JEAN VII DE BOURBON
. xl^l-^G. JiiAM VII, et deuxième du nom de Bourbon, succès-. si;ur do Louis, son père, au coirité de Vendôme, fit ses premières armes sous le célèbre bâtard Jean d'Orléans, comte de jIJunois. 11 se trouva aux sièges de Rouen et de Bordeaux, et fut créé chevalier à celui de Fronsac en 1461. Au sacre du roi Louis XI, il représenta le comte de Champagne. Inviolablement attaché par devoir plus que par inclination à ce monarque , il résista constamment aux sollicitations que lui firent les ducs de fierri et de Bretagne, pour l'engager dans la ligue du bien public. Informé que les troupes du second étaient en marche pour <?nlrer dau< le Vcndôiuois^ il (U CQW^pf^ le pout d^ Lavajrdin^
. DEJ COMTES, rUlS DUCS, DÉ rENDOMF. 5o7
ce ijai obligea un détachement considérable de Bretons , qni Venait, pour s'y loger, de rebrousser chemin, et d'aller joindre le «rosde l'armée qui séjournait à Montoire. r,e comte du Maine, royaliste en apparence , e'tait cependant à Vendôme xivec les secours que le comte Jean lui avait demandc's. Il en sort, la nuit du g au lo juillet \^65 , avec sa troupe, laissant la place entièrement de'pourvue de garnison. Le lendemain , les Bretons, ^commande's par le duc de Berri, viennent se pre'senter ans portes de Vendôme, qui leur sont ouvertes à la première sommation. Le duc y séjourne deux jours, et y laisse en partant quatre cents hommes de garnison, vingt-cinq lances au château, et le ,-»reste dans la ville. ( Commines. ) Le comte de Vendôme, se voyant trahi par le comte du Maine , s'e'tait retire' auprès du roi. Six jours après (r6 juillet), il accompagna ce monarque à la .bataille de Montlhe'ri. Louis XI, par une antipathie naturelle pour ce prince, ne lui tint nul compte de ses services ni de ses talents, et le laissa toujours sans emploi. Le comte Jean, la même anne'e , le 5 novembre, eut procès avec Jacques d'Armagnac, duc de ?s'emours , pour le comte' de la Marche. Il succomba dans celte instance , et le comte' fut adjuge' au duc par jugement du conseil , rendu le 21 janvier de l'année suivante. (N. S. ) Il assista, l'an 1469, à l'assemble'e des grands du royaume , qui se tint à Amboise , pour re'soudre la guerre contre }es Anglais. Le comte Jean mourut le 6 janvier 1478 (N. S. ) , et fut enterré dans l'e'glise du château de Vendôme. 1sabeli.e de Beauvau, fille et héritière de Louis de Beauvau , seigneur de la Roche-sur-Yon, qu'il avait e'pouse'e l'an i454 (morte l'an 1 47^)1 lui donna François qui suit ^ Louis, tige des princes de la Roche-sur-Yon, depuis ducs de Montpensier; Jeanne, mariée à Louis de Joyeuse ; Catherine , femme de Gilbert de Chabannes j une seconde Jeanne, mariée, l* à Jean II, duo de Bourbon; 7." à Jean de la Tour, comte d'Auvergne; 3" à François de la Pause , baron de la Garde j Chaflolte , femme d'Engilberl de Clèves, comte de Nevers^ Renée, abbesse et réformatrice de Fontevrault ; et Isabelle , abbesse de la Trinité de Caen. Le comte Jean eut aussi deux bâtards : Jacques , seigneur de Bonneval, lige des seigneur» de Ligni^ et Louis, evèque d'Avranches.
FRANÇOIS DE BOURBON
1478. Fraîjçois , né l'an T470, successeur du comte Jean son père, à l'âge de huit ans, représenta, l'an 1484» le comte de Toulouse au sacre de Charles VIII. Ce monarque unit en sa feveur, celte même année , au comté de Vendôme; avec exeinp-
5o8 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
lion d'hommage envers le comte du l\']aine, la terre de Mont* doubleau, que son aïeul, \e comte IjOiiis de Bourbon, avait acquise, en 1406, de Charles de la Rivière et de Blanche de Trie, son e'pouse, fille de Charles de Trie, comte de Dammartin.
