‹ L'art de vérifier les dates (volume 2)Chapitre 205 sur 299 · EUSTACHE IL · texte numérisé non relu

EUSTACHE IL

10/(9 ^^^ environ. Eustache II, surnomme' aux Grenons, parce qu'il portait de grandes moustaches , devint le successeur cl'Eustaclie I«i" son père, au comté de Boulogne. Ile'pousa, l'an lo5o, Goda ou Godoia, fille d'Eihelrcd II, roi d'Angleterre, et veuve de Gautliier, comte de Mantes, dont elle avait un fils, qui é:ait alors comte d'Herfort. L'an io5i, au mois de septembre, il passe la mer avec quelques vaisseaux pour aller rendre visi(e à Edouard, roi d'Angleterre , son beau-frère. Au retour, un de ses gens tue un habitant de Cantorberi qui refusait de le loger. Ce meurtre est aussitôt venge' par un autre bourgeois , qui met à mort j'e'lranger. Le peuple s'attroupe , on en vient aux armes de part et d'autre ; le comte et les siens massacrent plusieurs habitants , sans distinction dâge ni de sexe. Mais, accablé par la foule et oblige' de fuir, Eustache rebrousse chemin et va se re'fugier auprès du roi, qui était alors à Glavorne. Le comte Godwin reçoit ordre d'aller châtier les habitants de Cantorberi. Mais , Lien loin d'obéir, il lève une armée avec ses fils, et envoie demander au monarque Eustache et ses gens , avec menace de fiire la guerre si on ne lui accorde sa demande. Edouard , embarrassé d'abord ?ur le parti qu'il doit prendre, ranime son courage eu voyant arriver les troupes de trois comtes qui viennent à son secours. Il refuse de livrer aucun de ceux que Godwin avait demandés. Il oblige même ce rebelle à licencier ses troupes, et le condamne lui et ses fils à l'exil. C'est ainsi que Roger de Hoveden raconte l'aventure : récit un peu différent de celui de M. Hume.

L'an io53, Eustache ouvrit un asile dans ses terres à Guillaume d'Arqués, qui vint se réfugier chez lui avec toute sa famille, après avoir été dépouillé de ses terres par le duc Guillaume le liàfard. Il succéda, l'an i o54 > à Lambert, son frère , comte de Lens en Artois , qui fut tué à Lille sans laisser de postérité. Depuis ce tems le comté de Lens resta dans la maison de Boulogne. {Balder. Chron. Camerac. , L. 5, c. 78.) Eustaclic , vers le même tems , perdit sa femme; du moins il est certain qu'il c'ait veuf, lorsqu'en io56 il reconduisit à Home le pape Vict'»r II , qui venait de tenir un concile à Crlognc. Eu revenant d'Italie, le cojnte de Boulogne passa par la basse Lorraine j et s'étant arrêté à Bouillon , lieu de la résidence du duc Godefroi ic Bai bu , son parent, il lui demanda iDt'^ sa fille en mariage.

DES COMTES DE BOULOGNE. 35l

L'ayant obtenue avec le cliàleau de Bouillon pour sa dot , il l'e'pousa dans le mois de décembre 1067 (^' ^^^" io59^ ' ^ Cambrai. (Bouquet, T. XI, p. 584.) L'an 1066, il se joignit aux seigneurs français qui accom])af^nèrent Guillaume, duc de INorniandie , dans son expe'dilion d'Angleterre, et combattit pour lui à la bataille d'Hastiugs , dont le succès le fit entrer en possession de ce royaume. Eustache y reçut un coup de liache entre les épaules , qui le mit hors de combat. La plaie ne fut ni mortelle ni eu pure perte pour lui. Elle lui devint aussi utile que glorieuse parles largesses que le vainqueur lui fit, soit en dignités , soit en domaines ; et le tout, dit Orde'ric Agitai , aux dépens des Anglais naturels, qu'on dépouillait pour enrichir des e'îrangers. La reconnaissance d'Eustache envers son bienfaiteur ne fut pas de longue durée. Etant venu à Boulogne, il se brouilla, l'atme'e suivante, à la sollicitation du roi de France, avec Guillaume , et travailla à lui enlever la couronne qu'il avait contribue à lui procurer. Tandis que ce prince est en Normandie , Eusiache pratique des intelligences avec les Anglais du comte' de Kent. Assure' de leur secours, il s'embarque avec des troupes pour l'Angleterre à dessein de surprendre la v.Ue de Douvres. Mais la garnison , qui e'iait sur ses gardes , le reçut si mal , qu'il eut à peine le lems de regagner ses vaisseaux avec une partie de ses gens , dont plusieurs lurent tailles en pièces. Eustache , quelque tems après , fit sa paix avec le roi d'Angleterre j il recouvra même l'amilie' de ce monarque , qui lui donna plusieurs nouveaux domaines en Angleterre.

