir une forme définitive de gouvernement et de rédiger une constitution (1).
Ce souverain congrès constituant, composé des représentants élus par les provinces libérées, avait été convoqué à différentes reprises et autant de fois prorogé ; ce qui ne laissa r>as de donner quelque consistance au bruit qui s'était répandu de l'intention où était le Protecteur de s'emparer du gouvernement. Celui-ci , de retour de Guayaquil avec les troupes qui lui avaient été fournies par le général Bolivar, pour prouver la sincérité de ses intentions , réunit les députés du congrès souverain , le 20 septembre , et déposa entre leurs mains l'autorité suprême.
Une députât ion du congrès se rendit auprès de San-Martin, qui s était retiré à sa maison de campagne , pour lui faire part de sa nomination au poste de généralissime des troupes de la nation, et le saluer du titre ae « premier soldat de la liberté , cjui brisa comme un foudre , sur la fameuse montagne qui fut témoin des derniers exploits de Lautaro , le joug de fer que l'Espagne avait imposé à la patrie des Incas. » Dans sa réponse du même jour, il refusa ce commandement, et pria le congrès d'agréer l'expression de sa sincère reconnaissance, et de croire que, si jamais la liberté des Péruviens était menacée, ils le verraient fier de combattre dans leurs rangs comme un simple citoyen. Dans l'adresse qu'il fit au congrès , il lui dit : « La présence d'an •» soldat heureux, quelque désintéressé qu'il soit , est tou- » jours dangereuse pour un État nouvellement constitué ; » je suis las d'entendre sans cesse répéter que j'aspire à la » souveraineté ; j'ai assisté à la déclaration d'indépendance * du Chili et du Pérou ; j'ai tenu entre mes mains l'éten-
( 1 ) Cm ace ta del gobierno , n° . 5o.
DÉ L'AMÉRÏQUE. 3(j3
» dard" avec lequel Pizarro a asservi l'empire des Incas , et » j'ai cessé d'être homme public. Je me suis cru alors plus » que récompensé de dix années passées dans les révolu- »» tions et dans les camps , et j'ai accompli la promesse que » ) avais faite aux divers pays où j'ai combattu, de les ren- » dre indépendants , et de leur laisser ensuite le choix du » gouvernement qu il leur plairait d'établir. »
San— Martin s'embarqua ensuite pour retourner au Chili , où il a mené depuis la vie d'un simple citoyen (i).
Le congrès nomma alors une junte administrative composée du général La Mar (2) , du comte de Vista Florida et de don Felipe Aloêrado, frère du g néral de ce nom.
Suite des opérations militaires» Nonobstant le succès obtenu par les Cochabambiens , aux ordres de Warnes , à Florida, la division péruvienne d'Ica, qui était en observation , fut entièrement dispersée au mois d'avril 1821. Dans le Quito, les hostilités avaient recommencé le 22 février 1822'; le 7 avril, le général espagnol Murgeon avait été défait par Bolivar sur les hauteurs de Curiaco , et le général Sucre , après évoir culbuté un corps de royalistes, s'était emparé de Rio-^Camba. Ce dernier, profitant de ce succès, attaqua de nouveau l'ennemi à Pichincha, le 24 mai, et remporta sur lui une victoire complète. Quinze cents hommes hors de combat , cent soixante bfGciers tués , blessés et prisonniers , quatorze pièces de canon , dix-sept cents fusils, tous les bagages, et la reddition de Quito, le 2$ , furent le résultat de cette victoire.
D'un autre côté, une armée de quatre mille hommes, aux ordres du général Alvérado , était prête à s'embarquer pour Intermédios, et le même nombre environ , sous le général Arénalès , devait marcher de la côte sur Xauja et Cuzco , pour combattre les forces espagnoles du Pérou. Alvérado débarqua ses troupes à Àrica , et s'étant avancé avec trois mille cinq cents hommes jusqu'à Torata , à deux pos-
(1) Il vient de former un nouvel établissement, appelé Ciudad Nueva, ou Ville Neuve, à quatorze lieues de Mendoza, d'où il a fait ouvrir un canal qui communique avec la rivière de Tunuyan.
(2) Espagnol de naissance. Il était gouverneur de la forteresse de Callao , lors de la première évacuation de Lima par les royalistes. Il céda ensuite à l'entraînement de la liberté et se joignit aux indépendants.
tes d'Arica, il y rencontra le général royaliste Valdez, qu'il força à se retirer avec perte. Mais ce dernier, ayant été joint par l'armée de Cantérac, marcha de nouveau contre les indépendants, et les contraignit de faire leur retraite sur Moquégua , où, après un combat inégal , qui dura deux heures , les troupes d'Alvérado lâchèrent pied , et s'enfuirent, en désordre vers la côte , en abandonnant leurs armes, leur artillerie et leurs bagages. Àlvérado ne ramena que mille hommes environ à l<ima , où il arriva au mois de janvier 1823. Ils eussent tous péri , si les Espagnols ne se fussent arrêtés pour piller la ville de Moquégua.
Arénalès , à qui il n'avait pas été permis de concerter ses opérations avec ce général , se démit de son commandement et se retira au Chili. La division de l'armée à ses ordres , après la désastreuse issue de cette expédition , demanda un changement de gouvernement , et recommanda ,
5our remplir les fonctions de président , le Péruvien don ose Riva Aguéro , qui avait été président ou magistrat suprême du département de Lima , sous le général San- Martin. Mais, voyant qu'on ne tenait aucun compte de sa demande, elle quitta ses quartiers de Canete, et, s'étant choisi pour chef le général Santa-Cruz , elle marcha sur Lima. Le congrès , intimidé par son approche , congédia la
Ïnte suprême et éleva à la présidence le marquis de Torré agle (1). Toutefois , Santa-Cruz étant entré à Lima à la tête d'un bataillon de sa division , Aguéro fut nommé président de la république et général en chef des années du Pérou.
Le premier soin du nouveau Président fut de préparer une seconde expédition pour Intermédios. A cet effet , il fit négocier, à Londres . un emprunt qui fut formellement ratifié par le congrès le 2 juin. Il réunit environ cinq mille cinq cents hommes, dont il confia le commandement à Santa-Cruz , et, le 24 niai , il les envoya par mer à Intermédios. En même tems, il invita le général Bolivar, prési-
(i) Ce seigneur, gouverneur deTruxillo, sous le gouvernement espagnol, avait rendu des services k la cause des patriotes , lors de l'arrivée en cette ville de l'expédition de San-Martin. Ce dernier, pour le récompenser, l'avait nommé délégué principal, et marquis de Truxillo. Tagle avait épousé la veuve d'O' Higgins, frère du vice-roi de ce nom, et oncle du directeur suprême du Chili.
de l'Amérique. 365
dent de Colombie , à venir à son secours , à Xauja , avec les auxiliaires étrangers , les régiments colombiens , buénosayriens et chiliens , espérant ainsi diviser les troupes espagnoles en les attaquant sur plusieurs points à la fois.
Le 8 juin , on apprit que l'armée du général Cantérac (i) avait fait un mouvement à Huancayo, dans la vallée de Xauja , et , le 1 2 , qu'une division ennemie avait franchi les Cordillères à vingt-cinq lieues de la capitale. Le président, pour facilitera Santa-Cruz les moyens de s'emparer v du Haut-Pérou , résolut de n'opposer aucune résistance aux Espagnols oui s'avançaient contre Lima au nombre de plus de cinq mille hommes.
Cependant les troupes colombiennes , commandées la plupart par des officiers irlandais , aux ordres du général Sucre , reçurent ordre de quitter la position qu'elles occupaient à Pino , et de venir camper sous les forts de Callao, tandis que l'avant-garde demeurerait près de Bella- Vista. Le congrès avait jeté les yeux sur ce général, pour l'opposer à Riva-Aguéro , qu'il voulait déposer. Le général Sucre entra volontiers dans ses intentions, et commença par lui adresser des remontrances sur le retard qu'on mettait dans l'envoi des renforts nécessaires , et sur le manque de vivres et de munitions. Le congrès , qui tenait ses séances dans une petite chapelle de Callao , le nomma gouverneur des châteaux , où résidait alors Hiva-Aguéro. Le général Sucre ne tarda pas à se plaindre des entraves apportées à l'exécution de ses mesures de défense par un homme qui n'entendait rien aux affaires militaires , et il fut décidé , à la majorité du congrès, qu'il serait investi du commandement suprême et militaire des provinces menacées par l'ennemi jusqu'à l'arrivée de Bolivar. Riva-Aguéro donna alors sa démission de président, qui fut acceptée parle congrès. Néanmoins, le lendemain, ayant résolu de transférer le siège du gouvernement à Truxillo , l'assemblée le réélut, et Aguéro , ayant consenti à en reprendre les fonctions, s'em
(i) Ce Général, Français de naissance, avait servi en qualité de colonel dans l'année espagnole, pendant la dernière guerre contre la France. Cantérac , étant commandant en second sous La Sema , lorsque celui-ci fut élevé à la vice-royauté du Pérou , en remplacement de Pézuéla, devint général en chef des troupes espagnoles dans ce pays.
barqua avec elle pour celte ville, le 26 juin , laissant le général Sucre à Callao avec les troupes qui s'y trouvaient.
Le général Bolivar se disposait à passer lui-même au Pérou, lorsque les habitants de la province de Pasto , dépendante du Quito , se révoltèrent par l'instigation de l'évêque de Popayan , et massacrèrent la garnison colombienne de Pasto. Bolivar, résolu d'en faire un grand exemple , partit de Popayan, le 12 mars, avec environ cinq à six mille nommes. Après une marche pénible à travers des montagnes, des forêts et des savanes presque impraticables, il entra dans le pays de Pasto, sans cesse harcelé par les habitants que l'évêque et les moines avaient soulevés contre lui. Bolivar, poursuivant sa route, vint enfin à bout de les engagera une action où ils laissèrent six cents hommes sur le cnamp de bataille. Cette victoire lui ouvrit le chemin de la capitale, dans laquelle les chefs de l'insurrection s'étaient renfermés , avec la résolution de s'y défendre; mais ils se rendirent peu de jours après au vainqueur, qui leur accorda une amnistie générale. Il pardonna même à l'évêque, qu'il renvoya dans son diocèse , où il s'est depuis montré un des plus zélés partisans du libérateur.
Cette province pacifiée, Bolivar se mit en marche pour aller au secours du Pérou , cjui , livré comme il l'était, aux discordes intestines, semblait présenter une conquête facile aux armes des royalistes.
