XII. Zo
par le registre de la court de France , que lisire de Coiicy ne tenoltpas sa terre en baronie ; car la terre de Bove, ajoute-t-il, et la terre de Gournaj- , i/ui emportoient la seignourie et la dignicé de baronie^ furent desseurês (démembrés ) des parties de la terre de Coucy par partie ( partage) de fraternité) et pour ce Ju dit au signieurde Cuucj- que il ne tenait pas en barunie sa terre. ^ins i comme ces chouses estaient en tele manière alléguiées devant L<^ roj Loj-s , iljit prendre et saisir le segnieur de Couiyy , non par ses barons ne par ses chevaliers , mais par ses serjaus d'armes, et le fit mestre en prison en la tour dou Louvre. Le partage dont parle ici ]\'angis est celui que firent , vers l'an 1 1 jo, Eugueraud II, sire de Couci, Robert, auteur de la branchie de Boves , sou frère puiné, et leur sœur , des biens de la succession de Thomas de Marie, leur père. Or il est faux que la baronnie de Boves. qui était elle-même avant ce partage une pairie séparée, eut jamais fait partie de la terre de Couci , non plus que Marie, autre baronnie venue par alliance dans cette maison. Il est également faux que la terre de Boves ait emporté la seigneurie sur celle de Couci , dont elle relève encore aujourd'hui en vertu ^u même partage, qui, loin de rien ôter à la baronnie de Couci , y ajouta cette mouvance de plus. A ces preuves incontestables et à celles que nous avons déjà données sur ce droit de pairie, nous enjoignons une dernière qui prouve que le procès de i256 ne changea rien à cet égard. C'est une déclaration du roi Philip])ele Bel, confirmalive de celle qu'il avait rendue en 1291, sur le droit d'amortir, dans laquelle est une liste des pairs désignés tels, auxquels ce droit appartient, et le sire de Couci y est compris. (Brussel , p. ÇiÇ>6. )
Enguerand , quelque tems après le jugement de cette affaire , en eut encore une autre du même genre avec la même abbaye de Saint-Nicolas-aux-Bois. Deux domestiques de ce monastère , qui avaient le plus crié contre lui dans celle des trois gentilshommes, furent assassinés par ses gens. L'Abbé s'en prit à lui et voulut avoir justice de ce nouvel attentat. Pour se tirer de ce mauvais pas , il céda un canton de bois, l'an 1261, aux religieux , et l'affaire fut assoupie. ( Duplessis , Uist. de Couci , p. 71. ) L'an 1265 ou environ, il lut dédommagé de ces pertes par la riche succession que Marie de Montmirel , sa mère , lui laissa en mourant. Il en vendit une partie > en i ^72 , à Gui de Dampierre , comte de Flandre, savoir , Crevecœur, Arlieux, et la châtellenie de Cambrai, qui passèrent depuis au roi par acquisition. Enguerand était alors marié avec Makgueritr , lille d'Otton III , comie de Gueldre. L'ayant perdue sans en avoir eu d'enfants, il se remaria, l'an 1288, avec Jeannk, fille aînée de Robert de Bélhune, comte de Flandie ; et cette alliance ayant été stérile, ses neveux furent
DES SIRES, OU BARONS, DE COUCI. '2'jty
reconnus poui- ses héritiers. Mais il les fit long-tenis attendre, n'elant mort que le 20 mars de l'an i3i 1. Il lut enterre' à Long- Pont auprès de sa mère. Après sa mort, Jeanne, sa femme , princesse d'un grand mérite, retourna en Flandre; et comme elle avait le ge'nie propre aux affaires, elle prit beaucoup de part aux guerres qui se rallumèrent de son tems entre les Français et les Flamands. Dans ses dernières années elle se relira au monastère du Sauvoir , près de Laon , et y mourut abbesse le i5 octobre i355.
