ANSELME
ii5o. AwsELME , deuxième frère d'Ingelram, lui succéda , et mourut l'an 1174? laissant d'EusTACHE de Champagne, son épouse , Hugues , qui suit ; Ingelram , père , suivant quelquesuns , d'Hugues de Beauval ; Gui , scnc'chal de Ponlhieu , et Be'atrix , femme de Jean , comte de Ponthieu. Anselme possc'dait he're'ditairemcnt les pre'bendes de Saint-Gervais d'Encre. Averli de cet abus , il les remit , en 1 1 54 , à Thierri , e'vêque d'Amiens. (Du Chesne, ibid.\)
HUGUES IV
TT74. HuctTES IV, fils aîné d'Anselme et son successeur a» comté de Saint-Pol , rae'rita l'estime et la reconnaissance du roi Philippe Auguste , par les services qu'il lui rendit dans les pre-
mîères années de son règne. Nous ne les connaissons point en détail ; mais on peut juger de leur importance par la récompense que Hugues en reçut du monarque. Elle consistait dans le doa que Philippe Auguste lui fit des terres de Pont-Sainte-Maxence , de Verneuil et de Pontpoint , pour lui et ses héritiers , propter fidèle serviiium. La charte de cette concession est datée de Dunle-Roi l'an 1 194. ( CavLul. de Phil. Aiig. ^ fol. 94 > *'"• ) ïl avait accompagné , quatre ans auparavant , le comte de Flandre en Orient , et s'était distingué au siège d'Acre. Elant parti au mois d'avril 1202, pour une nouvelle croisade, il se laissa engager comme les autres Croisés, par les Vénitiens , à faire le siège de Zara. Après la prise de cette place , il s'embarqua avec l'armée victorieuse pour Constantinoplc , et paya de sa personne à l'assaut de cette ville , qui fut emportée le 12 avril de l'an 1204, Cette expédition ayant fait passer l'empire grec aux Latins , Baudoniu , nouvel empereur , donna l'épée de connétable au comte de Saint-Fol, qui la porta au couronnement de ce prince. Nous avons la relation qu'il envoya de cotte croisade au duc de Brabant, son ami Elle est bien circonstanciée , et finit ainsi : Si qids Deo vuU.... seryire et nomen habere clarum et conspicuiim, tollal criiceni , et sequalur Dominum , ut veniat ad lorneamentum Domini ad qiiod ah ipso Domino invilatur. ( Du Chesne, Hist. Fr., T. V, p. 275. j) Il écrivit une autre lettre, sur le même sujet , à son ami Renaud , ou Robert de Balve , qui n'a point encore été imprimée , et dont nous avons l'original sous les yeux. L'empereur Baudouin , non content de la dignité qu'il avait conférée à Hugues , lui fit encore présent de Didimotique , ville forte et opulente de l'hrace , avec son territoire. Mais il n'en jouit pas long-teras : la goutte, à laquelle il était sujet, l'emporta sur la fin de l'an i2o5. On lui fil des obsèques magnifiques à Constantinoplc ; mais son corps fut rapporté eu France , et inhumé dans l'abbaye de Cercamp, à la demande des religieux. Le comte Hugues était zélé pour l'observation de la justice : Villehardouin en rapporte l'exemple suivant. A la prise de Constantinoplc , il avait défendu de rien divertir du butin que l'on ferait, mais de mettre tout en commun. Un chevalier du comté de Saint-Pol fut convaincu d'avoir contrevenu à cette défense ; Hugues le fit pendre sans miséricorde avec l'écusson de ses armes attaché au cou pour plus grande ignominie. Hugues IV fut le dernier comte de la maison de Champ-d'Avène, n'ayant laissé de sa femme , Yolande , fille de Baudouin IV, comte de Hainaut, et veuve d'Ives , comte de Soissons , que deux filles, Elisabeth , qui suit , et Eustachie , mariée à Jean de r^esle , châtelain de Bruges , après avoir été fiancée à Arnoul II , comte de Guignes. Roger de Hoveden donne à Hugues, pour XII. 49
première femme, Ide , fille de Mathieu d'Alsace , comte de lîonogne , laquelle, dit-il, se sépara de lui pour e'pouser Renaud, comte de Dauimartin. Mais on voit ailleurs qu'Ide était veuve de terlhold V, duc de Ze'ringhen, lorsqu'elle épousa Renaud.
