AGNÈS ET ROBERT DE BELLÉMÊ
1 100 ou I loi. Agnès , fille unique et he'ritière de Gui , porta le comte' de Pontbieu dans la maison des comtes d'Alençon , de la race de Montgomeri , par son mariage contracte long-tems avant la mort de son père avec Robkrt II, comte d'Alençon et de Bellême. Robert s'e'Iant brouille', l'an 1 102, avec Henri I"", roi d'Angleterre, fut chasse' de ce pays et prive' du comte' de Shrewsburi , dont il avait he'rite' , l'an 1098, par la mort de Hugues , son frère, de'ce'de sans enfants. Robert, homme violen et débauche', traita fort durement sa femme, jusqu'à la faire emprisonner au château de Bellême. Après être reste'e longtems dans cette prison, elle trouva moyen de s'e'chapper, et se retira d'abord chez la comtesse de Chartres , d'où elle retourna dans le Ponlhieu , où elle passa le reste de ses jours. Guillaume, qui suit , fut l'unique fruit de son mariage. On ignore l'anne'e de la mort d'Agnès. ( Voyez Robert II, comte de Bellcme et cCAlençon. )
GUILLAUME II , dit TALVAS.
Gun-LAUME II, dit Talvas, comte d'Alençon après Robert son père , succe'da (Ton ne sait en quelle anne'e) à sa mère Agnès dans le comte' de Pontliieu. Il mourut le ag juin 1172. Robert du Mont , qui met sa mort en 1171 , lui donne pour première femme N... , fille d'Hèlie , frère de Henri II, roi d'Angleterre j mais il ne dit pas si elle lui donna des enfants. D'Hélène , ou Alix, dite aussi Elute , sa seconde e'pouse, fille d'Eudes I*"", duc de Bourgogne , et veuve en premières noces de Bertrand , comte de Toulouse , il eut , entr'autres enfants, Gui, qui suit. ( Vojez Guillaume III, comte (ÏAlenqon.)
GUI II
Gui II fut comte de Ponlhieu du vivant de son père , et mourut à Ephèse , l'an 1 147, en allant à la Terre- Sainte avec le roi Louis le Jeune. Guillaume de Tyr, qui le qualifie comte de Ponlhieu, dit qu'il était illustre par sa valeur , par son cxpe'ricnce et
DES COMTES DE PONTHIEU. Z'iJ
par ses autres vertus. L'auteur des gestes de Louis VII , qui ne lui donne que la qualité' de chevalier, assure qu'il emporta au tombeau les regrets du monarque et de toute l'armée. Il laissa d'IoF, , ou Béatrix DE Sai>t-Pol , sa femme (encore vivante en 1180), Jean, qui suit; Gui , seigneur de !NoyelI<^s; et Agnès, abbesse de Sainte- Austrebertlie de Montreuil. ( yojez Guillaume III , comte d'Alençon . )
JEAN I
^^l\'J. Jean I*', fils de Gui II , succe'da à son pore , au comté de Ponthieu , du vivant de Guillaume, son aïeul, A peine fut-il eu possession de ce comté , qu'il eut une guerre à soutenir contre Bernard, seigneur de Saint- Valeri , sur ce qu'il avait fortifie' le Crotoi , place' vis-à-vis le château de Saint - Valeri. Le comte d'ailleurs ne pouvait souffrir que Bernard eût fait des places fortes de Dommart , de Berneuil et de Bernaville , parce que c'e'taient autant de retraites pour les pillards et les incendiaires. Après difFe'rentes hostilités, le roi Louis le Jeune interposa son autorité pour accorder les parties , et les ajourna à de'duire leurs moyens devant son conseil. L'aft'aire se trouva si embrouille'e, qu'il fut ordonne' qu'elle se de'ciderait par le duel. L'abbé de Corbie , dont relevaient les terres de Dommart, de Berneuil et de Bernaville, obtint du roi que le duel s'exécuterait dans sa cour abbatiale , les duels étant une dépendance de la haute justice. Le jour arrêté , les parties s'y rendirent, et présentèrent leurs champions, montés sur des chevaux et armés de toutes pièces. Mais avant qu'ils descendissent au cliamp de bataille , le comte et des amis communs vinrent à bout de pacifier la querelle par un traité, où il fut dit que le château de Crotoi demeurerait au comte , et ceux de Dommart, Berneuil et Bernaville au seigneur de Saint- Valeri. Cet accord est du mois de mai ii5o. La charte de cet établissement est souscrite par Ide, mère du comte j et il y prend, à l'imitation de ses prédécesseurs, le titre d'abbé de Saint-Vulfran , comme les comtes de Yermandois prenaient celui d'abbés de Saint-Quentin. ( Archives de rhôlel-de-nlle d'Abbeville. )
Le comte Jean, l'an ii66, consentit avec son oncle, Jeaa d'Alençon , à la cession que son aïeul , Guillaume , fit au roi d'Angleterre , Henri II , des châteaux d'Alençon et de la Roche- Mabile , pour y mettre garnison de troupes normandes et anglaises. Mais, l'an 1 iti8, il se brouilla avec ce prince à l'occasion suivante : Henri étant en guerre avec le roi de France , Louis le Jeune , et la plupart de ses vassaux français , engagea Mathieu , comte de Boulogne , son cousin , à venir à son secours avec ses troupes. Mais Jean , comte de Ponthieu, lui ayant refuse le pas-
sage sur ses terres, il fut oblige' de prendre la route de la mer. Pique' de ce refus , l'anglais entra dans le Vimcu de'peiidant du Ponlhieu , et y assouvit sa vengeance en brûlant ]>Uis de quarante villages. Le roi de France brûla par repre'sai!!es le château de Cbesnebrun en Normandie. Henri mit le feu à celui de Brezolles et à celui de Château-Neuf en ïhimerais. Une partie du Perche se ressentit aussi de sa fe'rocite'.
