ET DU CALENDRIER DES JUIFS MODERNES
était portée dans ce pays-là à un plus haut point de perfection que par-tout ailleurs. Il y a beaucoup d'apparence qu'ils avaient un cycle astronomique pour déterminer les nouvelles lunes d'où tout dépendait.
Pour les autres Juifs, on est bien sûr qu'ils se servaient tous du cycle de 84 ans. Plusieurs des anciens pères de l'Eglise en parlent , et disent que les Juifs s'en servaient depuis long-tems; que les premiers Chrétiens l'avaient emprunté d'eux pour fixer le teras de leur Pâques ; et que c'était le premier cycle dont on se fût servi pour cela. Bucherius place le commencement de ce cycle à l'an 162, avant Jésus-Christ. Il semble avoir été fait de la période calippique et de l'octaè'teride , jointes ensemble; car il contient justement le nombre de jours que font ces deux périodes, ajoutées l'une à l'autre, pourvu qu'on les compte sur le pied d'années juliennes ; puisque les 76 années de la période calippique font 27769 jours, faisant 940 mois lunaires ; et Toc— taëteride contient 2922 jours, faisant aussi 99 mois lunaires: et ces deux sommes, jointes ensemble, font i5o68i , le nombre précis des jours qu'il faut pour faire les 84 années juliennes, qui composent ce cycle.
Parmi les pères de l'Eglise qui parlent de ce cycle, nous pouvons citer saint Epipbane, saint Cyrille d'Alexandrie, et saint Prosper ; mais comme ils n'ont pas jugé à propos de nous en transmettre les éléments, nous ne pouvons donner que des conjectures sur ce sujet. Or, nous croyons que les Juifs commencèrent par se servir de la période de Calippe , et que ce fut dans la suite qu'ils y ajoutèrent l'octaè'teride, en partie pour la perfectionner,'
1>ar rapport à l'usage qu'ils en faisaient , et en méme-tems pour a faire passer pour une chose de leur invention. Il n'est pas impossible que cela se soit fait l'an 162 avant Jésus-Christ, comme Bucherius le dit ; mais il n'y a guère d'apparence que les Juifs, qui ne venaient que de recou\Ter leur Temple par le zèle des Machabées , et d'y rétablir le culte de Dieu , pendant qu'ils étaient si occupés à déraciner les usages païens établis parmi eux, aient introduit alors un cycle emprunté des Païens , et s'en soient servis dans la religion pour fixer leurs nouvelles lunes et leurs fêtes. La conjecture qui paraît la plus vraisemblable, est que les Juifs, dans leur dispersion, depuis le tems d'Alexandrele-Grand , sentirent la nécessité qu'il v avait d'avoir recours à des calculs astronomiques; qu'ils établirent des règles pour fixer leurs nouvelles lunes et leurs fêtes, afin de les observer tous en mème-tems dans les différents pays où ils étaient répandus. Le commencement de ce premier cycle est fixé, par M. Prideaux , à l'an 291 avant Jésiis-Christ. Ainsi, suivant le même auteur, le deuxième coramenga l'an 207 ; le troisième l'an 12^; le qua^-
Il8 DE L'AN^ÉE DES ANCIENS HÉBREUX
trième Tan 89 avant Jésus-Christ ; et le cinquième l'an 4^ de l'ère vulgaire.
On sait que Calippe prétendit , par l'invention de sa période , ajuster le mouvement de la lune avec celui du soleil, et que celte période était celle qui avait le plus de cours parmi les Grecs , de qui , suivant tout apparence , les Juifs l'empruntèrent : pour dé-, guiser néanmoins son origine, ils ajoutèrent l'octaè'léride à cette période, afin de lui donner un air d'original, et formèrent par ce moyen leur cycle de 84 ans.
Mais par cette addition, bien loin de perfectionner la chose, ils la gâtèrent ; car , quoique la période de Calippe n'ajustât pas si exactement le mouvement de ces deux luminaires qu'il n'y eût encore sur le tout li^- 53' de plus, que 940 lunaisons moyennes dont était composée sa période : c'était approcher bien près de la dernière exactitude; au lieu que l'addition de 8 ans rendait cette différence d'un jour C^' 4^' Sy" de moins , que les looc) lunaisons que devait avoir, suivant nous , le cycle de 84 ans.
Quoi qu'il en soit, l'an 46 de Jésus-Christ, suivant le témoignage de saint Prosper, les premiers Clireliens commencèrent à se servir de ce cycle , qu'ils avaient emprunté des Juifs ; mais ce cycle avait des défauts qu'on découvrit avec le tems. En conséquence , les pères du concile de Nicée statuèrent : i". que la fête de Pâques se célébrerait le premier dimanche d'après la pleine lune qui tombe au jour de l'équinoxe du printems , ou après cet équlnoxe qui fut fixé au 21 de mars; 2". que le jour de la pleine lune serait toujours le quatorzième depuis la nouvelle lune inclusivement. Ils chargèrent Féglise d'Alexandrie de l'exécution de leur décision , et elle s'acquitta de ce devoir en adoptant le cycle de Méton , qui est celui de dix-neuf ans.
Les Juifs , à l'exemple des Chrétiens , firent la même chose , à pou-près dans le même tems; et c'est sur ce cycle qu'est fondée la forme de leur année d'aujourd'hui. Le premier qui travailla à la mettre sur le pied où elle est, fut Rabbi Samuel , recteur de l'école juive de Sora , dans la Mésopotamie, Rabbi Atlda , habile astronome, suivit son plan ; et après lui , Rabbi Hillel y mit la dernière main , l'an de Jésus-Christ 36o; et étant nasi, ou président du sanhédrin, il introduisit la forme d'année qu'ils ont conservée jusqu'à nos jours, et qu'ils disent devoir durei- jusqu'à Ja venue du Messie. ( Extrait de l'Histoire des Juifs de Pjrideaux. )
Comme les Juifs d'à présent conservent encore religieusement la pratique des fêtes qui leur sont prescrites par la loi, ou par leurs traditions , ils ont, pour les diriger, un calendrier tout dressé, dont il suffira d'extraire ce qui a trait au jour fixé pour la célcjjration de leur solennité paicalc, en nous aidant particu-
Elr Dû f.ÂLETSîDRlER DÈS JUIFS MODERT^ES^ ttg'
Vièrement de ce qu'en a dit M. Ventura , dans le livre qu'il a donné (à Amsterdam 1770), sous le titre de Calendrier Hé~ ifraïgue.