ELISABETH et GAUTHIER, ou GAUCHER DE CHATILLON.
i2o5. Elisabkth , fille aîne'e de Huî^ues TV et femme de Gauthier , ou GAUcncn, fils de Gui II de Cîu\tillon-sur-Marne,
qu'elle avait e'pouse' l'an 119^), succcda à son père avec sou înari, qui commença la seconde race, des comtes de Saiut-Fol»
Gauthier e'tait le troisième du nom de sa maison. L'an 1 189, îi avait pris la croix avec le roi Philippe Auguste , dont il e'iait cousin germain par sa mère, Alix de France , fille de Pvohert I*', comte de Dreux , frère du roi Louis Vif. Etant parti en la compagnie du monarque , il s'elait signale' au sie'ge d'Acre , où il avait perdu Gui , son frère. A son retour il avaitcto' nomme', l'an 1 195 , se'ne'chal de Bourgogne par le duc Eudes III , et peu de tcms après grand - boutillier de Champagne par le comte 'J"hifcaut. Il aida Philippe Ai;gusle , l'an luoSctran 1204, à faire la conquête de la JNormandie. L'an 1209, e'îant à une cour ple'nière que le roi tenait à Compiègne aux fêtes de la Pentecôte , il s'y croisa contre les Alhigeois avec pluMours autres seigneurs , lesquels, dit la chronique de Flandre, mirent leurs croix de'vanl le pis pour la dijjérence d'' outre-mer. Après la prise de Carcassonne , e've'nement du i5 août de celte anne'c , les chefs de la croisade lui offrirent, au refus du duc de Bourgogne et du comte de Nevers , la seigneurie de tout le pays qu'ils avaient conquis. Mais Gauthier eut, comme ces deux princes , la gene'rosite' de la refuser. A son retour, il reçut du roi Philippe Auguste le commandement de l'armée que ce monarque envoyait en Bretagne , où des rebelles faisaient le dëgât aux environs du château du Guesclin , dont ils s'étaient rendus maitrcs. Gauthier prit cette place d'assaut, et la remit au nom du roi à Juhel , seigneur de Mayenne , qui l'accompagnait dans cette expe'diliou.
Le roi , l'an 121 5 , fit partir Gauthier de Châtillon et Guèrin , ^vêque de Senlis , avec une nouvelle arme'e , pour aller reprendre la ville de Tournai , que le comte de Flandre avait surfrise par le conseil de Gandulfe , seigneur de Mortagne-snr- Escaiit. Les deux ge'ne'raux , aj'anl réduit la place , firent lo de'gât sur les terres du traître Gandulfe, tandis que le roi Philippe , avec une autre armée , faisait la conquête de Calais ,
d'Iprcs , de Bruges et de Gand. Gauthier, l'anne'e suivante , coniinauda l'arrière-garde de l'armée française à la bataille de Bouvines, doune'c ,Ie 27 juillet contre l'empereur Olton IV« comte de Flandre et les princes leurs confe'de'rës. Ce n'e'tait pa * toulelbis sans quelque de'fiance de sa fidélité' qu'on lui avait donne ce commandement. 11 savait lui-même qu'on avait tâché de le desservir dans l'esprit du roi. Lorsque ce fut à lui à donner, il dit au chevalier Gue'rin , qui f:iisait l'office de mare'chal de bataille : On me soupçonne d'être cV intelligence avuc les en" nemis ; vous allez voir comme je suis bon traître. A ces motâ il part de la main , et tombe avec furie sur un corps de Flamands qui e'iait devant lui. Gauthier de Chdtillon , dit une ancienne version de Kigord , tantferit et chapela , et lui et .les siens à destre et à senestre , quHl tresperca tout outre la tourbe de ses ennemis; et puis se resery dedens d^ autre part , et les aclost comme ou milieu de la bataille. Ne'annioins il pensa périr dans la mêlée en voulant arracher un de ses chevaliers des mains des ennemis. Il y réussit , mais ce ne fut qu'.'iprès avoir reçu douze coups de lance , qui cependant ne le porent trehuscher ne lui ne le c^et'u/.; Toujours avide de gloire, il se croisa de nouveau , l'an I2i5 , contre les Albigeois , et accompacrna le prince Louis de France dans cette expédition. On voit qu'il en était de retour sur la fin de cette année , par sa souscription apposée à un jugement renduàlacnur de Blanche, comtesse de Champagne , contre certaines prétentions de l'abbé m Yauluisant , au diocèse de Sens. (Turpin , p. 109.) On le voit, en t2i6, assis, quoique non pair de France , au nombre des juges assemblés pour décider la contestai ion entre la coailosse Blanche, mère et tutrice de Thibaut le Posthume, et Philippine , tante de ce prince , sur la propriété