L'an 1 173, le comte de Ponthiou fut un des seigneurs français qui embrassèrent le parti du jeune Henri au Court ■- Mantel , re'-voltë contre le roi d'Angleterre , son père ( B^ned. Petrobiirg ) Mais on ignore ce qu'il fit pour la de'fense de cette cause aussi, déplorable qu'injuste.
L'an 1184» le comte Jean accorda, le g juin, le droit de commune auK habitants d'Abbeville. iVl. Fleuri dit ( Histoire du Droit français ) qu'il ne fit que confirmer re droit, accordé, l'an ii5o, par le comte Guillaume, son père, ou plutôt son aieul. Il partit, l'an i igo , pour la Ïerre-Saiuie avec le roi Philippe Auguste , et mourut au siège d'Acre l'anne'e suivante. Son corps fut rapporté en France et inhume' à l'abbaye de Saint- Josse-aux-Bois , de l'ordi-e des Prémontres. Il avait e'pouse' , i" Mahaut, dont la maison n'est pas connue; 2°N. ... , fille de Bernard de Saint- Valeri , dont il se se'para pour cause ou souspre'texte de parenté avec sa prem.ière femme ; ce qui le compromit avec l'évèque d'Amiens , qui en écrivit au pape Alexandre III , et , sur sa réponse, menaça le comte d'excommunication pour ce divorce; 5* Béatrix. , fille d'Anselme, comte de Saint-Pol. Son époux, qu'elle accompagna eu Palestine, laissa <3'elle Guillaume , qui suit ; un autre fils qu'on ne nomme pas , Adèle , mariée à Thomas <'e Saiiit-Valeri, seigneur de Dommart; et Marguerite , femme d'Knguerand , seigneur de Péquigni. On raconte d'Adèle une étrange aventure , et qui a bien l'air d'ua roman. Celte dame, dit-on , et son époux , voyageant ensemble , furent arrêtés par des voleurs , qui, les ayant dépouillés l'un et l'autre , emportèrent Adèle dans une forêt où ils assouvirent sur elle leur brutale lubricité. Le père d'Adèle , ajoute-t-on , instruit quelque tems après de ce malheur par son gendre , engage sa fille à une partie de promenade sur la mer. Déjà l'on était à trois lieues de la côte, lorsque le comte de Ponlhieu se'levant tout-à-coup : « Dame de Dommart , dit-il à sa fille d'une voix » terrible, il faut maintenant que votre mort efface la vergo- -» gne que votre malheur apporte à notre race. » Des matelots la saisissent à l'iTistant , l'enferment dans un tonneau, et la précipitent dans la mer. Heureusement un vaisseau flamand , qui vient à passer , aperçoit ce tonneau ; l'équipage l'attire à bord , l'ouvre, et y trouve, avec la plus grande surprise, Adèle mou-
ranle, qui déclare sa condilion. Elle va rejoindre son mari , dont le cliâteau n'était pas e'Ioigne. Il pleurait sa mort ; elle se jèle entre ses bras. On devine aisément combien cette scène fut attendrissante.
