HERBERT II
go2. Herbert II , fils et successeur d'Herbert h^' , ne laissa pas la mort de son père impunie. Il ravagea les terres du comte de Flandre, avec lequel il fit enfin la paix, l'an gi5. Il entra dans la conspiration des fçrands du royaume contre Charles le Simple , et combattit , en 923 , à la bataille de Soissons , en faveur du roi Robert, dont il était beau-frère.
Robert ayant été tué dans celte bataille, Herbert se joignit à Hugues le Blanc ou le Grand , comte de Paris et duc de France, et à d'autres seigneurs, pour faire élire à sa place Raoul , duc de Bourgogne. A la force Herbert joignit la ruse et la fourberie. Charles ayant passé la Meuse sans savoir de quel côté lourner , il lui en-
détacha plusieurs terres du Valois, à condition néanmoins que Thibaut les tiendrait en pairnge du comté de Crépi. Ce Thibaut fut surnommé le Riche^ titre qu'il mérita par son économie , et par le bon usage qu'il fit de ses richesses. ( ï^oj'.
Thibaut III , comte de Blois. )
RAOUL ni.
Raoul III , dit le Grand , fils aîné de Raoul II , et son successeur , réunit dans sa main, l'an io63 , le Vexin au.
Valois et au comté d'Amiens y après la mort de Gauthier III , son cousin - germain. Il avait appuyé, l'an 1040, la révolte du prince Eudes contre le roi Henri I^^i' , son frère ; mais il fut pris l'année suivante, dans un combat livré par le monarque au comte de Champagne , partisan d'Eudes. On ignore en quel tems et comment il recouvra sa liberté; mais sa captivité ne paraît pas avoir été longue.
Il perdit, en 1040, Adèle, sa première femme, héritière du comte Nocher, son père, qui lui apporta en dot Vilri et Barsur-Aube. Raoul épousa , la même année ou la suivante , IIaquenez , dont l'extraction n'est pas connue. Guibert de Nogent fait ainsi le portrait du comte Raoul. «« Il y a , dit-il , » de nos jours plusieurs per- » sonnes qui ont vu le comte » Raoul ; elles peuvent dire à » quel degré il avait éliyé sa
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■voya Bernard , comte de Senlis , avec d'autres seigneurs , pour l'assurer qu'il avait dessein de rentrer dans son parti, et l'engager à venir cimenter la paix dans son château de Saint- Qnenîin. Charles se rendit, non sans quelque de'fîance, à cette invitation. Mais la re'ception hor!oraI)le et affectueuse qu^Her- ])ert lui fit, dissipa ses soupçons.
Dès qu'il fut descendu de cheval , le comte , se jetant à terre , lui embrassa les genoux , suivant l'usage des grands en abordant leur souverain. Voyant ensuite que son fils recevait debout le baiser du monarque , Kst-ce ainsi, lui dit-il en le forçant, la main sur le cou , de s'agenouiller, qii'on reçoit une si grande marque de la bonté de son seigneur et de son roi?
Ces apparences trompeuses furent soutenues par la magnificence du logement qu'Herbert avait pre'pare' au roi , et la somjDtuosite' du repas qu'il lui donna le premier jour. Mais pendant la nuit , Herbert , l'ayant fait enlever, le fit conduire secrètement à Château- Thierri, et de là, quelques jours après , à Pe'ronne. Ce service important , rendu à Raoul , parut au traître me'riler le comte' de Laon, qu'il demanda, lorsqu'il vint à vaquer , pour Eudes , son fils. Sur le refus que Raoul lui fit de ce comté pour le donner à Roger , fils du comle Roger ; il ùrn de
j8ï COMTES, PUIS DUCS, DE VALOIS.