du comté de Champagne. L'an 12)C) (N. S. ) , au mois de février, le roi Philippe Auguslç récompensa libéralement ses services par le don qu'il lui fit de la terre de Torigni en Normandie. {Ibid. p. 110.) Peu de tems après , Gauthier , pour la troisième fois , se croisa contre les Albigeois , et encore à la suite du prince Louis. Il fit merveille au siégedeMarmandeen Agénois. La place ayant été obligée dé se rendre à discrétion , l'évèque de Saintes voulut engager lô prince Louis à faire égorger la garnison; mais le duc de Breta:jne et le comfe de Saint-Pol s'opposèrent à cette barbarie. Ils ne purent néanmoins empèclier que les troupes victorieuses , éiHUt entrées dans la ville après la retraite de la garnison , né fissent main-basse sur les habitants. De retour chez lui, le comte (jauthier mourut au mois d'octobre de la même année , emportant dans le tombeau la gloire d'avoir été le plus franc et le pluS vaillant chevalier de, son tems. De sa femme, qui se rem«.;:i*'V
après treize ans de viduile, à Jean de Bélhune , et mourut sans enfants du second lit en i255, avant le mois d'avril, il eut Hugues, seigneur de Troissi et de Cre'ci, se'ne'chal de Champagne et dans la suite comte de Saint-Pol et de Blois ; Gui , qui suit ; Euslacliie , femme de Daniol de Dclhune , avoue' d'Artois) et Elisabeth , marie'e à Aubert de Haiigest, seigneur de Genlis. Du Cliesne ( Histoire de Chdlillon , p. 55 ) a publie' une charte de Gauthier de Châtillon de l'an 1206, laquelle est scelle'e de son sceau et de celui de sa femme. Or, on voit par le dernier que les dames prenaient alors le surnom de leurs maris , et scellaient de leurs armes.
GUI II
121 9. Gui II , successeur de Gauthier de Châtillon , son père, dans le comte' de Saint-Pol , eut de plus la ville de Pont- Sainte-Maxence et quelques autres terres qu'il partagea avec Hugues, son frère. Il épousa, l'an 1225, Agnes, fille de Mahaut, comtesse de Nevers , et d'Hervé' IV, baron de Donzi , de Gien , de Saint-Aignan et du Perche- Gouet. Agnès avait d'abord e'té destine'e au prince Philippe, fils aine' de Louis de France (depuis, le roi Louis VIII ) : mariage qui n'eut pas lieu par la mort de Philippe, arrive'e l'an 1218. Avant d'e'pouser Agnès, Gui et Hugues , son frère, passèrent un traite' avec le roi Philippe Auguste , par lequel ils lui cédèrent la ville de Pont-Sainte-Maxence avec ses droits et appartenances, au moyen de quoi ce monarque leur remit le droit de rachat qui lui e'tait dû pour le comté de 3Vevers. ( Du Chesne , Histoire de la maison de Châtillon , p. 170.) Gui et Hugues , dès le tems de leur père , e'taient en e'tat de guerre avec le comte de Champagne , auquel ils refusaient le service pour les terres qu'ils tenaient de lui. Enfin l'an 1 224 , par lettres du mois de mai , ils consentirent de s'en rapporter à des arbitres touchant les de'gnts qu'ils avaient faits en Champagne , reconnaissant d'avance qu'ils e'taient hommes-liges de ce comtd , jurant de remettre au comte Thibaut leurs forteresses à grande et à petite force, et s'obligeant à le de'fendre envers et contre tous, excepte' le roi de France , l'èvêque de Paris et le comte de Nevers ; à quoi le comte Gui ajouta qu'au cas que le comte' de INevers lui e'cluit, il le reprendrait du comte de Champagne pour ce qui en relevait de lui. ( Liber principiiw , fol. 54 1 et 542.) Gui se croisa, l'an 122G, contre les Albigeois, et se trouva la même aune'e au sie'ge d'Avignon , où il donna des preuves éclatantes de sa valeur. Il y fut tué d'un coup de pierre lancée d'un mangonneau vers la mi-août , emportant dans le tombeau les regrets du roi Louis VIII , qui était à ce siège. Son corps , par
DES COMTES DE SAINT-POL. SSq
ordre de ce prince , fut mis dans un cercueil de plomb , el. porte au prieure' de Longueau , près de Châlillon. Il eut d'Agnès , sa femme, dëce'de'e l'an 1224, Gaucher, baron de Donzi, de Saint- Aignan , du Perche-Gouet, etc., qui fut tué en Egypte, l'an 1260, à l'âge de vingt-six ans , sans laisser d'enfants de sa femme, Jeanne, fille de Philippe Hurepel , comte de Clermont en Beauvaisis et de Boulogne^ et Yolande, marie'e avec Archambaud X, sire de Bourbon.