Le 19 juiu , il arriva de Guayaquil deux bâtiments de transport avec six cents hommes , oui annoncèrent la prochaine arrivée de liolivar; et le lendemain l'on reçut, par un autre navire, des dépêches directes du général Santa- Cruz, en date du 9 juin, et dans lesquelles il fesait part au congrès de la descente de l'expédition a Arica , et du bon accueil qu'elle avait reçu des habitants. Le même jour, plusieurs négociants anglais et étrangers s'engagèrent à fournir des bâtiments pour le transport de trois mille hommes , approvisionnés pour quaranie jours, et destinés à une expédition dont la destination fut tenue secrète.
Les Espagnols, devenus maîtres de Lima, trouvèrent environ 3oo,ooo dollars en argent qu'on avait laissés dans les églises, et le général Cantérac demanda le paiement immédiat de 35o,ooo autres aux négociants anglais pour le dédommager de ce qu'il ne confisquait pas leurs biens. Tou tefois, après une entrevue qu'il eut dans son camp avec le capitaine Prescott , le 23 juin , et voyant qu'il était im-
Sa
possible de lever une somme si considérable , on un seul
I'our, il consentit à en accepter une d'environ i5o,ooo dol- • art.
Le général Cantérac fit de vains efforts pour engager les indépendants à sortir de leurs retranchements. Tandis qu'il restait inactif dans son camp devant Callao , on prépara pour Intermédios une nouvelle expédition d'environ trois raille hommes, la plupart Colombiens, et formant deux divisions, dont Tune aux ordres du général Miller (i) , et l'autre à ceux d'Alvérado. Le général Sucre devait les suivre de près , et en prendre le commandement en chef. La première division mit à la voile le 3 juillet , et l'autre le 7 (a).
\j& a3 juillet , Riva-Aguéro entra dans la salle du congrès à la tête d'un détachement de soldats, et en prononça la dissolution , alléguant qu'il avait convaincu sept de ses membres de correspondre avec l'ennemi. Puis il publia une proclamation , dans laquelle il disait que les affaires du gouvernement seraient gérées à l'avenir par le président et le sénat.
Cependant les vivres commençaient à manquer à Lima, et les convois du camp espagnol étaient enlevés par des bandes de guérillas nommées montonéros. Le général , après une attaque inutile contre le Callao , le 26 juin , et se voyant menacé sur les flancs par les généraux Santa-Cruzet Sucre , résolut de se retirer dans l'intérieur du pays. Le premier corps, aux ordres de Valdez, quitta cette ville au commencement de juillet , et le reste de l'année l'évacua, le 19 , après avoir mis le feu au palais et à l'hôtel de la Monnaie.
Aussitôt qu'on eut appris à Lima la dissolution du congrès, vingt membres du parti royaliste, qui étaient restés
(1) Miller est un Anglais qui, après avoir servi dans la dernière guerre entre la France et l'Espagne, en qualité de lieutenant d'artillerie , se rendit au Chili auprès du général San-Martin , et commanda les marins de lord Uochrane a l'assaut donné k Valdivia. Nommé major, a la suite de cette affaire , il marcha contre Pisco a la tête d'un corps de troupes, et y fut grièvement blessé. Il leva et commanda la légion péruvienne, sous les ordres de San-Martin, et, à l'âge de vingt-sept ans, il fut promu au grade de général. Miller est le fondateur de l'ordre du Soleil.
(1) Mx Procter* s narrative of a journey across the Cordillera ofthe Andes, etc , chap. 19 , 10 1 21 et ?a. London, l8a5.
dans celte ville, déclarèrent Riva-Aguéro traître à la république , et appelèrent à la présidence le marquis de Torré Tagle. Riva-Aguéro n'en continua pas moins d'exercer son autorité à Truxillo au nôm du sénat qu'il avait créé.
A la fin du mois d'août, les affaires des indépendants paraissaient être dans une situation moins désespérée. Le général Sucre s'avançait avec quatre mille hommes par le Haut-Pérou sur Cuzco ; le général Santa-Cruz marchait avec cinq à six mille hommes sur la Paz, et Bolivar, qui venait de terminer la guerre de Colombie, débarqua à Callao , avec quatre mille Colombiens, le iw. septembre. Un décret spécial avait tracé le cérémonial de son entrée dans la capitale du Pérou. Le président et une députation du congrès allèrent au-devant de lui. Toute la route de Callao à Lima était bordée de deux haies de soldats, et remplie d'une multitude immense qui le suivit jusqu'au palais préparé pour lui. Son entrée dans la ville fut annoncée par plusieurs salves d'artillerie , et le soir toutes les maisons turent illuminées et pavoisées des drapeaux de l'indépendance* Le lendemain , le congrès rendit un décret portant que, dans le désir d'éviter une guerre civile, au moment où la patrie était menacée par l'étranger, il autorisait le général Simon Bolivar à terminer tous les différends survenus entre Riva-Aguéro et le pouvoir législatif, et lui déléguait tous les pouvoirs et les secours nécessaires au succès de sa médiation.
Le premier soin de Bolivar fut donc d'écrire à Aguéro une lettre dans laquelle il lui représentait ses torts. Il lui offrit en même tems ses bons offices auprès du congrès pour en obtenir le sort le plus favorable ; il en exceptait toutefois sa réintégration. Mais Riva-Aguéro refusant d'entendre à aucun arrangement , le congrès prit le parti de conférer à Bolivar, avec le titre de libérateur, l'autorité militaire suprême dans toute l'étendue de la république.
Ce décret , en date du 10 septembre , porte , i°. que le congrès déposait entre les mains du président-libérateur de la Colombie, l'autorité militaire suprême dans toute l'étendue de la république , avec les pouvoirs ordinaires et extraordinaires qu'exigeaient les circonstances ; a0, qu'il 1 investissait également de Pautorilé dictatoriale pour fournir aux besoins de l'armée et de l'Etat ; 3°. que le grand maréchal don José Bernardo Tagle s'entendrait avec le libérateur sur l'exercice de ses attributions , qui n'étaient point
DE I.' AMERIQUE. 36g
en opposition avec les pouvoirs conférés au Libérateur; 4°« et qu'on rendrait au Libérateur les mêmes honneurs qu'au pouvoir exécutif.
Le congrès constituant décréta, le 11 novembre, que la constitution politique de la république ne devant point apporter d'obstacle à l'accomplissement des objets importants contenus dans le décret du 10 septembre précédent, lequel confère à Simon Bolivar l'autorité militaire et politique suprême, l'exécution des articles contraires à ces pouvoirs demeurerait suspendue.
Retour de lord Cochrane à Valpardiso, — Son rapport au Directeur suprême , le i3 juin 1822. L'amiral Cochrane et le général San - Martin ne purent tomber d'accord sur le moyen le plus sûr de réduire le château de Callao ; l'un était d'avis qu'on l'emportât d'assaut , et l'autre qu'on s'en emparât par capitulation. Toutefois , vers le milieu du mois d'août, lord Cochrane demanda au gouvernement le paiement des arrérages dûs aux marins étrangers dont le tems de service venait d'expirer. Le Protecteur s'y refusa; mais il proposa d'acheter l'escadre chilienne , et de considérer la solde réclamée par les marins comme partie de l'argent destiné à l'acquisition. Cochrane ayant rejeté cette offre, il fut rendu un décret, le 17 août, qui affectait un cinquième des droits perçus à la douane au paiement des arrérages de l'armée et de la marine. Cependant les marins réitérèrent leur demande avec instance j et lord Cochrane , ayant appris que le trésor public, dirigé par le Protecteur sur Ancon, à l'approche des Espagnols , y avait été embarqué par précaution sur le yacht Sacramento et le navire marchand la Laura, il s'y rendit et enleva des caisses, au nom du gouvernement du Chili , une somme de 285,000 dollars appartenant à celui du Pérou. Cette mesure irrita beaucoup le Protecteur , qui néanmoins fut obligé de donner ordre d'appliquer cette somme au paiement des marins; ce qui eut lieu le a 7 septembre. Lord Cochrane ne prit rien pour lui. Une autre circonstance amena une rupture ouverte entre ces deux chefs. Plusieurs officiers de lord Cochrane , qui se trouvaient à Callao , avaient été engagés à servir dans la nouvelle marine péruvienne que formait alors le Protecteur. Un officier envoyé par l'amiral pour les rappeler au devoir, fut arrête, et lord Cochrane reçut ordre de s'éloigner des côtes du Pérou. San- Martin défendit en même tems aux commandants de tous les ports au nord de Lima ée lui fournir aucun secours. Lord X. 29
Cochrane répondit, le 5 octobre , qu'il se proposait d'envoyer une partie de la flotte au Chili , et d'employer le reste comme il le jugerait convenable. Ayant expédié le Lautaro et le Gaharino pour Valparaïso, il cingla vers Guayaquil à la recherche des frégates Pruéba et Venganza, Il arriva à ce port , le 18, et y disposa de ses prises, dont il consacra le montant aux réparations qu'exigeaient ses vaisseaux. Le 3o novembre, il en partit pour Acapulco , où il relâcha le 27 janvier 1822. Il visita ensuite la côte d'Esmcraldas -, et jeta l'ancre , le 7 mars, devant le port d'Atacamès.
Pendant cette longue croisière, les vaisseaux n'avaient pas la moitié de leur complément d'hommes, et VO 'Higgins , iesant eau, ne put atteindre les deux frégates, qui étaient arrivées à Guayaquil une quinzaine de jours auparavant. Les commandants de ces vaisseaux, ne pouvant se procurer des secours pour continuer leur voyage jusqu'à Manille, offrirent de les céder au gouvernement indépendant de Guayaquil , moyennant une certaine somme d argent. Ce dernier était hors d'état de la payer ; mais les agents de San-Martin accédèrent volontiers à la proposition, et ils convinrent de payer aux officiers et aux équipages le montant des arrérages qui leur étaient dûs par le gouvernement espagnol , et de les renvoyer à leurs frais en Espagne. La Pruéba était déjà partie, sous pavillon péruvien, pour Callao, à l'arrivée de lord Cochrane , et la Venganza était en rade. L'amiral la réclama comme sa prise, et le gouverneur de Guayaquil s'engagea à la retenir jusqu'à ce qu'on pût connaître la décision du gouvernement chilien à cet égard; il fournit même à cet effet une caution de 4°ï00° dollars. Nonobstant cet arrangement , l'amiral Blanco, commandant de la marine péruvienne, qui avait relâché à Guayaquil peu de jours après le départ de lord Cochrane , en prit possession et fit voile avec elle pour Callao. Lord Cochrane, à cette nouvelle, cingla vers ce port, y arriva le a5 avril, et, trouvant la frégate à l'ancre , sous les batteries , il adressa une lettre de remontrance au gouvernement péruvien. Le lendemain , le ministre Montéagudo se rendit à son bord pour lui proposer de prendre le commandement des flottes combinées du Pérou et du Chili, ce qu'il ne voulut point accepter. Le gouverneur de Callao lui ayant alors refusé les provisions et les secours dont il avait besoin, il partit de ce port et retourna à "Valparaïso, le i3 juin.
