CHARLES DE BOURBON
iBfig. Charles, fils de Louis de Bourbon I^"", prince de Condé , et de Françoise d'Orléans, né à Nogcnt-le Rnirou, le 5 novembre i566, succéda h son père dans le comté do Soissons et en d'autres seigneuries. Il fut élevé par les soins du cardinal de Bourbon, son oncle, et passa sa jeunesse à la cour du roi
DES COMTES DE SOISSONS. l'j y
Henri III, qui l'associa, l'an i585, à l'ordre du Saint-Espric. Peu de terns après, méconteut de la cour, il se retira et alla
i 'oindre le roi de Navarre. L'an 1687 , il combattit avec ce prince, e 20 octobre, à lajbalaille de Centras. Avant l'action, le roi ïui avait dit et au prince de Conde', son frère : Som'enez-vous que vous êtes du sang des Bourbons ; et, viye Dieu.' Je vous ferai voir que je suis votre aine. A. quoi ils repondirent : Nous vous montrerons que vous avez de bons cadets. Ils tinrent parole. Le comte de Soissons , après le gain de cette bataille, suivit en Navarre le roi vainqueur, dont il demanda la sœur en mariage. N'ayant pu l'obtenir, il revint eu France, et fit son accommodement avec la cour. Mais comme il pouvait être accuse d'iivoir encouru les censures pour ses liaisons avec un prince lie're'tique , on lui conseilla de demander son absolution à Rome. Le pape l'accorda à la sollicitation du roi, qui donna des lettres-patentes par lesquelles Sa Blajeste certifiait l'absolution du comte ^ et de'clarail que ce prince n'était pas dans le cas de ceux que Tèdit d'union a^ç^eXAii fauteurs d'hérétiques. C'était pendant la tenue des e'tats de Blois , où le comte assistait en 1 588 , que ces lettres furent donne'es. Le jour qu'on les porta au parlement pour y être enregistre'es , un misérable tailleur , suivi d'une foule de mutins, arrêta les magistrats, et leur de'fendit de proce'der à l'enregistrement, au nom et de la part de dix mille des meilleurs catholiques de Paris. Le roi Henri lîl, qui e'iait à Blois, ne tarda pas à le savoir j et de'jà il e'tait informe' que, dans une chambre des e'tats , l'on avait propose' de faire déclarer le comte de Soissons incapable de succe'der à la couronne, comme fauteur d'he're'tiques , et que cette proposition avait e'te' rejetèe par les autres députps. (De ïhou, 1. 92.) Charge, l'an 1689, du commandement de l'arme'e royale envoye'e en JBretagne , le comte de Soissons eut le malheur d'être fait prisonnier à Château-Giron par le duc de Mercoeur, et fut mené' , avec le comte d'Avaugour, à Nantes , d'où il se sauva par l'adresse de ses domestiques. Au mois de novembre de la même anne'e , le roi Henri IV, auquel il avait amené' des troupes pour secourir Dieppe , le nomma grand-maître de France. Il commanda la cavalerie , en i5qo , au sie'ge de Dieppe. Il servit utilement, l'année suivante , au sie'ge de Chartres, et, en 1692, à celui de Rouen. Il assista , le 27 fe'vrier 1 5g4, au sacre du roi , où il repre'scnta le duc de Normandie. L'an 1600 , il eut le commandement de l'armée qui fut envoyée contre le duc de Savoie. L'année suivante , il fut nommé gouverneur du Dauphiné. Le comte de Soissons ne crut pas celte récompense proportionnée à ses services ; il tenta de plus d'obtenir du roi une imposition de quinze sous sur chaque ballot de toile qui entrait dans le royaume, ou qui en sortait, disant qu'il XIL 55
n'en tirerait que dix mille e'cns. Mais SuUi ayant soutenu qu'elle en produirait près de trois cent mille , elle fut refuse'e. (Thomas, Eloge de SulU. )
L'an 1610, après l'assassinat du roi Herrri IV, le comte arrive à Paris le 17 mai, et fait grand bruit de ce qu'on a de'fe're la r'igcnce à la reine, sans l'avoir attendu. On l'apaise, en lui donnant une pension de cinquante mille e'cus , avec le gouvernement de Normandie. Ennemi du duc de Sulli, surintendant des fmances, il forme le projet de l'assassiner, et en fait part au duc d'Epernon, qui refusa de s'y prêter. Le 17 octobre de la même anne'e , au sacre de Louis Xllî, il repre'senta le duc de Guienne. Ce prince mourut le premier novembre 1612 , à Blandi en Brie, laissant d'A.N?jE, comtesse de Montafié , qu'il avait e'pousce le 17 décembre iboi (morte le 17 juin 16/^4)» Louis , qui suitj Louise , femme de Henri d'Orléans , deuxième du nom , duc de ï^ongueville; et Marie , femme de Thomas-François de Savoie, ■jjrince de Carignan. Sous le gouvernement de ce prince, le roi Henri TV établit à Soissons , par un e'dit donne' à Lyon , dans le mois de septembre lÔgS, un bailliage provincial avec un siège pre'sidial , et, dans le mois de novembre suivaist, un bureau des finances. Charles et sa femme furent enterre's à la chartreuse de
G.iillou.
