‹ L'art de vérifier les dates (volume 2)Chapitre 246 sur 299 · ETIENNE · texte numérisé non relu

ETIENNE

ETfE^'NE, fils d'Eudes de Champagne , posse'dait le comte' d'Au ■• maie du vivant de son père, lequel , ayant fixe' son séjour en Angleterre , lui avait cède ce qu'il avait en Normandie. L'an 1090 , il suivit le parti de Guillaume le Roux lors({u'il vint en Normandie fiire la guerre au duc Robert son frère. Avec l'argent qu'il reçut de Guillaume , il agrandit et fortifia son château d'Aumale , où il logea toute la famille royale dans une visite qu'il en reçut. (Ordcr. Vital. ) Ce fut par l'ordre de ce monarque qu'il secourut peu de tems après Raoul de Toëui , seigneur de Conches , contre Guillaume, comte d'Evreux, sous les armes duquel il e'tail près de succomber. Etienne se re'concilia depuis avec le duc Robert. Plusieurs seigneurs , comme on vient de le dire à l'article de sou père, conspirèrent, en 10^5 , pourle placer sur le trône d'Angleterre , et e'cliouèrcnt dans ce dessein par la diligence que fit le roi Guillaume 11 pour en prévenir l'ese'culion. Etienne , qui e'tait pour lors en Angleterre, se réfugia dans l'abbaye de Saint-Oswi. îl y fut pris et conduit au château de Banibury , où Guillaume donna ordre qu'on lui crévâl les yeux. Mais la femme et les parent* du coupable obtinrent sa grâce à force de prières et de pre'seuls, Etienne après cela j>arlit avec le duc de Normandie pour la croisade. De retour après la mort de Guillaume , il se brouilla une seconde fois avec le duc Robert, et fut un des seigneurs qtji , Van II 04, appelèrent Henri I^', roi d'Angleterre, pour s'ernparer de la Normandie. Il combattit, l'an 1 ro6, pour ce dernier à la bataille de Tinchebrai , où Robert demeura prisonnier, Etienne conserva pour le vainqueur la fide'lile' qu'il lui avait vouécj Jusqu'en 1 1 J«3. Mais alors , gagne' par sa femme , il se tourna du côte' de Guillaume ('litou , fils de rinforlunc duc Robert, et travailla à le mettre en possiession de la Normandie. De'jà dejtuis doux ans le roi Louis le Gros faisait la guerre dans ce duché' pour le même objet. Elienpç obligea Uaudomu à la Hachç, comte de

DES COMTES d'aCMALE. 4^1

Jtlandrc, l'an i n8, à venir joindre ses arrnes à celle du monarque français. Celte ligue ayant e'îe dissipée après la bataille d'Eu , eagnee par Henri sur les confedc'rcs, au mois de septembre 1 1 18, Je comte Etienne ne laissa pas de tenir bon quelque tems lui seul. Mais enfin , oblige' d'abandonner la campagne , il alla se renfermer dans ie cliâteau du vieux Rouen. Henri e'tantvenu l'y assie'ger, jeta vis-à-vis de la place les fondements d'uije forteresse, qu'il nomma Male-putnin , en de'rision de la femme du comte Etienne. Celui-ci n'attendit pas que l'édifice fût achevé' pour se rendre. Touche' de repentir il employa ses amis pour obtenir sa grâce , et y réussit l'an 1119. Mais l'an 1 127 , au mois de janvier, il se de'clara de nouveau contre Henri , en s'unissant à la ligue forme'e parle roi Louis le Gros en faveur de Guillaume Cliton. Le fruit qu'il relira de ce parti fut la ruine de son château d'Aumale, que le roi d'Angleterre prit et livra aux flammes. Les places de la plupart des confe'de're's subirent le même sort , et la ligne s'en alla ainsi en fume'e. ( Orde'r. Vital.) Etienne, après ce revers, partit une seconde fois pour la Terre-Sainte , où il mourut la même année 1127. Hadvise, son e'pouse , fille de Raoul, seigneur de Mortemcr, le fit père de Guillaume, qui suit j d'Etienne et d'Enguerand , qui vivaient encore l'un et l'autre en 1 i5o ; et de quatre filles , dont la dernière , nomme'e Havoise, e'pousa 1* Guillaume de Romare, comte de Lincoln eu Angleterre; 2° Tierr* de Brus , seigneur en Ecosse.

GUILLAUME I^r.