Le comte de Vendôme assista, l'an i/|88, au lit de justice <{ue le roi Charles VIII tint pour faire le procès aux ducs d'Or- Jeans et de Bretagne j et l'on doit lui reprocher comme une faiblesse de s'y être laisse' prèce'dcr par deux nonces du pape, (Mss. de Fontanieii.) MM. de Sainte-Marthe se trompent en disant qu'il accompagna le même monarque à la conquête du royaume de Naples. Il est certain, comme l'observe Commines, que le roi le laissa en France, pour des causes qu'on ignore^ en partant pour cette expe'dition. Mais, l'an \^C)5, après la bataille de Fornoue, apprenant que Charles n'attendait qu'un renfort de Suisses pour en livrer une nouvelle, il partit en poste' pour aller le joindre. 11 ne revint pas de ce voyage, etmourul de la dyssenterie à Verceil , le 5o octobre do cette année , à l'âge de viugt-cinqans. Dece trespas, ditAndre'de la Vigne, lerojful tant fasché que merveilles , ensemble toute la seigneurie de France, et non sans cause; car c estait un des beaux et des bons princes du monde. Son corps fut rapporté à Vendôme et inhume' dans la colle'giale de Saint-Georges. Il avait e'pouse', le 8 septembre ^487, Mahie de Luxembourg, veuve du comte de Roraont (morte le premier avril 1646 (V. S.), avec le glorieux titre de mère des pauvres. ) Elle lui avait apporte' en dot les comte's de Saint-Pol, de Marie et de Soissons, la vicomte' de Meaux , les seigneuries de la Père, d'Enghien, de Conde', de Gravelincs, etc. Ce fut elle qui fonda la verrerie de la Fère , qui est devenue la plus belle du royaume, et peut-être de l'Europe. ( Kojez Marie, : comtesse de Saint-Pol.) De ce mariage sortirent quatre fils et deux filles. Les fils sont : Charles, qui suit; Jacques, mort j)eu après sa naissance; François , comte de Saint-Pol, tige des ducs d'Estouteville; et Louis , cardinal-évèquc à la fois de Laon , de Tre'guier, et archevêque de Sens : les filles, Antoinette, femme de Claude de Lorraine , duc de Guise , puis d'Auraale j et Louise, abbesse de Fontevrault.
CHARLES DE BOURBON, premier duc de Vendôme.
1495. Chart.es , ne' le 2 juin 1489, succéda en bas âge, sous la tutelle de sa mère, au comte François, son père, dans les comte's de Vendôme, de Soissons, de Conde' , dans la seigneurie de la Flèche, etc. Il accompagna le roi Louis XII en son expédition d'Italie, assista, l'an 1607, à la prise de Gênes, combattit
DES COMTES, PUIS DUCS, DE YÈNDOME. ^Of)
à la bataille d'Agnadel, gagnée sur les Vénitiens en i Sog , et liil cre'ë chevalier sur le champ de bataille. Au sacre de François I'"'', il représenta le comte de Flandre. Ce monarque, en reconnaissance des services de Charles, e'rigea le comte de Vendôme on duche'-pairie , par ses lettres du mois de fe'vrier i5i5. (N. S.) Charles, nomme' vers le même tems , ou peu auparavant, gouverneur du Valois , suivit ce prince à la conquête de Milan, et se signala à la bataille de Marignan , où il eut son cheval tue' sous lui de trois coups de pistolet. Nomme' gouverneur de Picardie en i5i8, il rendit inutiles, par son habileté', les tentatives que le comte de Surrey, gene'ral anglais, fit sur celte province en 1622; il tint pareillement en e'chec , l'anne'e suivante, le comte de SulToIck , obligea le comte de Nassau à lever le sie'ge qu'il avait mis devant Me'zières , démantela Landrecics , et prit Hesdin. Le mécontentement, la re'volte et la confiscation des biens du conne'table de Bourbon, son cousin, n'e'branlèrcnt point sa lidélitë. Elle était si connue, que le roi, se disposant à partir pour l'Italie, ne fit point de difficulté de lui confier, l'an i524, la défi^nse de Paris, de l'Ile de France et de la Picardie. Une puissante armée des Impériaux s'élant jetée dans cette derniers province , il rendit leurs efforts inutiles , et les empêcha d'y faire aucun progrès.
