‹ L'art de vérifier les dates (volume 2)Chapitre 150 sur 299 · RENAUD II · texte numérisé non relu

RENAUD II

tii8 ou environ. Renaud II, frère, et non , fils , du comte Jean , lui succéda en bas âge sous la tutelle de sa mère. L'an ii5i , le roi Louis le Gros établit une commune à Soissons du consentement de l'évêque Goslen ou Joslen de Vergi , sans demander celui du comte. On infère delà que l'autorité des comtes de, Soissons était bien moindre que celle des autres comtes^ dans

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les terres desquels le roi n'eût pas osé faire une pareille entreprise sans leur aveu. ( Brnssel , Non. Ex. des Fiefs , T. I , p. 178. ) Cela est fort probable; car il est certain d'ailleurs que l'e'vêque de Soissons ne reconnaissait point d'autre seigneur que le roi , et ne dépendait en aucune façon du comte. Il faut en dire autant de l'abbc de Sairjl-Médard de 6ioiss,ons. Renaud ayant usurpé, l'an i iSa , l'église de Torni , appartenante au 'prieuré de Saint-Paul , membre de l'abbaye de la Seauve en Guienne, l'évèque Joslen , après des remontrances inutiles sur cette usurpation , le retrancha de la communion des fidèles. Le comte demeura deux ans dans les liens de l'excommunication. Honteux enfin de cet état, il revint à résipiscence, et fit un accommodement entre les mains de son évoque avec l'abbaye de la Seauve, au moyen de quoi les censures furent levées. C'est ce que nous apprend Joslen lui-môme dans une charte donnée à ce sujet l'an 1 04, ( Mabil. y4nn. T. \ I ; yipp. p. 664 , col. 2. ) La conversion de Renaud fut sincère, si l'on en juge par les libéralités qu'il fit en i id8 et 1 140 à l'abbaye de Saint- Yved de Braine. La dernière de ces deux années , il fut attaqué de la lèpre , et , pour comble de disgrâce , la suivante il perdit sou fils unique. Alors ayant fait ajourner tous ses héritiers présomptifs €n présence de Gosicn , son évêque, il leur fit part du dessein où il était de disposer de son vivant en faveur de l'un d'entre eux du comté de Soissons, de peur que sa succession après sa mort ii'occasionàt des contestations. Mais la désignation qu'il fit ensuite d'Ivos de Ncsle pour son successeur , ne fut pas reçue sans contradiction. Des amis communs vinrent à bout néanmoins de ménager un accommodement , dont la condition essentielle fut que Geoffroi de Douzi , Gautlner de Brienne , et Gui deDampierre, céderaient tous leurs droits sur le comtéde Soissons à îves de Nesle , moyennant une certaine somme d'argent. Alors Ives, dit la ciiarte ou notice, dont nous donnons l'extrait, offrit l'hommage-lige suivant la nature du fief. L'évèque refusa d'abord de le recevoir , à cause de l'absence de Mathieu de Montmorenci , un des héritiers présomptifs ; mais conime l'on jugea qu'il n'était pas nécessaire de l'attendre , l'évèque reçut enfin Ives de INesle à l'hommage-lige. Il restait encore une formalité à remplir : c'était de payer ïe plaid , ou relief, à l'arbitrage du seigneur , conformément à l'usage dn . royaume , qui ne permettait pas aux vassaux , sans cela , de recueillir les fiefs qui leur étaient échus en succession collatérale. Ives de Nesle pria l'évèque d'abonner ce droit , moyennant une rente de soixante livres par an et de dix niQids de sel , à prendre sur le minage de Soissons. L'évèque y consentit; et outre les otages ou cautions qu'lyes donna au prc'Ut pour su-

DES COMTES DE SOISSONS. sSy

rete de cette convention , le roi Louis le Jeune voulut bien luimême y intervenir comme garant de ce traite'. C'est ce que ce prince nous apprend lui-mènae par son diplôme qui subsiste ea original dans les archives de la cathc'drale de boissons ( layette <)3 ) , et oii l'on voit encore la courroie de parchemin blanc à laquelle était attache' le sceau qui n'existe plus. La date porte l'an 1 140 (suivant le vieux style), quatrième du règne de Louis, qui , ayant commence' au mois d'août 1140» courait encore jusqu'à ce mois dans l'an 1 141. M. d'Aguesseau ( T. VI , p. 219 ) rejeté ces deux actes , comme fabrique's par l'èvèque Goslen , pour s'attribuer au préjudice du roi la mouvance du comte' de Soissons. Sauf le respect dû aux lumières de l'illustre chef de la magistrature , nous avouerons de bonne foi que nous n'avons pu reconnaître dans le diplôme de Louis le Jeune aucun caractère de fausseté', Nous dirons de plus que les e'ioges donne's à la vertu <3e Goslen par ses contemporains ne s'accordent nullement avec ie crime de faussaire qu'on lui impute. Les historiens du Soissonnais rapportent la mort du comte Renaud à l'an 1146. Sa femme, nommée Bathil,de , suivant une charte du même Gosien ( Mabil. ibid. ) . s'étant retirée à l'abbaye de Notre-Dame de îSoissons , lorsqu'il était à l'agonie , y finit ses jours , selon l'obituaire de cette maison , le 28 juin ; on ne marque point en quelle année-

IVES DE NESLE , dit LE VIEUX.