» puissance, quelle autorite' il » s'e'tait acquise , et de quel » despotisme il usait. Trouvait- )) il un château à sa bienséance, » il l'assie'geait. Place altaquc'e, » place prise : tant était grande » son habileté' dans l'art des » sièges. De toutes les places » qu'il prenait , il n'en rendait 1) aucune. Sa naissance lui » donnait un rang distingué » parmi les plus grands sei- » gneurs du royaume. » ( Giiibert. de vita sua. ) L'une de ces usurpations , et peut-être la plus criante , fut celle qu'il fit de Montdidier sur Rolhaïs , sa cousine , fille et héritière d'Eudc- , dernier comte de cette ville , et veuve de Hugues, seigneur de Bulles. Raoul était en possession de ce comté , l'an 1004, lorsqu'il combattit à la journée de Mortemer, où le roi Henri \^'^' fut défait par Guillaume le Bâtard , duc de Normandie. Raoul , qui était dans l'armée du monarque , fut du nombre des fuyards et des premiers avec le prince Eudes :
ce qui causa peut-être la perte de la bataille. ( Ord. Vit. , 1. 7, p. 657. ) R.aoul accompagna , l'an io58 , le roi Henri au siège de Château - Neuf , eu Thimerais. Il souscrivit, l'an iq6o , comme témoin , un diplôme de ce monarque en faveur du monastère de Saint- Martin-des-Champs : il est remarquable que sa signature , d^ns cet £w:te ; se trouve im-»
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prison, l'an 927 , le roi Charles , qu'il emmena d'abord à Saint-Quentin , puis au château d'Eu , où ils eurent une conférence avec les seigneurs normands. Guillaume, fils du duc Rollon , y fit hommage à Charles , et se lia d'amitié' avec Herbert , qui lui donna son fils Eudes en otage. L'année suivante , le comte , après avoir promené' le mouarque par différentes villes , l'amène à Reims , d'où il envoya des de'putés au pape Jean X , avec une lettre où il l'assurait qu'il n'oubliait rien pour le rétablissement de Charles. Mais à leur retour ces députés lui apprennent que le pape a été fait prisonnier lui - même par le marquis de Toscane. Herbert cependant travaillait à s'emparer de la ville de Laon , où la femme de Raoul se tenait renfermée avec le comte Roger.
Une première tentative ne lui ayant pas réussi, il en fit une seconde , qui le rendit enfin maître de la place. Après cette conquête , il alla trouver le duc de Normandie , pour retirer de ses mains son fils Eudes. Biais Rollon exigea, pour le rendre, qu'Herbert fit hommage au roi Charles. Le fourbe , ayant éludé la demande , vint à bout de ramener son fils , et peu de tems après il fit son accommodement avec Raoul par la médiation de Hugues le Grand.
Charles fut la viciime de cette
COMTES, ïuis DUCS, DE VALOIS.
médiatement après celles du roi, de la reine et de leur fils, et précède celle des grandsofficiers de la couronne. Après la mort de Henri , la reine Anne , sa veuve , s'étant retirée à l'abbaye de Saint-Vincent de Senlis, le comte Raoul, qui la voyait souvent, prit la résolution de l'e'pouser. Pour y réussir , il accusa d'infidélité sa deuxième femme Haquenez , autrement dite Eléoinore , et .
fit divorce avec elle. Anne écouta les vœux de Raoul , et lui donna publiquement sa main , l'an 1 062 , au grand regret du roi Philippe, son fils, qui eût empêché cette alliance , si le comte de Flandre, son tuteur , l'eût secondé. ( Bouquet, T. XI, p. 499- ) Haquenez de son côté piquée au vif du double affront que lui faisait son époux en l'éloignant de lui , et en la calomniant , alla trouver à Rome le pape Alexandre II pour lui demander justice. Le pontife commit les archevêques de Reims et de Sens pour informer sur les lieux. Les deux prélats s'étant acquittés de leur commission , le premier eu rendit compte par lettre au pape , en ces termes : a Notre )) royaume est agité par de » grands troubles. La reine- » mère a e'pousé le comte )» Raoul , ce qui cause un grand » déplaisir au roi. Quant à la » dame que Raoul a répudiée , » nous avons reconnu la justice
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réconciliation : Herbert le remit dans sa prison , où ce malheureux prince acheva ses jours , l'an 92g. ( Frodoard, ) Herbert avait alors sur le sie'ge archie'piscopal de Reiras un fils nomme' Hugues , qu'il y avait fait placer , l'an 926 , par les suffrages mendie's , quoiqu'il n'eût pas encore cinq ans accomplis. Raoul soutint cet intrus tant que Charles vécut; mais, après la mort de ce prince , il commença à se refroidir à son e'gard , parce qu'il avait moins besoin d'Herbert , son père , pour se maintenir sur le trône.
