‹ L'art de vérifier les dates (volume 3)Chapitre 93 sur 111 · CHEZ LES JUIFS MODERNES · texte numérisé non relu

CHEZ LES JUIFS MODERNES

JLes ariciens Hébreux , avant leur retour d'Egypte , comment mençaient leur année à l'équinoxe d'automne. Mais ce grand événement étant arrivé au mois de Nisan , pour solenniser la mémoire de cette délivrance, ils firent commencer leur année parce mois, qui se trouvait toujours vers l'équinoxe du printems : et telle a toujours été leur année ecclésiastique, par la~ quelle se réglaient leurs jeûnes, leurs fêtes, et tout ce qui l-egarde la religion ; mais pour les affaires purement civiles , comme les actes et les contrats séculiers, on ne laissait pas de retenir l'ancienne forme, qui là faisait commencer au mois de thisrij à l'autre équinoxe. C'était -selon celte dernière forme que se réglaient les jubilés, les années sabbatiques, et toutes les autres dates des affaires civiles : comme c'est encore par-là que commencent leurs années de la création , et celle de leur ère des contrats ; les deux seules époques dont ils se servent.

Leur ancienne forme d'année était fort grossière : elle n'était fondée sur aucune règle , ni sur aucun calcul astronomique ; c'était seulement un certain nombre de mois lunaires, dont la vue seule réglait la longueur. Quand ils voyaien t la nouvelle lune, ik comptaient un nouveau mois, qui, par conséquent, devait H. i5

îi4 ^^ l'aIsnéè des akciens hébreux

C'tre, lantut tle vingt-neuf, et tantôt de trente jours, selon que \â nouvelle luMO paraissait plutôt ou plus tard ; car le cours syaiodi(|uc de la lune , cVst-à-dire , le tems qui s'écoule d'une nouvelle lune à l'autre étant de vingt-neuf jours et demi, ce demi-jour, avec l'autre, demi-jour du mois suivant, en faisait lin entier , (|in rendait ce second rnois un mois de trente jours ; de sorte que leurs mois étaient alternativement de vingt-neuf et trente jours. Comme ils avaient remar<}ué qu'il n'y en avait jamais qui eussent moins de vingt-neuf jours, ils ne cherchaient jamais la nouvelle lune que la nuit d'après le 29. Si elle paraissait, le jour suivant était le premier du nouveau mois. D'un autre côté , leurs mois n'avaient jamais plus de trente jours ; et ainsi ils ne.cherchaient jamais la nouvelle lune après la nuit qui suivait le trentième jour; et s'ils ne l'apercevaient pas alors, ils concluaient que cela venait de quelques nuages qui la cachaient ; et sans attendre davantage , ils prenaient le jour suivant pour le premier du nouveau mois. Douze de ces mois composaient leur année ordinaire; mais comme douze mois lunaires ont onze jours de moins que l'année solaire , chacune de ces années ordinaires finissait onze jours trop tôt , ce qui , en trente-trois ans , aurait fait parcourir au premier jour de l'année toutes les saisons en reculant , l'aurait enfui ramené à-peu-près au même point, et aurait en même tems gagné une année entière sur le soleil ; c'est-à-dire qu'au lieu de ces trente-trois années lunaires, il n'y aurait eu, pendant ce tems-là, que trente- deux années solaires, comme cela arrive parmi les Turcs qui se servent de cotte année purement lunaire. Les Israélites, pour prévenir cet inconvénient qui aurait boiileversé toutes les saisons, ajoutaient tous les deux ou trois ans, à leur année ordinaire, un mois intercalaire qui ramenait, quoiqu'un peu grossièrement, leur année composée de mois lunaires à l'an née solaire, et empêchait ces deux années de s'écarter jamais l'une de l'autre de plus d'un n:iois.

C'étaient leurs fêtes qui les obligeaient à prendre ces précautions : car la flaque, doni le premier jour était fixé au milieu du mo\s tiisau , demandait, outre l'agneau pascal, l'offrande de la gerbe , pour les prémices de la moisson des orges ; et la Pentecôte, qui se célébrait cinquante jours après le ib de uisan ( jour que s'offrait cette gerbe), demandait aussi qu'on offrît deux pains pour les prémices de la moisson du froment; et enfin , la iéte des Tabernacles, qui commençait toujours le i5 de ih/sri , était aussi fixée à la fin de la récolte. Il est clair que la Pâquene pouvait se célébrer dans les formes que dans la saison où les agneaux étaient bons à manger, et l'orge prêta couper ; la Pen-' tecôlc , que quand le froment était mûr; et la fête des Taber-

ET DU CALENDRIER DES JUÎFS MODERNES. JiS

nacles, qu^après les vendanges cl la récolte des olives. Ces fêtes étant donc fixées par la loi a ces différentes saisons, il fallut nécessairement avoir recours à l'expédient de l'intercalation , qui les ramenait toujours, à un mois près, au même temps de l'année solaire, dont dépendent les saisons.

Voici la règle qu ils s'étaient faite pour cela. Selon le cours ordinaire , quand le i5de ni'san , qui élait le premier jour des pains sans levain et de la Pàque, devait arriver avant recjuinoxe uuprinlems, on intercalait un mois; ce qui reculait la Pâque d'un mois entier, et avec elle toutes les autres fêtes qui en dépendaient ; car la Pentecôte était cinquante jours après , à compter du second jour de la Pàque, ou du il' de nÎAan , que s'oflrait; la gerbe; et la fête des Tabernacles, six mois après le commencement de la Pàque , puisque le premier de la Pàque était le i5 de nisan; ( car le i4, quoiqu'on y dût égorger l'agneau pascal entre les deux vêpres, n'était proprement que la vigile de cette solennité) ; et que le i5 de thisn\ à six mois de là, était aussi le premier de la fête des Tabernacles.

