‹ L'art de vérifier les dates (volume 3)Chapitre 95 sur 111 · IDÉE DU CALENDRIER JUDAÏQUE · texte numérisé non relu

IDÉE DU CALENDRIER JUDAÏQUE

Quoique les Juifs reconnaissent avec nous une année solaire, composée de 36S jours, quand elle est commune; et de 366, quand elle est bissextile; toutefois, pour le tems et l'ordre de leurs fêtes, et sur-tout pour celle de la Pâque, ils se règlent sur le cours de la lune; ainsi, l'on peut dire, que l'année, qui appartient proprement à leur calendrier , est une année purement lunaire, composée de 12 mois, dont nous avons donné ci-dessus les noms, suivant l'ordre qu'ils tiennent dans leur année légale ou ecclésiastique.

De ces 12 mois, dont quelques-uns sont nommés autrement dans l'Ecriture-Sainte, il y en a cinq qui sont constamment de 00 jours; savoir, le premier, le troisième, le cinquième, le septième et le onzième, qui sont, nisan, sihan , ah ^ thïsri et sabalh. Dans les sept autres, il y en a pareillement cinq qui n'ont que 29 jours ; savoir, jîar , thamuz , ehd , lebeth et adar; mais celui ci en a 3o dans les années bissextiles solaires. Les deux qui restent, savoir, marcliesvan et casleu ^ n'ont quelquefois que 29 jours chacun ; d'autres fois l'un en a 29 , et l'autre 00; d'autres fois, chacun de ces deux mois a 3o jours; et cette variété en met nécessairement une dans le nombre des jours de leur année lunaire; puisque, suivant que ces deux mois sont tous deux pleins, ou tous deux caves, ou qu'un seul est cave et l'autre plein, l'année doit être ou de 353 jours, ou de 354, ou enfin de 355 ; et comme ils donnent le nom de parfaits ou de dcjectlfs aux mois , selon qu'ils sont pleins ou caves, ils nomment aussi parfaite^ l'année où mnrrhesoan et cas/eu ont cha— cun 3o jours; et déferfloe , celle où ils n'en ont chacun que 2g; réservant le nom d'année comimme ou ordi.iaire ^ pour celle où un seul de ces deux mois est défcctif , et (jui par là est composée de 354 jours, comme nos années lunaires communes.

Dans l'ordre civil et politique, les Juifs commencent leur année au septième mois, qui eslthisri, et qui répond en partie* à notre mois de septembre , et en partie à celui d'octobre ; de même que chacun de leurs autres mois répond aussi à deux des nôtres, par une partie ou plus grande, ou plus petite, suivant que la lune se renouvelle , plus ou moins avant, dans nos mois communs et solaires. De façon que leur premier mois léeal . qui est nisan, répond toujours en partie a notre mois de mars,

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et en partie à celui d'avril; jiar^ à ceux d'avril et de mai, et ainsi des autres , dans les années communes.

Quoique chez les Juifs le commencement de leurs mois civils concoure ordinairement avec le jour où la lune se renou-^ velle , il n'est pourtant pas rare que le mois légal ne commence qu'un jour, et même deux, après la nouvelle lune ; ce qu'ils ont soin de marquer dans leur calendrier, pour distinguer le premier jonr du mois civil du commencement du mois légal , qu'ils désignent par le mot de roshode^ à quelque jour que tombe ce commencement, qui répond, ou au second jour du mois, si le mois précédent est défectif ; ou au troisième, s'il est parfait, c'est-a-dire de oo jours; et ces roshodes, ou commencements de mois (car c'est ce que signifie ce mot de roshode)^ suivent l'ordre des jours de la semaine; c'est-à-dire que si le roshode de nîsan , par exemple , est un samedi ; celui de jiar sera le lundi , parce que nisan a 3o jours ; et commeyVar n'en a que 29^ le roshode de slUm sera le mardi , et ainsi des autres. 5lais la Kéoménie, ou la nouvelle lune, qui était un jour consacré à Dieu, par un sacrifice particulier ( Nomb. 10 , v, 10), est presque toujours le premier jour du mois civil des Hébreux; ce qui fait que, dans notre Vulgate, la JNéoménie est assez souvent désignée par le mot Kalendes , qui, comme on sait , indique le premier jour du mois. Outre les douze mois dont nous venons de parler, les Juifs en ont un treizième, qu'ils nomment i>e adar ^ ou le second adar ^ qui , comme on a vu ci-devant, est le douzième et dernier de leur année légale ; et ils se servent, à peu près comnte nous, de ce treiziènie mois inteixalaire , pour ramener de tems en tems les années lunaires aux années solaires; ce qui a besoin de quelque explication, que voici.