La rupture entre le roi et le comte ayant e'clate' Pan 95 j , Raoul , accompagne' de Hugues le Grand , vint mettre le sie'ge devant Reims , dont il se rendit maître au bout de trois semaines. Alors il fit proce'der à l'e'lection canonique d'un archevêque , et les voix se re'unirent en faveur d'Artaud , moine de Saint-Remi. De là il alla se pre'senter devant la ville de Laon , qu'Herbert abandonna, laissant sa femme dans la citadelle. Raoul , dans les années suivantes , lui enleva plusieurs autres places. Le comte de Vermandois courait risque d'être entièrement dépouillé. Mais , l'an 935 , la paix se fit entre eux par l'intervention du roi de Germanie , à condition que Hugues rendrait à Herbert les villes de Saint-Quentin et de Pe'ronne ,
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» des plaintes qu'elle vous a » portées , et la fausseté des » prétextes sous lesquels il l'a )> renvoyée». (Bouquet, T. XI, p. 499' ) Sur ce rapport le pape enjoignit au comte de reprendre l'épouse qu'il avait répudiée. Raoul ayant refusé d'obéir à cet ordre, fut excommunié^ mais il ne tint compte de cette punition, et persista dans son endurcissement. Un moderne prétend néanmoins que Raoul et Anne se séparèrent en 1066 ; mais il se trompe, et la preuve que nous en avons se tire d'une charte de l'an 1069, que Raoul dit donnée de concert avec Anne, sa femme : Charta manu meâ scn'pta et uxorîs rneœ Annœ. ( La Morlière , Hist.
d! Amiens , p. 432. )
L'an 1061 ou environ, Raoul étant à Verdun avec ses troupes , mit le feu à cette ville , sur le refus que fit l'évêque Thierri , de lui payer un tribut de vingt livres d'argent , auquel ses prédécesseurs sétaient engagés envers Raoul , par la crainte de ses pillages. Mais Thierri , s'étant mis à la tête de la bourgeoisie , poursuivit le comte, et le pressa si vivement , qu'il le contraignit à demander la paix , avec promesse de ne plus exiger ce tribut. ( Roussel , Hist. de Verdun^ p. 200. ) Raoul, ea io65, recueillit une partie de la succession de Gauthier III, son cousin ; comte de Vexin.
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que le roi lui avait données après les avoir enleve'es au comte de Vei-mandois. Mais Hugues ayant refuse' de se soumettre à cette condition, la guerre recommença. Herbert reprit de force Saint-Quentin ; mais peu de tems après, sur les menaces de Raoul, il cessa ses liostilite's, et se re'concilia avec Hugues. Louis d'Outremer, fils de Charles le Simple , ayant succe'de' , l'an c/^6 , à Raoul , reçut flerberl en grâce, à la prière du comte Hugues le Grand. Mais cet acte de cle'mence ne fit qu'un ingrat. PIugues le Grand s'e'tant brouillé avec le roi , trouva dans Her bertun se'ditieux qui entra dans son me'contentemenl. Ils prirent les armes ensemble contre Je roi , l'an g58 , et ne les mirent bas qu'en 94^- I' parait que ce fut dans cet intervalle qu'Herbert s'empara du comte' de Troyes. Quoi qu'il en soit , il est hors de doute , comme on l'a fait voir ailleurs , qu'il jouit de ce comte'. ( Voy. les comtes de Champagne. ) Herbert mourut l'an g/p , et fut enterre' à Saint-Quentin. Raoul Glaber rapporte qu'aux approches de la mort, interroge' sur le salut de son âme et sur la disposition de sa maison , il ne re'pondit que ces mots : Nous étions douze qui complotâmes avec serment de trahir le roi Charles. Quelques anciens ont avance' qu'il avait e'te'^
( Voy. les comtes de J^exin. ) Le comte de Valois avait un fils aîné , nomme aussi Gauthier , jeune homme plein de valeur, qui s'e'tait de'jà signale' dans plusieurs expe'ditions. La dernière qu'il entreprit lui devint funeste. Etant tombe' dans une embuscade près de Reims , il y pe'rit , l'an io65, selon Chifflet , ou 1068, suivant du Bouchot.