1146. IvES DE Nesle , petit-fils de Guillaume de Busac par Ramentrude sa mère , femme d'Ives , et non Raoul , seigneur de Nesle et; cousin germain de Renaud , lui succéda de la manière qu'on vient de rapporter. Il avait , suivant sa relation, deux frères puînés, Raoul et Dreux, L'an 1147, il fit hommage à Goslen son évêque , et lui donna un acte par lequel il reconnaissait tout ce qui s'était passé, comme nous l'avons r?3pporté , au sujet de la succession du comte Renaud : à quoi il ajoute que pour le plaid de l'évêque, il s'engage à h;i donner et à ses successeurs à perpétuité tous les ans , sur les revenus de la portion du comté qui relevait de l'évêché, quatre muids et demi de sel et dix livres en argent, monnaie de Soissons j renonce de plus , comme avait fait avant lui le comte Renaud, à l'usage sacrilège où étaient ses prédécesseurs de jnller la maison de l'évêque après sa mort 5 et pour caution de ses engagements , il donne , outre ses deux frères , Raoul et Dreux , la personne du roi Louis le Jeune , présent à cet acte, et Raoul (comte) de Péronne (ou de Vermandois). II nomme ensuite quatre tcraoius , savoir le même Raoul , Al- XIL S5

aSS CîIUONOIOGIE llISTOriTQCE

beric de Roye , ïliierri , fils de Galeran , et Jean le Turc , et finit eu disant qu'il a jine' l'e'vè({ue , pour douner plus de force à cet acte , d'y apposer son sceau. C'est le seul sceau dont il fasse mention , et très-probablement celui dont le lacs en parchemin est encore attache' à la pièce. ( Arch. de Ici C. de Soissoris , ibid ) Il semble néanmoins que le sceau d'Ivcs de Nesie, qui s'obligeait lui seul, e'tait bien plus ne'cessaire que celui de l'e'vcque. C'est la réflexion très-sense'e de M. d'Aguesseau. ( Ihid. ) M^is en admettant l'induction qu'il en tire contre la sincc'rite' de l'acte , le ^^énéiaôle Goslen , qui serait le fabricaleur de la pièce , ne doit plus être à nos yeux qu'un insigne faussaire , et peut-être le plus hardi qui eût existe jusqu'alors. J3emeurons-en là, et poursuivons l'histoire d'ives de Nesle. L'an 1147 1 il pf»rtit pour la croisade, à la suite du roi Louis le Jeune. Les écrivains du tems font l'eioge de la conduite qu'il tint dans celte expédition. De retour en France , il s'attacha au comte de Flandre , Thierri d'Alsace , et à Raoul le Vaillant , comte de Vermandois. Ce dernier l'ayant institue' par son testament, l'an II 52, tuteur de ses enfants, il de'fendit leurs domaines contre les seigneurs voisins qui voulaient les usurper.

L'an ii55, le roi Louis le Jeune tint à Soissons , le 10 juin , une grande asscmble'e de pre'lats et de barons , dans laquelle il rendit une célèbre ordonnance, pour interdire pendant dix ans les guerres privées entre les seigneurs français. Il est dit , dans le pre'ambule de celte ordonnance , qu'elle fut dressée avec le bon plaisir de ceux qui composaient ce parlement : Ex quorum beneplacUo ordinaulmus ; et le comte Ives était de ce nombre. ( Du v^hesne, Hist, Fran. , T. IV, p. 585. ) Il faut observer à ce sujet que nos rois faisaient alors deux sortes de statuts ou ordonnances , pour la jjolice et pour l'administration de la justice. Les unes étaient observées sur les seules terres de leur domaine , et ils les faisaient de leur seule autorité, parce que leurs seuls vassaux étaient tenus de les exécuter. L(;s autres avaient force de loi dans tout le royaume , parce que les ducs et les comtes, ou les avaient faites de concert avec le monarque, ou les avaient ensuite adoptées. Cet usage subsistait encore du tems de saint Louis. Ce monarque avant défendu les duels , le prieur de Saint-Pierre le-lVIoûtier s'opposa à l'exécution de cette loi , dans les terres soumises à sa hauie justice , et son opposition fut jugée valable, par un arrêt du parlement, tenu à la Chandeleur de l'an 1260. Cet arrêt, rendu sur l'opposition d'un aussi petit seigneur que l'était le jirieur de Saint-Pierre-le-Moûtier , prouve , d'une manière décisive , la thèse que nous venons d'établir. Revenons au comte de Soissons. L'au ii6i , il confirma la fondaliou, faite

DES COMTES DE SOISSONS. 25g

}>nr le comte Renaud , son cousin , de i'abbaye des clianoincs rci,^ulit'rs de Saint-Le'ger de Soissons.

Le comte Ives e'tait conside're' de l'empereur Fre'de'ric I'" , et paraît avoir e'te' en commerce de lettres avec lui. Ce prince ayant re'duit et détruit la ville de Milan , au mois de mars de l'an 1162, lui écrivit pour lui faire part de cette expédition. Dans sa lettre, publiée par D. d'Acheri , et dont nous avons rendu compte à l'article des empereurs d'Allemagne , Frédéric lui déclare qu'il le compte au nombre de ses meilleui's amis. Ives mourut l'an TtyS, suivant Gilbert de Mous, sans laisser d'enfants de ses deux femmes , Isabeau, dont on ignore l'origine, et Yolande, fille de Baudouin IV , comte de llainaut , la(|uclle se remaria depuis à Hugues IV, comte de Saint-Pol. Baudouin d'Avênes, dans sa chronique, dit du comte Ives le Vieux, qu'il surpassait tous les barons de son tems, en prudence et en générosité.

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