ENGUERAND V.
i5ii. Ekguerand V , chef de la seconde race des sires de Couci , fils d'Arnoul HT, comie de Guines , et d'Alix , fille d'Enguerand III , sire de Couci , devint le successeur de son oncle Enguerand IV, dans la sirerie de Couci et les seigneuries de Marie , de la Fère , d'Oisi , de Montmirel , de Condé en Brie, etc. , le reste de cet héritage ayant été partagé entre ses frères. ( P^oj'. Arnoul llï , comte de Guines. ) Il avait été élevé à la cour d'Alexandre III, roi d'Ecosse, son cousin -germain , qui lui avait fait épouser, avant Tan laSS, une de ses parentes, nommée Chrétienne oe Railleul , nièce de Jean de Bailleul , qui fut le successeur de ce même Alexandre III. Enguerand V , retint toute sa vie le nom et les armes de Guines ; mais sa postérité' reprit ceux de Couci , qu'elle a gardés jusqu'à la dernière héritière de celte maison. La seule action mémorable qu'on trouve de lui , c'est qu'il fut du nombre des seigneurs qui , l'an i5i8 , prirent ouvertement , l'épée à la main, le parti de Mahaut, comtesse d'Artois, contre Robert, son neveu, qui lui disputait ce comté. Il vivait encore en i5?. i , et mourut peu de tems après , laissant de son mariage, Guillaume, qui suit; Enguerand, vicomte de Meaux , seigneur de Condé en Brii? , de la Ferlé-sous- Joua rrc, de Trêmes, etc. ; et Robert, chantre de l'église de Cambrai. Eiiguerandy fut enterré à Prémontré.
GUILLAUME
i52i ou i522. Guillaume, fils aîné d'Enguerand V , avait e'pousé , dès l'an i5i 1 , Isabelle , fille de Gui IV ( et non III ) , de Chàtillon , comte de Saint-Pol ; et en faveur de son mariage, son père l'avait mis en possession de la sirerie de Couci , dont il prit aussitôt le titre. Enguerand lui donna en même tems la terre d'Oisi, sur laquelle fut assigné le douaire de son épouse , en attendant qu'elle pût le prendre sur la seigneurie d'Havrincourt , dont jouissait alors Jeanne de Flandre, veuve d'Enguerand IV
25c) CimOTsOLOGîll HîSTOaiçrE
Cette même année , Jeanne de Guines , comtesse d'Eu , disputa EU baron Enguerand, et à Guillaume , son fils , la possession des tïiresde Conci , d'Oisi et de quelques autres , qu'elle pre'teiidait lui apparlevn.' du chef de Baudouin de Guines , son père , cliâtelain de.Bourbour*, fils aine'd'Arnoul 111 , comte de Guines. Les prétentions de celte dame donnèrent lieu à un grand procès , qui ne fut entièrement terminé qu'au mois de décembre 1029, par le roi l'hi^ippe de Valois. Guillaume, par l'arrêt qui fut prononcé à ce sujet , fut maintenu dans la jouissance de la terre de Couci. Vers le même tems , Alix, dame de Matines , sœur de Baudouin de Guines cL d'i^uguerand , étant morte , la mènif. comtesse et le sire de Couci se disputèrent encore celte succession. Mais, en î55i , cette dame , If cotuiétable de France , son fils , et Blanche de Guines, sa sœur, y renoncèrent en faveur de Guillaume. Celui-ci mourut vers l'an i355, et fut enterré à l'abbaye de Préinontré , auprès de son père- De son mariage il laissa six enfants : Kugn.erand, qui suit ; Jean , châtelain d'Havrincourt , mort sans lignc'c ; R;ioul , seigneur de Montmirel , qui hérita de Jean , son frère , de Marie , sa sœur , de Robert , son oncle paternel , et de Jacques de Sainl»Pol , son oncle maternel , les terres d'Havrincourt, de la Ferlé-Gaucher , d'Encre, de Romeni-sur- Marne. Raoul épousa Jeanne , fille de Jean d'Harcourt et de Blanche de Ponthieu, et fut auteur de la branclïcdes seigneurs dcMontmirel , dont les mâles s'éteignirent en 14^4 pai" l^i mort dii Ilaoul de Couci , leur second fils , qui avait été évêqne de Metz en i 387 , et était alors, dt^puis \^i^>, évêque-comtc de Psoyon, pairde France ; Aubert , .seigneur de Dronai , près de Montuiirel ; Marie, dame de liomein ; et Isabelle, dont on ne sait rieu. Isubcau , mère de ces enfanis , vivait encore en i55i.
