‹ L'art de vérifier les dates (volume 2)Chapitre 219 sur 299 · ROGER · texte numérisé non relu

ROGER

Roger , dont l'origine n'est point certaine , est celui auquel on

doit remonter pour avoir une suite noiî interrompue des comtes

de Saint Pol. La première trace de son existence se rencontre,

suivant le P. Turjîin , dans une charte de l'an i023, par laquelle

Wariii , evê<{U(^ de Beauvais , e'tablit une confraternité' entre les

chanoines de sa c?îthe'drale et les moines de Saint- Wast d'Arras.

L'un des souscripteurs s'j nomme à la vérité Roger , mais il ne

prend point la qualité' de comte. ( Miraeus, Diplorn. BeJg. , T. I,

p. i5o. ) Ou ne saurait e'galtinent se méprendre sur le Roger qui

donna, l'an io5i, l'ahbave dq, Blangis a celle de Fe'cam pour y

mettre la re'forme , puisque , dans la charte q>i'il fit cxj)edier à ce

sujet, il se nomme lui-même comte de Sainl-Pol. (Turpin, p. 26;

Marlenne, Anecd. , T. I, col. i55; Gall. Chr. no., ï. XI,

col. 9.07. ) On y voit aussi dénomme's sa femme , Hauwide , et

ses deux fils , Manasscs et Robert. Roger, ayant usurpe' sur Tab-

bav*^ de Saint-Bortin la terre de ilL'ucliui (ds lîirliaco ) , à deux

liciies de S;nnt-Pol , y exerçait une tyrannie si insupportable,

(lue la phi'.-art des colons, pour s'y soustraire, avaient jiris la

fuite. To ne lie' de repentir ensuite, il fit, l'an io5i, avec l'ahbe'

Bovon ou Bavon , un traite' d'acconiniodcment par lequel ou lui

laissa pour sa vie la jouissance de la moitié' de cette terre , à condition qu'après sa morf elle retournerait toute entière à l'abbaye de Saint-Berlin. Dans cet acte , il est dit formellement que Roger tenait son comte' de Baudouin (de Lille) , comte de Flandre : Cornitalum et cœtera forensia jura idem cornes lioilgerhis iit bénéficia tenebnt de seniore nosiro comité Dalduino. Manassès est le seul des fils de lloger dont le nom soit exprimé dans les souscriptions; ce qui donne lieu de croire que Robert, sou autre fils , n'existait plus. On peut en dire autant d'Hadvvide , sa femme, attendu qu'elle n'est point nommée dans cette cbarte. ( Cartul. de Saint-Bertin, T. IX, fol. 126.) Le P. Turpiu , d'après le ne'crologe de la collégiale de Saint-Pol et d'autres monuments qu'il ne rapporte point, met la mort du comte Roger au i5 juin 1067. Il paraît que Manassès, son fils aîné', l'avait pre'cc'de' au tombeau , puisque ce fut un autre de ses fils qui lui succe'da. Roger avait fonde' dans son château de Saint-Pol l'église de Saint- Sauveur que plusieurs de ses successeurs enrichirent. (Du Chesne, Maison de ChdlilLon, p. 52. )

HUGUES I"

T067. Hugues, surnomme' CandavÈne, Candens avena , par les uns , et Champ-d'AvÈ.ve , Campus avenœ , par les autres , fils de Roger et son successeur au comte de Sainl-Pol , n'eu jouit que l'espace d'environ trois ans , e'iant mort vers l'an 1070. Il avait e'pouse , l'an 1060, Clémknce , dont il eut trois fds , Gui, Hugues et Eustache. {^Lambert. Ardeiis. Chron.)

GUI lei

1070. Gui I"', fils de Hugues I'''", lui succe'da sous la tutelle de Cle'mence , sa mère. Cette dame s'e'tant remarie'e avec Arîjoul , baron d'Ardres , l'un des plus grands capitaines de son tems , associa ce nouvel e'poux à la régence du comte' de Saint-Pol , qu'il défendit avec valeur contre les attaques de ses voisins. Après la mort de Cle'mence, arrive'e l'an 1078 au plus tard, Arnoul se retira dans sa baronnie d'Ardres , et laissa le gouvernement du comte' à Gui , son beau-fils. Nous avons une leitre du pape Gre'goire VII , e'crite , le 2$ novembre de cette année , aux trois frères , Gui j Hugues et Eustache , qu'il qualifie tous trois du titre de comtes de Saint-Pol , touchant le village de Résèque , en latin Reseca , que les chanoines de Saliit-Pol, appuye's de leur autorité' , avaient usurpe' sur ceux de Saint-On)er, suivant \e^ allégations de ces derniers. Cette contestation ayant déjà e'te' agitée dans plusieurs conciles sans avoir pu y être terminée, Gre»