HUGUES V
1226. HuGUFS , fils aine', comme il le déclare lui-même dans plusieurs de ses chartes , de Gauthier de Châtillon et d'Elisabeth, sénéchal de Champagne et seigneur de Troissi et de Créci , prétendit succéder à Gui , son frère, dans le comté de Saint-Pol , à l'exclusion de Gaucher, fils de ce dernier. La raison sur laquelle il fondait cette exclusion , était qu'Elisabeth , mère de Gui et de Hugues , vivait encore , et que la représentation n'a point lieu dans la coutume d'Artois , qui régit le comté de Saint-Pol. L'aflaire demeura en souffrance l'espace d'environ deux ans , pendant lesquels Hugues s'abstint de prendre le titre de comte de Saint-Pol. C'est ce que l'on voit par ses chartes , et spécialement par celle qu'il donna, au mois de juillet 1227 , pour confirmer la commune de Saint-Pol , accordée par son aïeul : Ego, dit-il en tête , Hugo de Costellione , fdiiis comitis S. Pauli. ( Turpin , p. 122. ) Enfin , l'an 1228 , son droit étant éclairci , Hugues commença à se qualifier comte de Saint-Pol, Le roi Louis VIII ayant laissé en mourant l'héritier du trône en bas âge , Hugues entra dans la confédération de plusieurs grands du royaume contre la régence de la reine Blanche. Il assista , l'an 1229, Philippe , comte de Boulogne , dans l'irruption qu'il fit sur les terres de Thibaut , comte de Champagne , partisan de cette princesse. Mais Thibaut et Ferrand , comte de Flandre, son allié , vinrent par représailles faire le dégât dans le comté de Saint-Pol. Ils ne le firent pas néanmoins impunément ; car la chronique d'André rapporte que Ferrand étant venu attaquer le château de Frevanche dans le Ternois , fut si bien reçu , que presque toute sa troupe fut taillée en pièces , et lui-même n'échappa qur par la fuite. Hugues cependant fut obligé, l'année suivante, de faire sa paix avec la régente. L'an i25o , il devint comte de Blois par son mariage avec Marte , fille de Gauthier d'Avêne et de Marguerite , comtesse de Blois. 11 fut , l'nn 1254 > de l'expédition du roi saint Louis en Bretagne. L'an 1 255 , il reçut de l'empereur Frédéric II une lettre par laquelle ce prince lui mandait de venir le trouver au jour et au lieu que ses mes-
aQO CHRONOLOGIE HISTORIQUE
saines îai indiqueraient , pour lui faire cortège à son enlre'e à Lyon , oii nous sommes re'solus , disait-il , de nous rendre , afin tie nous laver , devant le concile , des infamies que le pape nous impute. (Turpin , iOid. p. i5o. ) On ignore de quel droit l'em- P'^rcnr citait auprès de sa personne le comte de Saint-Pol , qui iiVtait nullement son vassal. Quoi qu'il en soit, le voyage n'eut point lien et l'empereur ne comparut point au concile. Le sire tie Joinville , parlant des seigneurs qui accompagnèrent , en î?-4ï 1 'c roi saint Louis dans son expe'dition contre les comtes de la Marche, met de ce nombre le comte de Saint-Pol, et dit qu'il fut du grand festin que ce monarque donna en passant à
Ssmiiur : Et si servait à la Royne le conte de Doiiloigne
et le bon conte de Saint-Pol.
