HENRI II
161 4- Henri II , fils de Henri I et son successeur au duclié Je Montmorenci , naquit à Chantilli le 3o avril iSgS, et eut pour parrain , environ deux ans après sa naissance , le roi Henri IV, qui ne l'appelait depuis que son fils. Il se montra digne de cet honneur, à mesure qu'il avançait en âge, par ses belles qualités de corps et d'esprit qui en firent un seigneur accompli, l^ojyez , disait un jour ce monarque à MM. de Villeroi et Jeannin , voj^ez mon fils Montmorenci comme il est bien fait : si jamais la maison de Bourbon venait à manquer, il nj a pas de famille dans V Europe qui méritât si bien la couronne de France que la sienne f dont les grands hommes Vont toujours soutenue et même augrnentée au prix de leur sang. La reine Marguerite de Valois disait que s'il eût plu au ciel de lui donner un fils, elle n'eût jamais rien tant souhaité qu'il ressemblât au duc de Montmorenci. (BL Désormeaux.) Le roi voulut qu'à l'âge de treize ans il fût revju gouverneur de Languedoc en survivance de son père, qui l'uniena lui-même dans la province et le présenta au parlement et aux états. Le dessein dij roi e'tail dje lui faire époHser mademoiselle
de Verneuil, sa fille naturelle. Le père du jeune duc ne fut point de cet avis , et maria son fils avec mademoiselle de Scepeaux de Chemille' , en de'pit du roi qui lit casser le mariage sous prétexte que les conjoints n'étaient pas en âge de le consommer.
Après la mort de Henri IVj, la reine Catherine de Medicis , au commencement de sa re'gence , donna pour e'pouse au jeune duc j^l^RiE Félice des Ursins , sa nièce à la mode de Bretagne. Celle alliance, jointe à ses grandes qualités, lui valut, en 1612, à l'âge de dix-sept ans , la charge de grand-amiral de France , vacante par la mort de Charles de Montmorenci , son oncle , et nou sur sa démission. Non moins estimé du roi Louis XIII que de la reine-mère, il fut revêtu parce prince, l'an 1620 , du collier de ses ordres à l'âge de vingt- cinq ans. Les troubles que les religionnaires excitèrent dans son gouvernement exigeant sa présence, il s'y rendit, en 1619, et, ne recevant de la cour ni argent ni troupes , il engagea les diamants de sa femme pour deux cent mille écus (1). Avec celte somme il leva quelques régiments à la tête desquels il arrêta les Protestants. Son premier exploit fut la prise de Villeneuve de Berg en Vivarais. Après quelques autres avantages , remportés sur ces rebelles , il se rend , l'an 1621 , à la tête de cinq régiments , au siège de Montauban , que le roi faisait en personne. Mais une maladie ne lui permit pas de prendre part à cette expédition, qui finit le 2 novembre , par la levée du siège : il était commmencé dès le 7 août précédent. A celui de Montpellier, qui fut entrepris l'année suivante, il reçut, le 3 septembre , en combattant , une blessure dangereuse qui ne l'empêcha pas d'aller rendre compte de l'action au roi.
La révolte des Rochelais donna occasion, en 1626, au duc de Montmorenci de faire avec gloire l'exercice de sa charge d'amiral de France. Au mois de septembre il attaqua la flotte de M. de Soubise dans la fosse de l'Oye , qui est une rade joignant le bourg de Saint-Martin de Ré , et obligea les plus grands vaisseaux à s'échouer. Le fort de Saint-Martin capitula le i8 du même mois, et celui de l'ile d'Oléron le 20. Celte victoire, la première qu'on eût encore remportée sur les Rochelais, mérita au duc un bref très-obligeant du pape Urbain VIII; mais elle donna de l'ombrage au cardinal de Richelieu. Ce ministre , jaloux de toute sorte de pouvoir et de toute sorte de gloire, vint à bout d'obliger le duc à se démettre de la charge d'amiral ,
(1) C't'taicni des t'cns au soleil, dont le liuc c'tait h 23 carats , et leur taille <3e '">. 1/2 au marc : ainsi, le poids de 200,000 devant être de 2,7ri8 niarcs 4 unccs 7 gros 2 deniers 4 grains, a raisou de ijgl^ livre, i sou 6 deniers le niurc , produiiuicni de uotre uiuiuiaiu ucuivUc ■i. 1 90,55 1 livr«à 1 3 sous 1 1 dcn»
DES BARONS ET DUCS DE MONTMOREJSCf. 49
moyennant un million de livres (i) que le roi lui donna en dédommagement. Elle fut supprimée par c'dit du mois d'octobre 1625, et re'tablie aussitôt sous le titre de surintendance de la marine en faveur du cardinal.