ENGUERAND VI.
i555 ou environ. Enguerand VÏ , fils aîné de Guillaume , lui succéda dans la sirerie de Couci et dans les terres de Marie , la Fèrc , Oisi , etc. Le roi Philippe de Valois lui fit épouser, i'an 1-558 , Catherine d'Autuichr , fille du duc Léo{)old , et de Catherine de Savoie, petite fille de l'empereur Albert l'"'' , et arrière- petite-fille de Rodnife I'' , aussi empereur. L'année suivante . Eîlouard lit , roi d'\ngleterre , (jui causa tant de maux à la France , ayant levé le siège de Cambrai par oîi il avait ouvert la campagne du côté des Pays-Bas, attaqua le château d Oisi avec quinze cents hommes. Mais il échoua devant cette ])lace par la brave résistance de ceux qui la tenaient pour Engueraud. Il se vengea néanmoins bientôt après sur les villes et
DES SIKF.S, OU BARONS, DE COUCf. 21)7
cliâteaux de Marie , de Saint-Gobin et Creci-sur-Scrrc où il mit le feu.
Enguerand fut un des seic^noiirs de France qui prirent le iiliis de part aux guerres qui s'y élevèrent de son léms. En i54o, il alla joindre le roi pour se trouver à la bataille qu'on devait livrer à Edouard , dans la vue de délivrer Tournai qu'il tenait assiège'. En 1545 , 1345 et 1546 , il était à la suite de Jean , duc de Normandie, et héritier présomptif de la couronne, dajis la guerre qu'il fit pour soutenir Charles de Blois contre Jean de Montfort , son compétiteur au duché de Bretagne. Il se trouva au siège d'Angoulême qui fut pris sur les Anglais le ?. février i546. Mais sa mort suivit d'assez près cet événement, et arriva au plus tard au commencement de l'an i547. I' ''*^ laissa de son maria ge u'un fils qui suit. (Du Chesne , Duplcssis. )
ENGUERAND VIT.
1546 ou i547- Enguf.r.vnd VII, fils uniqsje d'Enguerand VI , devint seul héritier de ses biens sous la tutelle de sa mère , laquelle , s'étant remariée, l'an 154B ou i549, ^ Conrad de Ilardceck, mourut celle dernière année, avec son époux , de la peste qui ravageait alors la France , l'Angleterre et l'Allemagne. Enguerand , devenu majeur," servit le roi son maifre avec tout le zèle qu'on dcvnit attendre d'un seigneur de sa naissance. Le roi Jean ayant été pris , en i556, à la bataille de Poitiers , il fut du nombre des seigneurs français qui' furent doiuiés en otage, l'an i56o, aux Anglais en conséquence du traité fait pour la délivrance du monarque. Il acquit en Angleterre l'estime et l'aftec- Iton du roi Edouard III, qui , pour se l'attacher, lui rendit la liberté , et lui fit épouser sa fille IsAnF.rr.F. , à laquelle il donna pour dot la baronnie de Bediort avec d'autres terres. Enguerand en possédait déjà plusieurs en Angleterre , qui lui veuaient de Chrétienne de Bailleul , femme d'Eiigucrand V, son bi-aioui. Lan 1367 , son beau-père paya de ses deniers le coni'é de Soissons qui lui avait été cédé par Gui de Blois , lun des olagcs envoyés en Angleterre pour assurer la rançon du roi Jean. ( Korez Enguerand , comte de Soissons ). Cnuiblé de bienfaits et d'honneurs de la part d'un roi puissant qui avait voulu lui appartenir de si près , il revint en France , et reçut à Paris, au mois d'avril i568, le duc de Clarencc, son beau-frère, qui allait à Milan épouser la fille de Galéas Visrnnii. La guerre s'étant rallumée peu de tems après entre la France et l'Angleterre , Enguerand se trouva fort cndjarrassé sur le parti qu'il avait à prendre. D'ua côté sujet, allié et vassal par sa naissance du roi de France, de l'autre vassal et gendre du roi d'Angleterre , il se faisait un crime
de tirer l'epée contre l'un nu contre l'autre. Pour se tirer d'embarras , il prit, le parti di; passer en Italie avec la pcrnriission de Charles V : il y servit utilement les papes Urbain V et Gre'groire XI contre les Viscontis. Le bruit de ses exploits engagea le roi Charles V a le rappeler ; et pour le déterminer auTCtour , ce monarque lui envoya, l'an i5'j^ , le bâlon de maréchal de P'rance.