goire enjoint aux trois frères de se repre'senler dans quarante jours devant le le'gat lîugues de Die pour de'duire leurs moyens, et re'pondre à ceux de leurs adversaires. On reconnaît dans cette lettre le style ordinaire de ce pape, c'est-à-dire, qu'elle est pleine de hauteur et de menaces. L'affaire toutefois ne finit qu'en 1094, sous le successeur de Gui , par une transaclion qui maintint le chapitre de Saint-Pol dans la jouissance de J'objet du procès , moyennant le cens annuel d'un marc d'argent payable au chapitre de Saint-Omer. (Turpin, Annal. Com. S. Paulin p. 44) l^e comte Gui mourut, l'an io83, sans avoir e'te' marie'. (Lambert, ^tif. Domin. Ard.')

HUGUES 11

io85. HuGuts II DE Chvmp d'Avène fut le successeur de Gui, son frère , au comte de Saint-Fol. Ayant accompagne' avec Enguerand , son fils, l'an 1096, Robert, duc de Normandie, à la croisade , il se distingua au siège d'Antioche, et monta des premiers à l'assaut de Jérusalem. Mais, entre ces deux e've'nements , il perdit son fils, qui fut tue' devant Marra, [Albert. Aqiiens.) A son retour , il prit les armes pour le comte de Hainaut contre Robert, comte de Flandre. Il eut aussi la guerre avec Baudouin à la Hache, successeur de Robert, qui lui enleva , l'an 1 1 15 , le château d'Encre , dont il fit présent à Charles de Danemarck , son cousin, et , l'an 1 1 17, celui de Saint-Pol. Mais peu de tems après il lui rendit ce dernier à la prière du comte de Boulogne. Après la mort de Baudouin , le comte de Saint-Pol entra dans la ligue forme'e par la veuve de Robert le Jérosolimitaiu , pour exclure du comte' de Flandre Charles de Danemarck, et le l'aire tomber à Guillaume d'ipres. Charles triompha de tous les confe'de're's j et étant entre dans le comte' de Saint-Pol , il en rasa toutes les forteresses et contraignit le comte à lui demander la paix. (Bouquet , T. XIII , p. 557. ) Elle lui fut accordée , dit Meyer , à condition de rentrer dans la mouvance de la Flandre dont ses prédécesseurs s'étaient afiranchis. Hugues mourut l'an i i5o, ou l l5t (et non pas 1126) , ayant eu d'ELisKNOE, sa première femme» Hugues , qui suit, et EngueranJ, tiié, coirfme on l'a dit, devant Marra en Palestine. De MARGUuRrrn de Clermotvt , comtesse d'Amiens , sa seconde fi;mme , veuve de Charles le Bon , comte de Flandre, il eut deux fils, Raoul et Gui, morts avant lui. Du Cangc {[list. manuscrite d'Jmiens^ pense que de ce même lit sortit Béatrix , que d'autres attribuent au premier, et qui, étant devenue héritière du comté d'Amiens , le reporta dans la maison de Boves en épousant Robert , second fiis de Thomas de Marie. Marguerite, après la mort de Hugues, convola eu

troisièmes noces. Les modernes pre'lendent que ce fut avec Thiciri d'Alsace , comte de Flandre , qu'elle les contracta ; mais du Cange soutient que son troisième mari fut Baudouin d'Eucre, dont elle eut , dit-il , une fille , qui fut mère de Gauthier, seij^neur d'Heilli (ibid.) ; et il a pour lui un gcne'alogiste du tems de Philippe Auguste. ( Bouquet , T. XIII , p. /ii5.)