Hugues , l'an 1247» fut l'un des quatre seigneurs que la no- Messe de France choisit pour chefs de la conféde'ration qu'elle forma pour se défendre contre les atteintes que le clergé portait à sa juridiction. ( J^ojez Hugues IV, duc de Bour^of;ne. ) La inème anne'e , Hugues prend la croix pour la Terre-Sainte avec ics trois frères de saint Louis et plusieurs autres princes et grands fl'.i royaume. Il fit pour celte expédition les plus magnifiques prc'paralih , .de manière qu'il « n'en parut point , suivant Ma- » tliieu-Paris , de plus noble en toute l'arme'e française , ni de » plus puissant que lui. Cari! assembla , ajoute-t-il , cinquante » chevaliers portant bannières , tous braves gens et habiles dans » l'art militaire , dont il ëfait le chef; il fit e'quiper dans le » royaume d'Ecosse , un navire admirable pour partir avec les » Boulonnais, les Flamands et ceux qu'on nomme vulgai.'-cment » d'Avalterre. » Miis e'fant sur le point de son de'part, il tomba malade et mourut le C) avril 1248. Un chroniqueur le confond Bvec Gui , son pre'de'cesseiir , en disant qu'il fut tue' d'un coup de pierre devant Avignon. îl fut enterre' dans l'abbaye dePontaux-Dames , diocèse deMoanx, qu'il avait fondée , l'an 1226' , avec sa seconde femme. Ceci est tire de du Chesne , suivi par le père Turpin. Cependant Joinville racoule qu'après l'affaire do }a Massoure , du 8 février i25o, étant allé trouver le roi , il vit Mon'^eigneur Jehan de TValeri , qui vint à U et li dit : <« Sire^ » Monseigneur de Chai^t'llon vous prie que vous li donnez » V arrière- garde ', et H Ror , ajoute-t-il, si fîs( moult 7,'o!en- » tiers, et puis se mtst en chemin ». Si c'est de Hugues de Châtillon que parle Joinville , comme le pensent les derniers éditeurs de cet historien, il avait donc accompagné le monarque en Egypte -, et s'i! est vrai qu'il fut enterré à Pont-aux-Dames , il était donc reveini de ce pays-là , ou bien son corps en fut rapporté. Quoi qu'il en soit , Hugues avni^ épon=;é en premières noces N. de Bar, fille de Thibaut 1'', comte de Bar-le-Duc ,
DES COMTES DE SAINT-POL. ùgi
après le décès de laquelle il se remaria , l'an isaS, avec Marie d'Avènes , fille unique et liérilière de Gauthier, .seigneur d'Avcncs et d'autres lieux situe's aux Pays-Bas , et de Marguerite , comtesse de Blois. Il c'pousa en troisièmes noces , l'an 10.41 au plutôt, Mahaut, fille d'Arnoul II, comte de Guines. Du second lit (le preimcr elle troisicaie fiireni s(e'riles) sortirent Jean de Ch.îtillon , comte de Blois , seigneur d'Avênes et d'autres lieux j Gui , qui suit, Gauthier, quatrième du nom, seigneur de Cliâtillon , de Cre'ci , etc. ; Hugues de Chàlillon, deuxième du nom : Pliilijjpine de Chàlillon , femme de Thierri de Clèves ( et non d'Olton III , comte de Gueldre ) ; et Elisabeth , femme de Ge'rard le Grand , dit le Diable. ( Du Chesne , Hist. de la M. de Chàlillon , L. 5. ) A ces enfants , le père Turpin ajoute Be'atrix , f^mme de Guillaume de Dampierre , fils aine' de Guillaume de Dampierre et Marguerite II, comtesse de Flandre. Il apporte en preuve une donation de Gui , qui suit , faite l'an 1284 fid supplicalionem et règnes tam dileclœ sororis nostrœ Beolricis Dominée de Curtraco , diidiim uxoris nobilis viri TVillelmi Comitis Flandriœ't. (p. i55.}
GUI III