Dans la dépêche qu il adressa Recette ville au Directeur
de l'ameriqtje. 3jl
suprême du Chili , il lui annonce qu'il a anéanti toutes les forces navales espagnoles dans l'Océan-Pacifique, parla prise de trois frégates, de deux vaisseaux, de deux bricks, de deux goélettes , de dix-sept chaloupes canonières et de deux navires marchands armés eu guerre (t). Ayant recommandé au gouvernement de payer fidèlement les arrérages de ses officiers et de ses équipages, il sollicite la permission de se retirer pendant six mois sur ses terres de Quintéro. Le gouvernement lui accorda tout ce qu'il demandait.
Ce fut dans celte retraite qu il reçut la pièce suivante, datée du 27 septembre 1822, de la junte du gouvernement : « Le congrès souverain constituant du Pérou , pénétré de » ce que la cause de la liberté doit au courage , aux talents » et à la constance de 1 honorable lord Cochrane , qui a » expulsé de l'Océan-Pacifique nos ennemis les plus invété- » rés^et pîanté, sur les côles du Pérou, l'étendard de la » liberté , a résolu que la junte du gouvernement présente- » rait , au nom de la nation péruvienne , à lord Cochrane, » amiral de l'escadre chilienne , l'expression de sa recon- » naissance la plus sincère pour ses exploits au service d'un » pays jadis opprimé par des ennemis puissants et mainte- » nant le maître de ses destinées. «
Durant les deux années qu'avait duré sa croisière, lord Cochrane avait fait servir les ressources de l'ennemi à l'entretien de sa flotte. 11 avait payé une année de solde à ses officiers et à ses matelots , avec l'argent enlevé à Ancon et avec le produit tles prises faites sur les Espagnols, et n'avait tiré sur son gouvernement que pour une somme de 21,000 dollars. Nonobstant ces services, on laissa ses équipages inactifs pendant cinq mois dans le port de Valparaïso, sans même leur payer leur solde arriérée. Aussi ils levèrent
(1) La frégate la Pruéba, de 5o canons.
Id. Esmcralda 44-
Id. Venganza 44
Le vaisseau la Résolution 34
ld. Sébastiano <. . 54
Le brick Pèsuélo 18
Id. Potrillo . 16
La goélette Proserpina l4
Id. Aransasu »
Dix-sept chaloupes canonières et les navires marchands armés VAguila et la Bégona et divers autres, employés au blocus de Callao. *"
enfin l'étendard de la révolte , et se disposaient à attaquer la ville , lorsque lord Cochrane intervint, et leur obtint , le 3 novembre, tout ce qu'ils demandaient, du gouverne-
m Au mois de décembre suivant, lord Cochrane fut invité par l'Empereur du Brésil à venir prendre le commandement de sa marine, et il partit pour cette destination le 19 janvier 182$ (1).
Suite des opérations de terre. Les Espagnols , aux ordres de Cantérac et de Caratala , s'avancèrent, le 17 avril 1822 , contre les Péruviens que commandait le général Domingo Tristan , les surprirent à la pointe du jour, tuèrent et firent prisonniers deux mille hommes , prirent cinq mille fusils, les munitions, la caisse militaire qui contenait 100,000 dollars , une presse d'imprimerie et divers autres objets. Une partie de l'état-major et quelques officiers parvinrent seuls
à se sauver. .
Au mois de mai on apprit à Lima l issue malheureuse de l'expédition de Santa-Cruz. Ce général s'était avancé jusqu'à Moquégua (2) , avait franchi les Cordillères pour gagner la grande route qui conduit de Cuzco à Potosi , avait ensuite traversé le Désaguadéro sur un pont fait avec des bahas de jonc, et après trois jours de marche, était arrivé à Viacha, petite ville voisine de Santa-Cruz, sa patrie. Les chevaux et les mules éprouvèrent la plus grande difficulté à passer dans les montagnes , à cause des nombreux terriers du chinchilla (3); et les troupes y eurent beaucoup à souffrir du froid. Des cinq mille cinq cents hommes dont se composait la division, plus de six cents restèrent dans les hôpitaux. Santa-Cruz fut parfaitement accueilli à Yiacha. Les jeunes gens des premières familles du pays se formèrent en corps pour lui servir de garde. Le général Olanéta , qui commandait les seules forces que les royalistes eussent alors dans la province , fut contraint de se replier sur
(1) Voir M. Stevensons' .10 years' résidence in South America, vol. III. M. Mierf Travels in Chile and la Plata, vol. II.
(2) Capitale du Corrégiment du même nom, à quarante lieues au sud d'Aréquipa , et a seize de la mer du Sud.
(3) Mus lanieer, oucricetus, Ovagl. Ce quadrupède, qui se trouve principalement dans les Cordillères, est de la grosseur d'un petit chat. Il est couvert d'un poil soyeux dont les anciens fabriquaient quelques-unes de leurs étoffes les plus estimées. &a chair est un manger fort délicat.
Oruro, devant une division de Tannée patriote aux ordres du général (i amarra.
Sur ces entrefaites, le général Valdez arriva sur les bords du Désaguadéro, avec un corps de l'armée du général Cantérac. San ta -Ou y, en étant informé, traversa la rivière sur un pont, et poussa l'ennemi jusqu'à Zépita ; mais ayant voulu enlever un mamelon sur lequel il avait pris position, son infanterie lâcha pied, et deux ou trois bataillons avaient déjà mis bas les armes, lorsque la cavalerie espagnole , qui s'était mise à leur poursuite, s'engagea dans des fondrières, où elle fut taillée en pièces par les hussards péruviens aux ordres de Brandsden et d'un officier français, nommé Soulanges, L'infanterie espagnole se retira alors en désordre ; et de s part et d'autre on réclama la victoire. Le général Valdez prit sa route le long du Désaguadéro, et rejoignit Olanéta à Oruro. Santa-Cruz ne pouvant résister à leurs forces réunies , se retira vers le Désaguadéro ; mais serré de près par les royalistes, il se vit forcé de livrer bataille, sans son artillerie ni ses munitions , auxquelles il avait fait prendre, une route différente. Vaincu et réduit à la retraite , il perdit en un jour plus de mille de ses soldats, qui ne purent le suivre , et il n'avait que quatre cents hommes lorsqu'il arriva au pont du Désaguadéro, que, pour surcroît de malheur, un de ses officiers, nommé Machaca, avait livré à l'ennemi avec sa troupe composée de cent quarante hommes, deux pièces de canons et des munitions. Santa— Cruz essaya de réunir les débris de son armée h Pu ma ta, pour aller de là joindre l'armée colombienne à Puno. Mais Soulanges et son escadron s'y refusèrent et se dirigèrent vers la côte. Peu après, Santa-Cruz, craignant d'être atteint par les royalistes, se jeta dans les Cordilières, où, rencontrant pendant la nuit la cavalerie de Soulanges , les deux partis en vinrent aux mains sans se connaître. Tout le bagage et la caisse militaire, nui contenait dix mille dollars, tombèrent au pouvoir de 1 ennemi. Il n'arriva guère que douze cents Péruviens à Moquégua ; encore étaient-ils sans armes ni vêlements* Ainsi se termina une expédition qui avait coûlé au gouvernement un million de piastres. Soulanges et quelques autres officiers de distinction , qui s'étaient embarqués avec environ trois cents hussards, pour Lima , furent pris par un petit corsaire, et conduits à Chiloé comme prisonniers de guerre (i).
(i) M. Proctor's Journey, etc., chap. 34-
.T74 CHBONOLOGIE HISTORIQITE
Une division chilienne, forte de dix -huit cents hommes , qui venait de débarquer sur la côte pour seconder les opérations de Santa-Cruz, se retira avec les débris de son armée sur Pisco sans leur être d'aucun secours.
Le général Sucre alla prendre le commandement des deux divisions Miller et Alvérado, à Quilca, qui est le port d'A— réquipa. A son approche le corps espagnol , aux ordres de Caratala, évacua la ville. Le général Sucre, croyant Santa- Cruz en état de tenir tête au général Valdez , résolut de marcher contre Cantérac. Dans ce dessein, il détacha le général Miller avec la cavalerie aue commandait en sous-ordre le colonel français Rolet, officier d'un grand mérite et d'une valeur éprouvée. Arrivé à douze lieues de l'ennemi, Miller apprit que le général Santa-Cruz avait été défait et que les royalistes s'avançaient avec des forces supérieures. La division de l'armée colombienne se retira alors sans perte sur le bord de la mer , mais l'escadron de Rolet fut si vivement poursuivi vers Aréquipa, que la moitié de ses cavaliers, qui avaient fait volte-face et avaient poussé devant eux l'avantgarde ennemie, en vinrent aux mains avec le gros de l'armée, et se firent tous tuer jusqu'au dernier. Sucre comptait environ trois mille hommes sous les armes, Cantérac n'en avait guère plus parce qu'il avait laissé le général Loriga avec deux mille hommes dans la vallée de Xauja, pour conserver l'importante position de Huancayo.
Tandis que Sucre attendait les ordres de Bolivar Riva Aguéro , qui comptait sur l'appui de Santa-Cruz , leva 1 étendard de la révolte à Truxillo, en imputant au Libérateur les intentions les plus sinistres. Celui-ci, pour éviter la guerre civile, lui concéda tout ce qu'il demandait , et lui offrit même de venir s'installer comme Président à Lima, lui permettant d'y amener les quatre mille soldats et les deux mille chevaux et mulets pour le service de TÉtat , qu'il avait témoigné le désir d y conduire. Toutefois,' il refusa d'entrer en arrangement avec le congrès et le marquis de Torré Tagle, qui , sur l'invitation de Bolivar, avait consenti à se retirer au Chili pour obvier à toutes les difficultés. Mais le congrès, redoutant une coalition entre Aguéro et Bolivar, représenta à ce dernier qu'il avait entre les mains la preuve qu Aguéro était en correspondance avec l'ennemi, et rendit un nouveau décret qui autorisait le Libérateur « à employer la force et tous les autres moyens qu'il jugerait convenables pour faire cesser la révolte et l'anarchie
DE LAMÉRIQUB. ' 3^
qui régnaient dans la province deTruxillo. » En conséquence, ie général envoya ordre aux troupes qui se trouvaient à Quilca et à Arica, de venir le joindre à Supe, petit-port do mer situé entre Lima et Truxillo.