Pour avoir une idée plus distincte de ceci , il faut remarquer la suite des mois bébreux que voici :.i". nîsan ^ ^S'.jlar^ 3^. si^ Iciriy 4*^' tluimuz ^ 5*^. ah ^ 6°. ehil ^ 7". tliisri , S*^. mairJiesvan , c\'^. raskii , 10". teôeih , 11". sahath, et 12.'^. aclar. C'étaient ces douze mois qui composaient leur année ordinaire; mais dans leur année extraordinaire , il y en avait un treizième qu'on intercalait après aJar , et qu'on appelait par celle raison i'cada!, le second adar ; de sorte que l'année extraordinaire avait treize mois. Posons donc, à présent, que l'équinoxe du printenis dut tomber sur l# 2.1 mars , par exemple , où il est à peu près de nos jours; et que le 10 de nisan ( premier jour de la solennité de Pâques), tombât dans le cours ordinaire sur le 20 mars , uu jour avant l'efjuinoxe. Quand ils surent assez d'asiionomie pour prévoir cela, ils intercalaient un mois apiès celui d'ailar j et ce mois était de vingt-neuf ou de trente jours, selon <jue cela se rencontrait dans le cours ordinaire de la lune : nous le supposerons ici de trente. Par cette intercalât ion , le premier de nisan , qui commence Tannée, au lieu d'être le 6 mars , comine il aurait été dans le cours ordinaire, est porté trente jours plus loin au 5 avril , et la Pàque au 19 de ce mois. Mais l'année suivante commençant , par la raison qu'on a vue ci-rlcssus, onze jours plutôt, le premier de nisan tomberait sur le 2.^ mars, et le jour de Pâques sur le fc) avril ; l'année d'après , le premier de nisan tomberait, par la même raison, le i4 mars, et le piemier de Pâques le :i8. L'année qui suivrait celte dernière , dans le cours ordinaire de ce calcul, le premier de nisan tomberait sur le iiraars, et le premier de la Pàque le 17 ; ce qui obligerait à laii'i

tiB DE l'année bes anciens hébreux

une nouvelle intercalalion d'un mois , parce que ce 17 mars est avant l'équinoxe , et ainsi de suite pour les années suivantes. De sorte que le premier de nisan, qui était aussi le premier jour de leur année, tombait toujours entre les quinze jours qui précèdent et les quinze jours qui suivent l'équinoxe du prlntems ; c'est-à-dire dans l'espace de trente jours , dont l'équinoxe est le milieu ; et ce premier de nisan , une fois fixé , fixait aussi le commencement de tous les autres mois , ainsi que toutes les fêtes et les jeûnes attachés à certains jours de ces mois.

Mais cette manière grossière de former leurs mois et leurs années, ne fut en us9ge que tandis qu'ils furent en possession du pays de«Chanaan , où ceux qui étaient chargés du soin de régler ces sortes d'affaires, se trouvaient à portée de leur faire savoir assez promplement , ce qu'ils avaient arrêté. Leur dispersion les obligea à chercher quelque chose de plus sûr et plus constant , et d'avoir recours au calcul astronomique et aux cycles , pour régler leurs nouvelles lunes, leurs iutercalations, leurs fêtes et tout le reste , d'une manière uniforme, dans tous les lieux où ils se trouvaient répandus.

Le premier cycle qu'ils employèrent fut celui de 84 ans. Ils s'en servirent pour fixer leur Pàque , et tout le reste de l'année. Mais il est à propos d'observer ici que , malgré les divers édits des rois de Perse, en faveur des Juifs, qui leur accordaient le retour dans leur patrie, il y en eut un grand nombre qui refusèrent d'eit profiter , et qui restèrent dans la Chaldée , dans l'Assyrie, et dans les autres provinces orientales de ce ïoyaurne , où ils avaient été transportés. Il est même fort vraisemblable que ce furent les plus considérables et iPs plus riches qui prirent ce parti. On comprend aisément qu'ayant acquis des maisons et des terres dans ce pays-là, ils n'étaient guère disposés à quitter de bons établissements, pour aller défricher et cultiver un pays qui avait été abandonné, et laissé en friche pendant un si grand nombre d'années ; car, de vingt-quatre classes des enfants d'Aaron, qui furent transportées, il n'en revint que quatre ; c'est ce qui lit (jue , pendant tout le tems du second temple, et même long-tems après , les Juifs s'accrurent si fort dans la Chaldée, dans l'Assyrie et dans la Perse, qu'ils passaient pour être en beaucoup plus grand nombre que les Juifs de la Palestine , dans le tems même que la Judée était le plus peuplée^ On ne sait pas comment ces Juifs , de l'Orient, faisoient pour régler leurs fêtes. Cependant, puisqu'ils avaient ce qu'ils appelaient un Prince de la captivité, qui les gouvernait en tout selon la loi, et un sanhédrin qui l'assistait de ses conseils , sans doute qu'ils avaieut aussi une méthode fixe pour cela, fondée sur les meilleures règles (rastrQnomic, d'autant plus que cette science

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