Il 27 au plus tôt. Guillaume I""" , dit le Gros, successeur d'Etieime , son père , aux comte's d'Aumale et d'Holderness , garda la fîde'lite' au roi Henri I*"" tant que ce prince ve'cut. Mais après sa mort il embrassa le parti d'Etienne de Blois contre l'impératrice Mathilde , à laquelle celui-ci disputait le trône d'Angleterre. L'an 1 138, Elienne lui donna le commandement de l'armëe qu'il envoya contre David, roi d'Ecosse , qui e'tait entre' dans le comte' d'Yorck. Guillaume , au mois d'août de cette anne'e , gagna sur ce prince la hai^Wle àeV Etendard , ainsi nommée , comme on l'a dit ailleurs , d'un crucifix que les Anglais avaient e'ieve' sur un chariot, et qu'ils conduisaient au milieu de leur arme'e en manière d'enseigne. Le ge'ne'ral, pour re'compense de celte victoire, eut le comte' d'Yorck. Guillaume n'eut pas le même bonheur à la bataille de Lincoln , où il combattit sous les ordres du roi Etienne, le 2 fe'vrier i i4i , contre le comte deGloscester , frère de Mathilde. Il y commanda avec Guillaume d'Ipres une des ailes , consistant en cavalerie flamande et bretonne. Mais au fort du combat il prit la fuite avec sa troupe , suivant Sime'on de

Durham , et exposa par là le roi au danger d'être pris, qu'il ne put e'viter. Il souscrivit , l'an 1 1 55 , comme loaioin au traite qui se fit entre le roi d'Angleterre et Henri d'Anjou; traite' par lequel Etienne reconnaissait Henri pour son successeur à la couronne d'Angleterre. Henri e'tant monte' sur le trône l'auiie'e suivaiite^ ]e comte d'Aumaleet beaucoup d'autres seigneurs furent reclierche's touchant les domanies du royaume, dont ils s'étaient empare's à la Aivenr des troubles. En vain alléguèrent-ils des lettres confirmatives d'Etienne : il leur fut re'pondu , dit Walter Heiningford, que les concessions d'un usurpateur ne pouvaient porter aucun préjudice à l'Iiëritier le'gitime du trône Guillauni'^ fut donc oblige' comme les autres de rendre ce qu'il avait pris au lise. jNIais il uelefil qu'après avoir hésite' long-tems ; et il fallutinèmc, dit l'auteur ciié , que le roi l'allùt trouver en Northumberland où il s'était retiré , pour le contraindre à prendre ce parti» Il regretta surtout le fameux château de Scarborougli, qu'il avait fait bâtir dans la province d'Yorck, sur le sommet d'un rocher, et dont l'enceinte comprenait soix'inte arpens. {^Ibid.) La crainte après cela le retint dans le devoir pendant plusieurs années. Il la secoua l'an i lyS, et entra secrètement dans le parti du jeune roi Henri, révolté contre son père. Les comtes de Flandre et de Boulogne , autres partisans du premier, étant venus assiéger le château d'Aumale, Guillaume , de concert avec eux , leur livra luimême la place, se rendit leur prisonnier , et leur fit ouvrir ensuite les portes de ses autres forteresses , sous prétexte de payer de celte manière sa rançon. Guillaume se réconcilia dans la suite avec le vieux Henri et lui garda la fidélité jusqu'à sa mort arrivée le 20 août 1 180. Il avait fonde , l'an ii5o , au comté d'Yorck, l'abbaye de BTelf , pour se rédimcr d'un vœu qu'il avait fait d'aller à la Terre-Sainte , et que l'incommodité de sa grosseur ne lui permettait pas d'accomplir. De Cécile , son épouse , fille de Guillaume, comte de Mowbrai, il laissa une fille, qui suit. Si l'on s'en rapporte au discours fait par le comte de Glocester à son urinée avant la bataille de Lincoln , et rapporté par Henri d'Huntington , le comte d'Aumale , par ses débauches , avait donné prétexte à sa femme de l'abandofiner pour se livrer à un autre comte avec lequel elle vécut dans un adultère manifeste.

HAVOISE, GUILLAUME DE AÎANDEVILLE, GEOFROI P', BAUDOUIN ET GUILLAUME II.

1180. Havoise , ou IIadwide , fille de Guillaume I**", lui succéda aux comtés d'Aumale et d'Holderness , avec Guillaume DE Mandeville ou DE Magneyille, comtc d'Essex, qu'elle avait

Dl.S COMTrS D'Aî-.MAi ;•,. 4-^5

épouse le i4Îi«nvicr 1180 (N. S.). (Jo seigneur Faisait dès-lors sa résidence ordinaire en France; et, l'an m 79, au retour d'ua voyage à la Torn-Sainte , il avait accompagne' le roi Louis le Jeune en Anglolerre. (Roger d'Hovedcu.) Guillaume, l'an 1184 , reçut, le 7 n'.v< nihre , dans son château d'Aumale , les rois de France et d' Anglelerre , le comlc de Flandre et les archevêques de Reims et de Cologne , qui s'y e'taient reudus jîour traiter de la paix, entre !c roi de France et lecomle de Flandre, au sujet du Vermandois et de l'Amie'nois ; mais l'aftaire ne lut lermine'e que le 10 mars suivant. ( Raoul de Diceto et Jean Brompton. ) Guil- Ininne , suiv.uil Benoit de Pëferhorongh , servit de son bras le comte de Flandre dans la guerre que cette querelle occasionna. Un cerf.iin Raoul , fiîs de Hugues de P^n'Iies, demeurant près de Gisors , sur les ferres de France , ayant outragé de paroles le comte d'Aumale , Henri de Ver, pour le venger, tua Raoul le 28 novembre i 186. Des Français regardèrent ce meurtre comme une insulte faite au roi de France, et usèrent de repre'sailles envers lin nomme'Garnier , habitant de Gisors , qui c'îait dans l'intimité du roi d'Angleterre. ( lùid. ) 11 ne parait pas que cette affaire ait eu d'autres suites.