LOUIS DE BOURBON
1612. Louts DE Bourbon II, né à Paris le it mai 1604, «uccéda, l'an i(Si2, à Charles, son père, dans le comté de Soissons , ainsi que dans la dignité de graud-mailre de France, <;t le gouvernement de Dauphiné. Méconicnt de la cour, il la quitte le 27 juin 1620, et va se rendre, avec la comtesse, son (épouse, aLqjrès de la reine-mère à Angers. II prit congé d'elle 'ji\ même année, lorsqu'elle eut fait sa paix avec le roi son fils, 'et revint à la cour. L'an 1622, le 17 avril, il signala sa valeur au combat du canal de Rié en Poitou , dont le passage , disputé par Soubise , l'un des chefs des Huguenots , fut forcé par le roi , ù la tête de sa cavalerie , après avoir taillé eu pièces plus de quatre mille hommes des eunenus.
L'an iG2(3, le roi, partant pour la Bretagne, dans le dessein d'éloulTer une conspiration qui se formait dans cette province, laissa le comte de Soissons à Paris , pour présider au conseil. Il t:ccompagna, l'an 1628, ce monartjue au siège de la Rochelle; t, l'an i63o, il fut de son expédition d'Italie, pour secourir le c'uc de Mantoue. Il fut pourvu, l'an i65i, du gouvernement de riiampagne et de Brie. Pour augmenter ses revenus, le roi, la même année, lui conféra l'abbaye de 5aint-0uen de Rouen, avec
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ïjuatre aulres, dont les bulles , par un jeu concerle' avec la cour deRome, furenl expédiées sous le nom de l'aumônier de la comtesse, sa mère.
L'an i656, le 5i mai et le i"" juin, le comte de Soissons défit, près d'Yvoi , un corps de deux mille cosaques , et le poussa jusqu'à Luxembourg. Le ir) novembre suivant, il reprit, après un mois et demi de siège, la ville de Corbie , dont les Espagnols s'e'taient rendus maîtres le i5 août pre'ce'dent. Ce fut pendant ce sie'ge que le duc d'Orléans et le comte de Soissons se coitcerfèrent pour faire poignarder le cardinal de Richelieu. L'exociilion devait s'en faire dans la ville d'Amiens , cliez le roi lui-même, au sortir du conseil j et deux hommes bien détermines , ?>Ion{rcsor et Saintibal , s'en e'taient charge's. IMais le duc , soit fai- •blesse, soit religion , se retira brusquement au moment qu'il devait donner le signal j et Richelieu, sans le savoir, e'chappa au danger d'une mort ine'vitable. Le complot ne pouvant être long-tems ignore', les deux princes quittèrent subitement la cour. Le comte prit la route de Sedan, où le duc de Bouillon lui avait ouvert un asile. Il j demeura l'espace de quatre ans. Ennuyé' de cette retraite , il passa , Tan 1641 , an service des Espagnols , et alla se joindre au ge'ne'ral Lamboi. Le 6 juillet delà même anne'e, il livra la bataille de la IMarfe'e , près de Sedan, aux troupes françaises commandées par le mare'chal de Chàlillon : il y fut vainqueur j mais en voulant poursuivre sa victoire avec trop d'ardeur , il fut tue' par un gendarme de Monsieur , dit-on , qui lui appliqua le pistolet sur la visière (i). Son corps fut porte' à la
(i) « Etant à Sedan, dit l'abbc de Longiierue, j'allai à Doncheri voir le »> champ de bataille où fut tué le dernier comte de Soissons. On me montra 3J une côte assez loidc; et des anciens, qtii avaient lité de ce tems-t'i , nie 5) dirent que le cnriile , ayant entendu lire:- sur le haut, piqua pour y aller. » On lui cria qu'il n'y allât pas. On cul beau crier , il piqua des deax. Ses » gens le suivirent^ mais comme il e'taii mieux monte' qu'eux, il v arriva 3> avant eux, et ils le ironvcrcnt tnJ. Voyez comment trouver là ces assass.n s J5 apostt's par le cardipaî de Richelieu ».
On raconttîde ce Prince que, jouant un jour aux cartes , il aperçut, dans un miroir qui était \is-^-visde lui, un filou qui , par derrière, lui conpait adroitement le cordnn de son chapeau qui élan orné de pierreries. L'avant laissé l'aire, il se lève comme avant nn besoin; il prie le filou de tenir son jeu en attendant qu''il revit-nue. 11 descend à la cui>in(.-. prend le couperet le mieux atiilé , le met sous son habit et rentre dans la salle du jeu. Le Clou , dès qu'il rep.iraît, n'a rien de p'us pressé que de lui rendre sa place. <■( INc vous >> pres>ezpas, Mousieur , lui dit le Prince, je suis bien aise de voir coinnie » va mon jeu ". L'autre continue de jouer. Le Prince, quelques momenlsaprès, saisit nne de ses oreilles, et d'un seul coup de son instrument la lui coupe. « Monsieur, lui dit-il, quand vous m'aurez rendu mon cordon, je vousren- « drai vo're oreille». Le Prince eût agi plus aobleiueul en se conleniaut de iaire une rq-riuiaudc au iiluu.
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cliarfreuse de Gaillon auprès de ceux de ses père et mère et de Charles de Bourbon , son aïeul. Il n'avait point e'te' marie' j mais il laissa un fils naturel qui prit les titres de comte de Dunois et de prince de Neuchàtel en Suisse, et mourut le 8 feVrier lyoD, ayant eu d'Anf!;ëliquc de Montmorenci-Luxembourg, son e'pouse, deux filles : Le'ontine-Jacqueline , femme de Charles -Philippe d'Albert, duc de Lujnes; et Marie-Anne-Charlotle, morte dans le célibat en 1711.