Bolivar tenta d'abord la voie de la négociation. Mais Aguéro ne voulant entendre à rien , il se décida à marcher contre lui. Il laissa le marquis de Torré Tagle à Lima, avec mille hommes d'infanterie , en plaça environ sept cents à Jca , sous les ordres du colonel Lavalle, et mille autres , avec quelques compagnies d'artillerie chilienne à Callao, sous ceux d'Alvérado, et s'embarqua pour Supe avec deux mille fantassins. A son arrivée , Riva Aguéro ordonna à la plupart de ses troupes de se retirer dans les montagnes du pays de Caxamarca qui est limitrophe de la province de Quito. Mais tandis au'il tenait conseil avec ses officiers, il fut arrêté par l'un d'entre eux, le colonel La Fuente , avec qui il avait toujours vécu dans la plus grande intimité. Bolivar, informé de cet événement, s avança à marches forcées sur Huaras, capitale de la province de Huaylas, qui est située au pied des Cordilières., et pénétra sans résistance dans les quartiers des troupes d' Aguéro, qui se dispersèrent ou joignirent l'étendard colombien.
Aussitôt que le congrès eut appris l'arrestation de Riva Aguéro , il envoya ordre a Bolivar de le mettre à mort , ainsi que son complice Herréra, qui avait été pris avec lui. Mais le Libérateur leur accorda un généreux pardon , et les fit partir pour Guayaquil, où ils s'embarquèrent pour l'Angleterre.
Bolivar réunit ensuite ses troupes à Huaras, et pour les accoutumer au climat froid de la Sierra, il les répartit dans des cantonnements le long des montagnes, depuis Caxamarca, au nord, jusqu à Guanuco, ville considérable, située à environ soixante lieues du quartier général espagnol de Huancayo, dans la vallée de Xauja.Le général Sucre s'établit à Guanuco avec l'avant- garde, et Bolivar se rendit à Pativilca, petite ville maritime voisine de Huaras, d'où il pouvait facilement correspondre avec Lima et Truxillo.
Bolivar ayant conseillé au congrès des réformes dans différentes branches de l'administration, cette assemblée réélut Torré Tagle, président, et publia une nouvelle constitution qui indisposa contre elle la noblesse, parce qu'elle prononçait l'abolition de tous les titres (i). Le 20 novembre 1823,
(1) M. Procter' s Journcy, chap. 55, 3(5 et 07.
ôjb CHRONOLOGIE HISTORIQUE
ou environ quinze jours avant l'arrestation d'Aguéro , les autorités prêtèrent serment de fidélité à la nouvelle loi fondamentale de la république, qui est basée sur les principes de celle des États-Unis et de la Colombie.
Cette constitution déclarait que toutes les provinces réunies formeraient la république au Pérou, que le pouvoir exécutif serait exercé par un président , élu pour quatre ans , et qui serait remplacé , en cas de mort, de déposition ou d'absence par un vice-président 5 que l'autorité judiciaire appartiendrait à une Cour de justice suprême; que le territoire de la république serait divisé en départements , régis par des préfets ; ces départements en provinces , administrées par des intendants; ces dernières en districts, commandés par des gouverneurs, et les districts en paroisses, etc.
Le s3 suivant, le congrès abolit les titres de duc, de marquis, de comte, de baron et autres , comme étant incompatibles avec le sistème républicain et la constitution du pays.
Le général Bolivar étant retenu par une indisposition dans son quartier général de Pativilca, le gouvernement, pour lui donner le teins de se rétablir et déconcentrer toutes ses forces, députa le ministre de la guerre, Bérindoaga, dans les premiers jours du mois de janvier 1824. , pour entrer en pour-
Earlers avec les Espagnols, et leur proposer un traité semlable à celui qui avait été conclu entre l'Espagne et leBuénos-Ayres. Les démarches de cet envoyé furent sans succès. On ne voulut pas lui permettre de dépasser la vallée de Xauja, où Loriga reçut ses dépêches et les transmit à la Sema, qui se trouvait alors à Cuzco. L'armée royaliste était séparée en deux corps, dont l'un aux ordres du général Cantérac, appelé armée du nord, était destinée à marcher sur Lima par la province de Tarma, et l'autre sous le maréchal de camp Yaldez, qui formait l'armée du midi, occupait la province d'Aréquipa. Le brigadier don Antonio Pédro Olanéla était avec une troisième division de deux mille cinq cents hommes à Potosi , pour observer les provinces indépendantes de Buénos-Ayres.
Le 12 janvier 1824, quelques compagnies du régiment noir de Rio de la Plata se révoltèrent parce qu'on avait emprisonné plusieurs de leurs officiers pour cause de mauvaise conduite. Toutefois, le général Martinez, qui commandait les troupes de Buénos-Ayres, les fit bientôt rentrer dans le devoir.
Quelques jours après, le général Bolivar fut joint par le
de l'Amérique. 377
bataillon colombien de Vargas , qui avait tenu garnison à Callao , et y avait été remplacé par le régiment de Rio de la Plata, et le onzième de Buénos-Ayres (1). Le 5 février, ces deux derniers se mutinèrent et arrêtèrent leurs officiers qui refusaient de leur payer leur solde arriérée, qu'ils estimaient soixante mille piastres , et de les ramener dans leur patrie. Le 10, ils arborèrent le pavillon espagnol sur le fort principal de Callao , se donnèrent pour chef un individu nommé Moyano , qui prit le tilre de colonel ; et investirent du gouvernement civil Casariégo qui avait servi comme colonel dans l'armée royaliste,, pendant le siège de Callao , en juin et juillet 1823. Sur ces entrefaites, la frégate Prueba, commandée par l'amiral Guise, vint faire le blocus du port. Ayant jeté l'ancre sous les batteries , elle les bombarda , sans succès, pendant une demi-heure , et souffrit peu de deux ou trois mille boulets que lui lancèrent les mutins.
Peu de jours après, le régiment des grenadiers à cheval (granaderos â cavallo), qu on avait envoyé chercher pour défendre la ville, se révolta en route. La moitié alla joindre les mutins à Callao, et l'autre rendit la liberté aux officiers qu'ils avaient garrottés , et rentra dans le devoir.
Les mutins menacèrent à plusieurs reprises de piller la ville que les granaderos â cavallo tenaient dans des alarmes continuelles. Le 10 février, le congrès s'étant réuni sous la présidence de José Maria Galdiano , publia une proclamation , par laquelle il suspendait l'autorité de Torré Tagle comme président ; et, le 20, s'étant dissous de lui-même , il investit le général Bolivar du gouvernement suprême ,
Ï>oli tique et militaire de la république. Le même jour, e général Nicochéa fit connaître , par un proclamation , l'autorité qu'il avait reçue du Dictateur, comme chef civil et militaire de Lima. On plaça un corps de cavalerie, aux ordres des colonels Brandsden et Rolet , à la porte de Callao, et l'ordre fut momentanément rétabli dans la capitale. Toutefois, le 27 suivant, les mutins de Callao , conduits par Casariégo , pénétrèrent dans la ville , et la livrèrent au pillage. D'un autre côté, l'armée espagnole s'étant présentée
(1) La garnison révoltée de Callao se composait de toute l'infanterie et de l'artillerie de l'armée des Andes , de cent quinze soldats colombiens et de deux cents artilleurs chiliens.
dans le voisinage , le général Nicocnéa prit la route de Chancay, avec environ huit cents soldats de troupes réglées, de montonéros et de cwîcos.
Le 29 février , les royalistes établirent leur camp à une lieue de la ville, et le ier. mars ils y firent leur entrée , au nombre d'environ trois mille , savoir : quatre régiments d'infanterie et environ cinq cents cavaliers. 11 y avait trois bataillons presque entièrement composés d'Indiens , et un quatrième, nommé le bataillon d'Aréquipa , formé de nègres ; la cavalerie ne comptait que des Espagnols. Le général Rodil, qui avait amené quinze cents hommes d ira, fut nommé gouverneur de Callao, et . le général Monet reçut le gouvernement de Lima, Ce dernier ayant publié une amnistie générale , on ne tarda pas à voir Torré Tagle , Bé^ rindoaga et Ëchéverria, ancien président du département de Lima, venir s'asseoir à la table des chefs espagnols, qu'ils proclamèrent les maîtres légitimes du Pérou. Monet , ayant déposé l'autorité exécutive entre les mains du Conde de Fuentè Gonzalès , seigneur péruvien , et nommé Ramirez, colonel du régiment d Aréquifia, commandant militaire de Lima , rassembla toutes les troupes disponibles, et partit pour rejoindre Cantérac dans la Xauja. Les officiers du régiment de Rio de la Plata et autres , renfermés dans les châteaux, furent envoyés à pied, et presque nuds, à l'île de Chuquito , dans le lac de Titicaca , qui était éloigné de six cents milles de Callao. La marche du corps d'armée de Monet à travers les Cordilières, avant de pouvoir opérer sa jonction avec Rodil , n'avait pas été moins pénible. Ses troupes , obligées de se traîner pendant trois jours et trois nuits dans les neiges, et manquant presque du nécessaire, étaient si harassées de fatigue lorsqu'elles arrivèrent sur les sables brûlants de la côte , qu'un régiment tout entier se trouva hors d'état ou plutôt refusa de marcher. On dit que le colonel, pour le forcer à avancer, fit fusiller un soldat par compagnie , et traita de même tous ceux qui cherchèrent à se sauver (1).
Ier. février 1824. Proclamation du général Cantérac, adressée de son quartier-général de Pachacayo aux habitants du Pérou.
(?) Proclor's Joumey, chap.~44 et 45.
DE LAMÉRlQUE.
Un décret rendu à Aitivilca , le 21 février, déclarait en état de blocus le port de Callao. Un autre, daté de Truxillo, le 16 mars , étendait cette mesure à tous les ports, rades ' ou baies occupés par l'ennemi , entre les ii° 'à' et i4° de latitude, depuis le port de Pisco jusqu'à celui de Chancay inclusivement. Ce décret n'annulait pas celui qui mettait en état de blocus les ports situés entre Pisco et Cobijas.
9 mars 1824.. Convention conclue entre le général don Jéronimo Valdez, commandant en chef de l'armée du midi, et le maréchal Olanéta , avec l'approbation du vice-roi du Pérou.
16 mars 1824. Occupation de Lima par les royalistes, et nomination du conde delVillar de Fuentê au gouvernement politique et militaire de la ville.
Par un décret, rendu à Truxillo, le 26 mars 1824, les trois ministères d'État , établis par le 82e. article de la constitution , furent confiés à un seul ministre, qui prit le titre de ministro , 6 secret ario gênerai de los negocios de la repûblica peruana* Néanmoins , par un décret postérieur du 28 octobre suivant , ces trois ministères furent rétablis.
20 juin 1824» Manifeste adressé de Potosi aux habitants du Pérou par le général Pédro Antonio de Olanéta.