GUILLAUME IIL
iigi. Guillaume III , ne' Tan 1179 ^^^ plus tôt, succe'da à Jean , son père , dans le comte' de Pontliieu , sous la tutelle vraisemblablement de Gui , son oncle. L'an i igS , par traite' passé le 20 août à Mantes , il devint l'époux de la princesse Alix , sœur du roi Philippe Auguste , la même qui avait e'te' accorde'c, l'an 1174» avec Richard , depuis roi d'Angleterre. On sait que le roi Henri II, père de Richard , avait fait e'iever Alix depuis ce tems à sa cour , mais que Richard, étant monte' sur le trône , lui lit l'affront de la répudier, en e'pousant, au lieu d'elle, ea ï iQO, la princesse de Navarre , et qu'il refusa pendant cinq ans, depuis cet e've'nement, de la rendre au roi son frère avec sa dot, qui consistait, suivant du Puv, dans la ville de Saint-Piiquier et la terre de Rue-Villiers-Saint- Valeri. ( Droits du Roy, p. 941») L'an 1202, le 7 juin , Guillaume accorda aux bourgeois de Dourlens une commune, nomme'e dans le pays la VVaskie (eu latin TVasketa) , qui fut confirme'e , l'an 1221, par le roi Philippe Auguste. [^Ordonnance du Louvre , T. XI, p. 3i5.) Le comte Guillaume, s'e'tant croise' contre les Albigeois, se rendit , l'an 1209, avec le comte de Dreux , les e'vêques de Chartres et de Beauvais , suivis d'un grand nombre de pèlerins , au camp de Simon de Montfort , qui assie'geait pour lors le château de Thermes. Ce secours, dans la détresse où Simon e'tait, lui venait fort à propos. Mais il vit bientôt ses espérances frustrées par la retraite inopinée des chefs, que ni ses remontrances , ni les prières de la comtesse sa femme ne purent engager à rester au moins jusqu'à la fin de quarante jours marqués par les légats pour obtenir l'indulgence de la croisade. {Abhas Pallis Sernaii , c. 41.) Une terreur panique s'était saisie des deux prélats et des deux comtes , qui ne remportèrent que de la honte de cette expédition. Guillaume répara cette faute par la valeur avec laquelle il combattit, l'an i2i4j avec ses vassaux pour la France à la fameuse bataille de Bouvines , quoique Simon de Daminartin , son gendre, fût du parti contraire. Guillaume le Breton le compte parmi les braves qui se distinguèrent à cette journée, et dit :
Ponlivi comiiem comitaninr in arma Polievi, Qui generosus avis , longe generosior aiti Sanguinis cxislit uxore sorore l-'hilippi Magnanimi Régis, RicViartli qnae fuit nxor . Quana frairi intactam Richarilus reddidit olira , Navarrje Régis ut (ilia nubercl ilii.
XIL 42
030 CHKOxNOLOGTE HISTORIQUE
Nons remarquerons en passant que , par le terme Pohevi , le poète entend ceux qui , dans notre vieux langage , soûl appcle's J^oh'ers , c'est-à-dire, les Picards : car quoique originairement il nplfôt affecte' qu'à ceux dePoix et des environs, cependant ils'e'teiidit à tous les habitants de l'Aniie'uois et du Vimeu. Une circonstance qu'omet Guillaume le Breton et qui est supplee'e par Gilles de Pioye , c'est que , dans la de'route des ennemis , le roi envoya le comte de Ponthieu avec cinquante chevaliers, contre tin escadron de Hrabauçons qui tenaient encore ferme sur le ♦ champ de bataille : ordre qu'il exe'cuta avec tant de valeur et d'habileté' , qu'il tailla ce corps en pièces, et revint avec les e'tendards qu^il lui avait enlevés.
Guillaume marcha de nouveau, l'an I2i5, contre les Albigeois à la suite du prince Louis , fils du roi Philippe Auguste. Ce comte finit ses jours au plus tard l'an laai, comme le prouve une charte de Robert, comte de Dreux, et d'Ele'onorc, sa fenmie, du mois de novembre de cette anne'e, par laquelle ils quittent le fief de Buire au roi ou à celui qu'il investira du comte' de Ponthieu, aj'ant saisi ce comte' après la mort du comte Gudlaume , dont le gendre , Simon , avait encouru la disgrâce de sa majesle". Le jour de son décès est marque au 4 octobre dans le ne'crologe de l'e'glise d'Amiens. De son mariage avec la princesse Alix , Guillaume n'eut qu'une fille, qui suit. Du Chesne se trompe en lui donnant pour seconde fille Philippette ; elle e'tait sa petitefille , comme on le verra ci après. D'autres modernes sont e'galement dans l'erreur en le faisant père d'un fils qu'ils nomment Jean , et que les uns disent avoir ète' tue' à la journe'e de Bouvines, tandis que d'autres le font vivre jusqu'en 1220. Aucune charte expe'dièe du tems de Guillaume ne fait mention de ce fils, quoique dans plusieurs il soit parle de IMarie , sa fille. Le comte Guillaume e'taifze'le' pour le bon ordre, et fit observer une exacte police dans ses domaines tant qu'il vécut. II se plaignit au pape, l'an is'îo, du cierge' de Ponthieu qui ne'gligeait les fonctions de son état pour s'iidonner au commerce. Le pape ordonna d'admoiiêter par trois fois ces clercs marchands , et de les punir s'ils ne changeaient de conduite.