J^e cycle lunaire des Juifs est le même que notre cycle de 19 ans, auquel ils donnent néanmoins un commencement différent : car la première année de notre ère a 2 de nombre d'or; et ce n'est qu'a l'automne de cette même année, suivant eux, que commence la itj'^^- année de leur igH'^c. cycle lunaire. Parmi les 19 années dont il est composé, .ils en distinguent sept; savoir , les troisième, sixième, huitième, onzième, quatorzième, dixseptième et dix-neuvième, qu'ils font enibolismîques \ c'est-à-' dire, qu'à la fin de chacune de ces sept années, ils ajoutent un mois de 3o jours; et cela fondé sur ce que l'année lunaire commune n'ef.ant que de 354 jours , tandis que la solaire commune en a 365 , il se trouve par-là que celle-ci surpasse l'autre de n jours; ce qui, au bout de 3 ans, fait 33 jours, dont, retranchant 3o, pour faire le mois intercalaire i>e adar^'û ne reste que trois jours, qu'on ajoute aux 11 des années suivantes (en re'.rançhanl toujours 3o , quand on le peut) , pour le second adar.

Et DU CALENDRIER DES JUIFS MODERNES. tal

En continuant toujours de même jusqu'à la dernière année du cycle, et comptant les douze autres pour des années lunaires communes, il arrive qu'en recommençant le cvcle, le soleil et la lune se trouvent , l'un à l'égard de l'autre, dans la même posi tion, à tiès-peu de chose près, où ils étaient ig ans auparavant ; et qu'ainsi, au bout de ce terme , ces deux astres recommencent à marcher ensemble, pour ainsi dire sur la même ligne; le siège de la lune n'avançant d'un cycle à Paufre que d'envii-dn iine heure et demie, c'est-à-dire, i**- zj' Si" SS'".

Si, chez les Juifs , l'année lunaire de 12 mois était toujours de 854 jours , celle de i3 mois serait aussi toujours de 3S4 jours ; mais la première de ces deux sortes d'années pouvant être encore ou défective , ou parfaite , ou commune , il s'ensuit que la seconde peut être de 383, de 384, f"^' de 385 jours, sans pourlant que cette différence en apporte aucune à la somme des années du cycle , les plus faibles étant compensées par les plus fortes.

On voit par-là que pour ramener tes années lunaires aux solaires , et retrouver la nouvelle lune au même jour , et presaue à la même heure que dix-neuf ans auparavant , les Juifs emploient le cycle de dix-neuf ans à-peu-près de la même manière que nous ; et c'est ce qui fait que nous passons un peu légèrement sur cet article.

Nous remarquerons seulement ici que le cycle lunaire des Juifs, retardant de trois ans sur le nôtre , la lune dut avoir trois jours au commencement de la première année de ce cycle : elle en eut 14 à la fin de cette même année , à quoi si on ajouté 22 pour les deux années suivantes , on aura 36 jours -, ce qui fait; d'abord un mois lunaire plein qu'on donne à la troisième année, qui par -là se trouve embolismique ; et joignant aux 6 jours qu'il y a de surplus, les 33 provenants des trois années qui suivent , la sixième doit aussi être embolismique ; puisque de ces Sg jours, il faut en donner 3o , ou un mois plein à la sixième année ; après quoi , ajoutant seulement deux fois 1 1 , ou 22 jours aux 9 qui sont restés , on trouvera que c'est la huitième année du cycle qui doit être embolismique ; au lieu que dans notre Tiombre d'or , c'est la neuvième ; on ajoutant le jour qui reste des 3i qu'on vient de trouver aux 33 des trois années suivantes, et continuant toujours de même , on verra que les sept années embolismiques doivent être dans l'ordre marqué ci-dessus ; et qu'ainsi cet ordre n'est pas arbitraire : mais il iàut prendre garde que pour la régularité du calcul, le dernier mois Inter-^ calaire ne doit avoir que 29 jours , afin que des 32 qu'on trouve 4 la fin de la dix-ueuvicme année , il en reste 3 pour recom- II. ^ iG