Dp retour en France , l'an \5j5 , Enguerand lève une armée qu'il mène en Ailcinagne pour faire valoir ses droits sur les biens allodiaux de la maison d'Autriche , qu'il prétendait lui appartenir du chef de Catherine , sa mère. Ces alleus , situés , pour la plupart, dans l'Alsace, le Brisgaw et l'Argow , étaient , ainsi que toute la succession delà maison d'Autriche , entre les mains d'Albert III et de Léopold III , son frère , neveux de Catherine et cousins du sire de Couci. Depuis la trêve conclue entre la France et l'Angleterre , les troupes du fameux partisan , Arnaud de Cervote , dit l'Archiprêtre , vivaient en France aux dépens du pays et y commettaient mille désordres. Engueraiid les enrôle sous ses drapeaux avec la permission du roi Charles V , qui lui prête pour son expédition une somme de 40000 livres (i)- Plusieurs seigneurs français du premier rang, se joignent au sire de Couci. Avant de se mettre en marche , il prévient de son dessein, par un manifeste du 3.5 septembre de cette année , les villes impériales d'Alsace, les assurant qu'il n'a nulle envie de leur faire tort, ni à l'empereur , mais seulement d'arracher de vive force son patrimoine à ceux qui le retiennent aux dépens de la justice. Les troupes de l'Archiprêtre s'étant assemblées devant Metz, arrivent dans le mois dV.clobre dans l'Alsace , où elles répandent la terreur et eoinmeitcnt mille désordres. Eiiguerand étant venu se mettre à leur tète avec quinze cents lances, rétablit la dicipline dans cette armée. Le duc d'Autriche , Léopold , ne demeure cependant pas oisif: il fait alliance avec plusieurs cantons suisses pour repousser l'ennemi. De l'Alsace et du Sundgavv , les troupes d'Ënguerand , après la Saint-Marlin , passent dans l'Argow, ruinent VVallembourg, et franchissent la montagne d'Havenstein , dont le passage aurait pu être dispute par une poignée de soldats } elles forcent ensuite le détroit de la Clus , autre passage important dans Je canton de Soleure. Couci investit lui-même la ville de Buren , apparlenanîo au comte de INidau, qui est tué d'une llèche
(1) En 1 375, l'argent moanayé était à 6 liv. le marc, et à 11 den. Ggr. d'à- ^ loi; donc ^0,000 liv. «le ce tems-Ià produisent G666 marcs 3 onces •2 gros 9. d. , qui , h raisoD du 5o 1. 2 s« \ d. r/S le mure , donaeat un total de 334>i 14 'i^- Il s. 8d.
DES SIRES, OU BARONS, DE COUCI. 2ùg
en regardant par une fenêtre du château. L'Archiprêtre de'truit la ville d'AItroux avec plusieurs châteaux , et fait des courses d;<ns tout l'Argow. Mais trois mille de ses gens, qu'on nommait les Anglais, sont défaits à Buttisholz par six cents braves du pays. Le jour et le lendemain de Noël, les Bernois font essuyer aux Anglais deux nouveaux e'checs. I-e sire de Couci est obliij;e par CCS revers d<' retourner en Alsace , où il prend la petite ville de ' Vatweiler. Enfin , le i5 janvier 1.^76 , il fait la paix avec les ducs d'Autriche, qui lui cèdent les villes et seigneuries de Midau et de Buren, au moyen de quoi il renonce à ses pre'tentions, conge'die ses troupes etreprend la route de la France.