Raoul , l'an 1071 , accompag\\?L le roi de France dans son expédition de Flandre , contre Robert le Frison. Dans les dernières anne'es de sa vie, ayant pris querelle avec le comte de Verinandois , il s'empara de Péronne sur lui. Cette place passait pour imprenable. Raoul fut si glorieux de l'avoir emportée , qu'il prit depuis le titre de Raoul de Péruune. Etant venu, l'an 1074» à Montdidier, il y fut attaqué d'une maladie qui le conduisit au tombeau , le 8 septembre de la même année. Anne , sa femme, vivait encore en 1076 , comme le témoigne un diplôme qu'elle souscrivit cette année , avec les qualités de reine et de mère du roi Philippe. ( Bouquet , - T. XI , p. 564' ) Un ancien auteur ( ibid. , p. iGi ) dit qu'après la ,mort de Raoul , Anne s'en retourna eu Russie, et des modernes ajoutent qu'elle y mourut. Mais on sait qu'en 1682 , le P. Ménétrier, jésuite , découvrit le tombeau de cette
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pendu par ordre de I.ouis d Oulre-iner , sur une montagne de Picardie, appelée encore de nos jours le Mont-Herbert- mais d'autres d'un plus grand poids , et en plus grand nombre , le font mourir dans son lit. Ce comte laissa d'HiLOEBRAiNTE son e'pouse , que du Bouchct fait mal- à-propos fille de Robert, duc , puis roi de France , et oncle maternel de ce même Herbert, cinq fils et deux filles.
]Vous mettrons avec M. du Caiige, à la tèle des fils , Eudes , parce qu'il est le premier d'entre eux qu'on voit posse'der des emplois du vivant de leur père.
En effet , Herbert , l'an 928 ou <)?g , e'tant allé au-devant de Hugues , roi d'Italie et marquis de Provence , ce prince lui donna le comté de Vienne pour Eudes , sou fils , don , à la vérité , duquel il ne jouit point; ce comté alors était entre Us mains de Cbarles-Constanlm , fils de Louis l'Aveugle , roi de Provence et d'Italie , qui s'y maintint par la protection de Raoul, roi de France , dont il se rendit vassal, en lui faisant hommage l'an 9^0. 11 est bien vrai que trois ans après llaoul s'élant brouillé avec Charles- Constantin , surprit la ville de Vienne par la trahison de ceux qui la gardaient ; miais nous voyons qu'après la mort de Raoul , arrivée l'an 936, Char- Içs-Constantin rentra dans celte ville , où, l'an 941 , il reçut le
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princesse dans l'abbaye de Villif-rs , ordre de Citeaux , près de la Fcrté'Alais en Gàtinais , avec cette inscription : Hic JACiT DoMiiNA Agnes uxor QUOKDAM HE^^>^CI Régis. Ce monument ne serait-il qu'un simple cénotaphe , comme le prétend M. Vclli? c'est ce que nous ne déciderons pas. Les noms d'Anne , d'Agnès et d'Adélaïde , avaient été donnés indistinctement à la veuve de Henri L'. D'Adèle , sa première femme, Raoul eut dei^x fils , Gauthier dont on vient de parler, et Simon , qui suit, avec deux iilles, Adèle ou Hildebranle , femme d'Herbert IV, comte de Vermandois, etAlaïs, ainsi nommée par Albéric, mariée à Barlhélcmi , fils de Bardoul, seigneur de Broyés. Les deux autres mariages furent stériles.