‹ L'art de vérifier les dates (volume 2)Chapitre 119 sur 299 · ROBERT IV · texte numérisé non relu

ROBERT IV

ti66. Robert, fils de Galeran et son successeur à l'âge de vingt-cinq an.-?, outre les domaines qu'il avait hérités de ses ancêtres au Vexin , au Pincerais , en Normandie , dans l'île de France, en Angleterre, en acquit d'autres dans l'Orléanais , la Beauce et le Berri , tels que les villes d'Argcnton , de Concressoul , une partie des terres de Laos , d'Anloni , de Chenai. A la mort de son pore, il apprit que ce comte, étant à l'article de la mort, avait déclaré qu'il désirait que ses héritiers réparassent quelques dommages qu'il avait causés à l'abbaye de la Croix Sainl-Leufroi. Les enfants s'empressèrent d'acquitter les dernières iateulions de leur père. Robert ratifia tout ce qui avait été' fait par ses prédécesseurs en faveur des églises de Lyre , Préaux , Jumiége , le Bec, Valasse , Pont-Audemer , Beaumont, Saint- Vaudnlle , Saint-Denis, et Saint-Nigaise de Meulent. Il accorda, cuire auires cliosos, aux religieux de Valasse la permission d'ouvrir le ban de vcudauge , quand ils le jugeraient à

DES COMTES DE M EL LENT. i6d

propos , dans sa ville de Manies. Ceux de Saint' -Vandrille ayant étc; inquiétés pour les droits seigneuriaux et domaniaux sur la rivière dans la même ville de Mantes , eurent recours a Robert , comte de Meuient , qui adressa une ordonnance on mandcmeut à ses officiers et prévois de Mantes . pour leur enjoindre de faire jouir les religieux de leurs jirivile'ges. Par ce même acte , Robert atteste et certifie au roi Louis le Jeune que jamais, ni lui ni ses prëde'cesseurs , comles de Menlent, n'avaient perçu ce droit, dont ils avaient accorde la francliise au moLifistcre , et prie le roi d'interposer son autorité pour maintenir celte liberté'. ( Cart. S. ff^andreg. )

Ce comte tenait de terns en tems sa cour avec ses barons. Il reste quelques-uns des acles de ces assemblées , entr'aiUres un jugement rendu, lîii présent, avec son sénéchal , touchant le patronage d'une église. Il eut des grands officiers de toule espèce, des maréchaux, un grand-forestier, etc. 11 inféoda , à litre héréditaire, l'office de grand veneur de sa maison en faveur d'Alexandre de Caillonel , gentilhomme du Vexin , près Chaumont. ( La Fvoq. Hi'st. tf tiare, T. IV, p. 1967. )

Eu 1 167 , il fit un voyage en Sicile avec quelques autres seigneurs. La faveur qu'il y acquit causa de la jalousie aux courtisans du pays. Ils se soulevèrent j le comte de Meuient leur résista de front, et conseilla au roi de les punir. La fermentation devint trop grande , on ne put en venir à bout : le roi de Sicile fut oblige de prier très-poliment les étrangers de se retirer. ( Hug. Falcand., Hist. S ici/.)

Henri le Jeune , fils de Henri II, roi d'Angleterre et duc de Ncrinandie , se brouilla, l'an 1174» avec son père. Celui-ci, voyant que cette mésintelligence venait des mauvais conseils qu'on donnait à son fils, écarta d'auprès de lui toutes les créatures qui l'entouraient. Le comte de Meuient , qu'on ne soupçonnait pas , fut le seul excepté. Mais il était réellement du nombre des séducteurs , et favorisa le complot du jeune prince pour s'évader et se retirer en France , sous la sauve-garde de Louis le Jeune. Ils exécutèrent ensemble ce dessein , une nuit, pendant que les gardes étaient endormis. ( Du Moul. Hist. de J\orm. , p. 594 ; La Roq. , Ilin. iVUarc, ï. I'-' , p. 71.)