Edouard III , beau-père d'Enguerand , e'tant mort, l'an 1377 , il s'attacha uniquement au service de la France ; et pour rompre ses liaisons avec l'Angleterre , il permit à sa femme d'y retourner avec Philippote, la seconde de ses filles, ne gardant avec lui que Mnrie , qui e'tait l'aine'e: il renvoya même au nouveau roi l'ordre de la Jarretière, en lui déclarant que ses derniers -services seraient jDOur le roi et le pays qui avait eu ses premiers serments. Philippote, sa fille cadette, épousa quelque tems après Robert de V'eer, duc d'Irlande et comte d'Oxford, qui la re'pudia ensuite du vivant même d'Enguerand YII pour e'pouser une demoiselle de la reine.
Enguerand n' e'tait pas moins verse' dans le mane'ge de la politique que dans le me'tier des armes. Le roi Charles en fit l'expérience dans plusieurs ne'gociations importantes qu'il lui confia. La guerre s'e'tant renouvele'e , il alla joindre à Bergerac l'arme'e victorieuse du duc d'Anjou. Charles V le fit passer de là en Normandie pour re'duire les places qui obéissaient au roi de Navarre. Il prit Bayeux , Carenian , Moulineaux , Conchcs et Passif Evreux lui ouvrit ses portes. Le connétable du Guesclin e'tant mort l'an i58o, Charles V jeta les yeux sur le sire de Couci pour le remplacer. Celui-ci, par un trait de générosité tout-à-fait rare , préféra le salut de l'état à cette brillante dignité. Le roi venait de confisquer la Bretagne sur le duc Jean de Montfort : pour conserver cette province , il fallait faire choix d'un homme qui connût parfaitement les Bretons , et (fui en fût lui-même connu j ce fut pour cette raison qu'Enguerand persuada au roi de conférer l'épée de connétable à Olivier de Clisson. Charles, par une espèce de dédommagement , donna à Couci le gouvernement de Picardie. Enguerand, dans cette province, signala sa valeur contre les Anglais, et n'eut pas dans la uile à se plaindre qu'elle eût été méconnue à la cour. Après la mort de Charles V", Louis, iduc d'/Vnjou , régent du royaume , lui donna , par lettres du 27 septembre i58o , le château et la châtellenie de Mortagne-sur- VEscaut , pour récompense des services que l'état avait reçus dç
^'¥' CHROxNOLOGIE IIlSTORIQliE
lui et Je ceux qu'il en allendait encore. (Rec. de Colbert, vol. 55, fol. 5.) Enguerand signa, le i5 janvier suivant , au nom du roi Cliarles VI, nn traité de paix avec le duc de Bretagne La même année , le soulèvement des Parisiens , occasionc par les impôts , ayant oblige la cour de se retirer à Meaux, Euguerand fut envoyé vers les rebelles pour les engager à rentrer dans le devoir. Il y réussit par la douceur et la sagesse de ses remontrances, et amena les Parisiens au point de consentir à payer chaque semaine la somme de dix mille livres au roi. ( Froissart. ) Mais les. suggestions des esprits séditieux , firent évanouir, après sou départ , ces bonnes dispositions. Enguerand servit ulilc-ucnt l'état les deux années suivantes dans la guerre contre les Flamands et les Anglais. Le sire de Couci , apprenant , l'an i584, la détresse où Je duc d'Anjou se trouvait dans le royaume de Napies, dont il avait entrepris la conquête , lui mène un corps de troupes , que Laurent Buonir.contro fait monter à quinze mille chevaux , et que d autres réduisent à moitié. Mais àpeinea-t-il passéles Alpes, qu'il reçoit la nouvelle de la mort de ce prince , arrivée le 20 ou le 21 septembre de la même année. De retour en France , Enguerand fut revêtu de la charge de grand-boutillicr ; et quelque lems après le roi le nomma , avec le connétable et le maréclial de Sancerre, pour conunander l'armée destinée à l'expédilion d'Angleterre.