MARIE, SIMON DE DAMMARTIN et MATHIEU DE MONTMORENCI.
1221. Marie , fille unique de Guillaume III, lui succe'da au comte' de l*on!hieu. Elle e'tait marie'e , depuis l'an 1208, à Simon DE Dammartin, comte d'Aumalc, lequel ayant suivi le parti de Ferrand , comte de Flandre , contre le roi Philippe-
DES COîMTES DE rONTHIEr. 5:il
Auguste, avait été proscrit pour ce sujet Tan i?. 14 > après quoi il s'était retiré en Angleterre. Philippe- Auguste ne borna point là sa vengeance; il mit sous sa main, non-seulement les terres de Simon , mais encore celles Je sa femme , c'est-à-dire, le comté de Pontliieu , faisant en cette occasion, usage de son droit dans toute la rigueur. Telle e'fait en elfct la loi en France : les biens propres de la femme repondaient pour la reVoIte du mari coupable de lèse-majcste'. Marie, pour recouvrer une partie de son he'ritage, cc'da l'autre au roi Louis VIII. Saint- Piiquier , Dourlens , la terre d'Avêne et ses de'pcndances , dont elle fit le sacrifice, furent sépare's du Pontliieu , et rc'unis au bailliage d'Amiens. Cet accommodement est du mois de juin i225. IVlarie , de plus , renonça aux pre'tenlions qu'elle avait au comte' d'Alenron, qui e'tait alors entre les mains du roi. Cet accord se fit de la manière la plus solennelle , en pre'sence de rarcbcvêque de Tours, des ëvêques de Clermont et de Beauvais; de Guérin , e'vcque de Senlis et chancelier de France ; de Philippe, comte de Boulognej de Robert de Courtenai, grand-boutillier de France; de Barthelemi de Roye , grand-chambellan ; de Mathieu de Montmorenci , connétable de France; d'Etienne de Sancerre; d'Archambaut de Bourbon; et d'autres personnes distinguées, tant ecclésiastiques que laïques. Marie, dans les lettres -patentes qu'elle donna pour ratifier ce traité, dit ces paroles remarquables: Le roi nwns9igneur , ému de pilié , a bien voulu rendre capables de succéder à mes fiefs mes fils et wesjilles nés et à naître de mon mari et de moi , voulant et accordant que mes fils et mes filles succèdent , comme les héritiers légitimes , à tous les biens dont je jouirai et serai saisie à l'heure de ma mort. ( Registre des chartes , cot. 5, vol. 3.) Marie avait inutilement tâché de faire comprendre Simon, son époux , dans son accommodement. Louis VIII fut inexorable sur cet ariich*. I-a grâce de ce proscrit était réservée au plus saint de nos rois. Marie Pobtint donc enfin du roi saint Louis, par lettres données à Saint- Germain-en-Laye , au mois de mars i23o ( V. S. ) , sous diverses conditions qu'elles énoncent , et dont les principales sont : 1° qu'il ratifiera le traité fait avec sa femme en i2?.5; 2° qu'il n'élèvera dans le Ponthieu aucune nouvelle forteresse , ni ne fortifiera celles qui sont déjà élevées , sans le consentement du roi; 5° qu'il ne donnera ses filles en mariage à aucun ennemi déclaré du roi, et que, même, il ne les mariera que de son agrément; 4" qu'il obligera le» chevaliers et les communes du Ponthieu à cautionner ces engagcnienls : après quoi Simon fut reçu à rendre honimagc-lige de toutes les terres qui avaient été laissées à la comtesse, sa femme. Le trésor des chartes conserve encore (iayetle Securilates , lit. 2^.) les obligations des communes et
35a CHRONOLOGIE HISTORIQUE
des chevaliers du Ponllùeu à ce sujet. Elles sont toutes de l'an i23o.