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mencer le cycle , toujours sur le même pied , qui est de comptef ijue la lune a 3 jours au commencement de la première année ; «|uoique d'ailleurs, cela supposé, on puisse, pour plus grande uniformité, donner 3o jours à ce dernier mois, comine à tous les autres mois intercalaires.

Quoique les Juifs modernes se servent , ou du moins puissent se servir du cycle de dix-neuf ans de la façon qu'on vient de dire, il est néanmoins vrai que tous les calendriers hébraïques, suivant M. Ventura , ne roulent que sur quatorze années , sept communes et sept bissextiles ; ce qui vraisemblablement doit s'entendre d'années lunaires , dont les communes sont de 354 jours; et les bissextiles, ou plutôt embolismigjies, sont de 384 jours. Ces calendriers , ajoute le même auteur, ne servent que pour les roshodes ^ samedis, fêtes et jeûnes de Vannée, moyennant une table qui indique l'année du calendrier dont on doit se servir : il avertit au même endroit qu'il faut se servir d'autres tables pour les nouYcllcs lunes , parce qu'elles ne reviennent pas toutes les années au même jour ni à la même heure.

Comme par la loi il était prescrit aux Juifs de célébrer leurs fêtes d'un soir à l'autre, à oespera iistjue ad oesperam celebralîlis Sablata vestra ( Lév. XXIII , 3^), peut-être est-ce là ce qui fait f[u'ils commencent le jour naturel au coucher du soleil , et qu'ils le finissent au coucher suivant ; quoique d'ailleurs ils auraient ])U célébrer leurs fêtes d'un soir à Vautre, en commençant et finissant le jour tout autrement qu'ils ne font, à- peu-près comme dans l'église catholique on commence la célébration des fêtes par les vêpres de la veille , sans commencer le jour naturel à l'heure de ces mêmes vêpres. Quoiqu'il en soit de cette façon de commencer et de finir les jours naturels , qui est la même <[ue celle dont se servent encore les Italiens, les Juifs donnent comme nous ^4 heures au jour, 12 pour le tems que le soleil est sur l'horizon, et 12 pour celui où il est au-dessous ; et ils distinguent les 12 heures du jour artificiel en quatre parties, de 3 heures chacune , donnant à ces quatre parties le nom de première , de troisième , de sixième et de neuvième heures ; ce qui i-evient à nos mots vulgaires de prime , tierce , sexle et none.

La première heure de prime commence toujours , selon eux , au lever du soleil ; celle de tierce vient trois heures après , de même pour sexte et pour uone ; et de là ces heures doivent être plus longues ou plus courtes , suivant que le soleil est plus ou moins de tems sur l'horizon, et commencer aussi plutôt ou plus tard, suivant la même proportion ; de façon pourtant" qu'ils

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fomptent toujours midi pour la sixième lieure du joiu", ou pour la première heure de sexte , en quelque tcms de Tannée que ce soit. Les 12 heures de la nuit sont aussi distinguées, comme chez les anciens Romains, en quatre parties ou veilles , chacune de trois heures, plus ou moins grandes , suivant la longueur des nuits.

Quant à l'heure commune , ou la vingt-quatrième partie du jour naturel, que nous divisons en 60 minutes, ils la divisent en 1080 parties, à cause du grand nomhre de diviseurs justes qui se trouvent dans ce nomhre de 1080 , dont 18 parties valent justement une de nos minutes.