L'exe'cution de François de Montmorenci , comte de Bouteville, de'capité le 21 juin 1627, fut un nouveau sujet de mécontentement pour le duc, son parent, qui sollicita vainement auprès du cardinal la grâce du coupable. Le crime de celui-ci était la fureur des duels, qui ue pouvait être réprimée en lui ni par la crainte ni par aucune considération. Le duc , renfermant son ressentiment au- dedans de lui-même, continua de servir l'état avec le même zèle. L'an 1628, il enleva, le 3 juin, au duc de Rolian , le Pouzin en Vivarais , place importante sur le Rhône; et, le 11 septembre suivant , il obligea ce duc à lever le siège de Cressels, à une lieue de Milhaud. Les nouveaux avantages qu'il remporta sur lui en 162^, le déterminèrent à sortir du royaume. En ayant obtenu du roi la permission, il passa à Venise , qu'il avait choisie pour sa retraite.
Envoyé, l'an i63o, en Piémont avec un corps de troupes, le duc de Montmorenci fut attaqué, le 10 de juillot , près de Veillane , au marquisat de Suze, par le prince Doria, qu'il fit prisonnier après l'avoir blessé de deux coups d'épée. Ayant joint ensuite le maréchal de la Force , il prit avec lui la ville de Saluées le 20 du même mois , et le lendemain ils se rendirent xnailres du château, dont ils emmenèrent la garnison prison, nière.
De retour on France, le duc de Montmorenci reçut le bâton de maréchal, qui lui fut donné le 1 1 décembre de la môme année. On assure qu'en le lui présentant , le roi lui dit : Accevlez-le , mon cousin ; vous Vhonorerez plus que vous n'en Éerez illustré. (Vassor, Hist. de Louis XIII y T, VI , p. 586. ) Cette faveur ne satisfit pas son ambition : il visait à la charge de maréchal général. Ne pouvant faire entrer le cardinal dans ses vues, il eut peine à digérer ce refus. Les deux personnes les plus importantes de l'état , la reine-mère et le duc d'Orléans , contraintes l'une et l'autre par le cardinal à sortir du royaume , formaient alors des desseins de vengeance contre lui. Le second ayant fait sa partie avec les Espagnols, les avait engagés à tenter une irruption dans le Languedoc par le Roussillon. Montmorenci , dès qu'il eut appris leur marche, loin d'écouter son ressentiment, se transporte sur la frontière de son gouvernement pour mettre
(î) Cette somme reviendrait aujourd'hui » environ 3,482,625 livres. XIL 1
bo CHRONOLOGIE HISTORIQUE DES BARONS
en SLiretë les places qu'ils pouvaient attaquer, tant il e'tait alors peu dispose' à seconder les troupes que le duc d'Orle'ans rassemblait en Lorraine pour aller se joindre à ses allie's. Mais les ennemis du cardinal re'ussirent bientôt à se'duire le mare'chal , eu faisant revivre dans son esprit tous les griefs qu'il avait contre lui, et le menaçant de nouveaux outrages de sa part. L'illusioa fut si forte , qu'il consentit à recevoir le prince dans son gouvernement , avec promesse de faire cause commune avec lui. Le prince arrive, mais plutôt qu'il n'e'tait attendu , et avec beaucoup moins de troupes qu'il n'avait fait espe'rer. L'armée du roi, commandée par le mare'clial de Schomberg, survient dans le même tems Rencontre des deux armées le premier septembre 165?,. Le duc s'e'tant porte' dans l'action avec son impe'tuosité ordinaire, tombe sous son cheval abattu, et, fait prisonnier, il est conduit à Lecloure. De là il est transporte' à Toulouse par ordre du roi , qui charge le parlement de la province d'instruire son procès. 11 est condamne' à perdre la tête, et exe'cute' dans l'hôtelde-vilie de Toulouse le 5o octobre i652. Il reçut la mort en he'ros chrétien; ce qui fit dire au P. Arnoux , je'suite , son confesseur, en rendant compte au roi de ses dernières dispositions : Sire, f^otre Majesté a fait un grand exemple sur la terre par la mort de M. de Monlmorenci; niais Dieu , par sa miséricorde, en a fait un grand saint dans le ciel. Sa veuve, qui, par ses exhortations, avait détermine' sa re'volte, fit transporter son corps de l'église de Saint-Sernin, où il avait d'abord été déposé, dans celle de la Visitation de Moulins, oii elle lui fit dresser un magnifique mausolée de marbre. Cette dame, non contente de pleurer, dans cette maison , la perte de son époux , et son propre malheur, s'y consacra, l'an 1637, à la vie religieuse, et y mourut, après l'avoir gouvernée très-sagement, le 5 juin 1666. l-e duc Henri II n'ayant point laissé de postérité légitime, Charlotte, sa sœur ainée , femme de Henri II de Bourbon, prince de Condé, fut reconnue, avec l'agrément du roi , pour héritière, avec son époux , du duché de Montmorenci et des autres domaines de sa branche. La terre de Montmorenci fut érigée de nouveau en duché-pairie , l'an i653 , à la réserve de Chantilli, en faveur des princes et princesses de Coudé et de leurs hoirs mâles.
Armes : d'or , à la croix de gueules , cantonnée de sei/.e ale'rious^'aaur.
ET bues DE MONTMORENCI. (FoSSeUX.) 5l