L'an 1255, Simon fut de l'assemblée des seigneurs que le roi saint Louis tint à Sainl-Denis, touchant la complainte des barons, faite dans le mois de septembre, au pape Grégoire IX, contre les entreprises que faisaient les pre'Iats , sous pre'texte de leur jurisdiction. ( Du Tillet, des Rangs , p. 5i. ) Mais , cette même année , Simon , oubliant une des conditions auxquelles il avait obtenu son rappel en P'rance, se laissa engager à fiancer, sans avoir pris l'agrément du roi de France , Jeanne , sa fille aînée, au roi d'Angleterre, Henri III, qui l'e'pousa même par procureur. Saint Louis, instruit de cette infidélité', menaça le comte de son indignation, et le contraignit par là à rompre cette alliance , quoiqu'autorise'e par le pape , qui en avait garanti l'accomplissement. ( Matth, Paris.) Simon finit ses jours le 21 septembre 12D9. Marie, sa veuve , se remaria, l'an i 245 , à Mathieu DE Mo.NTMoREiNCi , scigueuT d'Alticbi , fils puîné' de Mathieu II de Montmox-enci , conne'table de France. L'an 1244 ♦ le comte Mathieu et sa femme , e'tant au mois de novcnibre à Argenleuil, près de Paris, firent avec Robert de France , comle d'Artois, un traite' par lequel ils vendirent à ce prince tous les fiefs , c'est-à-dire , les seigneuries et hommages des terres que tenaient d'eux le comle de Saint- Pol, le vicomte de Pontde-Piemi, el d'autres seigneurs^ toutes lesquelles terres e'taient silue'es vers la rivière d'Authie. (Locrius, Chron. Belg.) L'an ï247> ils terminèrent, au mois de septembre, par le jugement arbitral de deux chevaliers , rendu à Saint-Valeri , la contestation qu'ils avaient avec Jean, comte de Dreux, en qualité' de seigneur de Saint-Yaleri , au sujet de leurs seigneunes et justice.
La comtesse Marie devint une seconde fois veuve , en 1200, par la mort du comte Mathieu , dont elle n'eut point d'enfanis. Elle mourut elle-même Taiine'e suivante à Abbeville, laissant du premier lit trois filles : Jeanne, qui suit j Philippette , mariée, 1° à Raoul III, comte d'Eu et de Guines ; 2° à Raoul II, sire de Gouci ; 5^ à Otton III, comte de Gueldre; et Marie, femme de Jean II , comte de Rouci. Le comte iJimon et Marie avaient peut-être eu aussi des fils, comme on pourrait l'induire d'un acte du mois de juillet i225 , où ils promettoj)t de ne point marier leurs fils ni leurs filles que du couseulemcn' du roi. ( Vojez Simon , comle d'Aumale. )
JEANNE
laSi. Ji:AKj,E, fille de jMarie el de Simon de Dammarlin ,
leur succéda aux comtés de Poulliieu et d'Aumale. Elle était mariée, depuis 1257, à Ferdinand III, dit le Saint, roi de Castille et de Léon , après que saint Louis eut fait rompre son mariage projeté avec le roi d'Angleterre. Etant restée veuve le 3o mai 1252, elle revint en France avec le prince Ferdinand, son fils aîné, et arriva, le 3i octobre i255, à Abbeville. Elle se remaria, l'an 1 2G0 , à Jean de Nesle , troisième du nom, seigneur de Falvi sur Somme, veuf pour lors de Béatrix , fiUe de Guillaume II , comte de Joigni , sa première femme. Jean de Nesle était singulièrement estimé du roi saint Louis. Lorsque ce monarque se di^posa au voyage d'Afrique, voulant pourvoira l'état du royaume , il choisit, comme l'on sait , pour le gouverner en son absence, Mathieu de Vendôme, abbé de Saint-Denis, et Simon de Kesle. BJais au cas qu'ils vinssent à décéder, il substitua au premier l'évêque d'Evreux, et au second, Jean de Nesle, par ses lettres du m.ois de mars 126g. (V. S. )
Jean de Nesle accompagna, l'an 1275 , le roi Philippe le Hardi dans son expédition contre le ccmte de Foix. Avant de s'engager dans cette guerre, le monarque avait exigé de tous les barons, ' chevaliers et écuyers de son royaume, qui devaient servir dans ses guerres à raison de leurs fiefs relevant nûment de la couronne, une déclaration du service dont ils étaient tenus chacun en particulier. Le comte de Ponthieu donna la sienne en cette occasion, et déclara que, quoiqu'il ne fût obligé de servir sa majesté qu'avec cinq chevaliers l'espace de quarante jours , cependant il se trouverait au mandement du roi avec le nombre de douze, dont il y en aurait trois à bannières, savoir : Jean de Nesle, son filsj le vidame de Péquigui, et Guillaume, seigneur de Poix. ( Chamb. des comptes , reg. nosler , fol. 19'^.) Au retour de cette expédition , le comte Jean et sa femme présentèrent une requête au roi, par laquelle ils répétaient une somme de cinq mille livres parisis , que Jeanne avait payée au roi saint Louis pour le droit