Le sire de Couci, l'an 1587, engagea le <luc de Bretagne à faire satisfaction au roi pour avoir arrêté prisonnier le connétable de Clisson. Il marcha , l'an i588, à la tête de quelques troupes contre le duc de Gueldre , qui avait eu la hardiesse de défier le roi; mais le duc évita la guerre par sa soumission. Cette année , le sire de Couci perdit les seigneuries de Buren et de Nidau. Les Bernois se plaignant que la garnison établie à Buren par le duc d'Autriche, comme protecteur de la seigneurie, les incommodait, voulurent y mettre le feu. Les Fribourgeois-, qui avaient des hypothèques sur Buren, s'y opposèrent. On en vint aux armes de part et d'autre, et les Bernois, ayant emporté d'assaut la ville et le château de Buren, les réduisirent en cendres le 1 2 avril 1 388. Les vainqueurs , le 7 mai suivant, allèrent mettre le siège devant ]\idau, prirent d'assaut , le 19 du même mois , la ville qu'ils brûlèrent, et confraiguirent par famine le château à se rendre le 21 du mois suivant, [-a guerre continua cette année entre Fribourg et Berne. Le sire de Couci envoya au secours des Fribourgeois deux cenls lances , commandées par Jean de Roye , son connétable ( caries sires de Couci avaient depuis long-tcms , à l'imifa-tion des ducs et des comtes , des officiers pareils à ceux du roi. ) ]Mais , le 9 d'août, ces troupes étrangères quittèrent Fribourg et lotournèrcnt eu France. Le traité de paix qui se fit l'année sui-
DES SlhES, OU BARONS, DE COUCT. :i/^l
vante entre la maison d'Autriche et les Bernois assura la possession deBurenet de Nidau à ces derniers.
Lnguerand ayant accompagné , l'ani55c), le roi Charles VI dans son voyage d'Avignon , fut engage' par la veuve du duc d'Anjou à (.ouduire son fils en Espagne, oii il allait épouser une des filles de Jean I "" , roi d'Aragon. L'anne'e suivante, il fui: nomme' pour marcher à la suite du duc de Bourbon au secours des Génois contre les Mahométans d'Afrique. Cette expédilioi* fut assez heureuse : elle l'eût été encore davantage , solou Froissart , si le sire de Couci avait eu le commandement de l'année. ( l^^oj-. Louis II , duc de Boiwbon. ) Le même Froissart parlant de celte expédition rapporte un trait qui montre le boa sens d'Enguerand , et peint bien en même teins le caractère de nos anciens preux. Pendant que notre armée faisait le siège d'une ville, que cet écrivain nomme Africa , il arriva qu'un sarrasin , qu'il appelle Agadinquor , accompagné d'un truchement, s'approcha du quartier où campait un ecuyer nommé Affrenal. Après avpir disputé quelque tems sur la religion sans pouvoir s'accorder , les deux champions cûavinrentde renaettrc là décision de cette aiFaii:e au combat de vingt chevaliers choisis dans les deux années, dix sarrasins et dix chrélicns , combat qui devait se donner quatre heures après. Affrenal revient en diligence au camp , et ayant rencontré d'abord Gui et Guillaume de la Trémoille, il leurraconte le défi du sarrasin. Dirent les deux frères , de grand voiilonlé. Affrenal parles aux autres , car nous serons du nombre des dix. L'écuyer eut bientôt complété les huit autres , au grand déplaisir de ceux qui n'en entendirent parler qu'après. PUist à Dieu y faisaient plusieurs , que je fusse du nombre des dix. Toute manière de gens dedans l'ost s^en tenaient réjouis. li n'y eut que le sire de Couci qui osa blâmer l'entreprise. Il apporta beaucoup de raisons pour la dissuader , et s'éleva surtout contre le défaut de subordination qui régnait dans nos armées , comme s'il était libre, disait il , à des particuliers d'accepter de pareils défis, où l'honneur de la nation pouvait être compromis. Aflrenal, ajoutait-il , devait répondre au sarrasin qui le défiait d'armes : Je ne suis pas chef de Vost , mais je suis le moindre. Venezsous mon s^auf- conduit 'y je vous mènerai vers monseigneur le duc de Bourbon et les seigneurs du conseil de Vost où. l'on vous écoutera avec plaisir. Telle défance d'armes , adjoula Couci ne se doit point passer fors par grands traités et délibération de bon conseil ; et c/uand les armes eussent esté accordées des nôtres, on eût scu véritablement quels gens se fussent combattus , par nom et par surnom, de nom et d^ armes ; et aussi nous euS" siens advisé les nostres à notre entente pour nostre honneur et prouft. Ce discours du sire de Couci fit impression , et plusieurs XIL 3i
<1li conseil se rangèrent à son avis. Mais Philippe d'Arlois et Philippe de Bar remontrèrent que puisque les armes élaient entre'prises , trop grand blasme serait de les briser ^ et que au nom de Dieu et de ISosire- Dame on laissas t convenir les chevaliers et les écir)~ers. Cet avis fut suivi, et les dix champions, bien appareillés , aj^ant messire Guj" de la Trémouille en chef tout de— i-ant , se rendirent à l'heure convenue au lieu indique'. Mais aucun sarrasin ne comparut.