Tout ce qu'on vient de dire des années , des mois et des Jours des nouveaux Juifs, n'est proprement que pour servir à marquer le tems de la céléhralion de leurs fêtes , et en particulier (.\q?, trois principales, dont la première est celle de la Pâque , qu'ils appellent plus volontiers isiféfe des Azymes, et en héhreu Fessah , qui signifie \>TO^rement passage , iransùus , et qui tomhe toujours le i5 de leur premier mois lunaire, qui est nisan, c'està-dire à la pleine lune de ce même mois. La seconde de ces trois fêtes est celle de la Pentecôte ou des Semaines , en héhreu Schuhot. qui vient toujours 7 semaines ou 5o jours après Pessah^ et qui, par conséquent, en dépend pour le tems où elle doit être céléhrée : c'était dans la Judée le tems de la moisson. La troisième enfin est la fêle des Tahernacles , en héhreu Succot , qu'on appelle aussi Scénopégie, mot grec qui signifie <?/w;//o«s lia Tentes ; laquelle tomhe au 1 5 de leur septième mois, c'est-àdire, à la pleinelune de /his/i (ou de seplcmhre).

Ces trois fêtes se trouvent marquées et réunies ensemhle dans un seul et même passage de l'Ecriture-Sainte. Tribus incibus per annum, apparebit omne masculinum tiium in conspeclu Dondni iui ^ in lor.o quem elegerit : in sohmniUiie Azymoriim , in solemnitaic llebdoviadannn et in solemnilate Tahernacidorum. (Deiiter. XVI , ï6 ) ; et le tems en est marqué, en différents endroits des livres saints, sur-tout pour leur Fessah, qui règle le jour du ^Z-h/zù^ , et même toutes les autres fêtes de l'année.

Dans le calendrier héhraïque, chacune de ces trois solennités se trouve marquée sous deux jours consécutifs du mois où elles tomhent ; savoir, Pesscih, le i5 et le 16 de nisan; Scbuhut , le (j et le 7 desiban ; Succoc , le 1 5 et le 16 de Ihisri.

Les Juifs ont des jours de rehut, par lesquels ils ne veulent point commencer l'année, de peur que la fête de Tâques ne Icmhe ces mêmes jours-là. Ils appellent Kébies les au lies [oursj,

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j)ar lesquels il csl permis de commencer l'année. Ils nomment nussi Rusrh-IIaschaïuilc couimencement de l'année civile. Pour iu' point commencer l'année , ou célébrer les fêtes aux jours de jcbul, on fait ime translation de férié, quand le cas y échoit. i.a méthode pour faire celle translation est fondée sur ce proverbe : ISunquàni nisaii in Biulu , iiunquàm /hisri in /Idu. Voici quel est le sens de ce proverbe. Badu répond à ces nombres 2, 4i 6; cl yhlu y à ceux-ci, i, 4: 6. Les Juifs veulent donc dire par ces mois, Nitnquàni nisan in Badu, qu'il ne faut jamais faire la Ncomé/iie , ou nouvelle lune de nisan, ni par conséquent Pâques , qui tombe toujours le i5 de cette lune, aux fériés z , 4 i 6 ; et par ceux-ci , niim/uiim iliisri in Adu , qu'on ne doit jamais célébrer la nouvelle lune de ihisri , par la(|uellc s'ouvre l'année civile, ni commencer la fètc des Tabernacles par les fériés i , 4 , 6 ; et comme la Pentecôte est le cinquantième jour après Pâques , et doit par conséquent tomber y la férié qui suit celle où l'on a fait Pâques , ils veulent aussi qu'on ne fasse jamais la Pentecôte aux fériés 3,5,7. tl'est ainsi qu'ils remettent ces fêtes aux jours licites, qu'ils appellent Kébics. Ayant une fois fixé la kébie de ihisri , ils voient de quelle espèce sera l'année. Pour cela , ils ôtent la kébie de cotte année de celle de l'année suivante , en y ajoutant 7 , si l'on ne peut pas sans cela faire la soustraction ; et suivant cpe le reste est 3 , ou 4 5 ou 5 , ils concluent que l'année est défective , ou comiTiune , ou parfaite; que si ce reste est 5 , ou 6 , ou 7 , ils disent que l'année est embolismique , ou défective, ou commune, ou parfaite. Supposons donc cjue la kébie de celte année soit la férié 6 , et que la kébie de l'année qui vient soit la septième férié ; de 7, ôlez 3, restera 4, qui fera connaître que l'année est commune et ordinaire.