de rachat du comté de Ponthieu; somme qu'ils prétendaient avoir été injustement exigée, attendu que Jeanne avait hérité de ce comté du chef de sa mère^ et que les fiefs du Ponthieu, venant en ligne directe, sont exempts du droit de rachat. Après quelques contestations , le roi , par accommodement fait à Paris , le samedi diaprés la Saint-Nicolas d'hiver, paya la somme de mille livres tournois à la comtesse , au moyen de quoi elle se désista de sa demande. ( Du Chêne, kist. de la M. de Bélhune, pr. , p. 169.) En conséquence de ce traité, le roi délivra au comte et à la comtesse ses lettres , par lesquelles il déclarait que le racbat de la terre de Ponthieu était dû suivant la coutume de France , mais non suivant celle de Ponthieu. ( Trésor de* Chartes.) La coiutesse-reine Jeanne finit ses jours à Abbevilie,
334 CHRONOLOGIE HlSTOlllQCJE
le i6 mars T279 > ^^ f"* enterrée à l'nbbaye de Valrol, dans une chapelle se'pare'e qu'elle avait fait bâtir un an avant sa mort. On tloule si elle eut des enfants de Jean de Nesle. Du Chêne ( ihid. , p. 276.) croit cependant que Jeanne de Nesle, dite de Faivi, fille de Jean de IS^esle, et feninne de Guillaume de Be'thune , surnomme' de Locres, était issue du mariage de la comtesse-reino Jeanne et de Jean de Nesle. L'e'pitaphe de cette dame, dit-il, qui se voyait au monastère des Dunes, près de Furnes, avant qu'il eût été ruine', portait qu'elle e'fait fille du comte de Ponthieu. Or, Jean de Nesle, ajoute-t-il, quitla ce titre après la mort de la comtesse-reine, son e'pouse, et ne garda que celui de seigneur Je Falvi. Maison peut l'arrêter ici, en lui prouvant que depuis ce tcms Jean de Nesle, en divers actes, est qualifie' comte de Ponthieu, particulièrement dans un arrêt rendu par le roi Philippe le Hardi, contre Charles , roi de Sicile, son oncle , au sujet du comte de Poitiers. Il est cependant vrai que ce titre ne fut qu'honorifique sans aucune re'alité. La comtesse Jeanne avait eu de son premier e'poux trois fils morts avant elle, et une fille , qui suit. La ville d'Abbeville conserve pre'cieuscment le souvenir de la comtesse Jeanne et de son second e'poux. L'an 1266 ( et non pas 1279, comme le marque un moderne), ils donnèrent un diplôme par lequel ils confirmaient, avec serment, tous les privile'ges des Abbevillois , et ordonnaient que tous leurs successeurs, en prenant possession du Ponthieu, prêteraient le même serment, tête nue, aux maire et échcvins dans la salle de l'hôtelde-viilc; ce qui s'est toujours exe'culé jusqu'à la re'union du Ponthieu an domaine de la couronne. ( Voyez Jeanne, comtesso d^iumale, )
ÉLÉONORE ET EDOUARD I • , Pioi d'Angleterre.
*" 1279. Eléonore, nomme'e Isabelle par quelques-uns, fille de Ferdinand III, roi de Caslille, et de Jeanne de Ponthieu, femme d'Edouard I*^' , roi d'yVnglelerre, succe'da à sa mère dans le comté de Ponliiieu , à l'exclusion de Jean de Castille-Pontîiieu,
„., ,.^ que la rep.v,^^ .. . ,....,..,
admise dans le Ponthieu; m-iis parce qu'elle avait lieu dans le pays d'Aumale et dans les aulres domaines de la maison de Pon- Tiiieu, Jean fut mis en possession, sans difllculté , du comlé d'Aumale et des seigneuries de Noyelles-sur-mer et d'Epernon. Pour parvenir à cet arrangement, Edouard, à ta nouvelle de la mort de sa belle-mère, av.tit passé la mer avec sa femme, et s'était rendu, vers l'Ascension, dans la ville d'Amiens, où le roi
Philippe le Hnrdi l'attendait avec sa cour, qui e'tait alors trèsnombreuse. On fil à celte entrevue divers traites, en vertu desquels le roi Pliilippo céda à Edouard rAge'iidis , le Limousin , le Pe'ngord , la Saintonge et le Ponîbicu , dont ce dernier lui fit tonimage. On traita ensuite du droit de rachat pour le Pontliieii, qui fut arrête à la somme de six mille livres, payable en trois termes. Les deux rois s'etant se'pare's , Edouard se rendit à Abbeville , pour prendre possession du Pontliieu, et y recevoir les hommages du maieur, des e'clievins et de toute la communauté de la ville. Mais il e'tait de règle aussi, comme on Ta dit plus haut, que le nouveau comte de Pontbieu jurât personnellement sur les saints e'vangiles la confirmation des privilèges , us et coutumes d'Abbeville. Par respect pour la dignité' royale dont Edouard e'tait revêtu, les habitants consentirent que , quoique pre'sent , il fit le serment par procureur ; sur quoi ce prince leur fit de'livrer des lettres-patentes date'es d'Abbeville le G juin «279. ( lYésor des chartes , layelle Pontbieu. ) A peine