Gui IIÏ succe'da dans le comte' de Saînt-Pol à Hugues son jière , ainsi que dans la terre d'Encre et autres lieux , en vertu de son testament fait en 1246 , qui portait ainsi : Guioz mesjiz aura le comté de Saint-Pol et la terre d^ Encre , et toute ma terre qui est entre la rivière de Somme et la mer. Jean , comte de Blois; frère aîné' de Gui, retint les armes pures de sa maison, qui sont de gueules à trois pals de vair, et obligea Gui d'y ajouter un lambel d'azur à cinq échancrurcs j ce qui fait encore aujourd'hui les armoiries de la ville de Saint-Pol. Après la mort de Robert de France , comte d'Artois, tue', l'an laSo , à la bataille de la Massoure , Gui épousa Mahaut de Brabatvt , veuve de ce prince : mariage qui le mit en alliance avec les plus puissants rois et princes de l'Europe. Ce fut du chef de sa femme, qu'après la mort de Mahaut, comtesse de Boulogne , veuve de Philippe Hurepel, comte de Clermont , et celle de Jeanne leur fille, il prétendit au comte' de Boulogne. Mais il fut de'boute' de sa demande par arrêt de Tan laSg. ( Voy. les comtes de Boulogne. ) Il fonda , l'an i265 , de concert avec son épouse , un riche hôpital à Saint-Pol. L'an 1270, il fit le voyage d'outre-mer avec le roi saint Louis, ayant à sa suite trente chevaliers , pour l'entretien desquels le roi lui fournit douze mille livres. En 1276, il fut de l'expédition du roi Philippe le Hardi en Aragon. A son retour, l'aa 1 377 , au mois de mars , le comte de Blois , son frère , lui fit
cession de tout ce qu'il possédait en Brabant. (Martenne , T%esi Anecd. , T. I , col. 1 136. ) Gui marcha , l'an 1288 , au secours de Jean I"^' , duc de Brabaut , neveu de sa femme, contre Renaud , comte de Gueldre , sur lequel il re'pe'tait le duché de Limbourg, 11 commanda l'armée du duc à la bataille de Voëringen , donnée le 5 juin de celte année, et lui procura une victoire complèle parla mort du comte de Luxembourg , cessionnaire de Renaud, q'ii périt dans la mêlée, et par la prise de ce même Renaud et de l'aichevcquc de Cologne, qui était venu à son secours. Le comte Gui perdit, le 29 septembre suivant, Maliaut , son épouse, et finit lui même ses jours le 12 mars 1289. (N. S. ) Les deux époux furent iidmmés à l'abbaye de Cercamp. De leur mariage sortirent Hugues, qui suit 3 Gui, qui lui succéda ; Jacques, seigneur de Leuze et de Coudé, lieutenant-général pour le roi au pays de Flandre 5 Kéalrix , femme de Jean de Brienne , comte d'Eu ; et Jeanne , mariée à Guillaume de Ghauvigni , seigneur de Châteauroux. Nicolas Spécialis , dans son histoire de Sicile , fait mourir, en 1280, le comte de 8aint-Pol devant Roses ea Catalogne ; et voici en substance comme il raconte la chose. Le roi Philippe le Hardi , apprenant que l'amiral Roger Doria avait fait une descente en Catalogne et commencé le siège de Roses , envoya contre lui le comte de Saint-Pol à la tête de six mille chevaux. Doria se servit d'un stratagème pour faire périr ces troupes. Ayant fait creuser des chaussetrapes depuis le rivage de la mer en allant vers la place , il attira au combat les Français, qui, le voyant fuir presque aussitôt vers ses galères , le poursuivirent et tombèrent dans le piège qui leur était prépare'. Alors l'ennemi, revenant sur ses pas , les massacre tous sans distinction de capitaines et de soldats Le comte de Saint-Pol eut la main droite emportée d'un coup de sabre et en mourut. Sa famille racheta son corps dans la suite pour le prix de sept cents marcs d'argent. Il est à remarquer que l'historien ne dit pas le nom de ce comte de Salut- Pol j et il y a de l'apparence qu'il a seulement voulu parler de quelque seigneur de cette maison , auquel il aura donné improprement le titre de comte.