L'esprit et les talents , qui avaient été comme héréditaires dans la maison de INIeulent depuis six géne'rations, commencèrent à déchoir en la personne de Robert IV. La branche de Leycester sembla les recueillir. En efièl, Robert, comte de Leycester , cousin du comte de Meuient, joua sous ces règnes un grand rôle , et eut part à toutes les affaires importantes. C'est lui qui fut chargé par Louis le Jeune de faire une descente en Angleterre j et quoique cette expédition n'ait pas réussi, elle lui acquit

3f?4 CHnONOÎ.OGTE HTSTOBIÇtE

borfiicoup c!e gloire. Robert , comte de Meiilent, an contraire, ne

f>arait dans aucune «clion d'éclat, et l'histoire ne rapporte de ni aucun fsit d'armes important. Le roi d'Angleterre s'empara des places qu'il avait en Normandie et en Angleterre , lorsqu'il eut appris qu'il s'e'tait re'fiigie' en France auprès de Louis le Jeune, avec Henri , son fils , et ne les lui rendit qne lorsque la paix fut faite. Il es' vraisemblable que c'est dans le tems de cette même yaix que !e comte de ftîculent e'ponsa Mathilde , fille de Renaud, comte de Cornouaille en Anglelerre, fils naturel du roi Henri I'^'^ Quelques Tuteurs donnent d'autres femmes au comte Robert. Les uns veulent qu'il ;)il épousé Alix, dame de Pre'aux ; cl la chronique de Saint-JNigaise de Bleulent, dit expresse'ment que sa femme e'iait Agnes de Vfndôme. Soit que ce fût une seule et même comtesse qui eût plusieurs noms et plusieurs srigneuries , soit que Robert ait effectivement eu plusieurs femmes avant ou depuis MathiUle, nous nous en tenons à celle-ci, parce qu'il en existe dt's preuves indubitables, et que les autres mariages paraissent m,oins sûrs.

Il se fit, en l'année i 188, entre les rois de France et d'Angleterre, un traité de paix où l'on convint de se réunir pour faire le vovage de la Terre-Sainte. On rassembla ses forces; m^is an lieu de les porter contre les Infidèles, les deux monarques les tournèrent l'un contre l'autre. Richard, comte de Poitou, aidé du roi d'Angleterre, son père , et du comte de IVleulent, réveilla ses prétentions sur Toulouse. Philippe Augu.ste fait diversiou dans le Berri , surprend Château Roux, Buzançais et Argenton : celte dernière ville appartenait au comte de Meulcut. 11 entre dans l'Auvergne, le Poitou el le Maine ■ il soumet tout sans résistance , et n'est arrêté que par Vendôme , place bien fortifiée , que le comte Jean I""', son seigneur , avait livrée à l'Anglais. Philippe la réduit cependant, fait la garnison prisonnière, et enlr'autrcs , soixanle-deux chevaliers que le comte de Meulent, attaché à Richard, y avait mis. L'auleur de la Philippide, qui décrit ce siège, plaint la situation du comte Robert, qui , se trouvant feudataire à la fois de deux puissants monarques , ne pouvait ménager l'un sans se mettre l'autre sur les bras. Le poète, quoique partisan du héros français , excuse le comte de Meulent d'avoir suivi le parti de l'Anglais dans cette conjoncture, parce qu'encore qu'il tint le comté de Meulent en hommage de la France , il possédait aussi beaucoup de châteaux et de domaines rnouvanls de l' Anglais-Normand , et que dans la guerre qui se faisait alors, il ne s'agissait de rien moins que de la province entière de Normandie , et d'antres pour lesquelles le comte de Mçuleut devait le service à l'Anglais,.

DES OOMTFS DE MEULENT. l65

. • . Vinilocinnm , quod ci portiis aperire negavit. . . .

... lu qiio Rcx équités capios in vincula trudit Sexaj^iiita rluo^, aircni lutuosque luentcs , Roberli Coniitis iMellenti si^na secnios , Qui luncRicliardi Coniiiis, miser, arma jnvabat.