Le duc de Vendôme, l'an i525t lorsqu'on eut appris ea France le malheur du roi, fait prisonnier à la bataille de Pavie, donna une marque éclatante de sa grandeur d'àme et de sou amour pour le bien de l'état. Des mécontents en grand nombre , prélats, guerriers et magistrats, imputant à la duchesse, mère du monarque les calamités qu'éprouvait la nation , souffraient impatiemment que son fils, en parlant, l'eût déclarée régente du roj atmic jusqu'à son retour, hchauffés par l'esprit de faction, ils députèrent au duc de Vendôme pour l'engager à se saisir des rênes du gouvernement, comme étant le premier prince du sang capable d'agir pendant la minorité du duc d'Alençon et l'absence du connétable de Bourbon. C'était l'exhorter, sans que peut-être ilss'cn doutassent, à mettre le comble aux maux de la JFrance, on excita^it une guerre civile. Sa réponse fut bien propre è confondre ceux qui s'acquittèrent de cette odieuse commission : Messieurs , leur dit-il , je vais à Lyon recevoir les ordres de madame la régente , qui w'apjyelle avec tous les grands du royaume pour travailler à la liberté du roi et à voire salut. La régente , admirant avec toute la nation une réponse si généreuse , nomma le duc de Vendôme chef des conseils , et gouverna de concert avec lui. L'une de leurs premières opérations fut de racheter, aux dép(?ns de l'état, les prisonniers qui avaient; été faits a la bataille de Pavie. Ils rendirent par là de braves dé--
5 10 CHRONOLOGIE HTSTORK^ITT:
fcnseurs à la pairie, et ranimèrent le zèle de tout le corps cTc ?» noblesse pour le service de l'elat. La re'gente et le duc ronti- Huèrent d'agir avec la plus parfaite concorde; et l'on peut assurer que les démarclies de la première, qui lui attirèrent le plus d'applaudissements, furent le fruit des sages conseils du second.
François l*"", de retour en France, sembla )ne'comiaitre les obligations qu'il avait au duc de Vendôme. Ce dernier avait épouse', le i8 mai i5i5, Françoise, fille de René', duc d'Alençon. Le duc Charles, frère de cette princesse, e'tant mort sans poste'rilé l'an iSsS , de regret d'avoir pris la fuite à la bataille de Pavie, Françoise et Anne , sa sœur, re'clamèrent son immense succession , qui , indépendamment des biens patrimoniaux , comprenait les riches possessions de la maison d'Armagnac , dont il avait he'rile'. « Il ne fallait en distraire que le duch^ 5) d'Alençon et le comte' du Perche, repute's apanages de la cou- )» ronne : encore même les deux princesses les re'pélèrent d'a- )) bord, en prouvant que ces fiefs n'avaient jamais été réunis à » la couronne, et que par conséquent ils ne devaient pas subir « la loi des apanages. Mais on n'eut aucun égard à leur de- )) mande ; et par un arrêt du parlement , l'endu en i526 , la duj) chesse de Vendôme , principale héritière , n'obtint que la » vicomte de Beaumont , les baronnies de la Flèche , de Sonnois , V de Frênai , de Sainte-Susanne et de Château- Goùthier. » {Ame des Bourbons , T. 1, p. 3 19.)
Le duc de Vendôme , l'an 1627, après la mort du connétable de Bourbon, et tandis qu'on instruisait son procès, forma des demandes non moins justes, comme aîné de sa maison, pour être mis en possession du comté de Clermont en Beauvaisis , de, celui de la Marche et de la seigneurie de Montaigut en Combraille. Mais à peine l'arrêt qui confisquait tous les biens du connétable eut-il été rendu, que le roi réunit à la couronne ceux que le duc revendiquait. La magnanimité avec laquelle il se vit évincé, ne lui permit pas de laisser échapper aucun murmure , ni de rien rabattre de son dévouement au bien de l'état, 11 le fit bien paraître l'année suivante , lorsque , présidant à la fameuse assemblée tenue à Paris dans la granrl'sallc du palais , il porta la parole sur la somme énorme de deux millions d'écus d'or (i) ,
(i) Deux millions d'écus d'or au soleil : l'ccn au solcii était h i?> c.irats et du jioids de G.'i grains trois cent vin{];i quatre cent vingi-scptiènies; ainsi cet écit vaudrait présentement, h peu de clinse (irès, 1 1 livres 3 sous i den. cent dixsept cent vingi-hiuiièmes; par conséquent les deux millions d'écus équivalent à 'ia , 3i5, c)5o liv. lo sous 5 den. de notre monnaie cour.uitc. Par le traitti signé K Cambrai le 3 août iB^Ç), François J'^'" devait payer et paya effectivement celte même somtoe de deux millions d'écus pour la rançon de sgs dcajf fils.