HUGUES IIL

ii5o ou ii5i. Hugues III, successeur de Hugues II, son père , fit une guerre très-vive aux Colletons, e'tablis sur les bords de la rivière d'Authie dans le Ponlliieu. Vainqueur en diverses rencontres , il obligea ses ennemis à se re'fugier dans la ville de Saint-Riquier, qui e'tait alors une des mieux fortifie'es du royaume. Hugues vint mettre le sie'ge devant cette place ; et l'ayant emportée d'assaut le 28 juillet ii5i, il y mit tout à feu et à sang , ainsi que dans l'abbaye , massacrant tout ce qui tombait sous sa main, sans distinction d'âge, de sexe et d'e'tat, brûlant les lieux saints comme les profanes. Le feu gre'geois fut employé' dans cette funeste expédition ; et l'on rapporte qu'un moine , en ayant e'té atteint pendant qu'il célébrait la grand'messe , fut brûlé vif au milieu des saints mystères. {Chron. Centul.min.) L'abbé Anscher alla se plaindre de ces violences au pape Innocent II, qui tenait pour lors un concile à Reims, Mais l'anathème dont cette assemblée frappa le comte Hugues , loin de lui toucher le cœur , ne servit qu'à l'endurcir. De Saint-Riquier, si l'on en croit le P. Turpin, les Colletons s'étaient sauvés chez Robert, comte de Fonthieu , qui leur avait donné retraite. Hugues , ajoute cet e'crivain, pour se venger de cet acte d'humanité, tendit à Robert une embuscade, et le tua comme il revenait de la chasse. Mais ce récit non seulement n'est appuyé d'aucune preuve j il est de plus formellement démenti par ce que les anciens monuments nous apprennent de Robert de Bellême, qui est le comte de Fonthieu dont il s'agit ici. ( Voyez Robert II , comte de Bellême et cC Alencon ^ et Robert, coinie de Ponlhieu. ) INous ne pouvons ajouter plus de foi à ce que dit encore de son chef le même auteur, que Hugues III mit le comble à ses violences en poignardant à l'autel un prêtre pour avoir déclamé contre sa tyrannie. Ce qui est certain, c'est que le roi Louis le Gros , sur les plaintes qui lui furent portées par les églises que Hugues III opprimait était dans la disposition de marcher contre lui pour le réprimer comme on le voit par une lettre du roi Louis le Gros à l'évêque d'Arras, dans laquelle il témoigne être déterminé à ne rien négliger pour arrêter et punir la fureur du comte de Saint-Pol. (Baluze , Miscell. , T. V, p. 445-) Hugues prévint le coup eu

rentrant en lui-même et se soumetlant à la pe'nilence. Pour obtenir sou absolution , il s'adressa au pape Innocent II , qui lui enjoigriSt (le fonaer un monastère pour re'parer le mal qu'il avait fait. Il fonda en conséquence , l'an iiS/, l'abbaye de Cercamp, Carus-Camjyns , sur la Candie , dans laquelle il plaça , l'an i i4' » une colonie de Cisterciens , qu'il avait e'ie lui-même cbercher à Pontigni , au diocèse d'Auxerre. ( GalL Chr., T. IX , col. i 56. ) L<a conversion de Hugues ne le fit pas renoncer au métier des armes. L'an il4o> il fit une ligue avec le comte de Hainaut contre ThierrI d'Alsace , comte de Flandre. Mais e'tant venus l'attaquer, les deux comtes furent vigoureusement repousse's par celui-ci, lequel, étant entre' sur leurs terres , prit sur eux divers châteaux qu'il rasa, et s'en retourna cliarge' de dt-pouillcs. {Chron. JElnon.) Hugues mourut l'année suivante, laissant de Béatrix , son épouse, cinq fiîs et trois filles. Les fils sont Ingelram, qui suit ; Hugues, mort sans alliance; Anselme , qui continua la pos- Ic'rite'; Raoul et Gui : les filles , Ange'lique , ou Ange'line , femme d'Anselme de Housdain ; Ade'laïde , femme de Robert le Roux, .<<ire de Bélbune ; et Bcatrix , femme de Robert, quatrième fi's de Raoul I"", sire de Couci. La mère de ces enfants fut inhume'e à Cercamp.

INGELRAM.

li4i' Ingelram, ou Engueraxd , fils aîné' de Hugues III et son successeur, mourut l'an ii5o , peu après avoir e'pouse' Ide , fille de Nicolas d'Avêne : son frère , Hugues , l'avait pre'ce'dé de quelques jours au tombeau. (Du Chesne, AI. de Chdtillon.)

Page 1