Ainsi de ce que nous venons de dire il résulte que le premier de Pessah , qui est toujours le 1 5 de nisan , ne tombe jamais les lundi , mercredi et vendredi, ni le premier jour de Sébuhoty aux m.'uxli , jeudi et samedi ; non plus que le premier de Succot^ aux dimanche , mercredi et > endrcdi , pour parler comme M. Venlure , qui a effectivement disposé son Calendrier de façon que le premier des deux jours de ces trois fêtes ne s'y ti'ouve jamais marqué sous un des jours prohibés de la semaine ; et cela , pour ne pas déranger l'ordre de certaines autres fêtes , qui se règlent sur ces trois premières, et en particulier sur les prçmiçrs jours de Pessah , comme on l'a déjà dit.

Or ce Pessah devant toujours être célébré à la pleine lune de kvv premier mois légal, qui est nisan, il leur faut un moyen de-

ET DU CALENDRIER DES JUIFS MODERNES. laS

connaître cette pleine lune, soit immédiatement en elle-même, soit par le moyen de la nouvelle lune de ce même mois ; et c'est sur quoi les Juifs modernes ne sauraient être embarrassés, puisque, outre leur Calendrier annuel, ils ont encore des Tables particulières pour toutes les nouvelles lunes de plusieurs années ; mais sans avoir besoin de ces Tables , il leur suffit de connaître le jour et l'heure de la nouvelle luue d'un mois quelconque, pour trouver , à peiide chose près , la nouvelle lune du mois suivant. La façon donrii s y prennent , pour cela , est toute siniple et naturelle; c'est d'ajouter, à la nouvelle lune connue, une lunaisgn entière , c'est-à-dire un mois synodique lunaire , qui est de 2g jours, 12. ^' 44' ^^ ^">

Voici comment ils font cette addition. Ils comptent, pour le premier de ces 29 jours , celui où la lune connue a été nouvelle ; et pour remplacer ce qui manque à ce jour, ils joignent les heures et les minutes qui s'en sont écoulées jusqu'à cette nouvelle lune , aux 12. ^-^ et 44' tic la lunaison , en négligeant ici les 3 se-* coudes ; et cette somme totale de jours , d'heures et de minutes , conduit à la nouvelle lune du mois suivant , à peu de chose près. Par exemple, en l'année 1786, la nouvelle lune de nisan est marquée, dans le Calendrier hébraïque, au jeudi 10 mars, à 1 1 ^•, 45' du soir ; ou , ce qui est la même chose, à la 23"=. heure 45*" de ce jeudi. A ces 20 heures 45' , ajoutez d'abord les 12 h. 44' tle la lunaison, vous aurez un jour 12 ^. 29'; à quoi joignant les 29 jours, depuis et compris le jeudi 10 mars , vous tomberez au samedi g avril, à 29' après midi; ce qui est le terns de la nouyelle lune du mois suivant ; savoir, dejiar. Cette opération se peut faire aussi , par voie de soustraction , de cette autre manière , qui nous paraît un peu plus claire, et qui souvent est plus courte et plus commode. Retranchez d'un mois synodique l'âge qu'avait la lune à la fin du jour où elle a été nouvelle, mais sans compter ce jour : le reste montrera le jour, l'heure et la minute où la lune du mois suivant sera nouvelle. Ainsi, dans l'exemple proposé, la lune de iiisan ayant été nouvelle, le jeudi 10 mars, à 23 li. 4^', elle n'avait donc en tout, à la fin de la vingt-quatrième heure de ce jour^ que i5 minutes, qui étant ôtées de 29 jours , 12 b. 44' » et comptant le reste à commencer au 1 1 mars, vous finirez également au 9 a^Til, à 29' après midi ; moment exprimé dans le Calendrier de M. Tenture , par o Ji. 29' du soir, ce qui est la même chose; car il compte les heures comme nous. Si l'on compare le tems de cette dernière nouvelle lune avec le tems astronomique , on ne le trouvera en relard que d'environ 1 6 h. 35' ; puisque dans les Ephéraérides de 1 785, celle lune est marquée nouveUe au 8 avril, à 7 '», 54' du soiir^