DES COMTES, PUIS DUCS, DE VENDOME. 5ir
<^~ue le roi demandait pour être donnée à Charles '- Quint au lieu ^e la province de Bourgogne, qu'il avait proinis de lui ce'der par le traite' de Madrid. Sire, dit-il au roi, la noblesse vous offre la moitié de ses biens ; si la moitié ne sufjii pas , la totalité , ai'ec nos épées et tout notre sang jnsquà la dernière goutte : mais je ne puis rrt engager que pour les gentilshommes ^iii sont ici et qui environnent votre trône. Qu^ il plaise donc à f^otre Majesté d'ordonner aux bailli/s d'assembler la noblesse de leurs districts ; et j'ose lui répondre qu'il ny a pas un seul Français , honoré du titre de gentilhomme , qui ne se fasse un devoir sacré de suivre notre exemple. Il e'tait bien sûr de n'être pas de'menti. Le cardinal de Bourbon, frère du duc de Vendôme, donna les mêmes assurances au nom du cierge'.
La France, en i556, se trouva dans une nouvelle crise qui l'exposait à être envahie de tous côtés par ses ennemis. Le dauf^er le plus e'minent e'tait en Picardie , oh. les Impériaux , com-i lîiande's par les comtes de Nassau et de Rœux , exerçaient les plus affreux ravages. Le duc de Vendôme , envoyé' pour défendre cette frontière, dont il e'tait gouverneur, avec une seule légion ( six mille hommes ) , et trois cents hommes d'armes qui n'avaient jamais fait la guerre , fit lever aux Lnperiaux le sie'ge de Pe'rnnne défendue par le mare'chal de Fleurange , reprit Guise dont ils s'c'laient empare's , et fit ecliouer tous leurs projet^ en Picardie , quoiqu'ils fussent très-supe'rieurs en nombre. Il se disposait à porter la guerre , l'anne'e suivante , dans les Pays- Bas. Mais une fièvre maligne , l'ayant surpris dans Amiens , le conduisit au tombeau le jour des Rameaux, aS mars i^'bj (N. S.) , à l'âge de quarante-neuf ans. Son corps fut transporte ù Vendôme et enterre dan^ la rolle'giale devant le grand autel, n Si l'histoire de France , dit l'historien de la maison de Bour- » bon j offre des ge'ne'j'aux plus brillants , plus habiles môme que )) Vendôme, elle ne présente pas de plus grand citoyen. L'a- » mour de l'Etat e'taut sa passion dominante , biens, santé', vie, î) jalousie et autorite' du commandement , il était toujours prêt à M tout sacrifier lorsqu'il s'agissait de le défendre ».
Ce prince avait fixé son séjour à la Fère-sur-Oise , oîi naquirent tous ses enfants , qui furent au nombre de treize, sept princes 'et six princesses. Les fils sont, Louis , mort dans l'enfance ; Antoine , qui suitj François, cointe d'Enghien , le vainqueur de Xllërisoles en i544 > tué à la Roche-Guion de la chute d'un coffre que les princes en jouant lui laissèrent tomber sur la tête le ©5 février 1646; Charles, dit le cardinal de Bourbon, archevêque de Rouen , créé roi de France par la ligue, en 15B9, sous le uo.na de Chai'les X^ Jean, comte de Soissons; Louis, qui
bl2 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
9 donné l'origine aux princes de Coude' ; voyez à la suite de la maison de France , où la filiation en a été' rapportée ; les filles , Marie , morte de regret , dit-on , de ce que Jacques Stuard , cinquième du nom , roi d'Ecosse , à qui elle avait été' fiancée , lui avait préféré Madeleine Je France , fille du roi François I*' j Marguerite, temme de François de Clèvcs , duc de Never^ j Madeleine, abbesse de Sainte -Croix de Poitiers j Catherine, abbesse de Notre-Dame de Soissons ; Renée , abbesse de Chclles j Eléonore , abbesse de Fontevrault. Le duc de Vendôme eut aussi d'une demoiselle de Gand , nommée Nicole de Jioard , un fils naturel, connu sous le nom de Nicolas de Bourbon - Board , dont la postérité est éteinte. La duchesse Françoise , veuve du duc (.Charles , lui survécut jusqu'au 1 5 septembre i65o : elle eut pour sou douaire la seigneurie de la Flèche avec celle de Beau- Hiont-lfi- Vicomte , que le roi François P'", en sa considération , «rigea , l'an i545, en duché^ premier exemple d'une pareille: faveur accordée aux femmes. Ce fut elle qui fit bâlir , en i54o , le château neuf de la Flèche, qui fait aujourd'hui la face de la grande cour et un des corps de logis du collège.
Le duc de Vendôme, Charles de Bourbon, devenu, l'an 1627, par la mort du connétable de Bourbon , le chef de sa maison , cojnmença dès-lors à en porter les armes pleines , en sup-^ primant trois lionceaux que la branche de Vendôme y avait ajoutés pour sa distinction.