Bataille de Junin. Le 6 août 1824, un corps de cavalerie ennemie, fort de mille hommes, et composé de l'élite de l'armée du général Cantérac , fut complètement défait dans les plaines de Junin {las llanuras de Junin) , par quatre cents cavaliers colombiens aux ordres du général Bolivar. Celui-ci, informé de l'approche de l'armée espagnole, se mit en marche de Conocancha avec les forces libératrices pour lui aller livrer bataille. Mais l'ennemi, qui s'était avancé jusqu'à Pasco, instruit de la direction qu'avaient prise les indépendants, retourna précipitamment sur ses pas. Bolivar se mit à sa poursuite avec la cavalerie, que commandait sous lui le général Nicochéa. Cantérac, voyant le petit nombre d indépendants auxquels il avait affaire, fit volte face avec sa cavalerie , et chargea celle de Bolivar. Le combat fut quelque tems indécis ; mais enfin la victoire se déclara pour les Colombiens. L'ennemi perdit deux cent trente -cinq morts, dont dix chefs et officiers , quatre-vingts prisonniers, un grand nombre de blessés , et plus de trois cents chevaux bien équipés. La perte de Bolivar fut de soixante hommes
hors de combat. Les fuyards se replièrent en désordre sur leur infanterie, qui continuait sa marche sur Jauja (i).
Bataille d' Ayacucho. Après cinq mois passés de part et d'autre en habiles manœuvres, le général Sucre se décida a prendre position à Ayacucho , et à y attendre l'ennemi. Le o décembre il y eut plusieurs escarmouches ; et le 9, les Espagnols, qui s'étaient postés sur les hauteurs, vis-à-vis du camp des patriotes, vinrent offrir le combat. Les bataillons de la seconde division colombienne s'avancèrent les premiers l'arme au bras, avec une grande intrépidité, et l'ennemi se retira en désordre. La division du Pérou éprouva une vigoureuse résistance de la part de l'avant-garde aux ordres du général Valdez ; mais étant renforcée par deux bataillons de la garde colombienne , rien ne put résister à leur impétuosité. Trois charges de cavalerie achevèrent de mettre le désordre dans les rangs ennemis. La victoire fut complète. Les Espagnols perdirent six généraux et deux mille six cents hommes tués et blessés. La perte des indépendants ne fut que d'un général, huit officiers et trois cents tués , et de six généraux . trente-quatre officiers et quatre cent quatre-vingts hommes blessés. Le vice-roi don José de la Serna, le lieutenant général don José Cantérac , Valdez et Caratala se rendirent aux vainqueurs. L'armée espagnole était forte de neuf mille trois cents hommes , et celle des Colombiens n'en comptait que cinq mille sept cents, suivant le rapport adressé par le général Sucre au libérateur Bolivar, le lendemain de la bataille. « En vertu de la capitulation, » dit ce général, « toute » l'armée royale , les provinces et les places fortes qu'elle » occupe encore, dix pièces de canon , tous ses magasins et » quinze généraux , sont les trophées que l'armée combinée. y offre à votre excellence , comme un hommage digne de » l'illustre libérateur du Pérou (2). »
(1) Bulletin du secrétaire-général du Libérateur, de son quartier-général de Réyes. — Gaceta de Colombia, n°. i55, 3 octobre
(2) Lettre d'Antonio José de Sucre, adressée à Simon Bolivar, de son quartier général d'Ayacucho , le 10 décembre 1824. « Todo el ejéreilo real , todas las provincias que este ocupaba en la republica, todas sus plazas, sus parques , almacenes, y quince générales espaiioles son los trqfeos que el ejéreito unido ofrece à V, E. como gaies que corresponden al ilustre Salvador del Perû, que desde Jumn senalo al ejéreilo los campos de Ayacucho para
de l'Amérique. 38 i
En vertu de la convention conclue à Àyacucho , le 9 décembre 1824.* entre les généraux don José Cantérac et Sucre, tout le territoire du Pérou, occupé par les troupes espagnoles jusqu'au Rio Désaguadéro , y compris la ville et les forts de Callao , devaient être remis, dans le délai de quinze jours, à l'armée libératrice , ainsi que l'artillerie , les munitions de guerre et de bouche , etc. Tous les militaires , appartenant à l'armée espagnole , furent libres de retourner en Espagne, et le gouvernement péruvien s'engageait à leur payer leur passage et leur demv-solde pendant leur séjour dans la république -y mais ils ne pouvaient se rendre à aucune partie de l'Amérique occupée par des troupes espagnoles, ni porter les armes contre les Américains pendant la guerre de 1 indépendance. Il fut aussi convenu que ceux qui voudraient se ranger sous les drapeaux du Pérou conserveraient leurs grades, et ne seraient innuiétés ni pour leurs services passés ni pour leurs opinions politiques. Un délai d'une année fut accordé à tout habitant du Pérou, Européen ou Américain, pour se retirer avec sa famille et ses biens où bon lui semblait, ses biens n'étant assujétis qu'aux droits ordinaires , et étant exempts de tout droit, s'il était militaire. Ceux qui désiraient se fixer au Pérou1 étaient considérés comme Péruviens. Les propriétés des Espagnols absents devaient être respectées, et il leur fut accordé un délai de trois ans pour en disposer , pourvu toutefois qu'ils ne portassent pas les armes contre la cause de la liberté et de l'indépendance américaine. Les dettes contractées par l'administration du gou vernement espagnol jusqu'à ce jour, furent reconnues par le Pérou. Les vaisseaux de guerre et les navires marchands, qui se trouvaient dans les ports du Pérou , devaient avoir six mois pour sortir de l'océan Pacifique ; ils ne devaient y commettre aucun acte d hostilité , ni toucher à aucun port du Chili ou de l'Amérique , mais se rendre en droiture en Europe. Tous les prisonniers furent remis en liberté.
Dans une communication adressée au président du sénat , le 22 décembre 1824, Bolivar refuse pour la troisième fois la présidence du Pérou. « Mes sentiments, » dit-il , «sont » blessés par les calomnies atroces que me prodiguent les //- » bèraux d'Amérique et les serviles d'Europe.» La question de sa retraite ayant été soumise à la délibération du congrès.
completar las glorias de las armas Ubertadoras. » (Gaceta de Colombia.)
382 CHRONOLOGIB HISTORIQUE
elle fut re jetée par le vote unanime de soixante-treize membres, savoir : de cinquante-deux représentants et vingt-un sénateurs.
Le général Bolivar, dans une proclamation qu'il publia, à Lima , le 23 décembre 1824, le lendemain du jour où l'importante victoire d'Ayacucho fut officiellement connue dans cette ville, s'adresse en ces termes aux Péruviens: « Le » tems est enfin arrivé, « dit-il , « où je dois accomplir la » promesse que je vous ai faite de me démettre de la dicta- » ture aussitôt que la victoire aurait scellé votre destinée. » Le congrès du Pérou se réunira le 10 février prochain, » anniversaire de la publication du décret qui m a conféré » l'autorité suprême, et ce jour-là, je la déposerai au sein >» du corps législatif qui m'a honoré de sa confiance. Ce ne » sont pas là de vaines promesses.
» Le Pérou a souffert de grands désastres militaires. Les » troupes chargées de sa défense ont occupé les provinces » libres du nord , et ont fait la guerre au congrès. La ma- » rine ne reconnaissait plus l'autorité du gouvernement. » L'ex-président Riva-Aguéro , tour à tour usurpateur , » rebelle et traître, a combattu contre sa patrie et ses al— » liés. Les auxiliaires du Chili , par leur déplorable défec— » tion , nous ont privés du secours de ces troupes 5 et ceux » de Buénos-Ayres , ayant levé l'étendard de la révolte à » Callao, ont livré cette place à l'ennemi. Le président » Torré Tagle, en appelant les Espagnols dans cette capi- » taie, acheva la destruction du Pérou.
» La discorde, la misère , le mécontentement et l'intérêt » personel avaient répandu leur poison dans tout le pays. >» Le Pérou semblait avoir cessé d'exister : la dissolution était » générale. Dans cette position désastreuse le congrès m'in- » vestit de la dictature, et se reposa sur moi du soin de » sauver les débris de leurs dernières espérances. La loyauté, » la constance et la valeur de Tannée de Colombie, ont » exécuté cette prodigieuse entreprise. Les Péruviens , au » fort de la guerre civile, ont reconnu l'autorité légitime, et » ont rendu d'immenses services à la patrie , tandis que les » troupes qui les protégeaient se sont couvertes de gloire » dans les champs de Junin et d'Ayacucho. Les factions ont >» disparu du sol du Pérou. La capitale a recouvré sa douce » liberté, et Callao , investi de toutes parts, ne peut tarder » de nous ouvrir ses portes.
» Péruviens , la paix a succédé à la guerre t l'union à la
de l'am£rique. 383
» discorde, Tordre à l'anarchie et le bonheur à l'adversité ! » Mais n'oubliez jamais , je vous en supplie, que c'est aux » illustres vainqueurs d'Ayacucho que vous êtes redevables » de ces bienfaits (i). »
Le libérateur Bolivar, voulant offrir aux vainqueurs d'Ayacucho un témoignage de la reconnaissance nationale , décréta, le 27 décembre 1824 > que l'armée libératrice , ayant donné la liberté au Pérou par cette victoire, porterait le titre d'armée libératrice du Pérou, et que les corps qui la composaient auraient sur leurs étendards cette même inscription , et prendraient le surnom de glorieux; qu'il serait érigé sur le champ de bataille, en l'honneur des vainqueurs, une colonne surmontée du buste du vaillant et digne général Sucre, et sur laquelle seraient gravés les noms des officiers de tous grades , et des corps qui y avaient pris part j qu'un régiment de chaque arme des troupes de la Colombie et du Pérou prendrait le surnom d'Ayacucho ; que l'armée victorieuse serait équipée et soldée sans retara , de préférence à toutes les autres troupes de l'État , que * tous ceux qui avaient assisté à la bataille recevraient une médaille attachée à un ruban blanc et rouge , et sur laquelle serait gravé le nom d'Ayacucho; que les pères, femmes et enfants de ceux qui y étaient morts jouiraient de la solde intégrale que touchaient leurs fils, époux ou pères; que les invalides recevraient également l'intégralité de leur solde ; et enfin que le général Sucre serait nommé grand-maréchal, avec le titre de général-libérateur du Pérou»
Le 2 janvier 1825, le général Bolivar déclara, par un décret , que la capitulation d'Ayacucho ayant stipulé la remise de la forteresse de Callao, l'ennemi qui l'occupait serait regardé comme s'étant séparé de la nation espagnole , et étant en dehors du droit des nations à l'égard de la république.
Le congrès constituant du Pérou abrogea , le 4 mars , par un décret , la bulle de Cruzada, publiée , dit-il, en faveur du roi d'Espagne , et interdit au saint-siége toute participation aux affaires temporelles du clergé de la république.