^. . ... HUGUES VL
1289. Ht GUF.s YI , fds aîné de Gui HI et son successeur au comté de Saint-Pol , avait épousé , du vivant de son père , BÉa- Tiux , filic de Gui de Dampicrre , comte de Flandre. Il actjuit, l'an 1290 , de Jeanne deChalillon , sa cousine , pour la somme de neuf mille livres les terres d'Avênes , de Laudrécies , de Guise , de Novion en Thiérache, d'Encre et de Créci. L'an 1292 (N. S.), au mois de janvier , il succe'da à la même dans le comté de Blois.
DES COMTES DE SAINT-POL. SpS
î^aîs comme ses frères. Gui et Jacques, avaient aussi leur part à cet héritage , pour les dédommager il céda le comte de Saint- Pol au premier et les terres de Leuac et de Conde' au second. Cet accommodement fut fait à Boulogne le jour de Pâques 1292 , par jugement de Robert, comte d'Auvergne et de Boulogne , comme suzerain en cette dernière qualité' du comte' deSaint-Pol, dont la mouvance avait alors change'. ( Voy. les comtes de Blois. ) Hugues , pendant qu'il jouissait du comte de Saint-Pol , fit travailler à un roman dont il existait une co])ie manuscrile dans la bibliothèque de M. deThou, sous ce titre : Ici encomenche il histoire de Kanor et de ses frères , li quel furent fils à noble Cassiodorus , empereur de Constaniinople et de Rome, lequel fut enf;piiré en Vempereis Fastige ki fille feu à Vempereur Phjsens. L'auteur entame ainsi son discours : Ha diex , si "iouffîsamment ai esté requis de nohle prince Iluon de Chastillion, conte de Saint-Pol f par lequel je ne me pourroje mie tenir que , etc.
GUI IV
1292. Gui IV, seigneur d'Encre , devenu comte de Saint- Pol par la cession de Hugues VI, son frère, e'pousa, Tan 1292, Marie , fille de Jean II , duc de Bretagne. Peu de lems après , le roi Philippe le Bel, dont il était proche parent, le nomma grandbouteiller de France. Il accompagna ce prince, l'an 1297 , dans son expe'ditiou de Flandre. Il se trouva au sie'ge de Lille , commence' le 25 juin de la même anne'e j et à quatre lieues de là défit les ennemis , secondé par Raoul de Nesie, connétable de France, et par Jacques , son frère, maréchal de l'armée. Il aida aussi Robert II , comte d'Arloia, à prendre Calais , Rergues et Bourbourg. Sur la fin de la même année , il fut du nombre des plénipotentiaires nommés par Philippe pour traiter de la paix avec le roi d'Angleterre. Le résultat des conférences tenues à ce sujet ne fut qu'une trêve d'un an , pendant laquelle Gui fut député au pape Boniface VIII pour lui remontrer le bon droit que le roi de France avait dans sa querelle avec celui d'Anglelerre. Gui, l'an ï 299 , fut chargé d'une nouvelle ambassade auprès de l'empereur Albert d'Autriche , pour conclure un traité d'alliance entre l'Empire et la France, L'an i5o2, il retourna en Flandre par ordre du roi, qui lui donna le commandement d'une partie de ses troupes. Quelques historiens l'accusent d'avoir tourné le dos à la bataille de Courlrai , donnée le 11 juillet i5o2 , et d'avoir laisse Robert d'Artois, général de notre armée , à la discrétion des ennemis- Le roi n'en était rien moins que persuadé , puiserue six jours après cette malheureuse journée il lui envoya des lettres de général pour remplacer Robert d'Artois. Gui s'acquitta dis-^ne- XII. 5o °