Jusia lamen ductbat eum pro lempore caasa, Cùm foret Anglorum ftodali jure ligatus A quo urbes, villas n piurinia rastra tenobat. ... . , . Quamvis à nostro Comitaium Rege teneret. . . .

Il paraît que Philippe Auguste sut le ga2;ner et l'attirer pour quelque tems à son parti. Le comte ne s'en trouva pas mieux: car l'Anglais, fouHant sur ses dojnaines , ravagea les environs de Mantes et de Bleulent. et saisit ses terres d'Angleterre. Une trêve, qui se fit entre les deuK souverains, lui donna . tandis qu'ils partaient pour la Terre- Sainte , le tems de respirer et de se refaire.

Robert e'tablit une commune à Meulent , vers l'anncfe itSq, 6ur le modèle de celle que Philippe Auijjuste venait de cre'er à Poutoise , et la fit mèine confirmer et garantir par ce roi. ( La Eoq. , Hist. d'Harc. , T. lY, p. 2.75. )

Au retour de Philippe, les hostilile's recommencèrent. Nouveau traite fait à Mantes le 9 juillet 1 194. Par l'article 7. il est stipule' que le comte de Meulent sera remis en possession de ses terres et seigneuries d'Angleterre , qui avaient été confisque'es. Il est encore parle' de ce comte dans un traite' du 23 juillet de l'anne'e suivante ; et il y est porte' expresse'ment qu'il sera compris dans les conventions du même traite' de paix. ( Du Moul. , JI.'Sl. de Norm. , pp. 465 — 466 — 4?^ , etc. )

La même anne'e 1 195, Robert accorda aux religieux de Saint- Kigaise de Meulent le droit d'établir une foire et un marche' 5 et peu de tems après il fit faire la translation des l'eliques du saint patron dans une nouvelle châsse.

Après la mort de Richard-Coeur-de-Lion , Robert suivit le parti de Jean-Sans-Terre, son frère, qui l'entraina dans sa ruine. En efl'et , la cour des pairs de France condamna par contumace le roi Jean-, et ses biens ayant e'ie' confisques pour félonie, on confisqua aussi ceux de ses adhérents, à la têle desquels était le comte de Meulent.

Le comte de Meulent passa en Angleterre avec Jean , et laissa le commandement de ses places , de celle entr'autres de Beaumont-le-Roger , à Pierre, son fils ', celui-ci , séduit par Philippe, les lui remit, et mourut fort peu de tems après. Le comte, revenu en France , fit une donation universelle de ses biens à Ma- ()irie, sa fille et sa plus prochaine héritière , au mois de mai

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1204. (La Roq. Hi6l. cVHarc. , T IV", p. 1966. ) Philippe n'eut .'sucun égard à ses dispositions j il ne lui accorda pas même les avantages qu'il laissa par des traite's à ses autres ennemis : Robert fut exclus expresse'ment des conventions du traité de Rouen,

passe le i<=' juin 1204 : Excepta Comité de Mellento

quem àominus rex Frnncîœ de omnibus conventioinhus- ex-

cepit. Robert se trouvant à Poitiers , oii les circonstances de la f^uerrc l'avaient conduit, y mourut le 20 septembre 1204 , selon le ne'crolnge de Pre'aux, ou le 16 août selon le ne'crologe de Saint- Nigaise de Meulent. Ses be'ritiers furent prives à jamais du

comte' de Meulent Dormi^il post decursum intœ sitœ

aniio 1204 , et sepidtus fuit in civitale Piclavensi Robertiis ,

eo nomine ijnarius , cornes Mellenti , ob lebelUunem adversiis Philippimi regem , apud Pictavum transfugits , in Anglîci régis ditione , et ibi diem. clausit extiemum , et omnia ejus (lominia fisco regali addicia , posteris illius in ceiernunt prii'ûtis.

Robert eut trois fils et deux filles ; Galeran , Pierre et Henri j Jeanne et IMabirie, ou Mabile. Gui de ia Pioche , e'pousa une des filles de Robert : si ce n'est pas Jeanne , ou Mabirie , il faut qu'il en ait eu une troisième dont on ignore le nom.