Proclamation du général Pédro Antonio de Olanéta , publiée à Oruro, le 4 janvier 1825 , et dans laquelle il an-
(1) Gaceta de Cohmbia, n. 173, 6 octobre 1825.
nonce à ses troupes que « l'armée , qui s'était réunie à » Cuzco, avait honteusement mis bas les armes à Quinua- » pata , le 9 décembre , et que ses généraux , par une capi- » tulation plus honteuse encore, avaient cédé toutes les >• provinces jusqu'au Désaguadéro. »
Dans une autre proclamation du même jour aux habitants du Pérou, Olanéta leur fait part de la dispersion de l'armée du nord. « Mais, » dit-il, « le ma jor-gén éral don Pio Tristan a » déjà réuni environ cinq mille hommes , qui , avec mon » armée, sauveront le Pérou. »
Le 10 février i8a5, le congrès constituant du Pérou tint sa première séance depuis le rétablissement de l'indépendance. Bolivar, en sa qualité de président de la république, s'y rendit en grande pompe, et ouvrit la session par un dis» cours dont nous regrettons de ne pouvoir donner qu'un aperçu. « Une année s'est à peine écoulée, » dit-il, « depuis » que le congrès m'a investi de la dictature, et dans ce » court intervalle l'armée libératrice a fermé les plaies de la » patrie, a brisé les chaînes que Pizarro et ses enfants ont » imposées aux descendants des Incas, et a rendu à l'empire » du Pérou tous ses droits primitifs. Mon administration , » » continue-t-il , « s'est donc bornée à la durée d'une seule » campagne , et mes travaux ont été terminés avant que le » pays ait eu même le tems de prendre lesarmes. Le congrès » ne saurait trop récompenser une armée qui s'est couverte » de tant de gloire. » Il énumère ensuite les améliorations qu'il a apportées dans le gouvernement , et en signale plu* sieurs autres qu'il recommande à la sollicitude du congrès j après la récapitulation des services que la Colombie a rendus au Pérou , il témoigne le désir que les deux pays resserrent les liens d'amitié qui les unissent. Pour cela il démontre au gouvernement péruvien l'urgence de nommer des députés a un congrès qui devra se réunir à Panama, et où les Étals confédérés du nouveau monde contracteront une alliance perpétuelle. Puis il termine en disant, que le Pérou allait être délivré de deux des plus terribles fléaux du monde, de la guerre, par la victoire d'Ayacucho, et du despotisme, par son abdication de la dictature. « Proscrivez à ja- *» mais, » s'écria-t-il , « cette autorité redoutable, qui a été » le tombeau de la liberté romaine. Ma destinée, comme >» soldat , m'appelle à contribuer à l'affranchissement du >» Haut-Pérou , et à la prise de Callao, dernier boulevard du » despotisme espagnol dans l'Amérique du sud. Alors je re-
iie i'amériqub. 385
» tournerai dans ma patrie pour faire aux représentants du « peuple colombien le récit de ma mission au Pérou, de » l'établissement de votre liberté et de la gloire de l'armée libératrice. * Le président de l'assemblée répondit à Bolivar, et l'invita à conserver encore quelque tems la dictature. Le Libérateur répartit avec fermeté qu'il ne resterai tau Pérou que jusqu'à la reddition de Callao ; qu'il y était vénu pour combattre, et non pour gouverner, et que les générations à venir auraient en horreur la mémoire ue ceux qui auraient proposé de faire régir le Pérou par un dictateur et un étranger. Après que Bolivar se fut retiré , le congrès vota des remercîments à l'armée libératrice , et décréta la continuation de la dictature, sous un autre nom, (el suprrmo poder poh'tico et militar de la republica) jusqu'au commencement de l'année 1826.
Congrès de Panama. Dans le message que le général Bolivar adressa au souverain congrès constituant, en date du 10 février 1825 , il recommande une étroite confédération des nouveaux États, et propose que des représentants de chacun se réunissent en congrès à l'isthme de Panama , dans le plus court délai possible, pour y cimenter l'alliance perpétuelle des différents États.
Le 23 février, réponse du ministre du Mexique, Lucas Àlaman , relativement à ce grand projet de convocation d'une assemblée générale des plénipotentiaires de toutes les républiques américaines.
Le 2 mai , note du ministre d'état des affaires étrangères du Pérou, au gouvernement des Provinces-Unies de Rio de la Plata, l'invitant à envoyer des plénipotentiaires à l'isthme de Panama , conformément au traité de 1822.
La réunion de ce congrès a eu lieu le 22 juin 1826 (1).
Les journaux de Buénos-Ayres , el Nacional, du 14 avril i825, et el Argos , du 16, ayant répandu le bruit que le libérateur Bolivar avait été invité à réunir toutes les provinces de l'Amérique sous un seul et même gouvernement, le secrétaire général de l'intérieur Estenos crut devoir faire insérer dans le Sol del Cuzco, du 4 juillet 1825, le démenti officiel suivant :
« Le Libérateur n'a jamais jreçu, soit directement, soit indirectement, de Buénos-Ayres ou de toute autre contrée, aucune proposition relative à la formation d'un seul gou-
(l) Voyez l'article Colombie.
verncment pour toute l'Amérique. Le gouvernement a été seulement invité d'une manière officielle , par le Mexique, le Guatemala et la Colombie, à accélérer la réunion du congrès général de tous les Américains, qui doit se tenir à F isthme de Panama. »
12 février i8a5. Décret du congrès qui ordonne qu'une médaille soit frappée en l'honneur du Libérateur. On verra d'un côté la tête de Bolivar avec cette inscription : A su iibertador Simon Bolivar, et sur le revers les armes du Pérou, et elPeru restaurado en Ayacucho, ano de 1824. Il fut en outre décidé qu'il serait élevé un monument avec une statue équestre sur la place de la Constitution , pour perpétuer le souvenir de ses hauts-faits $ que dans chaque cheflieu de département il serait dressé une pierre sur laquelle on graverait une inscription exprimant les sentiments de reconnaissance des Péruviens à son égard pour avoir délivré leur patrie ; et qu'il serait placé un million de pésos à sa disposition. Le même décret conférait au général en chef Antonio- José Sucre, le titre de grand-maréchal d'Ayacucho.
Le 17 février, une colonne ennemie sortie de Callao, se porta par Miranaves sur laChacra de Barbosa. Attaquée en cet endroit par José de Espinar, elle perdit deux cents hommes tués , dix-neuf prisonniers et un grand nombre de blessés. Les Péruviens eurent v?ngt-six hommes tués et vingttrois blessés (1).
24 février. Décret gui détermine les armes de la nation. Le grand sceau de l'État portera ces mots : Republica Peruana.
25 février. Proclamation du général Olanèta, adressée de son quartier-général de Potosi , au peuple du Pérou et aux soldats du roi au service des patriotes,
3 mars. Dans une lettre de don Juan-Antonio Alvarez de Arénalès, adressée à Olanèta, ce général s'exprime en ces termes : « Les vainqueurs de Junin et d'Ayacucho ont ren- » versé la plus forte colonne de l'Espagne. Il a été répandu * inhumainement assez de sang durant quinze ans ; et l'évé- » nement a démontré l'impossibilité où est l'Espagne de » Jamais soumettre l'Amérique à son joug. »
9 mars. Décret du congrès constituant, qui autorise le chef de la république à négocier un emprunt de 10,000,000
(l) Gaceta del goùierno , du 17 février.
tic pesos , pour fournir aux besoins de l'État ; et un autre de 3,ooo,ooo , si le premier était insuffisant.
9 mars. Abolition de Tordre du Soleil^ comme étant incompatible avec les principes de la constitution politique de la république.
Par un décret rendu le 10 mars, le congrès autorise le Libérateur à envoyer des secours en hommes et en munitions de guerre à la république de Colombie ; et à en faire également parvenir à toutes les parties du territoire américain menacées par l'ennemi ; à négocier des emprunts, à lever des contributions extraordinaires, à chasser de la république tous les ennemis de la liberté, à révoquer les lois que les circonstances lui feraient croire incompatibles avec la sûreté et l'indépendance du continent , et à en promulguer d'autres qui lui paraîtraient devoir tendre à cette fin.
Par un autre décret du même jour, le congrès constituant déclare avoir terminé ses travaux.
Dans une proclamation datée de son quartier-général de Potosi , le 29 mars 1825, le général Sucre fait connaître aux habilants du Haut- Pérou les résultats glorieux de la victoire d'Ayacucho. « Péruviens », dit-il, « l'armée, libératrice h dans sa marche triomphale de Ayacucho à Potosi , a » rendu l'existence à votre patrie. Dix mille hommes vaincus » sur le champ de bataille, huit mille soldats qui ont mis »» bas les armes dans les différentes garnisons, et un ter- » ritoirc de trois cents lieues délivré du joug espagnol , » voilà les trophées que l'armée combinée présente aux » habitants du Haut-Pérou.
» L'armée libératrice vous rend votre pays purgé de tout » ennemi étranger ou domestique. Apprenez à le conserver » comme le sol sacré qui le premier a donné l'exemple d'un » patriotisme héroïque au Nouveau-Monde » (1).
Dans un rapport adressé du même quartier-général , le 19 avril suivant, au secrétaire d'État de la marine et de la guerre , le général Sucre lui annonce que l'armée libératrice a député auprès du vice-président le colonel Antonio EUzalde f pour le féliciter sur l'heureuse issue de la guerre, et
lui présenter « l'étendard royal de Castille, sous lequel les
(1) Il résulte d'un rapport dressé par le chef de 1 etat-majoruénéral E. B. O'Connor, à Potosi, le 9 avril, que les fruits de la victoire d' Ayacucho ont été la prise de dix-huit mille cinq cent quatre-vingt-dix-huit hommes.
>> Espagnols ont envahi ce riche pays il y a trois cents ans, » et les quatre étendards des provinces du Haut-Pérou, in- » signes du vasselage et de la servitude de leurs habitants. » v L armée, » continue-t-il, « est fîère de vous annoncer « que les ennemis qui ont opprimé la patrie de Manco » Capac ont disparu cl' Ayacucho à Tapiza ; que vingt-cinq » généraux espagnols, onze cents chefs et officiers , et dix- » huit mille soldats ont mis bas les armes, tant sur le » champ de bataille que dans les garnisons, et qu'elle a » arraché à la tirannie un pays de quatre cents lieues d'é- » tendue, habité par une population de deux millions ames. »
Le congrès du Pe'rou a offert deux fois la somme d'un million de dollars à l'illustre Bolivar, pour les services qu'il a rendus à la république. Voici comment il motive son second refus, au président de cette assemblée. « Je le ré- » pète, sans accepter la faveur en question , mes services » ont déjà été récompensés au delà de mes espérances. Votre » Excellence sait que le congrès m'a prodigué les titres les » plus honorables. Il m'a nommé le père et le sauveur du » Pérou ; il m'a décerné les honneurs de la présidence per- » pétuelle ; il a fait frapper une médaille à mon effigie ; il » m'a appelé libérateur , m'a investi du commandement du » Pérou, et il m'offre aujourd'hui une fortune immense. » J'ai tout accepté avec plaisir et ne refuse que cette der- » nière , que les lois de mon pays et celles de mon cœur me » défendent d'accepter. »
Le congrès réitéra son offre une troisième fois ; mais bien décidé à ne pas essuyer un nouveau refus , il le pria de consacrer ce faible témoignage de la reconnaissance nationale à des œuvres de bienfesance dans l'heureux endroit qui l'avait vu naître, ou dans toute autre partie de la république de Colombie qu'il jugerait convenable.
