ROBERT I
Robert, fils aîné de Guillaume I^"^ et son successeur au comte d'Eu, servit avantageusement Guillaume le Conque'rant. son
DES COMTES d'eU. 4^'
cousin, dans ses différentes expe'ditions. Henri I'^'', roi de France, e'tant entre' , l'an io54 , en Normandie , à la tête d'une grande arme'e, et l'ayant dlvise'e en deux corps, en donna l'un à Eudes, son frère , et au comte de Ponlhieu , et garda l'autre auprès de sa personne. Le duc Guillaume partagea de même son arme'e, dont il envoya une partie contre le frère du roi sous la conduite des comtes d'Eu et de Mortemer. Ceux-ci attaquèrent les Français à Mortemer en Caux, et les battirent. (Bouquet, T. XI, pp. 46, 47» S5-) P»-obert accompagna , l'an 1266, Guillaume le CoiK[ue'rant à la conquête de l'Angleterre , et se distingua à la bataille d'Hastings. Ses services furent re'compense's par le comte de Susscx et d'autres terres que Guillaume lui donna dans le pays. Les Danois, vers l'an 1069, ayant fait une descente en Angleterre, Robert marcba contre eux avec le comte de Morlain , en tua un grand nombre, et contraignit les autres à remonter sur leurs vaisseaux. Après la mort de Guillaume le Conque'rant, le comte d'Eu suivit quelque tems le parti da duc Robert. Mais rebute' de sa mollesse et de ses débauches , il se tourna , ainsi que plusieurs autres seigneurs normands , du côte' de Guillaume le Roux, dont il reçut garnison dans ses châteaux. (Order. Vit. , L. 8, p. 678 , et L. 9 ^ p. 772.) Le comte Robert mourut, l'an logo ou environ, après avoir eu de Béatrix , nommée aussi Hélisende , sa femme , Raoul , mort avant lui , Guillaume , qui suit, et Robert. Le comte , leur père , avait fondé l'abbaye de Tre'port , près de la ville d'Eu, non l'an 1 o56, comme le marquent plusieurs modernes d'après une copie fautive du titre de fondation, mais entre loSy et 1066, à la prière de sa femme et par le conseil du duc Guillaume et de Maurillc, archevêque de Rouen. (Mabil., ^nn. Ben., T. IV, p. SgS.)
GUILLAUME II
logo ou environ, GuilijAUME II, fils de Robert, lui succe'da au comte' d'Eu. II s'attacha d'abord au duc Robert. Mais, l'an iog3 , ayant e'te' gagne' par les pre'sents de Guillaume le Roux et par l'espe'rance qu'il lui donna de l'e'lever aux premières dignite's, il embrassa le parti de ce prince , et lui fit serment de fide'lité. C'e'tait se rendre parjure envers le duc Robert , son suzerain. Mais il ne garda pas mieux la foi au roi d'Angleterre qu'il l'avait fait au duc de Normandie, s'il est vrai qu'il entra, l'an logS , comme il en fut accuse', dans la conjuration forme'e par Robert de Mowbrai, comte de Northumberland , et d'autres seigneurs, pour mettre sur le trône d'Angleterre, Etienne, comte d'Aumale. Oiioi qu'il en soit , la diligence du roi pre'vint l'effet du complot , et déconcerta ceux qui t'av;iieat trame. Mowbrai se deleudit
453 CHRONOUOGÏE KJSTORÎQCE
quelque lems dans son château tie Eamburi ; mais ayant (fte' pris dans tine sortie , ses biens furent confisque's , et il fut enfermé dans le château de Windsor, où il nioviiut après trente ans de captivilé. Le comte d'Eu nia d'avoir eu part i la conjuration j et, pour s'en justifier, il se battit coijlre Geofroi iîainard, comte de Chester, son accusateur et son beau-frère, à Windsor, en pre'sence de la cour : mais il fut vaincu dans le combat. Ce mauvais succès emportant la conviction du crime suivant le préjuge' du tems , Guillaume fut condamne' en conse'qrence à perdre la vue avec la faculté' de se reproduire. Ce qui avait porte' Bainard à le de'fe'rer au roi comme traître , c'e'tait la conduite qu'il tenait envers Hélisfnde , sa femme, sœur div premier, aux yeux de laquelle il entretenait des concubines, dent il avait des enfants. (Hoveden et Walsingham.) Le supplice du comte Guillaume est de l'an inq6, suivant la chronique Angîo-Ca;'once. Le trait suivant , rapporte' ])ar Guibert de NogenI;, en fournit la preuve. . Après la publication de la première croisaue , comme on se prè- ])arait à partir pour la Terre-Sainle , les bourgeois de Rouen, re'ile'chissant sur ie grand nombre de juifs qui habitaient leur ville , se dirent entr'eux : « Qu'est-il besoin d'aller jusqu'en » Orient pour attaquer les mécréants ,. taudis que nous avons )) parmi nous des juifs qui sont les plus grands ennemis de Je'sus- « Christ ? » Là-dessus ils prennent la lèsolution de les massacrer tous ; et les ayant rassemble's de force ou par adresse dans une e'glise , ils les égorgent , n'épargnant que ceux qui consentent à se faire chrétiens. Le comte Guillaume, présent à cette scène affreuse , eut compassion d'un petit juif qui tomba entre ses miains , le sauva du carnage , et le remit à la comtesse sa mère , qui, l'ayant reçu avec plrâsir, lui demanda s'il voulait être chre'tien. L'enfant, qui craignait la mort , témoigna qu'il le désirait. Aussitôt on le mène à l'église, cii il reçoit le baptême, et prend le nom de celui à qui il devait la vie. Guibert dit avoir appris ce fait de la comtesse elle-même ; et il ajoute qu'elle prit soin de l'éducation de ce néophyte , et lui fit apprendre le latin. Puis craignant , dit-il , que ces parents ne le pervertissent comme ils l'avaient tenté plusieurs fois , elle le plaça dans l'abbaye de Saint- Germer, où il fit profession et devint un excellent religieux. On ignore l'année de la mort du comte Guillaume. 11 laissa de son mariage Henri , qui suit, et Guillaume, seigneur de Grand-Cour, brave chevalier, qui se signala dans plusieurs occasions. Ce fut lui qui , l'an i 124 ? s'étant trouvé avec Ranulfe de Eayeux , gouveriieur d'Evrcux , au combat donné contre les partisans de Guillaume Cliton , y fit prisonnier Amauri , comte d'Evreux. ]\lais, considérant que joinais le roi d'Angleterre ne lui rendrait là libelle' , il aima mieux , eu le relâchant , s'exposer à l'indigna-
DES COMTES d'e0. ^5S
lion de ce prince, à la perle de ses biens et à l'exil. On voit encore deux autres fils du comte Guillaume , l'un appelé' aussi Guillaume , et l'autre nomme Robert , tous deux mentionne'* dans une charte de Henri, leur aine , donnée l'an 1109. {Arch. de Vabbaje Saint-Lucien de Beauvais , prieuré d'Eu , cote i . )