L'an l5c)5, sur la re'solution que les Ge'nois avaient prise de se donner au roi ou à quelque prince du sang , Enguerand se rendit à Gènes pour me'nager les intérêts du duc d'Orléans , prit possession de Savone au nom de ce prince , et fit rentrer la ville d'Asti dans le devoir. A peine fut-il de retour , qu'il fallut se préparer à une autre expédition. Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, voulant envoyer en îlongrie , Jean , comte de Nevers , son fds , à la têle d'une armée considérable contre les Turcs , crut ne pouvoir mieux faire que de confier ce jeune prince au sire de Couci. Sur la proposition qu'il lui en fit, Enguerand, aussi modeste que brave , s'excusa d'abord en disant que l'armée ayant à sa tête le ' comte d'Eu , connétable, et Jacques de Bourboii , comte de la Marche , n'avait pas besoin d'autres chefs, ^4 donc, respondit le duc, et dis t'. sire de Coucj- , vous avez trop plus vu que ces deux Tiont , et sçavez trop mieux oii Von doit aller par le pajs , ipie nos cousins d'Eu et de la Marche ne font. Chargez-vous donc de ce dont vous estes requis et nous vous en prions. Monseigneur, respondit le sire Coucj' , vostre prière m est comitian-' dément; et je le fer ay , puisquilvous plaist, à V aj de et conduite de messire Guy de la 'T rêryioille et de messire Guillaume^ sGuf l'ère, et de l'admirai de France, messire Jehan de f^ienne. De cette response curent le duc et la duchesse grand joje. ( Froissart. ) Enguerand se mit en marche dans le mois de mai 1096 avec l'armée composée de près de deux mille seigneurs , suivis presque tous de l'élite de leurs vassaux. Arrivé sur les lieux, il se distingua en différentes rencontres , et surtout dans une oîi il tailla en pièces un corps de quinze ou vingt mille Turcs. Lorsque la bataille de Nico])olifut décidée, il appuya fortement l'avis du roi de Hongrie , qui voulait qu'on plaçât les Hongrois à Tavant-garde (c'est ainsi qu'on nommait alors la jîrcmière ligue) , par ce qu'ils étaient accoutumés à la manière de combattre des Turcs. Malheureusement le plus grand nombre ne l'écouta point, et il fut obligé de céder. Sire de Coucj, lui dit l'amiral de Vienne qui pensait comme lui , là oii la vérité et la raison ne peut estre ouye , il faut qu'outre-cuidance règne ; et puisque le comte d'Eu ( connétable ) , se veut combattre , il faut que nous le sul" vions. L'cvcnenieutful tel que les plus sages l'avaient prévu. La
DES SIUES, OU BAilONS, DE COCCI. lL\li
journée deNicopoIi, du 28 septembre i5r)6, sera me'morabic à jamais parla porte que la France y fit de la fleur do sa noblesse. Enguerand fut du nombre des prisonniers , et conduit à Bursc ea ïiithynie où il mourut le 18 février 1397. Son cœur, rapporte' en France, fut place' aux Ce'lestins deSoissons, qu'il avait fonde's en i5go (1). M. de Belloi qualifie Enguerand VII d'homme trèseloquent , grand négociateur et grand guerrier , et tout ce qui vient d'être dit sur son sujet, justifie parfaitement cet c'Ioge. IsABE].T.E , fille de Jean , duc de Lorraine, qu'il avait e'pouse'e en secondes noces l'an i38o , lui avait donne' une fille nomme'c comme elle , qui fut marie'e après la mort de son père à Philippe de Bourgogne, comte deNevers. La mère se remaria, l'ani3g(:),à Etienne, duc de Bavière père d'Isabeau, femme du roi Charles VI, si fameuse parles maux qu'elle attira sur la