Edouard et la reine son e'pouse furent-ils en possession du Pontbieu, qu'ils donnèrent leurs soins pour en e'claircir les droits et en augmenter le domaine par de nouvelles acquisitions. Leurs mouvements à cet e'gard les commirent avec la com.mune de Monfreuil , qu'ils pre'tendaient soumettre à leur justice. Le différent fut porte' au parlement de France , qui jugea , par arrêt du mois d'août i 286, que la commune de Montreuil, les bourgeois qui la composaient, et leurs biens, e'Iaient exempts de la juridiction des comtes de Pontbieu , et ressortissaient au bailliage d'Amiens. Edouard et sa femme acquirent, l'an 128g, de Jean de Nesle, sire de F.ilvi , tous les hommages, cens et rentes, et en ge'ne'ral tout le droit qu'il pouvait avoir an comté de Poulbieu , comme e'poux de la reine de Castille, sa femme ( "^Frésor des cli. , layelle Pontbieu )j ce qui de'ment l'opinion de ceuxqui mellentsa mort en 1281. On le voit m'allie sous le titre de comte de Pontbieu dans le rôle de ceux qui furent semons ou sonime's de se trouver dans la ville d'Arras à la quinzaine de la mi-août î28q, par lettres du roi Philippe le Bel , données à Saint-Gcrmain-en-Laye le 8 du même mois. ( Du Cliêne , />r. de Chisl. des ducs do Bourg. , p. 146. ) ( F'oj-, Edouard I'"' , roi d^ Angleterre. )
Pour revenir à Ele'onore , elle mourut à Herdeby, au comté de Lincoln, le 29 novembre 1290, et fut inhume'e à Westminster, aux pieds de Henri III, son beau-père, sous une tombe de marbre , avec une statue de bronze dore' , et l'e'pilaphe suivante :
KoLilis Hispani jacet hîc soror inclyta Régis, £&imii consors Âlicnora thori.
Edward! primi Wallorutu Principis uxor ,
Cui pater Heiiiicus luiiius Ariglus erat. Hnnc ille uxorcm giiaio petit : onùne Priiiceps
Lt'gati iiiunui hiisci|)it ipsc Liono.
Alfonso paui [)!:.cuit felix h} meuaeas ,
Girnian.iui Edwardo ncc sine dole délit. Dos pr.x'clara luit, iicc lali indigna inariio :
Poniivo rrincL'j;s luuncre divcs erat.
Fœmina coi.silio prudens, pia , piolc beata , *"
Auxil amicitiis , auxit honore viruui.
EDOUARD ir.
lO.go. Edouard II, fils d'Edouard I<=', roi d'Angleterre, et d'Eléonore de PoiUlùeu, fut reconnu successeur de sa mère à ce comte' par le roi son père. En coiise'qucnce , le monarque de'pècha vers le roi Philippe le Bel, le 25 avril 1291 , Geofroi de Joinville et Gaillard de Bagneux , ses procureurs, avec plein pouvoir de prèttr en son nom le serment de lide'lilé pour la terre de Pontliieu , dont le bail lui appartenait à cause de la minorité' de son (ils. Mais le comte d'Aumale , se disant le plus proche héritier dans ia ligne d'où proce'dait le comte' de Pontliieu , intervint et forma opposition à l'hommage de l'Anglais. Le procès demeura en suspens jusqu'en 1299, tp'il fut de'cidé par la cour des pairs en faveur d'Edouard. Durant la litispen- ^
daucc , le Ponlhieu demeura dans la main du roi de France , «
qui le fit administrer par ses officiers, et en perçut les fruits; ce qui dura jusqu'à la fêle de Saint-Pierre (29 juin ) 1299, ^"^'^ ^^ comte' fut rendu à Edouard, sans doute après qu'il eut e'te' admis à l'hommage. ( Ilef^. de la ch. des comptes de Paris. ) Ge monarque étant mort le 7 juillet de l'an iSoy, son fils et son successeur, Edouard II , vint au mois de janvier suivant à Boulogne, oii il rfndit hommage du Ponlhieu au roi de France, et épousa, le 25 du même mois , Isabelle , fille de Philippe le Bel , à laquelle il assigna deux mille livres de pension sur le comté de Ponthieu. Les officiers anglais, qui régissaient ce comte', firent des entreprises sur- la terre de Saint- Valeri , appartenante à Robert, comte de Dreux , qui , usant de repre'sailles , en fit autant sur le Ponthieu. Pour accorder les parties, on fit un compromis au mois d'août i5io , entre les mains de Jean de Lannois, se'ne'chal du Ponthieu , et des seigneurs de Pe'quigni , de Poix et de Mareuil. Isabelle et son ëpoux assistèrent au jugement de ces arbitres, et s'y soumirent. Edouard ayant fait, l'an I2i5, son entre'e dans Montreuil , les habitants, peu alFectionne's à la domination anglaise, lui refusèrent le serment de fide'lite'. Il porta ses plaintes de cette espèce de re'volte au roi Philippe le Bel . soa
DES COMTES DE PONTIIIEU. SSy
Leau-père. Philippe écrivit au bailli d'Amiens de sommer les maire et e'clievius de Montreuil de satisfaire sur ce point le roi d'Angleterre , à moins qu'ils n'eussent des raisons pertinentes pour s'en dispenser. {Très, des ch. lay- Ponlhieu, tit. 36.)