Après la capitulation d' Ayacucho , les Espagnols avaient encore dans le Haut-Pérou , savoir :
A Apurima, sous Miranda 800 hommes.
A Cuzco 1,000
A Aréquipa , infanterie et cavalerie. . . . x,5oo
A Potosi et Oruro 2,5oo
Sur la côte, en cavalerie 1,4.00
En divers lieus 200
Total 7,400
DE l' AMERIQUE, 389
Le ier. avril , le général Olanéta, qui avait pris le commandement de l'armée royale du Pérou , réduite à environ sept cents hommes, fut défait près de Tumusla , par trois cents Chichénos aux ordres du colonel don Carlos Médina Céli. Olanéta périt dans le combat , et deux cents Espagnols, dont vingt officiers et tout le bagage, tombèrent au pouvoir dés vainqueurs. *
Ier. avril 1825. Décret du Libérateur, par lequel il délègue son autorité politique et militaire à un Conseil de gouvernement , composé de trois membres , savoir : le grand maréchal don José de la Mar, don José Sanchez Carrion , et don Hipolito Unanu.
Décret duij avril, rendu par le Conseil d'État, contre l'introduction de toute marchandise espagnole sur le territoire péruvien.
« Attendu » , dit-il , « que l'obstination du gouverne- » ment espagnol à vouloir faire la guerre à la république » pour soutenir ses prétendus droits, exige impérieusement » une mesure vigoureuse pour contraindre le cabinet de » Madrid à écouter enfin la voix de la justice et de son pro- » pre intérêt ; le Conseil du gouvernement décrète :
» i°. Les marchandises de toute espèce, appartenantes à » des sujets espagnols, qui seraient a l'avenir introduites » sur le territoire de la république, sous quelque pavillon » ou dans quelque navire que ce soit , seront confisquées au » profit de l'État;
» a°. Quatre mois après la publication de ce décret, les » tribunaux compétents déclareront de bonne prise tout na- » vire à bord duquel se trouveraient des marchandises es- «pagnoles, de quelque nature qu'elles soient, et leurs » cargaisons seront confisquées;
» o°. Seront réputées propriétés espagnoles , toutes les >» productions du sol et de l'industrie ne TEspagne , qui se- » raient saisies sur le territoire du Pérou toutes les fois que » la valeur s'en élèvera à 100 piastres ;
» 4°. Lorsqu'il s'élèvera quelque doute sur l'origine espa* » gnole de marchandises introduites par terre ou par mer, » la chose sera décidée par l'officier des douanes, assisté de » deux experts, et, en cas de réclamation, le ministre du » trésor en nommera deux autres, dont la décision , pro - » noncée sous serment, sera irrévocable ;
»> 5°. Les officiers des douanes sont personcllemeiit rcs » ponsables des introductions simulées qui pourraient avoir » lieu de productions ou de marchandises espagnoles. » s
3qo chronologie historique
Par un autre décret, promulgué le 9 mai suivant, le Conseil du gouvernement déclare, qu'attendu que l'article 2 du décret ci-dessus , relatif à la confiscation des marchandises espagnoles qui seraient introduites sur le territoire du Pérou, a donné lieu à quelque doute, et désirant manifester la déférence que méritent les neutres qui s'y livrent à un commerce légitime , il a décrété que la confiscation s'étend aux navires portant des marchandises espagnoles et à toutes les propriétés qui se trouveraient à leur bord ; que le terme de quatre mois est prorogé à huit , et que , par domination espagnole, ou doit entendre tous les pays en quelque partie du monde qu'ils soient , qui vivent sous son gouvernement.
Établissement d'une caisse à? amortissement . Le ministre du trésor, J.-M. Pando , a proposé au Conseil suprême du gouvernement, le 24 avril i8a5, le projet d'établissement d'une caisse d'amortissement pour le rachat de la dette publique du Pérou. « Vous savez, » dit le ministre dans son exposé , « cpie le crédit public ne se conserve que par la »» bonne foi et la ponctualité la plus scrupuleuse à remplir «» les engagements qu'on a contractés. C'est un devoir re- » commandé non-seulement par la convenance politique, » mais aussi prescrit par des considérations d'un ordre plus » élevé , fondées sur les principes immuables de la morale. » L'oubli de ces principes a toujours produit les résultats » les plus fâcheux , attendu qu'il existe dans l'ordre de la » Providence des rapports intimes entre la vertu et la féli- » cité publique : toute considération secondaire doit dispa- *» raître devant l'immense importance de cet objet. »
Le ministre recommande la division de la dette publique en deux classes, la dette intérieure et la dette extérieure, et il assigne les fonds nécessaires au paiement de chaque. Ceux qui sont destinés à l'extinction de la dette extérieure
S reviennent de plusieurs droits de douane, du produit es mines appartenantes à l'État , de celui des ventes ou des baux de toutes les terres et propriétés du gouvernement, lorsqu'on aura pourvu au rachat de la dette intérieure ; du
Eroduit du timbre , d'une partie des dîmes et du revenu des énéfices ecclésiastiques, et de celui des manufactures de poudre et d'autres moins importants (i).
21 mai 1825. Le président Manuel Albis de Lauena trans-
(1) Voyez la note F à la fin de l'article.
DE l'aMERIQUE. 391
met, de Matogroso, au capitaine commandant Manuel Vélozo Révélo Bazconcélosy l ordre de se porter en touté hâte sur la province de Chiuuitos, et d'employer tous les moyens en son pouvoir pour la faire évacuer.
26 mai 1825. Lettre de Manuel José Araujo y Sylva, commandant en chef des troupes brésiliennes, datée de son quartier-général de Santa- Anna, dans la province de Chiquitos , au général Sucre. « En vertu d'une capitulation ho- » norable, » dit-il, « conclue et solennellement ratifiée par » le gouverneur de la province de Matogroso et par celui de » la province de Chiquitos , cette dernière a été remise h » S. M. très-fidèle , et a été incorporée au grand empire du » Brésil, aux acclamations unanimes de ses habitants. En >» ma qualité de commandant en chef des troupes impériales » qui l'occupent, je m'empresse de faire part de cette cir- » constance à V. K. , pour que , à partir de ce jour t vous » fassiez cesser toute hostilité contre cette province, at- » tendu que cet arrangement protégera la province et les » vaillantes troupes qui la défendent. J'ai transmis pareille » injonction au chef des armées de Santa-Cruz , pour que » ses troupes se gardent bien de mettre le pied sur une par- » tie quelconque du territoire de celte province. »
Néanmoins cette province fut évacuée par les troupes brésiliennes, le 20 août suivant. {El Argos, n°, 179)
Redditionde Callao. Le 29 juin 1825, le général Rodil, gouverneur de Callao, jugeant qu'il lui serait impossible de tenir plus long-tems cette forteresse , offrit au commandant de l'armée de siège de capituler, à condition qu'on permettrait à ses troupes de sortir avec les honneurs de la guerre j quelles conserveraient leurs propriétés , qu elles jouiraient delà liberté individuelle , et qu'on les embarquerait pour l'Espagne dans le plus court délai possible. Cette proposition fut aussitôt envoyée au général Sucre, qui se trouvait alors à Potosi avec un corps de l'armée colombienne.
Cette forteresse s'est rendue par capitulation , le 23 janvier 1826.
Une députation du congrès péruvien, composée de cinquante-deux membres , présenta un mémoire au Conseil de gouvernement à l'efFet d'inviter le général Bolivar à conserver encore quelque teins l'autorité que la nation lui a confiée, et à rester une autre année au Pérou. « Pour réduire à des termes précis , » est-il dit dans cet exposé , « le vœu qui s y
trouve exprimé, les soussignés , jusqu'à ce que les pouvoiis des députés soient rendus uniformes , que la représentation soit complétée et le désir du peuple, touchant la révision et la réforme de la constitution , connu j qu'on tombe d'accord sur le choix de la personne que l'opinion publique désigne pour l'exercice de l'autorité suprême , et que les appointements des représentants soient assurés : sont d'avis qu'il est urgent :
i°. D'ajourner la convocation du congrès à Tannée prochaine ;
20. D'ordonner aux préfets de faire, avec toute la célérité et l'exactitude possibles , le recensement des provinces de l'État ;
3°. D'inspirer au peuple de la confiance et de l'amour pour ses représentants, ahn que, pénétré des grands avantages que la nation doit en retirer , lorsqu'ils agissent avec intégrité et bonne foi, il les indemnise des pertes que leur occasione l'exercice de leurs fonctions , en leur assurant les moyen* d'existence ;
4°. D'éclairer l'opinion publique en la consultant sur la question de savoir si la constitution doit être modifiée ou rester telle qu'elle est ;
5°. De la consulter sur l'étendue de ces modifications , pour savoir si elles seront entières ou seulement partielles ;
6°. De demander aux provinces si leurs représentants ne doivent pas délibérer selon leur propres opinions , ou s'ils doivent procéder en vertu de pouvoirs particuliers , renfermant des clauses spéciales , et indiquant la nature des modifications , leur application , et les points sur lesquels elles doivent particulièrement porter -y
70. Pour que la personne appelée à remplir les fonctions de premier magistrat de l'État , puisse recevoir la sanction universelle, et que, dans les circonstances difficiles où elle se trouvera placée , elle puisse compter sur la participation et l'appui de l'opinion publique contre les partis auxquels elle sera en butte , lorsque le Libérateur se sera éloigné de nous j et, considérant enfin que, cruellement trompés comme nous 1 avons déjà été par deux présidents , il est juste que le peuple soit consulté sur le choix du citoyen auquel ses destinées , ses intérêts et sa gloire seront confiés , nous avons cru qu'il était convenable de l'inviter à désigner celui sur qui il désirait que le congrès fît tomber son choix ,
DB l/ AMÉRIQUE. 3û3
en supposant que le sénat, qui devrait le proposer, n'existe pas encore.