France. Enguerand VII est le dernier de sa maison qui ait posse'de la sirerie de Couci. Après sa mort , Marie , sa fille , veuve de Henri de Bar, fils aîné de Robert , duc de Bar , qu'elle avait e'pouse' en i5o3 , et perdu à la bataille de Nicopoli , se porta pour he'ritière de toutes ses terres et s'en mit en possession. Mais Isabelle, sa sœur du second lit, lui demanda partage , et lui intenta procès à ce sujet. Cependant Louis l'^i" , duc d'Orle'ans, sollicitait et pressait Marie de lui vendre la sirerie de Couci , devenue l'une de- plus belles et des plus puissantes baronniesdu royaume, ayant dans sa dc'pendance cent cinquante bourgs ou villages, outre les châteaux, les forêts et les e'tangs qui en faisaient partie. Enfin , à force de menaces et de poursuites, le duc obtint ce qu'il demandait. Par contrat du i5 novembre 1400, Marie lui vendit la sirerie do Couci , c'est-à-dire Couci , Ham , Folcmbrai , Saint-Au])in , la Fère , Saint-Gobin, le Chastelier , Saint-Lambert, Marie , Aci et Gerci , le tout pour la somme de 400 mille livres ; c'était le double de ce qu'il avait acheté' le comte' de Blois. Marie ne toucha qu'une partie de son argent, et mourut en i4o5 (non sans quelque soupçon de poison), laissant un fils nomme' Piobert de Bar. Celui-ci voulant se mettre en possession de la succession de son aïeul , fut traverse' par Isabelle , sa tante , f[ui renouvela le procès qu'elle avait intente' à sa sœur et au duc d'Orle'ans. Enfin , par arrêt du i 1 août 1408 , la moitié' de Couci , de Marie , de la Fère et d'Origni , avec le quart
(1) Il y avait fait placer h celle époque deux grands lablcaiix conlcnaiu sort portrait et celai d'Isabelle , sa première Iciutne, où ciiacun est représenté de grandeur colossale. Enguerand 3 est armé de tomes pièces , tenaut un bâton de commandement h la main. On y voit l'écu de ses armes écarlelées «l'Autriche. Ces tableaux , d'un fort beau dessin et bien conservée , ont ic mérite d'avoir été faits à l'époque de la peinture à l'huile. M. de Bourdeilîo, évdcpie de Soissons, les ea\oyu à JVIM. de Couci, lors de la suppressioïi des Céicsiins.
2^'/f CHUOJNOLOGIE HISTORIQUE
de Montcornet et de Pinon et la cinquième partie de Ham , fut adjugée à Isabelle. Mais cette dame étant morte l'an 141 ' , et Marguerite , sa fille unique, six mois apivs elle , la portion de la succession d'Enguerand YII , que le duc d'Orle'ans n'avait point ajhete'e , revint toute cnlière à Robert de Bar. De celui-ci elle passa dans la maison de Luxembourg , puis dans celle de Bourbon , et fut enfin réunie au domaine de la couronne lorsque Henri IV monta sur le trône. L'autre partie , celle que Marie de Couci avait vendue au duc d'Orléans, faisait dès-lors partie du domaine , depuis que Louis II , duc d'Orle'ans avait succe'de' , sous le nom de Louis XII, au roi Charles VIU. Ainsi toute la succession d'Enguerand VII retourna au roi à deux différentes reprises. Depuis ce tems lâsirerlede Couci n'a plus été démembrée de la couronne : elle a seulement fait quelquefois partie des apanages do nos princes. C'est sous ce titre qu'elle a autrefois appartenu à Claude de France , fille de Louis XII , ensuite à François de Valois, fils de Charles , bâtard de Charles L^ ; enfin à Philippe de France , duc d'Orléans , frère de Louis XIV, dont les descendants en sont demeurés possesseurs jusqu'à la re'volution.