Le Ponthieu rentra, l'an i3ig , dans la main du roi Philippe le Long , par la saisie qu'il en fit faire , ainsi que des aulres terres qu'Edouard possédait en-deçà de la mer , et cela faute de l'hommage qu'il devait en rendre. Edouard se rendit enfin dans la ville d'Amiens, oii, s'e'tant acquitte' de ce devoir, il obtint main-leve'e de la saisie. Charles le Bel ayant succe'de' à Philippe le Long , envoya aussitôt des ambassadeurs à Edouard , pour le sommer de venir lui rendre les mêmes devoirs. Hugues Spenser et le chancelier Robert de Baldocke , qui gouvernaient le royaume, voulant empêcher le roi de passer la mer, firent leurs eftbrls pour engager les ambassadeurs à ne point lui notifier l'objet de leur mission. Ceux-ci, en prenant congé' d'Edouard, pour ne pas manquer entièrement à leur devoir, se contentèrent de lui dire , par forme de conseil , qu'il devait venir dans un certain tems rendre hommage à leur maître , et ne laissèrent pas ne'anmoins de dresser un procès-verbal de sommation, comme si elle eût été' faite dans les formes. (Walsingham, ad ann. i.'525.) Le terme expiré, Charles de Valois, ennemi mortel des Anglais, alla, de l'aveu du roi, son neveu, saisir l'Agénois et le Ponthieu. Mais étant arrivé à la Réole en Gnienne , il conclut avec Edmond, comte de Kent, frère du roi d'Angleterre , une trêve, en attendant que les deux rois pussent traiter de la paix. La i-eine Isabelle, sœur de Charles, se chargea de la négociation, et vint pour cet effet en France, l'an i325, avec des ambassadeurs que le roi, son époux, lui avait joints. Dans le traité de paix qu'elle conclut, il fut dit que les deux rois se verraient à Beauvais dans la mi-aoi!it prochaine , que l'anglais v rendrait l'hommage qu'il devait au roi de France, et que, jusqu à ce qu'il eût rempli ce devoir, la saisie féodale de ses terres de France subsisterait. Edouard ratifia ce traité le i5 juinj mais ne pouvant se résoudre à prêter l'hommage en personne, il aima mieux céder toutes ses terres de France à Edouard, son fils. C'étaient les Spenser père et fils, par les conseils desquels il se gouvernait, qui lui firent prendre ce parti. N'osant ni accom-
ijagner leur maître en France à cause de la grande haine que eur portait Isabelle , sa femme , ni demeurer en Angleterre sans lui , par la crainte de la vengeance du peuple et des grands dont ils étaient délestés, ils sacrifièrent à leurs intérêts ceux de ce prince, en lui conseillant de se dépouiller d'une partie de ses domaines. Edouard fit donc expédier, le 2 septembre i325, ses lettres-patentes contenant la donation qu'il faisait à son fils de la XIL 45
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Guienne et du Pontliieu , avec cette condition que, si ce jeune prince venait à mourir avant lui, toutes ces terres lui retourneraient. Mais Edouard le fils, n'e'tant pas encore majeur, e'tait inhabile à rendre hommage. Pour lever celte difficulté', le roi, son père, lui délivra des lettres d'e'mancipation, qu'il supplia le monarque français d'agre'er. Le jeune prince s'e'tant embarqué à Douvres le jeudi après la Nativité' de Notre-Dame, débarqua dans le Ponthieu , ou la reine sa mère vint le recevoir; de là il se rendit à Paris, et, le 2,4 septembre, il prêta l'hommage, pour lequel il était venu , en présence de tous les grands du royaume.