HENRI I
1579. Hknri , né à Chanlilli le i5 juin i554, fut le successeur de François , son frère au duché de Montmorenci. Son nom lui avait été donné au baptême par le roi Henri II. Du vivant de sou frère aîné, il était connu sous le nom de seigneur de Damville. C'était un des seigneurs du royaume les plus accomplis pour les qualités du corps et de l'esprit. Brantôme, parlant de lui et du ducdeNcvers, dit qu'ils éi.iient les deux parangons pour lors de toute la chevalerie. Héritier delà valeur de ses ancêtres, il se signala , l'an iSSs, à la défense de Metz. Il combattit avec moins de succès , mais ivec autant de courage , l'an i557, à la journée de Saint-Quentin , oîi il perdit la liberté. Son père ayant été pris, l'an i562, à la bataille de Dreux, il le vengea en faisant prisonnier le prince de Coudé, dont l'échange remit bientôt après l'un et l'autre en liberté. Nommé gouverneur de Languedoc en i565 , il trouva la province dévastée par les guerres de religion, et presque entièrement subjuguée par les protestants. Ces sectaires a son arrivée prétendirent lui faire la loi ^ mais bientôt ils se virent contraints à la recevoir de lui-même. Le bâton de maréchal lui fut donné le 10 février 1567 (N. S. ) ; et la même année il combattit à la bataille de Saint-Denis , où il eut la douleur de voir son père mortellement blessé au sein de la victoire. La reine Catherine de Médicis ne partagea point le deuil que celte perte causa parmi les bons Français Délivrée d'un contradicteur qui gênait ses opéralions , elle ne déguisa pas son aversion pour la famille du connétable. On sait que son dessein avait d'aboi d été d'envelopper les
quatre fils qu'il laissait, dans la journée de la Saint-Bartlie'lemi r mais l'absence de l'aine sauva la vie aux autres , dont il eût venge' la mort par des torrents de sang. Les Protestants, qu'on avait crus, ane'antis par ce massacre , ayant repris les armes , Damville rassembla des troupes pour re'primer ceux de Languedoc. Mais ses intentions, malgré les succès qui les justifiaient, ayant e'té mal interpre'tc'es à la cour, il fit la paix avec ceux qu'il poursuivait, et commença dès -lors à se comporter en souverain dans son gouvernement , qu'il et.iit menace' de perdre. Devenu le chef du parti qu'on nommait des Palilu^nes, il se maintint dans l'indépendance durant tout le cours du règne de Henri III. Il fit tête aux troupes que ce prince conduisit ou envoya pour le réduire ;il évita les pièges que Catherine de Médicis lui tendit , et fit paraître dans toute sa conduite une prudence et une fermeté dignes d'une meilleure cause. La mort de Henri III fut le ferme de sa révolte.. Les intérêts du roi de Navarre et ceux du ducd'Alençon en avaient e'té le principal motif. Le premier ayant été élevé sur le trône de France en i58g, sons le nom de Henri IV , le duc de Monlmorcnci fut un des grands qui le défendirent avec le plus de zèle et de succès contre les efforts de la ligue. Ce monarque reconnut soa attachement et ses services par le don qu'il lui fit de l'épée de connétable le 8 décembre i5()5. Il la reçut dans son gouvernement, d'où il ne sortit qu'après y avoir presque entièrement détruit les restes de la ligue. Etant venu joindre le monarque en Bourgogne , il en fut accueilli avec les témoignages de la plus vive reconnaissance et de la plus tendre amitié. Depuis ce moment il ne quitta plus Henri iV, et le suivit dans ses expéditions, oii il commanda sous ses ordres jusqu'à la paix de Vervins. Après la mort tragique de ce ])rince , il paya le tribut de reconnaissance qu'il devait à sa mémoire , en montrant le zèle le plus désintéresse pour la défense de l'état pendant les troubles qui l'agitèrent durant la minorité du roi Louis XIII, son fils. Mais l'âge l'avertissant qu'il était tems de songer à la retraite, il retourna dans son gouvernement de Ijanguedoc, où il partagea son tems entre les affaires de la province et celles de sa conscience. La mort l'enleva le ler ou le 2 avril de l'an 1614» à l'âge de soixantedix -neuf ans. Par son testament , fait à Paris l'an 1608, il avait choisi sa sépulture dans l'église des Capucins de ]N . D. de la Crau , près d'Alès en Guienne , qu'il avait bâtie. Il y fut inhumé avec l'habit de capucin comme il l'avait désiré. ( Du Chesne.) Son fils aîné du second lit lui avait faitériger, en 1612, la statue équestre de bronze, qu'on voit sur la terrasse du château de Chanlilli , avec une magnifique inscription latine gravée sur le piédestal.
Brantôme et le nouvel historien de la maison de iMontmorendi a.ssureiil que le conuélablc Henri ne savait ui lire ni écrire, et