^- Guillaume e'tant mort , le i4 novembre 1189 , à Rouen , sans enfauls , Havoisc se reinaria lo même année à Geofroi, seigneur des Forts en Normandie. GcotVoi parût, peudetems après, avec le roi Richard pour la Terre-Sainte, et y mourut, suivant Albe'ric , l'an i 191 , étant au sie'ge d'Acre. Des généalogistes anglais prétendent qu'il revint de cette expc'dition, et finit ses jours en Angleterre l'an C194. Quoi qu'il en soit, il laissa de son mariage un fils , nomme' Guillaume, qui devint dans la suite comle d'Holdcrneas. Havoise , ayant surve'cu à Geofroi , convola à de troisièmes iioces, et donna sa maia à Baudouin, seigneur de Choques , fils de Robert V , dit le Roux , seigneur de Béthune. Ce fut Richard 1*=' , roi d'Angleterre, qui noua cette alliance par affection pour Baudouin : mais celui-ci ncpossc'da pas long-tems le comte' d'Aumale. La guerre s'e'tant allunie'e entre philipoe Auguste et le roi Richard , le premier alla mettre le sie'ge devant la ville d'Aumale , pour attirer l'Anglais hors de la Bretagne qu'il dévastait. Ricliard ayant appris i-,' danger où étaient ses sujets , marcha pronq)tenîent à leur secours. En arrivant à Aumale , il présenta le oomJ>aI à Philippe, qui l'accepta. « On vit dans cette » journée des prodiges de force et de valeur de part et d'autre. :> Le roi Ricliard ayant remarqué dans le fort de la mêlée Alain » de Dinan , <pii s'était retiré à l'écart pour raccommoder son » casque , marciia vers lui la lance baissée. Alain le reconnut, et, » ranimant dans ce moment toute sa haine , il courut avec fureur M contrs lui. La lance du roi se porta corUre Is bouclier d'Alain XtL 55

)> et s'y brisa ; celle d'Alain glissa sur le bouclier du roi , passa )) entre ses cuisses , et porta contre le derrière de la selle avec 3) tant de roideur que le chevalier et le cheval furent renverse's » par terre. Ce seul coup eût termine' la guerre, si les Anglais » ne fussent accourus au secours de leur prince et ne l'eussent » remonte. Ce ne fut pas le seul affront que Richard reçut au » sie'ge d'Aumale ; il fut encore contraint de prendre I^ fuite et » de laisser la place au pouvoir de son ennemi. Philippe ne per- » dit aucune personne de marque dans cette action j il fit trente » chevaliers prisonniers , au nombre desquels se trouva Gui de N Thouars , depuis duc de Bretagne » . ( Morice , Hlst. de Bret. , T. I , p. 122. ) Après s'être rendu maître de la place , il la ruina au grand regret de Baudouin , qui l'avait défendue avec valeur. L'époque de cete'vénement est d'autant |>lus remarquable, qu'elle sert de date dans plusieurs chartes : Facta est concessio ista , dit un de ces titres , anno ah incarnatione domini Mcxcvi eo tempore quo Albamarln à Philippo francorum rege loiigd ohsidlone subversa est. ( N. T. de DipL , T. IV , pp. 71 1-712. ) Le roi donna , quatre ans après , la propriété' d'Aumale à Simon de Dammartin pour lui et ses héritiers. Depuis ce revers il ne resta plus à Baudouin que le simple titre de comte d'Aumale, avec lequel il mourut le 10 octobre lai 1. Ce titre fut l'ecueilli et conservé par ses descendants , on plutôt par ceux de Guillaume DES FonTS , qu'Havoise épousa en quatrièmes noces , n'ayant eu de Geofroi qu'une fille, qui mourut sans postérité. (Bouquet, T. XIII , p. 67. ) On les appelait en Angleterre comtes d'Albeijiarle ; et celte race ayant manqué , le nom d'Albemarle a été encore un titre dont plusieurs seigneurs anglais ont été revêtus , enir'autres le célèbre général Munck , créé duc d'Albemarle par le roi Charles II , qu'il avait rétabli sur le trône d'Angleterre.

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