DES COMTES DE BOUCI. 28S
an secours des rois d'Espagne con'.reles Sarrasins, à la sollicilatioa des papes Alexandre 11 et Grégoire Vil. Ce ne fut pas avec peu de monde qu'il fît ces expe'ditions, mais avec des arme'es , dit Suger, telles qu'en pouvait lever et soudoyer un roi. Quoique les historiens espagnols ne fassent point mention de ses exploits , oa ne p^ut guère douter qu'il n'ait remporte' de grands avantages sur les infidèles. Mais il pre'tendait moins travailler pour le compte des rois d'Espagne que pour le sien propre. Nous avons une lettre deGre'goire VII, e'crite le 21 août 1074 ^t adressée à tous les grands d'Espagne, par laquelle il leur de'clare qu'Ebles, comte de Rouci , souhaitant retirer des mains des païens ( Musulmans ) , les terres qu'ils avaient enleve'es aux chre'tiens , il avait fait un traité avec sa sainteté, qui lui avait donné ces terres à condition de les tenir du saint siège , et sous un tribut annuel ^ payable aux papes à perpétuité. Grégoire les exhorte à'souteuir le comte de tout leur pouvoir , avec assurance qu'en le faisant ils mériteront les faveurs du ciel et du saint siège ; puis il ajoute que si quelqu'un d'eux veut entrer séparément dans les terres oct' cupées par les infidèles , et y faire des conquêtes , il le peut f mais aux mêmes charges que le comte de Rouci j sans quoi il le leur défend , étant plus avantageux à l'église , dit-il , que les biens qui lui appartiennent soient jîossédés par les infidèles , que de les v«ir occupés par ses enfants à leur perte. ( Du Chesne , T. IV , p. 207. ) Sans examiner ici ce qu'il y a d'étrange dans cette lettre par rapport aux prétentions du pape, en y voit que Grégoire entrait parfaitement dans les vues du comte de Rouci, et ne négligeait rien pour les seconder. Ce pape comptait beaucoup sur le retour d'Ebles et sur son zèle pour l'honneur et les intérêts d\x saint siège. Nous voyons qu'en 1080, après avoir déposé Manassès, archevêque de Reims, il écrivit, le 27 décembre de la même année , au comte de Rouci pour l'engager à chasser ce prélat de son siège. Ebles déféra aux désirs du pape. Il contraignit Mariasses a déguerpir , et favorisa l'élection de Renaud de Bellai , qui lui fut substitué ', mais il effaça dans la suite le prix de ce service par les violences qu'il exerça avec Guichard, son fils, contre l'église de Reims. L'archevêque Renaud, après avoir long-tems souffert ses déprédations, prit enfin le parti de recourir au prince Louis le Gros , roi désigné des Français , pour les faire cesser, Louis , toujours prêt à voler à la défense des opprimés , et surtout des églises, rassembla le plus de troupes qu'il put , et vint fondre sur les terres du comte de Rouci et des barons qui s'étaient associés à ses brigandages. La guerre fut vive de part et d'autre. Ce n'étaient chaque jour qu'escarmouches ou combats. L'ardeur du prince était telle , dit Suger, qu'il ne se permettait du repos ,<^ue le veudredi et le dimanche. A la fia il vint à bout de ré-
duire le comte et ses partisans. Ils demandèrent pardon , pro-» mirent non-seulement de laisser en repos l'e'glise de Reims, mais de re'parer les dommages qu'ils lui avaient cause's , et donnèrent des otages pour sùrele' de leur parole ; après quoi Louis s'en retourna. Lbles , ne cessant d'être tyran , fut à son tour oblige' de tourner ses armes contre un autre tjrail de ses voisins qui e'taitle fle'au de tout le pays. Nous voulons parler du fameux Thomas de Marie , lequel ayant obtenu par son mariage avec Ide de Hainaut le château de Montaigu dans le Laonnois, faisait de là des courses sur les terres des environs , et y semait la terreur et la de'solation. Enguerand de Couci , père de Thomas , s'arma luimême pour le réprimer j et ayant appelé' le comte de Rouci à soa aide , ils allèrent ensemble l'assie'ger dans son château de Montaigu. Thomas , se voyant près d'être force', s'échappa secrètement , et alla implorer le secours de Louis le Gros. L'arrive'e de ce prince à la tété de sept cents chevaliers en imposa aux assiégeants , qui, n'osant tirer l'épée contre l'héritier de la couronne , entrèrent en accommodement et levèrent le siège. Cet événement est de l'an 1 104. Ainsi le père Anselme se trompe en plaçant la mort d'Ebles en l'an 1100. Nous ne pouvons toutefois marquer précisément l'année où elle arriva. De son mariage avec Sibylle, fille de Robert Guiscard , duc de la Touille , morte après l'an -loc)o, Ebles eut Hugues , qui suit ; Guiehard ou Guiscard , qui eut part, comme on l'a dit, à ses premières expéditions, et mourut avant lui ; Thomas de Rouci ; et trois filles, dont la deuxième, Mamélie , épousa 1° Hugues, seigneur du Puiset et comte de Japha } 2° Albert , fils d'Albert III , comte de Namur.