Le comte Eustache II fut libe'ral envers l'e'glise colle'giale de Lens en Artois , londe'e par ses ancêtres ; ce qui prouve qu'une partie au moins de l'Artois e'iait de son domaine. Wons avons sous les yeux deux chartes : l'une de ce comte , par laquelle il accorde divers fonds et divers privilèges à cette église ; l'autre de Lietbert , e'vèque de Cambrai , qui confirme la donation d'Eustache à sa demande et avec le consentement d'Arnoul , comte de Flandre. L'an 1071, il se déclara pour Richilde et Baudouin, son fils , comte de Flandre , contre Robert le Frison , leur compétiteur. Il leur mena des troupes , et combattit pour eux , à la journée de JYlontcassel , le 20 février 1071 , dans laquelle il fit prisonnier Robert le Frison , suivant Meyer , en le poursuivant jusqu'à Sainl-Omer. Ce dernier ayant été relâché, le fit prisonnier à son tour , la même année , à la bataille de Broqucroie. La captivité du comte de Boulogne fut courte. GodclVoi, son frère , chancelier de France et évêque de Paris , obtint sa délivrance, en payant sa rançon.- Robert , })Our se faire un allie' d'Eustache , lui céda la forêt de Bethlo avec le château de Sperli. (Meyer. ) Eustache entra, l'an 1088; dans la ligue formée par

Odon ou Eudes , evêque de Bayeux , el plusieurs seigneurs normands , pour mettre Je duc Robert sur le troue d'Angleterre, que Guillaume le Roux, son cadet, lui avait enlevé'. Ils passent la mer , s'emparent de Rocliester et de plusieurs châteaux du pays de Kent. lUais Guillaume, étant survenu en diligence , les poursuivit de ))lace en place j et, les ayant eulin assiege's dans Rochesler, il les obligea en peu de tems d'e'vacuer le jjays et de repasser la mer avec ignominie.

Eustaclie mourut au plus tôt l'an 1095, et non pas en io65, comme le marque un moderne, ni en 1080 , comme le pre'tend un autre; et fut enterre' à Lens. On ignore s'il eut des enfants de Gode , sa première femme. D'Ide , la seconde , morte en odeur de sainteté' le i5 août 1 1 15, et enterre'e^ Saint-Wasl d'Arras, il laissa Godefroi, créé marquis d'Anvers, par l'empereur Henri IV, après la mort de Godefroi le Bossu, arrivée eu l'an 1076^ puis duc de Bouillon el de la basse Lorraine, et enfin e'iu roi de Je'rusalera l'an ioc)9j Eustache , qui suit; Baudouin, comte d'Edeîse , et ensuite roi de Jérusalem après sou frère. Ce sont les seuls enfants qu'Ide , suivant l'auteur de sa vie , e'criie avant l'an iiaS, eut de son mariage avec Eustaclie II. Elle-même ne nomm.e que ces trois lils dans une charte de l'an 1096, publie'e par le Mire. ( Opp. Diplom. , T. I, p. 76. ) Guillaume de Tjr cependant, suivi par l'auteur de la chronique de Saint-Me'dard et par Guillaume de iSangis, met parmi les cliefs de la première croisade ( L. 9 , c.22), un Guillaume, qu'il dit expressément frère de Godefroi de Bouillon , et par conséquent fils d'Euslache. Mais il a pu se tromper ; de même que Boémond I*^^' , prince d'Antioche , paraît s'être mépris , lorsque dans une lettre à Roger, son frère, l'apportée par Baronius {ad an. 1098, n" xiv ) , il donne à ce même Godefroi un frère nommé Hugues : Godojridiis , dit-il , et Hugo Bollionii fratres. Si ces deux enfants du comte Eustaclie il sont réels , il faut dire qu'il les eut de Gode, sa première femme. Mais Ordéric Vital tombe dans une erreur visible en mettant au nombre des enfants d'Eustache H, Adélaïde , ou Agnès, femme de l'empereur Henri IV, et une autre fille , qu'il nomme Idc , mariée , dit-il , à Conou , comte eu Allemagne.

Page 1