Lorsque ces mesures seront adoptées, que le gouvernement aura reçu des réponses aux questions ci-dessus , que la nation sera parfaitement d'accord sur les points les plus importants de son existence politique, sur sa loi fondamentale et sur le choix de son magistrat suprême $ alors il sera opportun de convoquer le congrès, de fixer le nombre des représentants et l'époque de leur réunion ; alors aussi , quand toutes les difficultés et les embarras actuels auront cessé d'exister , que l'opinion sera éclairée sur ses véritables intérêts et l'ordre fermement établi , le Libérateur pourra , sans danger pour la république , remettre son autorité à la nation. »
Voici la réponse que le Libérateur fit à la députation du congrès :
« Je ne suis venu sur le territoire péruvien que pour » lui donner la liberté et en expulser les Espagnols. Jamais » aucun sentiment d'ambition n'a dirigé ma conduite : mon » seul mobile a été l'intérêt de mes compatriotes , et la gloire » mon unique but. Après avoir chassé nos ennemis, apaisé » les dissentions intestines , et rendu la liberté au Pérou , je » résolus de me retirer , parce que mon but était atteint , et » ce ne fut au'après avoir long-tcms résisté aux instances » qu'on m'adressa , que je consentis à conserver entre mes » mains les rênes du gouvernement. Je crus mériter la con- *> fiance de mes concitoyens et pouvoir la justifier , et je me » décidai, quoiqu'à regret, à accepter ce nouveau mandat. « Mais du moment où j'ai vu mes intentions calomniées , et » les actes de mon administration incriminés , j'ai songé à j» me retirer , parce que le motif qui m'avait porté à me » charger du gouvernement avait cessé d'exister. Je, le répète, » jamais l'ambition- n'a dirigé m'a conduite. Dans toutes les *» circonstances de ma vie, je n'ai travaillé que pour conqué- » rir et assurer l'indépendance américaine. Je ne demande » ni honneur, ni pouvoir 5 je n'aspire qu'A la gloire, et ce » sera cette unique direction que je prendrai toujours. Je » n'ai pas plus voulu commander au Pérou que dans la » Colombie ; et lorsque ma présence ne sera plus néces- » saire en Amérique , je me retirerai en Europe.
» L'univers , je le sais , a les yeux fixé sur moi ; je sais ce » qu'il attend de moi , et je ne pourrais pas survivre à la » perte du titre que j'ai acquis à l'estime et à la confiance
» publiques. Je dois néanmoins rendre justice aux Péruviens. » Ceux d'entre eux qui attaquent ma conduite ne se plaignent » que parce que je ne leur ai point abandonné les emplois » pour exploiter la fortune publique à leur profit. Quels re- » proches peuvent-ils d'ailleurs adresser au Conseil du gou- » vernement, que l'o» sait être composé d'hommes instruits » et de bons citoyens? Qu'ils se détrompent ceux qui pensent » qu'il a agi par d'autres inspirations que les miennes. C'est » moi qui lui ai transmis les ordres dont il n'a été que l'exé- » cuteur , et dans toutes les circonstances , il a été constant- » ment l'organe et l'interprète de ma volonté.
» Je vois avec peine que ma présence est encore indlspen- » sable au maintien de la tranquillité et à raffermissement » de l'édifice constitutionnel du Pérou ; et puisque les habi- » tants me continuent leur confiance , je ferai de nouveaux » efforts pour la justifier et contribuer de tous mes moyens » à leur assurer la jouissance paisible de la liberté qu'ils ont » conquise. »
Bolivar transmit à ce même sujet la réponse suivante au Conseil du gouvernement de Magdaléna , le 27 avril 182G.
« J'ai réfléchi, » dit-il , « à la représentation que cinquante- » deux députés du congrès général ont eu l'honneur d'adresser à » vos excellences. Après une mûre délibération , j'ai approuvé » la résolution prise par ces illustres citoyens de recourir , » dans les circonstances difficiles où ils se trou vent, à la source » d'où dérivent leurs pouvoirs. Rien n'est si conforme aux » doctrines populaires que l'appel à la masse de la nation » sur les points capitaux qui forment la base des Etats , je » veux dire , les lois fondamentales et la magistrature su- » prême. Les individus sont exposés à l'erreur et à la séduc- » tion -, mais il n'en est pas ainsi de la» nation qui possède à » un dégré éminent le sentiment de son bien-être et la me- » sure de son indépendance. Delà vient que son jugement » est sain , et sa volonté forte, parce qu'elle est inaccessi- » ble à la corruption comme à la crainte. J'ai eu des preuves » irréfragables de la constance de la nation dans les grandes » résolutions, et c'est pour cette raison que j'ai toujours pré- » féré son opinion à celle des sages. Que les collèges électo- » raux soient donc convoqués , et alors nous saurons que » les lois ont reçu la sanction de tous, et à quelle espèce de » magistrature suprême la nation veut que je remette les » pouvoirs qu'elle m'a confiés. Alors les représentants du
DE LAMÉRÏQUE.
» peuple auront un guide sûr pour les conduire à travers les » dangers qui les attendent.
» Avant de terminer, je dirai franchement à vos excel- » lences que le désir de déposer l'autorité nue j'exerce m'a- » vait porté à convoquer le congrès avant l'époque prescrite » par la loi ; car, pressé par les sollicitations de mes compa- » triotes, je soupire après le jour où je reverrai la Colombie. » Je leur dirai aussi que , frappé de la situation extraordi- » naire dans laquelle est placé le Haut-Pérou, je désirais que » le congrès mît lin aux rapports ambigus, j'ajouterai même » sans exemple , qui existent entre les deux pays. Mais j'ai » résolu de passer sur ces considérations et de rester au » Pérou, parce qu'il n'est pas juste qu'un Etat se sacrifie pour » l'intérêt d'un autre , et que je sais que chaque république » américaine est convaincue que son bonheur dépend de celui » des autres, et qu'en servir une c'est les servir toutes. »
1826. Le gouvernement péruvien vient d'ordonner que le décret rendu par le congrès en i8a3, et par lequel cette assemblée votait des remercîments à M. de Pradt pour le bien que ses écrits avaient produit au Pérou, reçût son exécution. Ce décret portait qu'il serait frappé une médaille pour être offerte à cet habile publiciste , et que deux exemplaires de ses œuvres seraient achetés et reliés de la manière la plus splendide pour être conservés , comme un monument de ses généreux efforts pour la cause de' l'indépendance américaine, l'un à la bibliothèque nationale et l'autre à celle du congrès.
Le i5 avril 1826 , Bérindoaga, comte de San-Doma , ancien brigadier-général des armées espagnoles , et ministre de la guerre et de la marine du Pérou , sous la présidence de Torré Tagle, a été exécuté à Lima. Il commandait à Callao, à l'époque où les troupes du Buénos-Ayres, qui y étaient en garnison, s'insurgèrent et livrèrent la place aux Espagnols. Après cet événement, Bérindoaga prit parti avec les royalistes et devint un des plus violents ennemis de la cause populaire. Fait prisonnier par les canots de la Pruéba , au moment où il cherchait à gagner la frégate chilienne l'O'Higgins, un peu avant la reddition de Callao, il fut conduit à Lima. Là , il dénonça un vieillard respectable de cette ville, nommé don José Tiron , qui avait transmis pour lui des avis à l'armée espagnole. Après quatre mois de détention , ces deux individus furent mis en jugement. Déclarés coupables , ils furent fusillés sur la grande place de Lima.
Quelques jours avant leur exécution , le corps municipal
de Lima avait adressé une lettre au Libérateur pour le prier de remettre ou de commuer la peine de ces deux condamnés.
« Le pouvoir judiciaire , » disait-il , « a rempli son rigide » devoir. Le nôtre ne nous défend pas de vous adresser une » prière , ni le vôtre d'exercer votre clémence. Le teins de » la terreur et du danger est passé. Vous avez dissipé jus- » qu'aux moindres appréhensions de leur retour , et après » vous être couvert de lauriers et avoir répandu la paix et le » bonheur dans les deux Pérou , vous pouvez sans crainte » prêter l'oreille à notre intercession en faveur de ces deux » coupables. Nous vous supplions de commuer leur peine , » de sécher les larmes de leurs familles, et de vous montrer » ainsi aux yeux de l'univers , encore plus grand , s'il est » possible, que vous ne l'étiez déjà. »
Bolivar £U faire la réponse suivante à la municipalité : f Rien ne serait plus agréable au Libérateur que d'accéder à » votre demande. Vous ne voyez dans l'exécution de la sen- » tence rendue contre les coupables pour lesquels vous iu- » tercédez-, que l'effusion du sang de deux malheureux , la » honte et le désespoir de leurs familles. Mais des raisons » plus puissantes vous convaincront des funestes conséquences » de l'indulgence et de l'impunité, lorsqu'il s'agit de pareils » crimes. Rappelez-vous que la sentence a été prononcée par » les juges intègres , sages et impartiaux qui composent le » tribunal suprême de la nation. En commuant la peine , je » désapprouverais leur conduite , et m'érigerais en censeur » de magistrats aussi distingués. Ce serait d'ailleurs blesser » le sentiment moral de la république , et ouvrir la voie à » de nouvelles trahisons, qui, encouragées par l'impunité , » se multiplieraient à l'infini. Un peuple dont l'enthousiasme » a été comprimé par ces traîtres, demande le spectacle ter- » rible, et peut-être nécessaire , de l'expiation et de la ven- » geance publique. Les lois , encore dans leur enfance , per- » draient toute leur force , si elles pouvaient être éludées » par l'exercice d'une clémence extraordinaire. La nation » toute entière et la justice distributive sont dans une ba- » lance. Le Libérateur ne peut convenablement faire pen- » cher la balance opposée. Bérindoaga a été condamné , non » comme général , mais comme ministre de la guerre et de » la marine. La procédure a été aussi complète, aussi régu- » lière et aussi conforme aux lois qu'elle pouvait l'être. S'il » eût été condamné comme général , la procédure aurait été
» aussi régulière ; mais la révision en serait rentrée plus di- » rectement dans les attributions de l'autorité" exercée par le » Libérateur.
» Le Libérateur s'est toujours montré avare du sang hu- » main , surtout de celui des Américains. Mais quelques » gouttes d'un sang parricide ne peuvent entrer en compa- » raison avec les torrents de celui que les illustres défenseurs » du Pérou ont versé pour reconquérir une patrie, que ces » traîtres avaient vendue, et qui n'existait plus que dans les » cœurs de ces braves et fidèles martirs. Le Libérateur re- » grette de ne pouvoir accéder à votre demande. L'exécution » de la sentence est plus nécessaire pour servir d'avertisse- » ment public et d'exemple salutaire , que le châtiment n'est » déshonorant pour les coupables. *