Le premier acte qui fasse mention de Galeran III , fils de Robert IV', est une confiruiTtion faite à sa prière , du vivant de son père , par Philippe Auguste , à l'abbaye de Coulombs , de l'ile et prieuré de Saint-Côme , en l'anne'e ii83. On voit qu'il e'iait dès-lors associe' à la dignité' de comte, et qu'il en portait le titre : Precibiis Gualeraniii jiifiioris comitis , et castri Mellenti domini , concessi et confirmavi. Il e'pousa Marguerite Di--. Fougères, fille de Raoul, l'un des plus illustres barons de Bretagne. Cette dame e'iait veuve de Guillaume Bertrand, qui avait une origine commune avec la maison de Montfort-sur- Risle, et dont elle avait des enfmls. Le contrat de mariage de Galeran fut passe' à Mortagne au Perche, ou Morlaiu en Norjuandie [Moritaniœ), en l'an 1189, signé par les parents des deux familles. On y voit que ce jeune comto se disposait à faire le voyage de Jérusalem. Cette pièce est mléressante par les diverses clauses et stipulations qu'elle contient. En cas de voyage , en cas de mort , de naissance de nouveaux enfants , etc. , Robert y fait une donation universelle de tous ses biens gene'ralement , et sans aucunes réserves, en faveur de Galeran , son lils aine'. IMais par un autre acte du même jour, et souscrit des mêmes parents, le père se reserve la faculté de doterses autres enfants et ses filles, et de leur donner même des biens-fonds , de l'avis et conseil de ses barons j lesquels biens-fonds néanruuiui) ne pourraient point être pris dans l'étendue des domaines

du comte de Meulenl , ni de la cliâtellenie de Beanmont-le- Roger, attendu que ces domaines patrimoniaux et principaux devaient passer en entier au fils aine' et principal héritier. (La Roque , Hist. cC Harc. , T. 111 , p. 55. )

Galeran partit pour la Terre- Sainte avec Philippe Auguste. Il y donna des preuves d'une grande bravoure , en se ballant corps à corps contre un ge'ne'ral turc. Il porta un coup si furieux à son ennemi , que la lance traversa l'e'cu , et que le turc , sans son haubert qui le garantit , serait demeure' infailliblement sur la place. L'impatience que le jeune comte avait d'en venir aux mains , l'emporta tellement , qu'il avait eu l'imprudence d'oublier, entr'autres armes, son heaume. Le turc s'en aperçut , et , après avoir pare' le coup que Galeran lui avait porte , il le prit au défaut de l'oreille, et le tua sur-le-champ. Il fut regrette' comme un jeune chevalier sage , courtois , vaillant , et qui annonçait de grands talents. Voici ce qu'en dit un ancien poète français , après avoir de'crit le combat , dont nous venons de rendre compte :

Oy avez qne mort fut Gallerans, Du sanc de ly fut arrousé li ciians, Tout eu fut taiiiiz st$ liaubertz jasseraru , Loing fu del bu la leste quinze s;.spans; Dolcns en fuiciu et Guillaume et Birirans , Guicharl et Fonque et Savari Liiuiins; Pour ce fut plaint des serfs et des francs , Qu'il iert courtois et sage et cntendans Et sus paycns hai\lis et conibaians; Moult iert amés de petit et de grans.

Pierre de Meulent , par la mort de Galeran , son frère aîné , devint le principal héritier pre'somptif de son père. Celui-ci , comme on l'a vu, ayant suivi Jean-Sans-Terre en Angleterre , donna ses places, et entr'autres , Beaumont-le-R.oger , à Pierre , son fils , qui , trahissant la confiance que son père avait eue en lui, remit cette ville à Philippe Auguste , et se rangea sous ses drapeaux. Il ne survc'cut pas long-tems à cette trahison : il mourut en i2o5. Son père le suivit de près , et le comte de Meulcut fut irrévocablement re'uni à la couronne.

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