j«»S DE l'année des anciens hébreux

Si» dans le Calendrier hébraïque, la lune de mars était marquée comme dans les Epliémérides , celle d'aviil , en opérant comme on a dit , se trouverait le 8 , à 1 1 'i- jsG' du soir, c'est-à-dire , environ 19 minutes plutôt que dans le Calendrier, et 16 ^' 35' en tout, plus tard que dans les Ephériiériiles; ce qui montre que , pour avoir le vrai tems d'une nouvelle lune, il ne suffit pas toujours d'ajouter une lunaison parfaite à la précédente, prise même astronomiquement; mais au moins, parce moyen, il semble que la lune juive ne devait jamais s'écarter d'un jour entier de la lune astronomique ; il peut même arriver que celle-ci soit devancée de quelque peu par celle des Juifs , à raison de l'irrégularité des mouvements de la lune.

On observera de plus, que, dans le Calendrier donné par M. Venture, l'année 1785 est marquée sous le cycle lunaire iB ; mais cette seizième année du cycle ne sert que depuis notre mois de janvier, jusqu'à l'équinoxe d'automne , ou, pour mieux dire, jusqu'à leur mois de ////W exclusivement , et alors com-^ anence leur dix-septième année du même cycle : cela suit naturellement de ce que les Juifs modernes font remonter ce cycle à l'automne de l'an 8761 , avant notre ère, où ils placent la création ; car, quoique leur cycle soit composé, comme le nôtre, de 3f) années , il retarde de 3 ans , à peu de chose près , sur celui qui est en usage parmi nous, comme il a été dit ci-dessus.

Voilà, à peu près, ce qu'il y a de plus remarquable dans ce qui a rapport au Calendrier des Juifs modernes, qui en font remonter l'origine à l'an 338, puisqu'ils pi'étendent que l'an i43i , depuis sa formation , concourt avec l'an 1769 de notre ère vulgaire; ce qui prouverait dans leurs anciens rabbins une connaissance peu commune, dans ce tems-là, du cours et des mouvements de la lune , dont la révolution synodique se trouve marquée dans leur Calendrier d'une façon aussi juste et aussi précise , que dans nos meilleurs livres d'astronomie. Mais il ne parait pas fjii'ils aient si bien connu le cours du soleil , ni même qu'ils s'en soient beaucoup occupés, soit qu'ils ne soupçonnassent aucune erreur dans le calcul de Sosigènes , qui avait déterminé l'année julienne à 365 jours et six heures , quoiqu'il s'en faille d'environ onze minutes i5" ; soit plutôt parce que toutes leurs fêles se rapportant à des mois lunaires , ils n'avaient besoin que de counaître exactement le cours de la lune.

Mais si l'on dit que chez les Juifs , le Pessah ne dépendait pas moins de Féquinoxe du printems que de la pleine lune de «/san; et qu'ainsi les anciens Rabbins n'ont pu se dispenser de rechercher le vrai tems de cet équinoxe : il est aisé de répondra que cet examen leur était assez inutile, parce que nîsan ne coiur

ET DU CALENDRirPi DES JUIFS MODERNES. j ^.-f

înençant jamais qu'assez avant clans le mois de mars, ou même tjue dans les {ircmiers jours d'avril , quand il est précédé du ve adar, il s'ensuit que le premier P<'5.w// , qui tombe toujours au 1 5 de nisan , ne saurait précéder l'équinoxe du printems; ce qui serait contre la loi. {Deut. XVI. i.) Je dis le premier Fes^ sah , parce qu'ils en ont un second pour ceux qui , à raison de quelque impureté légale, ou parce qu'ils étaient en voyage dans un pays lointain , n'ont pu célébrer le premier ; et ce second Pessah , qui leur était formellement permis par la loi (^No/nli. IX. 10 et 1 1. ) , doit être célébré au second mois légal, qui est j'îar , à la pleine lune , de la même manière que le piemier ; ce second mois pascal se trouve marqué dans leurs livres, sous le nom de Pessah Scheni.

