‹ L'art de vérifier les dates (volume 2)Chapitre 141 sur 299 · RAOUL II · texte numérisé non relu

RAOUL II

1242 ou 1243. Raoul II , fils aine d'Enguerand III et son successeur dans la sirerie de Couci et dans la plupart de ses autres terres , ne tient sa place dans l'histoire, dit dorn Duplessis , que jiar la seule action qui termina glorieusement sa vie. Ayant accompagne' le roi saint Louis dans son premier voyage d'outreïner , il fut tue' le 9 de février i25o , à la Massoure , après avoir fait des prodiges de valeur pour soutenir et sauver Robert, comte d'Artois, que sa bravoure avait emporte' trop loin. 11 avait e'pousé PhilippÈte, troisième fille de Smiou de Dammarlin, comte de Pontliieu , etveuve de Raoul d'Issoudun, comte d'Eu, dclaquelle il ne laissa point d'enfants. Pliilippèle se remaria en troisièmes noces à Otton III , comte de Gueldie , et mourut eu 1268.

ENGUERAND IV.

i25o. Enguerand IV succe'da dans la terre de Couci et les autres domaines de sa maison à Raoul , son frère. L'an I25ô, il se signala par un trait digne de Thomas de Marie. Trois jeunes gentilshommes flamands , apprenaient le français à l'abbaye de Saint-Nicolas-aux-13ois , dans le diocèse de Laon ; ayant c'te' trouve's dans sa forêt de Couci avec arcs et flèches , mais sanz chiens et sanz antres engins par quoi ils peussent prendre bestes sauvages, il les fit arrêter et pendre sans aucune forme de procès. L'abbé de Saint-Nicolas, et quelques femmes parentes de ces jeunes gens , portèrent leurs plaintes au roi saint Louis , de cette exécution. Sur quoi li benoiez rois fin apeler ledit Enjorran (Enguerand)» seigneur de Couci, devant lui , puis quil ot fêle enquesle soufisant , et si comme l'en la devait fère -quant à tel §èt^y et lor il le fist arester par ses chevaliers tt par ses serganz, et mener au Louvre et mètre en prison , et estre illecques tenu en une chambre sans fer z. Et comme li dit Enjorran.-. fust ainsi . retenu, un jourli benoiez rois fist ledit seigneur de Couci ameJier devant lui , avecques lequel ^nndrent li rois de Navarre , li dui de Bourgoigne , li cuens de Bar , li cuens de Sessons... et aussi comme touz les autres barons du royaume. A la parfin il fut proposé de la partie dudit monseigneur de Couci devant le benoiez roj , que il se voulait conseillier , et lors il se trest d part, et touz ces nobles hommes devant diz avecques lui... et louant ilorent esté longuement à conseil , il revindrent devant li beneoit roj' ; et proposa devant lui monseigneur Jehan de Thorote pour ledit monseigneur Enjorran... que il ne devait pas ni voulait soumetre soi à enqueste en tel cas , comme telle en-

DES SIRES, OD BAROiNS, DE COLCU 255

queste touchast sa personne , s' enneur et son héritage , et que il estait prest de défendre soi par hatnille ; et noia ( nia ) plainement que il n'avait mie pendu ni commandé à pendre les Jou~ s'enciax desus diz. Kt lidiz et lesdites femmes étaient iUecques.. (jiii requeroient justice. Et comme li benoiez rois ot entendu diligaument le conseil dudit monseigneur Enjorran... '"' respondi (jue es fez des ponres , des églises , ne de •! personnes dont nn doit avoir pitié , Pen ne devait pas einsi alcr avant par loj^ de bataille... El ioui fnsl-il einsi que plusieurs proiassent le bevoiez raj pour ledit monseigneur ds Couci : non lyourqueant oncques pour ce li sainz roys /.e i>oh leurs prières air... Et à la par fia. ,jar le conseil de ces canseilliers condempna ledit 7??nnseigneur de Couci en douze mille lii^res parisis (i) , laquelle somme d'argent il envoja en jîcre pour des pendre en l'aide de la T'crre- Saintf{2). El pour cène lais s a il pas que il lene^candemj/nasl à ce que ilperdisl le bois eiquel iesdizjauvenciax avaient estépcnduz.. Avecques ce il le condempna que il feist fèie trois chnpellenies perpetueles et les duiuist , pour les âmes des penduz. Et li os ta encore toutchauie justice de hais et de 7)iviers. f T^ie de saint Louis , édition lia fjOitvre , ])p. 57C)-58o. ) Telle es! on ^>rrcis la relation f[iie le conîcsscur de la reiue Marguerite faii de cet e've'^ îiement. 11 en est peu de plus inte'ressanls , puisque ce fut l'un des premiers coups portés à l'usage atroce du combat juiliciaire. Saint Louis, maitrc de la personne d'Enguerand , mais contrarié par l'opposition des pairs "pii ne voulurent point juger sur l'enquête , y de'ploya une fcrmelé qui , jointe à l'importance de la cause , rendit celte action très frappante dans la vie de ce prince ; en confie'quence elle fut l'un des objets de la proce'dure faite en j 282 et 3285 pour sa canonisation. Or, ce sont les actes de cette procédure que le confesseur dit (p. 292 ) lui avoir e'té remis; qu'il a transcrits et ])ubliës à la prière de madame Blanche , fille du saint roi. Il est donc préférable à Guillaume de Nangis , qui , dans ses annales du règne de saint Louis (p. 254), ^^^ qn'Engnerand , dans le procès dont il s'agit , ayant demandé à estre jugiés par les pers deFrance, selonc la coustume de baroniey ilfu prouvé...

(1) La livre numéraire, du teins de saint Louis , reviendrait aujourd'hui é 17 Hv. i3 5. 3 d. 7y|', car le marc d'ars;cnt moiuiajé valait 58 s. , et t-tait k 11 deniers 12 graius d'aloi : aiusi 12 luiile livres purisis, ou i5 mille livres tournois, sont égales Ji 2645987 liv. 8 s. 6 d.

(2) Nangis dit au contraire que cette amende, qu'il n'évalue qu'à dix mille livres , fut employée à faire la 3Iaison-Dieu de Pontatse , les escales et le dortouer aux Frères piescheiirs de Paris, et tout le rnonstir cnlierevient aux Frères Mineurs.

Page 1