ment de cet emploi dans toutes les occasions, surtout à la bataille de Mons-en-Puelles , livre'e le 8 août i3o4 , dans laquelle il eut la gloire d'avoir sauve' le roi Philippe ; en quoi il fut aide' par les comtes d'Evrcux , de Valois et de Dammartin. Il assista , l'an i5o8 , aux noces d'Isabelle de France et d'Edouard II , roi d'Angleterre , qui furent célébrées à Boulogne , et oii se trouvèrent quatre rois et trois reines. Le roi Louis Hutin lui donna , l'an i5i4, la ville et pre'vôte' de Douricns avec deux mille livres de rente pour l'aider à vaquer aux affaires de l'e'tat. Ce prince , par son îeslameiit fait au mois de juin iSiô , le nomma son exc'cuteur teslamenlaire. Philippe le Long , successeur du roi Louis, he'riîa de son estime et de sa confiance envers le comte de Saint-Pol. Mais Gni n'en jouit pas long-teni<î , étant mort le G avril i5i7. Il fut inl'umé à Cercamp sous une tombe de raarbi'c , élevée de cinq pieds, sur laquelle on voit sa statue et celle de sa femme, décédée le 5 mai i5d(}. Une taclie dans la vie du comte Gui , c'est qu'il fut un des promoteurs de la condamnation d'Enguerand de Marigni. De son mariage il eut Jean, qui suit ; Jacques, seigneur d'Encre ; Maliant, mririéc, an mois de juin i3o8, à Charles de France, comte de Valois ; Isabelle, alliée à Guillaume , sire de Couci ; Béatrix , femme de Jean de Flandre , vicomte de Chàteaudnn ; Marie , femme d'Aymar de Valence , de la maison de I;usignan ; Eléonore, femme do Je^n Itlalet, issu des comtes d'Alençon, seigneur deGraviile, de Séfz et de Bernai; Jeanne, mariée à Miles de Noyers, seigneur de ÎMaizi ^ et deux autres filles. Le comte Gui jouissait du droit de faire battre monnaie noire et blanche. Le ]ière Turpin rapp()rte le bail qu'il fit, l'an i5o6 , à Jehannin Tadiii de Lucques , pour faire et ouvrer de la monnaie par tout le ton? té rie Saint-Pot pendant le cours de di.vhuil mois. LVmpreinte de cette monnaie était une croix avec une iieur de lys à chaque angle , et dans le contour ces mots : Guido cornes ; sur le revers , une gerbe d'avoine, ancien em- Llémc des comtes de Saint-Pol , avec ces mots dans le contour : Muiiela S.-Puli.
JEAN DE CMÂTILLON.
i5i7. JpAN Ytv. Chatili.on , successeur de Gui, son ])ère , au comté de Saint-Pol et en la vicomié de Dourlons , fut employé' au maniement des finances e! en diverses négociations sous le roi Philijjpe de Valois. Il accompagna ce prince , en 1^40 , dans sou expédition de Flandre. L'histoire depuis ce tcms ne fait plus inenlion de lui , et l'on ignore le t(;ms précis de sa mort, qui devança l'an 1544. On fait l'éloge de sa piété. De Jeaivnk de FinNtjts , son épouse, fille de Jçan et d'Isabelle de Luxembourg, il eut
DES COMTES DE SATNT-rOL. 5^)5
Gui, qui suit, et. iMaliaut , qui remplaça Gui, ( Du Clicsne , Maiaon de Cfuîtillon. )
GUI V
1544 211 plus tnrd. Gui V succéda on bas âî3;e à Jean, sou père, sous la tutelle de Jeanne, sa mère , qui , s'e'taut remariée avec Jean de Landas , partagea celte fonction avec lui. Et^ul en âge de porter les aimes , il accnmpai^na le connèlahle , Robert da Fiennes, son oncle , d^ns plusieurs eutreprises qu'il iit duraat. la captivité' du roi Jean, lise distingua, au mois de septembre i55S, a la défense d'Amiens , que les IS'avarrois voulaient surprendre au moyen des intelligences qu'ils y avaient, et dont ils avaient déjn pris un des faubourgs avec une partie delà ville. Moult acquirent, dit Froissart , le coneslable de France et le jenne comte de Sainl-Pol , grant grâce jyarm! le poj's de Picardie y du secours, (juils avaient fait à ceux d' Amiens. Gui pour sa recompense ayant e'te' tait lieutenant de roi en Picardie , Vermatidois et Bcauvaisis , destitua , le 5o novembre de la même année , les maire, pre'vôtet e'chevins d'Amiens , comme suspects d'attachement au roi de Navarre, et en fit élire d'autres à leurs places. ( Cartul. de l'Hôtel-de-Ville d' Amiens. ) L'an i56o , Gui ayant e'té du nombre des otages envoye's en Angleterre pour la délivrance du roi , il v mourut la même année sans laisser d'enfants de Jeanke DE LuxEMnouRG, sa lemme.