Le temsdeces deux Pâques juives est marqué dans l'Ecriture d'une manière si précise, qu'on ne pourrait guère s'y tromper. C'était sur le soir du quatorzième jour de nisan ou dejiar , ( Quartadccima die mensis ad vesperam^ ibid et alibi.), qu'on immolait l'agneau pascal , et on le mangeait à la première heure de la nuit où commençait le quinzième jour du mois , et le premier de la solennité pascale, qui durait sept jours. Mais il n'eu est pas de même tout-à-fait de laPaque chrétienne : i°. parce que le jour n'en est point marqué dans le Nouveau Testament ; et , en second lieu, parce que l'Eglise, à qui seule il appartient de décider ce point , dès que l'Ecriture n'en dit rien, n'a pas jugé à propos^d'at tacher la célébration de cette fête à im certain quantième du mois de mars ou d'avril , mais au dimanche qui suit le quatorzième jour de la lune , qu'elle compte pour celle de mars , et qui est la première pleine lune , depuis et compris le 21 de ce même mois , comme savent ceux qui ont un peu étudié le Calendrier romain. Il faut donc convenir que notre façon de trouver le jour de notre Pâque n'est pas tout-à-fait aussi simple que celle dont se servent les Juifs , pour trouver le

i'our de la leur ; et que , de plus, leur méthode , pour connaître e tems de la nouvelle lune de chaque mois , donne ce tems un peu plus juste que ne font nos épactes.

Mais aussi leur calcul , sur ce dernier* point , n'est pas sisi .:pie ni si populaire que le nôtre, puisqu'il leur faut cf'abord savoir le tems de la nouvelle lune précédente; puis y ajouter une révolution astronomique, qui n'est pas connue de tout le monde. Ainsi l'avantage du Calendrier des Juifs sur notre Calendrier réformé , n'est pas aussi grand qu'on pourrait d'abord le croire.

Par rapport à leur méthode , pour trouver la nouvelle lune de chaque mois , nous ajouterons en finissant qu'outre qu'elle

taS BE h'^y^EE DES ANCIENS llEBREtX

n'est pas assez populaire pour notre calcul ecclésiastique , ell** est encore d'une longueur ennuyeuse , quand le mois dont on cherche la nouvelle lune est dans une année éloignée ( devant ou après ) de celle où se trouve le mois dont la nouvelle lune est connue. Aussi , pour s'épargner cet ennui et celte peine , ont-ils besoin, suivant M. Venture , de Tables particulières où soient marquées leurs nouvelles lunes pour plusieurs années ; au lieu qu'avec le secours de nos épactes, le plus petit calcul suffit pour les trouver dans telle année qu'on voudra , durant une longue suite de siècles ; et que même, avec un léger changement, elles peuvent donner le tems de chaque nouvelle lune , aussi juste que le peut faire le calcul des Juifs,

Pour ne rien omettre de ce qui peut donner tme idée suffi-»santé du Calendrier des Juifs modernes , attendu que celui de jNÎ. Venture nous a paru obscur ; voici quel est l'ordre et la dis-

fiosition des mois et des fêtes principales d'une de leurs années égales , commune et ordinaire , c'est-à-dire , composée de 354 jours , distribués en 12 mois lunaires , cjui sont alternativement de ùo et de ay jours.

CALENDRIER JUDAÏQUE,'' k2§

Ou ordre et disposition d'-ne année légale , commune et ordinaire des Juifs niodt-ines, laquelle commence le mardi z6 mars i7^>4" et finit le v: nJre li ii mars 1-^5.

Ma

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